S’ARRACHER LES CHEVEUX : l’envie irrésistible de s’arracher des poils, trichotillomanie

S’ARRACHER LES CHEVEUX OU LES POILS : besoin irresistible de s’arracher les cheveux, les poils des sourcils…

Trichotillomanie

Article rédigé d’après le DSM

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la trichotillomanie est l’arrachage répété  de ses propres
cheveux aboutissant à une alopécie
manifeste (Critère A).
Les poils ou cheveux peuvent être arrachés dans toutes les régions du corps où le système pileux est développé (entre autres dans les régions axillaires, pubiennes ou anales) mais les sites les plus fréquents sont le cuir chevelu, les sourcils et les cils. Les cheveux ou poils peuvent être arrachés pendant de brefs épisodes répartis dans la journée ou bien pendant des épisodes moins fréquents mais plus longs et qui peuvent durer des heures. Ce comportement survient souvent dans des moments de détente et de loisir (p. ex., lors de la lecture d’un livre ou devant la télévision) mais il peut aussi être observé dans des situations de stress.

Un sentiment croissant de tension est présent juste avant l’arrachage des cheveux (Critère B). Chez certains, la tension ne précède pas forcément le passage à l’acte mais survient lors des tentatives faites pour résister à ce comportement.

Il y a une gratification, un plaisir, ou un soulagement lors de l’arrachage des cheveux (Critère C).
Certaines personnes ressentent dans le cuir chevelu une « démangeaison » qui est soulagée par l’arrachage des cheveux.

On ne porte pas le diagnostic si cette conduite est mieux expliquée par un autre trouble mental (p. ex., si cela survient en réponse à des idées délirantes ou à des hallucinations) ou par une affection médicale générale (p. ex., une inflammation cutanée ou une autre affection dermatologique) (Critère D).

La perturbation cause une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère E).

Critères diagnostiques de la Trichotillomanie

A. Arrachage répété de ses propres cheveux aboutissant à une alopécie
manifeste.
B. Sentiment croissant de tension juste avant l’arrachage des cheveux ou
bien lors des tentatives faites pour résister à ce comportement.
C. Plaisir, gratification ou soulagement lors de l’arrachage des cheveux.
D. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un autre trouble
mental et n’est pas due à une affection médicale générale (p. ex., à
une affection dermatologique).
E. Les perturbations causent une souffrance cliniquement significative
ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans
d’autres domaines importants.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés. lès patients examinent parfois la racine de leurs cheveux, les font tourner entre leurs doigts, les tortillent ou les tirent avec leurs dents ou les mangent (trichophagie). Les cheveux ne sont habituellementpas arrachés en présence d’autrui (à l’exception de la famille proche) et les situations sociales peuvent être évitées. Les sujets n’avouent généralement pas cette conduite et
dissimulent l’alopécie qui en résulte.
Certains ont envie d’arracher les cheveux des autres et cherchent parfois l’occasion de le faire en cachette. Ils arrachent parfois les cheveux ou les poils des poupées, des animaux de compagnie et des matériaux fibreux (p. ex., des tricots ou des tapis).
La trichotillomanie peut être associée à l’onychophagie et à des excoriations ou à des lésions que le sujet se fait en se grattant ou en se mordant.
Ces sujets peuvent présenter également des Troubles de l’humeur, des Troubles anxieux (notamment un Trouble obsessionnel-compulsif), des Troubles liés à l’utilisation d’une substance, des Troubles des conduites alimentaires, des Troubles de la personnalité ou un Retard mental.

Examens complémentaires

Une biopsie des régions touchées peut montrer des cheveux courts et cassés, des follicules normaux et des follicules abîmés dans la même région ainsi qu’un nombre accru de cheveux en phase catagène. Certains follicules peuvent montrer des signes de traumatisme (un plissement de la gaine externe de la racine). Les follicules
touchés peuvent être vides ou contenir une substance kératineuse très pigmentée.

L’absence d’inflammation distingue l’alopécie provoquée par une trichotillomanie de l’alopécie de la pelade.

Examen physique et affections médicales générales associées

Les patients ne se plaignent habituellement pas d’une douleur associée à l’arrachage des cheveux. Un prurit ou un picotement peut exister dans les régions concernées. Le type de perte de cheveux est très variable. Des zones d’alopécie complète, ainsi que des régions où la densité des cheveux est nettement diminuée, sont courantes. Quand le cuir chevelu est touché, c’est souvent avec une prédilection pour le sommet du crâne ou pour les régions pariétales. La surface du cuir chevelu ne montre habituellement pas de signes
d’excoriation. On peut parfois observer un tableau de calvitie presque totale qui ne laisse qu’un fin périmètre le long des limites externes du cuir chevelu, notamment à l’arrière du cou (« trichotillomanie avec tonsure »).

Les sourcils et les cils peuvent avoir complètement disparu.

L’inspection peut montrer des poils pubiens clairsemés. Il peut y avoir aussi des parties des membres ou du torse où les poils ont disparu.

La trichophagie peut aboutir à des trichobézoards (concrétions de poils) qui provoquent des anémies, des douleurs abdominales, des hématémèses, des nausées et des vomissements, des occlusions intestinales et même des perforations.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Les deux sexes sont représentés en proportion égale parmi les enfants qui présentent ce trouble. Chez les adultes, la trichotillomanie semble beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Ceci peut refléter un sex-ratio réel ou bien traduire seulement une différence dans la demande de traitement due à des divergences d’attitude envers son corps selon le sexe ou la culture (chez l’homme, p. ex., la perte de cheveux
peut être considérée comme normale et mieux acceptée).

Prévalence

Il n’y a pas de données systématiques concernant la prévalence de la Trichotillomanie.
On pensait auparavant que l’affection était rare mais on estime maintenant qu’elle est plus fréquente. Par exemple, une enquête chez des étudiants a trouvé une prévalence vie entière de 0,6 %.

Évolution

Des épisodes transitoires d’arrachage de cheveux pendant la petite enfance peuvent être considérés comme une « manie » bénigne avec une évolution spontanément résolutive.

Cependant, de nombreux adultes souffrant de trichotillomanie chronique signalent que leur trouble a débuté au début de l’adolescence. L’âge de survenue précède habituellement le début de l’âge adulte, avec des pics vers 5 à 8 ans et aux alentours de 13 ans. Certains sujets présentent sans interruption des symptômes pendant des décennies entières. Chez d’autres, le trouble peut disparaître et revenir au fil des semaines, des mois ou des années. Les endroits où les cheveux sont arrachés peuvent varier avec le temps.

Diagnostic différentiel

D’autres causes d’alopécie doivent être recherchées chez les sujets qui nient s’arracher les cheveux (p. ex., la pelade, la calvitie, une pseudo pelade, un lichen plan pilaire, une folliculite décalvante, une alopécie mucineuse…).

On ne fait pas un diagnostic additionnel de Trichotillomanie si cette conduite peut être attribuée à un autre trouble mental (p. ex., à des idées délirantes ou à des hallucinations dans le cadre d’une schizophrénie).

L’arrachage répété des cheveux de la Trichotillomanie doit être distingué d’une compulsion survenant dans le
Trouble obsessionnel-compulsif. Dans le Trouble obsessionnel-compulsif, les conduites répétitives surviennent en réponse à une obsession ou selon des règles qui doivent être appliquées avec rigidité.

De nombreuses personnes tortillent ou jouent avec leurs cheveux, notamment quand elles sont anxieuses, mais ce comportement ne justifie pas habituellement un diagnostic de trichotillomanie. Des sujets peuvent présenter certaines caractéristiques de la trichotillomanie mais la perte de cheveux qui en résulte peut être insignifiante et être à peine détectable. On ne doit dans ce cas évoquer un diagnostic de trichotillomanie que si le sujet éprouve une gêne significative.

Chez l’enfant, des périodes limitées d’arrachage de cheveux sont courantes et peuvent être considérées comme de
« mauvaises » habitudes temporaires. Cette forme symptomatique chez l’enfant peut différer des formes de l’adulte par l’absence de tension ou de soulagement associé a l’arrachage des cheveux.

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