« MAUVAISES PENSEES », « PENSEES AUTOMATIQUES » : les croyances irrationnelles

Les « mauvaises pensées » ou croyances irrationnelles les plus fréquentes

Mauvaises pensées récurrentes ou croyances irrationnelles

Qu’est-ce qu’une croyance irrationnelle?

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne. Par exemple, alors qu’il est adapté d’être méfiant dans un coin criminalisé d’une ville, le « parano » sera méfiant en toute circonstance même s’il n’y a pas de signe objectif de dangerosité des personnes qui l’entourent et s’il est dans un quartier moins risqué.

On parle de troubles de la personnalité lorsque les croyances irrationnelles provoquent des émotions intenses (peur voire panique, anxiété constante, colere, tristesse..) qui font souffrir le patient et mènent à divers problèmes psychologiques associés (abus d’alcool, de drogues, de nourriture, problèmes psychosomatiques…).

Les parades de la personne face à ces croyances rigides

La personnes a généralement trois options face à ces croyances qui la font souffrir : elle capitule, fuit ou contre-attaque. La plupart des gens ont recours à un mélange de ces 3 stratégies.

La capitulation

La personne renforce ses croyances en ne voyant par exemple que ce qui va dans son sens.

La fuite

La personne évite de penser à ses croyances, voire elle en est inconsciente ou les nie. Elle peut aussi éviter les situations qui alimentent ses croyances (éviter les soirées lorsqu’on a peur d’être ridicule)

Le contre-pied

La personne pense et réagit de façon opposée à ses croyances et en prend le contre-pied. Cependant ses comportements sont souvent trop extrêmes et contribuent à maintenir ses croyances. Par exemple, la personne ayant besoin d’affection sera tellement collante qu’elle verra s’éloigner les autres et se retrouvera encore plus privée d’affection. Une personne pourra développer une façade de supériorité car elle pense être inférieure et a peur qu’on s’en rende compte.

Les  types de contexte familial et les croyances qui en résultent souvent

1/ Familles brutales, strictes -> croyances de rejet, d’être sans valeur, de pouvoir être abandonné…

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits. Ce type de croyance a souvent une origine familiale : il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

Il en résulte des croyances telles que :

Peur de l’abandon

Le manque de stabilité ou de fiabilité de l’entourage familial qui devrait être sécurisant rend instable l’enfant qui a peur d’être abandonné. Cette croyance fait le lit de la personnalité borderline

« Méfiance »

Tous les autres sont perçus comme des personnes qui peuvent nous faire souffrir, nous maltraiter, nous mentir, tricher…

Cette croyance fonde la personnalité paranoïaque

« Personne ne m’aime »

On considère que personne ne pourra nous donner de l’affection, nous écouter, nous protéger, nous guider…

« Je ne vaux rien »

La personne pense : « je n’ai aucune qualité tant psychologique que physique, je suis bête, moche, imparfaite sur tous les plans, inférieure, incapable »… et craint que les autres le découvrent et pensent la même chose qu’elle. Ceci est souvent la croyance fondamentale de la timidité de la personne évitante

« Je ne suis pas comme les autres et ne me mêle pas à eux, je suis différent »

Cette croyance résulte du sentiment d’être isolé, coupé du reste du monde, différent des autres et de ne pouvoir faire partie d’aucun groupe ou communauté. On trouve ce trait notamment chez le NERD (personnalité schizoide) et chez le « bizarre » de la personnalité schizotypique

2/ Familles surprotectrices -> manque d’autonomie et de performance

Les personnes on l’impression de ne pas avoir la capacité de survivre, d’agir indépendamment « en adulte » et d’arriver à une réussite suffisante.

Ce type de croyance est là aussi souvent d’origine familiale : famille  » étouffante  » où

  • l’enfant est surprotégé,
  • il ne peut rien faire seul ce qui l’empêche de développer confiance en lui-même
  • les relations en dehors de la famille ne sont pas encouragées : l’enfant se retrouve alors perdu dans la société lorsqu’il s’y retrouve confronté

Il en résulte des mécanismes de pensées du type :

« Je suis incapable de me débrouiller seul »

La personne croit à son incapacité de faire face seul aux responsabilités journalières (se faire à manger, gérer son quotidien, résoudre les problèmes de tous les jours, faire preuve de bon sens, aborder de nouvelles tâches, prendre des décisions).

Cette croyance est centrale dans la personnalité dépendante

« IL VA ARRIVER une catastrophe »

Il s’agit d’une peur exagérée qu’une catastrophe peut arriver. La personne craint au point de ne plus profiter du présent, la survenue d’une catastrophe dans l’ascenseur, l’avion, craint un tremblement de terre, de se faire attaquer, de perdre la tête, de faire un infarctus…

Bien sur ces catastrophes peuvent survenir mais leur probabilité est très faible

« Elle ne peut pas vivre sans moi »

Ces personnes se sentent vides, sans but et s’attachent souvent à une ou plusieurs personnes (souvent dans la famille) dont elles pensent qu’elles ne peuvent pas être heureuses sans leur présence. Ceci se produit souvent au détriment d’une adaptation sociale normale.

« Je suis nul, je ne réussirai jamais rien »

Cette croyance que l’on n’a jamais rien réussi et qu’on ne réussira jamais rien, tant dans les études, que son métier, des sports pousse la personne à se croire stupide, sans talent, ignorante, inférieure aux autres…

Là encore, ceci est souvent la croyance fondamentale de la timidité de la personne évitante

3/ Familles permissives -> manque de limites

Il s’agit de personnes ne sachant pas se fixer de limites ou des buts à long terme, manquant de responsabilité envers les droits des autres…

L’origine familiale classique est dans la famille permissive, sans cadre ni discipline avec

  • parents faibles, sans autorité, trop indulgents
  • enfants à qui on ne fixe pas de limites, on n’encourage pas à prendre les responsabilités de ses actes, à tolérer des frustrations, peu surveillés et guidés.

« Les droits des autres, je m’en fiche »

La personne agit en fonction de ses désirs et entend bien obtenir tout ce qu’elle veut même si cela doit enfreindre les droits fondamentaux des autres

Elle peut aussi se trouver supérieure, tendant à régner par la force et à contrôler les autres.

Ces exigences excessives et ce manque général d’empathie sont caractéristiques du psychopathe ou sociopathe.

« Comportement d’enfant gâté »

Ces personnes ont du mal à supporter la moindre frustration ou refus de céder à leurs désir. Ils ont du mal à contrôler leurs envies et impulsions. Elles ne pensent qu’au plaisir immédiat et essaient d’éviter ce qui leur semble pénible (responsabilités, effort, travail…)

4/ Parents qui ne pensent qu’à eux -> enfants en carence d’affection des autres

Les personnes accordent une importance excessive aux besoins, désirs, réactions des autres, aux dépens de ses propres besoins, afin d’obtenir leur affection ou leur approbation.

Là encore il existe souvent une origine familiale de cette dépendance à l’affection ou l’approbation des autres, dans ces familles :

  • les parents font passer leurs besoins affectifs, sociaux, leur niveau de vie et leur style de vie avant les besoins des enfants
  • les enfant, pour se sentir aimés de leurs parents, ou pour obtenir leur approbation, sont obligés de réprimer leurs tendances naturelles à l’insubordination, à l’opposition. Il en résulte souvent une colère refoulée dont la personne n’est souvent pas consciente ou qu’elle ne sait pas expliquer.

Soumis et docile

La personne pense que ses désirs, opinions et sentiments ne comptent pas pour les autres. Elle se soumet avec docilité aux autres, contre lesquels elle éprouve très souvent une colère refoulée, provoquant des troubles de personnalité (notamment personnalité négativiste du type  passif/agressif), des explosions de colère, des symptômes psychosomatiques, l’utilisation de substances telles que l’alcool…

« Les autres comptent plus que moi »

Ces personnes font passer les autres avant soi-même et sont hypersensibles aux malheurs des autres, parfois plus qu’à leurs propres souffrances. Elles ont excessivement peur de faire de la peine aux autres, se sentent coupable d’égoïsme, se sentent et aiment se sentir indispensables aux autres.

Cette attitude altruiste mène souvent logiquement au sentiment que ses propres besoins ne sont jamais satisfaits, d’où un ressentiment « paradoxal » envers les autres.

« Je veux qu’on m’aime »

La personne éprouve un besoin excessif d’attention, d’estime et d’approbation des autres

Elle peut en arriver à faire ce que les autres demandent, sans que cela corresponde à ce qu’elle veut pour elle meme.

L’estime de soi est formée à partir du miroir des autres, de leur « amour » et de leurs réactions positives. A l’inverse leur moquerie ou leur « désamour » la fait souffrir. Elle est incapable de se forger une estime de soi à partir d’opinions et de valeurs personnelles mais uniquement au travers du regard des autres.

Tout est bon pour se faire remarquer et aimer des autres (théatralisme…). Parfois, elle accorde une importance exagérée au style de vie, aux apparences, à l’argent et souhaite etre la plus populaire afin d’obtenir l’estime des autres.

Cette croyance est centrale dans la personnalité hystérique ou histrionique

 

5/Famille sans joie, laborieuse et perfectionniste -> hypervigilance à l’erreur, rigidité, contrôle de soi et des autres

La personne fait tout pour éviter les erreurs et tend à maintenir des règles personnelles rigides, souvent aux dépens d’autres aspects de la vie: plaisirs, loisirs, amis

L’ambiance familiale classique est une famille laborieuse, dans laquelle on doit éviter les erreurs, être perfectionniste, obéir, travailler et ou la joie en famille et les loisirs sont peu présents. La peur de perdre ce qu’on a si on ne se montre pas toujours vigilant est souvent la base de ce comportement laborieux qui fait primer le travail sur les loisirs.

Peur de commettre des erreurs et de tout perdre / Négativisme

La personne présente une peur exagérée de commettre des erreurs pour leurs conséquences pécuniaires, de perte d’emploi, d’amis, d’être humiliée..

L’autre versant est que la personne tend à ne voir que le négatif dans la vie : « la vie n’est que souffrance », « et dire qu’on va tous mourir », conflits…

Les personnes sont donc anxieuses, pessimistes et mécontentes.

« Je veux tout contrôler »

La personne contrôle ses réactions et ses paroles, notamment positives (joie, excitation sexuelle, jeux…) à l’excès toujours pour éviter les erreurs voire par peur de ne pouvoir maîtriser ses impulsions.

Elle veut de l’ordre et de la précision, aime la routine voire les rituels, a des idéaux exigeants, des règles rigides (morale, culture, religion…), a de la difficulté à reconnaître ses propres faiblesses et a accepter celles des autres. Elle a en effet la conviction que l’on doit s’efforcer d’atteindre un niveau élevé dans son comportement ou sa performance afin d’éviter les critiques. Elle est cependant elle même très critique avec elle-même et les autres. Elle est prompte à punir ses enfants s’ils ne satisfont pas ses exigences d’excellence. Elle peut aussi se punir elle même pour les mêmes raisons.

Ces exigences amènent à une tension constante. Par conséquent la personne souffre de manques de plaisirs, a du mal à se détendre, à avoir des satisfactions personnelles et interpersonnelles. Elle a une préoccupation constante de « bien faire », voire plus dans le même temps ou mieux.

Elle a de la difficulté à pardonner les erreurs ou les imperfections, que ce soit les siennes ou celles des autres et n’arrive pas à comprendre qu’il peut y avoir des circonstances atténuantes.

Elle peut aussi avoir du mal à accepter les autres points de vue.

Cette tendance psychorigide et perfectionniste fait le lit de la personnalité obsessionnelle (perfectionniste)

Rassurez-moi, tout ça se soigne?

Les neurosciences nous ont appris ces dernières années que contrairement à ce qu’on pensait, le cerveau humain, même adulte est plastique et qu’on peut remodeler des croyances anciennes.

C’est tout le travail du psychologue, notamment dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales.

Son rôle est de faire prendre conscience de ces croyances qui sont souvent inconscientes ou tellement anciennes qu’elles semblent normales et que la personne ne se rend pas compte de leur irrationnalité. Le patient peut aussi en prendre le contre pied et avoir un comportement contraire à ce qu’on attendrait (ex : se montrer toujours supérieur car on craint d’être inférieur)

Le psychologue va amener la personne à conscientiser ou se rendre compte que ces pensées automatiques ne correspondent pas à la réalité et qu’il y a une distorsion cognitive dans l’interprétation des évènements.

En fait le cerveau aime la routine et l’évolution a favorisé les pensées et interprétations automatiques pour favoriser la performance.

Le psychologue va décomposer la souffrance de son patient en 3 étapes, il va remonter le fil de ce qui s’est passé dans le cerveau en prenant à l’envers la séquence ABC avec A pour activateur (la situation), ce qui a déclenché C, la conséquence souvent émotive (colère, tristesse, peur…) et va essayer de comprendre le B (« blabla »), c’est à dire la pensée automatique qui s’est déclenchée.

Il va aider le patient à comprendre le caractère irrationnel de celle ci et au fil du temps, le patient à force d’y travailler, va pouvoir changer ses croyances

 

 

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