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Coloration des cheveux : types, techniques et allergies
La coloration des cheveux est l’un des soins capillaires les plus pratiqués au monde : en France, plus d’une femme sur deux colore ses cheveux, et la demande masculine est en constante progression. Si la coloration est dans la grande majorité des cas un geste esthétique sans danger, elle peut être à l’origine d’allergies cutanées parfois sévères et altérer la fibre capillaire lorsqu’elle est mal réalisée. Ce guide fait le point sur les différents types de colorations, les techniques d’application, les produits en cause et la conduite à tenir en cas de réaction allergique.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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Structure du cheveu et pigmentation naturelle
Le cheveu est composé de deux parties : le bulbe pilaire, vivant, enchâssé dans le derme, et la tige pilaire, structure inerte qui émerge à la surface de la peau. C’est la tige pilaire qui est modifiée par les colorations.
La couleur naturelle du cheveu est déterminée par la mélanine, pigment synthétisé par les mélanocytes au sein du bulbe. On distingue deux types de mélanine capillaire :
| Type de mélanine | Couleur conférée | Répartition |
|---|---|---|
| Eumélanine | Brun à noir | Prédominante chez les personnes aux cheveux foncés |
| Phéomélanine | Jaune à roux | Prédominante chez les personnes aux cheveux blonds ou roux |
Le cheveu blanc (ou gris) correspond à une perte progressive des mélanocytes actifs du bulbe, processus lié au vieillissement et parfois à des facteurs génétiques ou auto-immuns (pelade par exemple). La coloration capillaire a précisément pour objectif de modifier ou de masquer cette pigmentation naturelle.
Principe de la coloration et de la décoloration
La décoloration
La décoloration a pour but d’éliminer tout ou partie de la mélanine contenue dans le cortex du cheveu, afin d’obtenir un fond clair avant l’application d’un colorant ou pour éclaircir la teinte naturelle.
Elle repose sur des agents oxydants, principalement :
- L’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène, H₂O₂), à des concentrations variables selon le degré d’éclaircissement souhaité
- Les persulfates (ammonium, potassium, sodium), puissants amplificateurs utilisés dans les poudres décolorantes
La coloration
La coloration consiste à déposer ou à fixer un colorant artificiel dans ou à la surface de la tige pilaire. Selon la profondeur de pénétration du colorant, la tenue sera plus ou moins longue. Les colorations oxydantes (permanentes) font intervenir une réaction chimique entre les précurseurs de colorants et l’oxydant pour former des molécules colorées piégées à l’intérieur du cortex.
Types de colorations selon la durée
Coloration temporaire
Les colorants temporaires déposent un film coloré à la surface de la cuticule (couche externe du cheveu) sans pénétrer dans le cortex. Ils disparaissent après quelques shampooings, parfois dès le premier lavage. Ils sont dépourvus d’agents oxydants, ce qui en fait les formulations les moins agressives pour le cheveu et les moins allergisantes. Leur principal inconvénient est leur faible tenue, en particulier sur les cheveux poreux ou décolorés.
Coloration semi-permanente
Les colorants semi-permanents pénètrent partiellement dans le cortex grâce à leur faible poids moléculaire, sans oxydation. Ils résistent à un nombre limité de shampooings (6 à 12 en moyenne) avant de s’estomper progressivement. Ils ne permettent pas de couvrir totalement des cheveux blancs mais offrent une alternative pour les personnes sensibles aux colorations oxydantes.
Coloration permanente
C’est la forme la plus utilisée chez le coiffeur comme à domicile. La coloration permanente repose sur une double réaction d’oxydation : des précurseurs incolores (paraphénylènediamine et coupleurs) pénètrent dans le cortex, où leur oxydation par l’eau oxygénée génère des molécules colorées de grande taille, incapables de ressortir du cheveu. Le résultat est durable jusqu’à la repousse.
La coloration permanente se déroule en trois étapes : décoloration (si la teinte visée est plus claire que la couleur naturelle), application de la couleur (mélange colorant + oxydant), puis rinçage soigneux. L’intervention d’un professionnel est vivement recommandée, notamment pour les colorations très éclaircissantes ou sur cheveux chimiquement traités.
| Type | Pénétration | Oxydation | Tenue | Risque allergique |
|---|---|---|---|---|
| Temporaire | Surface | Non | 1–3 shampooings | Faible |
| Semi-permanente | Partielle | Non | 6–12 shampooings | Modéré |
| Permanente | Profonde (cortex) | Oui | Jusqu’à la repousse | Plus élevé (PPD, persulfates) |
Techniques d’application : mèches, balayage, ombré…
Au-delà de la durée, les colorations se distinguent par leur technique d’application, qui détermine le rendu visuel final.
Coloration totale
Le produit colorant est appliqué sur l’ensemble de la chevelure, des racines aux pointes. C’est la technique choisie pour couvrir les cheveux blancs ou changer radicalement de couleur.
Coloration des pointes
Seules les extrémités du cheveu reçoivent le colorant, créant un effet de contraste avec la racine. Cette technique est idéale pour apporter de la luminosité sans engager l’ensemble de la chevelure.
Mèches
Des mèches de cheveux sélectionnées sont isolées (à l’aide de papier aluminium ou d’une calotte trouée) et reçoivent le colorant de la racine à la pointe. Le résultat est un effet naturel de variations de nuances qui mime le jeu de la lumière sur les cheveux.
Balayage
Le balayage est une technique de coloration sur mèches très fines, appliquée de manière non uniforme sur la longueur (en insistant souvent sur les pointes) et sur la chevelure (avec un effet plus appuyé autour du visage). Le résultat est très naturel, progressif, et repousse moins visible qu’une coloration totale – ce qui en fait la technique la plus demandée en salon.
Ombré hair et techniques dérivées
L’ombré hair crée un dégradé progressif du foncé (racines) vers le clair (pointes), sans ligne de démarcation nette. Le sombre inverse ce dégradé. Ces techniques nécessitent une décoloration partielle maîtrisée et sont réservées aux professionnels expérimentés.
Allergies aux colorations capillaires
L’allergie à la coloration capillaire est un problème de santé publique non négligeable : elle concerne environ 5 à 10 % des personnes qui colorent leurs cheveux régulièrement. Elle peut survenir après des années d’utilisation sans réaction, car la sensibilisation est un processus progressif.
Mécanisme : l’eczéma de contact allergique
L’allergie aux colorants capillaires est le plus souvent un eczéma de contact allergique (hypersensibilité retardée de type IV). Lors d’un premier contact, le système immunitaire se sensibilise silencieusement à l’allergène. C’est lors des contacts ultérieurs que la réaction se déclare, en général dans les 12 à 72 heures suivant l’application.
Les manifestations typiques sont :
- Rougeurs, œdème et démangeaisons intenses du cuir chevelu, des oreilles, de la nuque et du front
- Gonflement des paupières et du visage dans les formes sévères
- Eczéma vésiculeux prurigineux
- Plus rarement, urticaire ou réaction anaphylactique immédiate (réaction de type I, notamment avec les persulfates chez les coiffeurs)
Principaux allergènes des colorations capillaires
Les allergènes les plus fréquemment impliqués dans les réactions aux colorations capillaires sont :
| Allergène | Présence dans | Fréquence de sensibilisation |
|---|---|---|
| Paraphénylènediamine (PPD) | Colorants oxydants permanents (surtout teintes foncées) | Très fréquente – allergène n°1 des colorations |
| Para-toluènediamine (PTD) | Colorants oxydants, parfois présentée comme alternative au PPD | Fréquente, réaction croisée avec PPD possible |
| Persulfate d’ammonium | Poudres décolorantes | Fréquente chez les coiffeurs (asthme professionnel inclus) |
| Résorcine, aminophénols | Colorants oxydants permanents (coupleurs) | Moins fréquente, souvent en co-sensibilisation avec PPD |
| Henné noir (PPD ajouté) | Tatouages temporaires au henné noir, certaines colorations végétales | Source croissante de primo-sensibilisation au PPD |
Que faire en cas d’allergie à une coloration capillaire ?
En cas de réaction après coloration, la conduite à tenir est la suivante :
- Rincer immédiatement et abondamment le cuir chevelu à l’eau tiède pour éliminer les résidus de produit.
- Consulter un médecin ou un dermatologue pour obtenir un traitement (dermocorticoïde topique, voire corticothérapie orale courte si la réaction est sévère).
- Faire réaliser des tests épicutanés (patch tests) par un dermatologue allergologue au moins un mois après guérison complète de la réaction, afin d’identifier l’allergène précis en cause.
- Informer son coiffeur et éviter définitivement tout produit contenant l’allergène identifié.
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Précautions et conseils du dermatologue
Avant toute coloration
- Réaliser systématiquement le test de prédisposition recommandé par le fabricant (application derrière l’oreille ou dans le pli du coude, lecture à 48 h) – même avec un produit habituel, car la sensibilisation peut survenir à tout moment.
- Signaler au coiffeur toute réaction antérieure, toute allergie connue aux cosmétiques ou au henné noir.
- Éviter de colorer des cheveux sur un cuir chevelu irrité, excorié ou présentant des lésions (psoriasis en poussée, dermatite séborrhéique active).
- Grossesse : les données de sécurité sur les colorations permanentes en début de grossesse restent limitées. Par précaution, de nombreuses femmes préfèrent attendre le second trimestre ou opter pour des techniques sans contact direct avec le cuir chevelu (mèches, balayage).
Préserver la qualité du cheveu
- Espacer les colorations d’au moins 6 à 8 semaines pour limiter l’accumulation des agressions chimiques.
- Utiliser des shampoings pour cheveux colorés (pH légèrement acide, sans sulfates agressifs) pour préserver la tenue de la couleur et l’intégrité de la cuticule.
- Appliquer régulièrement des masques nourrissants (kératine, huile d’argan, protéines de soie) pour compenser la perte de lipides et de protéines liée à la coloration.
- Protéger les cheveux colorés du soleil (UV) qui dégradent les colorants et accentuent l’oxydation.
Voir l’article sur le scalp care
Alternatives pour les personnes allergiques
Questions fréquentes sur la coloration des cheveux
Quelle est la différence entre une coloration temporaire, semi-permanente et permanente ?
La coloration temporaire dépose un film coloré à la surface du cheveu, sans pénétrer, et disparaît en quelques shampooings. La semi-permanente s’infiltre partiellement dans le cortex sans oxydation et tient plusieurs semaines. La permanente modifie chimiquement la fibre capillaire par oxydation et persiste jusqu’à la repousse.
Comment savoir si je suis allergique à une coloration capillaire ?
Une allergie se manifeste par des démangeaisons, un gonflement et des rougeurs du cuir chevelu, du visage ou du cou dans les 12 à 72 heures suivant l’application. En cas de doute, un test épicutané (patch test) réalisé par un dermatologue après guérison complète permet d’identifier l’allergène responsable.
Peut-on se colorer les cheveux si l’on est allergique à la PPD ?
L’allergie à la PPD impose d’éviter toutes les colorations oxydantes permanentes classiques. Des alternatives existent (colorations végétales, colorations directes sans PPD ni PTD), mais une réactivité croisée reste possible. Un avis dermatologique et des patch tests sont indispensables avant de changer de produit.
Les colorations capillaires abîment-elles les cheveux ?
La décoloration et la coloration permanente modifient la structure protéique et lipidique du cheveu et peuvent le fragiliser si elles sont répétées à trop courte fréquence. Des soins adaptés (masques, shampoings doux, protection solaire) et le respect d’un délai suffisant entre deux colorations limitent ces dommages.
Faut-il faire un test allergique avant chaque coloration ?
Les fabricants et les autorités sanitaires recommandent d’effectuer un test de prédisposition 48 heures avant chaque nouvelle application, y compris avec un produit habituel, car une sensibilisation peut s’installer à tout moment. Ce test consiste à appliquer quelques gouttes du produit dans le pli du coude ou derrière l’oreille et à observer l’apparition éventuelle d’une réaction.
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Voir aussi : Allergies cutanées | Eczéma de contact | Problèmes de cheveux
Références scientifiques et institutionnelles
- Søsted H, Basketter DA, Estrada E, Johansen JD, Patlewicz GY. Ranking of hair dye substances according to predicted sensitization potency: quantitative structure–activity relationships. Contact Dermatitis. 2004;51(5-6):241-254.
- Thyssen JP, White JML; European Society of Contact Dermatitis. Epidemiological data on consumer allergy to p-phenylenediamine. Contact Dermatitis. 2008;59(6):327-343.
- Rustemeyer T, van Hoogstraten IMW, von Blomberg BME, Scheper RJ. Mechanisms of irritant and allergic contact dermatitis. In: Johansen JD et al., eds. Contact Dermatitis. Springer, 2011.
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Colorants capillaires – réglementation et sécurité des produits cosmétiques.
- Haute Autorité de Santé (HAS) : Recommandations de bonne pratique en dermatologie.
Mis à jour le 15 avril 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS)., Bordeaux.
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