Carcinome spinocellulaire (épidermoïde) : diagnostic et traitement dermatologique

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Carcinome spinocellulaire (épidermoïde) : causes, formes, diagnostic et traitement

Mis à jour le 12 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (PubMed, HAS).

En bref : Le carcinome spinocellulaire (ou « spino ») représente environ un tiers des cancers cutanés en France, avec 10 à 20 nouveaux cas pour 100 000 habitants chaque année. Contrairement au carcinome basocellulaire, il peut métastaser – dans 0,5 à 10 % des cas selon les facteurs histologiques. Détecté tôt et opéré avec des marges suffisantes, il guérit dans la grande majorité des cas. Toute lésion croûteuse, kératosique ou ulcérée qui grossit sur une zone exposée au soleil doit être montrée sans délai à un dermatologue.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Le carcinome spinocellulaire – aussi appelé carcinome épidermoïde ou « spino » – est un cancer de la peau issu des kératinocytes de l’épiderme. Il se développe le plus souvent sur une lésion précancéreuse préexistante : kératose actinique, maladie de Bowen, cicatrice de brûlure ou ulcère chronique. Son incidence augmente régulièrement avec le vieillissement de la population et l’exposition solaire cumulée au cours de la vie.

Ce qui distingue fondamentalement le spino du carcinome basocellulaire – le cancer cutané le plus courant – c’est son potentiel métastatique réel. S’il est traité à un stade précoce, le pronostic est excellent. Mais certaines formes, notamment chez les patients greffés ou immunodéprimés, peuvent être agressives et récidivantes.

En un coup d’œil – ce que vous devez savoir

  • Qui est concerné ? Surtout les personnes de plus de 60 ans, à phototype clair (I–III), fortement exposées au soleil au cours de leur vie, et les patients immunodéprimés (greffés d’organe, VIH)
  • Lésion typique : croûte kératosique qui grossit, saigne, ou plaie qui ne cicatrise pas sur une zone exposée au soleil
  • Diagnostic : examen clinique + dermatoscopie + biopsie cutanée obligatoire
  • Traitement de référence : chirurgie avec marges de sécurité (4 à 10 mm selon le risque)
  • Recours en cas de forme avancée : radiothérapie, immunothérapie (cemiplimab)
  • Prévention : photoprotection rigoureuse, traitement des kératoses actiniques, suivi régulier

Sommaire : Définition et épidémiologie · Causes et facteurs de risque · Formes cliniques · Diagnostic · Traitement · Prévention et surveillance · Signes d’alerte · FAQ · Références

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Définition et épidémiologie : ce cancer concerne-t-il beaucoup de personnes ?

Le carcinome spinocellulaire est une tumeur maligne issue des kératinocytes de l’épiderme – les cellules qui constituent les couches superficielles de la peau. En France, on estime à 10 à 20 nouveaux cas pour 100 000 habitants par an chez l’homme et 5 à 10 chez la femme. Il survient surtout après 60 ans et touche avant tout les zones photo-exposées : visage, oreilles, lèvres, nuque, mains et avant-bras.

Son incidence est en hausse constante depuis plusieurs décennies, sous l’effet conjugué du vieillissement de la population et de l’accumulation des expositions solaires tout au long de la vie. La notion de dose solaire cumulée est essentielle : ce n’est pas une seule exposition intense qui déclenche le spino, mais des décennies d’exposition quotidienne, souvent professionnelle, qui finissent par dépasser la capacité de réparation des kératinocytes.

Caractéristique Carcinome spinocellulaire Carcinome basocellulaire
Fréquence ~1/3 des carcinomes cutanés ~2/3 des carcinomes cutanés
Risque de métastases 0,5 à 10 % (survie à 5 ans si méta : ~30 %) Exceptionnel (< 0,1 %)
Lésion précancéreuse Kératose actinique, maladie de Bowen, ulcère Le plus souvent de novo
Localisation préférentielle Visage, oreilles, lèvres, mains Visage, cou, décolleté
Relation au soleil Exposition chronique cumulée Expositions intenses répétées (enfance)

Causes et facteurs de risque : pourquoi développe-t-on un spino ?

Le soleil et les UV : premier facteur de loin

L’irradiation solaire chronique est la cause principale et de très loin la plus fréquente. Les rayons UV endommagent l’ADN des kératinocytes, provoquant des mutations caractéristiques – notamment sur le gène suppresseur de tumeur TP53. Accumulées au fil des années, ces mutations finissent par transformer un kératinocyte normal en cellule cancéreuse. C’est pourquoi le spino survient préférentiellement chez les personnes exerçant des professions en plein air : agriculteurs, marins, ouvriers du bâtiment, travailleurs des routes.

La carnation claire (phototype I–III)

Les personnes à peau claire, aux yeux bleus ou verts, aux cheveux blonds ou roux, qui ne bronzent pas ou peu, sont nettement plus vulnérables aux dommages UV cumulés. Le phototype est un facteur de risque non modifiable, ce qui renforce encore l’importance de la photoprotection active chez ces sujets.

Les lésions précancéreuses : kératose actinique et maladie de Bowen

La grande majorité des carcinomes épidermoïdes – 65 à 70 % selon les études – émergent sur des lésions précancéreuses préexistantes. La kératose actinique est la plus fréquente : petite tache rugueuse, rose ou grisâtre, sur une zone exposée au soleil, persistant depuis des mois. La maladie de Bowen (carcinome épidermoïde in situ) est une forme plus évoluée, sous forme de plaque rouge persistante. Ces lésions ne font pas encore mal, ne saignent pas forcément – c’est précisément le danger : leur bénignité apparente incite à trop attendre.

Le papillomavirus (HPV)

Certains types de papillomavirus oncogènes (HPV 16, 18 et autres types à haut risque) sont impliqués dans les carcinomes épidermoïdes ano-génitaux et péri-unguéaux. Une transmission sexuelle est possible pour les localisations génitales et digitales, notamment chez les personnes immunodéprimées chez qui le virus peut se comporter de façon plus agressive.

L’immunosuppression : un risque multiplié par 50 à 100

Les patients greffés d’organe solide sous traitement immunosuppresseur au long cours ont un risque de développer un carcinome épidermoïde multiplié par 65 à 100 par rapport à la population générale. Les tumeurs y sont souvent plus agressives, à croissance plus rapide et à plus fort potentiel métastatique. Le VIH non contrôlé, certains lymphomes, et des médicaments comme la ciclosporine, l’hydrochlorothiazide ou les inhibiteurs de BRAF augmentent également ce risque.

⚠️ Signaux d’alerte à ne pas ignorer
Toute lésion qui grossit, saigne spontanément, croûte ou ne cicatrise pas sur une zone exposée au soleil doit être montrée à un dermatologue sans délai. Le spino peut être confondu avec une verrue, une kératose banale ou une plaie ordinaire – seul l’œil du dermatologue et la biopsie font la différence.

Formes cliniques : à quoi ressemble un carcinome spinocellulaire ?

Forme classique (la plus fréquente)

Le spino classique se présente comme une tumeur dure, à surface irrégulière, bourgeonnante, souvent recouverte de squames ou d’une croûte adhérente, parfois ulcérée en son centre. Il siège sur une zone photo-exposée et peut augmenter de taille rapidement – en quelques semaines à quelques mois. Il est indolore au début, puis peut devenir sensible, voire douloureux, s’il s’infiltre en profondeur.

Carcinome épidermoïde débutant

Le kérato-acanthome : une forme trompeuse

Forme bien différenciée, à croissance très rapide (quelques semaines), se présentant en cratère central rempli de kératine avec un bourrelet périphérique surélevé. Certains kérato-acanthomes régressent spontanément – mais ils sont histologiquement impossibles à distinguer d’un spino invasif sans biopsie. Ils doivent systématiquement être excisés.

kerato acantome
Kérato-acanthome, forme de carcinome spinocellulaire bien différencié

Le carcinome de l’oreille

L’oreille – hélix, pavillon, région pré-auriculaire – est un site de prédilection du spino, car perpétuellement exposée au soleil et souvent négligée lors des applications de crème solaire. Les tumeurs de l’oreille sont considérées comme à haut risque en raison de la proximité des ganglions cervicaux.

Carcinome épidermoïde de l’oreille
Carcinome épidermoïde débutant de la tempe

La corne cutanée

Excroissance kératosique dure en forme de corne animale. La base de la corne peut abriter un carcinome épidermoïde : toute corne cutanée doit être considérée comme potentiellement maligne et biopsiée en incluant sa base.

Le carcinome verruqueux

Forme en chou-fleur, à surface verruqueuse, siégeant préférentiellement sur les parties génitales ou les membres inférieurs (carcinome cuniculatum sur ulcère chronique ou pied diabétique). Évolution lente mais profondément infiltrante.

Les carcinomes péri-unguéaux

Souvent liés à HPV 16 oncogène, ils ressemblent à une verrue du doigt résistant aux traitements habituels depuis plusieurs années. Toute verrue péri-unguéale récalcitrante chez un adulte doit faire évoquer ce diagnostic. Une localisation génitale associée doit être systématiquement recherchée.

Les formes muqueuses

Le spino peut toucher la lèvre (souvent précédé d’une kératose actinique labiale – la chéilite actinique), la bouche (leucoplasie), la vulve, le pénis ou l’anus (souvent précédé d’un lichen scléreux, d’une maladie de Bowen ou d’une papulose bowenoïde). Ces formes muqueuses sont généralement plus agressives que les formes cutanées.

Conseil pratique
Quelle que soit la forme, un spino ne se distingue pas à coup sûr d’une lésion bénigne à l’œil nu. La règle est simple : toute lésion qui persiste plus de 4 semaines, qui grossit ou qui saigne sans raison évidente sur une zone photo-exposée mérite une consultation. Attendre que « ça parte tout seul » est la principale cause de retard diagnostique.

Diagnostic : comment confirme-t-on un carcinome spinocellulaire ?

Le diagnostic du carcinome spinocellulaire est un acte médical spécialisé. Il ne repose jamais sur l’aspect visuel seul – même pour un dermatologue expérimenté, une confirmation histologique est indispensable avant tout traitement.

L’examen clinique et la dermatoscopie

Le dermatologue examine la lésion à l’œil nu, puis à la dermatoscopie – un instrument qui éclaire et agrandit la peau selon un principe optique spécifique. À la dermatoscopie, le spino présente typiquement des vaisseaux polymorphes (en points, glomérulaires, en épingles à cheveux, linéaires irréguliers) sur fond blanchâtre, avec des squames ou des croûtes de kératine au centre. Ces signes orientent le diagnostic avant biopsie mais ne le remplacent pas.

La biopsie cutanée : l’examen clé

La biopsie est indispensable et non négociable. Elle confirme la nature carcinomateuse de la lésion, précise le degré de différenciation (bien différencié, modérément différencié, peu différencié), la profondeur d’invasion (en mm) et l’existence d’engainements péri-nerveux – autant de critères qui déterminent la stratégie thérapeutique et le risque de récidive ou de métastase.

Le bilan d’extension : quand est-il nécessaire ?

Pour les formes à risque élevé, un bilan ganglionnaire par échographie cervicale ou scanner est recommandé avant tout traitement. Les critères qui déclenchent ce bilan sont :

Critère de haut risque Seuil / définition
Taille ≥ 2 cm de diamètre
Épaisseur histologique ≥ 6 mm de profondeur
Différenciation Pauvre ou peu différencié
Localisation Oreille, lèvre, tempe
Envahissement péri-nerveux Présent à l’histologie
Terrain Patient immunodéprimé ou greffé
Statut de la tumeur Récidive après traitement antérieur
Information importante
Si le dermatologue juge la lésion suspecte lors d’une première consultation, il peut parfois réaliser la biopsie immédiatement au cabinet, sous simple anesthésie locale. Le résultat anatomopathologique est en général disponible en 1 à 2 semaines. Ne retardez pas cette étape : elle conditionne toute la suite de la prise en charge.

Traitement : comment soigne-t-on un carcinome spinocellulaire ?

La chirurgie : traitement de référence dans la grande majorité des cas

L’exérèse chirurgicale avec marges de sécurité est le traitement standard. L’objectif est de retirer la tumeur en totalité avec une bordure de peau saine suffisante pour ne laisser aucune cellule cancéreuse en place. Pour un spino à faible risque, les marges recommandées sont d’au minimum 4 mm tout autour de la lésion. Pour les formes à haut risque, elles s’étendent à 6 à 10 mm.

L’opération a le plus souvent lieu au cabinet du dermatologue ou en chirurgie ambulatoire, sous anesthésie locale. Elle dure généralement 30 à 60 minutes. La plaie est refermée par suture directe, par lambeau local ou par greffe cutanée selon la taille et la localisation. Pour en savoir plus sur le déroulement précis de l’intervention : chirurgie du carcinome spinocellulaire – marges et techniques.

Dans certains centres spécialisés, la chirurgie de Mohs (analyse histologique des berges en temps réel) permet de contrôler l’exhaustivité de l’exérèse tout en économisant au maximum la peau saine – particulièrement utile pour les localisations difficiles (nez, paupières, oreilles).

La radiothérapie

La radiothérapie est une alternative pour les patients qui ne peuvent pas être opérés (contre-indication chirurgicale, refus, lésion trop étendue) ou en complément après une chirurgie incomplète. Elle est aussi utilisée pour les récidives locales ou les formes envahissant les structures profondes.

L’immunothérapie : le cemiplimab, une avancée majeure

Le cemiplimab (Libtayo®) est un anticorps monoclonal anti-PD-1 qui bloque les mécanismes d’échappement immunitaire utilisés par les cellules tumorales. Il est indiqué en France pour les carcinomes épidermoïdes cutanés localement avancés ou métastatiques qui ne peuvent pas bénéficier de chirurgie ni de radiothérapie curatrice. Dans l’essai pivot publié dans le New England Journal of Medicine (Migden et al., 2018), un taux de réponse objective d’environ 47 % a été observé, avec des réponses durables chez une fraction significative des patients. Il est remboursé dans cette indication après discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire.

Traitement Indication principale Remarques
Chirurgie Toutes les formes localisées opérables Traitement de référence – marges 4 à 10 mm
Chirurgie de Mohs Formes à haut risque, localisations difficiles Contrôle des berges en temps réel – économise la peau saine
Radiothérapie Patient inopérable ou exérèse incomplète Alternative ou complément chirurgical
Cemiplimab (Libtayo®) Formes localement avancées ou métastatiques non résécables Remboursé – taux de réponse ~47 % (NEJM 2018)

Prévention et surveillance : que faire après un spino ?

La photoprotection : indispensable à vie

Après un carcinome spinocellulaire, la photoprotection rigoureuse est non négociable. Cela signifie concrètement : appliquer une crème solaire SPF 50+ sur toutes les zones exposées, y compris les oreilles et les lèvres, toute l’année et pas seulement en été. Porter des vêtements couvrants et un chapeau à large bord. Éviter le soleil entre 12h et 16h. Ces mesures réduisent significativement le risque de récidive et de nouveaux cancers cutanés.

Le suivi dermatologique régulier

Après traitement, un suivi régulier par un dermatologue est impératif : tous les 3 à 6 mois les deux premières années, puis annuellement. Ce suivi inclut l’examen de toute la surface cutanée (et pas seulement du site opéré), la palpation des aires ganglionnaires, et la surveillance des kératoses actiniques résiduelles.

Le traitement du champ de cancérisation

Avoir eu un carcinome épidermoïde signifie que la peau exposée au soleil a subi des dommages UV importants sur une vaste zone – le « champ de cancérisation ». Les kératoses actiniques environnantes doivent être traitées (cryothérapie, 5-fluorouracile en crème, imiquimod, photothérapie dynamique) pour éliminer les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent.

La chimioprévention par nicotinamide : une option pour les patients à haut risque

Chez les patients ayant déjà présenté plusieurs carcinomes épidermoïdes ou de très nombreuses kératoses actiniques, une chimioprévention orale par nicotinamide (vitamine B3, 500 mg deux fois par jour) peut être discutée avec le dermatologue. L’essai de phase III ONTRAC a démontré une réduction de 30 % de l’incidence des nouveaux carcinomes épidermoïdes sous ce traitement. Pour en savoir plus : nicotinamide et prévention des carcinomes épidermoïdes.

Consultez sans attendre si :

  • Une lésion croûteuse, kératosique ou ulcérée grossit rapidement sur le visage, les oreilles, la nuque ou les mains
  • Une plaie sur zone solaire ne cicatrise pas depuis plus de 4 semaines malgré les soins
  • Une lésion saigne spontanément, sans traumatisme apparent
  • Une verrue péri-unguéale résiste à tous les traitements depuis plusieurs mois
  • Une kératose actinique connue s’infiltre, grossit ou devient douloureuse
  • Vous êtes greffé(e) d’organe ou sous immunosuppresseur et n’avez pas consulté de dermatologue depuis plus d’un an
  • Apparition d’une adénopathie (ganglion gonflé) dans le cou, sous le menton ou à l’aine, dans un contexte de lésion cutanée connue

Téléchargez un guide complet au format PDF :

Questions fréquentes sur le carcinome spinocellulaire

Le carcinome spinocellulaire peut-il tuer ?

Dans les formes détectées tôt, la guérison est obtenue dans la grande majorité des cas par chirurgie. Le risque de métastases varie de 0,5 à 10 % selon la taille, la localisation et les caractéristiques histologiques. Les formes métastatiques ont une survie à 5 ans d’environ 30 %, ce qui souligne l’importance d’une prise en charge sans délai.

Comment reconnaître un carcinome spinocellulaire ?

Le signe le plus évocateur est une lésion qui grossit progressivement sur une zone exposée au soleil – croûteuse, kératosique, parfois ulcérée en son centre, qui saigne au contact et ne cicatrise pas. Elle peut ressembler à une verrue récalcitrante ou à une kératose ordinaire. Seule la biopsie permet une confirmation histologique formelle.

Un spino peut-il récidiver après chirurgie ?

Oui. Le taux de récidive locale est de 5 à 8 % après chirurgie standard pour les formes à faible risque, et peut dépasser 20 % pour les formes à haut risque (taille supérieure à 2 cm, engainement péri-nerveux, immunodépression). C’est pourquoi un suivi dermatologique régulier tous les 3 à 6 mois est indispensable les deux premières années.

Comment distinguer un spino d’une verrue ou d’une kératose ?

C’est souvent impossible à l’œil nu. Un carcinome épidermoïde péri-unguéal ressemble à une verrue résistant aux traitements habituels. Une kératose actinique peut évoluer vers un spino sans signe clinique net. Toute lésion qui ne répond pas au traitement, grossit ou saigne spontanément doit être examinée par un dermatologue – une biopsie sera réalisée si nécessaire.

Peut-on prévenir le carcinome spinocellulaire ?

En grande partie, oui. La photoprotection rigoureuse (crème solaire SPF 50+, vêtements couvrants, évitement du soleil entre 12h et 16h) réduit significativement le risque. Le traitement des kératoses actiniques par cryothérapie ou imiquimod supprime les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent. Les patients greffés doivent bénéficier d’un suivi dermatologique annuel systématique.

Quels sont les signes d’un carcinome spinocellulaire à haut risque ?

Les critères de haut risque reconnus sont : taille supérieure à 2 cm, épaisseur supérieure à 6 mm, différenciation histologique pauvre, localisation à l’oreille ou à la lèvre, envahissement péri-nerveux, récidive locale, et terrain immunodéprimé (greffé, VIH, traitement immunosuppresseur). Ces facteurs justifient une discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire avant traitement.

Qu’est-ce que le cemiplimab et pour qui est-il indiqué ?

Le cemiplimab (Libtayo®) est un anticorps anti-PD-1 indiqué dans les carcinomes épidermoïdes cutanés localement avancés ou métastatiques non résécables. Il est remboursé en France dans cette indication et représente une avancée majeure pour les patients ne pouvant pas bénéficier de chirurgie curatrice. Son accès se fait via une consultation en dermatologie ou oncologie, après discussion en RCP.

La kératose actinique devient-elle toujours un cancer ?

Non, mais le risque d’évolution est réel. On estime que 65 à 70 % des carcinomes épidermoïdes émergent sur des kératoses actiniques préexistantes. Chaque lésion prise individuellement a un risque de transformation annuel faible, mais un patient porteur de nombreuses kératoses actiniques sur un vaste champ de cancérisation doit être surveillé et traité régulièrement par son dermatologue.

Le cemiplimab est-il remboursé en France ?

Oui. Le cemiplimab (Libtayo®) est inscrit au remboursement en France pour les formes localement avancées ou métastatiques non résécables de carcinome épidermoïde cutané. Sa prescription nécessite un spécialiste en dermatologie ou en oncologie, après validation en réunion de concertation pluridisciplinaire.

Pour aller plus loin sur Dermatonet.com

Cancers cutanés et lésions précancéreuses Prévention et photoprotection
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Références scientifiques

  1. Que SK, Zwald FO, Schmults CD. Cutaneous squamous cell carcinoma: Incidence, risk factors, diagnosis, and staging. J Am Acad Dermatol. 2018;78(2):237-247. PMID 29332704
  2. Stratigos AJ, Garbe C, Dessinioti C, et al. European interdisciplinary guideline on invasive squamous cell carcinoma of the skin: Part 1. Diagnostics and prevention – Update 2020. Eur J Cancer. 2020;128:11-26. PMID 32087992
  3. Migden MR, Rischin D, Schmults CD, et al. PD-1 blockade with cemiplimab in advanced cutaneous squamous-cell carcinoma. N Engl J Med. 2018;379(4):341-351. PMID 29863979

Source : HAS – Carcinome épidermoïde cutané : prise en charge diagnostique et thérapeutique (label conjoint INCa-HAS)

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.