Cancers de la peau : mélanome, basocellulaire, spinocellulaire – guide du dermatologue

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Mis à jour le 12 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (PubMed, HAS).

En bref : Le cancer de la peau est le cancer humain le plus fréquent : environ 80 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France, dont plus de 17 000 mélanomes. Détecté à un stade précoce, il guérit dans plus de 90 % des cas. Il en existe trois grands types – carcinome basocellulaire, carcinome spinocellulaire et mélanome – dont la gravité, les signes d’alerte et les traitements diffèrent considérablement. Savoir les reconnaître peut changer un pronostic.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénéréologue

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Le cancer de la peau est le cancer humain le plus fréquent, toutes localisations confondues. Il regroupe des tumeurs aux origines cellulaires, aux comportements biologiques et aux pronostics très différents. D’un côté, les carcinomes – issus des kératinocytes, cellules majoritaires de l’épiderme – qui représentent plus de 90 % des cas et sont dans l’immense majorité curables. De l’autre, les mélanomes – nés des mélanocytes, producteurs du pigment mélanine – moins fréquents mais dotés d’un potentiel métastatique bien plus élevé. Comprendre la nature de chaque type est la première étape pour ne pas minimiser une lésion suspecte, mais aussi pour ne pas surestimer le danger d’une simple verrue séborrhéique bénigne.

cancer de la peau photo lésion cutanée suspecte
Cancer de la peau

Cet article en vidéo

Comment se développe un cancer de la peau ?

La peau se renouvelle en permanence : des millions de cellules se divisent chaque jour, et chaque division expose l’ADN à des risques d’erreur. Le soleil – et plus précisément les ultraviolets (UV) – est le principal facteur qui provoque des mutations de cet ADN dans les cellules cutanées. Dans la plupart des cas, les mécanismes de réparation cellulaire neutralisent ces altérations. Mais lorsqu’ils sont débordés – par une exposition répétée tout au long de la vie, une prédisposition génétique, ou une immunodépression – une cellule anormale peut échapper au contrôle et proliférer de façon anarchique, formant une tumeur maligne.

Ce processus est silencieux et cumulatif. Les coups de soleil de l’enfance laissent des traces durables dans la mémoire génétique de la peau : un seul épisode de brûlure solaire sévère avant 18 ans double statistiquement le risque de mélanome à l’âge adulte. C’est pourquoi la prévention commence dès les premières années de vie, bien avant que les premiers signes cutanés n’apparaissent.

Bon à savoir : Les cancers de la peau surviennent souvent après 50 ans, mais résultent d’une accumulation de dommages UV qui remonte parfois à plusieurs décennies. Un adulte de 60 ans qui n’a jamais « brûlé » peut développer un carcinome à partir d’expositions chroniques modérées répétées toute sa vie. L’âge au diagnostic n’est pas l’âge de l’exposition responsable.

Les principaux types de cancer de la peau

Type Cellule d’origine Fréquence en France Agressivité
Carcinome basocellulaire Kératinocytes basaux ~50 000 cas/an Locale – métastases exceptionnelles
Carcinome spinocellulaire Kératinocytes superficiels Fréquent (sous-estimé) Peut métastaser – risque ganglionnaire
Mélanome Mélanocytes ~17 000 cas/an (2023) Élevée – métastases possibles

Le carcinome basocellulaire – le plus fréquent

carcinome basocellulaire nez photo cancer peau
Carcinome basocellulaire du nez

Le carcinome basocellulaire est le cancer le plus fréquent chez l’être humain, tous cancers et tous organes confondus. Il est issu des kératinocytes de la couche basale de l’épiderme. Sa malignité est essentiellement locale : il ne donne quasiment jamais de métastases à distance, mais son extension locale peut être destructrice, surtout dans les zones periorificielles (nez, paupières, oreilles, lèvres). Il se présente le plus souvent comme une petite papule perlée à bord en bourrelet, qui grossit très lentement sur des années, parfois ulcérée en son centre – ce qu’on appelle un ulcus rodens. Sa croissance lente est précisément ce qui conduit à le négliger, à tort.

À savoir : Le carcinome basocellulaire est particulièrement fréquent chez les personnes à peau claire ayant subi des expositions solaires importantes dans leur jeunesse. Les zones à risque de récidive après traitement sont les régions periorificielles – nez, oreilles, lèvres, zones péri-oculaires. Une surveillance dermatologique régulière après exérèse est toujours recommandée, car le risque d’un second carcinome sur une autre zone est réel : il atteint 41 % à 5 ans après un premier diagnostic.

Voir l’article détaillé : carcinome basocellulaire – diagnostic et traitement.

Le carcinome spinocellulaire (épidermoïde)

kératoacanthome carcinome spinocellulaire cancer peau photo
Kératoacanthome – forme de carcinome spinocellulaire bien différencié

Le carcinome spinocellulaire naît des couches superficielles de l’épiderme. Il est plus agressif que le basocellulaire : il peut envahir les ganglions régionaux et métastaser à distance dans certains cas – risque estimé à 2 à 5 % pour les formes standard, plus élevé pour les formes localement avancées. Sa surveillance après traitement est donc plus rapprochée. Son précurseur le plus fréquent est la kératose actinique – considérée comme un carcinome in situ – qui se manifeste par des plaques rugueuses, rosées ou brunâtres, sur les zones chroniquement exposées au soleil.

Signe d’alerte : Toute induration (durcissement) de la base d’une kératose actinique, ou une érosion qui ne cicatrise pas spontanément, doit alerter sur une possible évolution vers un carcinome invasif. Une biopsie s’impose dans ce cas. Ce signe clinique ne doit jamais être ignoré ou différé.

Il touche surtout les personnes exposées chroniquement au soleil tout au long de leur vie : travailleurs en extérieur, agriculteurs, marins, sportifs de plein air. Après 60 ans, la présence de nombreuses kératoses actiniques sur le visage ou le décolleté est un signal que la surveillance doit s’intensifier.

Voir l’article détaillé : carcinome spinocellulaire – signes et prise en charge.

Le mélanome – le plus grave

mélanome peau tache marron irrégulière SSM photo

Le mélanome est issu des mélanocytes. Bien que moins fréquent que les carcinomes, c’est le plus dangereux des cancers cutanés en raison de sa capacité à métastaser rapidement – parfois avant même que la lésion soit très visible à l’œil nu. Il ressemble souvent à un grain de beauté et se repère grâce à la règle ABCDE :

  • A comme Asymétrie : les deux moitiés de la lésion ne se ressemblent pas
  • B comme Bords : irréguliers, festonnés ou mal délimités
  • C comme Couleurs : plusieurs teintes coexistent (brun, noir, rouge, blanc, bleu)
  • D comme Diamètre : supérieur à 6 mm en général, mais certains mélanomes sont plus petits
  • E comme Évolution : toute modification récente en taille, forme ou couleur, même légère

En France, environ 17 000 nouveaux mélanomes sont diagnostiqués chaque année (données 2023), avec une tendance en progression constante depuis les années 1990. En Europe, le mélanome est responsable de plus de 20 000 décès annuels – un chiffre qui rappelle l’importance de la détection précoce.

Voir l’article détaillé : mélanome – guide complet du diagnostic au traitement.

Autres cancers cutanés : Il existe également des cancers de la peau plus rares – carcinome de Merkel (neuro-endocrine), sarcomes cutanés, lymphomes cutanés T – qui ne sont pas abordés ici. En cas de lésion atypique ne correspondant à aucune description ci-dessus, un avis dermatologique spécialisé reste indispensable.

Causes et facteurs de risque du cancer de la peau

Le soleil – cause principale

La grande majorité des cancers de la peau surviennent sur des zones chroniquement exposées au soleil : visage, cou, mains, avant-bras, décolleté, cuir chevelu dégagé. Les UV provoquent des mutations spécifiques de l’ADN – notamment sur le gène suppresseur de tumeurs TP53 – dans les cellules cutanées. Chaque type de cancer entretient une relation différente avec l’exposition solaire :

  • Carcinome spinocellulaire – lié à une exposition chronique et cumulative tout au long de la vie (travailleurs en extérieur)
  • Carcinome basocellulaire – lié davantage aux expositions intermittentes et aux coups de soleil, notamment dans l’enfance et la jeunesse
  • Mélanome – lié aux expositions intermittentes intenses et aux coups de soleil, surtout avant 20 ans
Cabines de bronzage : L’OMS classe les UV artificiels des cabines de bronzage en catégorie 1 des cancérigènes certains – au même titre que le tabac. Leur utilisation augmente le risque de mélanome de 25 à 30 %, et ce risque s’additionne aux UV naturels déjà reçus. Elles sont interdites aux mineurs en France depuis 2012. Aucune dose n’est sans risque.

Facteurs de risque individuels

Facteur de risque Ce qu’il faut savoir
Phototype clair (peau, yeux, cheveux clairs ou roux) Risque de mélanome environ 10× supérieur vs peau noire
Plus de 50 grains de beauté (nævus) Facteur de risque indépendant pour le mélanome
Antécédents personnels ou familiaux de cancer cutané ~10 % des mélanomes ont une composante génétique (CDKN2A, BRCA2…)
Immunodépression (transplantation, VIH, traitements) Risque de carcinomes multiplié par 3 à 10
Exposition aux UV artificiels (cabines) +25 à 30 % de risque de mélanome – catégorie 1 OMS
Profession exposée au soleil (agriculteur, marin, BTP…) Risque accru de carcinome spinocellulaire – surveillance renforcée recommandée

Comment est posé le diagnostic ?

Le dermatologue dispose de plusieurs outils pour évaluer une lésion suspecte. La première étape est toujours l’examen clinique à l’œil nu, suivi d’une analyse au dermatoscope (loupe optique polarisée), qui permet de visualiser des structures invisibles à l’œil nu. Cet outil, entre les mains d’un spécialiste expérimenté, améliore significativement la précision du diagnostic – sa sensibilité pour le mélanome dépasse 90 % dans les études récentes.

En cas de doute persistant, une biopsie-exérèse est réalisée sous anesthésie locale : la lésion est retirée en totalité et envoyée en anatomopathologie. C’est l’examen qui confirme définitivement la nature d’une tumeur. Pour le mélanome, l’analyse histologique précise également l’indice de Breslow (épaisseur en millimètres), paramètre pronostique décisif.

Conseil du Dr Rousseau : Ne cherchez pas à « surveiller » vous-même une lésion que vous avez repérée au-delà de 4 à 6 semaines. La surveillance à domicile peut rassurer faussement si la lésion évolue lentement. Photographier ses grains de beauté tous les 3 mois est utile pour détecter une évolution, mais ne remplace pas l’examen dermatoscopique. En présence du moindre doute, consultez : un diagnostic précoce peut changer radicalement un pronostic.

Pronostic : de quoi dépend-il ?

La gravité d’un cancer de la peau dépend de trois éléments évalués ensemble :

1. La nature du cancer – Le carcinome basocellulaire est le moins agressif (pas de métastases dans la quasi-totalité des cas). Le carcinome spinocellulaire présente un risque ganglionnaire réel. Le mélanome est le plus pourvoyeur de métastases à distance.

2. Le stade au diagnostic – C’est le facteur pronostique le plus déterminant. Un mélanome diagnostiqué à moins de 1 mm d’épaisseur (indice de Breslow) a un taux de survie à 5 ans supérieur à 95 %. En cas de métastases viscérales, ce taux tombait historiquement à 10-20 % – l’immunothérapie moderne l’a sensiblement amélioré ces dernières années.

3. La localisation – Certaines zones sont plus difficiles à opérer avec des marges de sécurité suffisantes et présentent un risque de récidive plus élevé : nez, paupières, conduit auditif, zones periorificielles en général.

Type de cancer Stade précoce – survie à 5 ans Stade avancé – survie à 5 ans
Carcinome basocellulaire > 95 % (chirurgie seule) Excellent avec inhibiteurs Hedgehog
Carcinome spinocellulaire > 90 % Variable selon l’atteinte ganglionnaire
Mélanome (Breslow < 1 mm) > 95 % Amélioré par immunothérapie (anti-PD1)

Traitement du cancer de la peau

Le traitement de référence pour tous les cancers cutanés est l’exérèse chirurgicale, réalisée sous anesthésie locale avec des marges de sécurité adaptées au type histologique et à l’épaisseur de la tumeur. Pour le mélanome, la marge varie de 1 à 2 cm selon l’indice de Breslow. Pour les carcinomes, elle est généralement de 3 à 5 mm pour les formes nodulaires standard.

Selon le stade et le type, des traitements complémentaires peuvent être proposés :

  • Cryothérapie, laser CO2 ou photothérapie dynamique (PDT) – pour les kératoses actiniques et carcinomes basocellulaires superficiels peu étendus
  • Imiquimod topique, 5-fluoro-uracile – alternatives locales pour certains carcinomes superficiels en zones difficiles à opérer
  • Inhibiteurs de la voie Hedgehog (vismodégib, sonidégib) – pour les carcinomes basocellulaires localement avancés ou inopérables
  • Radiothérapie – pour les carcinomes inopérables ou en complément postopératoire dans certains cas
  • Immunothérapie (anti-PD1 : nivolumab, pembrolizumab) – pour les mélanomes de stade III-IV et les carcinomes spinocellulaires avancés
  • Thérapies ciblées anti-BRAF/MEK – pour les mélanomes BRAF-mutés de stade avancé ; depuis 2011, ces traitements ont transformé le pronostic des formes métastatiques

La décision thérapeutique se prend toujours en concertation multidisciplinaire (dermatologue, chirurgien, oncologue) pour les lésions de stade II et au-delà. Pour les carcinomes simples de petite taille, l’exérèse en consultation de dermatologie reste souvent suffisante.

Après le traitement : La guérison d’un premier cancer cutané ne signifie pas que le risque est définitivement écarté. Après un carcinome basocellulaire, le risque de développer un second cancer cutané atteint 41 % à 5 ans. Une surveillance annuelle chez le dermatologue est donc systématiquement recommandée, quelle que soit la forme traitée.

Prévention du cancer de la peau

La protection solaire est le seul moyen préventif dont l’efficacité est scientifiquement démontrée contre la grande majorité des cancers cutanés. Elle repose sur plusieurs piliers complémentaires :

  • Appliquer une crème solaire SPF 30 minimum en hiver, SPF 50+ en été, 20 à 30 minutes avant l’exposition, puis toutes les 2 heures et après chaque bain ou transpiration importante
  • Éviter l’exposition directe entre 12h et 16h de mai à septembre (11h-15h en montagne et outre-mer)
  • Porter un chapeau à larges bords (minimum 7 cm), des vêtements couvrants à tissu serré et des lunettes filtrant UV-A et UV-B
  • Ne jamais utiliser de cabines de bronzage – interdites aux mineurs depuis 2012 en France
  • Protéger particulièrement les enfants dès le plus jeune âge – leur peau est plus sensible et les dommages s’accumulent tôt
  • Pratiquer l’auto-examen cutané tous les 3 mois, de la tête aux pieds, idéalement devant un grand miroir avec un miroir à main pour le dos
Vitamine D et soleil : 5 à 10 minutes d’ensoleillement quotidien sur les avant-bras et le visage suffisent à couvrir les besoins en vitamine D chez la plupart des adultes. Les enfants, les personnes âgées et les peaux foncées peuvent nécessiter une supplémentation médicale. L’exposition solaire prolongée et non protégée n’est pas une stratégie appropriée pour corriger une carence en vitamine D.

Dépistage et auto-examen : comment surveiller sa peau ?

Un bilan cutané complet chez le dermatologue est recommandé dès 40 ans, ou plus tôt en présence de facteurs de risque (phototype clair, nombreux grains de beauté, antécédents familiaux, immunodépression). Entre les consultations, l’auto-examen régulier reste le meilleur filet de sécurité. Voici comment procéder :

Zone Comment l’examiner
Visage, cou, décolleté Miroir en lumière naturelle
Dos, nuque, cuir chevelu Miroir à main + aide d’un proche, ou peigne à dents fines pour le cuir chevelu
Membres supérieurs et inférieurs Inspecter aussi les espaces interdigitaux, les paumes et les plantes
Ongles Toute bande pigmentée longitudinale nouvelle mérite une consultation

La tache cutanée qui ne guérit pas est l’un des signes d’alerte les plus classiques du carcinome basocellulaire superficiel et mérite une consultation sans délai au-delà de 4 à 6 semaines de persistance.

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  • Une lésion cutanée apparaît et grossit progressivement – tout bouton qui ne guérit pas et ne disparaît pas spontanément en 4 à 6 semaines doit être examiné
  • Un grain de beauté change de taille, de forme ou de couleur – même légèrement, même progressivement
  • Une lésion saigne, suinte, croûte ou s’ulcère sans traumatisme identifiable
  • Vous avez un antécédent personnel ou familial de mélanome ou de carcinome cutané
  • Vous appartenez à un groupe à risque : phototype clair, plus de 50 grains de beauté, immunodépression
  • Vous constatez une adénopathie (ganglion gonflé) dans le territoire de drainage d’une lésion cutanée suspecte
  • Une bande pigmentée apparaît sous un ongle sans traumatisme connu

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Questions fréquentes sur le cancer de la peau

Quels sont les premiers signes d’un cancer de la peau ?

Les signes d’alerte varient selon le type. Le carcinome basocellulaire se présente souvent comme une petite papule perlée, parfois ulcérée en son centre, qui grossit lentement sur les zones exposées au soleil. Le carcinome spinocellulaire forme une plaque rouge, épaisse ou croûteuse qui ne guérit pas en quelques semaines. Le mélanome ressemble à un grain de beauté irrégulier, polychrome ou évolutif. La règle commune : toute lésion nouvelle, qui grossit ou qui saigne sans traumatisme doit être montrée à un médecin. Ne pas attendre plusieurs mois avant de consulter.

Le cancer de la peau peut-il se guérir ?

Oui, dans la grande majorité des cas lorsqu’il est détecté tôt. Le carcinome basocellulaire est guérissable dans plus de 95 % des cas par chirurgie seule. Le mélanome de stade I (moins de 1 mm d’épaisseur) a un taux de survie à 5 ans supérieur à 90 %. Même les mélanomes avancés bénéficient aujourd’hui de l’immunothérapie anti-PD1 et des thérapies ciblées anti-BRAF, qui ont radicalement transformé le pronostic des formes métastatiques depuis 2011. La détection précoce reste cependant le facteur pronostique décisif.

Le soleil provoque-t-il vraiment le cancer de la peau ?

Oui, c’est la cause principale de la grande majorité des cancers cutanés. Les rayons UV induisent des mutations spécifiques de l’ADN dans les cellules de la peau. Ces dommages s’accumulent tout au long de la vie – c’est pourquoi les cancers de la peau apparaissent souvent après 50 ans, tout en résultant d’expositions accumulées depuis l’enfance. Un seul coup de soleil sévère avant 18 ans double statistiquement le risque de mélanome à l’âge adulte. Les UV artificiels des cabines de bronzage présentent les mêmes risques que les UV solaires.

Comment protéger les enfants du soleil ?

Évitez toute exposition directe entre 11h et 16h. Privilégiez l’ombre naturelle – un arbre ou un mur protège mieux qu’un parasol. L’association vêtements anti-UV, chapeau à larges bords, lunettes adaptées et crème SPF 50+ sur les zones découvertes constitue la protection optimale. Un T-shirt classique mouillé perd la majorité de sa protection solaire. Les enfants n’ont pas besoin d’exposition solaire importante pour leur vitamine D – l’alimentation et la supplémentation médicale peuvent suffire si une carence est avérée.

Quelle est la différence entre un grain de beauté et un mélanome ?

Un nævus bénin est symétrique, à bords réguliers, d’une couleur homogène et stable depuis plusieurs années. Un mélanome est asymétrique, à bords irréguliers, de plusieurs couleurs coexistantes, et il évolue en quelques semaines à quelques mois. La règle ABCDE aide à s’orienter, mais seul un dermatologue équipé d’un dermatoscope peut établir un diagnostic certain. En cas de doute, une consultation vaut toujours mieux qu’une attente prolongée. Les applications de reconnaissance automatique des lésions ne remplacent pas l’examen médical spécialisé.

Faut-il s’inquiéter d’un bouton qui ne guérit pas ?

Oui, c’est un signe d’alerte classique du carcinome basocellulaire. Une lésion qui persiste plus de 4 à 6 semaines sans cicatriser spontanément, qui saigne au moindre frottement ou qui forme une croûtelle récidivante, doit être examinée par un dermatologue. Cela concerne particulièrement les zones exposées au soleil chez les personnes de plus de 50 ans, mais peut survenir à tout âge. La biopsie-exérèse permet à la fois le diagnostic et le traitement dans la majorité des cas.

Le cancer de la peau est-il contagieux ?

Non, aucun cancer de la peau n’est contagieux. Les carcinomes et les mélanomes ne se transmettent pas d’une personne à l’autre, ni par contact cutané, ni par aucune autre voie. Certains virus – notamment les papillomavirus humains (HPV) – peuvent favoriser l’apparition de carcinomes spinocellulaires dans des contextes spécifiques (immunodépression, muqueuses génitales), mais la tumeur elle-même n’est pas transmissible. Cette précision est importante pour l’entourage des patients.

À partir de quel âge faut-il faire un bilan dermatologique ?

Un premier bilan cutané complet est recommandé dès 40 ans pour toute personne ayant une exposition solaire habituelle. Avant 40 ans, la consultation s’impose en présence de facteurs de risque : phototype clair, plus de 50 grains de beauté, antécédents personnels ou familiaux de mélanome ou de carcinome, immunodépression, profession exposée au soleil. Entre les consultations, l’auto-examen cutané régulier est le moyen le plus simple de détecter une anomalie tôt.

Le cancer de la peau peut-il toucher les personnes à peau noire ou matte ?

Oui, mais avec une fréquence bien moindre. Le mélanome est environ 10 fois moins fréquent chez les personnes à peau noire, mais il survient plus souvent dans des zones atypiques peu exposées au soleil – paumes, plantes, ongles, muqueuses. Il est souvent diagnostiqué plus tardivement dans ces populations, d’où un pronostic parfois moins favorable. Quelle que soit la couleur de peau, toute lésion évolutive ou pigmentation unguéale nouvelle mérite un examen médical.

Références scientifiques

  1. Lopes J, Rodrigues CMP, Gaspar MM, Pinto Reis C. Melanoma Management: From Epidemiology to Treatment and Latest Advances. Cancers (Basel). 2022;14(19):4652. PMID 36230575
  2. Waseh S, Lee JB. Advances in melanoma: epidemiology, diagnosis, and prognosis. Front Med (Lausanne). 2023;10:1268479. PMID 38076247
  3. Firnhaber JM. Basal Cell and Cutaneous Squamous Cell Carcinomas: Diagnosis and Treatment. Am Fam Physician. 2020;102(6):339-346. PMID 32931212

Source : HAS – ALD n°30 : Mélanome cutané – Guide des actes et prestations

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.

8 réflexions sur « Cancers de la peau : mélanome, basocellulaire, spinocellulaire – guide du dermatologue »

  1. J ai des démangeaisons sur tout le corps mais plus au niveau des bras visage et cou et je n ai aucune lésion… merci de votre aide. Daisy

  2. bonjour

    mon mari a un carcinome in situ du pavillon externe de l oreille, apres traitement par crème efudix peut il etre guéri??? MERCI

  3. est-ce que tout bouton qui a subi une egratinure et qui a du mal à cicatriser, peut faire penser à un cancer de la peau?

  4. bonjour , après biopsie , kératose actinique non transformé qui se trouve sur le nez , je viens d’avoir une séance d’azote … qu’en est il pour l’avenir et comment se protéger du solei ?
    merci

  5. La keratose actinique est un précancer (ou pour certains un cancer très localisé), généralement détruit par l’azote, mais il faut surveiller son absence de récidive en reconsultant au bout de 3 à 6 mois, puis tous les 6mois 1an en fonction du nombre de kératoses. Si vous avez l’impression que la keratose est encore là 15j après l’azote, appelez votre dermatologue. Quant à la protection solaire elle est très importante ca la présence d’une kératose indique des insolations trop importantes qu’il faut cesser, c’est une sorte de feu de signalisation qui se met au rouge ; je vous invite à consulter pour cela l’article se proteger du soleil

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