Carcinome basocellulaire : reconnaître et traiter le cancer de peau le plus fréquent

Carcinome basocellulaire : diagnostic, formes et traitement
Le carcinome basocellulaire (ou « baso ») est le cancer humain le plus fréquent — 70 nouveaux cas pour 100 000 habitants en France chaque année. Sa mortalité est très faible car il ne donne presque jamais de métastases. Son risque évolutif est principalement local : augmentation de taille (il double environ tous les ans), ulcération, destruction des tissus environnants. Plus il est pris en charge tôt, plus le traitement est simple.

Lésion suspecte, plaie qui ne cicatrise pas ou bouton translucide sur le visage ?
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Basocellulaire de la tempe

Sommaire :
Causes et facteurs de risque |
Formes cliniques |
Diagnostic |
Traitement |
Pages spécialisées |
Questions fréquentes

Causes et facteurs de risque

Facteur Détail
Exposition solaire (principal) 80 % des basocellulaires surviennent sur les zones exposées au soleil (tête, cou). Plus fréquent sur les peaux claires et dans les régions très ensoleillées (400 cas/100 000 en Australie). Les expositions intermittentes semblent plus impliquées que l’exposition chronique.
Naevus de Jadassohn Hamartome véruco-sébacé pouvant évoluer en basocellulaire.
Xeroderma pigmentosum Déficit autosomique récessif de la réparation de l’ADN — prédisposition majeure.
Syndrome de Gorlin (naevomatose basocellulaire) Mutations de la voie de signalisation Sonic Hedgehog — basocellulaires multiples dès le jeune âge.
Radiothérapie ancienne Concentration de basocellulaires sur d’anciennes zones de radiodermite.
Baso sur naevus de Jadassohn

→ Voir : effets du soleil sur la peau

Formes cliniques du carcinome basocellulaire

Le basocellulaire survient en général sur peau saine, le plus souvent sur le visage et le cou. Il peut être difficile à diagnostiquer en début d’évolution.

Basocellulaire débutant
Basocellulaire débutant : petite plaie du nez qui ne cicatrise pas
Basocellulaire débutant : petit bouton translucide
Forme Aspect clinique Localisation typique
Nodulaire Perle translucide et rougeâtre posée sur la peau, vaisseaux arborescents Visage, nez
Plan cicatriciel Groupement de petites perles autour d’une zone centrale blanchâtre atrophique avec télangiectasies Visage
Ulcéreux (ulcus rodens) Ulcération chronique ne cicatrisant pas, entourée d’un bourrelet de perles Visage, nez
Pigmenté (« tatoué ») Contient du pigment mélanique — aspect brun ou noir pouvant ressembler au mélanome Visage, cou
Sclérodermiforme Plaque indurée, parfois peu visible — forme infiltrante à risque élevé de récidive Visage
Superficiel Plaque rougeâtre progressivement extensive Tronc surtout
Baso nodulaire du nez
Basocellulaire nodulaire typique
Baso ulcéreux
Carcinome basocellulaire ulcéreux térébrant du nez
Baso ulcéré — ulcus rodens
Baso pigmenté ou tatoué
Basocellulaire pigmenté
Basocellulaire sclérodermiforme
Baso superficiel
Basocellulaire superficiel
Baso superficiel au stade de l’exulcération

⚠️ Consultez devant l’apparition de toute tache ou bouton sur la peau, a fortiori s’ils se modifient. Une petite plaie du visage qui ne cicatrise pas en 3 semaines doit être montrée à un médecin.

Diagnostic du carcinome basocellulaire

Le diagnostic est un acte médical nécessitant une consultation. Le dermatologue utilisera la dermatoscopie pour objectiver son impression clinique, puis pratiquera une biopsie sous anesthésie locale.

Forme Critères dermatoscopiques
Nodulaire / sclérodermiforme Vaisseaux arborescents — très évocateurs de basocellulaire
Superficiel Micro-vaisseaux arborescents dans un « désert » rouge-blanc brillant, multiples petites érosions
Pigmenté Absence de signes de mélanocytes. Présence de : clods bleus, nids ovoïdes, structures en feuilles d’érable, vaisseaux arborescents
Dermatoscope
Vaisseaux arborescents — basocellulaire
Structures bleues dans un basocellulaire pigmenté
Clods bleus — basocellulaire

La biopsie est essentielle : elle prouve qu’il s’agit bien d’un basocellulaire (et non d’un trichoblastome bénin, d’une maladie de Bowen ou d’un spinocellulaire) et détermine le type histologique — ce qui oriente directement le traitement.

Un bouton translucide, une perle sur la peau, une plaie qui ne guérit pas ?
La biopsie se réalise facilement en consultation — la téléconsultation permet une première évaluation et l’orientation vers le bon niveau de prise en charge.
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Traitement du carcinome basocellulaire

Il est important de traiter rapidement — un basocellulaire évolué devient térébrant et destructeur.

Carcinome basocellulaire évolué du nez
Destruction du nez par un basocellulaire — forme négligée
Traitement Indication principale
Chirurgie d’exérèse Traitement de référence pour la majorité des formes — marges adaptées au type histologique
Chirurgie de Mohs Formes sclérodermiformes, récidivantes ou localisations à risque (nez, oreilles, paupières)
Imiquimod (Aldara®) topique Basocellulaires superficiels uniquement — application locale 5 jours/7
Photothérapie dynamique (PDT) Basocellulaires superficiels minces — alternative à l’imiquimod
Radiothérapie Patients âgés, contre-indication à la chirurgie ou formes inopérables
Vismodégib (Erivedge®)
Inhibiteur de la voie Hedgehog
Formes localement avancées inopérables ou métastatiques (exceptionnelles)

→ Voir la fiche consacrée au traitement du carcinome basocellulaire

En savoir plus sur le traitement des cancers de la peau

Pages spécialisées — cancers cutanés

Carcinome basocellulaire
Traitement du carcinome basocellulaire — chirurgie, imiquimod, PDT
Dermatoscopie — lecture des lésions pigmentées
Effets du soleil sur la peau — prévention

Autres cancers cutanés et diagnostics différentiels
Mélanome — diagnostic, stades, traitement
Maladie de Bowen — carcinome in situ
Kératose séborrhéique — diagnostic différentiel
Téléconsultation dermatologue

Questions fréquentes sur le carcinome basocellulaire

Le carcinome basocellulaire est-il mortel ?

La mortalité du basocellulaire est très faible — il ne donne quasiment jamais de métastases. Son danger est local : augmentation de taille, ulcération, destruction des structures anatomiques adjacentes (nez, paupière, oreille). Diagnostiqué tôt, il se traite simplement par chirurgie.

Comment reconnaître un basocellulaire ?

Les signes d’alerte : un bouton translucide ou nacré sur le visage, une petite plaie qui ne cicatrise pas en 3 semaines, une plaque rougeâtre qui s’étend lentement. Aucun signe n’est spécifique — seule la dermatoscopie et la biopsie permettent le diagnostic certain.

Le basocellulaire peut-il récidiver après traitement ?

Oui, surtout les formes sclérodermiformes et les basocellulaires récidivants. Une surveillance dermatologique annuelle est recommandée après traitement. La chirurgie de Mohs offre les meilleurs taux de guérison pour les formes à risque.

Faut-il arrêter le soleil après un basocellulaire ?

Il n’est pas nécessaire d’arrêter toute exposition, mais une photoprotection rigoureuse (SPF 50+, vêtements couvrants, éviction des heures chaudes) est indispensable à vie pour prévenir les récidives et l’apparition de nouveaux cancers cutanés. Les patients ayant eu un basocellulaire ont un risque accru d’en développer d’autres.

Quelle est la différence entre basocellulaire et mélanome ?

Le basocellulaire est le plus fréquent et le moins dangereux — il ne métastase quasiment jamais. Le mélanome est plus rare mais nettement plus grave car il peut métastaser. Certains basocellulaires pigmentés peuvent ressembler à un mélanome — seule la dermatoscopie et la biopsie permettent de trancher.

Voir aussi :
Traitement du baso |
Mélanome |
Maladie de Bowen |
Dermatoscopie |
Soleil et peau |
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Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.


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Carcinome spinocellulaire (épidermoïde) : diagnostic et traitement dermatologique

Carcinome spinocellulaire (épidermoïde) : causes, formes, diagnostic et traitement

Mis à jour le 29 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Le carcinome spinocellulaire — aussi appelé carcinome épidermoïde ou « spino » — représente environ un tiers des cancers cutanés en France. Contrairement au carcinome basocellulaire qui ne métastase quasiment jamais, le spino peut se propager aux ganglions et aux organes. Un diagnostic précoce change radicalement le pronostic : détecté à temps, il se guérit dans la grande majorité des cas par une simple intervention chirurgicale.

Une lésion qui ne guérit pas ou grossit sur zone solaire ?

Consultez rapidement — le carcinome spinocellulaire se traite très bien s’il est pris en charge tôt.


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Sommaire

Définition et épidémiologie

Le carcinome spinocellulaire est une tumeur maligne issue des kératinocytes de l’épiderme, les cellules superficielles de la peau. Il se développe le plus souvent sur une lésion précancéreuse préexistante : kératose actinique, maladie de Bowen (carcinome épidermoïde in situ), cicatrice de brûlure ou ulcère chronique.

Carcinome épidermoide débutant

En France, on estime à 10 à 20 nouveaux cas pour 100 000 habitants par an chez l’homme et 5 à 10 chez la femme. L’incidence augmente régulièrement avec le vieillissement de la population et l’exposition solaire cumulée. Il survient surtout après 60 ans.

Caractéristique Carcinome spinocellulaire Carcinome basocellulaire
Fréquence ~1/3 des carcinomes cutanés ~2/3 des carcinomes cutanés
Risque de métastases 0,5 à 10 % (survie 5 ans : 30 %) Exceptionnel (< 0,1 %)
Lésion précancéreuse Kératose actinique, Bowen, ulcère Souvent de novo
Localisation préférentielle Visage, oreilles, lèvres, mains Visage, cou, décolleté

Causes et facteurs de risque

Le soleil : premier facteur

L’irradiation solaire chronique est la principale cause. Le carcinome spinocellulaire survient préférentiellement sur les zones photo-exposées (visage, oreilles, bras, jambes) et touche plus souvent les personnes exerçant des professions en plein air : agriculteurs, marins, ouvriers du bâtiment.

La carnation claire

Les personnes à peau claire (blonds, roux, yeux bleus ou verts, phototype I-II) sont nettement plus vulnérables aux dommages UV cumulés et au développement d’un spino.

Le papillomavirus (HPV)

Certains types de papillomavirus oncogènes (HPV 16, 18…) sont impliqués dans les carcinomes épidermoïdes ano-génitaux et péri-unguéaux. Une transmission sexuelle est possible pour les localisations digitales et génitales, notamment chez les personnes immunodéprimées.

L’immunosuppression

Les patients greffés d’organe sous traitement immunosuppresseur ou ceux infectés par le VIH ont un risque 50 à 200 fois supérieur à la population générale. Un suivi dermatologique annuel est recommandé dans ce contexte.

⚠️ Signaux d’alerte à ne pas ignorer
Toute lésion qui grossit, saigne spontanément, croûte ou ne cicatrise pas sur une zone exposée au soleil doit être montrée à un dermatologue sans délai. Le spino peut être confondu avec une verrue, une kératose ou une plaie banale.

Formes cliniques

Forme classique

Le spino classique se présente comme une tumeur dure, à surface bourgeonnante, souvent ulcérée en son centre, siégeant sur une zone photo-exposée. Il peut augmenter de taille rapidement en quelques semaines à quelques mois.

Kératoacanthome

Forme bien différenciée, à croissance rapide (semaines), en cratère central rempli de kératine. Certains kératoacanthomes régressent spontanément, mais ils doivent être excisés par sécurité car indiscernables histologiquement d’un spino invasif.

kerato acantome
Keratoacanthome, une forme de cancer spinocellulaire bien différencié
Carcinome epidermoide de l’oreille
Carcinome épidermoide débutant de la tempe

Corne cutanée

Excroissance kératosique dure en forme de corne animale. La base de la corne peut abriter un carcinome épidermoïde : toute corne cutanée doit être considérée comme potentiellement maligne et biopsiée.

Carcinome verruqueux

Forme en chou-fleur, siégeant préférentiellement sur les parties génitales ou les membres inférieurs (carcinome cuniculatum sur ulcère chronique). Évolution lente mais infiltrante.

Carcinomes péri-unguéaux

Souvent liés à HPV 16 oncogène. Ils ressemblent à une verrue du doigt résistant aux traitements. Une localisation ano-génitale associée doit être systématiquement recherchée.

Formes muqueuses

Le spino peut toucher la lèvre (souvent précédé d’une kératose actinique), la bouche (leucoplasie), la vulve, le pénis ou l’anus (souvent précédé d’un lichen scléreux, d’une maladie de Bowen ou d’une papulose bowenoïde). Ces formes muqueuses sont plus agressives.

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Le Dr Rousseau a rédigé un guide complet pour tout comprendre sur les carcinomes de la peau : causes, types, traitements, prévention.

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Diagnostic

Le diagnostic du carcinome spinocellulaire est un acte médical qui nécessite une consultation spécialisée. Le dermatologue combine l’examen clinique, la dermatoscopie et la biopsie cutanée.

Dermatoscopie

À la dermatoscopie, le spino présente typiquement des vaisseaux polymorphes (en points, glomérulaires, en épingles à cheveux, linéaires irréguliers) sur fond blanchâtre, avec des squames ou des croûtes de kératine au centre. Ces signes permettent d’orienter le diagnostic avant biopsie.

Biopsie cutanée

La biopsie est indispensable : elle confirme la nature du carcinome, précise le degré de différenciation (bien différencié, modérément différencié, peu différencié), la profondeur d’invasion et l’existence d’engainements péri-nerveux — autant de critères qui déterminent la stratégie thérapeutique.

Bilan d’extension

Pour les formes à risque élevé (taille > 2 cm, profondeur > 6 mm, localisation à l’oreille ou à la lèvre, engainement péri-nerveux, immunodépression), un bilan ganglionnaire par échographie cervicale ou scanner est recommandé avant traitement.

ℹ️ Critères de haut risque selon les recommandations européennes (JEADV 2020)
Taille ≥ 2 cm — épaisseur ≥ 6 mm — différenciation pauvre — localisation oreille ou lèvre — engainement péri-nerveux — récidive locale — patient immunodéprimé. Ces critères justifient une prise en charge en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire).

Traitement

Chirurgie : le traitement de référence

L’exérèse chirurgicale avec marges de sécurité (au minimum 4 mm pour un spino à faible risque, 6 à 10 mm pour les formes à haut risque) est le traitement standard. L’analyse histologique des berges en extemporané (chirurgie de Mohs dans certains centres spécialisés) permet de s’assurer que la lésion est entièrement retirée.

Radiothérapie

La radiothérapie est une alternative chirurgicale pour les patients inopérables ou en complément après chirurgie incomplète. Elle est aussi utilisée pour les formes localement avancées ou en cas de récidive.

Immunothérapie : cemiplimab

Le cemiplimab (anti-PD-1) est désormais indiqué en France dans les formes localement avancées ou métastatiques non résécables. C’est une avancée majeure pour les patients ne pouvant pas bénéficier de chirurgie ou de radiothérapie curatrice.

Surveillance

Après traitement, un suivi régulier est indispensable (tous les 3 à 6 mois les 2 premières années, puis annuel) pour détecter une récidive locale, des métastases ganglionnaires ou un nouveau cancer cutané. Les patients à haut risque doivent aussi être sensibilisés à la photoprotection et à l’auto-examen cutané.

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Maillage thématique

Questions fréquentes

Le carcinome spinocellulaire peut-il tuer ?

Dans les formes classiques détectées tôt, la guérison est obtenue dans la grande majorité des cas par chirurgie. Le risque de métastases est estimé entre 0,5 et 10 % selon la localisation et les caractéristiques histologiques. Les formes métastatiques ont une survie à 5 ans d’environ 30 % — d’où l’importance d’une prise en charge rapide dès l’apparition de la lésion.

Un spino peut-il récidiver après traitement ?

Oui. Le taux de récidive locale est de l’ordre de 5 à 8 % après chirurgie standard pour les formes à faible risque, et peut atteindre 20 à 30 % pour les formes à haut risque. C’est pourquoi le suivi post-thérapeutique régulier est indispensable, ainsi que la surveillance de l’ensemble du tégument.

Comment distinguer un spino d’une verrue ou d’une kératose ?

C’est souvent impossible à l’œil nu. Un carcinome spinocellulaire péri-unguéal ressemble à une verrue récalcitrante ; une kératose actinique évolue parfois vers un spino sans signe clinique net. Toute lésion qui ne répond pas aux traitements habituels, qui grossit ou qui saigne spontanément doit être montrée à un dermatologue pour biopsie si nécessaire.

Peut-on prévenir le carcinome spinocellulaire ?

Oui, en grande partie. La photoprotection rigoureuse (crème solaire SPF 50+, vêtements couvrants, évitement des expositions entre 12h et 16h) réduit significativement le risque. Le traitement des kératoses actiniques par cryothérapie ou imiquimod supprime les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent. Les patients greffés doivent bénéficier d’un suivi dermatologique annuel.

Le cemiplimab est-il remboursé en France ?

Le cemiplimab (Libtayo®) est inscrit au remboursement en France pour les formes localement avancées ou métastatiques non résécables de carcinome épidermoïde cutané. Son accès se fait via une consultation en service de dermatologie ou d’oncologie dermatologique, après discussion en RCP.

Voir aussi : Carcinome basocellulaire, Mélanome, Kératose actinique, Maladie de Bowen

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Références scientifiques

  1. Que SK, Zwald FO, Schmults CD. Cutaneous squamous cell carcinoma: Incidence, risk factors, diagnosis, and staging. J Am Acad Dermatol. 2018 Feb;78(2):237-247. PMID 29332704
  2. Stratigos AJ, Garbe C, Dessinioti C, et al. European interdisciplinary guideline on invasive squamous cell carcinoma of the skin. Eur J Cancer. 2020 Mar;128:11-26. PMID 32087992
  3. Migden MR, Rischin D, Schmults CD, et al. PD-1 blockade with cemiplimab in advanced cutaneous squamous-cell carcinoma. N Engl J Med. 2018;379(4):341-351. PMID 29863979
  4. HAS. Stratégies de prise en charge des carcinomes épidermoides cutanés. has-sante.fr (source institutionnelle)

Mis à jour le 29 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

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Cancers de la peau : mélanome, basocellulaire, spinocellulaire — guide du dermatologue

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Cancer de la peau : types, symptômes, photos et traitement
Le cancer de la peau est le cancer humain le plus fréquent. Il en existe plusieurs types — les carcinomes (issus des kératinocytes) et les mélanomes (issus des mélanocytes) — dont la gravité, les symptômes et les traitements diffèrent. Détecté tôt, le cancer de la peau est dans la grande majorité des cas guérissable. La prévention solaire reste le meilleur moyen de s’en protéger.

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cancer de la peau photo lésion cutanée suspecte
Cancer de la peau

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Comment se développe un cancer de la peau ?

La peau est constituée de cellules — kératinocytes, mélanocytes, cellules de Merkel — qui se renouvellent en permanence. Ce renouvellement les expose à des mutations de l’ADN, provoquées notamment par les rayons ultraviolets. Habituellement, l’organisme répare ces mutations. Lorsqu’une cellule devient cancéreuse, elle perd cette capacité de réparation et se multiplie de façon anarchique, formant une tumeur maligne.

Les principaux types de cancer de la peau

Type Cellule d’origine Fréquence Agressivité
Carcinome basocellulaire Kératinocytes basaux 50 000 cas/an en France Locale — métastases exceptionnelles
Carcinome spinocellulaire Kératinocytes supérieurs Fréquent Peut métastaser — risque ganglionnaire
Mélanome Mélanocytes 10 000 cas/an en France Élevée — métastases possibles

Le carcinome basocellulaire — le plus fréquent

carcinome basocellulaire nez photo cancer peau
Carcinome basocellulaire du nez

Le carcinome basocellulaire est le cancer le plus fréquent chez l’homme, tous cancers et tous organes confondus — environ 50 000 nouveaux cas par an en France. Il est issu des kératinocytes de la base de l’épiderme. Sa malignité est essentiellement locale : il ne donne quasiment jamais de métastases. Il se présente souvent comme une petite papule perlée à bord en bourrelet, qui grossit lentement, parfois ulcérée au centre.

Les zones à risque de récidive après traitement sont les zones periorificielles (nez, oreilles, lèvres, yeux).

Voir l’article détaillé : carcinome basocellulaire.

Le carcinome spinocellulaire (épidermoïde)

kératoacanthome carcinome spinocellulaire cancer peau photo
Kératoacanthome — forme de carcinome spinocellulaire bien différencié

Le carcinome spinocellulaire est issu des couches superficielles de l’épiderme. Il est plus agressif que le basocellulaire — il peut envahir les ganglions régionaux et métastaser à distance. Il peut avoir pour précurseur la kératose actinique, considérée comme un pré-cancer cutané. Une induration (infiltration) de la base d’une kératose actinique, ou une érosion, sont des signes d’évolution vers un carcinome invasif — une biopsie s’impose alors.

Il touche surtout les personnes exposées chroniquement au soleil (travailleurs en extérieur, agriculteurs, marins).

Le mélanome — le plus grave

mélanome peau tache marron irrégulière SSM photo

Le mélanome est issu des mélanocytes. Bien que moins fréquent que les carcinomes (10 000 cas/an), c’est le plus dangereux car il peut métastaser rapidement. Il ressemble souvent à un grain de beauté et se repère grâce à la règle ABCDE (Asymétrie, Bords irréguliers, Couleurs multiples, Diamètre > 6 mm, Évolution). 20 000 personnes meurent chaque année d’un mélanome en Europe.

Voir l’article détaillé : mélanome.

Il existe d’autres cancers de la peau (carcinome neuro-endocrine, sarcome, lymphome cutané…) que nous n’abordons pas ici

Causes et facteurs de risque du cancer de la peau

Le soleil — cause principale

La majorité des cancers de la peau surviennent sur les zones exposées au soleil (visage, cou, mains, avant-bras). Les UV provoquent des mutations de l’ADN dans les cellules cutanées. Chaque type de cancer a une relation différente avec l’exposition solaire :

  • Carcinome spinocellulaire — lié à une exposition chronique et prolongée tout au long de la vie (travailleurs en extérieur)
  • Carcinome basocellulaire — lié plutôt aux expositions intermittentes et brutales, notamment dans l’enfance (coups de soleil, voyages en pays chauds)
  • Mélanome — lié aux expositions intermittentes et coups de soleil, surtout avant 20 ans

⚠️ Cabines de bronzage : l’OMS recommande d’éviter les UV artificiels. Ils augmentent le risque de mélanome de 25 à 30% et ne font que s’ajouter aux UV naturels déjà reçus.

Autres facteurs de risque

  • Phototype clair — peau claire, yeux clairs, cheveux roux ou blonds, tendance aux coups de soleil : risque nettement augmenté. Le risque de mélanome est 10 fois moins élevé chez les personnes à peau noire que chez les personnes à peau claire
  • Grains de beauté nombreux — plus de 50 nævus augmente significativement le risque de mélanome
  • Antécédents personnels ou familiaux de cancer de la peau — environ 10 % des mélanomes sont liés à une prédisposition génétique
  • Immunodépression — les patients transplantés ou sous immunosuppresseurs ont un risque accru de carcinomes

Pronostic selon le type de cancer

La gravité d’un cancer de la peau dépend de trois éléments principaux :

  • La nature — le carcinome basocellulaire est le moins agressif (malignité locale uniquement). Le mélanome est le plus pourvoyeur de métastases
  • Le stade au diagnostic — plus le cancer est diagnostiqué tôt, meilleur est le pronostic. Le mélanome détecté à moins de 1 mm d’épaisseur a un taux de survie à 5 ans supérieur à 90 %. En cas de métastases, ce taux tombe à 20 %
  • La localisation — certaines zones sont plus difficiles à opérer et plus à risque de récidive : nez, oreilles, zones periorificielles

Traitement du cancer de la peau

Le traitement de référence est l’ablation chirurgicale, réalisée sous anesthésie locale avec des marges de sécurité adaptées au type et à l’épaisseur de la tumeur. Selon le stade et le type, des traitements complémentaires peuvent être proposés :

  • Cryothérapie, laser ou photothérapie dynamique — pour les kératoses actiniques et carcinomes basocellulaires superficiels
  • Imiquimod, 5-fluoro-uracile — traitements topiques pour certains carcinomes superficiels
  • Radiothérapie — pour les carcinomes inopérables ou en complément
  • Immunothérapie (anti-PD1) et thérapies ciblées (anti-BRAF) — pour les mélanomes avancés ou métastatiques

Prévention du cancer de la peau

La protection solaire est le seul moyen préventif efficace contre la majorité des cancers cutanés :

  • Appliquer une crème solaire SPF 30 minimum sur les zones exposées, 30 minutes avant l’exposition, puis toutes les 2 heures et après chaque bain
  • Éviter l’exposition entre 12h et 16h en été
  • Porter chapeau à larges bords, vêtements couvrants et lunettes UV
  • Ne jamais utiliser de cabines de bronzage
  • Protéger particulièrement les enfants — la peau « garde en mémoire » les coups de soleil reçus dans l’enfance. Un T-shirt mouillé ne protège quasiment plus du soleil
  • Pratiquer l’auto-examen cutané tous les 3 mois

💡 Vitamine D et soleil : 5 à 10 minutes d’ensoleillement en milieu de journée suffisent à synthétiser le stock quotidien de vitamine D. Les enfants n’ont pas besoin de s’exposer au soleil pour leurs apports en vitamine D — l’alimentation et la supplémentation médicale suffisent.

Quand consulter un dermatologue ?

🚨 Consultez sans attendre si :

— Une lésion cutanée apparaît et grossit progressivement : tout bouton qui ne guérit pas et ne part pas spontanément doit être montré au médecin
— Un grain de beauté change de taille, de forme ou de couleur
— Une lésion saigne, croûte ou s’ulcère sans traumatisme
— Vous avez un antécédent personnel ou familial de cancer de la peau
— Vous appartenez à un groupe à risque (phototype clair, nombreux grains de beauté)

Sources

Questions fréquentes sur le cancer de la peau

Quels sont les premiers signes d’un cancer de la peau ?

Les signes d’alerte varient selon le type. Le carcinome basocellulaire se présente souvent comme une petite papule perlée qui grossit lentement, parfois ulcérée au centre. Le mélanome ressemble à un grain de beauté irrégulier qui change (règle ABCDE). Le carcinome spinocellulaire apparaît souvent comme une plaque épaisse, rouge, croûteuse qui ne guérit pas. La règle générale : toute lésion qui apparaît, grossit ou évolue doit être montrée à un dermatologue.

Le cancer de la peau se guérit-il ?

Oui, dans la grande majorité des cas quand il est détecté tôt. Le carcinome basocellulaire est guérissable dans plus de 95 % des cas par chirurgie. Le mélanome de stade I a un taux de survie à 5 ans supérieur à 90 %. C’est pourquoi le dépistage précoce est l’enjeu essentiel — un cancer de la peau détecté à un stade avancé est beaucoup plus difficile à traiter.

Le soleil provoque-t-il vraiment le cancer de la peau ?

Oui, c’est la cause principale de la majorité des cancers cutanés. Les UV du soleil provoquent des mutations de l’ADN dans les cellules de la peau. Ces mutations s’accumulent tout au long de la vie — c’est pourquoi les cancers de la peau apparaissent souvent après 50 ans, mais résultent d’expositions accumulées depuis l’enfance. Un seul coup de soleil sévère dans l’enfance double le risque de mélanome à l’âge adulte.

Comment protéger les enfants du soleil ?

Évitez toute exposition directe entre 11h et 16h. Privilégiez l’ombre (un mur ombragé protège mieux qu’un parasol). Utilisez des vêtements anti-UV, un chapeau à larges bords et des lunettes de soleil adaptées. Appliquez une crème SPF 50+ sur les zones découvertes. Un T-shirt classique mouillé perd la majorité de sa protection solaire. Les enfants n’ont pas besoin du soleil pour synthétiser leur vitamine D — l’alimentation et la supplémentation suffisent.

Quelle est la différence entre un grain de beauté et un mélanome ?

Un grain de beauté bénin est symétrique, à bords réguliers, d’une couleur homogène et stable dans le temps. Un mélanome est asymétrique, à bords irréguliers, de plusieurs couleurs, et évolue en taille ou en forme. La règle ABCDE aide à s’orienter, mais seul un dermatologue avec dermatoscope peut établir un diagnostic certain. En cas de doute, consultez sans attendre.

Faut-il éviter totalement le soleil pour prévenir le cancer de la peau ?

Non — une exposition raisonnable et protégée est possible. Il suffit d’éviter les coups de soleil et les expositions prolongées sans protection, surtout entre 12h et 16h. Une crème SPF 30 (en hiver), 50+ en été en Métropole, appliquée correctement (toutes les 2 heures, après chaque bain) protège efficacement. L’objectif n’est pas d’éviter le soleil mais de l’exposer intelligemment — en préservant son « capital soleil ».


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Grain de beauté inquiétant : quand consulter un dermatologue ?


Mauvais grain de beauté : comment reconnaître un grain de beauté qui change ou devient dangereux ?

Un grain de beauté qui change — qui grossit, change de couleur, de forme ou de relief — est le signal d’alarme le plus important du mélanome, le cancer de la peau le plus grave. Pourtant, tous les grains de beauté qui évoluent ne sont pas dangereux, et tous les mélanomes ne ressemblent pas à un « mauvais grain de beauté » classique. Savoir reconnaître les signes qui doivent alerter — et consulter rapidement — est le geste qui peut faire la différence entre un diagnostic précoce et une prise en charge tardive.

Un grain de beauté vous inquiète — il a changé, grossi, saigne ? Ne tardez pas à le faire examiner.
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Sommaire :
La règle ABCDE |
Grain de beauté qui change |
Comment surveiller soi-même |
Le rôle du dermatologue |
Naevus atypiques et risque mélanome |
Tableau récapitulatif |
Questions fréquentes

La règle ABCDE — reconnaître un grain de beauté suspect

La règle ABCDE est un outil de dépistage permettant d’identifier les grains de beauté présentant des caractéristiques suspectes. Elle ne s’applique pas à tous les types de lésions pigmentées — certains mélanomes dangereux n’ont pas ces caractéristiques, et certains grains de beauté atypiques ne sont pas cancéreux. Elle reste cependant le repère le plus utile pour l’autoexamen.

A — Asymétrie

Si l’on trace un trait imaginaire au milieu du grain de beauté, les deux moitiés n’ont pas la même forme. Un grain de beauté normal est symétrique. Une asymétrie notable est un signe d’alerte.

B — Bords irréguliers

Les bords d’un grain de beauté normal sont nets et réguliers. Des bords flous, dentelés, en carte de géographie ou qui s’effacent progressivement dans la peau environnante sont suspects.

C — Couleurs multiples

Un grain de beauté bénin est d’une couleur homogène (brun uniforme). La présence de plusieurs teintes au sein d’une même lésion — brun clair, brun foncé, noir, rosé, rouge, blanc, bleuté — est un signe d’alerte majeur.

D — Diamètre supérieur à 6 mm

La taille approximative d’une gomme de crayon. Tout grain de beauté dépassant 6 mm de diamètre mérite une surveillance rapprochée — même si de nombreux mélanomes débutants sont plus petits, et que certains grands grains de beauté sont bénins.

E — Évolution

C’est le critère le plus important — valable pour tout naevus, quelle que soit sa forme. Toute modification d’un grain de beauté existant doit conduire à consulter : changement de taille, de couleur, de forme, de relief, apparition de démangeaisons, saignement, croûte.

Changement de grain de beauté - signe de danger de mélanome
Changement de grain de beauté : danger de mélanome !

Grain de beauté qui change — quels changements doivent alerter ?

Un grain de beauté peut évoluer de plusieurs façons. Toutes ne sont pas dangereuses — mais aucune ne doit être ignorée.

Grain de beauté qui grossit

Une augmentation de taille progressive est le signe le plus fréquemment rapporté dans les mélanomes débutants. Elle peut être lente — sur plusieurs mois ou années — ou rapide sur quelques semaines. Toute croissance notable d’un grain de beauté stable jusque-là justifie une consultation sans délai. Un naevus qui double de taille en quelques semaines est une urgence dermatologique.

Grain de beauté qui change de couleur

L’apparition d’une nouvelle teinte au sein d’un grain de beauté jusque-là uniforme est particulièrement suspecte : une zone noire, une plage bleutée, une tache rosée ou une zone blanche (dépigmentation) au sein d’un grain de beauté brun sont des signes à prendre très au sérieux.

Grain de beauté qui saigne ou suinte

Un grain de beauté qui saigne spontanément ou au moindre frottement, qui forme une croûte ou qui suinte sans traumatisme apparent doit être montré en urgence à un dermatologue. Ce signe peut correspondre à un mélanome ulcéré ou à un carcinome basocellulaire.

Grain de beauté qui démange ou fait mal

Un naevus bénin est indolore et ne gratte pas. Des démangeaisons persistantes, une sensation de brûlure ou une douleur localisée sur un grain de beauté sont des signaux d’alarme à ne pas négliger.

Grain de beauté qui s’élève ou change de relief

Un grain de beauté plat qui devient surélevé, nodulaire ou qui développe une zone en relief au sein d’une lésion plane peut indiquer une transformation en mélanome nodulaire — forme particulièrement agressive à croissance rapide.

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Comment surveiller soi-même ses grains de beauté

L’autoexamen cutané régulier est recommandé à tous, en complément du suivi dermatologique. Voici comment le pratiquer efficacement :

  • Fréquence : une fois par mois, après la douche, devant un grand miroir avec un miroir à main pour les zones difficiles d’accès
  • Zones à ne pas oublier : cuir chevelu (utiliser un sèche-cheveux pour écarter les cheveux), dos, plantes des pieds, espaces entre les orteils, ongles, zones génitales
  • Photographier ses grains de beauté avec un smartphone — une photo datée permet de détecter une évolution sur plusieurs mois
  • Consulter dès qu’un grain de beauté vous semble différent de ce qu’il était — même si vous n’êtes pas certain

⚠️ L’autoexamen ne remplace pas le suivi dermatologique annuel — certains mélanomes débutants sont invisibles à l’œil nu et ne sont détectables qu’à la dermoscopie.

Le rôle du dermatologue — dermoscopie et photographie

Le dermatologue dispose d’outils que l’œil nu ne peut pas remplacer :

La dermoscopie

La dermoscopie permet d’examiner les structures internes d’un grain de beauté inaccessibles à l’œil nu — réseaux pigmentaires, vaisseaux, globules, voile bleu-blanc — et de distinguer un naevus bénin d’un mélanome débutant avec une précision bien supérieure à l’examen clinique seul.

La photographie comparative

La réalisation de photographies standardisées de l’ensemble des grains de beauté permet une comparaison dans le temps — toute modification entre deux consultations est immédiatement visible, même minime. C’est particulièrement utile pour les patients porteurs de nombreux naevus atypiques.

L’exérèse

Tout grain de beauté jugé suspect à l’examen clinique et dermoscopique est enlevé chirurgicalement et analysé en anatomopathologie. C’est le seul moyen d’affirmer ou d’infirmer un mélanome avec certitude. Voir enlever un grain de beauté.

Naevus atypiques et risque de mélanome

Un naevus atypique (ou dysplasique) est un grain de beauté présentant un ou plusieurs critères ABCDE sans pour autant être un mélanome. Pris isolément, il n’est pas dangereux — mais sa présence en grand nombre augmente significativement le risque de développer un mélanome.

Les facteurs de risque cumulatifs sont :

  • Présence de nombreux naevus atypiques (plus de 5 à 10)
  • Antécédents personnels ou familiaux de mélanome
  • Phototype clair — peau claire, cheveux roux ou blonds, yeux clairs
  • Expositions solaires intenses — coups de soleil dans l’enfance, UV artificiels
  • Immunodépression

En cas de naevus atypiques multiples, il est impératif de respecter scrupuleusement les règles de protection solaire et d’assurer un suivi dermatologique annuel avec photographie comparative.

Tableau récapitulatif — signes d’alerte du grain de beauté

Signe Ce qu’il faut observer Conduite à tenir
A — Asymétrie Les deux moitiés ne se superposent pas Consultation dermatologique
B — Bords Bords flous, dentelés, irréguliers Consultation dermatologique
C — Couleurs Plusieurs teintes (noir, rosé, blanc, bleuté) Consultation dermatologique
D — Diamètre Supérieur à 6 mm Surveillance rapprochée ou exérèse
E — Évolution Toute modification (taille, couleur, relief, démangeaisons, saignement) Consultation sans délai
Saignement / croûte Spontané ou au moindre frottement Urgence dermatologique

Questions fréquentes

Mon grain de beauté a grossi en quelques semaines — est-ce forcément un mélanome ?
Pas nécessairement — certains naevus bénins peuvent croître rapidement, notamment chez les jeunes ou pendant la grossesse. Mais une croissance rapide sur quelques semaines est un signal d’alarme qui justifie une consultation dermatologique urgente. Seul l’examen dermoscopique — et si nécessaire l’exérèse avec analyse anatomopathologique — permet de trancher avec certitude. Ne tardez pas : un mélanome diagnostiqué précocement (stade fin) est guérissable dans la grande majorité des cas.

Mon grain de beauté gratte depuis quelques jours — dois-je m’inquiéter ?
Des démangeaisons persistantes sur un grain de beauté sont un signe à ne pas ignorer. Une irritation passagère après un frottement peut expliquer une démangeaison transitoire — mais si elle persiste plusieurs jours ou si elle s’accompagne d’un changement d’aspect, consultez rapidement. Les démangeaisons figurent parmi les premiers symptômes signalés dans certains mélanomes débutants.

Quelle est la différence entre un grain de beauté atypique et un mélanome ?
Un naevus atypique (ou dysplasique) présente des irrégularités de forme, de bords ou de couleur sans pour autant être malin. Il est considéré comme un facteur de risque et non comme un cancer. Un mélanome est une tumeur maligne des cellules pigmentaires — il envahit les tissus et peut métastaser. Seule l’analyse anatomopathologique après exérèse permet de distinguer formellement un naevus atypique sévère d’un mélanome débutant.

À quelle fréquence faire contrôler ses grains de beauté ?
Pour une personne sans facteur de risque particulier, un contrôle dermatologique annuel est recommandé. En cas de naevus atypiques multiples, d’antécédents personnels ou familiaux de mélanome, ou de phototype très clair, la surveillance peut être semestrielle avec photographie comparative. Entre les consultations, l’autoexamen mensuel reste indispensable.

Un grain de beauté enlevé peut-il récidiver ?
Un naevus enlevé avec des marges saines ne récidive pas. Si l’exérèse est incomplète (berges atteintes), une ré-excision est nécessaire. Dans le cas d’un mélanome, des marges d’exérèse plus larges sont requises selon l’épaisseur de la tumeur (indice de Breslow), et un suivi oncologique est mis en place.


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Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Traitement du mélanome malin : chirurgie, immunothérapie et suivi


Soigner le mélanome : chirurgie, traitements complémentaires et surveillance

Le mélanome est le cancer cutané dont le pronostic dépend le plus directement de la précocité du diagnostic. Diagnostiqué à un stade localisé, son taux de survie à 5 ans dépasse 88 % ; pris en charge au stade métastatique, il tombe à 18 %. Cette donnée fondamentale justifie l’urgence de toute consultation devant une lésion pigmentée suspecte et l’importance de la surveillance à vie après traitement.

La prise en charge du mélanome repose sur trois piliers : la chirurgie d’exérèse, décision initiale indispensable ; le bilan d’extension pour stadifier la maladie ; et un éventuel traitement complémentaire — immunothérapie, thérapies ciblées ou radiothérapie — décidé en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). Le suivi régulier est ensuite organisé à vie.

Suspicion de mélanome ? Toute lésion pigmentée suspecte doit être examinée en semi-urgence par un dermatologue.

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Plan de l’article sur le mélanome :
Le mélanome /
Risques de mélanome /
Types de mélanome /
Traitement mélanome /
Soins du mélanome

Facteurs pronostiques du mélanome

Le pronostic du mélanome est évalué par plusieurs paramètres histologiques et cliniques qui déterminent le stade AJCC (American Joint Committee on Cancer) et orientent les décisions thérapeutiques :

Paramètre Signification Impact pronostique
Indice de Breslow Épaisseur de la tumeur en millimètres, mesurée de la couche granuleuse jusqu’au point le plus profond de l’invasion Principal facteur pronostique — plus la tumeur est épaisse, plus le risque métastatique est élevé
Indice de Clark Niveau d’invasion des couches anatomiques de la peau (I à V) Facteur pronostique complémentaire, moins utilisé depuis l’introduction des critères AJCC 2018
Ulcération Perte d’épiderme au-dessus du mélanome à l’histologie Facteur de mauvais pronostic indépendant, majore le stade T
Index mitotique Nombre de mitoses par mm² ≥ 1 mitose/mm² est un facteur de mauvais pronostic (T1b si Breslow < 0,8 mm)
Microsatellites Nids tumoraux discontinus dans le derme ou l’hypoderme Associés à un risque métastatique augmenté
Signes de régression Zone de fibrose et mélanophages remplaçant le mélanome Valeur pronostique débattue ; mérite une mention histologique
Mutation BRAF V600 Présente dans 40-50 % des mélanomes Non pronostique mais déterminante pour l’accès aux thérapies ciblées
Le meilleur facteur pronostique du mélanome reste sa découverte précoce. Un mélanome de moins de 1 mm sans ulcération ni mitose (stade IA) a un taux de survie spécifique à 10 ans supérieur à 95 %. Un mélanome de plus de 4 mm avec ulcération tombe à 50 %.

Chirurgie : l’exérèse du mélanome

Règle absolue : devant toute lésion pigmentée suspecte, l’exérèse chirurgicale complète est systématique. La biopsie partielle (punch, shave) est formellement proscrite pour le diagnostic d’un mélanome primitif : elle prive de la mesure précise de l’épaisseur de Breslow et peut fausser l’évaluation pronostique.
Stades de profondeur du mélanome

La première exérèse est réalisée avec une marge de 1 à 3 mm de peau saine latérale, incluant toutes les couches cutanées et un peu de tissu graisseux sous-cutané. L’examen anatomopathologique de la pièce confirme le diagnostic, précise l’indice de Breslow, l’ulcération, l’index mitotique et le caractère complet de l’exérèse. Le tissu tumoral est systématiquement fixé dans du formol en vue d’une analyse moléculaire BRAF ultérieure.

Dans la très grande majorité des cas, une reprise chirurgicale élargie est ensuite nécessaire pour obtenir des marges carcinologiques suffisantes, adaptées à l’épaisseur du mélanome.

Marges d’exérèse selon l’indice de Breslow (recommandations HAS/INCa 2024)

Épaisseur (Breslow) Marge d’exérèse latérale
Mélanome in situ 0,5 cm
0 à 1 mm 1 cm
1,01 à 2 mm 1 à 2 cm
Plus de 2 mm 2 cm
Mélanome de Dubreuilh (lentigo malin mélanome) : Marge de 1 cm recommandée. En cas d’impossibilité anatomique (proximité oculaire, auriculaire…), une marge de 0,5 cm est acceptable sous réserve d’un contrôle histologique strict des berges — avec ou sans technique de Mohs adaptée ou cartographie des marges.

Bilan d’extension

Après l’exérèse initiale, un bilan d’extension est réalisé pour rechercher d’éventuelles métastases ganglionnaires ou à distance, et pour dépister un second mélanome primitif :

  • Examen clinique complet de tout le tégument (dermoscopie numérique si disponible) et des aires ganglionnaires de drainage
  • Échographie des aires ganglionnaires locorégionales : indiquée à partir du stade IB (Breslow ≥ 0,8 mm avec facteurs de risque, ou ≥ 1 mm)
  • Scanner thoraco-abdomino-pelvien avec injection ± TEP-FDG + IRM cérébrale : indiqués à partir du stade IIC (Breslow > 2 mm avec ulcération) et pour tous les stades III et IV
  • Ganglion sentinelle : technique de cartographie lymphatique isotopique permettant d’identifier et d’analyser le premier ganglion de drainage. Indiqué pour les mélanomes de Breslow ≥ 0,8 mm avec facteurs de risque histologiques (ulcération, ≥ 1 mitose/mm², microsatellites) ou ≥ 1 mm — décision à discuter en RCP
  • Recherche systématique de la mutation BRAF V600 sur le tissu tumoral : déterminante pour l’accès aux thérapies ciblées orales
  • LDH : facteur pronostique en cas de métastases (classement M1)
Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) : Tout dossier de mélanome doit être présenté en RCP spécialisée (dermatologie-oncologie) avant toute décision de traitement complémentaire. La RCP réunit dermatologue, oncologue, chirurgien, radiologue et anatomopathologiste pour décider collégialement de la stratégie.

La prise en charge du mélanome nécessite un suivi spécialisé régulier. Consultez le Dr Rousseau à Bordeaux.

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Traitements complémentaires à la chirurgie

En fonction du stade, des caractéristiques histologiques et du statut mutationnel BRAF, un traitement complémentaire peut être décidé en RCP. Les immunothérapies et thérapies ciblées anti-BRAF/MEK ont révolutionné le pronostic du mélanome depuis 2011, réduisant considérablement l’utilisation de la chimiothérapie conventionnelle qui n’a plus d’indication en première ligne.

Immunothérapie : inhibiteurs de points de contrôle immunitaire

L’immunothérapie stimule le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et détruise les cellules tumorales. Les inhibiteurs de checkpoint immunitaire agissent en levant les « freins » qui empêchent les lymphocytes T d’attaquer la tumeur.

Molécule Cible Indications AMM France (2024)
Pembrolizumab (Keytruda®) Anti-PD-1 Mélanome métastatique ou non résécable ; adjuvant stades IIB, IIC, III après résection complète
Nivolumab (Opdivo®) Anti-PD-1 Mélanome métastatique ou non résécable ; adjuvant stades IIB, IIC, III et IV réséqués (AMM 2023)
Ipilimumab (Yervoy®) Anti-CTLA-4 En association avec nivolumab en première ligne métastatique (plus utilisé en monothérapie)
Nivolumab + Ipilimumab Anti-PD-1 + anti-CTLA-4 Mélanome avancé stade IV — bithérapie de première ligne, efficacité supérieure mais toxicité accrue

En situation adjuvante (stades III opérés), pembrolizumab et nivolumab réduisent le risque de récidive de 35 à 58 % par rapport au placebo dans les essais KEYNOTE-716 et CheckMate 76K. La durée du traitement adjuvant est de 12 mois. Pour les stades III BRAF muté, l’immunothérapie anti-PD-1 et la bithérapie ciblée sont deux options comparables en l’absence d’étude face à face.

Approche néoadjuvante (2024–2025) : Pour les mélanomes de stade III résécables, une immunothérapie néoadjuvante avant chirurgie montre des résultats remarquables. L’essai NADINA (nivolumab + ipilimumab néoadjuvant) rapporte une survie sans récidive de 83 % vs 57 % pour le traitement adjuvant standard, avec des réponses pathologiques complètes permettant dans certains cas de se passer du traitement adjuvant. Cette approche est amenée à modifier les standards de prise en charge.

Thérapies ciblées anti-BRAF et anti-MEK

La mutation BRAF V600 est présente dans 40 à 50 % des mélanomes cutanés. Elle entraîne une activation constitutive de la voie MAPK qui accélère la prolifération tumorale. Les inhibiteurs BRAF et MEK, administrés par voie orale, bloquent cette voie de signalisation.

Association Inhibiteur BRAF Inhibiteur MEK Indications
Dabrafénib + Tramétinib (Tafinlar® + Mekinist®) Dabrafénib Tramétinib Mélanome BRAF V600 muté, adjuvant stade III et IV réséqué (AMM), métastatique. Bénéfice en survie globale à 10 ans confirmé (COMBI-AD)
Vémurafénib + Cobimétinib (Zelboraf® + Cotellic®) Vémurafénib Cobimétinib Mélanome BRAF V600 muté métastatique ou non résécable
Encorafénib + Binimétinib (Braftovi® + Mektovi®) Encorafénib Binimétinib Mélanome BRAF V600 muté métastatique ou non résécable

Les thérapies ciblées permettent des réponses rapides (souvent en quelques semaines) mais exposent à des résistances acquises après quelques mois à 2 ans. Leurs principales toxicités cutanées spécifiques sont l’hyperkératose folliculaire, les éruptions acnéiformes et le risque de carcinomes épidermoïdes induits par l’activation paradoxale de la voie MAPK dans les kératinocytes normaux — une surveillance dermatologique trimestrielle est impérative pendant le traitement.

Radiothérapie

La radiothérapie peut être utilisée en situation adjuvante après curage ganglionnaire chez les patients à haut risque de récidive locale (notamment en cas de rupture capsulaire), ou à visée palliative sur les métastases cérébrales ou osseuses symptomatiques.

Surveillance médicale à vie selon le stade

La surveillance après traitement d’un mélanome est à vie. Son rythme et son contenu sont adaptés au stade initial.

Stades IA (T1a) et IB (T1b et T2a)

  • Suivi clinique complet (tégument + aires ganglionnaires) : 2 visites par an pendant 3 ans, puis annuel à vie
  • Pas d’imagerie systématique en l’absence de point d’appel clinique
  • Éducation à l’auto-dépistage d’un nouveau mélanome ou d’une récidive
  • Rappel des conseils de photoprotection à chaque consultation

Stades IIA (Breslow < 2 mm avec ulcération) et IIB

  • Suivi clinique complet : 2 à 4 visites par an pendant 3 ans, puis annuel à vie
  • Échographie ganglionnaire de l’aire de drainage tous les 3 à 6 mois pendant 3 ans
  • Pas d’autre imagerie systématique en l’absence de point d’appel clinique
  • Auto-dépistage et rappel de photoprotection

Stades IIC, III et IV

  • Suivi clinique + échographie ganglionnaire tous les 3 à 4 mois
  • Scanner TAP avec injection ou TEP-FDG + IRM cérébrale selon le protocole oncologique défini en RCP
  • Suivi conjoint dermatologue + oncologue pendant le traitement adjuvant

Auto-surveillance à vie : la méthode pas à pas

L’auto-examen trimestriel de la peau est recommandé à vie par la HAS pour tout patient ayant eu un mélanome. Il permet la détection précoce d’une récidive locale, d’une métastase cutanée ou d’un second mélanome primitif.

Méthode d’auto-examen cutané (source HAS) — 3 étapes :

Étape 1 — Examen direct : À l’œil nu, examiner les paumes des mains et pieds, les ongles, les espaces entre les doigts, la face avant des bras et avant-bras, les cuisses et les jambes.

Étape 2 — Examen avec miroir en pied : Se placer devant un miroir en pied et examiner la peau de haut en bas. Tourner le côté gauche puis le côté droit vers le miroir, bras levés à la verticale.

Étape 3 — Examen avec miroir à main : Pour les zones inaccessibles à la vue directe : élever chaque jambe pour examiner face interne, externe et postérieure du mollet et de la cuisse. Examiner la face postérieure des bras, la nuque, le dos, le cuir chevelu et la région génitale à l’aide du miroir à main. Demander l’aide d’un proche pour les zones difficiles d’accès (dos, nuque, cuir chevelu).

En cas de modification d’une lésion existante ou d’apparition d’une tache, d’un nodule ou d’une boule sous la peau : consultez sans délai votre dermatologue. Ne pas attendre la prochaine consultation programmée.

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Questions fréquentes

Peut-on faire une biopsie d’un mélanome pour confirmer le diagnostic avant l’opération ?

Non. La biopsie partielle (punch, shave) est contre-indiquée pour le mélanome. L’exérèse chirurgicale complète de la lésion avec marges de 1 à 3 mm est systématiquement réalisée d’emblée. Elle constitue à la fois l’acte diagnostique et le premier geste thérapeutique, permettant de mesurer précisément l’épaisseur de Breslow et d’établir le stade exact.

Pourquoi une deuxième opération est-elle souvent nécessaire après l’ablation d’un mélanome ?

La première exérèse est réalisée avec de faibles marges (1 à 3 mm) pour confirmer le diagnostic. Une fois le Breslow connu, une reprise chirurgicale avec des marges plus larges (1 à 2 cm selon l’épaisseur) est nécessaire pour éliminer tout résidu microscopique tumoral. Cette reprise est préventive et carcinologique, même si la première exérèse semblait complète.

Le ganglion sentinelle est-il systématique ?

Non. Le ganglion sentinelle est indiqué à partir des mélanomes de Breslow ≥ 0,8 mm avec facteurs de risque histologiques, ou ≥ 1 mm. La décision est discutée en RCP selon le tableau clinique. L’exérèse du ganglion sentinelle positif n’améliore pas la survie globale mais fournit une information pronostique et peut modifier le stade (indication au traitement adjuvant).

L’immunothérapie anti-PD-1 est-elle remboursée en France ?

Oui. Le pembrolizumab (Keytruda®) et le nivolumab (Opdivo®) sont remboursés par l’Assurance Maladie en France pour les indications ayant une AMM, notamment en situation adjuvante (stades IIB, IIC, III après résection) et en situation métastatique. Les conditions de remboursement évoluent régulièrement avec les nouvelles données d’essais cliniques.

Combien de temps dure la surveillance après un mélanome ?

La surveillance est à vie pour tous les stades. Le rythme est plus rapproché les 3 à 5 premières années (risque de récidive le plus élevé), puis s’espace généralement à un suivi annuel. Elle comprend l’examen clinique complet, l’imagerie selon le stade, et l’éducation à l’auto-examen trimestriel.

Voir aussi : Mélanome malinPrévention du mélanomeGrains de beauté

Références scientifiques

  1. INCa / HCSP. Recommandations sur le mélanome cutané. Institut national du cancer, 2024. e-cancer.fr
  2. Eggermont AMM, Blank CU, Mandalà M, et al. Adjuvant pembrolizumab versus placebo in resected stage IIB or IIC melanoma. N Engl J Med. 2022;387(14):1223-1234. PubMed 36197490
  3. Ascierto PA, Del Vecchio M, Mandalà M, et al. Adjuvant nivolumab versus placebo in resected stage IIB–C melanoma. N Engl J Med. 2023;389(25):2333-2344. PubMed 38091514
  4. Long GV, Hauschild A, Santinami M, et al. Adjuvant dabrafenib plus trametinib in stage III BRAF-mutated melanoma. N Engl J Med. 2017;377(19):1813-1823. PubMed 28891408
  5. HAS. OPDIVO (nivolumab) — traitement adjuvant du mélanome. Haute Autorité de Santé, 2023. has-sante.fr

Mis à jour le 24 avril 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

Mélanome : prévention, facteurs de risque UV et protection solaire


Mélanome : symptômes, photos, diagnostic et traitement
Le mélanome est un des cancers de la peau les plus dangereux. Il se développe à partir des mélanocytes — les cellules responsables de la pigmentation — et peut ressembler à un simple grain de beauté. Détecté tôt, son taux de survie à 5 ans dépasse 90 %. Détecté tardivement avec métastases, il tombe à 20 %. Le dépistage précoce est donc l’enjeu essentiel.

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mélanome peau SSM tache marron irrégulière photo
Mélanome de type SSM — tache irrégulière multicolore

Sommaire :
Vidéo |
Qu’est-ce que le mélanome |
Facteurs de risque |
Règle ABCDE |
Les 4 types |
Diagnostic |
Classification |
Dépistage |
Traitement |
Surveillance |
Questions fréquentes

Cet article en vidéo

Qu’est-ce que le mélanome ?

Le mélanome est un cancer de la peau issu des mélanocytes. Dans plus de 90 % des cas il est cutané, mais il peut aussi se développer sur les muqueuses, sous les ongles ou dans les yeux. Il représente 3 % de l’ensemble des cancers mais c’est le cancer dont l’incidence augmente le plus vite : +10 % de nouveaux cas par an depuis 50 ans. En France, environ 10 000 nouveaux mélanomes sont diagnostiqués chaque année.

Sur le plan cutané, le mélanome peut prendre des formes très variées : tache marron, bouton, tache noire, nodule… Seul un médecin peut diagnostiquer un mélanome.

mélanome tache noire peau photo
Mélanome — tache noire irrégulière

Facteurs de risque du mélanome

Facteur de risque Niveau de risque
Peau claire, cheveux clairs, yeux bleus (phototype I-II) 🔴 Élevé
Coups de soleil répétés, surtout avant 20 ans 🔴 Élevé
Antécédent personnel ou familial de mélanome 🔴 Élevé
Plus de 50 grains de beauté, ou grains de beauté atypiques 🔴 Élevé
Exposition aux UV en cabine de bronzage 🟠 Très significatif
Immunodépression 🟠 Significatif

⚠️ Cabines de bronzage : une seule séance délivre 10 à 15 fois la dose d’UVA d’une exposition au soleil de midi. Commencer avant 35 ans augmente le risque de mélanome de 75 %. L’OMS a classé les appareils de bronzage parmi les cancérogènes certains.

Une étude de 2019 montre qu’avoir plus de 20 grains de beauté avant 20 ans, des cheveux clairs et une faible capacité à bronzer augmente le risque de mélanome par 3 à 4 par rapport à la population générale.

mélanome épais peau photo
Mélanome épais — stade avancé

Comment reconnaître un mélanome ? La règle ABCDE

Le diagnostic clinique d’un mélanome repose sur la règle ABCDE — à appliquer sur tout grain de beauté suspect :

Lettre Critère Ce qu’il faut observer
A Asymétrie Les deux moitiés du grain de beauté ne se superposent pas
B Bords irréguliers Contours déchiquetés, en carte de géographie (non ronds ni ovales)
C Couleurs multiples Présence de plusieurs teintes : noir, marron, rouge, blanc dans la même lésion
D Diamètre > 6 mm Plus grand que la gomme d’un crayon (6 mm). Attention : certains mélanomes sont plus petits
E Évolution Tout changement récent de taille, forme, couleur — ou grain de beauté qui saigne, croûte, démange

💡 Le critère E (Évolution) est le plus important. Tout grain de beauté qui change doit être montré à un dermatologue sans délai.

règle ABCDE mélanome grain de beauté différence photo
Règle ABCDE — différencier grain de beauté et mélanome
changement grain de beauté mélanome danger photo
Changement d’un grain de beauté — signe d’alerte

Les 4 types principaux de mélanome — photos

1. Mélanome à extension superficielle (SSM) — le plus fréquent

Le SSM représente environ 70 % des mélanomes. Il s’étend d’abord horizontalement pendant plusieurs mois ou années (phase intra-épidermique de bon pronostic), avant d’envahir en profondeur le derme. Il se présente comme une tache de contour irrégulier, de couleurs inhomogènes (noir, marron, rouge, blanc), d’abord non palpable puis en relief.

mélanome SSM extensif superficiel photo
Mélanome SSM — extension superficielle
superficial spreading melanoma SSM photo
Superficial Spreading Melanoma

Le SSM peut régresser par endroits, laissant une zone blanche cicatricielle. Cette régression n’est pas un bon signe — elle témoigne de l’ancienneté du mélanome.

mélanome régression centrale zone blanche photo
Régression centrale d’un mélanome SSM

2. Mélanome nodulaire

Le mélanome nodulaire évolue d’emblée en profondeur — sans phase superficielle préalable. Il se présente comme un nodule bleu-noir ou chair, qui grossit rapidement en quelques semaines à quelques mois, peut saigner ou s’ulcérer. C’est une forme de moins bon pronostic car souvent diagnostiquée tardivement.

mélanome nodulaire bouton rouge marron photo
Mélanome nodulaire
mélanome nodulaire achromique bouton rouge saigne photo
Mélanome nodulaire achromique — bouton rouge qui saigne

⚠️ Tout bouton rouge qui grossit rapidement doit être montré à un dermatologue — même sans pigmentation, il peut s’agir d’un mélanome nodulaire achromique.

3. Mélanome de Dubreuilh (lentigo malin)

Le mélanome de Dubreuilh se développe sur le visage des personnes âgées sous forme d’une tache brune inhomogène à plusieurs teintes. Il évolue lentement mais peut se transformer en mélanome invasif nodulaire.

mélanome de Dubreuilh lentigo malin visage photo
Lentigo malin de Dubreuilh — tache brune du visage
lentigo malin nez mélanome Dubreuilh photo
Lentigo malin du nez
mélanome de Dubreuilh évolué nodulaire photo
Mélanome de Dubreuilh évolué en nodule invasif

4. Mélanome acrolentigineux (mélanome acral)

Le mélanome acral siège sur les paumes, les plantes, les doigts et les orteils. Forme prédominante sur les peaux noires et asiatiques. Toute lésion évolutive de ces zones doit être montrée à un médecin.

mélanome jambe femme zone exposée soleil photo
Mélanome de la jambe — zone fréquente chez la femme

Mélanome vs grain de beauté — comment faire la différence ?

La différence entre un grain de beauté bénin (nævus) et un mélanome est parfois très difficile à l’œil nu — même pour un médecin expérimenté. Le dermatologue utilise la dermatoscopie pour analyser la structure interne de la lésion, invisible à l’œil nu.

différence grain de beauté mélanome malin photo comparaison
La différence entre grain de beauté et mélanome est parfois difficile à voir

En cas de doute, le dermatologue pratique une ablation sous anesthésie locale avec des marges de 1 à 2 mm, suivie d’une analyse anatomopathologique. C’est le seul moyen de diagnostic certain.

Analyse anatomopathologique et classification

Indice de Breslow — épaisseur de la tumeur

C’est le principal facteur pronostique :

Épaisseur (Breslow) Pronostic Survie à 5 ans (approx.)
< 0,75 mm Très favorable > 95 %
0,75 à 2 mm Intermédiaire 80–90 %
> 2 mm Moins favorable — surveillance renforcée Variable selon ulcération et ganglions
stades profondeur mélanome indice Breslow Clark schéma
Stades de profondeur du mélanome — indice de Breslow

Classification AJCC en 4 stades

Stade Définition Survie relative à 5 ans
Stade I Mélanome localisé ≤ 2 mm, sans ulcération ni ganglion > 90 %
Stade II Mélanome localisé > 2 mm ou ulcéré, sans ganglion 70–85 %
Stade III Métastases ganglionnaires régionales 40–70 %
Stade IV Métastases à distance 20–30 % (en amélioration avec immunothérapie)

💡 En cas de mélanome métastatique, une recherche de mutations BRAF, NRAS, c-Kit est réalisée pour adapter le traitement ciblé. L’immunothérapie a transformé le pronostic des stades IV ces dernières années, avec des rémissions complètes possibles.

Dépistage du mélanome

La Sécurité Sociale prend en charge une consultation annuelle chez le dermatologue sans passer par le médecin traitant pour les patients à risque (HAS) : antécédent personnel ou familial de mélanome, phototype I, nombre élevé de nævus ou nævus atypiques, expositions solaires intenses répétées.

Auto-examen cutané — méthode HAS (tous les 3 mois)

Étape Zones à examiner
Étape 1 — examen direct Paumes, plantes, ongles, doigts et espaces interdigitaux, face avant des bras, cuisses et jambes
Étape 2 — miroir en pied Corps de haut en bas, puis de profil gauche et droit, bras levés
Étape 3 — miroir à main Face interne et postérieure des jambes, dos des bras, nuque, dos, cuir chevelu, région génitale. Aide d’un proche si besoin.

Traitement du mélanome

Le traitement dépend du stade et est décidé en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP).

Traitement Indication
Reprise chirurgicale (marges élargies selon Breslow) Tous stades après exérèse initiale
Ganglion sentinelle Recherche de métastases ganglionnaires — stades intermédiaires (Breslow > 0,8 mm)
Immunothérapie (anti-PD1 : nivolumab, pembrolizumab ; anti-CTLA4 : ipilimumab) Référence des mélanomes avancés ou métastatiques (stades III-IV)
Thérapies ciblées (inhibiteurs BRAF/MEK : vemurafénib, dabrafénib + tramétinib) Mélanomes avec mutation BRAF V600 — stades III-IV
Radiothérapie Certaines localisations métastatiques (cérébrales notamment)

Voir l’article détaillé : traitement du mélanome.

Grain de beauté suspect ? Ne tardez pas.
Pour les lésions comme le mélanome, le délai de consultation est un facteur pronostique direct. Le Dr Rousseau est disponible rapidement en téléconsultation.
📅 Téléconsultation avec le dermatologue

Surveillance après mélanome

Point de surveillance Détail
Risque de second mélanome Consultez sans délai en cas de lésion nouvelle ou évolutive
Auto-examen cutané Tous les 3 mois — méthode HAS décrite ci-dessus
Protection solaire SPF 30 minimum en hiver, 50+ en été. Vêtements couvrants, chapeau, lunettes entre 12h et 16h. Voir protection solaire
Entourage familial Parents, enfants, fratrie doivent se faire dépister annuellement
Rythme des consultations Défini par votre dermatologue selon le stade — typiquement tous les 3 à 6 mois les 5 premières années

Pages spécialisées du cluster mélanome et cancers cutanés

Mélanome et grains de beauté
Traitement du mélanome — chirurgie, immunothérapie, thérapies ciblées
Nævus (grain de beauté) — quand s’inquiéter ?
Dermatoscopie — comment ça marche ?
Protection solaire — crèmes solaires, SPF

Autres cancers cutanés
Carcinome basocellulaire — le cancer de peau le plus fréquent
Maladie de Bowen — carcinome épidermoïde in situ
Téléconsultation dermatologue

Sources

Questions fréquentes sur le mélanome

Comment savoir si un grain de beauté est un mélanome ?

Appliquez la règle ABCDE : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleurs multiples, Diamètre supérieur à 6 mm, Évolution récente. Le critère le plus important est l’évolution — tout grain de beauté qui change ou qui saigne doit être montré à un dermatologue sans attendre. Seul un dermatologue avec dermatoscope peut établir un diagnostic fiable.

Quelle différence entre une tache brune bénigne et un mélanome ?

Les taches brunes bénignes (lentigos solaires) sont uniformes, bien délimitées, de couleur homogène et stables dans le temps. Un mélanome est asymétrique, aux bords irréguliers, de plusieurs couleurs, et évolue. La distinction est parfois impossible à l’œil nu — c’est la dermatoscopie qui permet de trancher. En cas de doute, consultez toujours.

Peut-on guérir d’un mélanome ?

Oui, si détecté tôt. Le taux de survie relative à 5 ans dépasse 90 % pour les mélanomes de stade I. En cas de métastases au diagnostic, ce taux tombe à 20 %. L’immunothérapie a transformé le pronostic des formes avancées ces dernières années, avec des rémissions complètes possibles même à des stades métastatiques.

Les cabines de bronzage provoquent-elles le mélanome ?

Oui. Une séance en cabine délivre 10 à 15 fois la dose d’UVA d’une exposition au soleil de midi. Commencer avant 35 ans augmente le risque de mélanome de 75 %. L’OMS a classé les appareils de bronzage dans la catégorie des cancérogènes certains. Il n’existe aucune dose « sûre » d’UV artificiels.

Dois-je me faire dépister si ma famille a eu un mélanome ?

Oui. Les parents, enfants et frères et sœurs d’une personne ayant eu un mélanome doivent se faire examiner l’ensemble de la peau une fois par an chez un dermatologue. Cette consultation de dépistage est prise en charge par la Sécurité Sociale sans passer par le médecin traitant pour les patients à risque.

Comment se protéger du mélanome au quotidien ?

Appliquez une crème solaire SPF 50+ en été sur les zones exposées. Portez un chapeau à larges bords, des lunettes UV et des vêtements couvrants entre 12h et 16h. Évitez absolument les coups de soleil — un seul coup de soleil sévère double le risque de mélanome. N’utilisez jamais les cabines de bronzage. Pratiquez l’auto-examen cutané tous les 3 mois.

Voir aussi :
Nævus (grain de beauté) |
Traitement du mélanome |
Carcinome basocellulaire |
Dermatoscopie |
Protection solaire


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Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.


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Carcinomes cutanés : types, dépistage et traitement

Carcinome de la peau : basocellulaire, spinocellulaire — causes, signes et traitement (2026)

En bref : Le carcinome cutané est un cancer développé à partir des kératinocytes — les cellules de surface de la peau — à distinguer du mélanome, issu des mélanocytes. Il en existe deux formes principales : le carcinome basocellulaire (le plus fréquent) et le carcinome spinocellulaire (plus agressif). Les deux sont fortement liés à l’exposition solaire cumulée et se traitent efficacement lorsqu’ils sont pris en charge précocement. Dr Rousseau, dermatologue — mis à jour mai 2026.

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Une lésion cutanée suspecte ? Un bilan dermatologique permet souvent d’écarter ou de confirmer un carcinome rapidement.


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Carcinome cutané : définition et distinction avec le mélanome

Le terme carcinome désigne un cancer épithélial issu des kératinocytes, cellules qui constituent la couche superficielle de l’épiderme (environ 90 % des cellules cutanées). Il se distingue fondamentalement du mélanome, qui prend naissance dans les mélanocytes — cellules pigmentaires situées à la jonction dermo-épidermique. Cette distinction est cliniquement importante : les carcinomes sont en général moins agressifs que le mélanome, mais leur fréquence est très supérieure et ils ne doivent pas être négligés.

Les carcinomes cutanés représentent les cancers les plus diagnostiqués dans le monde occidental. En France, l’incidence augmente régulièrement depuis plusieurs décennies, en lien avec le vieillissement de la population et les comportements d’exposition solaire des générations précédentes.

Les deux types principaux de carcinomes cutanés

Carcinome basocellulaire

Carcinome basocellulaire térébrant du nez

Le carcinome basocellulaire (CBC) est issu des cellules de la couche basale de l’épiderme — la couche la plus profonde, en contact avec le derme. C’est le cancer le plus fréquent chez l’être humain, tous types de cancers et tous organes confondus. En France, on estime à environ 50 000 le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année, soit environ 80 cas pour 100 000 habitants par an.

Sa particularité majeure : il est localement invasif mais ne donne pratiquement jamais de métastases dans les formes habituelles. Il peut néanmoins, s’il est négligé pendant des années, détruire les tissus de voisinage (os, cartilage) — d’où l’importance d’une prise en charge précoce. Il siège préférentiellement sur le visage (nez, paupières, tempes) et les zones photo-exposées.

ℹ️ Pour aller plus loin

Aspect clinique, formes anatomopathologiques, techniques chirurgicales et suivi : fiche détaillée du carcinome basocellulaire →

Carcinome spinocellulaire

kerato acantome
Kératoacanthome, forme bien différenciée de carcinome spinocellulaire

Le carcinome spinocellulaire (CSC), également appelé carcinome épidermoïde, est issu des couches plus superficielles de l’épiderme — dont les cellules présentent des jonctions intercellulaires en forme d’épines (desmosomes), à l’origine de son nom. Il est moins fréquent que le basocellulaire mais potentiellement plus agressif : contrairement à ce dernier, il peut donner des métastases ganglionnaires ou à distance dans certaines formes avancées ou mal différenciées.

Il se développe souvent sur des lésions précancéreuses préexistantes, notamment les kératoses actiniques — lésions rugueuses et squameuses liées à l’accumulation de dommages solaires. Détecter et traiter les kératoses actiniques est donc une stratégie de prévention du carcinome spinocellulaire.

ℹ️ Pour aller plus loin

Formes cliniques, kératoacanthome, risque métastatique et traitements spécifiques : fiche détaillée du carcinome spinocellulaire →

Tableau comparatif : basocellulaire vs spinocellulaire

Critère Basocellulaire Spinocellulaire
Cellule d’origine Cellules basales (couche profonde) Kératinocytes superficiels (épine)
Fréquence Très fréquent (≈ 50 000 cas/an en France) Moins fréquent (≈ 15 000 cas/an)
Aspect typique Perle translucide, télangiectasies, bordure perlée Lésion kératosique, bourgeonnante, croûteuse
Lésion précurseur Généralement aucune (exposition solaire ancienne) Kératose actinique fréquente
Risque métastatique Exceptionnel dans les formes habituelles Possible (formes mal différenciées, immunodéprimés)
Exposition solaire liée Expositions brutales et répétées (enfance) Exposition cumulée chronique (vie entière)
Traitement principal Chirurgie (exérèse), parfois chirurgie de Mohs Chirurgie, radiothérapie selon la localisation

Facteurs de risque : le rôle central du soleil

L’exposition aux ultraviolets (UV) — solaires ou artificiels (cabines de bronzage) — est le principal facteur de risque des deux types de carcinomes cutanés. Les UV induisent des mutations spécifiques dans l’ADN des kératinocytes, notamment au niveau du gène suppresseur de tumeur TP53, qui s’accumulent au fil des années.

Le mode d’exposition diffère selon le type de carcinome :

  • Le carcinome spinocellulaire est davantage lié à une exposition solaire chronique et cumulée sur l’ensemble de la vie — il touche préférentiellement les personnes travaillant en extérieur, les agriculteurs, les marins, les travailleurs du bâtiment.
  • Le carcinome basocellulaire est plutôt associé à des expositions intenses et intermittentes, notamment dans l’enfance et l’adolescence, avec des coups de soleil répétés.

Au-delà du soleil, plusieurs autres facteurs favorisants ont été identifiés :

  • Phototype clair (Fitzpatrick I et II) : peau claire, yeux clairs, cheveux blonds ou roux, tendance aux coups de soleil sans bronzage — ces personnes présentent un risque sensiblement plus élevé
  • Papillomavirus humains (HPV) : impliqués dans certains carcinomes spinocellulaires, notamment sur les muqueuses et les zones génitales, ou chez les personnes immunodéprimées
  • Immunodépression : transplantés rénaux, patients sous immunosuppresseurs chroniques — le risque de carcinome spinocellulaire est multiplié par un facteur notable dans cette population
  • Cicatrices chroniques et dermatoses inflammatoires : lichen scléreux, ulcères chroniques, brûlures anciennes peuvent se compliquer d’un carcinome spinocellulaire (carcinome de Marjolin)
  • Exposition à l’arsenic et certains carcinogènes chimiques professionnels
  • Radiothérapie ancienne : les zones irradiées sont à surveiller à long terme

⚠️ Cabines de bronzage UV et carcinomes

L’usage des cabines de bronzage UV avant 35 ans augmente le risque de carcinome cutané. En France, leur utilisation est interdite aux mineurs depuis 2012 et déconseillée à tout âge par les autorités de santé.

Phototype clair, antécédents de coups de soleil ou lésion qui évolue ? Un bilan dermato annuel est recommandé.


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Signes d’alerte : quand consulter un dermatologue ?

Contrairement au mélanome, les carcinomes ne suivent pas la règle ABCDE. Ils ont leurs propres signes d’alerte, différents selon le type :

🚨 Consultez un dermatologue si vous observez :

  • Une petite lésion translucide ou nacrée sur le visage, qui ne guérit pas et saigne parfois au contact
  • Une plaie qui ne cicatrise pas depuis plusieurs semaines sur une zone exposée au soleil
  • Une croûte ou kératose rugueuse persistante sur le visage, le dos des mains, le cuir chevelu ou les oreilles
  • Un nodule rosé ou rougeâtre à croissance progressive, avec ou sans ulcération centrale
  • Toute lésion cutanée récidivant au même endroit après traitement superficiel

Le diagnostic est confirmé par biopsie cutanée avec examen anatomopathologique — il n’existe pas d’examen clinique seul suffisant pour certifier le diagnostic histologique. La dermoscopie oriente fortement la suspicion et guide le choix de la biopsie.

Prévention : la protection solaire comme pilier essentiel

La protection solaire est l’un des seuls leviers préventifs à l’efficacité démontrée contre les carcinomes cutanés. Elle repose sur plusieurs mesures complémentaires :

  • Utilisation d’un écran solaire d’indice élevé (SPF 50+) sur les zones exposées, renouvelé toutes les deux heures
  • Éviter l’exposition directe entre 12h et 16h solaires en période estivale
  • Porter des vêtements couvrants, chapeau à larges bords et lunettes filtrant les UV
  • Surveiller annuellement les zones photo-exposées chez les sujets à risque (phototype clair, antécédents de carcinomes, immunodépression)
  • Traiter précocement les kératoses actiniques pour prévenir leur évolution en carcinome spinocellulaire

✅ Surveillance dermatologique annuelle

Chez les sujets à risque élevé (antécédent personnel de carcinome, phototype I-II, immunodépression), un examen cutané complet annuel par un dermatologue permet de détecter précocement les nouvelles lésions et de traiter les kératoses actiniques avant qu’elles n’évoluent.

Principes du traitement des carcinomes cutanés

Le traitement de référence des carcinomes cutanés est chirurgical : l’exérèse avec marges de sécurité histologiquement vérifiées. L’étendue des marges dépend du type histologique, de la localisation et de la taille de la lésion.

Pour les localisations à risque de récidive ou proches de structures nobles (nez, paupières, lèvres, oreilles), la chirurgie de Mohs — technique d’exérèse progressive avec contrôle histologique peropératoire des marges — permet de maximiser l’épargne tissulaire tout en assurant l’exhaustivité de l’exérèse.

D’autres options thérapeutiques existent selon les situations :

  • Radiothérapie : alternative chirurgicale pour les patients non opérables ou les localisations difficiles
  • Imiquimod topique ou 5-fluorouracile : pour certains carcinomes basocellulaires superficiels et kératoses actiniques multiples
  • Photothérapie dynamique (PDT) : pour les formes superficielles sur de grandes surfaces
  • Thérapies ciblées (vismodégib, sonidégib) : réservées aux formes localement avancées ou métastatiques de carcinomes basocellulaires — situations rares

Le choix thérapeutique est discuté au cas par cas, en tenant compte de l’âge du patient, de la localisation, du type histologique et de l’état général. Les détails des traitements spécifiques à chaque type sont développés dans les fiches dédiées : carcinome basocellulaire et carcinome spinocellulaire.

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Questions fréquentes sur le carcinome de la peau

Quelle est la différence entre un carcinome et un mélanome ?

Le carcinome est un cancer développé à partir des kératinocytes (cellules de surface de la peau), tandis que le mélanome provient des mélanocytes (cellules pigmentaires). Les carcinomes sont beaucoup plus fréquents que le mélanome, mais ce dernier est généralement plus agressif et présente un risque métastatique plus élevé à un stade précoce.

Un carcinome basocellulaire peut-il être dangereux ?

Dans la grande majorité des cas, le carcinome basocellulaire ne donne pas de métastases et son pronostic vital est excellent lorsqu’il est pris en charge précocement. En revanche, s’il est négligé pendant plusieurs années, il peut envahir les tissus profonds (cartilage, os) et devenir destructeur localement. C’est pourquoi une exérèse rapide reste l’approche recommandée dès que le diagnostic est posé.

La kératose actinique est-elle un cancer ?

La kératose actinique est une lésion précancéreuse — pas encore un cancer à proprement parler — mais considérée comme un stade initial du carcinome spinocellulaire in situ. Une proportion de ces lésions, difficile à prédire individuellement, peut évoluer vers un carcinome invasif. C’est pourquoi elles sont traitées dès leur diagnostic.

Doit-on surveiller ses grains de beauté quand on a eu un carcinome ?

Oui, une surveillance dermatologique régulière de l’ensemble du tégument est recommandée après un antécédent de carcinome cutané. Le risque de récidive locale ou d’un second carcinome sur une autre zone photo-exposée est réel. Un examen annuel chez le dermatologue — voire semestriel pour les sujets immunodéprimés — est l’approche habituelle. Les grains de beauté sont surveillés dans le même temps pour écarter un mélanome associé.

Le carcinome cutané peut-il toucher les personnes à peau noire ?

Les carcinomes liés à l’exposition solaire sont nettement moins fréquents chez les personnes à peau foncée (phototypes V et VI), qui bénéficient d’une protection naturelle par la mélanine. Cependant, ces personnes ne sont pas à l’abri de carcinomes sur des zones non exposées (plante des pieds, muqueuses, cicatrices chroniques), et une vigilance reste de mise. Le délai au diagnostic est souvent plus long dans ces populations, d’où l’importance de la sensibilisation.

Peut-on consulter par téléconsultation pour une lésion suspecte ?

Une téléconsultation avec photographies de bonne qualité permet souvent d’orienter le diagnostic et de décider si une consultation en présentiel avec biopsie est nécessaire en urgence ou peut être programmée. Elle ne se substitue pas à l’examen clinique direct pour les lésions complexes, mais constitue un premier filtre utile, notamment pour les patients éloignés d’un cabinet dermatologique.

Références médicales

  • PMID 26741250 — Que SK et al. Basal cell carcinoma: an update on pathogenesis and treatment. G Ital Dermatol Venereol. 2017.
  • PMID 30003906 — Waldman A, Schmults C. Cutaneous squamous cell carcinoma. Hematol Oncol Clin North Am. 2019.
  • PMID 22781094 — Traianou A et al. Risk factors for actinic keratosis in eight European centres. Br J Dermatol. 2012.
  • PMID 31309605 — Que SK, Zwald FO, Schmults CD. Cutaneous squamous cell carcinoma: incidence, risk factors, diagnosis and staging. J Am Acad Dermatol. 2018.

Une lésion cutanée qui évolue ou un bilan de surveillance à organiser ?

Dr Ludovic Rousseau, dermatologue à Bordeaux, reçoit en consultation et en téléconsultation.


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Mis à jour mai 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, fondateur de Dermatonet.com. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale individuelle.


Kératose actinique : croûtes précancéreuses, traitement et suivi

Kératose actinique (kératose solaire) : reconnaître, traiter et surveiller ces lésions précancéreuses
La kératose actinique — aussi appelée kératose solaire — est la lésion cutanée précancéreuse la plus fréquente dans les pays à peau claire. Directement causée par l’accumulation des expositions aux rayons UV au fil des années, elle se présente comme une tache rosée à brunâtre, rugueuse au toucher, siégeant sur les zones photo-exposées : visage, crâne dégarni, mains, avant-bras, lèvre inférieure. Sa fréquence ne doit pas faire oublier sa gravité potentielle : il s’agit de la forme la plus précoce du carcinome épidermoïde cutané. Sans traitement, environ 10 % des kératoses actiniques multiples évoluent vers un cancer invasif, et 65 à 70 % des carcinomes épidermoïdes ont débuté sur une kératose actinique. La bonne nouvelle est réelle : diagnostiquée et traitée à temps, la kératose actinique guérit dans la grande majorité des cas.

Kératoses actiniques de la main
Kératoses actiniques de la main : taches rugueuses persistantes

Tache rugueuse persistante, croûte récidivante sur une zone exposée au soleil ?
Ne tardez pas à consulter — une kératose actinique mal évaluée peut évoluer silencieusement vers un carcinome épidermoïde. Consulter le Dr Rousseau en téléconsultation →

1. Causes et facteurs de risque

La cause principale est l’accumulation des expositions solaires aux UV tout au long de la vie, en particulier chez les sujets à peau claire. Le mécanisme central est la formation de dimères de pyrimidine induits par les UVB, qui créent des mutations dans les gènes suppresseurs de tumeur TP53 et CDKN2A, entraînant la prolifération de kératinocytes dysplasiques au sein de l’épiderme.

Données épidémiologiques :

  • 60 % des patients de plus de 40 ans ayant eu des expositions solaires intenses présentent des kératoses actiniques
  • 90 % des cas surviennent après 50 ans
  • Les hommes sont plus touchés que les femmes (ratio 1,35 pour 1 en France)
  • Prévalence de 1 adulte sur 4 dans l’hémisphère Nord contre 1 adulte sur 2 en Australie
  • En France : environ 754 cas pour 100 000 habitants
Facteur de risque Mécanisme / impact Niveau de risque
Phototype I-II (peau claire, taches de rousseur, yeux clairs, cheveux blonds ou roux) Mélanine insuffisante pour filtrer les UV — mutations UV-induites non réparées Élevé
Expositions solaires professionnelles cumulées (agriculteurs, marins, BTP, moniteurs de ski) Dose cumulée UV tout au long de la carrière Élevé
Cabines UV (bronzage artificiel) UVA à haute dose — potentiellement carcinogènes Modéré à élevé
Immunodépression (transplantés, VIH, immunosuppresseurs) Défaut de surveillance immunitaire des cellules dysplasiques Très élevé (×50 à ×100)
Rayonnements ionisants répétés Mutations directes de l’ADN kératinocytaire Modéré
Tabagisme Cofacteur pour la chéilite actinique de la lèvre inférieure Modéré (surtout lèvre)

2. Reconnaître une kératose actinique — formes cliniques

Localisation

Les kératoses actiniques siègent exclusivement sur les zones photo-exposées :

  • Visage : nez, joues, front, tempes, oreilles (hélix et lobe) — 70 % des cas
  • Crâne dégarni (calvitie) : croûtes récidivantes sur le cuir chevelu chauve
  • Mains et avant-bras : face dorsale
  • Lèvre inférieure (chéilite actinique) : la plus exposée au soleil, risque de dégénérescence plus élevé

Phase initiale : le diagnostic se fait à la palpation

Au stade précoce, la lésion peut n’être qu’une tache rosée de quelques millimètres, à peine visible à l’œil nu. C’est la palpation qui fait le diagnostic : un aspect rugueux au toucher, comme du papier de verre, sur une zone photo-exposée d’un sujet de plus de 50 ans est très évocateur. Certaines lésions sont douloureuses ou sensibles à l’effleurement avant même d’être visibles.

Kératose actinique : zone rugueuse sur la peau
Kératose actinique : aspect rugueux caractéristique
Kératose actinique débutante : simple tache rosée à peine rugueuse

Phase constituée

La tache s’épaissit progressivement, devient squameuse, croûteuse, et peut prendre une teinte rosée, rouge vif ou brune selon le degré d’inflammation et d’hyperkératose.

Kératose actinique du nez constituée

Forme hyperkératosique — corne cutanée

Dans certains cas, la kératine s’accumule en une saillie dure et cornée. Toute corne cutanée doit être considérée comme un carcinome épidermoïde jusqu’à preuve du contraire et nécessite une biopsie systématique.

Corne cutanée : biopsiée systématiquement

Chéilite actinique

Atteinte spécifique de la lèvre inférieure : lèvre sèche, squameuse, dépigmentée, parfois érosive. Son risque de dégénérescence en carcinome épidermoïde est significativement plus élevé que pour les lésions cutanées.

Chéilite actinique de la lèvre inférieure

Atteinte du crâne dégarni

Kératoses actiniques du crâne dégarni : croûtes récidivantes

3. Trois évolutions possibles et signes d’alerte

Sans traitement, une kératose actinique peut évoluer selon trois scénarios :

  • Régression spontanée : rare, survenant surtout en cas d’arrêt total des expositions solaires
  • Persistance en l’état avec extension progressive et multiplication des lésions (champ de cancérisation)
  • Évolution vers un carcinome épidermoïde invasif : risque d’environ 10 % en présence de plus de 8 kératoses actiniques

⚠️ Signes devant faire suspecter une transformation en carcinome épidermoïde invasif
Induration (durcissement palpable) : signe le plus important
— Inflammation et rougeur périlésionnelle
— Diamètre > 1 cm
— Croissance rapide en quelques semaines
— Saignement au contact
— Ulcération (perte de substance)

Tout signe d’induration ou d’ulcération impose une consultation dermatologique urgente et une biopsie.

4. Diagnostic : dermoscopie et histologie

Dermoscopie

La dermoscopie est l’outil de référence pour l’évaluation des kératoses actiniques. Au niveau du visage, l’aspect dermatoscopique caractéristique est celui d’une « fraise » : vaisseaux et rougeurs distribués en pseudo-réseau autour d’ostiums folliculaires kératinisés jaunâtres. Cet aspect est pathognomonique et permet souvent d’éviter la biopsie dans les formes typiques.

Aspect « fraise » en dermoscopie : réseau vasculaire rouge autour des ostiums folliculaires kératinisés
Kératose actinique en dermoscopie
Kératose actinique du nez : vue clinique et dermoscopique
Dermoscopie : squames blanches et nappe rouge constellée de points chair-jaune

Biopsie cutanée

Indiquée en cas de doute diagnostique, de forme hyperkératosique, d’induration ou de suspicion de transformation maligne. Le dermatologue prélève un petit fragment de peau sous anesthésie locale, adressé en anatomopathologie pour examen histologique. Trois grades histologiques sont décrits (KA I à III selon Cockerell) selon le degré d’atypies kératinocytaires, qui conditionnent en partie le choix thérapeutique.

Notion de champ de cancérisation
Au-delà des lésions visibles, toute la zone photo-endommagée environnante présente des kératinocytes porteurs de mutations UV-induites subcliniques. Ce champ de cancérisation explique pourquoi de nouvelles kératoses réapparaissent régulièrement après traitement des lésions isolées — et pourquoi les traitements de champ (crèmes, photothérapie dynamique) sont souvent préférés aux traitements lésionnels seuls (cryothérapie) lorsque les lésions sont multiples.

5. Traitements des kératoses actiniques

L’objectif du traitement est double : éliminer les lésions existantes et traiter le champ de cancérisation environnant. Le choix entre traitement lésionnel et traitement de champ dépend du nombre de lésions, de leur localisation et du profil du patient.

Cryothérapie à l’azote liquide — traitement de référence pour les lésions isolées

Cryothérapie d’une kératose actinique

L’azote liquide (-196 °C) est appliqué directement sur chaque kératose, provoquant la destruction cellulaire par formation de cristaux de glace intracellulaires.

  • Séance de 10 à 30 secondes par lésion selon l’épaisseur
  • Formation d’une cloque dans les 24 heures, cicatrisation en 1 à 3 semaines
  • Efficacité : 70 à 90 % de clearance complète selon la profondeur de la lésion
  • Effets secondaires : douleur pendant la séance, cloque, croûte, risque de tache blanche (hypopigmentation) sur peaux foncées

Traitements topiques de champ (crèmes prescrites sur ordonnance)

Ces traitements s’appliquent sur toute la zone photo-endommagée, pas uniquement sur les lésions visibles. Ils sont particulièrement adaptés aux lésions multiples et aux champs de cancérisation étendus.

Traitement Mécanisme Schéma Efficacité / tolérance
5-Fluorouracile crème (Efudix® 5 %) Cytostatique — inhibe la thymidylate synthase → blocage de la synthèse d’ADN tumoral Application quotidienne 3 à 4 semaines Traitement de champ le plus efficace à 12 mois dans l’essai randomisé NEJM 2019 — réaction inflammatoire locale marquée (rougeur, croûtes, érosions) = signe d’efficacité
Imiquimod crème (Aldara® 5 %, Zyclara® 3,75 %) Immunomodulateur — agoniste TLR-7 stimulant l’interféron et les cytokines antitumorales 3×/sem. pendant 4 sem. (Aldara®) ou 2 cycles de 2 sem. (Zyclara®) Efficace mais inférieur au 5-FU en clearance à 12 mois (HR 2,03 vs 5-FU, NEJM 2019). Tolérance locale généralement bonne
Diclofénac gel (Solaraze® 3 %) AINS topique — inhibe les COX-1 et COX-2 impliquées dans la prolifération tumorale 2 applications/j pendant 60 à 90 jours Tolérance locale nettement meilleure que 5-FU ou imiquimod. Efficacité un peu inférieure. Traitement de choix pour les patients ne tolérant pas l’irritation des autres crèmes
Tirbanibuline crème 1 % (Klisyri®) Inhibiteur de la polymérisation de la tubuline et de la tyrosine kinase Src → antiprolifératif 1 application/j pendant 5 jours seulement AMM européenne mais pas encore disponible en France en 2026 –Clearance complète chez 44 à 54 % des patients dans les essais de phase III (NEJM 2021). Durée de traitement la plus courte. Récidive partielle à 1 an (47 % des répondeurs complets)
Ingenol mébutate (Picato®) Extrait d’Euphorbia peplus — activateur de la protéine kinase C, cytotoxique direct 2 à 3 jours Retiré du marché européen en 2020 — signal de pharmacovigilance pour un risque accru de carcinome épidermoïde dans l’essai comparatif vs imiquimod. Non recommandé

Ce que dit l’essai de référence (NEJM 2019)
L’étude néerlandaise multicentrique randomisée publiée dans le New England Journal of Medicine a comparé directement 4 traitements de champ chez 624 patients sur 12 mois : le 5-fluorouracile 5 % crème s’est avéré significativement supérieur à l’imiquimod, à la photothérapie dynamique et à l’ingenol mébutate en termes de maintien de la clearance à 12 mois après le traitement. Ce résultat a modifié les recommandations dans plusieurs pays européens, plaçant le 5-FU en première intention pour les kératoses multiples — Jansen et al., N Engl J Med 2019 (PMID 30855743).

Photothérapie dynamique (PTD)

La photothérapie dynamique consiste à appliquer un produit photosensibilisant (méthylaminolévulinate) sur les kératoses, qui s’accumule sélectivement dans les cellules tumorales, puis à irradier la zone par une source lumineuse rouge activant la destruction photo-oxydative des cellules cibles.

  • Indications privilégiées : kératoses multiples sur zones étendues (visage entier, cuir chevelu), formes peu hyperkératosiques, zones esthétiquement importantes
  • Avantages : traitement de champ, résultat esthétique souvent très satisfaisant (amélioration globale du photovieillissement), possible avec lumière du jour (PTD-daylight)
  • Inconvénients : douleur pendant la séance, réaction inflammatoire post-traitement, nécessite un plateau technique spécifique

6. Choisir le bon traitement selon la situation clinique

Situation Traitement recommandé
1 à 3 kératoses isolées Cryothérapie à l’azote liquide au cabinet — rapide et efficace
Kératoses multiples (> 5-8 lésions) sur zone étendue Traitement de champ : 5-FU crème en première intention (efficacité supérieure à 12 mois), ou PTD, ou imiquimod
Patient ne tolérant pas l’irritation des crèmes classiques Diclofénac gel (tolérance locale meilleure) ou tirbanibuline (durée d’application très courte = 5 jours)
Observance difficile (traitement long mal accepté) Tirbanibuline (Klisyri®) — 5 jours seulement, ou PTD en séance unique
Forme hyperkératosique ou corne cutanée Biopsie systématique d’abord, puis traitement adapté au résultat histologique (exérèse chirurgicale si carcinome)
Chéilite actinique Prise en charge spécialisée (dermatologue ou chirurgien maxillo-facial) — risque de dégénérescence plus élevé
Patient immunodéprimé (transplanté, VIH) Surveillance rapprochée + traitement systématique de toutes les lésions — consultation dermatologique spécialisée

Kératoses multiples, corne cutanée ou lésion qui s’indure ?
Un bilan dermatologique complet avec dermoscopie s’impose avant tout traitement. Prendre rendez-vous en téléconsultation →

7. Surveillance après traitement et photoprotection à vie

La surveillance après traitement est indispensable pour trois raisons : de nouvelles kératoses apparaissent fréquemment dans la même zone (champ de cancérisation persistant), une récidive locale est possible, et un carcinome épidermoïde peut survenir sur une lésion insuffisamment traitée ou adjacente.

Rythme de surveillance recommandé : consultation dermatologique tous les 6 à 12 mois selon le nombre de lésions traitées et les facteurs de risque individuels.

Photoprotection permanente : indispensable à vie pour tous les patients ayant eu des kératoses actiniques :

  • Réduction de l’apparition de nouvelles lésions
  • Ralentissement de l’évolution du champ de cancérisation
  • Des études montrent qu’une photoprotection régulière pendant 2 ans peut induire une régression spontanée de lésions existantes
  • SPF 50+ large spectre, renouvelé toutes les 2 heures en cas d’exposition, associé à des vêtements couvrants et à l’évitement des heures de forte insolation (11h-16h en été)

En savoir plus sur la protection solaire.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Une kératose actinique est-elle un cancer ?

La kératose actinique est considérée par la plupart des auteurs comme la forme la plus précoce du carcinome épidermoïde — certains spécialistes la classent directement comme un carcinome épidermoïde in situ (non invasif). Elle n’est pas encore un cancer invasif dans la plupart des cas, mais son potentiel de transformation, notamment lorsque les lésions sont multiples ou de longue date, justifie un traitement systématique. Ce n’est pas une simple « tache due à l’âge ».

Comment distinguer une kératose actinique d’une tache de vieillesse ?

Les taches solaires (lentigos) sont des taches brunes, plates et lisses au toucher. Les kératoses actiniques sont rosées à brunâtres et rugueuses à la palpation — comme du papier de verre. C’est cette rugosité perçue au toucher sur une zone photo-exposée qui fait toute la différence. En cas de doute, la dermoscopie tranche dans la grande majorité des cas.

La cryothérapie est-elle douloureuse ?

La cryothérapie provoque une sensation de brûlure froide intense pendant quelques secondes à une minute. La douleur est généralement supportable sans anesthésie. Dans les 24 à 48 heures suivantes, une cloque peut se former, suivie d’une croûte qui tombe en 1 à 3 semaines. La zone peut rester légèrement rosée plusieurs semaines. Un traitement antalgique simple (paracétamol) peut être pris si nécessaire. La douleur tend à être plus marquée sur le visage et la lèvre que sur les extrémités.

Quelle est la crème la plus efficace contre les kératoses actiniques multiples ?

Sur la base de l’essai randomisé de référence publié dans le New England Journal of Medicine en 2019 (Jansen et al., PMID 30855743), le 5-fluorouracile 5 % crème (Efudix®) est le plus efficace sur 12 mois parmi les traitements de champ comparés. Son inconvénient est la réaction inflammatoire locale intense — souvent mal vécue — qui est pourtant le signe de son efficacité. Pour les patients ne tolérant pas cette réaction, le diclofénac gel ou la tirbanibuline (5 jours de traitement) sont des alternatives valides.

Peut-on prévenir les kératoses actiniques ?

Oui, partiellement. Les kératoses actiniques résultent de l’accumulation de mutations UV sur de nombreuses années. Adopter une photoprotection rigoureuse (SPF 50+ large spectre, vêtements couvrants, évitement des heures de forte insolation) réduit significativement le risque d’apparition de nouvelles lésions, même après 50 ans. Des études montrent qu’une photoprotection régulière sur 2 ans peut même induire la régression de kératoses préexistantes. Il n’est jamais trop tard pour commencer.

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Voir aussi :
Cancers cutanés
Carcinome épidermoïde
Photothérapie dynamique
Dermoscopie
Protection solaire
Taches solaires et lentigos
Maladie de Bowen
À propos du Dr Rousseau

Mis à jour le 25 mars 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Quelle crème solaire choisir ? Guide complet du dermatologue

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Choisir une crème solaire : laquelle choisir? Comment choisir?

Comment choisir sa creme solaire

Introduction :

Les effets négatifs du soleil sur la peau sont nombreux et beaucoup de ces manifestations solaires pourraient etre evitées si la peau etait correctement protegee du soleil (voir les conseils de protection solaire).


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– Les erreurs à éviter
– Les routines quotidiennes
– Les facteurs de vie à améliorer
– Les causes
– Les traitements…


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Choisir une creme solaire

Pour choisir une creme solaire, il faut controler plusieurs points importants qui vont déterminer la capacité de protection solaire de la crème et notamment :

IP ou SPF pour Sun Protection Factor : l’indice de protection de la creme solaire, au moins 30

L’indice de protection solaire doit etre de préférence supérieur à 30 (« protection haute »).

En effet, les tests effectués en laboratoire pour déterminer l’indice de protection d’une creme solaire, sont effectués avec des quantités de produit en général tres importantes (2mg/cm² de peau), en tout cas beaucoup plus importantes que celles que l’on s’applique habituellement sur la peau ! : on peut en pratique diviser l’indice de protection par 3 ou 4 en utilisation courante !!

Autant dire qu’une crème solaire ayant un indice inférieur à 30 (« protection haute ») protège très peu la peau du soleil en conditions d’utilisation « normales ».

Ne pas oublier les UVA

Il faut aussi savoir que cet indice de protection (IP ou SPF) concerne en général uniquement les Ultraviolets de type B (UVB), c’est-à-dire les UV qui sont responsables du coup de soleil. Or on sait que les UVA sont eux aussi néfastes pour la peau et qu’il faut aussi s’en protéger. Les UVA longs (pénétrant plus dans la peau) seraient responsables d’un tiers des cancer de la peau

Vérifiez donc que la creme solaire protege aussi contre les UVA. L’idéal est que le sigle UVA soit entouré car il signifie alors que la protection UVA est conforme aux normes européennes

Creme solaire affichant le sigle UVA conforme aux normes européennes

Faites-vous plaisir!

Il existe dorénavant de nombreuse galéniques de produits solaires agréables à appliquer même dans les poils pour les hommes, non gras, ne donnant pas un aspect blanc et blafard… On peut citer parmi ceux ci les sprays, brumes sèches, laits, crèmes fluides, émulsions…

Une crème solaire quasiment invisible (photo de gauche enlumiere visible) peut quand même rendre opaque aux UV (photo de droite en ultra violet)

Attention à l’eau

Veillez à avoir un produit résistant à l’eau si vous vous baignez. Et n’omettez quand même pas d’en remettre apres chaque bain et toutes les deux heures

Crème solaire pour enfants?

La protection solaire des enfants ne doit pas s’arrêter à la seule crème solaire.

Il est judicieux pour les zones exposées car non protégées par les vêtements et l’ombre, de choisir des cremes solaires pour enfants car elles sont souvent moins riches en filtres chimiques et plus riches en filtres minéraux. De même, elles sont souvent exemptes de parfums pour éviter les allergies au parfum

On recommande parfois d’utiliser préférentiellement des crèmes minérales uniquement chez les enfants dans les premières années de vie pour limiter le risque d’allergie aux filtres chimiques notamment.

Il y a cependant de nombreuses controverses à ce sujet et la meilleure protection de l’enfant reste l’ombre et les vêtements couvrants. De plus un bébé de moins de 3 ans ne devrait jamais être exposé directement au soleil

En savoir plus

Document pdf de la DGCCRF

Voir l’article « Danger ou risques des crèmes solaires? » et les cremes solaires protegent-elles du cancer de la peau?


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Interview du Dr Christelle COMTE, dermatologue , Paris

protection soleil

On ne repetera jamais assez que les produits solaires ne devraient apparaître qu’en troisieme position dans les conseils de photoprotection, apres l’absence d’exposition entre 11h et 16h et la photoprotection externe (chercher l’ombre, porter des vêtements amples et couvrants… ). Quels conseils pouvez-vous donner pour le choix d’un produit solaire, en fonction du type d’exposition, du type de peau, du phototype…

J’aurais tendance à dire qu’il faut simplifier cette question des indices, afin que la photoprotection soit mieux respectée par tous. (La législation est d’ailleurs en train de changer cela, en instaurant, à la place des indices de protection, 4 grandes catégories: très haute protection, haute protection, protection moyenne, faible protection.) Pour simplifier, et compte-tenu de la quantité réellement appliquée par les patients (nettement inférieure à celle utilisée pour calculer les indices), ainsi que de leur rythme d’application (rarement renouvelé), je préfère toujours recommander un indice maximal (SPF 50) pour tout le monde, en dehors des phototypes foncés (que l’on pourrait qualifier de « méditerranéen » et plus) qui peuvent se contenter de faibles indices de protection. En effet, le but du dermatologue n’est pas d’aider le public à se constituer un beau bronzage, mais à limiter au maximum l’irradiation solaire. Il n’y a jamais aucun inconvénient à appliquer un indice trop fort (à l’exception d’une personne d’origine africaine qui se mettrait un écran total toute l’année et qui pourrait être déficitaire en vitamine D… )

Pour les expositions extrêmes (marins, séjours en bateau, sports d’eau), et surtout chez les hommes, une photoprotection par voie interne peut être associée. La seule association de vitamines qui a fait la preuve de son efficacité (modérée) dans une étude publiée dans une revue scientifique est l’Oenobiol° solaire (NB: pas de conflit d’intérêt). Chez les femmes, il est préférable de déconseiller cette supplémentation orale de manière prolongée en raison d’un risque augmenté de développer un mélanome (HR = 4) (1)

On recommande le plus souvent l’utilisation de filtres minéraux chez les enfants. Quelles en sont les raisons? A partir de quel age peut-on utiliser des filtres chimiques ? Ces produits pénètrent-ils dans l’organisme? Quel est leur inocuité?

 

Ces « filtres » minéraux sont de manière plus précise appelés « écrans minéraux », pour la raison qu’ils ne transforment ou n’absorbent pas de rayonnement, mais se contentent de le réfléchir, à la manière de petits miroirs si vous préférez. Des miroirs dont le diamètre est de l’ordre du micron. Ils sont totalement inertes (ce sont des minéraux: du titane, du zinc… ), ce qui explique leur excellente tolérance et leur utilisation chez les enfants, et évite de les sensibiliser à une molécule chimique (filtre) potentiellement allergisante. Revers de la médaille: leur côté blanc, qui limite leur utilisation chez l’adulte.

Contrairement à ces écrans qui sont des bloqueurs physiques, qui protègent aussi bien des UVA que des UVB, et ne pénètrent pas dans la peau (tant qu’ils ne sont pas trop micronisés), il y a les absorbeurs chimiques (les filtres), qui sont des molécules absorbant spécifiquement dans une longueur d’onde donnée (UVA ou UVB), et qu’il faut souvent associer pour couvrir l’intégralité du spectre solaire. Les filtres chimiques sont des cosmétiques, et à ce titre peuvent s’utiliser à tout âge, et même chez la femme enceinte a priori. Toutefois, certaines questionnements se sont faits jour (en même temps que pour certains autres composants chimiques tels que les parabènes) concernant leur passage transcutané et leur inocuité. Le primum movens en a peut-être été l’observation d’une féminisation de certains poissons par conséquence de l’effet estrogénique de certains filtres solaires qui avaient contaminé l’eau. Chez l’homme, Il a été montré que la plupart de ces filtres ne passent pas la barrière cutanée, à l’exception de la benzophénone-3, que l’on a pu retrouver dans les urines (2). L’absorption dépend également du vecteur utilisé (les solutions alcooliques entrainent une absorption plus importante), et du site sur lequel le produit est appliqué (absorption plus importante sur le visage) (3) .

La relation melanome-crème solaire a fait l’objet de publications diverses. Que sait-on de cette relation aujourd’hui?

Il y a eu beaucoup d’études, mais certaines comportaient des biais évidents qui ont conduit à brouiller les pistes et complexifier un sujet déjà délicat.

En résumé, la suppression, par l’usage de crèmes solaires, du coup de soleil comme « sonnette d’alarme » d’une exposition trop importante, et comme facteur limitant l’exposition ultérieure, a pu être considérée comme une mauvaise chose. Cette constatation a engendré les nouvelles normes imposant un ratio entre les protections UVA et B dans les crèmes solaires : si on protège beaucoup des UVB (coup de soleil), alors il est indispensable de protéger aussi de manière puissante contre les UVA (cancérigènes à forte dose cumulée).

La conclusion de Diffey dans une méta-analyse récente (4) résume assez bien la situation à mon sens: bien que l’on n’ait pas réussi à démontrer que l’usage de crèmes solaires protège du mélanome, il serait irresponsable de ne pas encourager leur utilisation, associée au reste de l’arsenal de photoprotection, pour combattre l’augmentation croissante de l’incidence du mélanome.

De plus en plus de patients recourent aux produits solaires bio. Y a-t-il des études fiables concernant leur efficacité?

Il y a un vrai problème là-dessus, car elles n’ont effectivement pas fait la preuve de leur efficacité. Fabriquer une crème solaire est complexe et technique: il faut trouver des filtres qui couvrent l’ensemble du spectre, y compris les UVA les plus longs, il faut qu’ils soient photostables, rémanents, résistants à l’eau, compatibles ensemble et avec le vecteur, bien tolérés… et il faut que la formulation qui en résulte soit confortable, facilement étalable, transparente… C’est souvent un vrai casse-tête pour les industriels spécialistes de ces questions. Alors quand on voit par exemple une crème solaire bio se revendiquant « très haute protection » et « adaptée aux enfants », en se vantant de ne contenir que des algues, de la myrtille, de l’huile de riz et de l’amande douce, il y a de quoi bondir !!!

Meme question pour les produits solaires qui auraient une efficacité durant toute la journée?

Le seul filtre solaire à revendiquer cette propriété est le Daylong, du laboratoire SPIRIG. Là par contre, une étude sérieuse et prospective leur permet de revendiquer leur efficacité (5). J’ai pu par ailleurs constater dans mon expérience sa fiabilité chez plusieurs de mes patients lupiques ou photosensibles qui l’ont utilisé sans poussée au rythme prescrit (NB : pas de conflit d’intérêt).

Références :

1.Hercberg S et al, Antioxidant supplementation increases the risk of skin cancers in women but not in men, J Nutr. 2007 ;137:2098-105

2.Sarveiya V, Risk S, Benson HA Liquid chromatographic assay for common sunscreen agents: application to in vivo assessment of skin penetration and systemic absorption in human volunteers.J Chromatogr B Analyt Technol Biomed Life Sci. 2004 Apr 25;803(2):225-31

3.(Benson HA, Sarveiya V, Risk S, Roberts MS, Influence of anatomical site and topical formulation on skin penetration of sunscreens.Ther Clin Risk Manag. 2005 Sep;1(3):209-18

4.(Diffey BL, Sunscreens as a preventative measure in melanoma: an evidence-based approach or the precautionary principle?Br J Dermatol. 2009 Nov;161 Suppl 3:25-7.)

5.Ulrich C, Jürgensen JS, Degen A, Hackethal M, Ulrich M, Patel MJ, Eberle J, Terhorst D, Sterry W, Stockfleth E.Prevention of non-melanoma skin cancer in organ transplant patients by regular use of a sunscreen: a 24 months, prospective, case-control study. Br J Dermatol. 2009 Nov;161 Suppl 3:78-84.2010/1/13 )

 

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Crème solaire et cancer de la peau : protection et dépistage

La crème solaire protège-t-elle du cancer de la peau?

Il faut appliquer de grandes quantités de creme solaire pour se protéger du cancer de la peau

L’interrogation d’un patient m’a interpelé : « dites docteur, c’est vrai que la creme solaire augmente le risque de cancer de la peau? ». J’ai décidé de me pencher sur le sujet…

Soleil et cancer de la peau

La peau est constituée de cellules (kératinocytes, mélanocytes… ), ayant toutes un rôle précis.

Ces cellules se renouvellent, se différencient harmonieusement mais ce processus peut les rendre plus sensible à des modifications de leur ADN (mutations), sous l’effet notamment des rayons solaires.

Habituellement, ces mutations sont réparées par l’organisme (processus de réparation de l’ADN par exemple). Lorsque la cellule cutanée devient cancéreuse, elle perd ses capacités de réparation. Elle se met alors à se multiplier de façon anarchique et à aboutir à une masse de cellules appelée tumeur maligne.

Pour faire simple, les kératinocytes donnent le carcinome, les mélanocytes le mélanome

Il y a de nombreuses causes possibles au développement du cancer de la peau, mais il faut connaitre le role du soleil (en particulier pour le cancer spinocellulaire et le melanome). La majorité des cancers de la peau surviennent d’ailleurs sur les zones exposées au soleil (visage, cou).

Les cancers spinocellulaires se développent généralement chez les personnes qui ont été exposées au soleil de faéon chronique et prolongée tout au long de leur vie (personnes travaillant à l’extérieuré).
Les carcinomes basocellulaires, se développent quant à eux plutot en cas d’ expositions solaires brutales et répétées, notamment dans l’enfance (voyages dans des pays chauds… )
La protection solaire est donc le meilleur moyen de prévenir les cancers de la peau. Les mélanomes quant à eux ont une relation avec les expositions solaires plus complexe mais globalement il semble que le facteur solaire soit surtout constitué comme pour le cancer basocellulaire par les expositions intermittentes et brutales (vacances et coups de soleil).

Le risque de mélanome est 10 fois moins important chez un noir que chez un blanc. Et au sein des blancs, les roux-bloncs sont le plus à risque.

La protection solaire est donc un des seuls éléments préventifs efficaces contre le cancer de la peau.


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Epidémiologie des cancers de la peau

Le vieillissement de la population et les habitudes solaires excessives sont autant de facteurs entrant en ligne de compte dans l’augmentation du nombre de cancer de la peau depuis plusieurs années.

Le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a triplé entre 1980 et 2012.

Parmi ceux ci les plus fréquents sont les carcinomes (90% des cancers de la peau) avec en tête le basocellulaire qui est le cancer humain le plus fréquent chez l’homme, tous types de cancers et tous organes confondus : on estime que sont dépistés en France environ 80 nouveaux cas / 100 000 habitants / an, soit environ 50000 nouveaux cancers basocellulaires/an en France

Le mélanome est redoutable par son risque métastatique supérieur aux carcinomes. C’est l’un un des cancers dont l’incidence comme la mortalité ont significativement augmenté sur la période 1980-2012 (source : Les cancers en France, avril 2016).

On note donc une augmentation notable des cancers de la peau depuis plusieurs décennies, probablement à cause des expositions solaires accrues notamment

Les crèmes solaires et le cancer de la peau

On dispose de crèmes, gels, sprays… solaires d’indice plus ou moins important et fonctionnant sur le modèle de la réflexion des UV (filtres minéraux) ou de leur absorption (filtres chimiques). Elles ne sont pas dénuées d’effets sur l’environnement notamment.

> en savoir plus sur les crèmes solaires et les risques des crèmes solaires

Les seules études sur l’application régulière de crème solaire et leur protection vis-à-vis du cancer de la peau sont australiennes, montrant une diminution significative du risque de carcinome épidermoide et de mélanome à la condition de les appliquer quotidiennement à la dose de 2mg/cm² de peau, soit les quantités appliquées par les fabriquants pour mesurer leur indice de protection

Or, ce n’est jamais fait dans la vraie vie : la quantité moyenne appliquée à la plage est de 0,5mg/cm² soit 4 fois moins que les doses recommandées. Autant dire qu’’une crème solaire ayant un indice inférieur à 30 (« protection haute ») protège très peu la peau du soleil en conditions d’’utilisation « normales ».

Pire, l’application d’une crème solaire tend à désinhiber les personnes qui, ne prenant plus de coup de soleil, s’exposent plus et plus longtemps au soleil!

Au total, l’utilisation de crème solaire seule, à la dose couramment utilisée, a des effets pervers

Conclusion

Nous avons vu que le nombre de cancers de la peau augmentait depuis plusieurs décennies et que la protection solaire était le meilleur moyen de les éviter

Or l’utilisation de crème solaire n’a d’effet protecteur qu’à des doses 4 fois supérieures à celles appliquées couramment par les usagers et à la condition de les utiliser tous les jours

On ne répétera donc jamais assez que dans la stratégie de protection solaire, les cremes solaires arrivent en derniere position, derriere la recherche de l’ombre, l’absence d’exposition entre 11H et 16h l’été et le port de vetements couvrants, et qu’il n’est pas recommandé d’utiliser uniquement les cremes solaires pour se protéger du soleil, en dehors des zones non couvertes par les vetements (voir un article sur la protection solaire)

Les cremes solaires n’ont vraiment d’interet que lorsqu’on respecte les autres règles de protection solaire

Et ceci est d’autant plus prégnant chez l’enfant, car on estime que 90% du risque solaire (vieillissement de la peau, rides, taches, cancer de la peau) est constitué avant 18 ans et notamment durant l’enfance

Voir un article sur la protection solaire de l’enfant

En savoir plus sur la protection solaire


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En savoir plus sur le traitement des cancers de la peau

Montrer ses grains de beaute (ou naevus) : controler les

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Les grains de beauté, appelés naevus en dermatologie, sont des lésions pigmentées très courantes formées par des amas de mélanocytes. La grande majorité sont totalement bénins, mais certains peuvent évoluer vers un mélanome — le cancer de la peau le plus grave. Savoir les surveiller, connaître les signes d’alerte et consulter au bon moment sont les gestes essentiels pour un dépistage efficace.

ℹ️ Chiffre clé
En France, le mélanome représente environ 15 000 nouveaux cas par an. Détecté tôt (stade I), le taux de survie à 5 ans dépasse 95 %. C’est pourquoi la surveillance régulière des grains de beauté est une priorité de santé publique.

Qu’est-ce qu’un grain de beauté (naevus) ?

Un naevus est une prolifération bénigne de mélanocytes (cellules produisant la mélanine). Il peut être :

  • Naevus commun acquis : apparaît après la naissance, généralement avant 40 ans, de couleur homogène brun à noir, bien délimité, symétrique
  • Naevus congénital : présent dès la naissance, parfois de grande taille (géant > 20 cm), avec un risque de transformation plus élevé
  • Naevus dysplasique (atypique) : bords irréguliers, couleur non homogène — nécessite une surveillance accrue
  • Naevus bleu : profond dans le derme, de couleur bleue-grise, généralement bénin

La plupart des adultes possèdent entre 20 et 40 grains de beauté. Avoir plus de 50 naevus constitue un facteur de risque de mélanome.

La règle ABCDE pour surveiller ses grains de beauté

La règle ABCDE est l’outil de référence pour identifier les lésions suspectes :

Critère Normal Suspect
A — Asymétrie Forme ronde ou ovale symétrique Une moitié différente de l’autre
B — Bords Contours nets, réguliers Bords flous, irréguliers, festonnés
C — Couleur Teinte uniforme (brun clair à foncé) Plusieurs couleurs (noir, rouge, blanc, bleu)
D — Diamètre Inférieur à 6 mm Supérieur à 6 mm (taille d’une gomme de crayon)
E — Évolution Stable dans le temps Modification récente (taille, forme, couleur, saignement)
⚠️ Alerte
Tout grain de beauté qui change rapidement d’aspect, qui saigne spontanément ou qui démange doit être montré à un dermatologue dans les plus brefs délais, même s’il ne coche qu’un seul critère ABCDE.

La dermoscopie : l’examen clé pour analyser les grains de beauté

La dermoscopie (ou dermatoscopie) est un examen réalisé par le dermatologue avec un appareil optique grossissant et un éclairage polarisé. Elle permet d’analyser les structures internes du grain de beauté invisibles à l’œil nu : réseau pigmenté, vaisseaux, zones de régression.

Dermatoscope

Grâce à la dermoscopie, la sensibilité diagnostique du mélanome passe de 70 % (examen clinique seul) à plus de 90 %. Cet examen est totalement indolore et non invasif, réalisé en quelques minutes en consultation.

dermoscope

La cartographie des grains de beauté

Pour les patients à risque élevé (nombreux naevus, antécédents familiaux de mélanome, naevus dysplasiques), le dermatologue peut proposer une cartographie corporelle totale (photographie numérique de l’ensemble du corps). Cette technique permet de comparer l’évolution de chaque lésion d’une consultation à l’autre et de détecter les nouveaux naevus apparus entre deux rendez-vous.

grain de beaute
dermoscopie

Facteurs de risque de mélanome

  • Peau claire, yeux clairs, cheveux roux ou blonds
  • Antécédents personnels ou familiaux de mélanome
  • Plus de 50 grains de beauté, naevus dysplasiques
  • Exposition solaire intense, coups de soleil répétés dans l’enfance
  • Utilisation de cabines de bronzage UV
  • Immunodépression (greffe, VIH, traitements immunosuppresseurs)
💡 Conseil photoprotection
Appliquez un écran solaire SPF 50+ sur toutes les zones exposées, renouvelez toutes les 2 heures et évitez l’exposition entre 12h et 16h. La photoprotection dès l’enfance est le meilleur moyen de prévenir le mélanome à l’âge adulte.

Quand faut-il consulter un dermatologue pour ses grains de beauté ?

  • En présence de l’un des critères ABCDE
  • Apparition d’un grain de beauté après 40 ans
  • Grain de beauté qui saigne, suinte ou qui est persistamment irrité
  • Bilan annuel de routine en cas de facteurs de risque
  • Avant un départ en zone de fort ensoleillement

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FAQ — Questions fréquentes sur les grains de beauté

Comment savoir si un grain de beauté est dangereux ?

On utilise la règle ABCDE : A comme Asymétrie, B comme Bords irréguliers, C comme Couleur non homogène, D comme Diamètre supérieur à 6 mm, E comme Évolution (modification récente). La présence d’un ou plusieurs de ces critères justifie une consultation dermatologique urgente.

À quelle fréquence faut-il faire contrôler ses grains de beauté ?

Pour une personne sans facteur de risque, un bilan dermatologique annuel est recommandé. En cas de facteurs de risque (antécédents familiaux, peau claire, nombreux naevus), la surveillance peut être semestrielle avec cartographie photographique.

Qu’est-ce que la dermoscopie et est-ce douloureux ?

La dermoscopie est un examen non invasif et totalement indolore. Le dermatologue utilise un dermatoscope — loupe grossissante avec éclairage polarisé — pour analyser les structures internes du grain de beauté avec une précision bien supérieure à l’examen clinique seul.

Peut-on surveiller ses grains de beauté soi-même à la maison ?

L’auto-surveillance est complémentaire mais ne remplace pas le dermatologue. Inspectez mensuellement l’ensemble de votre peau et photographiez vos grains de beauté pour suivre leur évolution. Consultez sans délai si un grain de beauté change, démange ou saigne.

Références scientifiques

  • Argenziano G et al. « Dermoscopy of pigmented skin lesions: results of a consensus meeting via the Internet. » J Am Acad Dermatol. 2003. PMID : 12672107
  • Rigel DS et al. « ABCDE — an evolving concept in the early detection of melanoma. » Arch Dermatol. 2005. PMID : 16156657
  • Watts CG et al. « Melanoma and nevus surveillance. » J Am Acad Dermatol. 2016. PMID : 27066993
  • Haute Autorité de Santé (HAS). Mélanome cutané — Guide ALD n°30. 2022. has-sante.fr