PEDOPSYCHIATRIE : psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent

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Dernière mise à jour : 20 avril 2026

Pédopsychiatrie : troubles de l’enfant et de l’adolescent et lien avec la peau

La pédopsychiatrie regroupe l’ensemble des troubles mentaux débutant dans l’enfance ou l’adolescence. Ces troubles — qu’il s’agisse du TDAH, de l’autisme, des troubles anxieux ou des troubles du comportement — peuvent avoir des retentissements cutanés directs ou indirects, et le dermatologue pédiatrique est parfois le premier médecin à identifier un contexte psychiatrique sous-jacent chez un enfant.

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Psycho-dermatologie : troubles pédiatriques et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Les troubles pédopsychiatriques génèrent plusieurs types de manifestations cutanées que le dermatologue peut rencontrer en consultation — souvent comme premier interlocuteur médical dans un contexte où le trouble psychiatrique n’est pas encore diagnostiqué.

Troubles pédiatriques et peau : liens cliniques en psycho-dermatologie :

  • Dermatillomanie et excoriations compulsives : fréquentes chez les enfants et adolescents présentant un TDAH, un TSA, un trouble obsessionnel-compulsif ou des troubles anxieux. Le grattage compulsif, l’épluche-folliculite et les morsures des lèvres génèrent des plaies, cicatrices et infections cutanées secondaires.
  • Trichotillomanie (arrachage des cheveux) : associée aux troubles anxieux, aux TOC, au TDAH et aux TSA. Se présente en consultation dermatologique comme une alopécie localisée atypique chez l’enfant. Le diagnostic est dermatologique mais l’orientation est pédopsychiatrique.
  • Plaintes somatiques cutanées de l’anxiété de séparation : maux de tête, douleurs abdominales, nausées et vomissements sont les plaintes somatiques classiques de l’anxiété de séparation. L’urticaire de stress, les dermographismes émotionnels et les éruptions transitoires lors des situations d’anxiété aiguë sont des manifestations cutanées fonctionnelles relevant de ce contexte.
  • Sensibilité sensorielle cutanée dans le TSA : les enfants autistes présentent fréquemment une hyper ou hyporéactivité sensorielle — intolérance à certaines textures textiles, au port de certains vêtements, ou à l’inverse indifférence à la douleur et aux températures extrêmes. Cette particularité sensorielle peut retarder le diagnostic de lésions cutanées chez un enfant ne signalant pas la douleur.
  • Automutilations et comportements d’auto-stimulation : certains enfants présentant un TSA, un TDAH, une déficience intellectuelle ou un trouble réactionnel de l’attachement peuvent se cogner la tête, se mordre, se gratter ou se taper — générant des ecchymoses, des plaies chroniques et des cicatrices.
  • Négligence de l’hygiène cutanée : la déficience intellectuelle, le TDAH sévère, les TSA et certains troubles de l’attachement peuvent entraîner une négligence de l’hygiène, exposant à des infections cutanées récidivantes, des parasitoses (gale, pédiculose) et des dermatites.
  • Effets cutanés des traitements pédopsychiatriques : certains médicaments utilisés en pédopsychiatrie (lithium, anticonvulsivants, antipsychotiques) peuvent provoquer des réactions cutanées (acné, éruptions, photosensibilisation, effets sur la pilosité) relevant d’un suivi dermatologique.
  • Maltraitance et lésions cutanées : les troubles du comportement et de l’attachement secondaires à une maltraitance génèrent des lésions cutanées spécifiques (hématomes à différents stades, brûlures, morsures, marquages). Le dermatologue doit les reconnaître et agir en conséquence.

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1/ Déficience intellectuelle

La déficience intellectuelle se caractérise par un déficit des fonctions intellectuelles et du comportement adaptatif, débutant dans la période développementale. Les manifestations cutanées peuvent résulter d’une hygiène insuffisante, de comportements d’auto-stimulation ou de la négligence de lésions cutanées non signalées du fait d’un accès aux soins réduit.

2/ Troubles spécifiques des apprentissages

Les troubles de la lecture (dyslexie), du calcul (dyscalculie) ou de l’expression écrite sont définis par des performances scolaires nettement inférieures au niveau escompté (plus de 2 déviations standards), avec altération du fonctionnement. Peu de manifestations cutanées directes, mais le stress scolaire chronique et le rejet social fréquent peuvent aggraver des dermatoses comme l’eczéma, le psoriasis ou l’alopécie areata.

3/ Troubles moteurs et tics

Les tics moteurs (syndrome de Gilles de la Tourette, tics simples chroniques) et les mouvements stéréotypés peuvent générer des lésions cutanées par répétition mécanique — excoriations autour du nez ou des yeux lors de tics faciaux, traumatismes des mains lors de mouvements stéréotypés.

4/ Troubles de la communication

Les déficits persistants dans l’utilisation sociale de la communication verbale et non verbale constituent le Trouble de la communication sociale (TCS). Peu de manifestations cutanées directes, mais l’isolement social associé peut entraver l’accès aux soins dermatologiques et favoriser le retard diagnostique.

5/ Troubles des conduites alimentaires

Voir les articles dédiés sur l’anorexie mentale avec ses manifestations dermatologiques caractéristiques (lanugo, signe de Russell, hypercarotinémie, alopécie de dénutrition).

6/ Troubles anxieux de l’enfant

Anxiété de séparation

La caractéristique essentielle est une anxiété excessive et inappropriée au stade du développement concernant la séparation d’avec la maison ou les personnes auxquelles le sujet est attaché, persistant au moins 4 semaines et débutant avant 18 ans.

Critères diagnostiques — au moins 3 des 8 manifestations suivantes :

  1. Détresse excessive et récurrente dans les situations de séparation ou en anticipation.
  2. Crainte persistante de la disparition des figures d’attachement ou d’un malheur les touchant.
  3. Crainte persistante d’un événement malheureux séparant l’enfant de ses proches.
  4. Réticence ou refus persistant d’aller à l’école ou ailleurs du fait de la peur de la séparation.
  5. Appréhension ou réticence à rester seul ou sans adultes de confiance.
  6. Réticence ou refus de dormir sans proximité d’une figure d’attachement.
  7. Cauchemars répétés à thèmes de séparation.
  8. Plaintes somatiques répétées (maux de tête, douleurs abdominales, nausées, vomissements) lors des séparations ou en anticipation.
Lien psycho-dermatologique : Les plaintes somatiques (critère A8) incluent des manifestations cutanées de l’anxiété aiguë — urticaire émotionnelle, dermographisme, rougeurs et bouffées de chaleur en situation de séparation ou d’anticipation. Ces manifestations peuvent motiver une consultation dermatologique sans que le contexte anxieux soit spontanément évoqué. Chez un enfant présentant une urticaire récidivante déclenchée par les matins scolaires ou les séparations, l’anxiété de séparation doit être évoquée dans le bilan étiologique.

Mutisme sélectif

La caractéristique essentielle est l’incapacité régulière à parler dans des situations sociales spécifiques (école, avec des pairs) alors que l’enfant parle dans d’autres situations. Le trouble interfère avec la réussite scolaire et la communication sociale, dure au moins 1 mois et ne se limite pas au premier mois d’école. Souvent associé à une phobie sociale concomitante. Prévalence faible (moins de 1 % des consultations de santé mentale).

7/ Troubles liés au trauma et à l’attachement

Alerte dermatologique — maltraitance et trouble de l’attachement : Le trouble réactionnel de l’attachement est toujours associé à une carence de soins manifeste — négligence, abus physique ou affectif. Ces enfants peuvent présenter des lésions cutanées caractéristiques de la maltraitance (hématomes multiples à différents stades, brûlures en zone couverte, morsures, marques de ligatures). Le dermatologue a une obligation légale de signalement en cas de suspicion de maltraitance chez un enfant. Contact : 119 (Numéro national de protection de l’enfance, 24h/24).

8/ Trouble du spectre de l’autisme (TSA)

Le TSA est caractérisé par des déficits persistants dans la communication et les interactions sociales dans de multiples contextes, associés à des modes restreints et répétitifs de comportements, d’intérêts ou d’activités, présents depuis la période développementale précoce.

Critères principaux :
A. Déficits dans la réciprocité socio-émotionnelle, les comportements de communication non verbale, et le développement et maintien des relations.
B. Au moins 2 des 4 éléments suivants : (1) comportements stéréotypés, (2) adhérence inflexible aux habitudes ritualisées, (3) intérêts restreints et circonscrits, (4) hyper- ou hyporéactivité aux inputs sensoriels.
TSA et peau en consultation dermatologique :

  • Hypo-réactivité à la douleur (critère B4) : les enfants autistes peuvent ne pas signaler une douleur cutanée, retardant le diagnostic d’infections, de brûlures, d’abcès ou de corps étrangers cutanés. Le dermatologue doit examiner la totalité du tégument et ne pas se fier uniquement aux plaintes de l’enfant.
  • Intolérance sensorielle aux soins : les textures (gants, crèmes, désinfectants) et les stimulations tactiles médicales peuvent déclencher des réactions de détresse intense. Une préparation progressive, des explications anticipatoires et un environnement sensoriel adapté (lumière tamisée, pas de bruits forts) facilitent la consultation.
  • Lésions d’auto-stimulation : morsures des mains, grattages répétés, ou frappes contre les surfaces peuvent générer des lésions cutanées chroniques chez certains enfants TSA.
  • Dermatose non signalée : une dermatite atopique, un psoriasis ou une infection cutanée peut évoluer pendant des semaines sans que l’enfant le mentionne — l’examen clinique complet est indispensable.

9/ TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité)

Le TDAH est caractérisé par un mode persistant d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité interférant avec le fonctionnement, débutant avant 12 ans et présent dans au moins deux contextes différents.

Deux composantes :

  • Inattention : ≥ 6 symptômes pendant ≥ 6 mois (chez l’adolescent/adulte : ≥ 5 symptômes) — défaut d’attention aux détails, difficulté à soutenir l’attention, semble ne pas écouter, ne finit pas les tâches, désorganisation, évitement des tâches soutenues, perd ses affaires, facilement distrait, oublis fréquents.
  • Hyperactivité/impulsivité : ≥ 6 symptômes pendant ≥ 6 mois — agitation motrice, quitte son siège, court ou grimpe, mal à se tenir tranquille, « monté sur ressorts », parle trop, lâche les réponses avant que la question soit finie, mal à attendre son tour, interrompt les autres.
TDAH et peau :

  • Dermatillomanie : le grattage compulsif de la peau, le décollage des croûtes et l’excoriation des boutons d’acné sont fréquents dans le TDAH, amplifiés par l’impulsivité et la difficulté à inhiber les comportements répétitifs.
  • Acné et isotrétinoïne : les adolescents TDAH sont sur-représentés parmi les usagers de traitements pour l’acné (isotrétinoïne). L’observance de ces traitements contraignants (surveillance biologique mensuelle, contraception) peut être compromise par les déficits d’organisation et d’oublis. Le suivi dermatologique doit en tenir compte.
  • Effets cutanés des traitements : le méthylphénidate (Ritaline®) peut provoquer une perte d’appétit, un amaigrissement et, rarement, des éruptions cutanées. Des tics ou des dermatoses d’automutilation peuvent s’aggraver sous certains psychostimulants.
  • Traumatismes cutanés : l’impulsivité et l’hyperactivité augmentent le risque d’accidents et de traumatismes cutanés (chutes, coupures, brûlures) chez les enfants TDAH.

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Questions fréquentes

Comment adapter une consultation dermatologique pour un enfant autiste ?

Plusieurs adaptations facilitent la consultation : prévoir plus de temps, prévenir l’enfant et les parents à l’avance de chaque étape (contact, lumière, instruments), utiliser des mots simples et concrets, maintenir un environnement sensoriel calme (lumière tamisée, absence de bruits forts), permettre à l’enfant d’explorer les instruments avant le soin, et accepter que l’examen puisse se faire en plusieurs étapes si la tolérance est limitée. Un enfant autiste ne signalant pas la douleur, l’examen doit être complet et systématique.

L’urticaire récidivante de l’enfant peut-elle être liée à une anxiété de séparation ?

Oui. L’urticaire émotionnelle et le dermographisme sont des manifestations cutanées connues de l’anxiété aiguë. Lorsqu’elles se déclenchent de façon récurrente dans des contextes spécifiques (matins scolaires, anticipation de séparations), une anxiété de séparation doit être évoquée. L’orientation vers un pédopsychiatre ou un psychologue pour l’enfant ne doit pas attendre la résolution complète des poussées cutanées.

Comment gérer l’observance sous isotrétinoïne chez un adolescent TDAH ?

L’isotrétinoïne impose des contraintes d’observance importantes (bilan mensuel, contraception obligatoire, évitement des expositions solaires). Chez un adolescent TDAH présentant des difficultés d’organisation et d’oublis, des stratégies spécifiques s’imposent : rappels automatisés (applications), implication active des parents, consultations rapprochées, et parfois décalage du traitement jusqu’à amélioration du TDAH sous-jacent.

La trichotillomanie chez l’enfant est-elle une maladie dermatologique ou psychiatrique ?

Les deux à la fois. La trichotillomanie (arrachage compulsif des cheveux) se présente en consultation dermatologique comme une alopécie localisée atypique. Le diagnostic est clinique — mèches courtes et cassées irrégulières, distribution atypique, absence d’inflammation. La prise en charge requiert une collaboration dermatologue-pédopsychiatre : le dermatologue confirme le diagnostic et exclut une alopécie médicale, le pédopsychiatre ou le psychologue prend en charge les comportements répétitifs centrés sur le corps (thérapie comportementale, inversion des habitudes).

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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

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Auteur/autrice : Dermatologue Téléconsultation

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.