Tumeur d’Abrikossoff : schwannome à cellules granuleuses — diagnostic et traitement

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Dernière mise à jour : 20 mai 2026

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Tumeur d’Abrikossoff (schwannome à cellules granuleuses)

La tumeur d’Abrikossoff, ou schwannome à cellules granuleuses, est une tumeur bénigne rare des tissus mous, développée aux dépens des cellules de Schwann des nerfs périphériques. Elle touche préférentiellement la langue dans plus d’un tiers des cas, mais peut siéger sur l’ensemble du tégument et des muqueuses. Son diagnostic repose sur la biopsie avec examen histologique, et son traitement va de la simple surveillance à l’exérèse chirurgicale.

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Définition et origine cellulaire

La tumeur d’Abrikossoff a été décrite pour la première fois en 1926 par le pathologiste russe Alexeï Abrikossoff, qui l’avait initialement désignée sous le terme de myoblastome à cellules granuleuses, supposant une origine musculaire. Les données immunohistochimiques modernes ont établi depuis lors que ces tumeurs dérivent en réalité des cellules de Schwann, la gaine cellulaire des nerfs périphériques, d’où leur dénomination actuelle de schwannome à cellules granuleuses.

Il s’agit d’une tumeur rare, bénigne dans plus de 98 % des cas, qui peut se développer aussi bien dans le derme, l’hypoderme que dans des organes profonds (œsophage, bronches, sein, etc.). Chez le dermatologue, c’est la localisation cutanée et linguale qui est le plus souvent rencontrée.

Information : La tumeur d’Abrikossoff ne doit pas être confondue avec le schwannome classique (neurinome de la gaine de Schwann), bien qu’ils partagent la même cellule d’origine. Leurs présentations cliniques et histologiques sont distinctes.

Signes cliniques

La tumeur d’Abrikossoff se présente typiquement comme un nodule ferme, indolore, à surface lisse ou légèrement mamelonnée, de consistance dure au toucher — ce qui la rapproche cliniquement d’un histiocytofibrome (dermatofibrome). Sa taille varie généralement de quelques millimètres à 3 cm de diamètre. La peau en regard peut être de couleur normale, légèrement jaunâtre ou brunâtre.

Caractéristique Description
Consistance Ferme à dure, mal limitée en profondeur
Taille habituelle 5 mm à 3 cm (médiane ~1,5 cm)
Douleur Généralement absente ; parfois gêne fonctionnelle selon la localisation
Surface cutanée Normale ou légèrement pigmentée (jaune pâle à brun clair)
Évolution Lente, sur plusieurs années
Nombre Lésion solitaire dans 90 % des cas ; formes multiples possibles

Localisations préférentielles

La tumeur d’Abrikossoff peut siéger sur l’ensemble du tégument, mais certaines localisations sont nettement plus fréquentes :

  • Langue : localisation la plus fréquente, représentant environ un tiers de tous les cas. Elle se manifeste par un nodule sous-muqueux de la face dorsale ou latérale de la langue.
  • Cou, épaule et membres supérieurs : zones cutanées fréquemment touchées.
  • Tronc et membres inférieurs : localisations cutanées également possibles.
  • Localisations viscérales (plus rares) : œsophage, bronches, sein, voies biliaires — relevant d’autres spécialités.
Point clinique : La localisation linguale est caractéristique et doit y faire penser systématiquement devant un nodule ferme de la muqueuse buccale. La tuméfaction peut parfois entraîner une gêne à la mastication ou à la phonation en cas de volume important.

Diagnostic histologique

Le diagnostic de certitude est exclusivement histologique. Il ne peut pas être posé sur la seule présentation clinique, compte tenu du polymorphisme des tumeurs cutanées fermes. La biopsie cutanée ou muqueuse est l’examen clé.

Déroulement de la biopsie

Le dermatologue réalise, sous anesthésie locale, un prélèvement d’un petit fragment de la tumeur à l’aide d’un bistouri ou d’un punch biopsique. Ce fragment est adressé à un anatomopathologiste qui l’examine au microscope après inclusion en paraffine et coloration.

Aspect microscopique caractéristique

L’examen histologique révèle des cellules polygonales de grande taille, au cytoplasme abondant finement granuleux (granulations éosinophiles intracytoplasmiques correspondant à des lysosomes secondaires), à noyaux petits et réguliers. Ces cellules sont fortement PAS-positives (réaction à l’acide periodique de Schiff). L’immunohistochimie retrouve une positivité pour la protéine S100, confirmant l’origine schwannienne.

Attention : La tumeur d’Abrikossoff peut induire une hyperplasie pseudo-épithéliomateuse de l’épiderme sus-jacent, pouvant être à tort interprétée comme un carcinome épidermoïde si la tumeur profonde n’est pas identifiée. Cet aspect ne doit pas conduire à un surtraitement.

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Formes malignes

Bien que la grande majorité des tumeurs d’Abrikossoff soit bénigne, il existe des formes malignes rares — le carcinome à cellules granuleuses malin — représentant moins de 2 % des cas. La malignité est suspectée histologiquement sur des critères précis, notamment la présence de mitoses nombreuses, d’une nécrose, d’un pléomorphisme cellulaire marqué et d’un ratio noyau/cytoplasme élevé.

Critères de Fanburg-Smith évocateurs de malignité : nécroses tumorales, pléomorphisme nucléaire, rapport nucléo-cytoplasmique élevé, cellules fusiformes, index mitotique élevé (≥ 2 mitoses/10 HPF), présence de nucléoles vésiculeux. La malignité est retenue sur ≥ 3 critères. Ces formes nécessitent une exérèse large et un bilan d’extension.

Traitement

La prise en charge de la tumeur d’Abrikossoff repose sur deux options selon la situation clinique :

Abstention thérapeutique

Pour les lésions de petite taille, asymptomatiques, dont le diagnostic histologique bénin a été confirmé par biopsie, une surveillance clinique régulière est envisageable. Cette attitude est retenue en cas de localisation difficile d’accès ou de terrain chirurgical défavorable.

Exérèse chirurgicale

L’exérèse chirurgicale complète est le traitement curatif de référence. Elle est recommandée en cas de :

  • Doute diagnostique (pas de biopsie préalable)
  • Croissance rapide de la lésion
  • Localisation gênante fonctionnellement (langue, pli de flexion…)
  • Taille significative (> 2 cm)
  • Suspicion ou confirmation de forme maligne

L’exérèse est réalisée sous anesthésie locale (lésions superficielles) ou générale (lésions profondes ou volumineuses). Le risque de récidive locale après exérèse complète est estimé à moins de 10 %.

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Questions fréquentes sur la tumeur d’Abrikossoff

Qu’est-ce que la tumeur d’Abrikossoff ?

La tumeur d’Abrikossoff, ou schwannome à cellules granuleuses, est une tumeur bénigne rare développée aux dépens des cellules de Schwann des nerfs périphériques. Elle se présente comme un nodule ferme, le plus souvent indolore, siégeant fréquemment sur la langue (environ 1 cas sur 3) mais pouvant toucher l’ensemble du tégument et des muqueuses.

La tumeur d’Abrikossoff est-elle dangereuse ?

Dans plus de 98 % des cas, cette tumeur est parfaitement bénigne et n’engage pas le pronostic vital. Les formes malignes (carcinome à cellules granuleuses malin) sont exceptionnelles et représentent moins de 2 % des cas. Un examen histologique après biopsie ou exérèse permet de confirmer le caractère bénin de la lésion.

Comment diagnostique-t-on la tumeur d’Abrikossoff ?

Le diagnostic est histologique : une biopsie réalisée par le dermatologue sous anesthésie locale est adressée à un anatomopathologiste. L’examen microscopique met en évidence des cellules polygonales au cytoplasme abondant et granuleux, PAS-positif, avec une positivité immunohistochimique pour la protéine S100, caractéristiques de ce type de tumeur.

Quel traitement pour la tumeur d’Abrikossoff ?

Deux options existent : l’abstention thérapeutique avec surveillance pour les petites lésions asymptomatiques dont la bénignité est confirmée, ou l’exérèse chirurgicale complète, traitement curatif de référence. L’exérèse est recommandée en cas de doute diagnostique, de croissance rapide, de localisation gênante ou de lésion de grande taille.

La tumeur d’Abrikossoff peut-elle récidiver après exérèse ?

Le risque de récidive locale après exérèse complète est faible, estimé à moins de 10 %. Une exérèse incomplète augmente ce risque. Un suivi clinique post-opératoire est conseillé, notamment en cas d’exérèse limitée ou de localisation anatomique difficile.

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Références scientifiques

  1. Fanburg-Smith JC, Meis-Kindblom JM, Fante R, Kindblom LG. Malignant granular cell tumor of soft tissue: diagnostic criteria and clinicopathologic correlation. Am J Surg Pathol. 1998;22(7):779-794. PubMed
  2. Jardines L, Cheung L, LiVolsi V, Hendrickson S, Brooks JJ. Granular cell tumors: report of a series and review of the literature. J Surg Oncol. 1994;57(3):166-171. PubMed
  3. Ordóñez NG, Mackay B. Granular cell tumor: a review of the pathology and histogenesis. Ultrastruct Pathol. 1999;23(4):207-222. PubMed
  4. Lack EE, Worsham GF, Callihan MD, et al. Granular cell tumor: a clinicopathologic study of 110 patients. J Surg Oncol. 1980;13(4):301-316. PubMed

Article rédigé par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue à Bordeaux — Dernière mise à jour : avril 2025.
Contenu à visée éducative, ne se substituant pas à une consultation médicale.

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Auteur/autrice : Dermatologue Téléconsultation

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.