Cloques ou vésicules qui grattent, mains et pieds : dysidrose

Dernière mise à jour : 5 juillet 2026

Mis à jour le 4 juillet 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : La dysidrose (ou disidrose) est un eczéma palmo-plantaire qui touche environ 0,5 % de la population, plus fréquemment entre 20 et 40 ans. Elle se manifeste par des vésicules prurigineuses sur les doigts, les paumes et les plantes des pieds, avec un pic net au printemps et en été. Les dermocorticoïdes puissants restent le traitement de référence des poussées ; les formes résistantes bénéficient désormais du dupilumab.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue, Bordeaux

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Cloques des doigts et des pieds : dysidrose (disidrose)

Qu’est-ce que la dysidrose ?

Cloques qui démangent sur les pieds et les orteils
Cloques qui démangent sur les pieds et les orteils

La dysidrose (aussi orthographiée disidrose, ou dyshidrose) est une forme d’eczéma des mains et des pieds, caractérisée par l’apparition de cloques d’eau (vésicules) et de boutons qui démangent sur les doigts, les paumes, les orteils et les plantes des pieds. Son nom scientifique est eczéma dyshidrosique ou pompholyx.

Elle est particulièrement fréquente en période chaude et estivale, souvent associée à une transpiration accrue des mains et des pieds. Le prurit peut être intense, précédant ou accompagnant l’éruption. Les boutons blancs, rouges ou marron-bordeaux qui en résultent sont caractéristiques.

Contrairement à ce que son nom suggère (du grec hidrosis, sueur), la dysidrose n’est pas due à un dysfonctionnement des glandes sudoripares – c’est une dermatose inflammatoire multifactorielle dont la physiopathologie exacte reste partiellement élucidée.

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Vidéo : dysidrose, cloques des mains et des pieds - Dr Rousseau, dermatologue Bordeaux

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Diagnostic et formes cliniques

Le diagnostic est clinique. Les lésions caractéristiques sont des vésicules de 1 à 3 mm, à paroi épaisse, remplies d’un liquide clair, siégeant sur fond de peau saine ou légèrement érythémateuse.

Cloques d'eau sur les doigts
Cloques d’eau sur les doigts

Les démangeaisons sont souvent intenses et peuvent précéder l’apparition des cloques. L’évolution spontanée suit un cycle : les vésicules se percent et libèrent une sérosité claire, puis se dessèchent en donnant des croûtes marron-bordeaux et une desquamation caractéristique. Chaque poussée dure en général 2 à 4 semaines.

Localisation des cloques des pieds

Les lésions siègent préférentiellement sur les orteils et les espaces interdigitaux, dans le creux plantaire, sur les faces latérales des pieds et les talons.

Localisation des cloques des mains

Sur les mains, les vésicules sont fréquentes sur les faces latérales des doigts, les paumes, et jusqu’à la limite du poignet.

Deux formes cliniques principales

On distingue classiquement deux présentations :

  • Dysidrose simple : vésicules et boutons des mains et/ou des pieds isolés, sans rougeur associée
  • Eczéma dyshidrosique : vésicules associées à une rougeur (érythème) et/ou une desquamation, réalisant un tableau d’eczéma franc

Dans les formes les plus sévères (pompholyx), les petites vésicules fusionnent en bulles volumineuses particulièrement douloureuses.

💡 Évolution par poussées
La dysidrose évolue typiquement par poussées récurrentes, séparées par des intervalles libres. Les récidives sont fréquentes, surtout en période chaude ou à l’occasion d’un facteur déclenchant identifiable. Identifier et corriger ce facteur est la clé d’une prise en charge efficace à long terme.

Surinfection des cloques

Parfois, les cloques de dysidrose se surinfectent : leur contenu devient trouble ou franchement purulent (blanc ou jaunâtre). Des signes d’extension peuvent apparaître : trainée rouge sur le membre (lymphangite), ganglion douloureux dans l’aisselle ou l’aine (adénite). Ces signes imposent une consultation rapide et un traitement antibiotique adapté.

🚨 Cloques surinfectées – quand s’inquiéter
Contenu purulent ou trouble, fièvre, trainée rouge remontant vers le bras ou la jambe, ganglion douloureux : ces signes évoquent une surinfection bactérienne (souvent à staphylocoque doré) qui peut évoluer rapidement. Une consultation médicale s’impose dans les 24 heures.

Causes et facteurs favorisants

La cause exacte de la dysidrose reste mal élucidée. Il s’agit d’une dermatose multifactorielle. Plusieurs facteurs favorisants sont bien identifiés :

Allergie de contact de la main à type de dysidrose
Allergie de contact de la main à type de dysidrose

Allergie de contact

Allergie à la pelure de citron, au formol, au baume du Pérou, à la paraphénylènediamine (PPD, présente dans certains caoutchoucs et colorants), et à certains métaux : nickel, chrome, cobalt. Les bagues et bijoux en métal sont une source fréquente de sensibilisation au nickel avec dysidrose des doigts.

Dysidrose du doigt
Dysidrose du doigt

Mycose des pieds ou des mains

Une mycose entre les orteils (dermatophytose) peut déclencher une réaction dysidrosique à distance – notamment sur les mains – par un mécanisme immunologique indirect appelé réaction « ide ». Le grattage des pieds mycosiques transfère également le champignon vers les mains par manuportage. Traiter la mycose est donc indispensable, même quand la dysidrose est localisée aux mains.

Mycose et dysidrose
Mycose et dysidrose

Hyperhidrose palmo-plantaire

L’augmentation de la transpiration des mains (mains moites) et des pieds est un facteur favorisant classique. C’est pourquoi la dysidrose s’aggrave souvent en été. Le traitement de l’hyperhidrose peut contribuer à réduire la fréquence et l’intensité des poussées.

Irritation des mains et contact répété avec l’eau

Les produits ménagers irritants et le contact prolongé des mains avec l’eau altèrent la barrière cutanée et prédisposent aux poussées. Le port prolongé de gants crée un milieu chaud et humide qui peut paradoxalement aggraver la situation s’il n’est pas interrompu régulièrement.

Les professions les plus exposées sont les métiers de bouche et de restauration, les professions de santé, et toutes les activités impliquant les mains ou les pieds en milieu chaud et humide.

Terrain atopique

Des antécédents personnels ou familiaux d’eczéma atopique sont fréquemment retrouvés. La dysidrose peut représenter une localisation palmo-plantaire d’un eczéma constitutionnel, ce qui explique en partie la réponse favorable aux biothérapies anti-IL-4/IL-13 comme le dupilumab.

Tabac

Le tabac est considéré comme un facteur aggravant. L’arrêt du tabac est recommandé – pour cette raison et pour des raisons autrement plus importantes (cancers, athérosclérose, maladies cardiovasculaires).

Rôle du nickel alimentaire

Chez les patients allergiques au nickel (patch-test positif), un régime pauvre en nickel alimentaire peut être proposé en complément de l’éviction cutanée. Les aliments riches en nickel à surveiller sont les céréales complètes, les légumineuses, le chocolat, les noix et les épinards. L’efficacité de ce régime seul reste modeste ; il s’associe toujours à l’éviction des bijoux et accessoires en métal.

Ne pas confondre avec les engelures ni avec d’autres dermatoses

Les engelures sont des taches violacées, douloureuses, localisées sur les doigts ou les orteils, pouvant comporter des cloques. Elles se distinguent de la dysidrose par leur survenue en période froide et humide, leur aspect violacé et leur douleur prédominante (au lieu du prurit dominant dans la dysidrose).

Des engelures atypiques survenant hors saison froide peuvent être un signe cutané post-COVID-19 (« orteils COVID »), notamment chez les sujets jeunes.

D’autres dermatoses peuvent mimer la dysidrose et doivent être évoquées en cas de présentation atypique : psoriasis pustuleux palmo-plantaire, pemphigoïde bulleuse débutante, gale des mains.

⚠️ Dysidrose ou autre chose ?
Des vésicules prurigineuses sur d’autres zones que les mains et les pieds évoquent un autre diagnostic (eczéma atopique, varicelle, herpès, pemphigoïde bulleuse débutante) et nécessitent un avis dermatologique. La dysidrose est strictement palmo-plantaire par définition.

Traitement de la dysidrose en 2026

Mesures hygiéno-diététiques et éviction des facteurs déclenchants

  • Éviction de l’allergène identifié lors du bilan d’allergie de contact (patch-tests)
  • Protection des mains : port de gants lors des activités à risque (vaisselle, produits ménagers), limité dans le temps et interrompu régulièrement pour sécher les mains
  • Chaussettes absorbantes à changer dès qu’elles sont humides ; chaussures aérées
  • Arrêt du tabac
  • Traitement de l’hyperhidrose palmo-plantaire si identifiée

Traitement d’une mycose associée

En cas de mycose des pieds associée, son traitement est indispensable – y compris pour les formes de dysidrose touchant les mains, car la contamination se fait par grattage des pieds. Voir aussi : antifongiques en dermatologie.

Dermocorticoïdes puissants

Les dermocorticoïdes de classe forte (clobétasol, bétaméthasone) restent le traitement de référence des poussées. La peau épaisse des paumes et des plantes justifie l’utilisation de molécules puissantes, sous couvert d’un usage limité dans le temps et d’une surveillance médicale régulière pour éviter les effets secondaires (atrophie, rebond).

PUVA-thérapie locale

La photothérapie PUVA locale (psoralène + UVA sur les mains et les pieds) est proposée dans les formes récidivantes et résistantes aux dermocorticoïdes. Elle est réalisée en milieu hospitalier ou en cabinet spécialisé.

Dupilumab et biothérapies pour les formes réfractaires

Pour les dysidrosiques sévères en échec des traitements classiques, le dupilumab (anticorps monoclonal anti-IL-4/IL-13) représente une avancée thérapeutique significative. Une série de 15 patients traités pour dysidrose isolée a montré que 93 % étaient toujours sous traitement à 12,5 mois en moyenne, avec une nette amélioration clinique. Cette option reste réservée aux formes résistantes et doit être discutée avec un dermatologue.

Traitement Indication Remarques
Éviction allergène + mesures d’hygiène Toutes formes Indispensable en première intention
Antifongique local ou oral Mycose des pieds associée Traiter les pieds même si la dysidrose est aux mains
Dermocorticoïdes puissants Poussées aiguës Classe forte sur prescription ; durée limitée
PUVA-thérapie locale Formes récidivantes résistantes En milieu spécialisé
Dupilumab Formes sévères réfractaires Hors AMM dysidrose isolée ; 93 % de maintien à 12 mois

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Consultez en urgence si :

  • Le contenu des cloques devient trouble, purulent ou franchement jaune
  • Une trainée rouge remonte vers le bras ou la jambe (lymphangite)
  • De la fièvre apparaît en même temps que l’éruption
  • Un ganglion douloureux gonfle dans l’aisselle ou l’aine
  • Les lésions s’étendent rapidement malgré le traitement

Ces signes évoquent une surinfection bactérienne ou une complication qui nécessite une prise en charge médicale rapide.

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Questions fréquentes sur la dysidrose

La dysidrose est-elle contagieuse ?

Non. La dysidrose est un eczéma, c’est-à-dire une réaction inflammatoire non infectieuse de la peau. Elle ne se transmet pas d’une personne à l’autre. En revanche, si une mycose des pieds est à l’origine des poussées, elle peut, elle, se transmettre par contact direct (sol des piscines, douches collectives). Il est donc important de traiter une mycose associée.

Pourquoi les cloques de dysidrose reviennent-elles chaque été ?

La chaleur augmente la transpiration palmo-plantaire et altère la barrière cutanée, ce qui favorise les poussées. La dysidrose touche environ 0,5 % de la population avec un pic au printemps et en été. La recherche d’une allergie de contact ou d’une mycose sous-jacente est utile pour réduire la fréquence des récidives saisonnières.

Faut-il percer les cloques de dysidrose ?

Non. Il ne faut pas percer les vésicules : cela aggrave les douleurs, augmente le risque de surinfection bactérienne et ne raccourcit pas la durée des poussées. La bonne conduite est d’appliquer le traitement dermocorticoïde prescrit et de laisser les cloques évoluer naturellement jusqu’à leur desquamation.

Quels sont les traitements de la dysidrose en 2026 ?

Les dermocorticoïdes puissants restent le traitement de référence des poussées aiguës. La PUVA-thérapie locale est proposée en cas de récidives fréquentes. Pour les formes sévères réfractaires, le dupilumab montre des résultats prometteurs avec 93 % de maintien du traitement à 12 mois dans une série de 15 patients. La prise en charge du facteur déclenchant (allergie, mycose) est toujours prioritaire.

La dysidrose est-elle liée à une allergie au nickel ?

Dans certains cas, oui. Le nickel est l’un des allergènes les plus fréquemment identifiés aux patch-tests chez les patients souffrant de dysidrose récidivante des doigts. Les bijoux, boucles de ceinture et boutons métalliques sont des sources courantes. Un régime pauvre en nickel alimentaire peut être proposé en complément, avec une efficacité modeste mais documentée.

Quelle est la différence entre dysidrose et engelures ?

Les engelures sont des taches violacées douloureuses survenant exclusivement en période froide et humide. La dysidrose, au contraire, se manifeste par des vésicules très prurigineuses en période chaude. Des engelures hors saison froide peuvent être un signe cutané post-COVID-19 chez les sujets jeunes, à distinguer de la dysidrose classique.

La dysidrose nécessite-t-elle un bilan allergologique ?

Oui, en cas de dysidrose récidivante. Des patch-tests permettent de rechercher une allergie de contact au nickel, chrome, cobalt ou aux conservateurs. Un prélèvement mycologique des pieds complète le bilan. Ces examens identifient une cause traitable dans la majorité des cas et permettent de réduire significativement la fréquence des poussées.

Sur dermatonet.com – Causes associées à identifier et traiter

À retenir : La dysidrose est souvent sous-traitée faute d’identification de son facteur déclenchant. Des patch-tests pour allergie de contact, un prélèvement mycologique des pieds et une évaluation de l’hyperhidrose permettent dans la majorité des cas d’identifier une cause actionnable et de réduire durablement les récidives. N’hésitez pas à consulter un dermatologue pour un bilan complet.

Références scientifiques

  1. Veien NK. Acute and recurrent vesicular hand eczema. Dermatol Clin. 2009;27(3):337-353. PMID 19580928
  2. Lofgren SM, Warshaw EM. Dyshidrosis: epidemiology, clinical characteristics, and therapy. Dermatitis. 2006;17(4):165-181. PMID 17150166
  3. Wollina U. Pompholyx: a review of clinical features, differential diagnosis, and management. Am J Clin Dermatol. 2010;11(5):305-314. PMID 20642334
  4. Li Y, Xiao J, Sun Y, Fang H, Qiao J. Quick Treatment of Very Severe Refractory Hand and Foot Eczema with Dupilumab: A Case Report and Literature Review. J Asthma Allergy. 2023;16:1-8. PMID 36636704

Source : HAS – ANZUPGO (delgocitinib) – Eczéma chronique des mains (ECM), avril 2025

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.

7 réflexions sur « Cloques ou vésicules qui grattent, mains et pieds : dysidrose »

  1. bonjour,
    anti H1, ça veut dire qu’on demande quoi à la pharmacie exactement? y a t il des effets secondaires? je veux eviter la cortisone. Je soigne une mycose à l’ongle du pouce en parallèle mais j’ai déclenché ma dishydrose avant donc je ne pense pas que ça soit en lien. merci de votre réponse.

  2. Bonjour, il semblerait que j’ai contracté la dyshidrose, je ne connais pas par contre elle est apparue alors que je me soignait pour un pied d’athlète. Est ce en lien? Puis je soigné seulement avec du tea tree ? Merci d’avance

  3. Bonjour, j’ai un soucis au niveau du poids. J’ai des boutons remplis de liquide sur le pied. Ça ne démange pas. Quand un bonton sèche et l’ autre apparaît. J’y comprends rien.

  4. J’ai une dechidrose depuis plusieurs années mais qui apparaît que en début d’été et qui disparaît juste après mais sa me démange trop

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