Médecine fonctionnelle et micronutrition : cherchez la cause!

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Médecine fonctionnelle et micronutrition en dermatologie : chercher la cause plutôt que traiter les symptômes
L’acné, le psoriasis, l’eczéma ou la rosacée ne sont pas simplement des maladies de la peau – ils reflètent souvent un état inflammatoire systémique sous-jacent, alimenté par des carences en micronutriments, une insulinorésistance silencieuse ou un déséquilibre du microbiote. La médecine fonctionnelle et micronutritionnelle propose une approche différente de la médecine conventionnelle : au lieu de traiter uniquement les symptômes cutanés, elle cherche à identifier et corriger les causes profondes. Ce n’est pas une médecine alternative – c’est une médecine fondée sur des données biologiques mesurables.

Dermatologue fonctionnel et micronutrition

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Sommaire :
Micronutrition – définition |
Inadéquation gènes/environnement |
Insulinorésistance et inflammation |
Le bilan fonctionnel |
Vitamine D et zinc |
Applications en dermatologie |
L’alimentation comme thérapeutique |
Pages liées |
Questions fréquentes

En bref : La médecine fonctionnelle appliquée à la dermatologie cherche les causes métaboliques des maladies de peau : insulinorésistance, carences en vitamine D et zinc, dysbiose intestinale. Chez 30 à 60 % des patients atteints d’acné ou de psoriasis, une correction nutritionnelle ciblée améliore significativement la réponse au traitement conventionnel.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Mis à jour le 19 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Qu’est-ce que la micronutrition ?

Les micronutriments sont des nutriments nécessaires en petites quantités mais indispensables au bon fonctionnement cellulaire : vitamines, minéraux, oligoéléments, acides gras essentiels, acides aminés, antioxydants, fibres et probiotiques. À la différence des macronutriments (glucides, lipides, protéines) qui fournissent l’énergie, les micronutriments assurent l’assimilation, la transformation et l’utilisation des macronutriments. Leur carence peut engendrer, souvent à bas bruit, des altérations métaboliques importantes avant que toute pathologie d’organe ne soit détectable.

La micronutrition s’inscrit dans le Programme National Nutrition Santé (PNNS) 2019–2023 et vise à identifier ces carences individuelles pour les corriger de façon ciblée.

Pourquoi sommes-nous de plus en plus carencés ?

Plusieurs facteurs expliquent l’appauvrissement progressif de notre alimentation en micronutriments :

  • Les cultures intensives et les pesticides appauvrissent les sols en minéraux
  • La sélection génétique des végétaux privilégie le rendement au détriment de la qualité nutritive
  • Le raffinage des céréales supprime vitamines, minéraux et fibres de l’enveloppe externe
  • Les produits ultra-transformés sont riches en calories et en index glycémique, pauvres en micronutriments
  • La conservation sous plastique et la maturation précoce des fruits et légumes entraînent des pertes vitaminiques
  • Les huiles bon marché (tournesol, palme) apportent trop d’acides gras oméga-6 pro-inflammatoires et pas assez d’oméga-3 anti-inflammatoires

Maladies de civilisation : l’inadéquation gènes/environnement

Nos gènes n’ont évolué que de 0,5 % depuis le Paléolithique, alors que notre alimentation et nos modes de vie ont été radicalement transformés en quelques décennies. Il y a une inadéquation croissante entre notre patrimoine génétique et notre nouvel environnement – favorable au développement de maladies inflammatoires que l’on observe peu ou pas dans les populations au mode de vie non industrialisé.

Nos ancêtres marchaient plus de 20 km par jour, consommaient abondamment des antioxydants issus de fruits et baies colorés, et avaient un régime frugal. Notre organisme est biologiquement programmé pour stocker dès que possible – l’insuline, conçue pour protéger l’espèce en période de disette, devient un facteur de risque dans un environnement de surabondance calorique.

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Insulinorésistance et inflammation de bas grade : le maillon central

Important : La médecine fonctionnelle et la micronutrition sont des compléments aux traitements dermatologiques validés – jamais des substituts. Un psoriasis sévère, un mélanome ou un eczéma étendu nécessitent un suivi médical spécialisé. Consultez votre dermatologue avant de modifier votre traitement.

La médecine conventionnelle détecte le diabète lorsqu’il est établi (glycémie à jeun élevée). La médecine fonctionnelle cherche les indices précoces d’insulinorésistance – des années avant l’apparition du diabète – permettant une intervention préventive réelle.

Comment se développe l’insulinorésistance ?

L’insuline est sécrétée par le pancréas pour faire baisser la glycémie après un repas. Lorsque les cellules deviennent progressivement résistantes à l’insuline, le pancréas doit en sécréter des quantités croissantes pour obtenir le même effet – c’est l’hyperinsulinisme compensatoire. Ce mécanisme active indirectement la voie de l’inflammation, entretenant une inflammation chronique de bas grade, souvent invisible sur un bilan standard.

La fonctionnalité du récepteur à l’insuline dépend notamment de la fluidité membranaire des cellules – elle-même conditionnée par la teneur en oméga-3 de la bicouche phospholipidique. Un rapport oméga-6/oméga-3 trop élevé (alimentation occidentale) rigidifie les membranes et aggrave l’insulinorésistance. Par ailleurs, le chrome, le magnésium et la vitamine D sont des cofacteurs indispensables à l’efficacité de l’insuline.

Le syndrome métabolique : 5 critères à connaître

Critère Seuil pathologique
Tour de taille > 94 cm chez l’homme – > 80 cm chez la femme
Tension artérielle > 130/85 mmHg
Glycémie à jeun > 1,10 g/L (prédiabète)
Triglycérides > 1,5 g/L
HDL-cholestérol < 0,40 g/L chez l’homme – < 0,60 g/L chez la femme

La présence de 3 critères signe le syndrome métabolique – terrain inflammatoire qui aggrave nombre de dermatoses chroniques.

L’inflammation de bas grade est aggravée par de nombreux facteurs environnementaux : tabagisme, alcool, excès de graisses saturées et de sucres (« Western diet »), manque de sommeil, stress chronique et sédentarité.

Le bilan fonctionnel : ce que la médecine conventionnelle ne cherche pas

En médecine fonctionnelle, on cherche non seulement la glycémie à jeun standard, mais aussi des marqueurs d’insulinorésistance précoce :

L’index HOMA-IR

Le HOMA-IR (Homeostasis Model Assessment of Insulin Resistance) est calculé à partir de la glycémie et de l’insulinémie à jeun. Il permet le dépistage précoce d’une insulinorésistance avant que la glycémie ne soit pathologique. Il est pris en charge par la Sécurité sociale.

Valeur HOMA-IR Interprétation
< 1,6 Normal
1,7 – 2,3 Début d’insulinorésistance – intervention préventive recommandée
> 2,4 Insulinorésistance importante – risque métabolique et inflammatoire élevé

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Les autres marqueurs fonctionnels clés

  • CRP ultrasensible – marqueur de l’inflammation de bas grade (pathologique au-dessus de 1 mg/L)
  • Profil des acides gras érythrocytaires – évalue le rapport oméga-6/oméga-3 dans les membranes cellulaires, reflet de l’état pro- ou anti-inflammatoire
  • 25-OH-vitamine D – prévalence élevée d’hypovitaminose D dans les populations occidentales
  • Zincémie – souvent basse, à rechercher valeurs hautes

Vitamine D et zinc : deux micronutriments incontournables en dermatologie

Vitamine D

Le récepteur à la vitamine D est exprimé par les cellules β du pancréas, les kératinocytes et les cellules immunitaires. La déficience en vitamine D peut compromettre la sécrétion d’insuline et l’immunité cutanée. Chez les obèses, la vitamine D est séquestrée dans le tissu adipeux – les besoins de supplémentation sont donc plus élevés. Plusieurs études ont montré l’effet positif d’une supplémentation à 5 000 UI/j pendant au moins 6 mois chez les patients insulinorésistants. Voir notre article dédié : vitamine D.

Zinc

Les cellules β du pancréas sont riches en zinc. Ce minéral favorise le stockage, la stabilisation et la sécrétion de l’insuline, et optimise la fonctionnalité de son récepteur. Il est aussi indispensable à la trophicité cutanée et au fonctionnement optimal de l’immunité. Sa carence est fréquente et souvent méconnue. La dose recommandée en supplémentation est de 5 à 15 mg/j, de préférence sous forme de bisglycinate, gluconate, lactate ou citrate de zinc (mieux tolérés). Voir nos articles : zinc et la peau et gluconate de zinc dans l’acné.

📚 Pittas AG et al. – Vitamin D Supplementation and Prevention of Type 2 Diabetes – N Engl J Med 2019

Applications en dermatologie fonctionnelle

La médecine fonctionnelle cherche les causes internes des maladies de la peau – non pour remplacer les traitements dermatologiques conventionnels, mais pour les compléter en agissant sur le terrain inflammatoire sous-jacent.

Acné

L’acné est une maladie inflammatoire dans laquelle l’insulinorésistance joue un rôle central : l’hyperinsulinisme stimule la production d’IGF-1, qui augmente la production de sébum et favorise la prolifération des kératinocytes folliculaires. Les régimes à index glycémique élevé et riches en produits laitiers aggravent l’acné en stimulant cette voie. Une supplémentation en oméga-3 (2 000 mg/j d’EPA + DHA) a démontré une réduction significative des lésions inflammatoires en 10 semaines dans un essai randomisé contrôlé. Voir régime anti-acné.

📚 Jung JY et al. – Oméga-3 et acné : essai randomisé contrôlé – Acta Derm Venereol 2014

Psoriasis

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique dont la sévérité est corrélée au syndrome métabolique – obésité, dyslipidémie, insulinorésistance. L’augmentation de la consommation de fruits, légumes et poissons gras riches en oméga-3 peut réduire l’inflammation systémique sous-jacente. La supplémentation en vitamine D a montré un effet anti-inflammatoire sur les kératinocytes psoriasiques dans plusieurs études. Voir régime psoriasis.

Eczéma et dermatite atopique

Les allergies alimentaires peuvent jouer un rôle dans le déclenchement de poussées d’eczéma. L’axe intestin-peau (gut-skin axis) est de mieux en mieux documenté : la perméabilité intestinale et les dysbioses du microbiote intestinal influencent l’immunité cutanée. Les probiotiques et les oméga-3 peuvent modifier favorablement ce terrain. Voir traitement naturel de l’eczéma et microbiote et peau.

📚 Salem I et al. – The gut microbiome as a major regulator of the gut-skin axis – Front Microbiol 2018

Vieillissement cutané

Les antioxydants (vitamines A, C, E, polyphénols) protègent les kératinocytes contre le stress oxydatif lié à l’exposition aux UV et à l’inflammation chronique. Voir garder une peau saine et compléments anti-âge.

L’alimentation méditerranéenne comme base thérapeutique

La médecine fonctionnelle s’appuie sur le régime méditerranéen comme support alimentaire de référence – non comme mode, mais comme alimentation correspondant à notre programmation génétique : riche en fibres, en antioxydants, en oméga-3 et pauvre en sucres raffinés et en graisses saturées.

À privilégier À limiter
Pains et céréales complètes (index glycémique bas) Sucres raffinés, produits ultra-transformés
Fruits et légumes colorés en abondance (antioxydants) Graisses saturées (viandes grasses, charcuteries)
Huiles de colza, de noix, d’olive (oméga-3 et 9) Huiles de tournesol, de palme (oméga-6 pro-inflammatoires)
Poissons gras 2 à 3 fois/semaine (anchois, sardines, maquereau, saumon) Excès de produits laitiers (acné, inflammation)
Légumineuses et oléagineux Alcool, tabac

À ces mesures diététiques s’ajoute la lutte contre la sédentarité – l’exercice physique régulier améliore la sensibilité à l’insuline, réduit l’inflammation et favorise un microbiote diversifié.

Pages liées

Questions fréquentes

La médecine fonctionnelle peut-elle remplacer les traitements dermatologiques classiques ?

Non – et ce n’est pas son objectif. La médecine fonctionnelle et micronutritionnelle est un complément aux traitements conventionnels, non un substitut. Un psoriasis sévère nécessite un traitement médical spécifique (dermocorticoïdes, biothérapies). Ce que l’approche fonctionnelle apporte en plus, c’est la correction du terrain inflammatoire sous-jacent – ce qui peut réduire la fréquence des poussées, améliorer la réponse aux traitements et diminuer les doses nécessaires sur le long terme.

Comment savoir si j’ai une insulinorésistance ?

L’insulinorésistance peut être silencieuse pendant des années avec une glycémie à jeun normale. Le bilan fonctionnel inclut : insulinémie à jeun + glycémie à jeun → calcul de l’index HOMA-IR (pathologique au-dessus de 2,4), CRP ultrasensible (inflammation de bas grade), et mesure du tour de taille. Ces examens sont simples, peu coûteux et partiellement remboursés par la Sécurité sociale.

Les oméga-3 peuvent-ils vraiment améliorer l’acné ?

L’étude de Jung et al. (Acta Derm Venereol, 2014), essai randomisé contrôlé en double aveugle sur 45 patients, a montré une réduction significative des lésions inflammatoires et non inflammatoires après 10 semaines de supplémentation à 2 000 mg/j d’EPA + DHA. Le mécanisme implique la réduction de l’IGF-1 (stimulant de la séborrhée) et la diminution de l’inflammation folliculaire. Les oméga-3 ne remplacent pas un traitement médical de l’acné sévère, mais constituent un complément utile, surtout dans les formes légères à modérées.

Le régime méditerranéen améliore-t-il vraiment les maladies de peau ?

Les données épidémiologiques sont cohérentes : les populations du pourtour méditerranéen présentent une prévalence plus faible de psoriasis sévère, d’eczéma atopique et d’acné conglobata. Les mécanismes sont bien identifiés : réduction de l’insulinorésistance, amélioration du rapport oméga-6/oméga-3, apport accru en antioxydants et en polyphénols anti-inflammatoires. C’est une intervention sans effet secondaire, accessible à tous, et dont les bénéfices vont bien au-delà de la peau.

Voir aussi :
Régime acné |
Vitamine D |
Zinc et peau |
Microbiote |
Antioxydants

Quels micronutriments sont les plus utiles pour la peau ?

Le zinc (15–30 mg/j) réduit la séborrhée et l’inflammation dans l’acné. La vitamine D (objectif sérique : 50–70 ng/mL) module l’immunité cutanée. Les oméga-3 (EPA + DHA, 2 g/j) diminuent l’inflammation dans le psoriasis et l’acné. La vitamine C (1 g/j) est cofacteur indispensable de la synthèse du collagène.

La dysbiose intestinale peut-elle causer des maladies de peau ?

L’axe intestin-peau est bien documenté. Chez 54 % des patients atteints d’acné (étude Bowe & Logan, 2011), une dysbiose intestinale est associée à une perméabilité intestinale accrue et une inflammation systémique qui aggrave les lésions cutanées. La correction du microbiote par probiotiques (Lactobacillus rhamnosus GG) améliore la dermatite atopique chez l’enfant.

Quelle est la dose de vitamine D recommandée pour la peau ?

La carence en vitamine D (moins de 30 ng/mL) est retrouvée chez 70 % des patients atteints de psoriasis sévère. La supplémentation recommandée par la HAS est de 800 à 1 000 UI/j en entretien, avec des cures de charge (80 000–100 000 UI) en cas de déficit avéré. Une surveillance du taux sérique est conseillée tous les 6 mois.

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Mis à jour le 4 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.