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Trouble bipolaire : ce que le dermatologue doit reconnaître – psychoderm atologie et manifestations cutanées
La psychoderm atologie est la discipline qui explore les liens entre les maladies psychiatriques et la peau. Le trouble bipolaire en est l’un des exemples les plus riches : selon la phase traversée – dépressive, maniaque, hypomaniaque ou mixte – les répercussions cutanées sont radicalement différentes, et le dermatologue est souvent le premier médecin à percevoir les signaux d’alerte. Négligence de soi et excoriations répétées pendant les phases dépressives, comportements à risque et soins cutanés excessifs en phase maniaque, effets secondaires cutanés parfois sévères des traitements thymorégulateurs – le trouble bipolaire laisse des traces sur la peau que le dermatologue formé peut apprendre à lire. Cet article présente les critères diagnostiques du trouble bipolaire tels que définis par le DSM, reformulés et enrichis d’une perspective dermatologique clinique.

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Sommaire :
Trouble bipolaire et peau : les liens cliniques |
Effets cutanés des traitements bipolaires |
Épisode maniaque |
Épisode mixte |
Épisode hypomaniaque |
Trouble bipolaire I |
Trouble bipolaire II |
Trouble cyclothymique |
Pages liées |
Questions fréquentes
Trouble bipolaire et peau : les liens cliniques essentiels
En consultation dermatologique, plusieurs tableaux doivent alerter sur un possible trouble bipolaire sous-jacent :
| Phase bipolaire | Manifestations cutanées associées | Signal pour le dermatologue |
|---|---|---|
| Phase dépressive | Négligence de soi, hygiène insuffisante, dermatillomanie (excoriations répétées de la peau), aggravation de l’acné, effluvium télogène, grattage chronique | Patient présentant des lésions d’excoriations multiples à des stades différents, sur fond de tristesse et repli |
| Phase maniaque | Comportements à risque (tatouages impulsifs, piercings multiples, expositions solaires excessives), soins cutanés excessifs ou extravagants, exposition solaire prolongée sans protection, comportements sexuels à risque → IST | Patient présentant des modifications comportementales cutanées brusques, achats compulsifs de cosmétiques, expositions solaires impulsives |
| Phase mixte / hypomaniaque | Trichotillomanie (arrachage compulsif des cheveux), excoriations, labilité dans les soins cutanés | Plaques alopéciques linéaires, excoriations géométriques sur fond d’agitation |
La dermatillomanie (trouble d’excoriation) dans le trouble bipolaire
La dermatillomanie – comportement répétitif centré sur le corps consistant à se gratter, presser ou pincer compulsivement la peau – est particulièrement fréquente dans les phases dépressives et mixtes du trouble bipolaire. Elle produit des lésions d’excoriation à des stades différents (croûtes récentes, cicatrices anciennes, plaies fraîches en cours), caractéristiques et souvent localisées sur le visage, les bras, les épaules. Le dermatologue peut être le premier à orienter le patient vers une évaluation psychiatrique en identifiant ce tableau. Voir aussi : acné (souvent exacerbée par le grattage) et chéloïdes (cicatrices consécutives).
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Effets cutanés des traitements du trouble bipolaire
Le dermatologue est fréquemment confronté aux effets secondaires cutanés des thymorégulateurs prescrits dans le trouble bipolaire. Les reconnaître est essentiel pour ne pas interrompre abusivement un traitement psychiatrique stabilisant.
| Traitement | Effets cutanés principaux | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Lithium | Aggravation du psoriasis (effet déclenchant ou aggravant documenté), acné à lithium, alopécie (souvent réversible), eczéma, folliculites | Concertation psychiatre-dermatologue ; traitements locaux du psoriasis ou de l’acné sans arrêter le lithium sauf décision conjointe |
| Lamotrigine (Lamictal®) | Éruptions cutanées dans 10 % des cas – risque rare mais grave de syndrome de Stevens-Johnson / Lyell (nécrolyse épidermique toxique) surtout lors de l’introduction rapide ou de l’association au valproate | ⚠️ Urgence dermatologique – arrêt immédiat si éruption muqueuse ou bulleuse – hospitalisation en unité spécialisée |
| Valproate (Dépakote®) | Alopécie parfois importante (réversible à l’arrêt ou avec supplémentation zinc/sélénium), acné | Bilan thyroïdien et ferritine pour éliminer une cause associée ; supplémentation zinc possible |
| Antipsychotiques atypiques | Photosensibilisation, sécheresse cutanée, acné, rosacée-like pour certaines molécules | Photoprotection SPF 50+, émollients, traitement local adapté |
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1. L’épisode maniaque
Définition et critères
Un épisode maniaque est une période nettement délimitée d’élévation anormale et persistante de l’humeur (expansive, euphorique ou irritable), d’une durée d’au moins une semaine (ou moins si une hospitalisation est nécessaire).
Pour être retenu, cet épisode doit s’accompagner d’au moins 3 des symptômes suivants (4 si l’humeur est irritable plutôt qu’expansive) :
| Critère B | Description clinique |
|---|---|
| B1 – Estime de soi | Augmentation de l’estime de soi allant de la confiance excessive aux idées de grandeur délirantes (croire avoir une mission divine, des capacités extraordinaires) |
| B2 – Sommeil | Réduction du besoin de sommeil : le sujet se réveille après 3 h de sommeil en se sentant reposé, peut rester plusieurs jours sans dormir sans fatigue apparente |
| B3 – Logorrhée | Discours pressant, rapide, bruyant, difficile à interrompre, riche en jeux de mots, maniérisme, tirades coléreuses si humeur irritable |
| B4 – Fuite des idées | Pensée s’emballant plus vite qu’elle ne peut être énoncée, changements brusques de sujets, discours parfois désorganisé |
| B5 – Distractibilité | Incapacité à filtrer les stimuli non pertinents (bruit de fond, cravate de l’interlocuteur) – pensées partiellement inadaptées |
| B6 – Hyperactivité | Projets excessifs et simultanés – engagement accru dans des activités sociales, professionnelles, sexuelles – agitation psychomotrice |
| B7 – Activités à risque | Achats extravagants, conduite dangereuse, investissements insensés, comportements sexuels inhabituels, jeu pathologique – sans conscience du danger |
Critères supplémentaires : l’épisode doit entraîner une altération marquée du fonctionnement (professionnel, social) ou nécessiter une hospitalisation (Critère D), et ne pas être dû à une substance, un médicament ou une affection médicale (Critère E).
Évolution
L’âge moyen de survenue du premier épisode maniaque se situe au début de la 3e décennie. Les épisodes débutent typiquement de façon soudaine, durent de quelques semaines à plusieurs mois, et font souvent suite à des stress psychosociaux ou à des modifications du rythme veille-sommeil (décalage horaire, privation de sommeil). Dans 50 à 60 % des cas, un épisode dépressif majeur précède ou suit immédiatement l’épisode maniaque.
2. L’épisode mixte
Un épisode mixte est défini comme une période d’au moins une semaine au cours de laquelle coexistent simultanément les critères d’un épisode maniaque et d’un épisode dépressif majeur, presque tous les jours. La symptomatologie comprend typiquement : agitation, insomnie, troubles de l’appétit, caractéristiques psychotiques et idées suicidaires. Le risque suicidaire est particulièrement élevé dans les états mixtes, car le patient présente à la fois une souffrance dépressive et l’énergie suffisante pour passer à l’acte.
Les épisodes mixtes sont plus fréquents chez les sujets jeunes et chez ceux de plus de 60 ans. Ils semblent plus fréquents chez les hommes.
3. L’épisode hypomaniaque
L’épisode hypomaniaque partage les mêmes symptômes que l’épisode maniaque (mêmes critères B1 à B7), mais avec trois différences capitales :
| Épisode maniaque | Épisode hypomaniaque | |
|---|---|---|
| Durée minimale | 1 semaine | 4 jours |
| Sévérité fonctionnelle | Altération marquée du fonctionnement – hospitalisation souvent nécessaire | Modification nette observable, mais sans altération marquée ni hospitalisation |
| Caractéristiques psychotiques | Possibles (délires, hallucinations) | Absentes par définition |
L’humeur hypomaniaque peut être contagieuse et sembler productive – certains sujets connaissent une amélioration de leur efficience et de leur créativité pendant ces phases. C’est ce qui explique la fréquente méconnaissance du trouble : le patient ne se sent pas malade. Dans 5 à 15 % des cas, un épisode hypomaniaque évolue vers un épisode maniaque franc.
4. Le trouble bipolaire I
Le trouble bipolaire I est caractérisé par la survenue d’un ou plusieurs épisodes maniaques ou mixtes, habituellement accompagnés d’épisodes dépressifs majeurs. C’est la forme la plus sévère du spectre bipolaire.
Données épidémiologiques et évolution
- Âge de début moyen : 20 ans – chez les hommes comme chez les femmes
- Risque de récurrence : >90 % après un premier épisode maniaque
- Mortalité suicidaire : 10 à 15 % – surtout en phase dépressive ou mixte
- Fréquence équivalente hommes/femmes, à la différence du trouble dépressif majeur
- Chez les hommes, le premier épisode est plus souvent maniaque ; chez les femmes, plus souvent dépressif
- Les cycles rapides (≥ 4 épisodes/an) représentent 5 à 15 % des cas et sont associés à un pronostic moins favorable
Facteurs organiques à éliminer
Un premier épisode maniaque après 40 ans doit toujours faire rechercher une cause organique : hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, tumeur cérébrale, sclérose en plaques, prise de corticoïdes. En dermatologie, la prescription prolongée de dermocorticoïdes forts ou de corticoïdes systémiques peut déclencher des épisodes d’allure maniaque – à distinguer d’un trouble bipolaire constitutionnel.
5. Le trouble bipolaire II
Le trouble bipolaire II est caractérisé par des épisodes dépressifs majeurs récurrents avec au moins un épisode hypomaniaque, sans jamais d’épisode maniaque ou mixte. L’existence d’un seul épisode maniaque ou mixte fait basculer le diagnostic en trouble bipolaire I.
C’est souvent le trouble le plus difficile à diagnostiquer : les patients consultent généralement pour leur dépression, et les épisodes hypomaniaques – vécus comme des périodes d’efficience accrue – ne sont pas spontanément rapportés. L’information des proches est indispensable au diagnostic.
Le trouble bipolaire II est plus fréquent chez les femmes. Les épisodes dépressifs y prédominent, avec un risque suicidaire significatif (10 à 15 %). Il est associé à un risque accru de personnalité borderline, de troubles des conduites alimentaires, de trouble panique et de phobie sociale.
6. Le trouble cyclothymique
Le trouble cyclothymique est défini par de nombreuses périodes de symptômes hypomaniaques et dépressifs n’atteignant pas les seuils des épisodes caractérisés, évoluant depuis au moins 2 ans (1 an chez l’enfant) sans intervalle libre de plus de 2 mois. Il est souvent perçu comme un tempérament particulier – lunatique, imprévisible, créatif – avant d’être reconnu comme un trouble de l’humeur.
Le risque d’évolution vers un trouble bipolaire I ou II est de 15 à 50 % sur la vie entière. En dermatologie, les patients cyclothymiques peuvent présenter des variations dans leurs comportements cutanés et leurs demandes esthétiques corrélées aux fluctuations thymiques.
Pages liées
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre trouble bipolaire I et II du point de vue dermatologique ?
Dans le trouble bipolaire I, les épisodes maniaques peuvent entraîner des comportements cutanés impulsifs et marqués – tatouages, piercings, expositions solaires sans protection, comportements sexuels à risque. Dans le trouble bipolaire II, les épisodes hypomaniaques sont plus discrets mais les phases dépressives profondes peuvent favoriser la dermatillomanie et la négligence cutanée. Dans les deux cas, les thymorégulateurs peuvent avoir des effets cutanés significatifs que le dermatologue doit connaître.
Le lithium aggrave-t-il vraiment le psoriasis ?
Oui – l’effet du lithium sur le psoriasis est bien documenté : il peut déclencher ou aggraver un psoriasis existant. Cet effet doit être discuté en concertation avec le psychiatre prescripteur. Il ne justifie pas un arrêt du lithium décidé unilatéralement par le dermatologue – un thymorégulateur alternatif peut être envisagé si le psoriasis est sévère et résistant. Le traitement local du psoriasis peut être intensifié pour permettre la poursuite du lithium.
Qu’est-ce que la dermatillomanie et comment se manifeste-t-elle ?
La dermatillomanie (trouble d’excoriation) est un comportement répétitif centré sur le corps : le patient se gratte, se pince ou presse compulsivement sa peau, souvent sur le visage, les bras ou les épaules. Elle est associée à plusieurs troubles psychiatriques dont le trouble bipolaire, le TOC et la dépression. En consultation dermatologique, elle se présente comme des lésions d’excoriation à différents stades (cicatrices, croûtes, plaies fraîches), souvent géométriques, sur fond d’acné aggravée par le grattage ou sans lésion primaire identifiable. Un encadrement pluridisciplinaire est nécessaire.
Les antidépresseurs peuvent-ils déclencher un épisode maniaque ?
Oui – c’est un fait clinique important. En dermatologie, certains patients reçoivent des antidépresseurs pour des troubles de l’humeur associés à leur pathologie cutanée (dépression liée au psoriasis ou à l’eczéma sévère). Si un épisode d’allure maniaque ou hypomaniaque survient sous antidépresseur, il s’agit d’un « trouble de l’humeur induit par une substance » selon le DSM – et non d’un passage à un trouble bipolaire. Cependant, cela peut révéler une diathèse bipolaire sous-jacente. Une réévaluation psychiatrique s’impose.
Comment le dermatologue peut-il orienter un patient bipolaire sans le stigmatiser ?
Avec tact et sans diagnostic psychiatrique intempestif. Le dermatologue peut simplement évoquer qu’il perçoit un lien entre l’état émotionnel et les lésions cutanées, et suggérer qu’un accompagnement global serait bénéfique. Il peut proposer au patient une consultation avec son médecin traitant pour évaluer le contexte général. Certaines formulations bienveillantes comme « Je remarque que ces lésions semblent liées à des moments de grande tension – une prise en charge globale pourrait vraiment aider votre peau » ouvrent le dialogue sans heurter.
Voir aussi :
Psoriasis |
Acné |
Alopécie |
Cortisone |
Urgences dermatologiques
Mis à jour le 12 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS)., Bordeaux.
Cet article est rédigé à partir des critères du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) et intégré dans une perspective dermatologique clinique. Il ne constitue pas un outil de diagnostic psychiatrique et ne remplace pas une évaluation spécialisée.
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