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Dernière mise à jour : 29 août 2026
Durillon, cor au pied, callosité : reconnaître, traiter et prévenir l’hyperkératose plantaire
Les cors, durillons et callosités sont parmi les motifs de consultation podologique et dermatologique les plus fréquents – et pourtant parmi les plus mal soignés, faute d’un traitement de la cause. La peau des pieds est soumise à rude épreuve, qu’elle soit enfermée dans des chaussures ou nue : les pressions chroniques et les frottements répétés stimulent la prolifération de l’épiderme, provoquant un épaississement de la couche cornée – l’hyperkératose. Résultat : callosités, cors et durillons, véritables défenses mécaniques de la peau, qui deviennent douloureux et invalidants lorsque le phénomène s’emballe. Savoir les distinguer – les uns des autres et des verrues plantaires – change radicalement la prise en charge. Et traiter l’hyperkératose sans corriger la cause mécanique conduit systématiquement à la récidive.
Cet article en vidéo :
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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1. Mécanisme de formation – pourquoi la peau s’épaissit

La peau réagit aux pressions et frottements répétés par un mécanisme de défense parfaitement logique : elle s’épaissit pour protéger les tissus sous-jacents. Ce processus – l’hyperkératose – est une réponse physiologique normale de la couche cornée (stratum corneum) à un stress mécanique chronique. Les kératinocytes prolifèrent et accumulent de la kératine plus vite qu’ils ne l’éliminent. Le résultat est un épaississement localisé (cor, durillon) ou diffus (callosité) de l’épiderme.
Ce mécanisme est documenté depuis les premières descriptions cliniques et a été formalisé dans une revue de référence publiée dans l’American Family Physician : les cors et callosités sont la conséquence directe d’une hyperkératose physiologique déclenchée par des forces mécaniques excessives ou répétées – Freeman, Am Fam Physician 2002 (PMID 12074526).
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2. Callosité, durillon, cor : comment les distinguer
Callosité

Les callosités sont des épaississements diffus de la peau, formant de larges plaques de corne sous les pieds, au niveau des zones d’appui des plantes et des zones de frottement : partie médiane de l’avant-pied (par effondrement de la voûte transverse antérieure), base du gros orteil par aplatissement ou hallux valgus. Leur consistance est dure, de couleur blanc-jaunâtre. Elles sont généralement indolores, juste gênantes, sauf lorsqu’elles provoquent des fissures ou se compliquent de durillons en leur sein.
Durillon

Les durillons surviennent souvent au sein des callosités. Ce sont des zones de corne très dure, ponctuelles et enchâssées dans la peau, formant de véritables clous de kératine. Ils sont très douloureux – les patients décrivent souvent la sensation d’avoir un clou dans la plante. La douleur s’explique par la compression des terminaisons nerveuses dermiques par le cône kératinique central.
Cor au pied (clavus)
Les cors aux pieds sont des épaississements localisés au niveau des zones de frottement des orteils ou des zones d’appui des plantes. Ils se présentent comme une petite callosité avec une zone centrale cornée en forme de cône inversé, parfois cratériforme, qui pénètre dans les couches cutanées profondes et provoque la douleur. On distingue deux parties : un pourtour arrondi, dense et blanc-translucide, et ce cône central qui comprime les nerfs sous-jacents.
| Type | Localisation typique | Consistance | Douleur |
|---|---|---|---|
| Cor dur | Dessus des orteils (articulations), face latérale du 5e orteil, pulpe du 3e orteil | Dure, kératinique | Douloureux à la marche, surtout en chaussures |
| Cor mou (œil-de-perdrix) | 4e espace interorteil entre 4e et 5e orteils, souvent par paires en vis-à-vis | Blanchâtre, molle et spongieuse (macération) | Douloureux, parfois inflammatoire avec bordure rouge et point central noir |
| Cors milium | Plante du pied, parfois dans une plaque de callosité | Petits cors groupés | Variable selon la profondeur |
| Callosité | Zones d’appui de la plante (avant-pied, talon), base du gros orteil | Dure, diffuse, blanc-jaunâtre | Généralement indolore sauf si fissurée ou avec durillon |
| Durillon | Au sein des callosités plantaires | Très dure, punctiforme, enchâssée | Très douloureux (« clou dans le pied ») |
3. Les distinguer de la verrue plantaire et du mélanome achromique
Le diagnostic différentiel le plus important – et potentiellement le plus grave – est la distinction avec la verrue plantaire et le redoutable mélanome achromique. Seul le médecin peut les distinguer – et il dispose de deux outils décisifs :
La pression digitale latérale vs perpendiculaire :
- Le cor est douloureux à la pression perpendiculaire (compression du cône sur l’os sous-jacent)
- La verrue est douloureuse à la pression latérale (pincement des bords) – signe de Rémy caractéristique
Le dermoscope :
- Le cor, la callosité et le durillon conservent les dermatoglyphes (lignes cutanées, empreintes digitales) à leur surface et en périphérie – architecture cutanée normale maintenue
- La verrue plantaire se caractérise par l’absence de ces lignes cutanées et la présence de points noirs correspondant à des capillaires thrombosés (signe pathognomonique)

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4. Causes et facteurs de risque
Anomalies biomécaniques et chaussures inadaptées
La cause fondamentale est toujours un frottement ou une pression chronique anormale, souvent combinés :
- Port de chaussures inadaptées : talons hauts, chaussures à bout pointu, chaussures trop étroites ou trop larges
- Anomalie posturale à la marche : appui excessif sur l’avant-pied, sur la partie externe de la plante
- Déformations du pied : hallux valgus (oignon du gros orteil), orteils en griffe ou en marteau, pieds plats ou creux
- Marche pieds nus sur surfaces dures
Personnes à risque
- Femmes portant des talons hauts ou chaussures étroites à bout pointu
- Sportifs : randonneurs, joggeurs, joueurs de tennis – frottements répétés à haute intensité
- Personnes ayant des orteils de grande taille ou des déformations podales
- Personnes âgées : amincissement physiologique du coussinet graisseux plantaire avec l’âge
- Patients diabétiques – situation à part entière, voir encart ci-dessous
5. Complications
Rarement anodines lorsqu’elles sont négligées, ces lésions peuvent engendrer des complications en cascade :
- Claudication et report de charge : la douleur provoquée par un cor ou durillon modifie la marche, ce qui peut engendrer de nouvelles callosités à d’autres endroits, mais aussi des troubles ostéo-musculaires à distance (douleurs au genou, à la hanche, au dos)
- Inflammation locale : rougeur, chaleur, douleur spontanée – signe de surinfection bactérienne débutante
- Infection : abcès sous-callosité, surtout chez le diabétique ou l’immunodéprimé
- Fissuration – voir l’article sur les crevasses des talons
- Retentissement osseux et articulaire : bursite sous-jacente, ostéite dans les cas extrêmes chez le diabétique
Toutes ces situations nécessitent une consultation médicale rapide.
6. Traitement – ce qui marche vraiment
Principe fondamental : traiter la cause avant la lésion
Tout traitement local d’un cor ou d’une callosité sans correction de la cause mécanique est voué à la récidive. C’est le consensus de toutes les études publiées.
Traitements kératolytiques topiques
L’acide salicylique est le kératolytique de référence. Il agit en dissolvant les liaisons entre les kératinocytes, facilitant l’élimination de la couche cornée hyperkératosique. Disponible sous forme de pansements adhésifs (40 %), de solutions (12,6 à 17 %) ou de crèmes (5 à 10 %).
Un essai contrôlé randomisé de référence (202 patients, suivi 12 mois) a comparé les pansements à l’acide salicylique 40 % vs le curetage au scalpel par un podologue : à 3 mois, 34 % de résolution complète dans le groupe acide salicylique vs 21 % dans le groupe scalpel (p = 0,044). Le temps de récidive était également prolongé dans le groupe acide salicylique, avec une meilleure efficacité coût – Farndon et al., J Foot Ankle Res 2013 (PMID 24063387).
Un essai espagnol randomisé (EMEDESCA, 62 patients) confirme une réduction significative de la douleur immédiatement après le curetage au scalpel, mais des résultats comparables à 6 semaines – Gijón-Noguerón et al., J Foot Ankle Res 2017 (PMID 28012190).
| Traitement | Mécanisme | Indication | À savoir |
|---|---|---|---|
| Acide salicylique 40 % (pansement) | Kératolytique – dissout les ponts entre kératinocytes | Cors et callosités modérés à épais | Laisser en place 24-48h. Jamais chez le diabétique à cette concentration. |
| Acide salicylique 12-17 % (solution/crème) | Kératolytique progressif | Entretien, callosités légères | Application quotidienne sur zone sèche, protéger la peau saine environnante |
| Urée 20-40 % (crème) | Kératolytique, hydratant – ramollit et élimine la couche cornée | Callosités diffuses, pieds très secs | Excellente tolérance, utilisable chez le diabétique à faible concentration |
| Curetage au scalpel (podologue) | Résection mécanique du noyau kératinique | Cors durs, durillons douloureux | Soulagement immédiat de la douleur. Récidive sans correction posturale. |
| Orthèses interdigitales (silicone) | Redistribution des pressions et protection mécanique | Cors mous (œil-de-perdrix), cors durs interdigitaux | Efficacité préventive et curative sur les cors de frottement interorteil |
| Semelles orthopédiques | Correction de la répartition des pressions plantaires | Tout cor ou callosité d’origine posturale | Traitement de la cause – essentiel pour éviter les récidives |
7. Ce qu’on peut faire soi-même – et ce qu’on ne doit pas faire
En cas de cor bénin ou de callosité légère, en attendant le rendez-vous médical :
1. Supprimer la source de friction
- Changer de chaussures : porter des modèles souples, amples, sans talon haut (3-4 cm maximum), à bout arrondi
- Ne pas marcher pieds nus : la marche pieds nus sur surfaces dures favorise les callosités plantaires, mais aussi les verrues plantaires et les mycoses des pieds
- Protéger le cor avec un pansement protecteur ou un anneau de mousse podologique
2. Ramollir et décaper avec précaution
- Faire tremper le pied dans de l’eau tiède pendant 10 à 15 minutes pour ramollir la corne
- Frotter doucement avec une pierre ponce humide, sans forcer – l’objectif est d’éliminer les couches superficielles mortes, pas de creuser
8. Prévention des cors, durillons et callosités
- Porter des chaussures larges mais pas trop grandes, confortables et souples (toile ou cuir souple), éviter les talons hauts et les bouts pointus
- Éviter si possible les chaussures ne tenant pas le talon (sandales, tongs) qui accentuent les défauts à la marche
- Laver les pieds quotidiennement au savon et bien sécher entre les orteils – l’humidité résiduelle favorise la macération, les mycoses des pieds et les surinfections
- Hydrater la peau des pieds avec une crème kératolytique douce (urée 10-15 %) après la toilette, particulièrement en hiver
- Décaper légèrement et avec prudence les callosités naissantes à la pierre ponce après ramollissement, mais consulter dès la récidive
- En cas de défaut postural ou d’anomalie à la marche : bilan chez un pédicure-podologue et réalisation de semelles orthopédiques
Pour aller plus loin
⚠️ Quand consulter sans attendre ?
- Lésions qui s’étendent rapidement ou changent d’aspect
- Douleur intense, fièvre ou signes d’infection cutanée
- Impact sévère sur la qualité de vie ou le sommeil
- Échec des traitements depuis plus de 4 semaines
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Questions fréquentes
J’ai de la corne sous les pieds mais j’ai peur de la gratter et d’en avoir de plus en plus.
Vous avez tout à fait raison d’être prudent. Si vous avez des callosités sous les pieds, elles sont réactionnelles à des frottements répétés liés à la façon dont vous marchez, à la forme de vos pieds et au type de chaussures que vous portez. Les décaper sans corriger ces facteurs ne changera rien – les frottements continueront à produire de nouvelles callosités. Consultez un médecin qui évaluera la nécessité d’un bilan podologique, et éventuellement d’une réalisation de semelles orthopédiques. Celles-ci sont souvent très fines et s’adaptent à la plupart des chaussures du quotidien.
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Comment savoir si j’ai un cor ou une verrue plantaire ?
La distinction n’est pas toujours facile à l’œil nu. Le cor est douloureux à la pression perpendiculaire (compression sur l’os), conserve les lignes cutanées en surface et est soulagé par le décapage. La verrue est douloureuse à la pression latérale (pincement), détruit les dermatoglyphes et présente des petits points noirs (capillaires thrombosés) visibles au dermoscope. En cas de doute – et le doute est fréquent – seul un médecin peut trancher, avec la dermoscopie si nécessaire. Un cor traité comme une verrue (ou l’inverse) ne guérira pas et sera inutilement douloureux.
Quel est le traitement le plus efficace pour un cor récidivant ?
Selon les essais randomisés disponibles, les pansements à l’acide salicylique 40 % obtiennent des taux de résolution complète à 3 mois supérieurs au curetage seul (34 % vs 21 %), avec un délai de récidive prolongé. Mais l’efficacité à long terme de tout traitement local dépend de la correction de la cause mécanique sous-jacente. Un cor qui revient toujours au même endroit après traitement local indique systématiquement un défaut postural ou une anomalie du pied nécessitant un bilan podologique et éventuellement des semelles orthopédiques.
Peut-on utiliser de l’acide salicylique pour un cor si on est diabétique ?
Non – c’est formellement contre-indiqué sans avis médical. Les concentrations élevées d’acide salicylique (40 %) peuvent provoquer une macération sévère et des ulcérations cutanées chez le patient diabétique, surtout en cas de neuropathie périphérique associée. Tout cor, durillon ou callosité chez un diabétique doit être pris en charge exclusivement par un professionnel de santé – pédicure-podologue ou médecin – car les complications infectieuses peuvent être graves et engager le pronostic du membre.
Peut-on confondre un cor au pied avec un mélanome ?
Le mélanome achromique (sans couleur apparente) plantaire est rare mais grave – il peut parfois ressembler cliniquement à un durillon ou une callosité. Quelques signaux d’alerte justifient une consultation en urgence : lésion qui saigne spontanément, qui change rapidement d’aspect, qui est irrégulière en relief ou en couleur, ou qui résiste à tout traitement local habituellement efficace. La dermoscopie et la biopsie font le diagnostic. Il vaut toujours mieux montrer une lésion plantaire atypique à un dermatologue – un mélanome diagnostiqué tôt est guérissable.
Voir aussi :
Verrue plantaire –
Crevasses des talons –
Mycose des pieds –
Pied diabétique –
Traitement des verrues –
Dermoscopie –
Mélanome –
À propos du Dr Rousseau
Verrue plantaire ou cor au pied?
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un dermatologue peut il traiter un durillon merci
Il va surtout le diagnostiquer (pour éliminer une verrue notamment). Il peut le décaper mais il passe généralement ensuite la main au podologue pour limiter les facteurs favorisants de récidive
Bonjour. Le medecin me parle d’un cor cicatriciel tout pres de lhallus valgus. Que faire? Qui aller voir? Merci
Un dermatologue devrait pouvoir vous aider, en attendant lavez le bien une fois par jour à l’eau et au savon et appliquez un pansement la journée