Eczema ou mycose cutanée? Faire la différence



Mis à jour le 9 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : Eczéma et mycose de la peau provoquent tous deux des plaques rouges qui démangent – et ils sont confondus dans plus de 30 % des cas en médecine générale. Pourtant, leur mécanisme est radicalement différent : l’un est une inflammation d’origine immunologique, l’autre une infection fongique contagieuse. Appliquer de la cortisone sur une mycose non diagnostiquée aggrave l’infection et masque le tableau clinique – c’est le piège du tinea incognito. Cinq critères simples permettent de les distinguer sans examens complémentaires dans la majorité des cas.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Pourquoi confond-on si souvent eczéma et mycose ?

La confusion est compréhensible, et elle arrive à tout le monde – patients comme médecins. Les deux affections partagent un tableau d’entrée très similaire : une plaque rouge, squameuse, qui démange, qui peut se localiser sur n’importe quelle zone du corps, et qui récidive volontiers. Aucun signe pathognomonique absolu ne permet à l’œil nu, dans tous les cas, de trancher avec certitude.

Ce qui aggrave la confusion, c’est la variabilité des deux pathologies. Un eczéma annulaire – en plaques rondes comme des pièces de monnaie – ressemble presque trait pour trait à une dermatophytose (champignon de la peau en forme de cercle). À l’inverse, une mycose ancienne, ou une mycose traitée partiellement avec une crème corticoïde, peut perdre sa morphologie annulaire caractéristique et devenir indiscernable d’un eczéma irritatif ou allergique.

À savoir : Une étude clinique sur le tinea incognito a montré que dans une cohorte de 90 patients atteints de mycose modifiée par les corticoïdes, 67 % avaient reçu le diagnostic initial d’eczéma, 18 % d’intertrigo et 15 % de psoriasis. La mycose était passée totalement inaperçue dans les trois quarts des cas.

Le problème est loin d’être anodin. Traiter une mycose avec un dermocorticoïde, c’est nourrir l’infection : les corticoïdes suppriment la réponse immunitaire locale, permettant au champignon de s’étendre sans résistance. La plaque s’agrandit, perd son bord actif caractéristique, et le tableau devient celui d’un tinea incognito – une mycose déguisée, souvent pendant des semaines ou des mois, au prix d’un traitement plus long et plus complexe.

Les 5 critères cliniques pour distinguer eczéma et mycose

Cinq éléments d’examen permettent dans la grande majorité des cas de s’orienter dans le bon sens, sans prélèvement ni analyse. Ils ne se substituent pas à l’avis médical, mais ils donnent des repères concrets pour guider la décision de consulter et orienter le médecin.

Critère Eczéma Mycose (dermatophytose)
Forme de la plaque Contours flous, irréguliers, parfois confluents Bord net, annulaire ou en arc, centre plus pâle
Progression Stable ou fluctuante selon les poussées Extension centrifuge progressive (la plaque grandit)
Vésicules Petites vésicules prurigineuses, souvent en nappe Squames sèches sur le bord actif, rarement vésiculaire
Peau environnante Sèche, rugueuse, souvent lichénifiée à terme Peau saine autour de la lésion
Réponse à la cortisone Amélioration nette en 3–5 jours Soulagement temporaire, puis aggravation ou extension
Contagiosité Non contagieux Contagieux (contact, linge, animaux)
Contexte favorisant Terrain atopique, allergènes, stress, irritants Transpiration, macération, piscine, contact animal

L’eczéma annulaire : la forme qui piège le plus souvent

Parmi les différentes formes d’eczéma, la forme annulaire – appelée aussi eczéma discoïde – est celle qui ressemble le plus à une mycose cutanée. Elle se présente sous forme de plaques rondes ou ovales, bien délimitées, de 1 à 10 cm de diamètre, souvent localisées sur les membres. La confusion avec un champignon de la peau de type tinea corporis (herpès circiné, ou roue de sainte-Catherine) est quasi systématique à l’examen clinique rapide.

Pourtant, quelques détails permettent de les distinguer. L’eczéma nummulaire est uniformément squameux sur toute la surface de la plaque, souvent associé à une peau globalement sèche sur l’ensemble du corps. La mycose, elle, présente un bord périphérique plus actif – plus rouge, plus squameux, plus prurigineux – tandis que le centre de la lésion tend à s’éclaircir au fil des semaines, signe de cicatrisation centripète.

Attention : L’eczéma annulaire est fréquemment associé à une allergie de contact. Si les plaques récidivent malgré un traitement bien conduit, des patch-tests sont recommandés pour identifier un allergène de contact (nickel, parfums, conservateurs). Cette démarche change complètement la stratégie thérapeutique.

Le tinea incognito : quand la cortisone fait disparaître les indices

Le tinea incognito est l’une des erreurs diagnostiques les plus fréquentes en dermatologie. Le scénario est toujours le même : une plaque rouge suspecte apparaît, le patient – ou son médecin – l’identifie comme un eczéma et applique une crème corticoïde. Dans un premier temps, les démangeaisons diminuent et la plaque semble s’améliorer. Mais quelques jours plus tard, la lésion s’étend, déborde, perd sa forme initiale, et résiste aux traitements habituels.

Ce phénomène a une explication simple : les corticoïdes topiques suppriment la réaction inflammatoire locale qui constitue précisément la défense naturelle contre le champignon. Le dermatophyte, libéré de cette pression immunitaire, se développe librement. La plaque peut alors atteindre des dimensions inhabituelles, toucher plusieurs zones, et simuler des tableaux évocateurs de lupus, de psoriasis ou de granulome annulaire.

Conseil pratique : Si une plaque s’améliore au début avec la cortisone puis reprend de plus belle à l’arrêt, ou si elle continue à s’étendre malgré le traitement, il faut systématiquement évoquer une mycose sous-jacente. Ce signal doit conduire à une consultation dermatologique – et surtout à stopper immédiatement le corticoïde avant que la situation ne se complique davantage.

Mycose et eczéma : quand les deux se superposent

Les deux pathologies ne s’excluent pas mutuellement – bien au contraire. Chez certains patients, notamment ceux qui souffrent d’eczéma atopique, une mycose peut venir aggraver ou entretenir les poussées. Le mécanisme est double.

D’une part, la barrière cutanée altérée de l’eczémateux favorise la colonisation fongique. D’autre part, certains champignons – notamment Malassezia, levure naturellement présente sur la peau – peuvent sensibiliser le système immunitaire et déclencher des réactions inflammatoires qui ressemblent à de l’eczéma atopique, en particulier sur le visage, le cou et le haut du tronc voire une allergie à Malassezia  donnant un véritable eczema de la tête et du cou (Head and Neck Dermatitis).

La relation entre mycose des pieds et dysidrose est encore plus directe. Une tinea pedis – mycose interdigitale des orteils – peut provoquer une réaction immunologique à distance appelée réaction « id » : des vésicules prurigineuses apparaissent sur les bords des doigts ou des orteils, constituant un tableau de dysidrose. Dans ce cas, traiter uniquement l’eczéma avec des dermocorticoïdes ne résout rien : c’est la mycose des pieds qu’il faut éradiquer en premier.

Les localisations qui orientent le diagnostic

La localisation de la lésion est un élément d’orientation très précieux. Certaines zones du corps sont clairement plus à risque de mycose, d’autres sont plutôt le terrain de l’eczéma.

Zone Plutôt eczéma Plutôt mycose
Plis (aines, aisselles, sous-mammaires) Eczéma allergique de contact (déodorant, tissu) Candidose ou dermatophyte (rougeur de l’aine)
Pieds / orteils Dysidrose, eczéma allergique de contact (chaussure) Tinea pedis (pied d’athlète) +++
Tronc Eczéma annulaire, eczéma atopique Pityriasis versicolor, tinea corporis (mycose de la peau glabre)
Visage Dermatite atopique, eczéma séborrhéique Tinea faciei (souvent tinea incognito)
Creux du coude / creux poplité Eczéma atopique +++ Rare (sauf si immunodépression)
Ongles Psoriasis unguéal, eczéma unguéal Onychomycose (épaississement, jaunissement)

Comment confirmer le diagnostic ? Le rôle du prélèvement mycologique

Quand le doute clinique persiste – et il persiste souvent – le prélèvement mycologique reste l’examen de référence. En consultation, ou au laboratoire, on gratte le bord actif de la plaque à l’aide d’un vaccinostyle ou du bord d’une lame, recueille quelques squames, et les examine directement au microscope après éclaircissement à l’hydroxyde de potassium (KOH). En moins de cinq minutes, la présence ou l’absence de filaments fongiques est visible.

La culture mycologique, plus sensible, permet d’identifier précisément l’espèce en cause, mais nécessite 3 à 4 semaines d’incubation. Elle est indispensable avant de prescrire un traitement antifongique systémique prolongé, et utile en cas de récidive ou de résistance aux antifongiques habituels.

À savoir : Si un traitement antifongique local bien conduit (2 applications par jour pendant 3 semaines complètes) ne donne aucun résultat, le diagnostic de mycose doit être remis en question. Un eczéma annulaire traité à tort comme une mycose pendant plusieurs semaines aggrave la sécheresse cutanée et peut conduire à une lichénification des plaques, rendant le traitement ultérieur plus difficile.

Traitements : les différences fondamentales

L’enjeu diagnostique est avant tout thérapeutique : les traitements sont non seulement différents, mais potentiellement délétères si on les applique à la mauvaise affection. Un antifongique appliqué sur un eczéma n’a aucun effet. Un dermocorticoïde appliqué sur une mycose l’aggrave.

Pour l’eczéma, le traitement de référence en poussée est le dermocorticoïde topique, associé à une émollience quotidienne intensive. En cas d’eczéma de contact, l’identification et l’éviction de l’allergène sont indispensables. Les formes modérées à sévères peuvent bénéficier de traitements systémiques (ciclosporine, dupilumab, inhibiteurs de JAK) selon les recommandations 2025 de la Société française de dermatologie.

Pour la mycose cutanée, les antifongiques locaux (éconazoleterbinafine, ciclopirox) constituent le traitement de première intention pendant 3 semaines minimum. Les formes étendues, résistantes ou avec atteinte des ongles et des cheveux nécessitent un antifongique par voie orale (terbinafine, fluconazole, itraconazole), avec surveillance hépatique préalable pour les traitements prolongés.

Conseil : En cas de mycose des plis ou des pieds, l’antifongique seul ne suffit pas. La lutte contre les facteurs favorisants est indissociable du traitement : séchage soigneux des espaces interdigitaux après la toilette, chaussettes en coton, chaussures aérées, éviction des sols de piscine pieds nus. Sans ces mesures, la récidive est quasi inévitable dans les mois suivants.

Consultez en urgence si :

  • La plaque s’étend rapidement sur plusieurs zones du corps en quelques jours
  • Des signes infectieux apparaissent : fièvre, douleur, pus, croûtes jaunâtres
  • La lésion touche le visage, surtout le pourtour des yeux ou du nez
  • Vous êtes sous traitement immunosuppresseur, corticothérapie prolongée, ou diabétique : une mycose peut devenir sévère rapidement
  • Un eczéma préalablement connu se modifie brutalement : vésicules ombiliquées, érosions confluentes (risque d’eczéma herpéticum)
  • Tout traitement bien conduit depuis plus de 3 semaines reste sans effet


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Questions fréquentes sur l’eczéma et la mycose

Comment savoir si c’est une mycose ou un eczéma ?

La mycose forme typiquement une plaque annulaire à bord actif et centre plus clair, qui s’étend progressivement. L’eczéma donne des plaques diffuses, symétriques, avec de petites vésicules et une peau sèche autour. Si la plaque s’aggrave avec une crème à la cortisone, pensez à une mycose ignorée. Un dermatologue peut confirmer le diagnostic par un prélèvement mycologique en quelques minutes.

Peut-on avoir une mycose et un eczéma en même temps ?

Oui, cette association est fréquente, notamment au niveau des pieds. Une mycose des pieds peut déclencher une réaction eczémateuse à distance – la dysidrose – sous forme de vésicules prurigineuses sur les paumes ou les plantes. Traiter la mycose suffit alors à faire disparaître l’eczéma secondaire. Le dermatologue recherche systématiquement cette association quand un eczéma des pieds résiste aux traitements habituels.

La cortisone aggrave-t-elle une mycose ?

Oui, appliquer une crème corticoïde sur une mycose non diagnostiquée aggrave l’infection fongique et efface les signes cliniques caractéristiques. On parle de tinea incognito : la plaque perd son bord actif, s’élargit et devient encore plus difficile à diagnostiquer. C’est l’un des pièges les plus fréquents en dermatologie de ville, identifié depuis 1968 comme source majeure d’errance diagnostique.

L’eczéma nummulaire ressemble-t-il à une mycose ?

Très souvent, oui. L’eczéma nummulaire – en pièces de monnaie – est la forme d’eczéma la plus souvent confondue avec un champignon de peau. Les deux donnent des plaques rondes, rouges et squameuses. La différence clé : la mycose a un bord plus actif et une tendance à s’agrandir progressivement en cercle, alors que l’eczéma nummulaire reste stable et s’accompagne d’une peau globalement sèche.

Comment traiter une mycose de peau sans ordonnance ?

Les antifongiques locaux disponibles sans ordonnance (éconazole, miconazole, clotrimazole) sont efficaces sur les formes limitées. Appliquer 2 fois par jour pendant 3 semaines minimum. Si aucune amélioration après 3 semaines de traitement bien conduit, consultez : le diagnostic est peut-être erroné, ou une forme résistante nécessite un antifongique oral prescrit par le médecin.

La mycose est-elle contagieuse contrairement à l’eczéma ?

Oui, c’est une différence fondamentale. Les dermatophytoses se transmettent par contact direct ou indirect – linge partagé, sols de piscine, animaux domestiques. L’eczéma, en revanche, n’est pas contagieux : c’est une maladie inflammatoire d’origine génétique et immunologique. Cette distinction oriente aussi l’entourage : pas besoin d’éviction sociale pour un eczéma, mesures d’hygiène renforcées pour une mycose afin d’éviter la contamination familiale.

Un prélèvement est-il nécessaire pour confirmer une mycose ?

Pas toujours, mais c’est le seul moyen de certitude. Le dermatologue gratte le bord actif de la plaque et examine les squames au microscope. L’examen direct donne un résultat immédiat. La culture, plus sensible, prend 3 à 4 semaines mais identifie l’espèce fongique précisément. Ce geste simple évite des semaines de traitement inadapté, notamment avant de prescrire des corticoïdes topiques.

L’eczéma au niveau des pieds peut-il être causé par une mycose ?

Oui, et c’est très fréquent. Une mycose des pieds – tinea pedis – peut provoquer une dysidrose par réaction immunologique à distance : vésicules prurigineuses sur les bords des orteils, la plante ou les paumes. Si l’eczéma des pieds résiste aux dermocorticoïdes, il faut systématiquement chercher une mycose associée des pieds et des ongles avant de modifier le traitement.

Quels sont les signaux d’alarme qui imposent de consulter rapidement ?

Consultez sans attendre si la plaque s’aggrave malgré un traitement bien conduit, si elle touche le visage, si elle est douloureuse ou surinfectée (croûtes jaunâtres, pus), ou si vous êtes sous traitement immunosuppresseur. Une plaque qui ne guérit pas après 3 semaines de traitement adapté doit toujours être montrée à un dermatologue – l’errance diagnostique prolongée complique inutilement la prise en charge.

Références scientifiques

  1. Leung AKC, Lam JM, Leong KF, Leung AAM, Wong AHC, Hon KL. Nummular Eczema: An Updated Review. Recent Pat Inflamm Allergy Drug Discov. 2020;14(2):146-155. PMID 32778043
  2. Lim SS, Shin K, Mun JH. Dermoscopy for cutaneous fungal infections: A brief review. Health Sci Rep. 2022 Jan 6;5(1):e464. PMID 35024456
  3. Nowowiejska J, Baran A, Flisiak I. Tinea Incognito: Challenges in Diagnosis and Management. J Clin Med. 2024 May;13(11):3267. PMID 38892976

Source : HAS – Dermatite atopique de l’enfant

Sur le même sujet – Articles du Dr Rousseau

Pour approfondir votre compréhension, retrouvez les guides complets sur l’eczéma : causes, types et traitements, sur la mycose cutanée et ses différentes formes, ainsi que le guide spécialisé sur la mycose des pieds (tinea pedis). Si vous avez des démangeaisons sans diagnostic clair, consultez la page plaques qui grattent : diagnostic par zone. Enfin, pour différencier l’eczéma d’une autre dermatose inflammatoire fréquente, lisez eczéma ou psoriasis : 5 différences clés.

Pityriasis versicolor : causes, symptômes et traitements antifongiques

Mis à jour le 6 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).-vénéréologue.

En bref : Le pityriasis versicolor est une mycose bénigne très fréquente, due à Malassezia, une levure naturellement présente sur la peau humaine. Elle provoque des taches blanches ou marron sur le tronc, les épaules et le dos, particulièrement visibles après le soleil. La maladie n’est pas contagieuse et répond bien aux antifongiques locaux. Elle récidive chez 60 à 80 % des patients sans prévention.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénéréologue

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Pityriasis versicolor - taches brunes et blanches sur le tronc

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Vidéo : pityriasis versicolor - causes, symptômes et traitement

Qu’est-ce que le pityriasis versicolor ?

Le pityriasis versicolor – appelé lota aux Antilles et loto en Afrique – est une infection fongique superficielle de la peau causée par Malassezia, un genre de levures lipophiles qui colonisent la peau humaine dès la naissance. Cette levure est une composante normale du microbiome cutané ; elle ne devient pathogène que lorsque des conditions locales favorisent son passage d’une forme levurique saprophyte à une forme filamenteuse invasive dans les couches superficielles de l’épiderme.

Il s’agit de l’une des mycoses cutanées les plus fréquentes au monde, avec une prévalence particulièrement élevée dans les régions tropicales et subtropicales. En France tempérée, elle touche surtout les jeunes adultes entre 18 et 40 ans, période de séborrhée maximale sous influence hormonale.

Caractéristique Données
Agent responsable Malassezia furfur, M. globosa, M. sympodialis
Tranche d’âge la plus touchée 18 – 40 ans (pic hormono-sébacé)
Contagiosité Aucune – maladie opportuniste
Zones préférentielles Dos, poitrine, épaules, cou
Taux de récidive 60 % à 1 an, 80 % à 2 ans
Traitement local de référence Kétoconazole 2 % lotion (Kétoderm® unidose)

Facteurs favorisants : pourquoi Malassezia devient-elle pathogène ?

La transformation de Malassezia d’hôte inoffensif en agent infectant est conditionnée par des facteurs locaux et généraux qui modifient l’équilibre du microbiome cutané.

Peau grasse et séborrhée

La levure est strictement lipophile : elle se nourrit des acides gras du sébum. Une hyperséborrhée – qu’elle soit hormonale, constitutionnelle ou induite par des cosmétiques gras (huile de coco, monoï, crèmes corps riches) – crée les conditions idéales à sa prolifération. C’est la raison pour laquelle la maladie prédomine à l’adolescence et chez le jeune adulte, et régresse souvent après 40 ans.

Transpiration et chaleur

Tout ce qui favorise la macération et l’humidité cutanée prolongée peut déclencher une poussée : port de textiles synthétiques ou occlusifs, activité sportive intense, sauna, hammam, voyages en zone tropicale, été chaud et humide. Le pityriasis versicolor est par excellence une maladie estivale dans les pays tempérés.

Corticothérapie et états d’hypercorticisme

Des formes diffuses et particulièrement étendues sont classiquement associées à un excès de cortisol, qu’il soit endogène (syndrome de Cushing, grossesse) ou iatrogène (corticothérapie orale prolongée). La cortisone favorise la séborrhée et modifie la réponse immunitaire cutanée, créant un terrain permissif pour Malassezia.

Facteur génétique : Des cas familiaux sans cohabitation commune ont été rapportés, suggérant l’existence d’une prédisposition génétique à la colonisation pathogène par Malassezia. Si plusieurs membres de votre famille font des pityriasis versicolor, un traitement préventif saisonnier est particulièrement justifié.

Pityriasis versicolor du cou - taches rosées

Symptômes : à quoi ressemblent les taches ?

Le pityriasis versicolor se présente sous deux aspects principaux qui peuvent coexister chez le même patient. Les lésions siègent préférentiellement dans les zones séborrhéiques : entre les seins, entre les omoplates, sur les épaules, le cou, le haut du dos et les bras.

Phase initiale : taches rosées ou marron clair

La lésion élémentaire est une tache arrondie, à bords nets, de quelques millimètres à 1 cm, de teinte variant du rose chamois au brun café-au-lait. Elle naît autour d’un follicule pilo-sébacé (le réservoir naturel de Malassezia) et s’étend de façon centrifuge. La confluence de nombreuses taches donne soit un aspect en « gouttes » éparpillées, soit de grandes nappes à contours polycycliques couvrant de larges zones du tronc.

Après exposition solaire : taches blanches caractéristiques

C’est souvent le signe qui pousse à consulter. Après quelques semaines d’évolution ou suite à une exposition solaire, les taches deviennent blanches : elles ne pigmentent pas parce que Malassezia produit de l’acide azélaïque, qui inhibe la tyrosinase et bloque la fabrication de mélanine. Sur une peau bronzée, ces taches blanches sont particulièrement visibles et souvent sources d’inquiétude.

Si l’on gratte délicatement la surface des lésions, elles se révèlent finement squameuses (on parle de « squames furfuracées », comme du son fin). C’est un signe clinique utile pour orienter le diagnostic.

Taches roses en gouttes du dos - pityriasis versicolor

Pityriasis versicolor en nappes polycycliques sur les épaules

Taches blanches du dos - pityriasis versicolor

Taches blanches de pityriasis versicolor après soleil

Taches blanches de pityriasis après exposition solaire

Plaques de pityriasis versicolor entre les seins

Diagnostic : comment confirmer un pityriasis versicolor ?

Dans la grande majorité des cas, le diagnostic est clinique : l’aspect des lésions, leur topographie, la notion d’exposition solaire récente et l’interrogatoire sur les facteurs favorisants suffisent à un dermatologue expérimenté. Deux examens complémentaires permettent de confirmer en cas de doute :

Lampe de Wood : sous lumière ultraviolette, les lésions de pityriasis versicolor émettent une fluorescence jaune-verdâtre caractéristique, permettant de délimiter précisément l’étendue des zones atteintes – très utile avant de prescrire un traitement sur une grande surface.

Scotch-test : on applique un ruban adhésif transparent sur la lésion pour recueillir des squames, puis on les examine directement au microscope. On observe des filaments mycéliens courts et ramifiés et des amas de levures ovalaires (Malassezia) – aspect classiquement comparé à des « spaghettis et boulettes ».

Diagnostics différentiels à ne pas confondre

Pathologie Différence clé
Vitiligo Dépigmentation complète, bords nets, pas de squames, pas de fluorescence Wood
Pityriasis alba Enfant, visage, taches peu définies, terrain atopique
Dermite séborrhéique Squames grasses jaunes, zones pileuses (cuir chevelu, sillons nasogéniens)
Pityriasis rosé de Gibert Évolution rapide en médaillon, tache mère initiale, prurit
Eczéma nummulaire Placards ronds très prurigineux, suintants, répondant aux dermocorticoïdes

📚 Pityriasis versicolor : revue narrative – diagnostic et prise en charge (PubMed 2023)

Traitement du pityriasis versicolor

Point important : les taches blanches persistent plusieurs semaines à plusieurs mois après guérison mycologique. La disparition des squames et la négativation du scotch-test confirment la guérison, pas la normalisation de la couleur. La recoloration prend du temps – ne pas retraiter trop tôt.

Mesures générales : contrôler les facteurs favorisants

Quelle que soit la forme clinique, la maîtrise des facteurs déclenchants est indispensable – sans elle, les récidives sont quasi certaines. Concrètement : porter uniquement des sous-vêtements et vêtements en coton au contact de la peau, éviter les cosmétiques corps gras (huiles, beurres, monoï), rincer la peau après une transpiration abondante, ne pas laisser un maillot de bain mouillé en contact prolongé.

Traitement local (formes peu étendues)

C’est le traitement de première intention, efficace dans la grande majorité des cas.

Kétoconazole 2 % lotion (Kétoderm® unidose) – protocole :
Appliquer sur la peau et le cuir chevelu préalablement mouillés, masser pour faire mousser, insister sur les zones atteintes. Laisser 10 minutes en contact puis rincer soigneusement. Ce traitement unique permet de traiter tout le corps et le cuir chevelu simultanément. Il peut être répété une seconde fois une semaine plus tard.

Le sulfure de sélénium (Selsun®), non remboursé par la Sécurité sociale, constitue une alternative efficace : appliquer sur tout le corps après une douche, laisser 15 minutes puis rincer abondamment. Renouveler 2 fois par semaine pendant 2 semaines. Une étude randomisée en double aveugle publiée en 2022 a confirmé que l’efficacité mycologique du sulfure de sélénium 1,8 % est comparable à celle du kétoconazole 2 % (94 % vs 86 %, différence non significative).

Traitement systémique (formes étendues ou récidivantes)

Environ 60 % des patients récidivent la première année après un traitement local, et jusqu’à 80 % à deux ans. Pour ces formes récurrentes ou très étendues, un traitement par voie orale est justifié :

Médicament Posologie Indication
Fluconazole 150 mg 1×/semaine × 4 semaines Résistance au traitement local
Itraconazole (Sporanox®) 200 mg/j × 5–7 jours Formes étendues ou récidivantes
Itraconazole préventif 400 mg 1 fois/mois × 6 mois Récidives très fréquentes
Kétoconazole (Nizoral®) 400 mg 1 fois/mois Prévention des rechutes (surveillance hépatique obligatoire)
Important : La terbinafine par voie orale est inefficace dans le pityriasis versicolor, contrairement aux dermatophyties. Si elle vous a été prescrite, reconsultez votre médecin – il est possible qu’une autre mycose coexiste. Le kétoconazole oral (Nizoral®) nécessite une surveillance hépatique régulière (bilan à J0, J15, puis toutes les 4 semaines).

Traitement local d’entretien (prévention des récidives)

Deux protocoles sont validés en pratique :

  • Une ou deux applications hebdomadaires de kétoconazole 2 % lotion pendant plusieurs mois.
  • Un traitement préventif systématique chaque année avant l’été (lotion kétoconazole, traitement unique renouvelé une fois).
Rappel : la terbinafine est inefficace dans le pityriasis versicolor – elle n’est pas excrétée dans la sueur et n’atteint donc pas la zone de vie de Malassezia. En cas de doute sur le diagnostic ou l’efficacité du traitement, consultez un dermatologue.

Repigmentation : pourquoi les taches restent-elles après guérison ?

C’est la question la plus fréquente en consultation. La guérison mycologique (disparition de Malassezia en forme pathogène) survient en quelques semaines, mais la repigmentation des taches blanches est un processus bien plus lent. Les mélanocytes inhibés doivent reconstituer leur production de mélanine et la transférer aux kératinocytes : ce processus prend 1 à 3 mois, parfois plus selon le phototype et l’intensité de l’exposition solaire.

La lumière solaire accélère la repigmentation. Un traitement réussi cliniquement et mycologiquement ne signifie donc pas que les taches ont disparu immédiatement : c’est une source fréquente de découragement et de demandes de retraitement injustifiées.

Pour les patients à taches blanches persistantes malgré une guérison confirmée, une consultation dermatologique permet d’éliminer un vitiligo associé, dont la prise en charge est très différente.

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Consultez un dermatologue si :

  • Les taches persistent après 4 semaines de traitement bien conduit
  • Les lésions s’étendent malgré le traitement (envisager une résistance antifongique)
  • Le diagnostic n’est pas certain et les taches sont très étendues ou atypiques
  • Vous présentez des formes récidivantes malgré la prévention (recherche d’un déficit immunitaire ou d’un hypercorticisme)
  • Vous êtes enceinte ou immunodéprimé avant tout traitement systémique

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Questions fréquentes sur le pityriasis versicolor

Le pityriasis versicolor est-il contagieux ?

Non. Malassezia est présente sur la peau de toute personne en bonne santé depuis la naissance. Ce n’est pas une maladie qui se transmet d’une personne à l’autre – les cas de co-infection dans un couple ou une famille sont très rares et relèvent de la même prédisposition individuelle aux facteurs favorisants, pas d’une contagion.

Pourquoi les taches de pityriasis ne bronzent-elles pas au soleil ?

Malassezia produit de l’acide azélaïque, qui inhibe la tyrosinase, enzyme indispensable à la fabrication de mélanine par les mélanocytes. Les zones infectées ne se pigmentent donc pas sous les UV, créant des taches blanches très visibles sur peau bronzée. Cette hypopigmentation persiste plusieurs semaines après la guérison mycologique, le temps que les mélanocytes reconstituent leur activité.

Quel est le meilleur traitement local du pityriasis versicolor ?

Le kétoconazole 2 % en lotion moussante (Kétoderm® unidose) est le traitement local de référence, avec avis favorable de la HAS au remboursement. Application unique sur tout le corps mouillé, contact de 10 minutes, rinçage. Peut être répété une semaine plus tard. Le sulfure de sélénium (Selsun®) est une alternative efficace mais non remboursée. Ces traitements locaux guérissent la majorité des cas peu étendus.

La terbinafine orale est-elle efficace contre le pityriasis versicolor ?

Non. La terbinafine par voie orale est inefficace dans le pityriasis versicolor car elle ne se diffuse pas dans la transpiration, qui est la voie par laquelle les antifongiques atteignent les couches superficielles de l’épiderme où réside Malassezia. Si votre traitement ne fonctionne pas, vérifiez qu’il ne s’agit pas d’une confusion de diagnostic.

Combien de temps les taches mettent-elles à disparaître après traitement ?

La mycose est éradiquée en quelques semaines, mais la repigmentation des taches blanches prend 1 à 3 mois. Les taches disparaissent plus vite sous exposition solaire modérée. Il ne faut pas retraiter sur la seule persistance des taches si le traitement a été bien conduit – attendre la repigmentation naturelle.

Comment prévenir les récidives de pityriasis versicolor ?

Éliminer les facteurs favorisants est la mesure la plus efficace : coton au contact de la peau, pas d’huiles corps grasses, douche après transpiration importante. Un traitement préventif annuel avant l’été (lotion kétoconazole, une application renouvelée à une semaine) est recommandé chez les patients à récidives fréquentes. 60 % des patients récidivent la première année sans prévention.

Le pityriasis versicolor peut-il toucher le visage ?

En Europe, l’atteinte faciale est rare chez l’adulte et presque exclusivement observée dans les pays tropicaux. Elle est plus fréquente chez l’enfant (front, joues). En France, des taches blanches ou marron sur le visage doivent d’abord faire évoquer un vitiligo, une dermite séborrhéique, un pityriasis alba ou un mélasma – un avis dermatologique est recommandé.

La lampe de Wood est-elle utile pour le diagnostic ?

Oui. Sous lumière ultraviolette (lampe de Wood), les lésions de pityriasis versicolor émettent une fluorescence jaune-verdâtre caractéristique, permettant d’en délimiter précisément l’étendue. C’est un examen indolore, réalisé en quelques secondes en cabinet. Le scotch-test avec examen direct au microscope confirme la présence de Malassezia sous forme filamenteuse.

Le pityriasis versicolor peut-il devenir chronique ?

Oui. Certains patients font des poussées répétées sur des années, surtout à chaque été ou retour de voyage tropical. Cette évolution chronique est favorisée par une hyperséborrhée constitutionnelle, une tendance à transpirer abondamment ou une corticothérapie au long cours. Un traitement d’entretien mensuel et la suppression des facteurs favorisants permettent généralement de contrôler la maladie.

Références scientifiques

  1. Łabędź N, Navarrete-Dechent C, Kubisiak-Rzepczyk H, Bowszyc-Dmochowska M, Pogorzelska-Antkowiak A, Pietkiewicz P. Pityriasis Versicolor – A Narrative Review on the Diagnosis and Management. Life (Basel). 2023 Oct 22;13(10):2097. PMID 37895478
  2. Lusiana, Surachmiati L, Saldi SRF, Lusianingtyas T, Bramono K. The Mycological Efficacy and Safety of Selenium Sulfide 1.8% versus Ketoconazole 2% Shampoo in Pityriasis Versicolor: A Double-Blind Randomized Controlled Trial. Dermatol Ther (Heidelb). 2022;12(4):991-1001. PMID 38021181
  3. Faergemann J, Gupta AK, Al Mofadi A, Abanami A, Shareaah AA, Marynissen G. Efficacy of itraconazole in the prophylactic treatment of pityriasis (tinea) versicolor. Arch Dermatol. 2002;138(1):69-73. PMID 11790167

Source : HAS – Kétoconazole : avis de remboursement dans le pityriasis versicolor (2026)