Cohérence cardiaque : guide complet — physiologie, méthode 365 et exercices pratiques pour la peau

Dermatologue fonctionnel et micronutrition

Respirer à 6 cycles par minute pendant 5 minutes — trois fois par jour. En apparence, rien de plus simple. En réalité, derrière cette instruction se cache l’un des leviers les mieux documentés de la médecine psychophysiologique moderne : la cohérence cardiaque. Pourquoi un dermatologue fait-il un article sur la cohérence cardiaque? Quel rapport avec la peau? Réponse : réduction mesurable du cortisol, amélioration de la variabilité cardiaque, baisse de la pression artérielle, renforcement immunitaire, régulation émotionnelle durable, et donc… impact sur la santé de la peau, dont l’origine embryologique est la même que le système nerveux — les données scientifiques s’accumulent depuis deux décennies. Ce guide, le plus complet en français, vous explique tout : les mécanismes, les preuves, la pratique, les erreurs à éviter et les exercices avancés.


1. Qu’est-ce que la cohérence cardiaque ? Définition précise

Le cœur ne bat pas comme un métronome. Entre deux battements, l’intervalle varie constamment — de quelques millisecondes à plusieurs dizaines de millisecondes. Cette fluctuation s’appelle la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC, ou HRV en anglais pour Heart Rate Variability). Elle est le reflet direct de l’équilibre entre le système nerveux sympathique (accélérateur) et le système nerveux parasympathique (frein), via le nerf vague.

Dans la vie ordinaire, cette variabilité est erratique, chaotique — des pics et des creux irréguliers qui traduisent les sollicitations permanentes de l’environnement sur notre système nerveux. La cohérence cardiaque est l’état dans lequel cette variabilité devient régulière et sinusoïdale : les intervalles entre les battements augmentent et diminuent de façon ordonnée, à un rythme stable, calqué sur la respiration.

Concrètement, cet état se produit lorsque la respiration est lente et régulière à environ 0,1 Hz — soit 6 cycles par minute. À cette fréquence précise, le cœur, les poumons et le système nerveux entrent en résonance cardiovasculaire, un phénomène physique de couplage qui maximise l’amplitude de la VFC et l’efficacité de la régulation autonome.

Cohérence cardiaque ≠ relaxation
La cohérence cardiaque n’est pas simplement une technique de relaxation. C’est un état physiologique mesurable et précis, défini par un pic de puissance à 0,1 Hz dans l’analyse spectrale de la VFC. Elle peut être obtenue sans détente musculaire particulière — par exemple pendant une marche lente ou en pleine activité professionnelle.

Le terme a été popularisé en France par le Dr David Servan-Schreiber dans son ouvrage Guérir (2003), puis formalisé par le Dr David O’Hare avec la méthode 365. Il trouve ses racines dans les travaux de l’Institut HeartMath (Californie) fondé en 1991, et dans les recherches de Luciano Bernardi sur la respiration lente.

2. Physiologie : nerf vague, VFC et arrhythmie sinusale respiratoire

Le système nerveux autonome et ses deux branches

Le système nerveux autonome (SNA) régule toutes les fonctions viscérales sans intervention consciente : rythme cardiaque, pression artérielle, digestion, respiration, réponse immunitaire. Il se divise en deux branches antagonistes et complémentaires :

Système sympathique Système parasympathique
Mode « action » — réponse au stress Mode « repos et récupération »
Accélère le cœur, dilate les bronches Ralentit le cœur via le nerf vague
Libère cortisol et adrénaline Favorise la digestion, la régénération
Réduit la VFC Augmente la VFC
Activé par le stress, la peur, la douleur Activé par la respiration lente, le calme

Le nerf vague : le fil conducteur de la cohérence

Le nerf vague (10e nerf crânien) est la voie principale du système parasympathique. Il relie le tronc cérébral au cœur, aux poumons, à l’intestin et à de nombreux organes viscéraux. Il est bidirectionnel : 80 % de ses fibres sont afférentes (du corps vers le cerveau), ce qui en fait le principal « informateur » du cerveau sur l’état interne de l’organisme.

Le tonus vagal — l’activité de base du nerf vague — est le principal déterminant de la VFC. Un tonus vagal élevé est associé à une meilleure santé cardiovasculaire, une résistance accrue au stress, une meilleure régulation émotionnelle et une réponse immunitaire plus adaptée. La cohérence cardiaque est précisément un entraînement du tonus vagal.

L’arrhythmie sinusale respiratoire (ASR)

À chaque inspiration, le diaphragme descend et crée une légère pression thoracique négative qui tire mécaniquement sur les oreillettes cardiaques. Cette traction inhibe transitoirement le nerf vague, ce qui accélère légèrement le cœur. À l’expiration, l’effet inverse se produit : le nerf vague reprend le dessus et ralentit le cœur. Ce phénomène s’appelle l’arrhythmie sinusale respiratoire (ASR).

L’ASR est une oscillation normale, physiologique, de la fréquence cardiaque synchronisée avec la respiration. Plus l’amplitude de cette oscillation est grande, plus le tonus vagal est élevé — et plus la capacité de régulation du système nerveux est optimale. La cohérence cardiaque maximise l’ASR en synchronisant la respiration exactement avec la fréquence de résonance du système cardio-respiratoire.

Le baroréflexe et la résonance à 0,1 Hz

Le baroréflexe est un mécanisme réflexe de régulation de la pression artérielle : des barorécepteurs dans l’aorte et les carotides détectent les variations de pression et envoient des signaux au cerveau pour ajuster le rythme cardiaque. Ce boucle de rétroaction a une fréquence naturelle propre d’environ 0,1 Hz.

Quand la respiration se synchronise sur cette même fréquence (6 cycles/min), le système entre en résonance : les oscillations de la pression artérielle, du rythme cardiaque et de la respiration s’amplifient mutuellement. L’amplitude de la VFC atteint son maximum. C’est la raison précise pour laquelle 6 respirations/minute n’est pas une convention arbitraire — c’est une fréquence physiologique de résonance déterminée par la biologie individuelle (légèrement variable selon les personnes : entre 4,5 et 7 cycles/min).


3. Effets documentés par la recherche : cortisol, DHEA, tension, immunité, effet sur la peau

La cohérence cardiaque est l’une des rares techniques psychophysiologiques dont les effets biologiques sont mesurables objectivement. Voici ce que la recherche a établi avec un niveau de preuve suffisant :

Effet Magnitude observée Délai d’apparition Niveau de preuve
Réduction du cortisol salivaire −23 % en moyenne après 4 semaines Dès 1 semaine de pratique régulière Modéré à fort
Augmentation du DHEA +100 % en 30 jours (HeartMath, 1998) 3 à 4 semaines Modéré (1 étude de référence)
Baisse de la pression artérielle systolique −6 à −10,6 mmHg en 6 semaines 3 à 6 semaines Fort (plusieurs essais)
Augmentation de la VFC (RMSSD, SDNN) Significative après quelques jours Immédiat pendant la session ; cumulatif Fort
Réduction de l’anxiété et du stress perçu Amélioration significative sur échelles validées 1 à 2 semaines Fort (méta-analyses)
Amélioration de la qualité du sommeil Endormissement plus rapide, activité vagale nocturne accrue 1 à 2 semaines Modéré
Augmentation des IgA salivaires Marqueur immunitaire amélioré 3 à 4 semaines Modéré
Amélioration cognition (mémoire, attention) Corrélée à l’augmentation des ondes alpha Variable Préliminaire à modéré
Oxytocine (hormone du lien social) Augmentation rapportée Aigu (pendant la session) Préliminaire

Sur la durée des effets
Une session de 5 minutes de cohérence cardiaque produit des effets physiologiques qui persistent 4 à 6 heures. Pratiquer 3 fois par jour — matin, midi et soir — permet donc de couvrir l’ensemble des heures d’éveil. Les effets cumulatifs (remodelage du tonus vagal basal, diminution durable du cortisol) s’observent après 3 à 4 semaines de pratique régulière.

Effets sur la santé mentale

Une méta-analyse sur le biofeedback de VFC (dont la cohérence cardiaque est la principale modalité) a montré des améliorations significatives sur la pression artérielle systolique (SMD = −0,45), sur les mesures RMSSD et SDNN. Les effets sur l’anxiété généralisée, le burn-out et le stress post-traumatique sont documentés dans des études contrôlées. L’Inserm répertorie près de 2 000 essais cliniques portant sur la VFC dans diverses pathologies enregistrés sur ClinicalTrials.gov.

Effets sur la peau

Voici un extrait de mon livre « La peau de l’intérieur » qui se focalise sur les méthodes naturelles pour soigner la peau :

« Le stress et le manque de sommeil aggravent ou déclenchent virtuellement toutes les maladies de peau — acné, eczéma, psoriasis, rosacée, chute de cheveux, vieillissement accéléré … Ce n’est pas de la psychosomatique au sens vague du terme — c’est de la neuro-immuno-dermatologie avec des mécanismes biologiques précis et des études cliniques solides.

Ce que dit la médecine

L’axe neuro-immun-cutané : la biologie du stress sur la peau

La peau n’est pas qu’un organe passif — elle est un organe neuro-immun actif. Elle est innervée par des fibres C et Aδ qui libèrent des neuropeptides (substance P, CGRP, VIP) directement dans le derme. Ces neuropeptides activent les mastocytes, les kératinocytes et les cellules dendritiques — déclenchant une cascade inflammatoire locale. C’est le mécanisme central de la neuro-dermatologie : le cerveau parle à la peau via le système nerveux périphérique, pas seulement via les hormones.

Le cortisol : ennemi silencieux de la peau

Le stress chronique active l’axe HPA (hypothalamo-hypophyso-surrénalien) et maintient le cortisol élevé en permanence. Mais la peau aussi peut produire du cortisol à partir du cholestérol, notamment sous l’effet du stress ou des UV, elle se comporte comme un organe neuro-endocrine périphérique autonome. Cette augmentation du cortisol chronique inhibe la synthèse de collagène, active les métalloprotéinases qui le dégradent, diminue la synthèse de céramides (composants de la barrière cutanée), augmente la perméabilité intestinale, supprime l’immunité anti-infectieuse tout en amplifiant l’immunité pro-inflammatoire. La peau est à la fois moins protégée et plus inflammatoire.

Axe cerveau-peau

L’axe HPA → cortisol → inflammation cutanée : le stress déclenche de l’acné, des poussées d’eczéma et de psoriasis via des voies neuro-immunes documentées.

La substance P libérée par les fibres nerveuses cutanées lors du stress active directement les mastocytes dermiques — provoquant rougeurs, prurit et inflammation dans les 30 minutes.

Les études de psycho-dermatologie montrent que 30 à 40% des patients dermatologiques ont un trouble anxieux ou dépressif associé — qui aggrave et pérennise la maladie de peau.

L’axe cerveau-intestin-peau est une boucle : le stress perturbe le microbiote intestinal (via le nerf vague), qui aggrave la perméabilité intestinale, qui amplifie l’inflammation cutanée. Trois cibles en une. […]

La règle naturelle

Cohérence cardiaque — 3-6-5 : 3 fois par jour (matin, midi, soir), pendant 5 minutes, pratiquer 6 respirations par minute ( = une inspiration de 4 à 5 secondes et une expiration de 5 à 6 secondes, sans apnée entre les 2). Cette méthode dite 365 doit idéalement être réalisée 365 jours par an, elle réduit le cortisol de 15 à 20% en quelques semaines. Applications gratuites sur votre smartphone si besoin.

La respiration « d’urgence » : abdominale — 4-7-8 : inspirez par le nez 4 secondes, retenez 7 secondes, expirez lentement par la bouche 8 secondes. Répétez 4 fois. Active le système nerveux parasympathique et réduit le cortisol en quelques minutes. Particulièrement utile lors des crises de prurit intense.

Technique STOP-RESPIRE-POSE : en cas de poussée de prurit, poser les mains à plat, 3 respirations profondes avant de céder à la tentation de se gratter — interrompt le cycle neuro-immun en 60 secondes.

La méditation de pleine conscience : 10 à 20 minutes par jour réduisent significativement les marqueurs biologiques du stress. Des études spécifiques sur l’eczéma montrent une réduction de 30 à 40% de la sévérité des poussées chez les patients pratiquant régulièrement. Applications gratuites sur votre smartphone si besoin.

Les 3 règles d’or du chapitre

Le stress cutané se manifeste avec 4 à 8 jours (parfois semaines!) de décalage — apprenez à lire votre peau comme un journal de bord.

Cohérence cardiaque 3×5 min/jour = le geste anti-inflammatoire neuro-immun le plus puissant et le moins cher.

7 à 9 heures de sommeil sur horaires réguliers = traitement anti-âge et anti-inflammatoire prouvé — et la fenêtre de nuit optimise vos actifs de soin. »

Si vous voulez en savoir plus sur les techniques de soins de la peau de l’intérieur, lisez mon livre « La peau de l’intérieur » qui se focalise sur les méthodes naturelles pour soigner la peau

4. La fréquence de résonance : pourquoi exactement 6 respirations par minute ?

La fréquence de 6 cycles/minute (soit un cycle complet inspiration+expiration toutes les 10 secondes) n’est pas un chiffre arbitraire. Elle correspond à la fréquence de résonance cardiovasculaire de la majorité des adultes — c’est-à-dire la fréquence respiratoire à laquelle le couplage entre le baroréflexe, la VFC et la respiration produit la plus grande amplitude oscillatoire.

Cette fréquence varie légèrement d’un individu à l’autre (entre 4,5 et 7 cycles/min selon la taille, l’âge et la condition physique). Les personnes de grande taille ont souvent une fréquence de résonance légèrement plus basse ; les enfants ont une fréquence plus élevée. Pour la grande majorité des adultes, 6 cycles/min est une excellente approximation.

Comparatif des rythmes respiratoires populaires

Technique Rythme Cycles/min Activation vagale Usage idéal
Cohérence cardiaque 5-5 5 s IN / 5 s EX 6 Forte Usage universel, débutants
Cohérence cardiaque 4-6 4 s IN / 6 s EX 6 Maximale (étude Marchant 2025) Anxiété, stress aigu
Respiration carrée (4-4-4-4) 4 s IN / 4 s retenue / 4 s EX / 4 s retenue ~3,75 Modérée Concentration, préparation mentale
Respiration 4-7-8 4 s IN / 7 s retenue / 8 s EX ~3,2 Modérée Endormissement
Respiration diaphragmatique simple Variable, ~4 s IN / 6 s EX Variable Modérée à forte Détente générale

Une étude universitaire récente (Marchant, 2025) a comparé ces différentes techniques et confirmé que le rythme 4-6 (inspiration 4 secondes, expiration 6 secondes) produit la plus forte activation vagale mesurée en HRV, légèrement supérieure au classique 5-5. L’expiration allongée stimule davantage le nerf vague car c’est principalement à l’expiration que le tonus parasympathique est renforcé.


5. La méthode 365 : principe, timing et pourquoi ça marche

La méthode 365, formalisée par le Dr David O’Hare, est l’approche la plus connue et la plus pratiquée en France. Son nom résume la prescription :

3 fois par jour  ·  6 respirations par minute  ·  5 minutes par session =

365 jours par an!

Les 3 moments clés de la journée

Le timing des sessions n’est pas anodin. O’Hare recommande :

  • Le matin au réveil (ou avant le petit-déjeuner) : pour réguler le pic de cortisol matinal — naturellement le plus élevé de la journée — et installer un état de calme avant de commencer les activités.
  • Avant le déjeuner : pour réduire la réponse au stress de la matinée et améliorer la qualité de la digestion (l’état parasympathique favorise la motilité intestinale).
  • En fin d’après-midi (vers 17-18 h) : pour amorcer la descente physiologique vers le soir, améliorer la transition veille-sommeil et réduire les ruminations nocturnes.

Pourquoi 5 minutes suffisent ?

Cinq minutes à 6 cycles/min représentent 30 cycles respiratoires complets. Des études ont montré qu’après 3 à 5 minutes à la fréquence de résonance, le système nerveux autonome bascule vers une prédominance parasympathique mesurable. L’effet sur la VFC est maximal dans les premières minutes et se maintient sur une durée de 4 à 6 heures post-session. Des sessions de 15 à 20 minutes prolongent cet effet et induisent un ralentissement spontané de la respiration au repos — signe d’une activation vagale durable.

6. Exercice de base pas à pas : 5 minutes de cohérence cardiaque

Préparation (1 minute)

  • Position : assis, dos droit (pas appuyé sur le dossier), pieds à plat sur le sol, jambes décroisées. Ne pas s’allonger pour les sessions diurnes — la position allongée réduit légèrement l’amplitude de la VFC.
  • Mains : posées sur les cuisses, paumes ouvertes vers le haut ou vers le bas selon votre préférence.
  • Yeux : fermés ou regard doux vers le bas à 45°.
  • Corps : relâchez délibérément les épaules, la mâchoire, les mains. Prenez deux respirations libres pour vous installer.

La respiration (5 minutes)

Le cycle complet :
Inspirez par le nez, lentement, pendant 5 secondes (ou 4 s pour la variante 4-6). Sentez le ventre se gonfler en premier, puis la cage thoracique s’élever.
Expirez par le nez (ou la bouche entrouverte), lentement, pendant 5 secondes (ou 6 s). Laissez le ventre se dégonfler naturellement, puis la cage thoracique descendre.
Pas d’apnée entre l’inspiration et l’expiration. Le passage doit être fluide, comme une vague.
→ Répétez 30 fois (= 5 minutes à 6 cycles/min).

L’ancrage émotionnel (facultatif mais puissant)

L’Institut HeartMath a montré que combiner la respiration cohérente avec une activation d’un sentiment positif (gratitude, bienveillance, souvenir agréable) amplifie significativement les effets sur la VFC et les marqueurs hormonaux. Pendant l’inspiration, portez votre attention sur la région du cœur. Pendant l’expiration, imaginez émettre une chaleur douce depuis cette région. Cette technique — appelée Quick Coherence ou Heart-focused breathing — est la plus étayée scientifiquement.

La fin de session

Ne reprenez pas immédiatement une activité stressante. Laissez 30 à 60 secondes de transition : ouvrez lentement les yeux, bougez doucement les mains, respirez librement deux ou trois fois avant de reprendre vos activités.


7. Variantes avancées : 4-6, cohérence émotionnelle, respiration en marchant

Variante 4-6 : pour maximiser l’activation vagale

L’inspiration est réduite à 4 secondes, l’expiration prolongée à 6 secondes. La fréquence reste à 6 cycles/min mais l’asymétrie inspiration/expiration renforce davantage le parasympathique à chaque cycle. Idéale avant une situation stressante (prise de parole, entretien, examen). La validation par l’étude Marchant (2025) en fait actuellement la variante la plus recommandée pour l’effet anxiolytique immédiat.

Cohérence cardiaque émotionnelle (méthode HeartMath)

Cette variante ajoute une dimension psycho-émotionnelle à la respiration :

  1. Focus cardiaque : portez votre attention dans la région du cœur (centre de la poitrine).
  2. Respiration cardiaque : imaginez respirer à travers votre cœur — l’air entre et sort directement par cette zone.
  3. Sentiment actif : évoquez délibérément un souvenir de gratitude, d’amour ou d’appréciation sincère. Maintenez ce sentiment pendant toute la session.

Cette technique a démontré les plus grandes amplitudes de VFC dans les études HeartMath et les réductions les plus marquées de cortisol. Elle est plus difficile à apprendre mais plus puissante à long terme.

Cohérence cardiaque en marchant

Possible dès que la technique de base est bien maîtrisée (2 à 3 semaines de pratique). Marchez à allure lente et régulière, synchronisez vos pas avec votre respiration : par exemple, 3 pas à l’inspiration, 4 à 5 pas à l’expiration. L’activité physique légère augmente l’amplitude de la VFC et renforce l’effet de la cohérence. Idéal pour une session de 10 à 15 minutes en plein air.

Session longue (15 à 20 minutes)

Des sessions plus longues ont montré un effet dose-dépendant : plus la session est longue, plus les effets sur le SNA sont prolongés. Après 15 à 20 minutes de respiration cohérente, on observe un ralentissement spontané de la fréquence respiratoire de repos — signe d’une adaptation du tonus vagal basal. À pratiquer une fois par jour si l’objectif est une amélioration structurelle de la VFC (personnes souffrant de stress chronique, d’anxiété persistante, de fatigue chronique).

8. Les 7 erreurs les plus fréquentes

Erreur n° 1 : respirer trop fort (hyperventilation)
Gonfler excessivement les poumons à chaque inspiration peut provoquer une hyperventilation légère, avec sensations de vertiges ou de fourmillements. La respiration de cohérence cardiaque doit être ample mais douce — jamais forcée. L’air doit entrer naturellement, sans effort musculaire excessif.

Erreur n° 2 : apnée entre l’inspiration et l’expiration. Une pause, même brève, rompt la sinusoïde de la VFC. Le passage doit être continu, comme une vague qui monte et descend sans s’arrêter au sommet.

Erreur n° 3 : compter mentalement de façon anxieuse. Compter « 1, 2, 3, 4, 5 » de façon crispée génère une activation cognitive qui contrebalance l’effet parasympathique. Utilisez plutôt un guide audio, une application, ou une image mentale (vague, balancement).

Erreur n° 4 : pratiquer uniquement en situation de crise. La cohérence cardiaque fonctionne comme un entraînement athlétique — les bénéfices structurels s’accumulent avec la régularité. La pratiquer seulement quand on est stressé revient à ne se muscler que pendant les blessures.

Erreur n° 5 : s’allonger pour les sessions diurnes. La position allongée est acceptable pour la session du soir avant le sommeil, mais elle réduit l’amplitude de la VFC par rapport à la position assise. Pour les sessions du matin et du midi, restez assis.

Erreur n° 6 : négliger la respiration abdominale. Si vous respirez uniquement avec la cage thoracique, vous activez moins efficacement le nerf vague. La respiration doit mobiliser prioritairement le diaphragme : le ventre gonfle à l’inspiration, se dégonfle à l’expiration. Ce n’est que secondairement que la cage thoracique s’élève.

Erreur n° 7 : s’attendre à des effets immédiats spectaculaires. Les premières sessions peuvent sembler banales. L’architecture neurophysiologique de la cohérence cardiaque se construit dans le temps. La plupart des pratiquants constatent les premiers effets subjectifs durables après 7 à 10 jours de pratique régulière 3 fois/jour.


9. Intégration quotidienne : quand, où, comment ?

Moment Objectif principal Durée recommandée Notes pratiques
Réveil (avant de se lever) Réguler le pic de cortisol matinal 5 min Assis sur le bord du lit ou au sol
Avant le déjeuner Décompresser la matinée, améliorer la digestion 5 min Au bureau, dans les transports, à l’extérieur
Fin d’après-midi (16-18 h) Transition vers le soir, prévenir les ruminations 5 min Avant de rentrer chez soi ou à la sortie du travail
Avant une situation stressante Inhibition de la réponse sympathique 3 à 5 min (rythme 4-6) En coulisses, dans les toilettes, dans la voiture
Avant le coucher Améliorer l’endormissement, activité vagale nocturne 5 à 10 min Allongé acceptable ; variante 4-7-8 possible
Pendant une marche Renforcement du tonus vagal + bénéfices de l’activité physique 10 à 20 min Après maîtrise de la technique (2-3 semaines)

La cohérence cardiaque se pratique partout. Pas besoin d’obscurité, de silence ou de position particulière. Dans les transports, au bureau, dans la salle d’attente d’un médecin — personne ne verra que vous respirez à 6 cycles/min. C’est l’une de ses forces majeures par rapport à d’autres techniques de régulation du SNA.

10. Mesurer sa cohérence cardiaque : outils et interprétation

Il n’est pas indispensable de mesurer sa VFC pour bénéficier de la cohérence cardiaque. Mais le biofeedback — c’est-à-dire voir en temps réel sa courbe de VFC sur un écran — accélère l’apprentissage et renforce la motivation.

Applications mobiles

  • Respirelax / Respirelax+ : l’application française de référence, simple, efficace, avec guide visuel et sonore. Sans capteur.
  • Elite HRV : mesure la VFC via la caméra du smartphone (photopléthysmographie). Gratuit, précision correcte pour un suivi quotidien.
  • HeartRate+ Coherence (iOS) : affiche la courbe de VFC et le score de cohérence en temps réel.
  • Inner Balance (HeartMath) : capteur auriculaire dédié + application — la référence clinique pour le biofeedback de cohérence.

Montres et capteurs connectés

Les montres Polar (H10), Garmin et Withings ScanWatch disposent d’une mesure HRV de qualité. La ScanWatch intègre même une fonction « Breathe » guidée. Les montres Apple Watch et Samsung Galaxy Watch mesurent la VFC mais avec une précision moindre pour le biofeedback en temps réel.

Interpréter son score de VFC

Paramètre Ce qu’il mesure Valeur de référence adulte
RMSSD Activité vagale à court terme (parasympathique) 20–50 ms (plus c’est élevé, mieux c’est)
SDNN Variabilité globale sur 24 h 50–100 ms sur 24 h
LF/HF ratio Équilibre sympathique/parasympathique Diminue avec la cohérence cardiaque
Score de cohérence (HeartMath) Pourcentage du temps en état de résonance Objectif : > 60 % en session

La VFC baisse naturellement avec l’âge, le manque de sommeil, le stress chronique, l’alcool, la sédentarité et les maladies cardiovasculaires. Elle augmente avec l’exercice physique régulier, la cohérence cardiaque, le sommeil de qualité et une bonne hygiène de vie. Comparer votre VFC à des normes de population est moins utile que de suivre son évolution personnelle dans le temps.


11. Limites et nuances scientifiques : ce que la cohérence cardiaque ne fait pas

Ce que la cohérence cardiaque n’est pas
Ce n’est pas un traitement médical. Elle ne remplace pas les médicaments antihypertenseurs, les anxiolytiques ou les antidépresseurs. Elle ne guérit pas les troubles anxieux sévères, les dépressions caractérisées, les arythmies cardiaques pathologiques ni les maladies cardiovasculaires structurelles. Toujours en parler à son médecin avant de modifier un traitement en cours.

Sur la DHEA : L’augmentation de 100 % de la DHEA citée dans les études HeartMath (McCraty et al., 1998) repose sur un échantillon de 30 participants sans groupe contrôle randomisé. Ce chiffre doit être interprété avec prudence. Des études de meilleure méthodologie ont confirmé une augmentation, mais moins spectaculaire.

Sur l’individualité de la fréquence de résonance : 6 cycles/min n’est pas optimal pour tous. Les personnes dont la fréquence de résonance se situe à 5 ou 7 cycles/min obtiendront de meilleurs résultats en personnalisant leur rythme — ce qui nécessite un biofeedback de VFC.

Sur le terme « cohérence » lui-même : il n’existe pas de définition universellement consensuelle en physiologie. Le terme est largement utilisé dans la littérature HeartMath, mais la communauté scientifique mainstream parle plus volontiers de « respiration lente » ou de « biofeedback HRV ». Les mécanismes sont identiques, la sémantique diffère.

Sur les affirmations parfois excessives : certaines sources attribuent à la cohérence cardiaque des effets sur le poids, la « synchronisation cœur-cerveau globale » ou la « communication quantique » — affirmations non soutenues par des données solides. Ses effets bien documentés (VFC, cortisol, tension artérielle, anxiété) sont déjà remarquables sans avoir besoin d’amplification.

Mais quoi qu’il en soit, même si cette technique semble parfois nimbée de « magie », elle ne peut pas faire de mal et fait même probablement du bien à votre peau et à tout votre organisme


FAQ — Questions fréquentes sur la cohérence cardiaque

Combien de temps dure l’effet d’une session de cohérence cardiaque ?

Les effets physiologiques mesurables (VFC, tonus vagal, cortisol) persistent 4 à 6 heures après une session de 5 minutes. La méthode 365 (3 fois/jour) permet de couvrir l’intégralité des heures d’éveil. Les effets cumulatifs — remodelage durable du tonus vagal et baisse structurelle du cortisol — s’observent après 3 à 4 semaines de pratique régulière.

Quelle est la meilleure fréquence respiratoire pour la cohérence cardiaque ?

Pour la majorité des adultes, 6 cycles/minute (5 s IN / 5 s EX) est la fréquence de résonance optimale. La variante 4-6 (4 s IN / 6 s EX) produit une activation vagale légèrement supérieure et est particulièrement recommandée en situation de stress aigu. Votre fréquence de résonance personnelle peut être déterminée précisément avec un biofeedback HRV.

La cohérence cardiaque remplace-t-elle un traitement médical ?

Non. Elle est une technique complémentaire, non un traitement médical. Elle peut être pratiquée en parallèle d’un traitement médical avec l’accord du médecin. Ne jamais modifier ou arrêter un traitement en cours sans avis médical.

Peut-on pratiquer allongé ?

Pour les sessions diurnes, la position assise est préférable : elle donne une amplitude de VFC légèrement supérieure. La position allongée est parfaitement acceptable pour la session du soir avant l’endormissement.

Y a-t-il des contre-indications ?

Il n’existe pas de contre-indication absolue connue pour des personnes en bonne santé. Chez les patients porteurs d’un pacemaker, d’arythmies sévères (FA, BAV) ou en état hypotensif, un avis cardiologique préalable est recommandé. La respiration lente peut légèrement baisser la tension artérielle — cela est généralement bénéfique, mais doit être surveillé chez les patients déjà hypotendus.

Combien de semaines avant de voir des résultats durables ?

Les premières améliorations subjectives (sensation de calme, meilleur sommeil) apparaissent généralement dès la première semaine. Les effets mesurables objectivement (cortisol, pression artérielle, VFC au repos) s’observent après 3 à 4 semaines de pratique régulière 3 fois/jour. Les bénéfices maximaux (remodelage du tonus vagal basal) nécessitent 2 à 3 mois de pratique assidue.


Références scientifiques

  1. McCraty R et al. The Impact of a New Emotional Self-Management Program on Stress, Emotions, Heart Rate Variability, DHEA and Cortisol. Integr Physiol Behav Sci. 1998;33(2):151–170. HeartMath.org
  2. McCraty R, Shaffer F. Heart Rate Variability: New Perspectives on Physiological Mechanisms, Assessment of Self-regulatory Capacity, and Health Risk. Glob Adv Health Med. 2015;4(1):46–61. PubMed 25694852
  3. Lehrer PM, Gevirtz R. Heart rate variability biofeedback: how and why does it work? Front Psychol. 2014;5:756. PubMed 25101026
  4. Gitler A et al. Harnessing non-invasive vagal neuromodulation: HRV biofeedback and SSP for cardiovascular and autonomic regulation. Med Int. 2025;5(4):37. PMC12082064
  5. Laborde S et al. Slow-Paced Breathing and Sleep Quality. J Clin Med. 2019. PubMed.
  6. Marchant J. Comparing the Effects of Square, 4-7-8, and 6 Breaths-per-Minute Breathing Conditions on HRV. 2025. (Étude universitaire préimpression.)
  7. You Z et al. Dose-dependent effects of slow breathing on autonomic modulation. 2021. PubMed.
  8. Bernardi L et al. Slow breathing reduces chemoreflex response to hypoxia and hypercapnia, and increases baroreflex sensitivity. J Hypertens. 2001;19(12):2221–9. PubMed 11725173
  9. Alabdulgader A. Coherence: a novel nonpharmacological modality for lowering blood pressure in hypertensive patients. Glob Adv Health Med. 2012. PubMed.
  10. Thayer JF, Åhs F, Fredrikson M et al. A meta-analysis of heart rate variability and neuroimaging studies: Implications for heart rate variability as a marker of stress and health. Neurosci Biobehav Rev. 2012;36(2):747–756. PubMed 22178086

Pour approfondir :
O’Hare D. Cohérence cardiaque 365 (Thierry Souccar Éditions) —
Servan-Schreiber D. Guérir (Robert Laffont, 2003) —
Lehrer P, Vaschillo E. Resonant frequency biofeedback training to increase cardiac variability. Appl Psychophysiol Biofeedback. 2000.


Article rédigé le 7 avril 2026. Les informations médicales contenues dans cet article sont données à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Pour tout problème de santé, consultez un professionnel.

NDE, EMI : Near Death Experience ou Expérience de Mort Imminente

NDE, Near Death Experience ou EMI (Expérience de Mort Imminente)

Une de mes patientes de longue date (je la connais depuis presque 20 ans) m’a dit avoir fait une NDE (Near Death Experience) ou EMI (Expérience de Mort Imminente) en français. C’est la première fois que je constate un si profond changement positif dans l’équilibre psychologique d’un patient. Elle qui était plutôt anxieuse, apathique et réservée, est devenue expansive, joyeuse, et se dit libérée de toute peur -notamment de la mort- et de toute angoisse existentielle. Une si profonde transformation m’a interloqué et j’ai décidé de voir ce que la littérature scientifique nous apporte sur le sujet…

Cet article en vidéo:

Qu’est-ce qu’une NDE?

Une expérience de mort imminente (NDE) est un événement psychologique pouvant survenir chez une personne proche de la mort ou en situation de crise physique et/ou émotionnelle, voire même de prière, de méditation, de sommeil… Il ne s’agit donc pas nécessairement de mort imminente ou de mort déclarée… On peut donc supputer que l’expérience reste une production du cerveau en situation de crise. Nous allons voir que ce n’est pas si évident et que des récits mettent à mal cette hypothèse

NDE est un terme inventé par le Dr Moody en 1975 car il rapportait surtout des cas de NDE survenant en Réanimation. Le terme est donc mal choisi de nos jours.

Cette expérience comprend des éléments transcendantaux et mystiques, des émotions puissantes, généralement de paix et d’amour ou parfois de terreur, de désespoir, de culpabilité (NDE négatives).

Elle peut inclure une « expérience hors du corps » (OBE pour Out of Body Experience) durant laquelle le sujet se voit le plus souvent d’en haut, sur la table d’opération, en situation d’accident sur la route…

Les personnes décrivent aussi des perceptions vives du mouvement, de la lumière et des ténèbres, des musiques, des sons, un paysage idillyque, une possibilité de voir des choses à distance, comme avec un zoom, l’impression de pouvoir accéder à tout savoir rien qu’en y pensant, des rencontres avec des êtres chers décédés, des entités inconnues et parfois, une revue de la vie, un paysage, un sentiment de savoir et d’obtention de réponses aux questions instantanément et de façon exhaustive, d’avoir une pensée claire, de ressentir les émotions des autres, de communiquer par télépathie avec d’autres entités…

La NDE appartient à une famille d’expériences psychologiques qui vont au-delà des limites habituelles d’espace et de temps et peuvent transformer la vie et les croyances d’une personne.

Comment se passe une NDE typique?


Plus de 15 caractéristiques communes d’une NDE ont été rapportées mais une NDE peut inclure uniquement un ou deux de ces éléments

Ceux-ci incluent:

  • le sentiment d’être en dehors de son corps physique (Out of Body Experience ou OBE), le percevant parfois d’une position extérieure;
  • une sensation de mouvement à travers l’obscurité et/ou un tunnel;
  • des émotions intenses dont le sujet se souvient très bien, comme lorsqu’on sort d’un rêve marquant. Ces émotions sont le plus souvent des sentiments intenses de paix, de joie et d’amour;
  • des perceptions accrues (hypersensibilité à la lumière par exemple), possibilité de voyager dans le temps et l’espace;
  • apparition d’une grande lumière « irradiant d’amour inconditionnel » et leur faisant souvent prendre conscience du mal qu’ils ont pu faire, leur faisant faire un bilan de leur vie et de leurs actes… Cette lumière chaleureuse est le seul élément quasiment constant dans tous les récits. Elle est interprétée par beaucoup comme Dieu, qui nous aime d’un amour puissant. Ma patiente me disait qu’il fallait juste de lier à cette lumière consciemment le plus souvent possible pour se rappeler qu’elle est là et nous aime. Elle lui aurait posé la question « pourquoi suis-je si souvent fatiguée? » et la lumière lui aurait répondu « parceque tu as oublié que je t’aimais »;
  • vision de paysages mémorables;
  • rencontres avec des êtres chers décédés apparaissant le plus souvent jeunes même s’ils sont morts âgés / des » êtres spirituels » et personnalités religieuses
  • impression connaissance de la nature de l’Univers;
  • un bilan de la vie, le plus souvent sous forme d’un film dans lequel les personnes peuvent zoomer, revivre des scènes, ressentir les émotions qu’ils ont fait vivre à leurs interlocuteurs…;
  • un sentiment d’unité et d’interdépendance de tout ce qui constitue l’Univers;
  • une frontière de non-retour qu’ils ne franchissent pas;
  • un sentiment de connaissance de l’avenir;
  • perception de messages concernant le but de la vie et de leur « retour ».

On note parfois des expériences pénibles comportant des éléments communs similaires, mais des états émotionnels opposés: peur extrême, isolement, non-être, confusion, tourments occasionnels ou culpabilité. Ces NDE « négatives » concerneraient entre 8 et 30% des cas, environ 15% en moyenne de toutes les NDE rapportées. Certaines comportent des visions infernales et plusieurs de ces récits comportent le « sauvetage » par l’être de lumière de ces visions pour rejoindre les visions « célestes » des NDE « positives »

On trouve des récits de NDE dans le folklore et les écrits des cultures qu’elles soient occidentales ou orientales et des cas récents ont été relatés dans le Monde entier, occidental (USA, Europe, Australie, Chili…) mais aussi oriental (Chine, Inde, Thaïlande, Guam…). Les similitudes des expériences orientales avec les occidentales sont la conviction qu’il s’agit de l’au-delà, d’un profond sentiment de paix, de rencontrer des parents décédés, un être de lumière, une révision de la vie…

Il semble qu’aucune corrélation significative n’a été trouvée entre les croyances religieuses ou l’origine ethnique et la probabilité ou la profondeur de l’expérience de mort imminente.

Epidémiologie

La prévalence de la NDE dans la population générale serait de 4 à 15% ce qui en fait un évènement psychologique non négligeable et qu’on ne peut ignorer! Si on la compare à la prévalence de troubles psychologiques tels que l’anxiété (5%) ou la dépression (15%), on ne peut ignorer la NDE!

Une vaste étude menée aux Pays-Bas et publiée dans le Lancet a montré que 18% des personnes ayant subi un arrêt cardiaque ou considérées comme décédées cliniquement ont déclaré une NDE

 

Explications neurophysiologiques de la NDE?

Force est de constater que les tentatives d’explications neurophysiologiques des NDE sont encore très incomplètes.

Les nombreux témoignages de visions hors du corps, corroborées par les protagonistes de la scène vue par l’expérienceur alors qu’il était en mort clinique ou dans le coma
De même, la similarité des visions et leur impact sur la vie des personnes est troublante, évoquant bien plus qu’un rêve ou une hallucination…

Selon Greyson, même, la NDE se caractérise par une intensité et un souvenir marquant qui la distingue nettement d’un rêve ou d’une hallucination et il est à l’origine d’un questionnaire qui permet de déterminer si une personne a bien vécu une NDE. Selon lui «aucun modèle physiologique ou psychologique en soi n’explique toutes les caractéristiques communes des NDE. La survenue paradoxale d’une conscience lucide accrue et de processus de pensée logiques au cours d’une période de perfusion cérébrale avec facultés affaiblies soulève des questions particulièrement troublantes pour notre compréhension actuelle de la conscience et de ses relations avec la fonction cérébrale. Un sensorium clair et des processus de perception complexes pendant une période de mort clinique apparente remettent en cause le concept selon lequel la conscience est localisée exclusivement dans le cerveau.  »

La NDE, une hallucination?

Les hallucinations sont définies comme des perceptions sans objet. Elles sont le plus souvent illogiques, fugaces, bizarres et / ou déformées, alors que la grande majorité des NDE sont logiques, ordonnées, claires et compréhensibles.

Les gens ont tendance à oublier leurs hallucinations, comme les rêves, alors que le Pr Eben Alexander, neurochirurgien ayant eu une NDE déclare qu’il s’en « souvient à 100% plusieurs années après ».

Dans cet article, les auteurs estiment que « Le souvenir de cette expérience, décrit comme étant particulièrement vif et riche en détails, comporterait davantage de caractéristiques phénoménologiques (détails visuels,
détails sensoriels, vivacité du souvenir, émotions associées,…) que les souvenirs d’autres événements réels et imaginés »

Une réaction du cerveau à l’anoxie?

On pensait auparavant que le cerveau manquant d’oxygène avait 3 minutes avant de développer des lésions irréversibles voire d’arrêter de fonctionner. Des expériences ont montré qu’au contraire un cerveau anoxique pouvait avoir une vague de dépolarisation des neurones plus de 3 minutes après l’anoxie. La NDE est-elle une production cérébrale en cas d’anoxie? En fait nous avons vu que de nombreux cas de NDE survenaient en dehors de l’anoxie.

Une production cérébrale proche de celles déclenchées par certaines substances?

Le cerveau est le plus grand producteur de substances psychoactives au Monde! La kétamine et la psilocybine sont deux substances capable de provoquer des expériences mystiques et de décorporation qui semblent être différentes des hallucinations et qui présentent des éléments similaires à ceux des NDE.

 

Cas troublants

Certains cas (mal documentés sur le plan scientifique car il n’existe pas à ma connaissance de publication dans des revues à comité de lecture) restent en dehors de toute explication neurophysiologique, comportant notamment des récits de choses vues par la personne durant sa NDE, parfois en dehors de la salle où elle se trouve, corroborés après l’expérience par des témoins extérieurs. Ces corroborations, dont les exemples sont nombreux, évoquent la possibilité de sortie du corps par la conscience (l’âme). Certains médecins comme Pim Van Lommel, un cardiologue néerlandais ayant publié dans le Lancet à propos de Near Death Experiences lors d’arrêts cardiaques, estime que les exemples de corroborations sont tellement nombreux que le cerveau doit être un émetteur récepteur de la conscience de l’individu dans le corps, mais que cette conscience existe en dehors du cerveau. Il cite l’exemple du Cloud qui contient les données mais ne peut être accessible qu’au moyen d’un téléphone ou un ordinateur.

Parmi les nombreux exemples, une personne aurait vu une chaussure sur le toit de l’hopital, retrouvée ensuite, une autre a vu un brancardier lui voler un bijou croyant qu’elle était décédée ; un autre aurait vu une infirmière poser son dentier sur un chariot, et alors qu’il ne le retrouvait plus dans le service après son expérience, croisant l’infirmière lui a demandé où elle l’avait rangé ensuite ;  Pam Reynolds, en hypothermie et circulation extracorporelle pour une ablation d’anévrysme cérébral,dit avoir observé la procédure chirurgicale et aurait été capable de décrire avec précision l’instrument chirurgical utilisé, un autre patient en cours d’intervention aurait lu la plaque de la marque de la table d’opération et l’aurait relaté au chirurgien. Dans un cas rapporté par le Dr John Lerma en 2007, un homme de 82 ans a eu une EMI dans laquelle il dit avoir flotté hors de son corps dans la salle et il a vu une pièce de monnaie datée de 1985 a-t-il précisé, sur le coin droit du moniteur cardiaque situé en haut du mur. Après sa réanimation, il a l’a signalé au Dr Lerma. Ce dernier a demandé un escabeau et a effectivement trouvé la pièce de 1985 sur le moniteur…

Une étude scientifique s’est quant à elle intéressée à la rencontre avec des personnes décédées lors de NDE

On peut aussi citer des visions d’événements lointains aussi divers que la grand-mère d’un patient ayant eu une EMI et décrivant qu’il l’a vue se mettre à fumer chez elle, un autre patient voyant sa femme et sa fille discutant de la prise de boutures d’un arbre dans une cour d’hôpital ou encore la description avec des détails d’une amputation de la jambe dans une salle d’opération voisine…

Ces corroborations suggèrent que les NDE pourraient inclure le contact avec la réalité, même sans fonctionnement cardiaque ou cérébral normal, et même au dela de ce dont nous sommes capables lorsque notre corps fonctionne normalement!

Comme si nos 5  sens, dont on sait qu’ils sont limités (nous n’entendons qu’une petite partie des sons, ne voyons pas les UV, les infrarouges, les rayons X…), et notre corps, ne nous donnaient accès qu’à une partie du Monde qui nous entoure et que les OBE étaient l’occasion de voir au-delà du corps.

Conséquences des NDE

Plus encore que l’expérience elle même, ses conséquences sur la vie des patients sont souvent très marquantes. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus interrogé dans  le cas de ma patiente, totalement transformée et « libérée » de ses angoisses existentielles.

La mort reste pour les humains la grande question et les personnes ayant vécu une NDE pensent avoir vu l’après et avoir levé le voile.

Outre la disparition de la peur de la mort pour les NDE vécues lors d’un accident ou d’une situation critique sur le plan vital (intervention chirurgicale, Réanimation…), on note la plupart du temps une nette augmentation de la tolérance, une attitude aimante, la croyance en une puissance supérieure (Dieu) qui nous aime profondément, la paix intérieure, l’impression que le sens de la vie est d’apprendre à aimer, que nous sommes dans une école et que chaque chose qui nous arrive a pour but de nous interroger, je cite ma patiente : « que dois-je tirer comme leçon de ce qui m’arrive? comment tirer profit de cette situation en apprenant à mieux aimer la situation, les autres… ». Une caractéristique commune aux NDE est la prise de conscience que tout est lié, que les êtres humains sont comme des bambous, en apparence distincts, mais reliés par leurs racines.

Les personnes ayant vécu une NDE peuvent remettre à plat leur vie et leurs valeurs (remise en question de leur couple, de leur carrière, de leurs croyances…), donner plus d’importance à avoir une conscience plus accrue du moment présent et de l’importance d’être « dans le présent ». Ils peuvent considérer que nous sommes dépositaires d’un corps dont il faut prendre soin et qui est notre véhicule.

Enfin, une conséquence commune à de nombreuses NDEs est l’acquisition d’une foi profonde dans, comme le dit ma patiente, le fait que « nous sommes aimés et nous devons juste accepter cela, afin de nous laisser imprégner de cet amour divin, et le laisser couler vers les autres, et ne pas nous inquiéter »…

Une belle leçon de Vie au final!

Aller plus loin

NDE et science

Expériences de Mort Imminente et miracles

Témoignages de NDE en français

Voir ma playlist appelée « tEMoIgnages de NDE », que j’ai colligés pour leur invraisemblance aux yeux du scientifique mais aussi leur sincérité :

DERMATILLOMANIE : se gratter, triturer et toucher peau et boutons tout le temps

La dermatillomanie

Acné légère du menton, excoriée et manipulée, engendrant des plaies et des croutes

La dermatillomanie (triturage pathologique de la peau) est caractérisée par le fait de se triturer la peau de manière répétitive aboutissant à des lésions cutanées et des tentatives répétées de diminuer ou arrêter de s’excorier. C’est un comportement répétitif centré sur le corps (CRCC) qui n’est pas déclenché par des obsessions ou des préoccupations; cependant ils peuvent être précédés ou accompagnés par différents états émotionnels, comme des sentiments d’anxiété ou d’ennui. Ils peuvent aussi être précédés par une sensation accrue de tension ou conduire à une gratification, du plaisir ou une sensation de soulagement quand la peau est excoriée. Les sujets souffrant de ce trouble peuvent avoir plus ou moins conscience de la survenue du comportement lorsqu’ils l’initient avec, pour certains, une attention plus focalisée sur le comportement (précédé de tension et suivi de soulagement), alors que, pour d’autres, il s’agit d’un comportement beaucoup plus automatique (les comportements semblant survenir sans qu’ils en aient pleinement conscience).

 

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la dermatillomanie est un triturage répété de sa propre peau (critère A). Les sites les plus communément triturés sont le visage, les bras et les mains, mais de nombreuses personnes se triturent de multiples régions du corps. Les sujets peuvent triturer une peau saine, des irrégularités mineurs de la peau, des lésions telles que des boutons ou des callosités ou des croûtes provenant de triturais antérieurs. La plupart des personnes se triturent avec leurs ongles, bien que nombre d’entre elles utilisent des pinces à épiler, des épingles ou d’autres objets. Outre le triturage de la peau, il peut y avoir frottage de la peau, serrement, perforation et morsure. Les sujets présentant une dermatillomanie consacrent souvent un temps significatif à leur comportement de tritrurage, parfois plusieurs heures par jour, et certains triturages de la peau peuvent persister pendant des mois ou des années. Le critère A nécessite que le triturage de la peau aboutisse à des lésions de celle-ci, bien que des sujets présentant ce trouble tentent souvent de dissimuler ou de camoufler de telles lésions (p. ex. avec du maquillage ou des vêtements). Les sujets présentant une dermatillomanie ont fait des tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de leur peau (critère B).

 

Caractéristiques et troubles associés

La dermatillomanie peut s’accompagner d’une série de gestes ou rituels touchant à la peau ou à des cicatrices. Ainsi, certains sujets peuvent se mettre à la recherche de types particuliers de croutes à ôter, les examiner, jouer avec, mâcher ou avaler la peau après l’avoir détachée. La dermatillomanie peut être précédée ou être accompagnée de différents états émotionnels. Le triturage de la peau peut être déclenché par des sentiments d’anxiété ou d’ennui, être précédé d’une sensation croissante de tension (soit immédiatement avant de triturer la peau, soit tandis que le sujet tente de résister au besoin pressant de triturer) et peut susciter de la gratification, du plaisir ou une sensation de soulagement lorsque la peau ou la croûte ont été ôtées. Certains sujets rapportent qu’ils se triturent en réponse à une petite irrégularité de la peau et pour soulager une sensation d’inconfort corporel. D’après ce qu’une disent les personnes qui en souffrent, la dermatillomanie n’est pas régulièrement accompagnée de douleur. Certains individus cèdent au triturage de la peau dans un contexte précis (p. ex. en raison d’un état de tension et avec un soulagement consécutif), tandis que d’autres s’y engagent de manière plus automatique (p. ex. lorsque ce triturage n’est précédé d’aucun état de tension et réalisé sans que le sujet en ait pleinement conscience). Nombre de sujets associent en fait les deux modes de comportement. La dermatillomanie ne survient habituellement pas en présence d’autres personnes, à l’exception des membres de la famille proche. Certains individus signalent triturer la peau des autres.

Prévalence

Dans la population générale, la prévalence sur la vie de la dermatillomanie chez les adultes est de 1,4% ou légèrement plus. Au moins trois quart des individus présentant ce trouble sont des femmes. Cela reflète vraisemblablement la véritable répartition en fonction du genre, quoique cela puisse aussi refléter des différences dans la recherche d’un traitement selon le genre ou des attitudes culturelles liées à l’apparence extérieure.

 

Evolution

Bien que la dermatillomanie puisse survenir à tout âge, le triturage de la peau apparaît le plus souvent durant l’adolescence, coïncidant fréquemment avec le début de la puberté, ou il suit le début de celle-ci. Le trouble commence fréquemment par une affection dermatologique, telle qu’une acné. Les sites de triturage de la peau peuvent varier dans le temps. L’évolution habituelle est chronique, avec des hauts et des bas en l’absence de traitement. Pour certains sujets, le trouble peut apparaître ou disparaître pendant des semaines, de mois ou des années entières.

Retentissement fonctionnel

La dermatillomanie est associée à une détresse ainsi qu’à une altération sociale et professionnelle. La majorité de sujets présentant cette affection passent au moins une heure par jour à se triturer, à penser au fait de se triturer et à résister aux fortes envies de se triturer. De nombreux individus rapportent des comportements d’évitement lors des événements sociaux ou des spectacles, ainsi que le fait d’éviter de s’afficher en public. Une majorité de personnes présentant le trouble rapportent également avoir été gênées dans leur travail par le triturage de la peau, au moins une fois par jour ou par semaine. Une proportion significative d’étudiants atteints de la dermatillomanie rapporte avoir manqué des cours, avoir eu des difficultés à gérer leurs responsabilités scolaires ou des difficultés à étudier en raison du triture de leur peau. Les complications médicales du triturage de la peau incluent des dommages causés aux tissus, des cicatrices et des infections pouvant mettre en danger la vie du sujet. On rapporte des cas rares de synovite des poignets due à un triturage chronique. Le triturage de la peau aboutit souvent à des lésions tissulaires significatives et à des cicatrices. Il requiert fréquemment un traitement antibiotique contre l’infection et, à l’occasion, il peut nécessiter une intervention chirurgicale.

Comorbidité

La dermatillomanie est souvent accompagnée par d’autres troubles mentaux. De tels troubles incluent le TOC et la trichotillomanie (arrachage compulsif de ses propres cheveux), aussi bien que le trouble dépressif caractérisé. Des symptômes répétitifs focalisés sur le corps autres que le triturage de la peau et l’arrachage des cheveux (p. ex. le fait de se ronger les ongles) surviennent chez de nombreux sujets présentant une dermatillomanie et peuvent justifier un diagnostic additionnel « autre trouble obsessionnel-compulsif ou apparenté spécifié » (c.-à-d. de comportements répétitifs centrés sur le corps).

Critères diagnostiques

A. Triturage répété de la peau aboutissant à des lésions cutanées.
B. Tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de la peau.
C. Le triturage de la peau entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
D. Le triturage de la peau n’est pas imputable aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. cocaïne) ou d’une autre affection médicale (p. ex. gale).
E. Le triturage de la peau n’est pas mieux expliqué par des symptômes d’un autre trouble mental (p. ex. idées délirantes ou hallucinations tactiles dans un trouble psychotique, tentatives d’atténuer un défaut ou une imperfection perçus dans l’obsession d’une dysmorphie corporelle, stéréotypies dans les mouvements stéréotypés, ou intention de se faire du mal dans les lésions auto-infligées non suicidaires).

PHOBIE : peur de l’avion, du sang, des araignées, des insectes, des piqures…

Phobie

La phobie est une anxiété à l’exposition d’un objet, d’une situation spécifique (être en société)…

Phobie des piqures

Article rédigé avec le DSM

Phobie spécifique

La Phobie spécifique est caractérisée par une anxiété cliniquement significative, provoquée par l’exposition à un objet ou une situation spécifique redoutés, conduisant souvent à un comportement d’évitement.

Caractéristiques

La caractéristique essentielle de la Phobie spécifique est une peur marquée et persistante d’objets ou de situations objectivement visibles et circonscrits (Critère A).

L’exposition au stimulus phobogène provoque presque invariablement une réponse anxieuse immédiate (Critère B). Cette réponse peut prendre la forme d’une Attaque de panique situationnellement liée ou facilitée par les situations .

Bien que les adolescents et les adultes ayant ce trouble reconnaissent que leur peur est excessive ou irraisonnable (Critère C), cela peut ne pas être le cas chez les enfants.

Le plus souvent, le stimulus phobogène est évité bien que parfois le sujet ait à l’endurer avec une grande souffrance (Critère D).

Le diagnostic est approprié uniquement si l’évitement, la peur ou l’anticipation anxieuse d’être confronté au stimulus phobogène interfère de manière significative avec les habitudes quotidiennes du sujet, son fonctionnement professionnel, ou sa vie sociale, ou si la personne souffre de manière marquée d’avoir la phobie (Critère E).

Chez les sujets de moins de 18 ans, les symptômes doivent avoir persisté durant au moins six mois avant qu’un diagnostic de Phobie spécifique soit porté (Critère F).

Un autre trouble mental (p. ex., Trouble obsessionnel-compulsif, État stress post-traumatique, Anxiété de séparation, Phobie sociale, Trouble panique avec Agoraphobie ou Agoraphobie avec antécédent de Trouble panique) ne rend pas mieux compte de l’anxiété, des Attaques de panique ou de l’évitement phobique (Critère G).

Le sujet ressent une peur marquée, persistante et excessive ou irraisonnable en présence ou dans l’anticipation d’une confrontation à un objet ou une situation spécifique. La peur peut être centrée sur l’anticipation d’un danger lié à un aspect particulier de l’objet ou de la situation (p. ex., un sujet peut avoir peur des voyages aériens à cause d’une crainte d’un accident, peur des chiens par crainte d’être mordu ou peur de conduire
une voiture par crainte d’être heurté par d’autres véhicules sur la route). Les Phobies spécifiques peuvent également inclure des craintes concernant le fait de le contrôle de soi, de paniquer, d’avoir des manifestations physiques d’anxiété et de peur (telles qu’une augmentation de la fréquence cardiaque ou une sensation de souffle
coupé) et de s’évanouir lors de l’exposition à l’objet redouté. Par exemple, les sujets avant peur du sang et des blessures peuvent également être préoccupés par la possibilité de s’évanouir ; ceux ayant peur des hauteurs peuvent également être préoccupés par le fait d’être pris de vertiges et ceux ayant peur des endroits clos peuvent également être préoccupés par l’idée de perdre leur contrôle et de crier. Ces préoccupations peuvent être particulièrement importantes dans la Phobie spécifique de type situationnel.
L’anxiété est de manière presque invariable ressentie immédiatement lors de la confrontation aux stimulus phobogène (p. ex., une personne ayant une Phobie spécifique des chats aura presque invariablement une réponse anxieuse immédiate lorsqu’elle est obligée de se confronter à un chat). Le niveau d’anxiété Ou de peur varie habituellement
en fonction à la fois avec le degré de proximité du stimulus phobogène (p. ex., la peur s’intensifie au fur et à mesure que le chat se rapproche et diminue lorsque le chat s’éloigne) et avec la limitation pour échapper au stimulus phobogène (p. ex., la peur s’intensifie lorsque l’ascenseur est sur le point d’être à égale distance entre les étages et diminue lorsque les portes s’ouvrent à l’étage suivant). Cependant, l’intensité de la peur n’est pas toujours liée de manière prévisible au stimulus phobogène (p. ex., une personne effrayée par les hauteurs peut éprouver différents degrés d’inquiétude lorsqu’elle traverse le même pont en différentes occasions). Parfois, des Attaques de panique caractérisées sont éprouvées en réponse au stimulus phobogène, en particulier lorsque le sujet doit demeurer dans la situation ou pense que le fait de s’échapper sera impossible. De manière occasionnelle, les Attaques de panique sont retardées et ne surviennent pas immédiatement à la suite de la confrontation au stimulus phobogène. Ceci arrive plus fréquemment dans la Phobie spécifique de type situationnel. Dans la mesure où une anxiété anticipatoire marquée survient si la personne est amenée à affronter la situation phobogène, de telles situations sont habituellement évitées. De façon moins courante, la personne peut se forcer à supporter la situation phobogène mais celle-ci est alors vécue avec une anxiété intense.
Les adultes ayant ce trouble reconnaissent que la phobie est excessive ou irraisonnable.
Chez un individu qui évite un ascenseur du fait de la conviction que celui- ci a été saboté et qui ne reconnaît pas que cette peur est excessive ou irraisonnable, le diagnostic serait celui de Trouble délirant au lieu de Phobie spécifique. De plus, lediagnostic ne doit pas être fait si la peur est raisonnable compte tenu du contexte des
stimulus (p. ex., peur d’être tué dans un terrain de chasse ou dans un voisinage dangereux).
La conscience de la nature excessive ou irraisonnable de la peur tend à augmenter avec l’âge et n’est pas nécessaire pour faire le diagnostic chez les enfants.
Les peurs de situations ou d’objets circonscrits sont très communes, particulièrement chez les enfants, mais dans de nombreux cas le degré de gêne n’est pas suffisant pour justifier un diagnostic. Si la phobie n’interfère pas de manière significative avec le fonctionnement du sujet ou ne cause pas une souffrance marquée, le diagnostic n’est
pas fait. Par exemple, une personne qui est effrayée par des serpents au point d’éprouver une peur intense en présence de serpents ne recevra pas un diagnostic de Phobie spécifique si elle vit dans une zone dépourvue de serpents, si elle n’est pas limitée dans ses activités par la peur des serpents et si elle n’a pas de souffrance liée à la peur des serpents.

 

Caractéristiques et troubles associés

La Phobie spécifique peut entraîner une limitation du mode de vie ou une interférence avec certaines occupations
en fonction du type de phobie. Par exemple, une promotion professionnelle peut être compromise du fait de l’évitement des voyages aériens et des activités sociales peuvent être limitées par peur des endroits encombrés ou clos. Les Phobies spécifiques surviennent fréquemment de façon concomitante avec d’autres Troubles anxieux, Troubles de l’humeur et Troubles liés à l’utilisation d’une substance. Par exemple, en population générale, les taux de co-occurrence avec les autres troubles sont de 90 à 80 % et ces taux peuvent être supérieurs chez les sujets ayant des Phobies spécifiques à début précoce.
En population clinique, la comorbidité entre les Phobies spécifiques et les autres troubles est très fréquente. Toutefois, les Phobies spécifiques sont rarement au centre (lu tableau clinique. La Phobie spécifique est habituellement associée avec moins de souffrance ou moins d’interférence sur le plan du fonctionnement que le diagnostic principal comorbide. En général, 12 à 30 % seulement des sujets ayant une Phobie spécifique cherchent de l’aide auprès de professionnels de la santé. En l’absence d’autres diagnostics, la recherche d’aide auprès de professionnels de la santé est plus probable pour les phobies associées à une plus grande interférence sur le plan fonctionnel (p. ex., phobies d’objets ou de situations qui sont fréquemment rencontrées), les phobies multiples et les Attaques de panique dans le contexte phobique. En revanche, les sujets ayant des peurs irrationnelles du sang, des accidents, des gestes médicaux et des lieux de soins peuvent être moins susceptibles de chercher de l’aide pour leurs phobies.

Examens complémentaires et affections médicales générales associées.

Une réponse vaso-vagale avec évanouissement est caractéristique de la Phobie spécifique de type sang — injection — accident ; environ 75 % de ces sujets rapportent un antécédentd’évanouissement dans ces situations. La réponse physiologique est caractérisée par une accélération initiale brève de la fréquence cardiaque et une augmentation de la pression artérielle suivie par une décélération de celle-ci et une chute de la pression artérielle qui contraste avec l’accélération de la fréquence cardiaque et l’augmentation de la pression artérielle, habituelles dans les autres Phobies spécifiques. Certaines affections médicales générales peuvent être exacerbées à la suite d’un évitement phobique.
Par exemple, des Phobies spécifiques, de type sang — injection — accident, peuvent avoir des effets délétères sur la santé dentaire ou physique car le sujet peut éviter d’avoir recours aux soins médicaux nécessaires. De manière similaire, des peurs d’étouffement peuvent avoir un effet délétère sur la santé lorsque l’alimentation est limitée
aux substances qui sont faciles à avaler ou lorsque un traitement médicamenteux par voie orale est évité.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Le contenu des phobies ainsi que leur prévalence varient avec la culture et le groupe ethnique. Par exemple, des peurs de la magie ou des esprits sont présentes dans de nombreuses cultures. Elles doivent être considérées comme une Phobie spécifique uniquement si la peur est excessive dans le contexte de cette culture et entraîne une gêne
ou une souffrance significative. Les phobies spécifiques sont peut-être plus fréquentes dans les couches socio-économiques inférieures mais les données sont incertaines.
Chez les enfants, l’anxiété peut s’exprimer par des pleurs, des accès de colère, des réactions de figement ou d’agrippement. Les enfants ne reconnaissent souvent pas que les peurs sont excessives ou irraisonnables et rapportent rarement une souffrance liée au fait d’avoir des phobies. Les peurs des animaux et d’autres éléments de l’environnement naturel sont particulièrement communes et sont habituellement transitoires durant l’enfance. Un diagnostic de Phobie spécifique n’est pas requis sauf si les peurs entraînent une gêne cliniquement significative (p. ex., ne pas vouloir aller à l’école, peur de rencontrer un chien dans la rue).
Globalement, le ratio femme/homme ayant des Phobies spécifiques est de l’ordre de 2/1, même chez les personnes âgées. Toutefois, la répartition selon le sexe varie selon les différents types de Phobies spécifiques. Environ 75 à 90 % des sujets avec les sous-types animal et environnement naturel sont des femmes (sauf pour la peur des
hauteurs où le pourcentage rie femmes est de 55 à 70 %). De manière similaire, environ 75 à 90 % des sujets avec une phobie de type situationnel sont des femmes. Environ 55 à 70 % des sujets avec une phobie de type sang injection accident sont des femmes.

Prévalence

Bien que les phobies soient communes dans la population générale, elles entraînent rarement une gêne ou une souffrance suffisante pour justifier un diagnostic de Phobie spécifique. La prévalence rapportée peut varier en fonction du seuil utilisé pour déterminer la gêne ou la souffrance et le nombre de types de phobies envisagés. Dans les échantillons de la population générale, le taux de prévalence ponctuelle va de 4 à 8,8 % et les taux de prévalence vie entière vont de 7,2 à 11,3 (X,. Les taux de prévalence diminuent chez les personnes âgées. De même, les estimations de prévalence varient en fonction du type de Phobies spécifiques.

Évolution

Les facteurs prédisposants au début des Phobies spécifiques incluent des événements traumatiques (tel le fait d’être attaqué par un animal ou enfermé dans un placard), des attaques de panique inattendues dans la situation qui va être redoutée, l’observation d’autres personnes subissant un traumatisme ou manifestant une crainte (tel le fait d’observer d’autres sujets chuter d’une hauteur ou d’être effrayé en présence de certains animaux) ainsi que certaines transmissions d’informations (p. ex., des mises en garde parentales répétées concernant les dangers de certains animaux ou la couverture médiatique des accidents d’avion). Les situations OU les objets redoutés ont
tendance à comporter des éléments qui peuvent effectivement représenter une menace ou ont représenté une menace, à un certain moment de l’évolution de l’humanité. Les phobies qui résultent d’événements traumatiques ou d’Attaques de panique inattendues ont tendance à avoir un développement particulièrement aigu. Les phobies d’origine traumatique n’ont pas un âge de début caractéristique (p. ex., la peur d’étouffer qui suit habituellement un incident avec sensation d’étouffement ou proche de l’étouffement peut se développer presque à n’importe quel âge). Les Phobies spécifiques de l’adolescence augmentent les probabilités de la persistance de la Phobie spécifique ou bien du développement de phobies spécifiques supplémentaires à l’âge d’adulte jeune mais elles ne sont pas prédictives du développement d’autres troubles.
Pour les phobies qui persistent durant la vie adulte, les rémissions sont très peu fréquentes (environ 20 % des cas).

Aspects familiaux

Le risque de Phobies spécifiques est plus grand chez les membres de famille de sujets présentant des Phobies spécifiques. De même, il existe des données suggérant la possibilité de l’existence d’une agrégation par type de phobie au sein des familles (p. ex., les apparentés biologiques de premier degré de sujets ayant des Phobies spécifiques de type animal ont plus souvent des phobies des animaux, mais ne concernant pas
nécessairement le même animal et les apparentés biologiques de premier degré de personnes ayant des Phobies spécifiques de type situationnel ont plus de risque d’avoir des phobies de situation). Les peurs du sang et des accidents ont un fort caractère familial.

 

Critères diagnostiques

A. Peur persistante et intense à caractère irraisonné ou bien excessive,
déclenchée par la présence ou l’anticipation de la confrontation à un
objet ou une situation spécifique (p. ex., prendre l’avion, les hauteurs,
les animaux, avoir une injection, voir du sang).
B. L’exposition au stimulus phobogène provoque de façon quasi systématique
une réaction anxieuse immédiate qui peut prendre la forme
d’une Attaque de panique liée à la situation ou facilitée par la situation.
N.-B. : Chez les enfants, l’anxiété peut s’exprimer par des pleurs,
des accès de colère, des réactions de figement ou d’agrippement.
C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irrationnel de la peur.
N.-B. : Chez l’enfant, ce caractère peut être absent.
D. La (les) situation(s) phobogène(s) est (sont) évitée(s) ou vécue(s)
avec une anxiété ou une détresse intense.
E. L’évitement, l’anticipation anxieuse ou la souffrance de la (les) situation(
s) redoutée(s) perturbent, de façon importante les habitudes de
l’individu, ses activités professionnelles (ou scolaires) ou bien ses activités
sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d’avoir cette
phobie s’accompagne d’un sentiment de souffrance important.
F. Chez les individus de moins de 18 ans, la durée est d’au moins
6 mois.
G. L’anxiété, les Attaques de panique ou l’évitement phobique associé à
l’ objet ou à la situation spécifique ne sont pas mieux expliqués par
un autre trouble mental tel un Trouble obsessionnel-compulsif
(p. ex., lors de l’exposition à la saleté chez quelqu’un ayant une obsession
de la contamination), un État de stress post-traumatique (p. ex.,
en réponse à des stimulus associés à un facteur de stress sévère), un
Trouble anxiété de séparation (p. ex., évitement scolaire), une Phobie
sociale (p. ex., évitement des situations sociales par peur d’être
embarrassé), un Trouble panique avec agoraphobie ou une Agoraphobie
sans antécédents de trouble panique.
Spécifier le type :
Type animal
Type environnement naturel (p. ex., hauteurs, tonnerre, eau)
Type sang-injection-accident
Type situationnel (p. ex., avions, ascenseurs, endroits clos)
Autre type (p.ex., peur de s’étouffer, de vomir ou de contracter une
maladie ; chez les enfants, évitement des bruits forts ou des personnages
costumés)

  • Type animal

Ce sous-type doit être spécifié si la peur est induite par les animaux ou les insectes. Ce sous-type a généralement un début dans l’enfance.

  • Type environnement naturel

Ce sous-type doit être spécifié si la peur est induite par des éléments de l’environnement naturel tels les orages, les hauteurs ou l’eau. Ce sous-type a généralement un début dans l’enfance.

  • Type sang, injection, accident

Ce sous-type doit être spécifié si la peur est induite par le fait (le voir du sang ou un accident ou d’avoir une injection ou toute autre procédure médicale invasive. Ce sous-type est hautement familial et est souvent caractérisé par une réponse vaso-vagale intense.

  • Type situationnel

Ce sous-type doit être spécifié si la peur est induite par une situation spécifique tels les transports publics, les tunnels, les ponts, les ascenseurs, les voyages aériens, le fait de conduire une voiture ou les endroits
clos. Ce sous-type a une distribution bimodale d’âge de début avec un pic dans l’ enfance et un autre pic entre 20 et 30 ans. Ce sous-type semble être identique au Trouble panique avec Agoraphobie en ce qui concerne sa répartition selon le sexe, ses modalités d’agrégation familiale et son âge de début caractéristiques.

Autre type : ce sous-type doit être spécifié si la peur est induite par d’autres stimulus. Ces stimulus peuvent comprendre la peur de s’étouffer, de vomir oude contracter une maladie ; la « phobie de l’espace » (c.-à-d. le sujet craint de tomber s’il est loin de murs ou d’autres moyens de support physique) et les peurs qu’ont les enfants concernant les bruits forts ou les personnages déguisés.

 

Les études en population générale montrent une tendance légèrement différente : les phobies des hauteurs, des araignées, des souris et des insectes étant les plus fréquentes et les phobies des autres animaux et des autres
éléments de l’environnement naturel, tels que les orages, le tonnerre et la foudre étant les moins fréquentes. Les phobies des situations dans lesquelles on est enfermé (une Phobie de type situationnel) peuvent être plus fréquentes chez les sujets âgés. Dans de nombreux cas, plus d’un sous-type de Phobie spécifique est présent. Le fait d’avoir une phobie d’un sous-type spécifique tend à augmenter la probabilité d’avoir une autre phobie soit du même sous-type (p. ex., peur des chats et des serpents).

Phobie sociale

La Phobie sociale est caractérisée par une anxiété cliniquement significative provoquée par l’exposition à un certain type de situations sociales ou de situations de performance, conduisant souvent à un comportement d’évitement.

Caractéristiques

La caractéristique essentielle de la Phobie sociale est une peur marquée et persistante des situations sociales ou de performance dans lesquelles un sentiment de gêne peut survenir (Critère A).

L’exposition à la situation sociale ou de performance provoque presque invariablement une réponse anxieuse immédiate (Critère B).
Cette réponse peut prendre la forme d’une Attaque de panique situationnellement liée ou favorisée
par des situations .

Alors que les adolescents et les adultes ayant ce trouble reconnaissent le caractère excessif ou irraisonnable de leur peur (Critère C), cela peut ne pas être le cas chez les enfants. Le plus souvent, la situation sociale ou de performance est évitée bien qu’elle soit parfois vécue avec une souffrance intense (Critère D).

Le diagnostic n’est justifié que si l’évitement, la peur ou l’anticipation anxieuse vis-à-vis de la situation sociale ou de performance interfère de manière significative avec les habitudes de l’individu, les activités professionnelles ou la vie sociale ou si le sujet ressent une souffrance marquée liée à la phobie (Critère E).

Chez les sujets de moins de 18 ans, les symptômes doivent avoir persisté durant au moins six mois avant qu’un diagnosticde Phobie sociale soit porté (Critère F).

La peur ou l’évitement n’est pas dû aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une affection médicale générale et n’est pas mieux expliquée par un autre trouble mental (p. ex., Trouble panique, Anxiété de séparation, Peur d’une dysmorphie corporelle, Trouble envahissant du développement, Personnalité schizoïde) (Critère G).

Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent (p. ex., Bégaiement, Maladie de Parkinson, Anorexie mentale), la peur ou l’évitement n’est pas limité à la crainte de leur impact social
(Critère H).

Dans les situations sociales ou de performance redoutées, les sujets ayant une Phobie sociale sont préoccupés par leur gêne et craignent qu’autrui ne les juge anxieux, faibles, « fous » ou stupides. Ils peuvent avoir peur de parler en public par crainte que les autres ne remarquent que leurs mains ou leur voix tremblent ou bien en raison de l’anxiété extrême à l’idée de passer pour quelqu’un incapable de s’exprimer dans une conversation. Ils peuvent éviter de manger, de boire ou d’écrire en public par crainte que les autres ne voient leurs mains trembler. Les individus ayant une Phobie sociale éprouvent presque toujours des symptômes d’anxiété (p. ex., palpitations, tremblements, transpiration, gêne gastro-intestinale, diarrhée, tension musculaire, rougissement, confusion) clans la situation sociale redoutée et, dans les cas sévères, ces symptômes peuvent remplir les critères d’une Attaque de panique. Le fait de rougir peut être plus typique de la Phobie sociale.
Les adultes ayant une Phobie sociale reconnaissent que leur peur est excessive ou irraisonnable, alors que cela n’est pas toujours le cas chez les enfants. Par exemple, chez un sujet évitant de manger en public par conviction d’être observé(e) par la police et ne reconnaissant pas que cette peur est excessive ou irraisonnable, le diagnostic serait rouble délirant plutôt que Phobie sociale. De plus, le diagnostic ne doit pas être fait
si la peur est raisonnable compte tenu du contexte des stimulus (p. ex., peur d’être appelé en classe lorsque l’on n’est pas préparé).
La personne ayant une Phobie sociale évitera habituellement les situations redoutées.
Moins souvent, la personne se contraint à supporter la situation sociale ou de performance mais la vit avec une intense anxiété. Une anxiété anticipatoire marquée peut également survenir bien longtemps avant la confrontation aux situations sociales ou publiques (p. ex., des préoccupations quotidiennes durant plusieurs semaines avant
de participer à un événement social). 11 peut y avoir un cercle vicieux d’anticipation anxieuse conduisant à des cognitions de peur et des symptômes anxieux clans les situations redoutées qui conduisent à une mauvaise performance effective ou perçue comme telle clans les situations redoutées, ce qui conduit à une gêne et à une augmentation de l’anxiété anticipatoire par rapport aux situations redoutées et ainsi de suite.
La peur ou l’évitement doit interférer de manière significative avec les habitudes du sujet, ses activités professionnelles ou scolaires ou ses activités sociales ou relationnelles ou bien le sujet doit ressentir une souffrance marquée à l’idée d’avoir la phobie.
Par exemple, un sujet qui a peur de parler en public ne recevra pas un diagnostic de Phobie sociale s’il n’est pas confronté à cette activité de manière habituelle au niveau de son travail ou dans une classe et qu’il ne souffre pas particulièrement de cette phobie. Les peurs d’être gêné dans les situations sociales sont communes mais habituellement le degré de souffrance ou de gène est insuffisant pour justifier un diagnostic de Phobie sociale. Une anxiété ou un évitement social transitoire est particulièrement commun dans l’enfance et l’adolescence (p. ex., une jeune fille adolescente peut éviter de manger face à des garçons pendant une courte période, puis reprendre son comportementhabituel). Chez les jeunes de moins de 18 ans, seuls les symptômes qui persistent durant au moins six mois peuvent être pris en compte pour le diagnostic de Phobie sociale.

 

Caractéristiques et troubles associés

Les caractéristiques habituellement associées à la Phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à
une évaluation négative ou au rejet, une difficulté à manifester de l’assurance et une faible estime de soi ou des sentiments (l’infériorité. Les sujets ayant une Phobie sociale craignent également souvent une évaluation indirecte par les autres tel que passer un examen. Ils peuvent manifester de mauvaises compétences sociales (p. ex., un mauvais contact visuel), ou des signes observables d’anxiété (p. ex., des mains froides et humides, des tremblements et la voix mal assurée). Souvent, les sujets avant une Phobie sociale n’obtiennent pas des résultats scolaires conformes à leurs capacités en raison d’une anxiété liée aux examens ou à cause de leur évitement à participer en classe. Ils peuvent ne pas obtenir des résultats en rapport avec leurs possibilités dans leur travail
du fait d’une anxiété ou d’un évitement lorsqu’ils doivent parler dans un groupe, en public, ou aux figures d’autorité et aux collègues. Les personnes ayant une Phobie sociale ont souvent des réseaux de soutien social réduits, ils sont moins enclins à se marier. Dans les cas les plus sévères, les sujets peuvent abandonner leurs études, êtresans emploi et ne pas chercher de travail du fait de difficultés lors des entretiens d’embauche, être sans amis ou bien se raccrocher à des relations peu satisfaisantes, s’abstenir complètement de sortir avec une fille (garçon) ou rester dans leur famille d’origine. Par ailleurs, la Phobie sociale peut être associée à une idéation suicidaire, particulièrement quand des diagnostics comorbides sont présents.
La Phobie sociale peut être associée à d’autres Troubles anxieux, aux Troubles de l’ humeur, aux Troubles liés à une substance et à la Boulimie et précède habituellement ces troubles. Dans les populations cliniques, les sujets ayant une Phobie sociale généralisée présentent souvent une Personnalité évitante.

Examens complémentaires.

Pour l’instant, il n’existe pas d’examen complémentaire permettant de faire le diagnostic de Phobie sociale ni suffisamment d’éléments justifiant l’utilisation d’examens complémentaires (p. ex., perfusion de lactate, inhalation de CO,) permettant de différencier la Phobie sociale des autres Troubles anxieux (p. ex., Trouble panique).

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

La présentation clinique et la gêne qui en résulte peuvent différer selon les cultures en fonction des exigences sociales. Dans certaines cultures (p. ex., Japon et Corée), les sujets ayant une Phobie sociale peuvent développer des peurs persistantes et excessives d’offenser les autres dans les situations sociales plutôt que la peur d’être gênés. Ces peurs peuvent prendre la forme d’une crainte extrême que le fait de rougir, de regarder quelqu’un dans les yeux, ou que sa propre odeur corporelle soit une offense pour les autres (taijin kyofusho au Japon).
Chez les enfants, le trouble peut s’accompagner de pleurs, d’accès de colère, de réactions de figement ou d’agrippement ou du fait de rester très proche d’une personne familière et d’interactions inhibées pouvant aller jusqu’au mutisme. Les jeunes enfants peuvent sembler excessivement timides dans les environnements sociaux non
familiers, avoir des mouvements de recul dans les contacts avec les autres, refuser de participer à des jeux de groupe, demeurer typiquement à la périphérie des activités sociales et tenter de rester très proche des adultes familiers. A la différence des adultes, les enfants ayant une Phobie sociale n’ont pas habituellement la possibilité d’éviter les situations redoutées et peuvent être incapables d’identifier la nature de leur anxiété. Il
peut exister une diminution des performances scolaires, un refus scolaire ou un évitement des activités sociales correspondant à l’âge du sujet et au fait de sortir avec une fille (ou un garçon). Pour faire le diagnostic chez les enfants, des éléments doivent témoigner d’une capacité aux relations sociales avec les gens familiers et l’anxiété sociale doit survenir dans l’interaction avec ses pairs et non uniquement avec les adultes. Du fait du début précoce du trouble et de son évolution chronique, l’altération du fonctionnement chez les enfants tend à prendre la forme d’un échec à l’accession au niveau attendu de fonctionnement plutôt qu’une diminution par rapport à un niveau optimal de fonctionnement. Par comparaison, lorsque le début survient à l’adolescence, le trouble peut conduire à des diminutions des performances sociales et scolaires.
Les études épidémiologiques réalisées dans la population générale suggèrent que la Phobie sociale est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Dans la plupart des populations cliniques cependant, les sexes sont représentés de manière égale ou bien la majorité des sujets sont des hommes.

Prévalence

Les études épidémiologiques réalisées dans la population générale font état d’une prévalence sur la vie de la Phobie sociale variant de 3 à 13 %. La prévalence rapportée peut varier en fonction du seuil utilisé pour déterminer la souffrance ou la gêne et du nombre de types de situations sociales passées en revue de manière spécifique. Dans une étude, 20 % des sujets ont fait état d’une peur excessive de parler en public et d’une
peur de performance en public, mais seuls environ 2 % semblaient ressentir suffisamment de gêne ou de souffrance pour justifier un diagnostic de Phobie sociale. Dans la population générale, la plupart des sujets ayant une Phobie sociale ont peur de parler en public alors qu’un peu moins de la moitié ont peur de parler à des inconnus ou de
rencontrer de nouvelles personnes. D’autres peurs de performance (p. ex., manger, boire ou écrire en public ou utiliser des toilettes publiques) semblent être moins fréquentes.
Dans les services cliniques, la grande majorité des personnes ayant une Phobie sociale ont peur de plus d’un type de situations sociales. La Phobie sociale constitue rarement le motif d’une hospitalisation. Dans les consultations ambulatoires, les taux de Phobie sociale vont de 10 à 20 % des sujets ayant des Troubles anxieux mais ces taux varient largement d’un endroit à l’autre.

Évolution

La Phobie sociale a typiquement un début entre 10 et 20 ans faisant parfois suite à une inhibition sociale ou une timidité de l’enfance. Certains sujets font état d’un début très tôt dans l’enfance. Le début peut suivre de manière abrupte une expérience stressante ou humiliante ou bien peut être insidieux. L’évolution de la Phobie sociale se fait souvent sur un mode continu. Elle dure fréquemment toute la vie bien que la sévérité du trouble puisse s’atténuer ou qu’il puisse y avoir une rémission au cours de la vie adulte. La sévérité de la gêne peut fluctuer en fonction des facteurs de stress et des exigences de la vie. Par exemple, la Phobie sociale peut diminuer après qu’une personne ayant peur des rendez-vous se marie et elle peut réapparaître après la mort du
conjoint. Une promotion professionnelle à un poste nécessitant le fait de parler en public peut révéler une Phobie sociale chez quelqu’un qui, auparavant, n’avait jamais eu besoin de parler en public.

Aspects familiaux

La Phobie sociale semble survenir plus fréquemment parmi les apparentés biologiques de premier degré des sujets qui ont ce trouble que dans la population générale. Ceci est d’autant plus vrai dans la Phobie sociale généralisée.

 

Critères diagnostiques

A. Une peur persistante et intense d’une ou plusieurs situations sociales
ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est
en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à
l’éventuelle observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir (ou
de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou
humiliante. N.-B. : Chez les enfants, on doit retrouver des éléments
montrant la capacité d’avoir des relations sociales avec des gens familiers
en rapport avec l’âge et l’anxiété doit survenir en présence
d’autres enfants et pas uniquement dans les relations avec les adultes.
B. L’exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi
systématique une anxiété qui peut prendre la forme d’une Attaque
de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.
N.-B. : Chez les enfants, l’anxiété peut s’exprimer par des pleurs, des
accès de colère, des réactions de figement ou de retrait dans les situations
sociales impliquant des gens non familiers.
C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.
N.-B. : Chez l’enfant, ce caractère peut être absent.
D. Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec
une anxiété et une détresse intenses.
E. L’évitement, l’anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les)
situation(s) redoutée(s) sociale(s) ou de performance perturbent, de
façon importante, les habitudes de l’individu, ses activités professionnelles
(scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec
autrui, ou bien le fait d’avoir cette phobie s’accompagne d’un sentiment
de souffrance important.
F. Chez les individus de moins de 18 ans, la durée est d’au moins 6 mois.
G. La peur ou le comportement d’évitement n’est pas lié aux effets physiologiques
directs d’une substance (p.ex., une substance donnant
lieu à abus, ou un médicament) ni à une affection médicale générale
et n’est pas mieux expliqué par un autre trouble mental (p.ex.,
Trouble panique avec ou sans agoraphobie, Trouble anxiété de séparation,
Peur d’une dysmorphie corporelle, Trouble envahissant du
développement ou Personnalité schizoïde).
H. Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent,
la peur décrite en A est indépendante de ces troubles ; par
exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, de trembler dans le cas
d’une maladie de Parkinson ou de révéler un comportement alimentaire
anormal dans l’Anorexie mentale (Anorexia nervosa) ou la
Boulimie (Bulimia nervosa).

AGORAPHOBIE : qu’est-ce que l’agoraphobie

Agoraphobie

L’Agoraphobie est une anxiété liée à, ou un évitement d’endroits ou de situations, d’où il pourrait être difficile (ou gênant) de s’échapper ou dans lesquels aucun secours ne serait disponible en cas d’Attaque de panique ou de symptômes à type de panique.

agoraphobie

Article rédigé avec le DSM

Diagnostic

La caractéristique essentielle de l’Agoraphobie est une anxiété liée au fait de se trouver dans des endroits ou des situations d’où il pourrait être difficile (ou gênant) de s’échapper ou dans lesquelles aucun secours ne pourrait être trouvé en cas de survenue d’une Attaque de panique ou des symptômes de type panique (p. ex., peur d’avoir une attaque subite de vertige ou une crise de diarrhée soudaine) (Critère A).
L’anxiété conduit typiquement à un évitement envahissant de nombreuses situations pouvant inclure le fait d’être seul hors de son domicile ou d’être seul chez soi ; d’être clans une foule ; de voyager en voiture, en bus ou en avion ; ou d’être sur un pont ou dans un ascenseur. Certains sujets sont capables de s’exposer eux-mêmes aux situations redoutées mais ils subissent ces expériences avec une crainte considérable.

Souvent, le sujet est plus à même de se confronter à une situation redoutée lorsqu’il est accompagné par quelqu’un (Critère B).
L’évitement de situations peut altérer les capacités des sujets à voyager, à travailler ou à assumer leurs responsabilités domestiques (p. ex., faire des courses dans une épicerie, emmener les enfants chez le médecin).

Un autre trouble mental ne peut pas mieux expliquer l’anxiété ou l’évitement phobique (Critère C).

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel, pour distinguer l’Agoraphobie de la Phobie sociale et de la Phobie spécifique et d’un Trouble d’anxiété de séparation sévère, peut être difficile car toutes ces affections sont caractérisées par l’évitement de situations spécifiques.

 

Critères d’une Agoraphobie

A. Anxiété liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations
d’où il pourrait être difficile (ou gênant) de s’échapper ou dans lesquelles
on pourrait ne pas trouver de secours en cas d’Attaque de
panique soit inattendue soit facilitée par des situations spécifiques
ou bien en cas de symptômes à type de panique. Les peurs agoraphobiques
regroupent typiquement un ensemble de situations
caractéristiques incluant le fait de se trouver seul en dehors de son
domicile ; d’être dans une foule ou clans une file d’attente ; sur un
pont ou clans un autobus, un train ou une voiture.

N.-B. : Envisager le diagnostic de Phobie spécifique si l’évitement est limité à une Ou
seulement quelques situations spécifiques, ou celui de Phobie sociale si l’évitement
est limité aux situations sociales.
B. Les situations sont soit évitées (p. ex., restriction des voyages) soit
subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d’avoir une
Attaque de panique ou des sytnptômes à type de panique ou bien
nécessitent la présence d’un accompagnant.
C. L’anxiété ou l’évitement phobique n’est pas mieux expliqué par un
autre trouble mental, tel une Phobie sociale (par ex. évitement limité
aux situations sociales par peur d’être embarrassé), une Phobie spécifique
(p. ex., évitement limité à une situation unique comme les
ascenseurs), un Trouble obsessionnel-compulsif (p. ex., évitement de
la saleté chez quelqu’un ayant une obsession de la contamination),
un État de stress post-traumatique (p. ex., évitement des stimulus
associés à un facteur de stress sévère) ou un Trouble anxiété de séparation
(évitement lié au départ du domicile ou à la séparation d’avec
les membres de la famille).

Trouble panique avec agoraphobie

Caractéristiques

La caractéristique essentielle du Trouble panique est la présence d’Attaques de panique récurrentes et inattendues suivies de la crainte persistante pendant au moins un mois d’avoir une autre Attaque de panique, de préoccupations quant aux implications possibles ou aux conséquences de ces Attaques de panique, ou d’un changement significatif de comportement en relation avec les attaques (Critère A).

Les Attaques de panique ne sont pas dues aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., Intoxication par la caféine) ou d’une affection médicale générale (p. ex., hyperthyroïdie) (Critère C).

Finalement, les Attaques de panique ne sont pas mieux expliquées par un autre trouble mental (p. ex., Phobie spécifique ou Phobie sociale, Trouble obsessionnel-compulsif, État de stress post-traumatique, Trouble anxiété de séparation) (Critère D).

Selon que les critères d’Agoraphobie sont remplis ou non Un Trouble panique sans Agoraphobie est diagnostiqué (Critère B).

Une Attaque de panique inattendue (spontanée, non induite) est définie comme une attaque qui n’est pas associée à un facteur déclenchant situationnel (c.-à-d. elle survient à l’improviste). Les facteurs déclenchants comprennent des stimuli qui sont soit externes (p. ex., situation ou objet phobogène), soit internes (stimulations physiologiques) à l’individu. Dans certains cas, le facteur déclenchant apparaît clairement au clinicien alors qu’il n’est pas facilement identifié par le sujet souffrant d’une Attaque de panique. Par exemple, un sujet peut ne pas identifier immédiatement l’activation neurovégétative provoquée par une pièce chaude et encombrée ou les sensations d’évanouissement provoquées par un passage rapide de la position couchée à la position assise comme facteurs déclenchants d’une Attaque de panique, et ainsi, ces attaques sont considérées à ce moment-là comme inattendues. Au moins deux Attaques de panique inattendues sont nécessaires pour le diagnostic mais la plupart des sujets en ont beaucoup plus. Les sujets ayant un Trouble panique ont aussi fréquemment des Attaques de panique favorisées par des situations (c.-à-d. celles survenant le plus souvent mais pas de manière invariable lors de l’exposition à un facteur déclenchant situationnel). Des attaques de panique situationnellement liées (c.-à-d. celles qui surviennent presque invariablement et immédiatement lors de l’exposition à un facteur déclenchant situationnel) peuvent survenir mais sont moins communes.
La fréquence et la sévérité des Attaques de panique varient considérablement. Par exemple, certains sujets ont des attaques moyennement fréquentes (p. ex., une fois par semaine) qui surviennent de manière régulière durant une période de plusieurs mois.
D’autres rapportent de brefs accès d’attaques plus fréquentes (p. ex., tous les jours durant une semaine) séparées par des semaines ou des mois sans aucune attaque, ou avec des attaques moins fréquentes (p. ex., deux par mois) pendant plusieurs années.
Les attaques pauci-symptomatiques (c.-à-d. les attaques identiques aux Attaques de panique « complètes » mais avec une anxiété ou une peur soudaine accompagnée de moins de quatre des treize symptômes supplémentaires) sont très communes chez les sujets ayant un Trouble panique. Bien que la distinction : Attaques de panique complètes
et Attaques pauci-symptomatiques soit quelque peu arbitraire, les Attaques de panique complètes sont associées à une plus grande morbidité (p. ex. plus grand utilisation des services de santé, plus grand handicap fonctionnel, moins bonne qualité de vie). La plupart des sujets qui ont des attaques pauci-symptomatiques ont eu des Attaques
de panique complètes à un certain moment de l’évolution du trouble.
Les sujets ayant un Trouble panique présentent des craintes ou des inférences caractéristiques quant aux implications ou aux conséquences des Attaques de panique. Certains redoutent que les attaques témoignent de la présence d’une maladie non diagnostiquée engageant le pronostic vital (p. ex., maladie cardiaque, épilepsie). Malgré des examens médicaux répétés et un rassurement, ils peuvent demeurer effrayés et n’être pas convaincus qu’ils n’ont pas une maladie engageant le pronostic vital. D’autres redoutent que les Attaques de panique soient le signe qu’ils sont en train de « devenir fous » ou de perdre le contrôle d’eux-mêmes ou qu’ils sont faibles sur le plan émotionnel.
Certains sujets ayant des Attaques de panique récurrentes modifient leur comportement de manière importante (p. ex., abandonnent un travail, évitent tout effort physique) en réponse aux attaques mais dénient le fait d’avoir peur d’une autre attaque ou bien l’existence de craintes concernant les conséquences de leurs Attaques
de panique. Les craintes portant sur une nouvelle attaque ou ses implications sont souvent associées au développement d’un comportement d’évitement qui peut avoir les critères d’une Agoraphobie auquel cas un Trouble panique avec Agoraphobie est diagnostiqué.

Caractéristiques et troubles associés

Outre la préoccupation relative aux Attaques de panique et à leurs implications, de nombreux sujets avant un Trouble panique relatent également des sensations constantes ou intermittentes d’anxiété qui ne sont pas focalisées sur des situations ou des événements spécifiques. D’autres présentent une appréhension excessive à propos des conséquences d’activités et des expériences de la vie quotidienne, particulièrement celles liées à la santé ou à la séparation des êtres chers. Par exemple, des sujets ayant un Trouble panique anticipent souvent une évolution catastrophique de symptômes physiques légers ou bien d’effets secondaires de médicaments (p. ex., penser qu’un mal de tête témoigne d’une tumeur cérébrale ou d’une crise hypertensive). De tels individus sont également beaucoup
moins tolérants aux effets secondaires des médicaments et ont généralement besoin d’une réassurance continuelle afin de pouvoir prendre des médicaments. Chez des sujets dont le Trouble panique n’a pas été traité ou a été mal diagnostiqué, la croyance qu’ils ont une maladie non décelée engageant le pronostic vital peut les conduire à la
fois à une anxiété chronique fragilisante et à des recours excessifs à des soins médicaux.
Cette modalité évolutive peut être très perturbante tant sur le plan émotionnel que financier.
Dans certains cas, la perte ou la rupture de relations interpersonnelles importantes (p. ex., le fait (le quitter son domicile pour vivre seul, le divorce) est associée au début ou à l’exacerbation du Trouble panique. La démoralisation est une conséquence habituelle et de nombreux sujets deviennent découragés, honteux et malheureux en raison de leurs difficultés pour mener à bien leurs activités quotidiennes normales. Ils attribuent souvent ce problème à un manque de « force » ou de « caractère ». Cette démoralisation peut se généraliser à des domaines dépassant les problèmes liés spécifiquement au Trouble panique. Ces sujets peuvent être fréquemment absents du travail ou de l’école pour des consultations médicales ou dans des services d’urgence, ce qui peut conduire au chômage ou à l’abandon des études.
Les taux de comorbidité rapportés avec le Trouble dépressif majeur sont très variables, se situant entre 10 et 65 % chez les sujets avant un Trouble panique. Chez environ un tiers (les sujets présentant les deux troubles, la dépression précède le début du Trouble panique. Dans les deux tiers restants, la dépression survient en même temps
ou suit le début du Trouble panique. Un sous-groupe de sujets, dont certains pourront développer comme conséquence un Trouble lié à l’utilisation de substances, traitent leur anxiété avec de l’alcool ou des médicaments.
La comorbidité avec les autres Troubles anxieux est également habituelle, tout particulièrement dans les services cliniques et chez les sujets qui présentent des forme sévères d’Agoraphobie. Une Phobie sociale et un Trouble anxiété généralisée ont été rapportés chez 15 à 30 % des sujets ayant un Trouble panique, une Phobie spécifique
chez 2 à 20 % et un Trouble obsessionnel-compulsif chez plus de 10 % des sujets ayant un Trouble panique. Bien que dans la littérature le Syndrome de stress post-traumatique existe chez 2 à 10 96 des sujets ayant un Trouble panique, il semble que ces taux soient bien plus importants lorsque les symptômes post-traumatiques sont systématiquement recherchés. Une Anxiété de séparation durant l’enfance peut être associée à ce trouble. Une comorbidité et des symptômes communs avec l’Hypocondrie sont habituels.

Examens complémentaires.

Aucun examen complémentaire ne permet de faire le diagnostic de Trouble panique. Cependant, divers examens complémentaires ont rapporté des anomalies dans des groupes de sujets ayant un Trouble panique comparativement à (les sujets témoins. Certains sujets avant un Trouble panique montrent des signes d’alcalose respiratoire compensatrice (c.-à-d. une diminution du CO, et des taux de bicarbonates avec un pH presque normal). La survenue d’Attaques de panique en réponse aux perfusions de lactate de sodium ou à l’inhalation de CO., est plus habituelle clans le Trouble panique que chez les sujets témoins ou les personnes ayant un Trouble anxiété généralisée.

 

Examen physique et affections médicales générales associées.

De manière transitoire, une tachycardie et une élévation modérée de la pression artérielle systolique peuvent survenir durant certaines Attaques de panique. Des études ont mis en évidence une comorbidité significative entre le Trouble panique et de nombreux symptômes médicaux et affections médicales générales comme, notamment, des vertiges, des arythmies cardiaques, une hyperthyroïdie, un asthme, une bronchopneumopathie chronique obstructive, et un trouble fonctionnel intestinal. Mais la nature de l’association (p. ex., relation de causalité) entre le Trouble panique et ces états demeure obscure. Bien que des études aient suggéré l’existence d’une plus grande fréquence de prolapsus de la valve mitrale et de maladie thyroïdienne chez les sujets avant un Trouble panique comparativement à la population générale, d’autres études n’ont pas retrouvé de prévalence différente.

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Dans certaines cultures, les Attaques de panique peuvent comporter une peur intensed’une action de sorcellerie ou de magie. Le Trouble panique tel qu’il est décrit a été retrouvé clans des études épidémiologiques à travers le monde. De plus, un certain nombre d’affections incluses clans le « Glossaire des syndromes propres à une culture
donnée » peuvent être en rapport avec le Trouble panique. Certains groupes culturels ou ethniques limitent la participation des femmes à la vie publique ; cela doit être distingué de l’Agoraphobie. Le Trouble panique sans Agoraphobie est diagnostiqué cieux fois plus souvent et le Trouble panique avec Agoraphobie trois fois plus
souvent chez les femmes que chez les hommes.

Prévalence

La plupart des études ont retrouvé des taux de prévalence vie entière du Trouble panique (avec ou sans Agoraphobie) situés entre 1 et 2 % bien que des taux aussi élevés que 3,5 % aient été rapportés. Les taux de prévalence sur un an sont compris entre 0,5 et 1,5 %. Les taux de prévalence du Trouble panique en population clinique sont beaucoup plus élevés. Par exemple, le Trouble panique est diagnostiqué chez approximativement 10 % des sujets suivis en consultation de santé mentale. En population clinique non psychiatrique, les taux de prévalence se situent entre 10 et 30 % dans les pathologies vestibulaire, respiratoire et neurologique et sont aussi élevés que 60 % en pathologie cardiologique. Environ un tiers à la moitié des sujets ayant un diagnostic de Trouble panique en population générale ont également une Agoraphobie, bien qu’un taux beaucoup plus élevé d’Agoraphobie soit observé dans les populations cliniques.

Évolution

L’âge de début du Trouble panique varie de manière considérable mais survient le plus typiquement entre la fin de l’adolescence et le milieu de la trentaine, Il y aurait une distribution bimodale avec un pic à la fin de l’adolescence et un second pic, plus faible, au milieu de la trentaine. Un petit nombre de cas débute clans l’enfance ; un début après l’âge de 45 ans est inhabituel mais peut s’observer. Les descriptions rétrospectives faites par les sujets vus dans les services cliniques suggèrent que l’évolution habituelle est chronique et se fait avec des hauts et des bas. Certains sujets peuvent avoir des manifestations épisodiques avec des années de rémission entre elles et d’autres peuvent avoir une symptomatologie sévère de manière continue. Des attaques de panique paucisymptomatiques peuvent apparaître de manière plus fréquente si l’évolution du Trouble panique est chronique. Bien que l’Agoraphobie puisse se développer à tout moment, son début se situe habituellement dans la première année de survenue des Attaques de panique récurrentes. L’évolution de l’Agoraphobie et sa relation avec l’ évolution des Attaques de panique sont variables. Dans certains cas, une diminution ou une rémission des Attaques de panique peut être suivie de près par une diminution correspondante de l’évitement agoraphobique et de l’anxiété. Chez d’autres, l’Agoraphobie peut devenir chronique, que les Attaques de panique soient présentes ou non.
Certains sujets rapportent la possibilité de réduire la fréquence des Attaques de panique par l’évitement de certaines situations. Les études de suivi naturaliste de sujets traités dans des services de santé tertiaire (ou l’on peut avoir une sélection de sujets à mauvais pronostic) suggèrent qu’au bout de six à dix ans après le traitement, environ 30 % des sujets vont hien, 40 à 50 % sont améliorés niais demeurent symptomatiques et les 20
à 30 % restants ont des symptômes identiques ou légèrement aggravés.

Aspects familiaux

Les apparentés biologiques de premier degré des sujets ayant un Trouble panique ont jusqu’à 8 fois plus de risque de développer un Trouble panique. Si l’âge de début du Trouble panique se situe avant 20 ans, les apparentés biologiques de premier degré ont jusqu’à 20 fois plus de risque de développer un Trouble panique. Cependant, dans les services cliniques, près de la moitié à trois quarts des sujets ayant un Trouble panique n’ont pas d’apparentés biologiques de premier degré affectés. Les études de jumeaux montrent l’existence d’un facteur génétique dans le développement du Trouble panique.

 

Critères diagnostiques

A. A la fois (1) et (2) :
(1) Attaques de panique récurrentes et inattendues
(2) au moins une des attaques s’est accompagnée pendant un mois
(ou plus) de l’un (ou plus) des symptômes suivants :
(a) crainte persistante d’avoir d’autres attaques de panique
(b) préoccupations à propos des implications possibles de
l’attaque ou bien de ses conséquences (par ex. perdre le
contrôle, avoir une crise cardiaque, « devenir fou »)
(c) changement de comportement important en relation avec
les attaques
B. Absence d’Agoraphobie
C. Les Attaques de panique ne sont pas dues aux effets physiologiques
directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus,
un médicament) ou d’une affection médicale générale (p. ex.,
hyperthyroïdie).
D. Les Attaques de panique ne sont pas mieux expliquées par un autre
trouble mental, tel une Phobie sociale (p. ex., survenant lors de
l’exposition aux situations sociales redoutées), une Phobie spécifique
(p. ex., lors de l’exposition à une situation phobogène spécifique), un
Trouble obsessionnel-compulsif (p. ex., lors de l’exposition à la saleté
chez quelqu’un ayant une obsession de la contamination), un État de
stress post-traumatique (p. ex., en réponse à des stimulus associés à
un facteur de stress sévère) ou à un Trouble anxiété de séparation
(p. ex., en réponse au fait d’être éloigné du domicile ou des proches).

 

 

Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique

L’Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique est caractérisée par la
présence d’une Agoraphobie et de symptômes de type panique sans antécédent d’Attaques de panique inattendues.

Caractéristiques

Les caractéristiques essentielles de l’Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique sont identiques à celles du Trouble panique avec Agoraphobie mis à part le fait que l’ objet de la peur est centré sur la survenue de symptômes incapacitants ou extrêmement gênants de type panique ou d’attaques pauci-symptomatiques plutôt que sur
celle d’Attaques de panique complètes. Les sujets ayant ce trouble ont une Agoraphobie (Critère A).

Les « symptômes de type panique » comprennent n’importe lequel des treize symptômes répertoriés clans l’Attaque de panique  ou d’autres symptômes qui peuvent être incapacitants ou gênants (p. ex., perte du contrôle vésical, vomissements en public). Par exemple, un individu peut être effrayé à l’idée d’avoir des céphalées sévères ou des symptômes cardiaques et ne pas pouvoir avoir de l’aide.

Pour répondre au diagnostic d’Agoraphobie, les critères complets du Trouble panique ne doivent jamais avoir été remplis (Critère B) et les symptômes ne doivent pas être dus aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale (Critère C).

Si une affection médicale générale associée est présente (p. ex., une affection cardiaque), la peur de ressentir une incapacité ou d’être gêné par suite du développement des symptômes (p. ex., s’évanouir) est nettement excessive par rapport à celle habituellement associée à cette affection (Critère D).

 

Caractéristiques et troubles associés

Outre la préoccupation relative aux Attaques de panique et à leurs implications, de nombreux sujets avant un Trouble panique relatent également des sensations constantes ou intermittentes d’anxiété qui
ne sont pas focalisées sur des situations ou des événements spécifiques. D’autres présentent une appréhension excessive à propos des conséquences d’activités et des expériences de la vie quotidienne, particulièrement celles liées à la santé ou à la séparation des êtres chers. Par exemple, des sujets ayant un Trouble panique anticipent souvent une évolution catastrophique de symptômes physiques légers ou bien d’effets
secondaires de médicaments (p. ex., penser qu’un mal de tête témoigne  d’une tumeur cérébrale ou d’une crise hypertensive). De tels individus sont également beaucoup moins tolérants aux effets secondaires des médicaments et ont généralement besoin d’une réassurance continuelle afin de pouvoir prendre des médicaments. Chez des sujets dont le Trouble panique n’a pas été traité ou a été mal diagnostiqué, la croyance qu’ils ont une maladie non décelée engageant le pronostic vital peut les conduire à la
fois à une anxiété chronique fragilisante et à des recours excessifs à des soins médicaux.
Cette modalité évolutive peut être très perturbante tant sur le plan émotionnel que financier.
Dans certains cas, la perte ou la rupture de relations interpersonnelles importantes (p. ex., le fait de quitter son domicile pour vivre seul, le divorce) est associée au début ou à l’exacerbation du Trouble panique. La démoralisation est une conséquence habituelle et de nombreux sujets deviennent découragés, honteux et malheureux en raison de leurs difficultés pour mener à bien leurs activités quotidiennes normales. Ils attribuent souvent ce problème à un manque de « force » ou de « caractère ». Cette démoralisation peut se généraliser à des domaines dépassant les problèmes liés spécifiquement au Trouble panique. Ces sujets peuvent être fréquemment absents du travail ou de l’école pour des consultations médicales ou dans des services d’urgence, ce qui
peut conduire au chômage ou à l’abandon des études.
Les taux de comorbidité rapportés avec le Trouble dépressif majeur sont très variables, se situant entre 10 et 65 % chez les sujets avant un Trouble panique. Chez environ un tiers des sujets présentant les deux troubles, la dépression précède le début du Trouble panique. Dans les deux tiers restants, la dépression survient en même temps ou suit le début du Trouble panique. Un sous-groupe de sujets, dont certains pourront développer comme conséquence un Trouble lié à l’utilisation (le substances, traitent leur anxiété avec de l’alcool ou des médicaments.
La comorbidité avec les autres Troubles anxieux est également habituelle, tout particulièrement dans les services cliniques et chez les sujets qui présentent des formes sévères d’Agoraphobie. Une Phobie sociale et un Trouble anxiété généralisée ont été rapportés chez 15 à 30 % des sujets ayant un Trouble panique, une Phobie spécifique chez 2 à 20 % et un Trouble obsessionnel-compulsif chez plus de 10 % (les sujets ayant un Trouble panique. Bien que dans la littérature le Syndrome de stress post-traumatique existe chez 2 à 10 96 des sujets ayant un Trouble panique, il semble que ces taux soient bien plus importants lorsque les symptômes post-traumatiques sont systématiquement recherchés. Une Anxiété de séparation durant l’enfance peut être associée à ce trouble. Une comorbidité et des symptômes communs avec l’Hypocondrie sont habituels.

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Certains groupes culturels ou ethniques limitent la participation des femmes à la vie publique et cela doit être distingué de l’Agoraphobie. Ce trouble est diagnostiqué beaucoup plus souvent chez les femmes que chez les hommes.

Prévalence

Dans les services cliniques, presque tous les individus (plus de 95 %) qui présentent une Agoraphobie ont également un diagnostic actuel (ou des antécédents) de Trouble panique. Par opposition, dans les échantillons épidémiologiques la prévalence de l’Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique a été retrouvée plus élevée que celle du Trouble panique avec Agoraphobie. Toutefois, des problèmes liés à l’évaluation semblent avoir augmenté les taux décrits dans les études épidémiologiques. Récemment, des sujets qui avaient reçu un diagnostic d’Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique dans une étude épidémiologique, ont été réévalués par des cliniciens utilisant des inventaires d’entretiens standardisés. La majorité d’entre eux avaient des Phobies spécifiques et non une Agoraphobie.

Évolution

Relativement peu de choses sont connues concernant l’évolution de l’Agoraphobie sansantécédent de Trouble panique. Des données anecdotiques suggèrent la persistance de certains cas durant des années et leur association avec une gêne considérable.

 

Critères diagnostiques

A. Présence d’Agoraphobie  liée à la peur de développer des
symptômes de type panique (p. ex., vertiges ou diarrhée).
B. N’a jamais satisfait aux critères du Trouble panique
C. La perturbation n’est pas due aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale (p. ex., hyperthyroïdie).
D. Si une affection médicale générale associée est présente, la peur
décrite dans le critère A est manifestement excessive par rapport à
celle habituellement associée à cette affection.

 

ETRE EN PANIQUE : attaque de panique ou crise de nerfs

Attaque de panique

Une Attaque de panique est une période bien délimitée marquée par l’occurrence soudaine d’une appréhension intense, d’une peur ou d’une terreur souvent associée à des sensations de catastrophe imminente. Durant ces attaques sont présents des symptômes tels que des sensations de « souffle coupé », des palpitations, des douleurs ou une gêne thoracique, des sensations d’étranglement ou des impressions
d’étouffement et la peur de devenir « fou » ou de perdre le contrôle de soi.

Panique

Article rédigé avec le DSM

Diagnostic

Les Attaques de panique peuvent être retrouvées dans le contexte de n’importe quel Trouble anxieux ou trouble mental (p. ex., Troubles de l’humeur, Troubles liés à une substance) et de certaines affections médicales générales (p. ex., cardiaque, respiratoire, vestibulaire, gastro-intestinale).

La caractéristique essentielle de l’Attaque de panique consiste en une période bien délimitée
d’anxiété ou de malaise très intense en dehors de tout danger réel et accompagnée par au moins 4 à 13 symptômes somatiques ou cognitifs.

Les symptômes peuvent être de nature somatique ou cognitive et comprennent : palpitations, transpiration,
tremblements ou secousses musculaires, sensations de souffle coupé ou impression d’étouffement, sensation d’étranglement, douleur ou gêne thoracique, nausée ou gêne abdominale, sensation de vertiges ou de tête vide, déréalisation ou dépersonnalisation, peur de perdre le contrôle de soi ou de « devenir fou », peur de mourir, paresthésies et frissons ou bouffées de chaleur. L’attaque a un début soudain et atteint rapidement son acmé (habituellement en 10 minutes ou moins) et est souvent accompagnée d’un sentiment de danger ou de catastrophe imminente et d’un besoin urgent de s’échapper. L’anxiété qui caractérise l’Attaque de panique peut être distinguée de l’anxiété généralisée par son aspect bien délimité, quasi paroxystique et sa sévérité typiquement plus importante. Les attaques qui remplissent tous les autres critères, mais ont moins de quatre symptômes somatiques ou cognitifs, sont désignées sous le nom d’attaques pauci-symptomatiques.

Il existe trois types caractéristiques d’Attaque de panique. Chaque type d’Attaque de panique est défini par des relations différentes entre le début de l’attaque et la présence ou l’absence de situations déclenchantes externes (p. ex., un sujet souffrant d’une claustrophobie a une Attaque alors que son ascenseur est bloqué entre deux étages) ou internes (p. ex., des cognitions de catastrophes concernant les conséquences des palpitations cardiaques :

Les Attaques de panique inattendues (non induites),

Les Attaques de panique inattendues (non induites) sont celles dans lesquelles le sujet n’associe pas le début de l’attaque de panique à une situation déclenchante interne ou externe (c.-à-d. attaque survenant spontanément, « à l’improviste »).

Les Attaques de panique situationnellement liées (induites)

Les Attaques de panique situationnellement liées (induites) sont celles dans lesquelles l’Attaque de panique survient de façon presque invariable immédiatement lors de l’exposition à une situation déclenchante ou clans l’anticipation de celle-ci (p. ex., une personne souffrant d’une Phobie Sociale ayant une Attaque de panique lorsqu’elle va faire un discours en public).

Les Attaques favorisées par des situations.

Les Attaques de panique favorisées par des situations ressemblent aux attaques situationnellement liées mais ne
sont pas de manière invariable associées avec le stimulus et ne surviennent pas nécessairement immédiatement après l’exposition (p. ex., les attaques ont plus de chances de survenir alors que le sujet conduit son véhicule, mais il existe des occasions dans lesquelles le sujet peut conduire sans avoir d’Attaque de panique ou bien, certaines fois, l’Attaque de panique survient après une demi-heure de conduite).

Les sujets consultant pour des attaques de panique inattendues décrivent habituellement la peur comme intense et disent qu’il ont pensé être sur le point de mourir, de perdre le contrôle d’eux-mêmes, d’avoir une crise cardiaque, ou un accident vasculaire cérébral ou de « devenir fou ». Ils rapportent aussi habituellement un désir urgent de
fuir l’endroit quel qu’il soit où l’attaque est survenue. Avec le temps, les Attaques de panique récurrentes inattendues deviennent typiquement des attaques situationnellement liées ou favorisées par des situations, bien que des attaques inattendues puissent persister.
La survenue d’attaques de panique inattendues est nécessaire pour qu’un diagnostic de Trouble panique (avec ou sans Agoraphobie) puisse être porté. Les Attaques de panique situationnellement liées ou les Attaques de panique favorisées par des situations sont fréquentes dans le Trouble panique mais peuvent également survenir dans le contexte d’autres Troubles anxieux et d’autres troubles mentaux. Par exemple, les Attaques de panique situationnellement liées surviennent chez la plupart des sujets souffrant d’une Phobie sociale (p. ex., le sujet fait une Attaque de panique systématiquement à chaque fois qu’il doit parler en public) et chez les sujets souffrant d’une Phobie spécifique (p. ex., le sujet souffrant d’une Phobie spécifique des chiens qui fait
une Attaque de panique systématiquement à chaque fois qu’il voit un chien qui aboie), alors que les Attaques de panique favorisées par des situations surviennent plus typiquement dans le Trouble anxiété généralisée (p. ex., après avoir regardé à la télévision une émission alarmante au sujet d’un ralentissement économique, le sujet devient très préoccupé par sa situation financière et fait une Attaque de panique) et dans le Syndrome de Stress post-traumatique (p. ex., une victime de viol fait parfois des Attaques de panique lorsqu’elle est confrontée à ce qui lui rappelle l’événement traumatisant, tel que voir un homme qui lui rappelle son agresseur).

Diagnostic différentiel

Dans l’évaluation du diagnostic différentiel d’une Attaque de panique, il est important de prendre en compte le contexte dans lequel l’Attaque de panique survient. La distinction entre les Attaques de panique inattendues et celles qui sont situationnellement liées et favorisées par des situations est d’une importance majeure, du fait que
l’ existence d’Attaques de panique inattendues récurrentes est indispensable pour le diagnostic de Trouble panique . Établir si des antécédents d’Attaque de panique justifient un diagnostic de Trouble panique est toutefois compliqué du fait qu’une relation exclusive n’existe pas toujours entre le type d’Attaque de panique et le diagnostic. Par exemple, bien qu’un diagnostic de Trouble panique nécessite théoriquement qu’au moins certaines des Attaques de panique soient inattendues, les sujets présentant un Trouble panique signalent fréquemment avoir des attaques situationnellement liées ou des attaques favorisées par des situations. Ainsi, une évaluation attentive
de l’objet de l’anxiété associée aux Attaques de panique est également importante dans une démarche de diagnostic différentiel. Par exemple, considérons le cas d’une femme qui fait une Attaque de panique avant de prendre la parole en public. Si cette femme signale que l’objet de son anxiété était qu’elle pourrait mourir d’une crise cardiaque imminente et en supposant que les autres critères du diagnostic sont remplis, elle peut souffrir d’un Trouble panique. D’un autre côté, s’il lui semble que l’objet de son anxiété n’est pas une Attaque de panique en soi mais le fait d’être embarrassée et humiliée, alors il est plus probable qu’elle souffre d’une Phobie sociale.

Critères d’une Attaque de panique

Une période bien délimitée de crainte ou de malaise intenses, clans
laquelle au minimum quatre des symptômes suivants sont survenus de
façon brutale et ont atteint leur acmé en moins de dix minutes :
(1) palpitations, battements de coeur ou accélération du rythme
cardiaque
(2) transpiration
(3) tremblements ou secousses musculaires
(4) sensations de « souffle coupé » ou impression (l’étouffement
(5) sensation d’étranglement
(6) douleur ou gêne thoracique
(7) nausée ou gêne abdominale
(8) sensation de vertige, d’instabilité , de tête vide ou impression
d’évanouissement
(9) déréalisation (sentiments (l’irréalité) ou dépersonnalisation
(être détaché de soi)
(10) peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou
(11) peur de mourir
(12) paresthésies (sensations d’engourdissement ou de picotements)
(13) frissons ou bouffées de chaleur

Trouble panique

Le Trouble panique (sans Agoraphobie) est caractérisé par des Attaques de panique récurrentes et inattendues à propos desquelles il existe une inquiétude persistante.

Caractéristiques

La caractéristique essentielle du Trouble panique est la présence d’Attaques de panique récurrentes et inattendues suivies de la crainte persistante pendant au moins un mois d’avoir une autre Attaque de panique, de préoccupations quant aux implications possibles ou aux conséquences de ces Attaques de panique, ou d’un changement significatif de comportement en relation avec les attaques (Critère A).

Les Attaques de panique ne sont pas dues aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., Intoxication par la caféine) ou d’une affection médicale générale (p. ex., hyperthyroïdie) (Critère C).

Finalement, les Attaques de panique ne sont pas mieux expliquées par un autre trouble mental (p. ex., Phobie spécifique ou Phobie sociale, Trouble obsessionnel-compulsif, État de stress post-traumatique, Trouble anxiété de séparation) (Critère D).

Selon que les critères d’Agoraphobie sont remplis ou non Un Trouble panique sans Agoraphobie est diagnostiqué (Critère B).

Une Attaque de panique inattendue (spontanée, non induite) est définie comme une attaque qui n’est pas associée à un facteur déclenchant situationnel (c.-à-d. elle survient à l’improviste). Les facteurs déclenchants comprennent des stimuli qui sont soit externes (p. ex., situation ou objet phobogène), soit internes (stimulations physiologiques) à l’individu. Dans certains cas, le facteur déclenchant apparaît clairement au clinicien alors qu’il n’est pas facilement identifié par le sujet souffrant d’une Attaque de panique. Par exemple, un sujet peut ne pas identifier immédiatement l’activation neurovégétative provoquée par une pièce chaude et encombrée ou les sensations d’évanouissement provoquées par un passage rapide de la position couchée à la position assise comme facteurs déclenchants d’une Attaque de panique, et ainsi, ces attaques sont considérées à ce moment-là comme inattendues. Au moins deux Attaques de panique inattendues sont nécessaires pour le diagnostic mais la plupart des sujets en ont beaucoup plus. Les sujets ayant un Trouble panique ont aussi fréquemment des Attaques de panique favorisées par des situations (c.-à-d. celles survenant le plus souvent mais pas de manière invariable lors de l’exposition à un facteur déclenchant situationnel). Des attaques de panique situationnellement liées (c.-à-d. celles qui surviennent presque invariablement et immédiatement lors de l’exposition à un facteur déclenchant situationnel) peuvent survenir mais sont moins communes.
La fréquence et la sévérité des Attaques de panique varient considérablement. Par exemple, certains sujets ont des attaques moyennement fréquentes (p. ex., une fois par semaine) qui surviennent de manière régulière durant une période de plusieurs mois.
D’autres rapportent de brefs accès d’attaques plus fréquentes (p. ex., tous les jours durant une semaine) séparées par des semaines ou des mois sans aucune attaque, ou avec des attaques moins fréquentes (p. ex., deux par mois) pendant plusieurs années.
Les attaques pauci-symptomatiques (c.-à-d. les attaques identiques aux Attaques de panique « complètes » mais avec une anxiété ou une peur soudaine accompagnée de moins de quatre des treize symptômes supplémentaires) sont très communes chez les sujets ayant un Trouble panique. Bien que la distinction : Attaques de panique complètes
et Attaques pauci-symptomatiques soit quelque peu arbitraire, les Attaques de panique complètes sont associées à une plus grande morbidité (p. ex. plus grand utilisation des services de santé, plus grand handicap fonctionnel, moins bonne qualité de vie). La plupart des sujets qui ont des attaques pauci-symptomatiques ont eu des Attaques
de panique complètes à un certain moment de l’évolution du trouble.
Les sujets ayant un Trouble panique présentent des craintes ou des inférences caractéristiques quant aux implications ou aux conséquences des Attaques de panique. Certains redoutent que les attaques témoignent de la présence d’une maladie non diagnostiquée engageant le pronostic vital (p. ex., maladie cardiaque, épilepsie). Malgré des examens médicaux répétés et un rassurement, ils peuvent demeurer effrayés et n’être pas convaincus qu’ils n’ont pas une maladie engageant le pronostic vital. D’autres redoutent que les Attaques de panique soient le signe qu’ils sont en train de « devenir fous » ou de perdre le contrôle d’eux-mêmes ou qu’ils sont faibles sur le plan émotionnel.
Certains sujets ayant des Attaques de panique récurrentes modifient leur comportement de manière importante (p. ex., abandonnent un travail, évitent tout effort physique) en réponse aux attaques mais dénient le fait d’avoir peur d’une autre attaque ou bien l’existence de craintes concernant les conséquences de leurs Attaques
de panique. Les craintes portant sur une nouvelle attaque ou ses implications sont souvent associées au développement d’un comportement d’évitement qui peut avoir les critères d’une Agoraphobie auquel cas un Trouble panique avec Agoraphobie est diagnostiqué.

Caractéristiques et troubles associés

Outre la préoccupation relative aux Attaques de panique et à leurs implications, de nombreux sujets avant un Trouble panique relatent également des sensations constantes ou intermittentes d’anxiété qui ne sont pas focalisées sur des situations ou des événements spécifiques. D’autres présentent une appréhension excessive à propos des conséquences d’activités et des expériences de la vie quotidienne, particulièrement celles liées à la santé ou à la séparation des êtres chers. Par exemple, des sujets ayant un Trouble panique anticipent souvent une évolution catastrophique de symptômes physiques légers ou bien d’effets secondaires de médicaments (p. ex., penser qu’un mal de tête témoigne d’une tumeur cérébrale ou d’une crise hypertensive). De tels individus sont également beaucoup
moins tolérants aux effets secondaires des médicaments et ont généralement besoin d’une réassurance continuelle afin de pouvoir prendre des médicaments. Chez des sujets dont le Trouble panique n’a pas été traité ou a été mal diagnostiqué, la croyance qu’ils ont une maladie non décelée engageant le pronostic vital peut les conduire à la
fois à une anxiété chronique fragilisante et à des recours excessifs à des soins médicaux.
Cette modalité évolutive peut être très perturbante tant sur le plan émotionnel que financier.
Dans certains cas, la perte ou la rupture de relations interpersonnelles importantes (p. ex., le fait (le quitter son domicile pour vivre seul, le divorce) est associée au début ou à l’exacerbation du Trouble panique. La démoralisation est une conséquence habituelle et de nombreux sujets deviennent découragés, honteux et malheureux en raison de leurs difficultés pour mener à bien leurs activités quotidiennes normales. Ils attribuent souvent ce problème à un manque de « force » ou de « caractère ». Cette démoralisation peut se généraliser à des domaines dépassant les problèmes liés spécifiquement au Trouble panique. Ces sujets peuvent être fréquemment absents du travail ou de l’école pour des consultations médicales ou dans des services d’urgence, ce qui peut conduire au chômage ou à l’abandon des études.
Les taux de comorbidité rapportés avec le Trouble dépressif majeur sont très variables, se situant entre 10 et 65 % chez les sujets avant un Trouble panique. Chez environ un tiers (les sujets présentant les deux troubles, la dépression précède le début du Trouble panique. Dans les deux tiers restants, la dépression survient en même temps
ou suit le début du Trouble panique. Un sous-groupe de sujets, dont certains pourront développer comme conséquence un Trouble lié à l’utilisation de substances, traitent leur anxiété avec de l’alcool ou des médicaments.
La comorbidité avec les autres Troubles anxieux est également habituelle, tout particulièrement dans les services cliniques et chez les sujets qui présentent des forme sévères d’Agoraphobie. Une Phobie sociale et un Trouble anxiété généralisée ont été rapportés chez 15 à 30 % des sujets ayant un Trouble panique, une Phobie spécifique
chez 2 à 20 % et un Trouble obsessionnel-compulsif chez plus de 10 % des sujets ayant un Trouble panique. Bien que dans la littérature le Syndrome de stress post-traumatique existe chez 2 à 10 96 des sujets ayant un Trouble panique, il semble que ces taux soient bien plus importants lorsque les symptômes post-traumatiques sont systématiquement recherchés. Une Anxiété de séparation durant l’enfance peut être associée à ce trouble. Une comorbidité et des symptômes communs avec l’Hypocondrie sont habituels.

Examens complémentaires.

Aucun examen complémentaire ne permet de faire le diagnostic de Trouble panique. Cependant, divers examens complémentaires ont rapporté des anomalies dans des groupes de sujets ayant un Trouble panique comparativement à (les sujets témoins. Certains sujets avant un Trouble panique montrent des signes d’alcalose respiratoire compensatrice (c.-à-d. une diminution du CO, et des taux de bicarbonates avec un pH presque normal). La survenue d’Attaques de panique en réponse aux perfusions de lactate de sodium ou à l’inhalation de CO., est plus habituelle clans le Trouble panique que chez les sujets témoins ou les personnes ayant un Trouble anxiété généralisée.

 

Examen physique et affections médicales générales associées.

De manière transitoire, une tachycardie et une élévation modérée de la pression artérielle systolique peuvent survenir durant certaines Attaques de panique. Des études ont mis en évidence une comorbidité significative entre le Trouble panique et de nombreux symptômes médicaux et affections médicales générales comme, notamment, des vertiges, des arythmies cardiaques, une hyperthyroïdie, un asthme, une bronchopneumopathie chronique obstructive, et un trouble fonctionnel intestinal. Mais la nature de l’association (p. ex., relation de causalité) entre le Trouble panique et ces états demeure obscure. Bien que des études aient suggéré l’existence d’une plus grande fréquence de prolapsus de la valve mitrale et de maladie thyroïdienne chez les sujets avant un Trouble panique comparativement à la population générale, d’autres études n’ont pas retrouvé de prévalence différente.

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Dans certaines cultures, les Attaques de panique peuvent comporter une peur intensed’une action de sorcellerie ou de magie. Le Trouble panique tel qu’il est décrit a été retrouvé clans des études épidémiologiques à travers le monde. De plus, un certain nombre d’affections incluses clans le « Glossaire des syndromes propres à une culture
donnée » peuvent être en rapport avec le Trouble panique. Certains groupes culturels ou ethniques limitent la participation des femmes à la vie publique ; cela doit être distingué de l’Agoraphobie. Le Trouble panique sans Agoraphobie est diagnostiqué cieux fois plus souvent et le Trouble panique avec Agoraphobie trois fois plus
souvent chez les femmes que chez les hommes.

Prévalence

La plupart des études ont retrouvé des taux de prévalence vie entière du Trouble panique (avec ou sans Agoraphobie) situés entre 1 et 2 % bien que des taux aussi élevés que 3,5 % aient été rapportés. Les taux de prévalence sur un an sont compris entre 0,5 et 1,5 %. Les taux de prévalence du Trouble panique en population clinique sont beaucoup plus élevés. Par exemple, le Trouble panique est diagnostiqué chez approximativement 10 % des sujets suivis en consultation de santé mentale. En population clinique non psychiatrique, les taux de prévalence se situent entre 10 et 30 % dans les pathologies vestibulaire, respiratoire et neurologique et sont aussi élevés que 60 % en pathologie cardiologique. Environ un tiers à la moitié des sujets ayant un diagnostic de Trouble panique en population générale ont également une Agoraphobie, bien qu’un taux beaucoup plus élevé d’Agoraphobie soit observé dans les populations cliniques.

Évolution

L’âge de début du Trouble panique varie de manière considérable mais survient le plus typiquement entre la fin de l’adolescence et le milieu de la trentaine, Il y aurait une distribution bimodale avec un pic à la fin de l’adolescence et un second pic, plus faible, au milieu de la trentaine. Un petit nombre de cas débute clans l’enfance ; un début après l’âge de 45 ans est inhabituel mais peut s’observer. Les descriptions rétrospectives faites par les sujets vus dans les services cliniques suggèrent que l’évolution habituelle est chronique et se fait avec des hauts et des bas. Certains sujets peuvent avoir des manifestations épisodiques avec des années de rémission entre elles et d’autres peuvent avoir une symptomatologie sévère de manière continue. Des attaques de panique paucisymptomatiques peuvent apparaître de manière plus fréquente si l’évolution du Trouble panique est chronique. Bien que l’Agoraphobie puisse se développer à tout moment, son début se situe habituellement dans la première année de survenue des Attaques de panique récurrentes. L’évolution de l’Agoraphobie et sa relation avec l’ évolution des Attaques de panique sont variables. Dans certains cas, une diminution ou une rémission des Attaques de panique peut être suivie de près par une diminution correspondante de l’évitement agoraphobique et de l’anxiété. Chez d’autres, l’Agoraphobie peut devenir chronique, que les Attaques de panique soient présentes ou non.
Certains sujets rapportent la possibilité de réduire la fréquence des Attaques de panique par l’évitement de certaines situations. Les études de suivi naturaliste de sujets traités dans des services de santé tertiaire (ou l’on peut avoir une sélection de sujets à mauvais pronostic) suggèrent qu’au bout de six à dix ans après le traitement, environ 30 % des sujets vont hien, 40 à 50 % sont améliorés niais demeurent symptomatiques et les 20
à 30 % restants ont des symptômes identiques ou légèrement aggravés.

Aspects familiaux

Les apparentés biologiques de premier degré des sujets ayant un Trouble panique ont jusqu’à 8 fois plus de risque de développer un Trouble panique. Si l’âge de début du Trouble panique se situe avant 20 ans, les apparentés biologiques de premier degré ont jusqu’à 20 fois plus de risque de développer un Trouble panique. Cependant, dans les services cliniques, près de la moitié à trois quarts des sujets ayant un Trouble panique n’ont pas d’apparentés biologiques de premier degré affectés. Les études de jumeaux montrent l’existence d’un facteur génétique dans le développement du Trouble panique.

 

Critères diagnostiques

A. A la fois (1) et (2) :
(1) Attaques de panique récurrentes et inattendues
(2) au moins une des attaques s’est accompagnée pendant un mois
(ou plus) de l’un (ou plus) des symptômes suivants :
(a) crainte persistante d’avoir d’autres attaques de panique
(b) préoccupations à propos des implications possibles de
l’attaque ou bien de ses conséquences (par ex. perdre le
contrôle, avoir une crise cardiaque, « devenir fou »)
(c) changement de comportement important en relation avec
les attaques
B. Absence d’Agoraphobie
C. Les Attaques de panique ne sont pas dues aux effets physiologiques
directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus,
un médicament) ou d’une affection médicale générale (p. ex.,
hyperthyroïdie).
D. Les Attaques de panique ne sont pas mieux expliquées par un autre
trouble mental, tel une Phobie sociale (p. ex., survenant lors de
l’exposition aux situations sociales redoutées), une Phobie spécifique
(p. ex., lors de l’exposition à une situation phobogène spécifique), un
Trouble obsessionnel-compulsif (p. ex., lors de l’exposition à la saleté
chez quelqu’un ayant une obsession de la contamination), un État de
stress post-traumatique (p. ex., en réponse à des stimulus associés à
un facteur de stress sévère) ou à un Trouble anxiété de séparation
(p. ex., en réponse au fait d’être éloigné du domicile ou des proches).

 

« MAUVAISES PENSEES », « PENSEES AUTOMATIQUES » : les croyances irrationnelles

Croyances irrationnelles et « mauvaises pensées » : origines, mécanismes et lien avec la peau

Mauvaises pensées récurrentes ou croyances irrationnelles
Mauvaises pensées récurrentes ou croyances irrationnelles

Psycho-dermatologie : le lien entre croyances irrationnelles et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions profondes entre la psyché et la peau. Ces interactions sont bidirectionnelles : la peau réagit à l’état émotionnel et, en retour, les maladies cutanées influencent le vécu psychologique du patient. Les croyances irrationnelles — pensées automatiques négatives, rigides et généralisées — jouent un rôle central dans cette relation.

Croyances irrationnelles et peau : exemples concrets :

  • « Je suis laid(e), ma peau me dégoûte » → dysmorphophobie cutanée, consultations répétées pour des imperfections mineures, demandes irréalistes de traitements esthétiques.
  • Perfectionnisme et honte du corps → dermatillomanie (grattage compulsif des imperfections cutanées), excoriation pathologique, lésions cutanées auto-induites.
  • Anxiété chronique et stress → poussées de psoriasis, d’eczéma, d’urticaire, d’acné, de pelade, aggravation du vitiligo — le stress oxydatif et la libération de neuropeptides cutanés (substance P, CRH) entretenant l’inflammation.
  • Croyances de rejet et honte sociale → isolement du patient atteint de maladies cutanées visibles (acné sévère, psoriasis du visage, rosacée), renforçant la croyance initiale d’être « différent » et aggravant la souffrance.
  • Troubles psychosomatiques → prurit psychogène, dermographisme émotionnel, hyperhidrose liée à l’anxiété sociale.

Comprendre les mécanismes des croyances irrationnelles permet au dermatologue de mieux appréhender les patients dont les lésions cutanées sont entretenues ou amplifiées par un contexte psychologique difficile, et d’orienter vers une prise en charge pluridisciplinaire adaptée.

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Qu’est-ce qu’une croyance irrationnelle ?

Nous sommes censés avoir une vision rationnelle de nous-mêmes (« j’ai des forces et des faiblesses »), du monde (« le monde est imparfait mais relativement sûr ») et des autres (« les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants »). Or, nous développons fréquemment une vision irrationnelle, extrême, négative et rigide de la réalité : « je suis nul », « le monde est dangereux », « les gens sont tous agressifs ».

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues, notamment durant l’enfance, période de plasticité cérébrale maximale (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour). Un traumatisme, une maltraitance, une carence affective peuvent « câbler » le cerveau de façon inadaptée. Des facteurs génétiques contribuent également à cette vulnérabilité.

Lorsque ces croyances deviennent rigides, envahissantes et sources de souffrance, elles mènent aux troubles de la personnalité, par sur-utilisation inadaptée de stratégies comportementales primaires (compétition, méfiance, évitement, agression, dépendance…) qui perdent leur fonction adaptative.

Les trois parades face aux croyances rigides

Face à des croyances douloureuses, la personne développe généralement l’une ou plusieurs des trois stratégies suivantes :

1. La capitulation — La personne renforce ses croyances en ne percevant que les éléments qui les confirment (biais de confirmation), ignorant tout ce qui les infirme.

2. La fuite — La personne évite les situations ou les pensées qui alimentent ses croyances, parfois en en étant totalement inconsciente. Ex. : éviter les soirées par peur d’être ridicule.

3. Le contre-pied — La personne adopte un comportement inverse à sa croyance, mais de façon excessive, ce qui finit par confirmer la croyance initiale. Ex. : une personne ayant peur d’être rejetée devient si envahissante que les autres s’éloignent effectivement.

Types de contextes familiaux et croyances associées

1/ Familles brutales ou strictes → croyances de rejet, d’abandon, de méfiance

Ces familles sont caractérisées par l’instabilité, la froideur affective, des explosions de colère parentale, des punitions disproportionnées ou une maltraitance. Il en résulte plusieurs croyances fondamentales :

Peur de l’abandon

L’instabilité du cadre familial crée chez l’enfant une insécurité affective profonde et une peur chronique d’être abandonné. Cette croyance est au cœur de la personnalité borderline, qui se manifeste en psycho-dermatologie par des automutilations, des scarifications et des comportements d’excoriation compulsive.

Méfiance généralisée

Les autres sont perçus comme potentiellement dangereux, malhonnêtes et malveillants. Cette croyance fonde la personnalité paranoïaque.

« Personne ne m’aime »

L’enfant intègre que ses besoins affectifs ne seront jamais satisfaits. Cette croyance génère isolement social et dépression, facteurs d’aggravation de nombreuses maladies cutanées inflammatoires.

« Je ne vaux rien »

Croyance fondamentale de la personnalité évitante. En dermatologie, elle se traduit par une dysmorphophobie, un vécu catastrophique de l’acné ou du psoriasis, et une résistance à montrer sa peau lors des consultations.

« Je suis différent, je ne m’intègre pas »

Sentiment d’isolement et d’étrangeté vis-à-vis du monde social. On retrouve ce trait chez le NERD (personnalité schizoïde) et dans la personnalité schizotypique (personnalité bizarre).

En psycho-dermatologie : La honte corporelle et la peur du rejet liées à ces croyances aggravent significativement le vécu des maladies cutanées visibles (acné, psoriasis du visage, vitiligo). L’évaluation du retentissement psychologique fait partie du bilan dermatologique complet.

2/ Familles surprotectrices → manque d’autonomie et sentiment d’incompétence

Dans ces familles, l’enfant est privé d’expériences autonomes. Il développe la conviction de ne pas pouvoir se débrouiller seul et intègre une dépendance chronique aux autres.

« Je suis incapable de me débrouiller seul »

Croyance centrale de la personnalité dépendante. En dermatologie, ces patients délèguent entièrement leur prise en charge, ne suivent pas les traitements sans supervision constante et craignent de prendre une décision thérapeutique autonome.

« Il va arriver une catastrophe »

Anxiété anticipatoire extrême. En psycho-dermatologie, cette croyance alimente l’anxiété de santé (crainte d’un cancer cutané devant chaque grain de beauté), les consultations répétées pour des lésions bénignes, et l’hyperhidrose liée à l’anxiété chronique.

« Je suis nul, je ne réussirai jamais »

Variante du sentiment d’incompétence, souvent associée à la personnalité évitante. Renforce l’abandon thérapeutique précoce (« de toute façon ça ne marchera pas »).

3/ Familles permissives → manque de limites et de frustration tolérée

Ces familles sans cadre ni discipline produisent des enfants incapables de différer la satisfaction de leurs désirs ou de respecter les droits des autres.

« Les droits des autres, je m’en fiche »

Croyance caractéristique du psychopathe ou sociopathe. En dermatologie : simulation de lésions, dermite factice, observance nulle, comportements addictifs générateurs de lésions cutanées.

Comportement d’enfant gâté

Intolérance à la frustration, impulsivité, recherche du plaisir immédiat. Ces traits rendent la prise en charge des maladies cutanées chroniques (acné kystique, psoriasis, eczéma) particulièrement difficile : le patient abandonne le traitement dès qu’il ne voit pas de résultat immédiat.

4/ Parents centrés sur eux-mêmes → dépendance affective et besoin d’approbation

Dans ces familles, l’enfant doit réprimer ses besoins pour satisfaire ceux des parents. Il développe une dépendance excessive au regard des autres pour construire son estime de soi.

Soumission et colère refoulée

La soumission chronique génère une colère refoulée qui peut se somatiser sous forme de troubles psychosomatiques cutanés : prurit chronique sine materia, urticaire émotionnelle, poussées d’eczéma lors de conflits relationnels.

« Les autres comptent plus que moi »

Hypersensibilité aux souffrances des autres, culpabilité d’exister, ressentiment paradoxal. Ces patients ont tendance à minimiser leurs propres symptômes cutanés et à consulter tardivement.

« Je veux qu’on m’aime »

Besoin excessif d’approbation, théâtralisme, importance accordée aux apparences. Croyance centrale de la personnalité histrionique. En dermatologie, elle se manifeste par des demandes répétées de traitements esthétiques pour maintenir l’approbation sociale, parfois avec des attentes irréalistes.

5/ Familles perfectionnistes → hypervigilance, rigidité et contrôle

Dans ces familles laborieuses où l’erreur est inadmissible, l’enfant développe une peur permanente de faillir et un besoin de contrôle total sur son environnement.

Peur de l’erreur et négativisme

Anxiété chronique, pessimisme, mécontentement constant. Contexte favorable aux poussées de psoriasis, d’eczéma et d’acné liées au stress.

« Je veux tout contrôler »

Perfectionnisme extrême, ritualisation, difficulté à tolérer les imperfections. Cette tendance est le lit de la personnalité obsessionnelle (perfectionniste). En psycho-dermatologie, elle est intimement liée à la dermatillomanie (excoriation pathologique) : la personne gratte compulsivement ses imperfections cutanées pour les « corriger », créant des lésions bien plus visibles que celles qu’elle voulait effacer.

Alerte dermato — dermatillomanie : La dermatillomanie (Excoriation Disorder, DSM-5) est un trouble du contrôle des impulsions caractérisé par un grattage compulsif de la peau. Elle est souvent associée au perfectionnisme, à l’anxiété et aux TOC. Le dermatologue est fréquemment le premier médecin consulté. Devant des lésions d’excoriation multiples à divers stades cicatriciels, évoquez ce diagnostic et orientez vers une prise en charge cognitive et comportementale spécialisée.

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Peut-on changer ses croyances irrationnelles ?

Oui. Les neurosciences ont démontré que le cerveau humain adulte reste plastique : il est possible de remodeler des croyances anciennes. C’est tout le travail du psychologue, notamment dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales (TCC).

Le thérapeute procède en trois étapes selon le modèle ABC :

  • A — Activateur : la situation déclenchante (ex. : regarder sa peau dans le miroir).
  • B — Blabla (pensée automatique) : la croyance irrationnelle déclenchée (ex. : « ma peau est horrible, personne ne me regardera »).
  • C — Conséquence émotionnelle : la réaction émotionnelle et comportementale qui s’ensuit (ex. : anxiété, isolement, grattage compulsif).

En remontant ce fil, le psychologue aide le patient à conscientiser la distorsion cognitive et, par un travail progressif, à modifier ses croyances automatiques.

Bonne pratique : Dans les maladies cutanées à fort retentissement psychologique (psoriasis sévère, acné nodulaire, alopécie, vitiligo étendu), l’association d’un suivi dermatologique et d’une TCC améliore significativement non seulement la qualité de vie, mais aussi le contrôle de la maladie cutanée elle-même, en réduisant les poussées liées au stress.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la psycho-dermatologie ?

La psycho-dermatologie est la spécialité qui étudie les relations entre la psyché et la peau. Elle recouvre les maladies cutanées aggravées par le stress (psoriasis, eczéma, acné), les troubles psychiatriques qui se manifestent sur la peau (dermatillomanie, trichotillomanie, dermite factice) et l’impact psychologique des maladies de peau sur la qualité de vie.

Le stress peut-il vraiment déclencher une poussée de psoriasis ou d’eczéma ?

Oui. Le stress chronique active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et entraîne la libération de neuropeptides pro-inflammatoires (substance P, CRH) dans la peau, qui amplifient l’inflammation cutanée. Des études cliniques ont montré que le stress est l’un des premiers facteurs déclenchants des poussées de psoriasis, d’eczéma et d’urticaire chronique.

Qu’est-ce que la dermatillomanie ?

La dermatillomanie (ou trouble d’excoriation, DSM-5) est un trouble du contrôle des impulsions caractérisé par un grattage compulsif et répété de la peau, créant des lésions visibles. Elle est souvent liée au perfectionnisme, à l’anxiété et aux TOC. Le dermatologue est fréquemment le premier médecin consulté. Le traitement de référence est la thérapie cognitivo-comportementale, parfois associée à un traitement médicamenteux.

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) améliorent-elles les maladies de peau ?

Oui, pour les maladies à fort retentissement psychologique. Des études montrent que la TCC réduit la fréquence et l’intensité des poussées de psoriasis et d’eczéma, améliore la qualité de vie des patients atteints d’alopécie ou de vitiligo, et est le traitement de référence de la dermatillomanie et de la trichotillomanie.

Comment savoir si mon problème de peau a une composante psychologique ?

Plusieurs signaux orientent vers une composante psychologique : aggravation des lésions lors de périodes de stress, grattage ou manipulation compulsive de la peau, vécu très négatif des lésions disproportionné par rapport à leur étendue réelle, ou lésions dont la morphologie atypique évoque une auto-induction. Votre dermatologue peut évaluer ce retentissement et vous orienter vers le spécialiste approprié.

À lire aussi – Dermatoses à composante psychologique :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

BIPOLAIRE : la personne bipolaire

Trouble bipolaire : ce que le dermatologue doit reconnaître — psychoderm atologie et manifestations cutanées

La psychoderm atologie est la discipline qui explore les liens entre les maladies psychiatriques et la peau. Le trouble bipolaire en est l’un des exemples les plus riches : selon la phase traversée — dépressive, maniaque, hypomaniaque ou mixte — les répercussions cutanées sont radicalement différentes, et le dermatologue est souvent le premier médecin à percevoir les signaux d’alerte. Négligence de soi et excoriations répétées pendant les phases dépressives, comportements à risque et soins cutanés excessifs en phase maniaque, effets secondaires cutanés parfois sévères des traitements thymorégulateurs — le trouble bipolaire laisse des traces sur la peau que le dermatologue formé peut apprendre à lire. Cet article présente les critères diagnostiques du trouble bipolaire tels que définis par le DSM, reformulés et enrichis d’une perspective dermatologique clinique.

Trouble bipolaire et peau
Le trouble bipolaire laisse des traces sur la peau selon la phase traversée
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Le Dr Rousseau, dermatologue, intègre la dimension psychoderm atologique dans sa prise en charge. Certaines lésions cutanées — excoriations, effluvium télogène, acné de stress — nécessitent une évaluation globale.
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Sommaire :
Trouble bipolaire et peau : les liens cliniques |
Effets cutanés des traitements bipolaires |
Épisode maniaque |
Épisode mixte |
Épisode hypomaniaque |
Trouble bipolaire I |
Trouble bipolaire II |
Trouble cyclothymique |
Pages liées |
Questions fréquentes

Trouble bipolaire et peau : les liens cliniques essentiels

En consultation dermatologique, plusieurs tableaux doivent alerter sur un possible trouble bipolaire sous-jacent :

Phase bipolaire Manifestations cutanées associées Signal pour le dermatologue
Phase dépressive Négligence de soi, hygiène insuffisante, dermatillomanie (excoriations répétées de la peau), aggravation de l’acné, effluvium télogène, grattage chronique Patient présentant des lésions d’excoriations multiples à des stades différents, sur fond de tristesse et repli
Phase maniaque Comportements à risque (tatouages impulsifs, piercings multiples, expositions solaires excessives), soins cutanés excessifs ou extravagants, exposition solaire prolongée sans protection, comportements sexuels à risque → IST Patient présentant des modifications comportementales cutanées brusques, achats compulsifs de cosmétiques, expositions solaires impulsives
Phase mixte / hypomaniaque Trichotillomanie (arrachage compulsif des cheveux), excoriations, labilité dans les soins cutanés Plaques alopéciques linéaires, excoriations géométriques sur fond d’agitation

La dermatillomanie (trouble d’excoriation) dans le trouble bipolaire

La dermatillomanie — comportement répétitif centré sur le corps consistant à se gratter, presser ou pincer compulsivement la peau — est particulièrement fréquente dans les phases dépressives et mixtes du trouble bipolaire. Elle produit des lésions d’excoriation à des stades différents (croûtes récentes, cicatrices anciennes, plaies fraîches en cours), caractéristiques et souvent localisées sur le visage, les bras, les épaules. Le dermatologue peut être le premier à orienter le patient vers une évaluation psychiatrique en identifiant ce tableau. Voir aussi : acné (souvent exacerbée par le grattage) et chéloïdes (cicatrices consécutives).

💡 Reflexe psychoderm atologique : devant des excoriations multiples à des stades différents sans lésion primaire identifiable, toujours explorer la dimension psychiatrique — trouble bipolaire, TOC, trouble de la personnalité borderline. Un encadrement pluridisciplinaire dermatologue-psychiatre améliore significativement le pronostic cutané.

Effets cutanés des traitements du trouble bipolaire

Le dermatologue est fréquemment confronté aux effets secondaires cutanés des thymorégulateurs prescrits dans le trouble bipolaire. Les reconnaître est essentiel pour ne pas interrompre abusivement un traitement psychiatrique stabilisant.

Traitement Effets cutanés principaux Conduite à tenir
Lithium Aggravation du psoriasis (effet déclenchant ou aggravant documenté), acné à lithium, alopécie (souvent réversible), eczéma, folliculites Concertation psychiatre-dermatologue ; traitements locaux du psoriasis ou de l’acné sans arrêter le lithium sauf décision conjointe
Lamotrigine (Lamictal®) Éruptions cutanées dans 10 % des cas — risque rare mais grave de syndrome de Stevens-Johnson / Lyell (nécrolyse épidermique toxique) surtout lors de l’introduction rapide ou de l’association au valproate ⚠️ Urgence dermatologique — arrêt immédiat si éruption muqueuse ou bulleuse — hospitalisation en unité spécialisée
Valproate (Dépakote®) Alopécie parfois importante (réversible à l’arrêt ou avec supplémentation zinc/sélénium), acné Bilan thyroïdien et ferritine pour éliminer une cause associée ; supplémentation zinc possible
Antipsychotiques atypiques Photosensibilisation, sécheresse cutanée, acné, rosacée-like pour certaines molécules Photoprotection SPF 50+, émollients, traitement local adapté
⚠️ Syndrome de Stevens-Johnson / Lyell sous lamotrigine : toute éruption cutanée débutante avec atteinte des muqueuses (bouche, yeux, organes génitaux) sous lamotrigine est une urgence vitale. Arrêt immédiat du médicament et appel du 15. Ne jamais attendre pour consulter. Voir urgences dermatologiques.

1. L’épisode maniaque

Définition et critères

Un épisode maniaque est une période nettement délimitée d’élévation anormale et persistante de l’humeur (expansive, euphorique ou irritable), d’une durée d’au moins une semaine (ou moins si une hospitalisation est nécessaire).

Pour être retenu, cet épisode doit s’accompagner d’au moins 3 des symptômes suivants (4 si l’humeur est irritable plutôt qu’expansive) :

Critère B Description clinique
B1 — Estime de soi Augmentation de l’estime de soi allant de la confiance excessive aux idées de grandeur délirantes (croire avoir une mission divine, des capacités extraordinaires)
B2 — Sommeil Réduction du besoin de sommeil : le sujet se réveille après 3 h de sommeil en se sentant reposé, peut rester plusieurs jours sans dormir sans fatigue apparente
B3 — Logorrhée Discours pressant, rapide, bruyant, difficile à interrompre, riche en jeux de mots, maniérisme, tirades coléreuses si humeur irritable
B4 — Fuite des idées Pensée s’emballant plus vite qu’elle ne peut être énoncée, changements brusques de sujets, discours parfois désorganisé
B5 — Distractibilité Incapacité à filtrer les stimuli non pertinents (bruit de fond, cravate de l’interlocuteur) — pensées partiellement inadaptées
B6 — Hyperactivité Projets excessifs et simultanés — engagement accru dans des activités sociales, professionnelles, sexuelles — agitation psychomotrice
B7 — Activités à risque Achats extravagants, conduite dangereuse, investissements insensés, comportements sexuels inhabituels, jeu pathologique — sans conscience du danger

Critères supplémentaires : l’épisode doit entraîner une altération marquée du fonctionnement (professionnel, social) ou nécessiter une hospitalisation (Critère D), et ne pas être dû à une substance, un médicament ou une affection médicale (Critère E).

📌 Signal dermatologique : en phase maniaque, le patient peut venir consulter pour un piercing ou un tatouage réalisé impulsivement, pour une brûlure solaire après une exposition prolongée sans protection, ou pour des lésions cutanées liées à des comportements sexuels à risque. La modification brusque du style vestimentaire et du maquillage (souvent extravagant) peut également attirer l’attention lors de la consultation.

Évolution

L’âge moyen de survenue du premier épisode maniaque se situe au début de la 3e décennie. Les épisodes débutent typiquement de façon soudaine, durent de quelques semaines à plusieurs mois, et font souvent suite à des stress psychosociaux ou à des modifications du rythme veille-sommeil (décalage horaire, privation de sommeil). Dans 50 à 60 % des cas, un épisode dépressif majeur précède ou suit immédiatement l’épisode maniaque.

2. L’épisode mixte

Un épisode mixte est défini comme une période d’au moins une semaine au cours de laquelle coexistent simultanément les critères d’un épisode maniaque et d’un épisode dépressif majeur, presque tous les jours. La symptomatologie comprend typiquement : agitation, insomnie, troubles de l’appétit, caractéristiques psychotiques et idées suicidaires. Le risque suicidaire est particulièrement élevé dans les états mixtes, car le patient présente à la fois une souffrance dépressive et l’énergie suffisante pour passer à l’acte.

⚠️ En consultation dermatologique : un patient présentant des excoriations profondes ou des lésions de scarification associées à un état agité et dysphorique simultané doit faire l’objet d’une orientation psychiatrique urgente. La coexistence d’agitation et de désespoir (état mixte) est la configuration la plus à risque suicidaire.

Les épisodes mixtes sont plus fréquents chez les sujets jeunes et chez ceux de plus de 60 ans. Ils semblent plus fréquents chez les hommes.

3. L’épisode hypomaniaque

L’épisode hypomaniaque partage les mêmes symptômes que l’épisode maniaque (mêmes critères B1 à B7), mais avec trois différences capitales :

Épisode maniaque Épisode hypomaniaque
Durée minimale 1 semaine 4 jours
Sévérité fonctionnelle Altération marquée du fonctionnement — hospitalisation souvent nécessaire Modification nette observable, mais sans altération marquée ni hospitalisation
Caractéristiques psychotiques Possibles (délires, hallucinations) Absentes par définition

L’humeur hypomaniaque peut être contagieuse et sembler productive — certains sujets connaissent une amélioration de leur efficience et de leur créativité pendant ces phases. C’est ce qui explique la fréquente méconnaissance du trouble : le patient ne se sent pas malade. Dans 5 à 15 % des cas, un épisode hypomaniaque évolue vers un épisode maniaque franc.

💡 En consultation dermatologique : certains patients arrivent en phase hypomaniaque avec des demandes esthétiques multiples et rapidement changeantes (plusieurs zones à traiter en une consultation, changements d’avis successifs, euphorie enthousiaste). Cette présentation doit alerter : une décision esthétique irréversible (tatouage, peeling profond) prise en période hypomaniaque peut être profondément regrettée en phase dépressive suivante.

4. Le trouble bipolaire I

Le trouble bipolaire I est caractérisé par la survenue d’un ou plusieurs épisodes maniaques ou mixtes, habituellement accompagnés d’épisodes dépressifs majeurs. C’est la forme la plus sévère du spectre bipolaire.

Données épidémiologiques et évolution

  • Âge de début moyen : 20 ans — chez les hommes comme chez les femmes
  • Risque de récurrence : >90 % après un premier épisode maniaque
  • Mortalité suicidaire : 10 à 15 % — surtout en phase dépressive ou mixte
  • Fréquence équivalente hommes/femmes, à la différence du trouble dépressif majeur
  • Chez les hommes, le premier épisode est plus souvent maniaque ; chez les femmes, plus souvent dépressif
  • Les cycles rapides (≥ 4 épisodes/an) représentent 5 à 15 % des cas et sont associés à un pronostic moins favorable

Facteurs organiques à éliminer

Un premier épisode maniaque après 40 ans doit toujours faire rechercher une cause organique : hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, tumeur cérébrale, sclérose en plaques, prise de corticoïdes. En dermatologie, la prescription prolongée de dermocorticoïdes forts ou de corticoïdes systémiques peut déclencher des épisodes d’allure maniaque — à distinguer d’un trouble bipolaire constitutionnel.

5. Le trouble bipolaire II

Le trouble bipolaire II est caractérisé par des épisodes dépressifs majeurs récurrents avec au moins un épisode hypomaniaque, sans jamais d’épisode maniaque ou mixte. L’existence d’un seul épisode maniaque ou mixte fait basculer le diagnostic en trouble bipolaire I.

C’est souvent le trouble le plus difficile à diagnostiquer : les patients consultent généralement pour leur dépression, et les épisodes hypomaniaques — vécus comme des périodes d’efficience accrue — ne sont pas spontanément rapportés. L’information des proches est indispensable au diagnostic.

Le trouble bipolaire II est plus fréquent chez les femmes. Les épisodes dépressifs y prédominent, avec un risque suicidaire significatif (10 à 15 %). Il est associé à un risque accru de personnalité borderline, de troubles des conduites alimentaires, de trouble panique et de phobie sociale.

6. Le trouble cyclothymique

Le trouble cyclothymique est défini par de nombreuses périodes de symptômes hypomaniaques et dépressifs n’atteignant pas les seuils des épisodes caractérisés, évoluant depuis au moins 2 ans (1 an chez l’enfant) sans intervalle libre de plus de 2 mois. Il est souvent perçu comme un tempérament particulier — lunatique, imprévisible, créatif — avant d’être reconnu comme un trouble de l’humeur.

Le risque d’évolution vers un trouble bipolaire I ou II est de 15 à 50 % sur la vie entière. En dermatologie, les patients cyclothymiques peuvent présenter des variations dans leurs comportements cutanés et leurs demandes esthétiques corrélées aux fluctuations thymiques.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre trouble bipolaire I et II du point de vue dermatologique ?

Dans le trouble bipolaire I, les épisodes maniaques peuvent entraîner des comportements cutanés impulsifs et marqués — tatouages, piercings, expositions solaires sans protection, comportements sexuels à risque. Dans le trouble bipolaire II, les épisodes hypomaniaques sont plus discrets mais les phases dépressives profondes peuvent favoriser la dermatillomanie et la négligence cutanée. Dans les deux cas, les thymorégulateurs peuvent avoir des effets cutanés significatifs que le dermatologue doit connaître.

Le lithium aggrave-t-il vraiment le psoriasis ?

Oui — l’effet du lithium sur le psoriasis est bien documenté : il peut déclencher ou aggraver un psoriasis existant. Cet effet doit être discuté en concertation avec le psychiatre prescripteur. Il ne justifie pas un arrêt du lithium décidé unilatéralement par le dermatologue — un thymorégulateur alternatif peut être envisagé si le psoriasis est sévère et résistant. Le traitement local du psoriasis peut être intensifié pour permettre la poursuite du lithium.

Qu’est-ce que la dermatillomanie et comment se manifeste-t-elle ?

La dermatillomanie (trouble d’excoriation) est un comportement répétitif centré sur le corps : le patient se gratte, se pince ou presse compulsivement sa peau, souvent sur le visage, les bras ou les épaules. Elle est associée à plusieurs troubles psychiatriques dont le trouble bipolaire, le TOC et la dépression. En consultation dermatologique, elle se présente comme des lésions d’excoriation à différents stades (cicatrices, croûtes, plaies fraîches), souvent géométriques, sur fond d’acné aggravée par le grattage ou sans lésion primaire identifiable. Un encadrement pluridisciplinaire est nécessaire.

Les antidépresseurs peuvent-ils déclencher un épisode maniaque ?

Oui — c’est un fait clinique important. En dermatologie, certains patients reçoivent des antidépresseurs pour des troubles de l’humeur associés à leur pathologie cutanée (dépression liée au psoriasis ou à l’eczéma sévère). Si un épisode d’allure maniaque ou hypomaniaque survient sous antidépresseur, il s’agit d’un « trouble de l’humeur induit par une substance » selon le DSM — et non d’un passage à un trouble bipolaire. Cependant, cela peut révéler une diathèse bipolaire sous-jacente. Une réévaluation psychiatrique s’impose.

Comment le dermatologue peut-il orienter un patient bipolaire sans le stigmatiser ?

Avec tact et sans diagnostic psychiatrique intempestif. Le dermatologue peut simplement évoquer qu’il perçoit un lien entre l’état émotionnel et les lésions cutanées, et suggérer qu’un accompagnement global serait bénéfique. Il peut proposer au patient une consultation avec son médecin traitant pour évaluer le contexte général. Certaines formulations bienveillantes comme « Je remarque que ces lésions semblent liées à des moments de grande tension — une prise en charge globale pourrait vraiment aider votre peau » ouvrent le dialogue sans heurter.

Voir aussi :
Psoriasis |
Acné |
Alopécie |
Cortisone |
Urgences dermatologiques


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Mis à jour le 12 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.
Cet article est rédigé à partir des critères du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) et intégré dans une perspective dermatologique clinique. Il ne constitue pas un outil de diagnostic psychiatrique et ne remplace pas une évaluation spécialisée.

DEPRESSION : la dépression ou déprime

La dépression nerveuse : épisode dépressif, trouble dépressif majeur et dysthymie

Dépression nerveuse
La dépression est un trouble de l’humeur fréquent, tratable et aux multiples répercussions cutanées

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les troubles de l’humeur sont des troubles dont la caractéristique principale est une perturbation durable de l’humeur. L’épisode dépressif peut survenir isolément, ou être associé à un épisode maniaque ou hypomaniaque (on parle alors de trouble bipolaire).

Psycho-dermatologie : dépression et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions profondes entre la psyché et la peau. La dépression est l’un des troubles psychiatriques les plus fréquemment rencontrés en consultation dermatologique, à double titre : elle est à la fois une conséquence des maladies cutanées chroniques et un facteur aggravant de ces mêmes maladies.

Dépression et peau : liens cliniques concrets :

  • Psoriasis, eczéma, urticaire chronique : la dépression est 2 à 3 fois plus fréquente dans ces populations que dans la population générale. La dépression aggrave l’inflammation cutanée via la dérégulation de l’axe corticotrope (hypercortisolémie) et la dysrégulation immunitaire (augmentation des cytokines pro-inflammatoires IL-6, TNF-α).
  • Pelade : associée à des épisodes dépressifs dans 30 à 40 % des cas ; la perte de cheveux renforce elle-même la dépression, créant un cercle vicieux psycho-dermatologique.
  • Acné sévère : la dépression est une complication fréquente et sous-diagnostiquée, particulièrement chez l’adolescent. L’isotrétinoïne (Roaccutane®), traitement de référence de l’acné kystique, fait l’objet d’un suivi psychiatrique obligatoire en raison d’un risque d’aggravation dépressive.
  • Négligence de l’hygiène cutanée : le ralentissement psychomoteur et la perte d’énergie caractéristiques de la dépression entraînent une dégradation de la toilette, aggravant dermatites, infections et escarres chez les patients alités.
  • Grattage et excoriation : le prurit psychogène et la dermatillomanie s’aggravent lors des épisodes dépressifs.
  • Observance thérapeutique réduite : l’anhédonie, la fatigue et le sentiment de dévalorisation réduisent l’adhérence aux traitements dermatologiques locaux, souvent perçus comme vains par le patient déprimé.

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1/ L’épisode dépressif majeur

La caractéristique essentielle de l’épisode dépressif majeur est une humeur dépressive ou une perte d’intérêt ou de plaisir pour presque toutes les activités, persistant au moins deux semaines. Chez l’enfant ou l’adolescent, l’humeur peut être irritable plutôt que triste.

Critères diagnostiques (DSM)

A. Au moins 5 des 9 symptômes suivants pendant une même période de 2 semaines (dont obligatoirement le symptôme 1 ou 2) :

  1. Humeur dépressive pratiquement toute la journée (tristesse, sentiment de vide, pleurs). Chez l’enfant/adolescent : irritabilité.
  2. Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour presque toutes les activités.
  3. Perte ou gain de poids significatif (> 5 % en un mois) ou modification de l’appétit.
  4. Insomnie ou hypersomnie.
  5. Agitation ou ralentissement psychomoteur observable par les autres.
  6. Fatigue ou perte d’énergie.
  7. Sentiment de dévalorisation ou culpabilité excessive ou inappropriée.
  8. Diminution de l’aptitude à penser, à se concentrer ou indécision.
  9. Pensées de mort récurrentes, idées suicidaires, tentative ou plan de suicide.

B. Ne répond pas aux critères d’un épisode mixte.
C. Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement social/professionnel.
D. Non imputable à une substance ou une affection médicale générale (ex. hypothyroïdie).
E. Non mieux expliqué par un deuil récent (< 2 mois) sans complications sévères.

Caractéristiques et troubles associés

Au cours d’un épisode dépressif majeur, on peut observer des ruminations obsessionnelles, une anxiété, des phobies, des préoccupations excessives sur la santé physique et des douleurs somatiques (céphalées, douleurs articulaires, abdominales). Certaines cultures expriment la dépression principalement à travers des plaintes somatiques : « nerfs » et céphalées (cultures latines), faiblesse et « déséquilibre » (cultures asiatiques), problèmes avec le « cœur » (cultures moyen-orientales).

Point clinique dermato : Les plaintes somatiques de la dépression peuvent masquer une maladie cutanée sous-jacente ou inversement, une dermatose douloureuse chronique (prurit, neuropathie cutanée, zona post-herpétique) peut déclencher un épisode dépressif. Le dermatologue doit systématiquement évaluer le retentissement psychologique de toute maladie cutanée chronique invalidante.

Les conséquences les plus graves sont la tentative de suicide et le suicide. Le risque suicidaire est particulièrement élevé en présence de caractéristiques psychotiques, d’antécédents suicidaires, d’antécédents familiaux ou d’une consommation simultanée de substances.

Urgence : Si votre patient exprime des idées suicidaires, orientez-le immédiatement vers les urgences psychiatriques ou le 15 (SAMU). En France, le numéro national de prévention du suicide est le 3114 (disponible 24h/24).

2/ Le trouble dépressif majeur

Le trouble dépressif majeur se caractérise par un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs sans antécédent d’épisode maniaque, mixte ou hypomaniaque. Il est associé à une mortalité élevée : jusqu’à 15 % des patients souffrant d’un trouble dépressif majeur sévère meurent par suicide. Le taux de mortalité toutes causes est 4 fois plus élevé après 55 ans.

Critères diagnostiques :

  • Épisode isolé : présence d’un épisode dépressif majeur sans antécédent maniaque ni hypomaniaque, non surajouté à un trouble psychotique.
  • Épisode récurrent : au moins deux épisodes dépressifs majeurs séparés d’au moins 2 mois sans critères dépressifs complets, sans antécédent d’épisode maniaque ni hypomaniaque.

Le trouble dépressif majeur est 2 fois plus fréquent chez la femme. Il débute en moyenne au milieu de la 3e décennie, mais peut survenir à tout âge. Il est fréquemment associé à des maladies médicales générales (diabète, infarctus, cancer, AVC), qui en aggravent le pronostic et dont il complique la prise en charge.

Évolution et pronostic

Nombre d’épisodes antérieurs Risque de nouvel épisode
1 épisode 60 %
2 épisodes 70 %
3 épisodes ou plus 90 %

Un épisode non traité dure en moyenne 4 mois ou plus. Environ 40 % des patients remplissent encore les critères à un an du diagnostic. Chez 5 à 10 % des patients, les critères d’un épisode dépressif majeur sont présents en continu depuis 2 ans ou plus.

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3/ Le trouble dysthymique

Le trouble dysthymique se caractérise par une humeur dépressive chronique, présente plus d’un jour sur deux pendant au moins 2 ans (1 an chez l’enfant/adolescent), sans atteindre les critères complets d’un épisode dépressif majeur.

Critères diagnostiques clés :

A. Humeur dépressive chronique (> 1 jour/2 pendant ≥ 2 ans).
B. Au moins 2 des symptômes suivants lors des périodes dépressives : perte d’appétit ou hyperphagie, insomnie ou hypersomnie, fatigue, faible estime de soi, difficultés de concentration, sentiment de désespoir.
C. Jamais plus de 2 mois consécutifs sans symptômes sur la période de 2 ans.
D. Aucun épisode dépressif majeur pendant les 2 premières années.
E. Jamais d’épisode maniaque, mixte ou hypomaniaque.
F-G. Non expliqué par un trouble psychotique, une substance ou une affection médicale générale.
H. Souffrance significative ou altération du fonctionnement.

La dysthymie a souvent un début précoce et insidieux (enfance, adolescence). Les patients la décrivent souvent comme « j’ai toujours été comme ça », ne percevant pas son caractère pathologique. La superposition d’un épisode dépressif majeur sur une dysthymie est appelée « double dépression » — forme particulièrement difficile à traiter.

En psycho-dermatologie : La dysthymie, par sa chronicité, est un facteur d’entretien majeur des maladies cutanées inflammatoires chroniques (psoriasis, eczéma atopique, urticaire chronique). Le fond dépressif permanent altère la réponse immunitaire, maintient l’axe corticotrope activé et réduit durablement l’observance thérapeutique. Son identification et sa prise en charge améliore significativement le pronostic dermatologique à long terme.

Questions fréquentes sur la dépression et la peau

La dépression peut-elle aggraver le psoriasis ou l’eczéma ?

Oui. La dépression active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, augmentant le cortisol et les cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α) qui amplifient l’inflammation cutanée. Des études cliniques montrent que la prise en charge de la dépression réduit la fréquence et la sévérité des poussées de psoriasis et d’eczéma.

L’isotrétinoïne (Roaccutane®) peut-elle provoquer une dépression ?

Un lien entre isotrétinoïne et dépression fait l’objet d’un débat scientifique depuis plusieurs décennies. Les données actuelles ne permettent pas d’établir une causalité directe, mais la prudence s’impose : une surveillance psychiatrique est obligatoire pendant le traitement. Paradoxalement, en améliorant l’acné sévère (source majeure de dépression chez l’adolescent), l’isotrétinoïne peut améliorer la qualité de vie et l’humeur.

Comment le dermatologue évalue-t-il le retentissement psychologique d’une maladie cutanée ?

Plusieurs outils validés sont utilisés : le DLQI (Dermatology Life Quality Index) mesure l’impact global de la maladie cutanée sur la qualité de vie. Des échelles spécifiques comme le PHQ-9 (dépression) ou le GAD-7 (anxiété) peuvent être proposées. Le dermatologue oriente vers un psychiatre ou un psychologue si le retentissement est significatif.

Quelle est la différence entre dépression passagère et trouble dépressif majeur ?

Une tristesse passagère liée à un événement de vie difficile est normale et ne constitue pas un trouble dépressif. On parle d’épisode dépressif majeur lorsque les symptômes sont présents pratiquement tous les jours pendant au moins 2 semaines, qu’ils altèrent le fonctionnement quotidien, et ne sont pas expliqués par un deuil récent ou une cause médicale.

La dysthymie se traite-t-elle ?

Oui. Malgré un taux de rémission spontanée faible (~10 % par an), la dysthymie répond bien aux traitements : psychothérapies cognitivo-comportementales et antidépresseurs (notamment les ISRS) ont des efficacités comparables à celles observées dans le trouble dépressif majeur. Une prise en charge précoce réduit le risque de « double dépression ».

Quand orienter un patient dermatologique vers un psychiatre ?

Une orientation vers un psychiatre est recommandée en cas de : score PHQ-9 ≥ 10, idées suicidaires, altération importante du fonctionnement quotidien, dépression sévère avec caractéristiques psychotiques, ou dépression résistante aux traitements habituels. Le dermatologue joue un rôle de dépistage et de coordination essentiel dans ces situations.

À lire aussi – Dermatoses à fort retentissement psychologique :

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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

RAPPORTS SEXUELS DOULOUREUX : quand le sexe et la pénétration font mal

J’ai mal pendant les rapports sexuels

Problemes de sexe

Article rédigé d’après le DSM

Dyspareunie

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle d’une Dyspareunie est une douleur génitale qui est associée aux rapports sexuels (Critère A).
Bien qu’elle soit éprouvée le plus souvent pendant le coït, elle peut également se produire avant ou après les rapports. Le trouble peut survenir chez l’homme comme chez la femme. Chez la femme, la douleur peut être
décrite comme superficielle pendant l’intromission ou comme profonde pendant le va et vient du pénis.

L’intensité des symptômes peut aller d’une légère gêne à une douleur aiguë.

L’affection doit être à l’origine d’un désarroi marqué ou de difficultés interpersonnelles (Critère B).

La perturbation n’est pas due exclusivement à un Vaginisme ou à un manque de lubrification (sécheresse vaginale), n’est pas mieux expliquée par un autre trouble de l’Axe I (à part une autre Dysfonction sexuelle) et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament), ou d’une affection médicale générale (Critère C)

Caractéristiques et troubles associés

La Dyspareunie est rarement une plainte dominante dans un service de santé mentale. Les sujets souffrant de Dyspareunie s’adressent habituellement aux services de médecine générale pour être traités. Typiquement, l’examen physique des individus atteints de ce trouble ne met pas en évidence d’anomalies génitales. Le fait d’éprouver de
manière répétée une douleur génitale pendant le coït peut avoir pour résultat un évitement des expériences sexuelles existantes ou une limitation du développement de nouvelles relations sexuelles.

Vaginisme

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Vaginisme est une contraction involontaire, répétée et persistante, des muscles périnéaux qui entourent le tiers externe du vagin, en cas de tentative de pénétration par le pénis, le doigt, un tampon ou un spéculum (Critère A).

L’affection doit être à l’origine d’un désarroi marqué ou de difficultés interpersonnelles (Critère B).

L’affection n’est pas mieux expliquée par un autre trouble de l’Axe I (à part une autre Dysfonction sexuelle) et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une affection médicale générale (Critère C).

Chez certaines femmes, la simple anticipation d’une pénétration vaginale peut déclencher un spasme musculaire.
La contraction peut aller de légère, responsable d’un certain resserrement et d’une certaine gêne, à sévère, empêchant la pénétration.

Caractéristiques et troubles associés

Les réponses sexuelles (p. ex., désir, plaisir, capacité orgasmique) peuvent ne pas être altérées tant qu’une pénétration n’est pas tentée ou anticipée. L’obstruction physique due à la contraction musculaire empêche habituellement le coït. De ce fait, l’affection peut limiter le développement des relations sexuelles et interrompre des relations existantes. On a rapporté des cas de non consommation de mariage et d’infertilité associés à cette affection. Le diagnostic est souvent porté au cours d’examens gynécologiques de routine où, en réaction à l’examen pelvien, on peut observer immédiatement une contraction de l’orifice vaginal. Dans certains cas, l’intensité de la contraction peut être si sévère ou prolongée qu’elle est à l’origine d’une douleur. Cependant, chez certaines femmes, le vaginisme ne se produit qu’au cours des rapports sexuels et pas pendant
un examen gynécologique. L’affection est plus souvent retrouvée chez les jeunes femmes que chez les femmes plus âgées, chez des femmes ayant une attitude négative envers le sexe et chez les femmes ayant des antécédents d’abus ou de traumatismes sexuels.

Évolution

Le Vaginisme, dans sa forme : de tout temps, débute habituellement de façon brusque, se manifestant pour la première fois au cours des tentatives initiales de pénétration sexuelle par un partenaire ou au cours des premiers examens gynécologiques. Une fois que le trouble s’est installé, l’évolution est habituellement chronique, à moins d’une amélioration par un traitement. Le Vaginisme acquis peut également apparaître soudainement en réaction à un traumatisme sexuel ou à une affection médicale générale.

Diagnostic différentiel

Le Vaginisme doit être distingué d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale. Le diagnostic approprié est celui d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale quand on estime que la dysfonction est due exclusivement aux effets physiologiques d’une affection médicale générale spécifiée (p. ex., endométriose ou infection vaginale). Cette détermination repose sur les antécédents, les examens complémentaires ou l’examen physique. Le Vaginisme peut persister en tant que problème séquellaire après la résolution de l’affection médicale générale. Si le Vaginisme et une affection médicale générale sont tous deux présents, mais qu’on estime que les spasmes vaginaux ne sont pas dus exclusivement aux effets physiologiques directs de l’affection médicale générale, on fait un diagnostic de Vaginisme dû à une combinaison de facteurs. Le Vaginisme peut également se produire en association avec d’autres Dysfonctions sexuelles (p. ex., Trouble : baisse du désir sexuel). Dans ce cas, les deux diagnostics doivent être enregistrés. Bien qu’une douleur associée aux rapports sexuels puisse se produire dans le Vaginisme, on ne porte pas un diagnostic additionnel de Dyspareunie.

Critères diagnostiques du Trouble du Vaginisme

A. Spasme involontaire, répété ou persistant, de la musculature du tiers
externe du vagin perturbant les rapports sexuels.
B. La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés
interpersonnelles.
C. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un autre trouble de
l’Axe I (p. ex., Somatisation) et n’est pas due exclusivement aux effets
physiologiques directs d’une affection médicale générale.

PCP, KETAMINE… : dangers des produits à base de phencyclidine

Phencyclidine (PCP) et kétamine : addiction, intoxication et répercussions cutanées

Kétamine et phencyclidine – drogues dissociatives
Kétamine : anesthésique dissociatif devenu drogue de rue

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les phencyclidines comprennent la phencyclidine (PCP, « Angel Dust ») et des substances proches comme la kétamine (Kétalar®), la cyclohexamine et la dizocilpine. Développées comme anesthésiques dissociatifs dans les années 1950, elles sont devenues des drogues de rue dans les années 1960. Elles peuvent être ingérées, injectées par voie intraveineuse ou fumées.

Psycho-dermatologie : PCP, kétamine et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Les drogues dissociatives comme la phencyclidine et la kétamine génèrent de nombreuses manifestations cutanées directes ou indirectes que le dermatologue est susceptible de rencontrer en consultation.

PCP/kétamine et peau : manifestations rencontrées en dermatologie :

  • Abcès et infections aux points d’injection : les utilisateurs intraveineux développent des abcès cutanés, des thrombophlébites superficielles, des infections nécrosantes et des cordons veineux (stigmates de piqûres). Ces lésions sont fréquemment le motif de consultation dermatologique ou aux urgences.
  • Hépatites et infections VIH : la voie IV expose aux hépatites B et C et au VIH, avec leurs manifestations cutanées spécifiques (ictère, prurit cholestatique, toxidermies médicamenteuses liées aux antirétroviraux).
  • Traumatismes cutanés : l’analgésie profonde induite par la phencyclidine (insensibilité à la douleur) expose à des blessures graves non ressenties — lacérations, brûlures, fractures — dont les lésions cutanées arrivent sans contexte décrit cohérent en consultation.
  • Rhabdomyolyse cutanée : la rhabdomyolyse (2 % des passages aux urgences) peut provoquer des lésions musculaires avec tensions cutanées, nécrose et escarres de pression.
  • Hyperthermie et brûlures : les crises hyperthermiques liées à l’intoxication peuvent causer des lésions cutanées par chaleur interne ou comportements à risque (exposition prolongée au soleil, brûlures ignorées).
  • Négligence cutanée chronique : l’addiction entretient une négligence de l’hygiène, favorisant infections cutanées récidivantes, parasitoses (gale, poux) et dermatites.
  • Kétamine et usage médical en dermatologie : à faible dose, la kétamine est utilisée en sédation procédurale pour des actes dermatologiques douloureux (débridement de plaies, traitement de brûlures). Connaître ses effets dissociatifs permet d’anticiper et de gérer les réactions du patient.

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Qu’est-ce que la phencyclidine ? Mécanisme et histoire

La phencyclidine (PCP) et la kétamine sont des antagonistes des récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate), ce qui explique leurs effets dissociatifs, anesthésiques et hallucinogènes. Elles bloquent la transmission glutamatergique, provoquant une dissociation entre la perception sensorielle et la conscience.

Connue sous des noms de rue variés — PCP, Hog, Angel Dust, Trang, Peace Pill — la phencyclidine peut être fumée, ingérée ou injectée. La kétamine (« Spécial K », « Kit-Kat ») est plus accessible du fait de son usage médical légal comme anesthésique.

L’addiction : une histoire de dopamine et d’évolution

Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce humaine répond à des règles de survie : se reproduire, se nourrir, fuir le danger. Ces comportements sont régis par le cerveau « reptilien », centre des émotions primaires, qui fonctionne selon la loi de la récompense : il libère de la dopamine (neurotransmetteur du plaisir) dans les noyaux gris centraux après tout comportement conservateur pour l’espèce (repas, sexualité, victoire…) et réclame de le renouveler.

Les drogues détournent ce système en provoquant une libération massive et non méritée de dopamine, bien supérieure à celle générée par les comportements naturels — créant ainsi une dépendance neurobiologique. Voir l’article dédié sur la drogue et l’addiction.

Trouble d’utilisation de la phencyclidine (DSM-5)

Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’« abus » et de « dépendance » sont regroupées sous le terme unique de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité.

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets de la substance.
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille) du fait de la consommation.
  6. Poursuite de la consommation malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon ou réduction d’activités importantes à cause de l’usage.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses (conduite, machines).
  9. Poursuite de l’usage malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique causé par la substance.
  10. Tolérance (besoin de doses plus importantes pour l’effet souhaité, ou effet diminué à dose identique).
  11. Sevrage (syndrome de sevrage caractéristique ou prise de substance pour éviter les symptômes).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3 critères) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Particularité clinique : Contrairement à d’autres substances, la phencyclidine ne provoque pas de syndrome de sevrage clairement démontré chez l’homme (bien que décrit chez l’animal). En revanche, les comportements dangereux liés à l’altération du jugement et à l’insensibilité à la douleur pendant l’intoxication constituent un risque majeur de traumatismes cutanés graves.

Intoxication à la phencyclidine

L’intoxication à la phencyclidine associe des changements comportementaux inadaptés (agression, impulsivité, agitation, altération du jugement) à des signes physiques apparaissant dans l’heure suivant la consommation (moins si fumée ou injectée).

Niveau de dose Effets principaux Durée
Faible Vertiges, ataxie, nystagmus, HTA légère, euphorie, ralentissement du temps de réaction 8–20 heures
Intermédiaire Désorganisation de la pensée, modification de l’image du corps, dépersonnalisation, sentiment d’irréalité Plusieurs heures
Élevée Amnésie, coma, analgésie chirurgicale, convulsions, dépression respiratoire Plusieurs jours (psychose possible pendant plusieurs semaines)
Critères diagnostiques de l’intoxication (DSM) :
A. Utilisation récente de phencyclidine ou substance voisine.
B. Changements comportementaux inadaptés (agressivité, impulsivité, agitation, altération du jugement).
C. Au moins 2 des signes suivants dans l’heure : (1) nystagmus horizontal ou vertical, (2) hypertension ou tachycardie, (3) engourdissement ou diminution de la réponse à la douleur, (4) ataxie, (5) dysarthrie, (6) rigidité musculaire, (7) crises convulsives ou coma, (8) hyperacousie.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.

Examens complémentaires et signes physiques

La phencyclidine est détectable dans les urines, parfois plusieurs semaines après la fin d’une consommation prolongée en raison de sa forte liposolubilité. Les urines acidifiées facilitent la détection. La CPK et les transaminases (SGOT) sont souvent élevées, reflétant une atteinte musculaire.

Signes cutanés et physiques d’alerte :

  • Nystagmus et HTA : présents chez ~50 % des intoxiqués — signes d’orientation importants.
  • Cordons veineux et abcès aux points d’injection (usage IV).
  • Stigmates de traumatismes : lacérations, contusions, brûlures sans explication cohérente (analgésie).
  • Rhabdomyolyse : lésions musculaires avec tensions cutanées et risque de nécrose (~2 % des urgences).
  • Hyperthermie ou hypothermie : lésions cutanées associées.
  • Noyades possibles même en faible profondeur (altération de la conscience).

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Épidémiologie

Aux États-Unis, la phencyclidine est impliquée dans environ 3 % des décès associés à l’usage de substances. Plus de 3 % des sujets de 12 ans et plus ont déclaré en avoir déjà consommé. Le trouble touche préférentiellement les 20–40 ans, est environ deux fois plus fréquent chez l’homme, et surreprésenté dans les minorités ethniques. Les trois quarts des passages aux urgences liés au PCP concernent des hommes.

Bonne pratique : Devant un patient se présentant aux urgences ou en consultation avec des traumatismes cutanés multiples sans douleur apparente, une agitation ou une rigidité musculaire associées à un nystagmus et une HTA, évoquez une intoxication à la phencyclidine et pratiquez un dépistage urinaire. L’absence de douleur malgré des lésions graves est un signe cardinal.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre phencyclidine (PCP) et kétamine ?

Les deux sont des antagonistes NMDA à effets dissociatifs et anesthésiques similaires, mais la kétamine est moins puissante et plus courte d’action. La kétamine dispose d’une AMM médicale légale (anesthésique et antidépresseur sous forme nasale — eskétamine/Spravato®) ; le PCP n’en dispose pas. Les deux peuvent faire l’objet d’un mésusage et d’un usage récréatif.

Pourquoi les usagers de PCP ne ressentent-ils pas leurs blessures ?

La phencyclidine provoque une analgésie dissociative profonde par blocage des récepteurs NMDA et opioïdes. Les utilisateurs peuvent subir des traumatismes graves (fractures, brûlures, lacérations) sans les percevoir, ce qui retarde la consultation et aggrave les lésions. Ce mécanisme explique pourquoi les stigmates traumatiques cutanés sans contexte douloureux décrit doivent alerter le clinicien.

Quelles lésions cutanées spécifiques le dermatologue peut-il voir chez un usager de PCP ?

Les principales lésions sont : abcès et cordons veineux aux points d’injection (voie IV), traumatismes cutanés multiples sans explication cohérente (analgésie), brûlures ignorées, lésions de rhabdomyolyse (tensions cutanées, nécrose musculaire), infections cutanées liées à la négligence d’hygiène, et signes cutanés d’hépatite ou de VIH chez les usagers IV.

La kétamine est-elle utilisée en dermatologie ?

Oui, à faible dose, la kétamine est utilisée en sédation procédurale pour des actes douloureux en dermatologie : débridements de plaies complexes, traitement de brûlures, biopsies chez les patients anxieux ou pédiatriques. Elle est également étudiée comme antidépresseur à action rapide, ce qui présente un intérêt dans les maladies cutanées à fort retentissement dépressif.

Le trouble d’utilisation à la phencyclidine se traite-t-il ?

Il n’existe pas de traitement pharmacologique spécifique du sevrage à la phencyclidine (pas de syndrome de sevrage clairement démontré). La prise en charge repose sur l’accompagnement psychosocial, les thérapies cognitivo-comportementales et le traitement des comorbidités psychiatriques (dépression, anxiété, troubles de la personnalité) fréquemment associées.

Sur le même sujet – Psycho-dermatologie et addictions :

À lire aussi – Lésions cutanées liées aux conduites à risque :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
Lésions cutanées liées aux conduites à risque : le Dr Rousseau assure une prise en charge spécialisée et bienveillante.


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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

CODEINE, MORPHINE, HEROINE… : dangers des opiacés

Opiacés (codéine, morphine, héroïne) : addiction, sevrage et manifestations cutanées

Les opiacés sont dérivés de l'opium et de la morphine contenus dans le pavot
Les opiacés sont dérivés de l’opium et de la morphine contenus dans le pavot

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les opiacés comprennent les opiacés naturels (morphine), semi-synthétiques (héroïne) et synthétiques (codéine, hydromorphone, méthadone, oxycodone, mépéridine, fentanyl). Ils sont prescrits comme analgésiques, anesthésiques, antidiarrhéiques ou sédatifs de la toux. L’héroïne est la substance de cette classe la plus souvent détournée — généralement injectée, mais aussi fumée ou sniffée quand elle est très pure.

Psycho-dermatologie : opiacés et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. La dépendance aux opiacés génère un tableau clinique cutané particulièrement riche, que le dermatologue est susceptible de rencontrer en consultation ou aux urgences — souvent comme premier médecin contacté avant que le diagnostic d’addiction soit posé.

Opiacés et peau : manifestations dermatologiques directes et indirectes :

  • Cordons veineux et sclérose veineuse : chez les usagers IV, les veines des avant-bras deviennent progressivement sclérosées et inutilisables, générant des œdèmes périphériques. Les usagers migrent vers les veines des jambes, du cou, des lombes — puis vers les injections sous-cutanées directes.
  • Abcès, cellulites et cicatrices : les injections sous-cutanées (« boulloches ») conduisent à des cellulites, abcès et cicatrices circulaires caractéristiques, fréquemment le motif de consultation dermatologique ou aux urgences.
  • Tétanos et botulisme cutané : complications rares mais gravissimes des injections avec aiguilles contaminées — le tétanos impose de vérifier systématiquement le statut vaccinal devant toute plaie cutanée chez un usager IV.
  • Prurit et grattage : les opiacés stimulent la libération d’histamine et activent les récepteurs mu cutanés, provoquant un prurit intense — source d’excoriations, de lésions de grattage et de surinfections cutanées.
  • Sécheresse cutanée et muqueuse : l’effet anticholinergique des opiacés réduit les sécrétions (sécheresse buccale, nasale, cutanée), favorisant les chéilites, les rhinites chroniques et les dermatites sèches.
  • Perforation de la cloison nasale : les usagers qui sniffent l’héroïne développent une irritation de la muqueuse nasale pouvant évoluer vers une perforation septale — signe pathognomonique d’un usage nasal prolongé.
  • Infections VIH et hépatites : 80 à 90 % des usagers IV présentent des marqueurs d’hépatite (B ou C), avec les manifestations cutanées associées (ictère, prurit cholestatique, vascularite cryoglobulinémique, toxidermies aux antirétroviraux).
  • Manifestations cutanées du nouveau-né : environ 50 % des nourrissons de mères dépendantes présentent un syndrome de sevrage néonatal aux opiacés, incluant une hypersudation et une instabilité végétative avec manifestations cutanées.

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Qu’est-ce que les opiacés ?

Les opiacés agissent sur les récepteurs opioïdes mu, kappa et delta du système nerveux central et périphérique, produisant analgésie, euphorie, sédation et dépression respiratoire. La tolérance et la dépendance physique se développent rapidement lors d’une utilisation répétée.

Principaux opiacés et voies d’administration :

  • Héroïne : IV, fumée, nasale — courte durée d’action, fort potentiel addictif
  • Morphine : IV, orale — usage médical et détournement
  • Codéine : orale — présente dans de nombreux médicaments en vente libre ou sur prescription
  • Fentanyl : IV, patch transdermique — très puissant, risque élevé de surdose
  • Méthadone / buprénorphine : orales — utilisées en traitement de substitution

L’addiction : dopamine et évolution

Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce humaine répond à des règles de survie fondées sur la récompense : le cerveau « reptilien » libère de la dopamine dans les noyaux gris centraux après tout comportement conservateur (repas, sexualité, victoire) et réclame de le renouveler. Les opiacés détournent ce système en provoquant une libération massive et artificielle de dopamine, créant une dépendance neurobiologique qui court-circuite les motivations naturelles. Voir l’article complet sur la drogue et l’addiction.

Trouble d’utilisation des opiacés (DSM-5)

Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’« abus » et de « dépendance » sont regroupées sous le terme de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité selon le nombre de critères présents.

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets de la substance.
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille).
  6. Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon d’activités importantes à cause de l’usage.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses.
  9. Poursuite malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique causé par la substance.
  10. Tolérance (doses croissantes nécessaires ou effet diminué à dose identique).
  11. Sevrage (syndrome caractéristique ou prise pour éviter le sevrage).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Intoxication aux opiacés

L’intoxication est caractérisée par une euphorie initiale suivie d’apathie, un ralentissement psychomoteur et une altération du jugement. Le signe physique cardinal est la myosis (constriction pupillaire) — sauf en cas de surdose grave avec anoxie, qui provoque paradoxalement une mydriase.

Critères diagnostiques :
A. Utilisation récente d’un opiacé.
B. Changements comportementaux inadaptés (euphorie/apathie, agitation ou ralentissement, altération du jugement).
C. Myosis + au moins un des signes : (1) somnolence ou coma, (2) discours bredouillant, (3) altération de l’attention ou de la mémoire.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.
Urgence vitale — triade de la surdose aux opiacés : coma + myosis serré + dépression respiratoire. Cette triade impose l’administration immédiate de naloxone (antagoniste opioïde) et l’appel du 15. En France, la naloxone (Nalscue®, Prenoxad®) est disponible sans ordonnance en pharmacie pour les proches des usagers.

Sevrage aux opiacés

Le sevrage aux opiacés est l’un des plus caractéristiques parmi les sevrages aux substances. Il survient après arrêt ou réduction d’une utilisation prolongée, ou peut être précipité par l’administration d’un antagoniste opioïde (naloxone, naltrexone).

Substance Début du sevrage Pic Durée phase aiguë
Héroïne (courte action) 6–12 h 1–3 jours 5–7 jours
Méthadone (longue action) 2–4 jours Variable Plusieurs semaines
Critères diagnostiques du sevrage (DSM) — au moins 3 des manifestations suivantes :

  • Humeur dysphorique
  • Nausées ou vomissements
  • Douleurs musculaires
  • Larmoiement ou rhinorrhée
  • Dilatation pupillaire, piloérection (chair de poule) ou transpiration
  • Diarrhée
  • Bâillements
  • Fièvre
  • Insomnie
Signe cutané du sevrage : La piloérection (chair de poule) est un signe physique caractéristique et visible du sevrage aux opiacés — à l’origine du terme anglais « cold turkey » (dinde froide). Elle témoigne d’une activation du système nerveux sympathique. Associée à la mydriase et à la transpiration profuse, elle forme un tableau cutané évocateur qui oriente le clinicien.

Complications médicales et cutanées

La dépendance aux opiacés génère l’une des plus lourdes charges de complications cutanées et médicales parmi les addictions.

Complication cutanée Mécanisme Présentation clinique
Cordons veineux Sclérose veineuse par injections répétées Trajet induré, hyperpigmenté, sur les avant-bras
Abcès et cellulites Injections sous-cutanées directes (« boulloches ») Collections purulentes, plaques érythémateuses chaudes
Cicatrices circulaires Lésions cutanées guéries d’abcès répétés Cicatrices déprimées, rondes, multiples
Prurit opioïde Libération d’histamine, activation récepteurs mu cutanés Prurit intense, excoriations, surinfections
Perforation septale nasale Irritation muqueuse chronique par sniff Épistaxis, croûtes, perforation visible
Sécheresse cutanée et muqueuse Effet anticholinergique des opiacés Xérose, chéilite, rhinite sèche
Alerte infectieuse : Les usagers IV d’opiacés présentent des taux d’hépatite B et C de 80 à 90 % et des taux d’infection VIH pouvant atteindre 60 % dans certaines régions. Le dermatologue doit proposer systématiquement un dépistage VIH/hépatites devant tout stigmate d’injection IV, et vérifier le statut vaccinal antitétanique. La tuberculose — souvent révélée par une intradermo-réaction positive — est particulièrement prévalente chez les usagers IV co-infectés VIH.
Bonne pratique : Devant des cicatrices circulaires multiples aux membres, des cordons veineux, un prurit inexpliqué ou une perforation septale, le dermatologue doit évoquer une dépendance aux opiacés et orienter vers une structure de soins en addictologie (CSAPA — Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie). La prise en charge cutanée des complications est dissociée et complémentaire du traitement de la dépendance.

Complications cutanées liées aux conduites à risque ?
Le Dr Rousseau prend en charge les infections, abcès et cicatrices liés à l’usage de substances, sans jugement.


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Épidémiologie et évolution

La dépendance aux opiacés débute le plus souvent autour de la vingtième année. Une fois installée, elle est généralement continue sur plusieurs années, bien que des périodes d’abstinence soient fréquentes. Le taux de mortalité atteint 1,5 à 2 % par an — par surdose, accidents, VIH ou autres complications. Environ 20 à 30 % des dépendants deviennent abstinents à long terme. La rechute après abstinence est fréquente. Une tendance à la rémission spontanée est observée après 40 ans (phénomène de « maturation »).

Le trouble est plus fréquent chez l’homme (ratio 3/1 pour l’héroïne). Les professionnels de santé ayant accès direct aux opiacés présentent un risque accru spécifique d’abus ou de dépendance.

Questions fréquentes

Quels signes cutanés permettent d’évoquer une dépendance aux opiacés en consultation dermatologique ?

Les principaux stigmates cutanés sont : cordons veineux indurés et hyperpigmentés sur les avant-bras, abcès multiples à différents stades cicatriciels, cicatrices circulaires déprimées (abcès guéris), œdème des membres inférieurs par épuisement du capital veineux, prurit avec excoriations, perforation de la cloison nasale (usage nasal), xérose cutanée diffuse. Leur association doit systématiquement orienter vers une structure d’addictologie.

Pourquoi les opiacés provoquent-ils du prurit ?

Les opiacés provoquent une libération directe d’histamine par les mastocytes cutanés et activent les récepteurs mu opioïdes présents dans la peau et la moelle épinière, déclenchant un prurit intense — particulièrement marqué après injection intraveineuse de morphine. Ce prurit peut être traité par de faibles doses de naloxone ou des antihistaminiques.

Qu’est-ce que la piloérection lors du sevrage aux opiacés ?

La piloérection (chair de poule) lors du sevrage résulte de l’hyperactivation sympathique qui survient lors du sevrage opioïde. Elle est à l’origine du terme « cold turkey » (dinde froide). Associée à la transpiration profuse et à la mydriase, elle forme un tableau cutané évocateur du sevrage aux opiacés.

Comment traiter les abcès cutanés chez un usager d’opiacés IV ?

Le traitement est identique à tout abcès cutané : incision-drainage sous asepsie, prélèvement bactériologique du pus (staphylocoque doré, Streptocoque, anaérobies), antibiothérapie adaptée. La particularité chez les usagers IV est le risque de germes inhabituels (Clostridium, flore buccale si léchage de l’aiguille) et la nécessité systématique de dépistage VIH/hépatites et de vérification du statut vaccinal antitétanique.

Quels traitements de substitution aux opiacés existent en France ?

En France, les traitements de substitution aux opiacés (TSO) comprennent la méthadone (prescription initiale réservée aux centres spécialisés) et la buprénorphine haut dosage (Subutex®, Suboxone®, prescription en médecine générale). Ces traitements réduisent la mortalité, les infections et les comportements à risque. Le dermatologue peut orienter les patients vers leur médecin traitant ou un CSAPA.

Sur le même sujet – Psycho-dermatologie et addictions :

À lire aussi – Infections cutanées et traumatismes :

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EJACULATEUR PRECOCE : éjaculation précoce

Éjaculation précoce : diagnostic, causes et traitements

Éjaculation précoce – trouble de l'éjaculation
Trouble de l’éjaculation

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

L’éjaculation précoce est la dysfonction sexuelle masculine la plus fréquente. Elle se caractérise par une éjaculation survenant de façon répétée et persistante lors de stimulations sexuelles minimes, avant, pendant ou juste après la pénétration, et avant que le sujet ne le souhaite, engendrant une souffrance marquée ou des difficultés relationnelles.

Psycho-dermatologie : dysfonctions sexuelles et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Si le lien entre éjaculation précoce et dermatologie peut sembler indirect, il est en réalité multiple et cliniquement pertinent pour le dermatologue.

Éjaculation précoce et peau : liens cliniques en psycho-dermatologie :

  • Maladies cutanées génitales et dysfonction sexuelle : les dermatoses génitales (balanite, lichen scléreux, psoriasis génital, eczéma de contact) peuvent modifier la sensibilité locale et participer à une éjaculation précoce de type situationnel, par hypersensibilité cutanée ou, à l’inverse, par anxiété de performance liée aux lésions visibles.
  • Anxiété sociale liée aux dermatoses visibles : les patients souffrant d’acné sévère, de psoriasis du visage ou du corps, ou de vitiligo génital peuvent développer une anxiété de performance sexuelle intense, facteur déclenchant ou aggravant de l’éjaculation précoce.
  • Traitements dermatologiques et dysfonction sexuelle : certains médicaments utilisés en dermatologie ont des effets sur la fonction sexuelle — les antidépresseurs ISRS (prescrits dans la dermatillomanie, le prurit psychogène ou la rosacée en association) allongent le délai éjaculatoire et sont d’ailleurs utilisés hors AMM dans le traitement de l’éjaculation précoce. À l’inverse, le sevrage des opiacés (utilisés en antalgie dermatologique) peut déclencher une éjaculation précoce.
  • Herpès génital récidivant et anxiété sexuelle : la honte et la crainte de transmettre l’herpès génital génèrent une anxiété chronique qui peut se traduire par une dysfonction sexuelle, dont l’éjaculation précoce situationnelle.
  • Isolement social et dépression cutanée : la souffrance psychologique liée aux maladies cutanées chroniques invalidantes peut conduire à un retrait de la vie affective et sexuelle, renforçant les troubles érectiles et éjaculatoires par manque d’entraînement et anxiété de performance.

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Définition et caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle de l’éjaculation précoce est la survenue répétée et persistante d’un orgasme et d’une éjaculation lors de stimulations sexuelles minimes, avant, pendant ou juste après la pénétration, et avant que le sujet ne souhaite éjaculer (Critère A).

Le clinicien doit tenir compte de plusieurs facteurs modulant la durée de la phase excitatoire :

  • L’âge : les hommes jeunes, moins expérimentés, présentent plus fréquemment ce trouble.
  • La nouveauté du partenaire sexuel ou de la situation : l’anxiété et l’excitation accrues peuvent raccourcir le délai éjaculatoire.
  • La fréquence récente de l’activité sexuelle : une longue abstinence diminue le contrôle éjaculatoire.

La majorité des hommes atteints de ce trouble sont capables, lors de la masturbation, de différer l’orgasme bien plus longtemps qu’au cours du coït — ce qui témoigne d’une composante anxieuse et relationnelle importante.

Pour constituer un diagnostic, l’affection doit être à l’origine d’un désarroi marqué ou de difficultés relationnelles (Critère B). Des épisodes occasionnels, non persistants et sans souffrance significative ne justifient pas le diagnostic.

Sous-types et classification

Dimension Sous-type Description
Mode de début De tout temps (primaire) Présent depuis les premières expériences sexuelles
Acquis (secondaire) Survenu après une période de fonctionnement adéquat
Contexte Généralisé Présent dans toutes les situations et avec tous les partenaires
Situationnel Limité à certains contextes, partenaires ou périodes
Étiologie Facteurs psychologiques Anxiété de performance, trauma, croyances erronées
Combinaison de facteurs Psychologique + organique ou situationnel
Point clinique : La forme situationnelle acquise doit faire rechercher un facteur déclenchant : anxiété de performance avec une nouvelle partenaire, réduction de la fréquence des rapports, dysfonction érectile associée, ou consommation chronique d’alcool utilisée jusque-là pour différer l’orgasme.

Évolution

L’éjaculation précoce est typiquement présente dès les premières tentatives de rapports sexuels chez l’homme jeune. Une majorité apprend à différer l’orgasme avec l’âge et l’expérience. Cependant :

  • Certains hommes présentent une récurrence avec un nouveau partenaire, même après une période de contrôle satisfaisant dans une relation stable.
  • D’autres développent une éjaculation précoce acquise après une période de fonctionnement adéquat, souvent dans un contexte de dysfonction érectile associée, d’anxiété intense ou de sevrage alcoolique.
  • Les hommes ayant utilisé l’alcool comme moyen de différer l’orgasme peuvent voir apparaître une éjaculation précoce à l’arrêt de la consommation, faute d’avoir développé d’autres stratégies comportementales.
Retentissement relationnel : Certains hommes non mariés hésitent à rencontrer de nouveaux partenaires par crainte de l’embarras causé par ce trouble, ce qui peut conduire à un isolement social et affectif — lui-même aggravant l’anxiété de performance et entretenant un cercle vicieux psycho-sexuel.

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel principal est la dysfonction érectile : certains hommes souffrant de troubles de l’érection négligent leurs stratégies habituelles de contrôle éjaculatoire, ou requièrent une stimulation prolongée pour atteindre une érection suffisante — générant une excitation si intense que l’éjaculation survient immédiatement à l’intromission.

Par ailleurs :

  • Des problèmes éjaculatoires occasionnels, non persistants et sans souffrance significative ne constituent pas un diagnostic d’éjaculation précoce.
  • Une éjaculation précoce exclusivement liée à une substance (sevrage des opiacés, par exemple) justifie le diagnostic de « Dysfonction sexuelle induite par une substance » plutôt que celui d’éjaculation précoce primaire.

Critères diagnostiques DSM

A. Trouble de l’éjaculation persistant ou répété lors de stimulations sexuelles minimes avant, pendant ou juste après la pénétration, et avant que le sujet ne souhaite éjaculer. Le clinicien tient compte de l’âge, de la nouveauté de l’expérience ou du partenaire, et de la fréquence récente des rapports.

B. La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.

C. L’éjaculation précoce n’est pas due exclusivement aux effets directs d’une substance (ex. sevrage aux opiacés).

Spécifier : Type de tout temps / Type acquis — Type généralisé / Type situationnel — Dû à des facteurs psychologiques / Dû à une combinaison de facteurs.

Traitement : L’éjaculation précoce répond bien à une combinaison d’approches. Les thérapies cognitivo-comportementales (techniques de stop-and-start, de squeezing) sont efficaces et constituent le traitement de référence. Les ISRS (paroxétine, sertraline — hors AMM) allongent le délai éjaculatoire par leur effet retardateur central. La dapoxétine (Priligy®) est le seul ISRS disposant d’une AMM spécifique dans l’éjaculation précoce en France. Les anesthésiques locaux topiques (lidocaïne/prilocaïne en crème ou spray) représentent une option dermatologique simple et efficace — ils réduisent la sensibilité locale du gland sans altérer le plaisir si appliqués correctement.

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Questions fréquentes

Une maladie de peau au niveau génital peut-elle provoquer une éjaculation précoce ?

Oui. Les dermatoses génitales (balanite, lichen scléreux, psoriasis génital, eczéma de contact, herpès récidivant) peuvent modifier la sensibilité locale et générer une anxiété de performance qui favorise l’éjaculation précoce situationnelle. Le traitement dermatologique de la lésion causale améliore souvent la dysfonction sexuelle associée.

Les crèmes anesthésiantes comme l’EMLA® peuvent-elles traiter l’éjaculation précoce ?

Oui. Les anesthésiques locaux topiques (lidocaïne/prilocaïne en crème type EMLA® ou en spray) sont une option thérapeutique reconnue. Appliqués sur le gland 20 à 30 minutes avant le rapport (et rincés avant la pénétration pour ne pas désensibiliser le partenaire), ils réduisent la sensibilité locale et allongent le délai éjaculatoire. Le dermatologue est donc un interlocuteur naturel pour cette indication.

L’alcool aide-t-il vraiment à retarder l’éjaculation ?

L’alcool ralentit effectivement la réponse nerveuse et peut retarder l’éjaculation à court terme. Cependant, utiliser l’alcool comme stratégie de contrôle crée une dépendance comportementale : à l’arrêt de la consommation, l’éjaculation précoce réapparaît souvent, parfois aggravée, car le patient n’a pas développé d’autres stratégies de gestion.

Quelle est la différence entre éjaculation précoce primaire et acquise ?

L’éjaculation précoce primaire est présente depuis les premières expériences sexuelles — elle traduit généralement une hypersensibilité neurologique et/ou une composante psychologique constitutionnelle. La forme acquise survient après une période de fonctionnement satisfaisant et doit faire rechercher un facteur déclenchant : anxiété de performance, nouvelle partenaire, dysfonction érectile associée, sevrage alcoolique ou médicamenteux.

Les médicaments pour la peau peuvent-ils aggraver ou améliorer l’éjaculation précoce ?

Oui dans les deux sens. Les ISRS (paroxétine, sertraline), utilisés dans les troubles psycho-cutanés (dermatillomanie, prurit psychogène), allongent le délai éjaculatoire — cet effet secondaire est utilisé hors AMM comme traitement de l’éjaculation précoce. À l’inverse, certains opiacés utilisés en antalgie peuvent modifier la fonction éjaculatoire, et leur sevrage peut déclencher une éjaculation précoce transitoire.

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JE NE JOUIS PLUS : absence d’orgasme

Trouble de l’orgasme : ce que le dermatologue doit savoir — psychoderm atologie et médicaments à risque

Le trouble de l’orgasme — absence ou retard persistant de l’orgasme malgré une excitation sexuelle normale — est plus fréquent qu’on ne le pense, et le dermatologue y est confronté de deux façons différentes. D’une part, il prescrit des médicaments qui peuvent altérer la fonction orgasmique (rétinoïdes, spironolactone, finastéride, certains antifongiques) sans toujours en informer ses patients. D’autre part, certaines affections cutanées génitales — lichen scléreux, lichen plan vulvaire, dermatites de contact intimes — peuvent physiquement entraver l’orgasme féminin et doivent être dépistées. La psychoderm atologie invite le dermatologue à ne pas occulter cette dimension lors de ses consultations, d’autant que le silence des patients sur leur vie sexuelle est la règle plutôt que l’exception.

Troubles sexuels et dermatologie
Problèmes de sexe
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Sommaire :
Lien avec la dermatologie |
Médicaments dermatologiques à risque |
Affections cutanéo-génitales |
Trouble de l’orgasme chez la femme |
Trouble de l’orgasme chez l’homme |
Pages liées |
Questions fréquentes

Trouble de l’orgasme et dermatologie : les liens cliniques

La psychoderm atologie enseigne que le dermatologue n’est pas un simple prescripteur de crèmes et de lotions : il s’occupe d’une peau qui est aussi un organe de la relation, du plaisir et de l’identité corporelle. Deux situations justifient que le dermatologue s’intéresse au trouble de l’orgasme :

Situation Exemples cliniques Rôle du dermatologue
Médicaments dermatologiques altérant l’orgasme Rétinoïdes, spironolactone, finastéride, antifongiques azolés prolongés Informer le patient avant la prescription — adapter ou substituer si impact significatif
Affections cutanéo-génitales entravant l’orgasme Lichen scléreux vulvaire, lichen plan génital, dermatites de contact, candidoses récidivantes douloureuses Traiter la dermatose génitale — dépistage actif lors de la consultation
💡 La question à poser : lors d’une prescription de spironolactone pour une acné hormonale, de finastéride pour une alopécie masculine, ou d’isotrétinoïne, il est de bonne pratique d’informer le patient des possibles effets sur la libido et la fonction orgasmique — et de laisser une porte ouverte pour qu’il en parle en cas de gêne. La grande majorité des patients n’aborderont jamais ce sujet spontanément.

Médicaments dermatologiques à risque d’altération orgasmique

Médicament Indication dermatologique Effet sur la sexualité Conduite à tenir
Finastéride (Propecia®) Alopécie androgénétique masculine Diminution de la libido, difficultés d’érection, trouble de l’éjaculation/orgasme (3-8 % des patients, parfois persistants après arrêt = post-finastéride syndrome) Information préalable obligatoire — réévaluation si symptômes persistants plus de 4 semaines
Spironolactone (Aldactone®) Acné hormonale, hirsutisme Anti-androgénique → possible diminution de la libido, de la lubrification vaginale et de la sensibilité orgasmique Informer la patiente — adaptation de la posologie si gêne significative
Isotrétinoïne (Roaccutane®) Acné sévère Cas rapportés de sécheresse vaginale (lié à l’effet anti-séborrhéique généralisé) pouvant gêner l’excitation et l’orgasme ; effets dépressifs documentés pouvant retentir sur la sexualité Sécheresse vaginale : lubrifiants non hormonaux — surveiller l’humeur sous traitement
Acétate de cyprotérone (Androcur®) Hirsutisme, acné hormonale Anti-androgénique puissant → diminution notable de la libido et de la réponse orgasmique Discuter le rapport bénéfice/risque — alternative si l’impact sur la sexualité est inacceptable pour la patiente
Doxycycline / tétracyclines Acné, rosacée Favorise les mycoses génitales récidivantes par dysbiose — pouvant rendre les rapports douloureux et altérer l’orgasme Probiotiques oraux associés — traitement antifongique si mycose installée
⚠️ Syndrome post-finastéride : chez certains patients, les effets sexuels du finastéride (baisse de libido, trouble de l’érection, anéjaculation) peuvent persister plusieurs mois à plusieurs années après l’arrêt du médicament. Ce syndrome est reconnu et documenté, bien que sa prévalence exacte soit débattue. Il justifie une information claire et écrite avant toute prescription de finastéride dans l’alopécie.

Affections dermatologiques génitales et trouble de l’orgasme

Plusieurs dermatoses génitales peuvent physiquement empêcher ou altérer l’orgasme :

Affection Mécanisme d’altération de l’orgasme Traitement
Lichen scléreux vulvaire Sclérose et fusion des petites lèvres → rétrécissement de l’introïtus → dyspareunie → évitement sexuel → anorgasmie secondaire Dermocorticoïdes de classe I — tacrolimus topique — chirurgie si fusion labiale avancée
Lichen plan génital Érosions douloureuses chroniques → rapports impossibles ou douloureux Dermocorticoïdes, immunosuppresseurs locaux — prise en charge multidisciplinaire
Dermatite de contact génitale Brûlures et douleurs au contact → évitement tactile → inhibition orgasmique Éviction de l’allergène — émollients — voir eczéma de contact
Candidose génitale récidivante Douleurs, brûlures chroniques → conditionnement négatif → anorgasmie par évitement Antifongiques de fond — traitement du partenaire — voir mycose génitale
Herpès génital récidivant Douleurs des poussées + anxiété de transmission → inhibition du désir et de l’orgasme Prophylaxie antivirale de fond — gestion de l’anxiété — voir herpès génital


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Trouble de l’orgasme chez la femme : définition et critères

La caractéristique essentielle du trouble de l’orgasme chez la femme est une absence ou un retard répété ou persistant de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale. Il existe une grande variabilité entre les femmes dans le type ou l’intensité de la stimulation nécessaire pour déclencher un orgasme — ce qui rend le diagnostic essentiellement clinique et contextuel.

Critères diagnostiques (DSM)

Critère Description
A Absence ou retard persistant ou répété de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale — le clinicien estime que la capacité orgasmique est inférieure à ce qu’elle devrait être compte tenu de l’âge, de l’expérience sexuelle et de l’adéquation de la stimulation reçue
B La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles
C La dysfonction n’est pas mieux expliquée par un autre trouble psychiatrique, et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (médicament, substance) ou d’une affection médicale générale

Données cliniques importantes

  • La plupart des troubles de l’orgasme chez la femme sont primaires (de tout temps) plutôt qu’acquis
  • Une fois qu’une femme a atteint l’orgasme, il est rare qu’elle perde cette capacité, sauf en cas de mauvaise communication sexuelle, de conflit relationnel, de traumatisme, de trouble de l’humeur ou d’affection médicale intercurrente
  • La capacité orgasmique n’est pas corrélée à la taille du vagin ni au tonus musculaire pelvien selon les études contrôlées
  • Beaucoup de femmes accroissent leur capacité orgasmique en expérimentant une plus grande diversité de stimulations et en acquérant plus de connaissances sur leur propre corps

Diagnostic différentiel — cause organique à éliminer

Cause organique Mécanisme
Lésion de la moelle épinière Interruption des voies de la sensibilité génitale
Diabète mal équilibré Neuropathie autonome génitale
Cancer pelvien / chirurgie pelvienne Altération de la phase excitatoire plutôt qu’orgasmique
Médicaments (antidépresseurs, benzodiazépines, neuroleptiques, antihypertenseurs, opiacés) Effet pharmacologique direct sur la réponse orgasmique — à distinguer de la dysfonction psychogène

Trouble de l’orgasme chez l’homme : définition et critères

La caractéristique essentielle du trouble de l’orgasme chez l’homme est une absence ou un retard répété ou persistant de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale. Dans la forme la plus commune, un homme ne parvient pas à atteindre l’orgasme pendant un rapport sexuel, bien qu’il puisse éjaculer après stimulation manuelle ou orale. Certains ne peuvent éjaculer qu’en se masturbant.

Critères diagnostiques (DSM)

Critère Description
A Absence ou retard persistant ou répété de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale lors d’une activité sexuelle jugée adéquate en intensité, durée et orientation, compte tenu de l’âge
B La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles
C Non mieux expliqué par un autre trouble psychiatrique, et non dû exclusivement aux effets d’une substance ou d’une affection médicale

Points cliniques spécifiques à l’homme

  • De nombreux hommes présentant ce trouble décrivent une sensation d’excitation initiale, puis l’intromission devient progressivement « une corvée plutôt qu’un plaisir »
  • Quand un homme dissimule à sa partenaire son absence d’orgasme coïtal, le couple peut présenter une infertilité d’étiologie inexpliquée — diagnostic différentiel important
  • La sensation orgasmique et les contractions musculaires accompagnant l’orgasme restent intactes après prostatectomie radicale — le patient doit en être informé avant l’intervention
  • L’orgasme peut se produire en l’absence d’émission de sperme (anéjaculation sèche) après curage ganglionnaire ou neuropathie périphérique

Diagnostic différentiel — causes organiques et médicamenteuses

Chez l’homme, les causes organiques (hyperprolactinémie, lésion médullaire, neuropathie du pénis) et les causes médicamenteuses (alcool, opiacés, antihypertenseurs, antidépresseurs ISRS, neuroleptiques) doivent être éliminées avant de retenir un diagnostic psychogène. Un test du seuil de sensibilité cutanée du pénis peut montrer une diminution liée à une affection neurologique. Les médicaments dermatologiques à risque spécifique sont listés dans la section ci-dessus.

Pages liées

Médicaments dermatologiques concernés et psychoderm atologie
Isotrétinoïne
Alopécie — finastéride
Spironolactone et hirsutisme
Hub psychoderm atologie
TOC et dermatologie
Dépression et peau

Questions fréquentes

Le finastéride que je prends pour ma chute de cheveux peut-il m’empêcher d’avoir un orgasme ?

Oui — c’est un effet secondaire documenté, affectant environ 3 à 8 % des patients selon les études. Le finastéride inhibe la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone, ce qui peut réduire la libido, provoquer des difficultés d’érection et altérer l’éjaculation ou l’orgasme. Dans la majorité des cas, ces effets disparaissent à l’arrêt du médicament, mais un syndrome post-finastéride avec persistance des symptômes après arrêt a été décrit. Si vous ressentez ces effets, signalez-les immédiatement à votre dermatologue — ne pas attendre en espérant que cela passe.

La spironolactone que je prends pour mon acné affecte-t-elle ma sexualité ?

La spironolactone est un anti-androgène : en bloquant l’action des hormones masculines, elle peut réduire la libido et modifier la sensibilité génitale et la réponse orgasmique chez certaines femmes. Cet effet n’est pas systématique et dépend de la dose. Si vous le ressentez, informez votre dermatologue — une réduction de la posologie ou une alternative thérapeutique peut être envisagée.

Quel lien entre une mycose génitale récidivante et les problèmes d’orgasme ?

Une mycose génitale mal contrôlée provoque des brûlures, des douleurs et un inconfort chronique lors des rapports. À terme, ce conditionnement négatif — association entre sexualité et douleur — peut entraîner une inhibition réflexe de l’excitation et de l’orgasme, même en dehors des poussées. Un traitement antifongique de fond efficace, complété si nécessaire par un accompagnement psychologique, permet dans la majorité des cas de restaurer une vie sexuelle normale.

Est-il normal de ne jamais avoir eu d’orgasme ?

L’anorgasmie primaire (n’avoir jamais atteint l’orgasme) touche environ 10 à 15 % des femmes selon les études. Elle n’est pas une pathologie en elle-même si elle n’est pas source de souffrance. En revanche, si elle génère une détresse, une frustration ou des tensions relationnelles, un accompagnement thérapeutique — sexothérapie cognitivo-comportementale en particulier — est efficace et recommandé. La capacité orgasmique augmente typiquement avec l’expérience et la connaissance de son propre corps.

Un antidépresseur prescrit pour un psoriasis sévère peut-il altérer mon orgasme ?

Oui — les antidépresseurs de la classe des ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) sont parmi les médicaments les plus fréquemment associés à des troubles de l’orgasme, dans les deux sexes. Si votre dermatologue ou médecin vous a prescrit un antidépresseur dans le cadre du retentissement psychologique d’une dermatose chronique (psoriasis sévère, eczéma), et que vous ressentez ces effets, il existe des alternatives (mirtazapine, bupropion) avec un profil sexuel plus favorable — à discuter avec le prescripteur.

Voir aussi :
Psychoderm atologie — hub |
Herpès génital |
Mycose génitale |
Isotrétinoïne |
Alopécie


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Mis à jour le 12 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.
Cet article intègre les critères du DSM dans une perspective dermatologique et psychoderm atologique. Il ne remplace pas une évaluation sexologique ou psychiatrique spécialisée.

TROUBLE DE L’ERECTION : « bander mou »

Troubles de l’érection

Trouble de l’érection

Article rédigé d’après le DSM

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Trouble de l’érection chez l’homme est une incapacité persistante ou répétée à atteindre ou à maintenir jusqu’à l’accomplissement de l’acte sexuel, une érection adéquate (Critère A).
L’affection doit être à l’origine d’un désarroi marqué ou de difficultés interpersonnelles (Critère B).
La dysfonction n’est pas mieux expliquée par un autre Trouble de l’Axe I (à l’exception d’une autre Dysfonction sexuelle) et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (y compris des médicaments) ou d’une affection médicale générale (Critère C).
Il existe différents modes de dysfonction érectile. Certains sujets relatent une incapacité à obtenir une érection dès le début de l’acte sexuel. D’autres se plaignent d’avoir dans un premier temps une érection adéquate, puis d’avoir une détumescence quand
ils tentent la pénétration. D’autres encore disent avoir une érection suffisamment ferme pour permettre la pénétration, mais avoir ensuite une détumescence avant ou pendant l’intromission. Certains hommes disent pouvoir obtenir une érection uniquement pendant la masturbation ou au réveil. Il peut y avoir également une perte des capacités érectiles masturbatoires mais cela n’est pas courant.

Critères diagnostiques du Trouble de l’érection chez l’homme

A. Incapacité persistante ou répétée à atteindre, ou à. maintenir jusqu’à
l’accomplissement de l’acte sexuel, une érection adéquate.
B. La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés
interpersonnelles.
C. La dvsfonction érectile n’est pas mieux expliquée par un autre trouble
de l’Axe I C) l’exception d’une autre Dvsfonction sexuelle) et n’est pas
due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance
(c.-à-d. une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une
affection médicale générale.

Caractéristiques et troubles associés

Les difficultés érectiles du Trouble de l’érection chez l’homme sont souvent associées à une anxiété sexuelle, une peur de l’échec, un souci de la performance sexuelle et une diminution de la sensation subjective d’excitation et de plaisir sexuel. La dysfonction érectile peut causer des ruptures des relations conjugales ou sexuelles existantes et peut-être à l’origine de mariages non consommés ou d’infertilité. Ce trouble peut être
associé à un Trouble : baisse du désir sexuel et à une Éjaculation précoce. Les sujets atteints de Troubles de l’humeur et de Troubles liés à une substance relatent souvent des problèmes d’excitation sexuelle.

Évolution

Les diverses formes de Trouble de l’érection chez l’homme présentent des évolutions différentes, et l’âge de début varie beaucoup. Les quelques individus qui n’ont jamais pu avoir une érection suffisante pour accomplir un acte sexuel avec un partenaire ont classiquement un trouble chronique, de tout temps. Les cas où le trouble est acquis peuvent connaître une rémission spontanée pendant 15 à 30 % du temps.

Diagnostic différentiel

Le Trouble de l’érection chez l’homme doit être distingué d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale. Le diagnostic approprié est celui d’une Dvsfonction sexuelle due à une affection médicale générale quand on estime que la dysfonction est due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une affection médicale générale spécifiée (p. ex., diabète sucré, sclérose multiple, insuffisance rénale,
neuropathie périphérique, maladie vasculaire périphérique, lésion de la moelle épinière, lésion du système nerveux autonome postchirurgicale ou postradique) . Cette détermination est fondée sur les antécédents (p. ex., altération de la fonction érectile au cours de la masturbation), les examens complémentaires ou l’examen physique. Les études de l’intumescence pénienne nocturne peuvent démontrer l’existence d’érections survenant pendant le sommeil et peuvent aider à différencier les troubles érectiles primaires d’un Trouble de l’érection chez l’homme dû à une affection médicale générale. Les études de la pression artérielle pénienne, les examens pléthysmographiques, ou l’écho-Doppler peuvent mettre en évidence une origine vasculaire
à la diminution de la fonction érectile. Des investigations invasives telles que les tests pharmacologiques intracaverneux ou l’angiographie peuvent établir la présence de problèmes de flux artériel. La cavernographie peut évaluer la fonction veineuse. Si un Trouble de l’érection chez l’homme et une affection médicale générale sont tous deux présents, mais qu’on estime que la dysfonction érectile n’est pas due exclusivement aux
effets physiologiques directs de l’affection médicale générale, on fait le diagnostic de Trouble de l’érection chez l’homme dû à une combinaison de facteurs.
On distingue une Dysfonction sexuelle induite par une substance d’un Trouble de l’érection chez l’homme par le fait que la dysfonction sexuelle est jugée être due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., antihypertenseurs, antidépresseurs, neuroleptiques, substances donnant lieu à abus). Si un Trouble de l’érection chez l’homme et l’utilisation d’une substance sont tous deux présents, mais qu’on estime que la dysfonction sexuelle n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs de la substance utilisée, on fait le diagnostic de Trouble de l’érection chez l’homme dû à une combinaison de facteurs.

MOINS ENVIE DE FAIRE L’AMOUR : baisse du désir et dégout du sexe

Baisse du désir sexuel et aversion sexuelle : diagnostic, causes et lien avec la peau

Baisse du désir sexuel et aversion sexuelle
Troubles du désir sexuel

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les troubles du désir sexuel recouvrent deux tableaux distincts : la baisse du désir sexuel (déficience persistante de fantaisies et de motivation sexuelle) et l’aversion sexuelle (répugnance active et évitement des contacts génitaux). Ces troubles, fréquents et souvent sous-diagnostiqués, génèrent une souffrance significative et altèrent profondément la qualité relationnelle.

Psycho-dermatologie : désir sexuel et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Les troubles du désir sexuel et les maladies cutanées entretiennent des relations étroites et bidirectionnelles que le dermatologue rencontre régulièrement en consultation.

Désir sexuel et peau : liens cliniques en psycho-dermatologie :

  • Image corporelle et maladies cutanées visibles : le psoriasis étendu, le vitiligo, l’acné sévère cicatricielle, la rosacée ou l’alopécie androgénétique altèrent profondément l’image corporelle. La honte du corps — le fait de « ne pas vouloir être vu nu » — est l’une des causes les plus fréquentes et les moins diagnostiquées de baisse du désir sexuel situationnelle ou généralisée. Des études montrent que 40 à 70 % des patients atteints de psoriasis étendu rapportent une diminution du désir ou de l’activité sexuelle.
  • Dermatoses génitales et aversion sexuelle : le lichen scléreux vulvaire, la vulvodynie, le lichen plan génital érosif ou les condylomes génitaux répétés peuvent générer une véritable aversion sexuelle par douleur anticipée, dégoût de soi ou honte corporelle. Ces tableaux relèvent d’une prise en charge conjointe dermatologique et sexologique.
  • Herpès génital récidivant : la récurrence des poussées, la honte de la contamination potentielle du partenaire et la stigmatisation sociale génèrent souvent une baisse du désir durable, voire une aversion situationnelle spécifique aux périodes de doute sur l’activité virale.
  • Maladies cutanées et dépression : la dépression — complication fréquente du psoriasis, de l’eczéma atopique sévère et de la pelade — est elle-même l’une des premières causes de baisse du désir sexuel. Ce triangle (dermatose → dépression → baisse du désir) est fréquemment rencontré et justifie l’évaluation systématique du retentissement psychosexuel lors des consultations pour maladies cutanées chroniques.
  • Médicaments dermatologiques et désir sexuel : plusieurs traitements dermatologiques influencent la sexualité — les antidépresseurs ISRS (prescrits dans la dermatillomanie, le prurit psychogène) réduisent le désir sexuel ; l’isotrétinoïne (Roaccutane®) a été associée à une baisse de la libido dans certaines études ; les corticoïdes systémiques au long cours peuvent altérer l’axe gonadotrope. À l’inverse, un traitement efficace de la dermatose améliore souvent spontanément le désir en restaurant l’image corporelle.
  • Aversion sexuelle et dysmorphophobie cutanée : les patients souffrant de dysmorphophobie (préoccupation excessive pour une imperfection cutanée mineure) développent parfois une aversion des contacts intimes par crainte que le partenaire remarque et juge la « déficience » perçue.

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1/ Baisse du désir sexuel

Définition et caractéristiques

La caractéristique essentielle du trouble est une déficience ou une absence persistante ou répétée de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel et de désir d’activité sexuelle (Critère A), à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés relationnelles (Critère B).

Le sujet est peu motivé dans la recherche de stimuli sexuels et éprouve peu de frustration en leur absence. Il ne prend habituellement pas l’initiative d’une activité sexuelle, ou ne s’y livre qu’avec réticence à la demande de son partenaire. La fréquence des rapports peut néanmoins être maintenue sous la pression du partenaire ou pour des besoins non sexuels (bien-être physique, sentiment d’intimité).

Nuance clinique importante : Le diagnostic repose sur un jugement clinique contextuel — il n’existe pas de norme universelle de fréquence ou d’intensité du désir. Une apparente « baisse du désir » chez l’un des partenaires peut en réalité refléter un besoin excessif d’activité sexuelle chez l’autre. Le clinicien peut être amené à examiner les deux partenaires pour trancher.

La baisse du désir peut être globale (concernant toutes formes d’expression sexuelle) ou situationnelle (limitée à un partenaire ou à une activité spécifique, par exemple les rapports mais pas la masturbation).

Sous-types

Dimension Sous-type Caractéristiques
Mode de début De tout temps Présent depuis la puberté, jamais de période de désir adéquat
Acquis Développé après une période d’intérêt sexuel adéquat
Contexte Généralisé Toutes situations, tous partenaires
Situationnel Limité à certains contextes ou partenaires — souvent d’origine relationnelle ou psychologique
Étiologie Facteurs psychologiques Anxiété, dépression, trauma, image corporelle
Combinaison de facteurs Psychologique + organique (hormonal, médicamenteux, dermatologique)

Évolution

Dans la forme de tout temps, l’absence de désir est présente depuis la puberté. Dans la majorité des cas, le trouble apparaît à l’âge adulte, après une période d’intérêt sexuel adéquat, souvent en lien avec un désarroi psychologique, des événements stressants ou des difficultés relationnelles. La perte du désir peut être continue ou épisodique, selon les facteurs psychosociaux ou relationnels en jeu.

Les troubles dépressifs sont fréquemment associés à une diminution du désir — la dépression peut précéder, accompagner ou résulter de la baisse du désir sexuel, créant parfois un cercle vicieux.

Diagnostic différentiel

La baisse du désir doit être distinguée d’une dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale — notamment les anomalies hormonales (hypogonadisme, hyperprolactinémie, hypothyroïdie) qui altèrent spécifiquement le substrat physiologique du désir. Un dosage de testostérone totale, testostérone libre et prolactine est indiqué en cas de suspicion.

Lorsqu’une substance ou un médicament est en cause (antihypertenseurs, ISRS, corticoïdes systémiques, anti-androgènes utilisés en dermatologie contre l’acné ou l’hirsutisme), on parle de dysfonction sexuelle induite par une substance.

Critères diagnostiques DSM

A. Déficience (ou absence) persistante ou répétée de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel et de désir d’activité sexuelle. Le clinicien tient compte de l’âge et du contexte existentiel du sujet.

B. La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.

C. La dysfonction sexuelle n’est pas mieux expliquée par un autre trouble et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une affection médicale générale.

Spécifier : Type de tout temps / Type acquis — Type généralisé / Type situationnel — Facteurs psychologiques / Combinaison de facteurs.

2/ Aversion sexuelle

Définition et critères

La caractéristique essentielle de l’aversion sexuelle est une aversion extrême, persistante ou répétée, et un évitement actif de tout contact génital avec un partenaire (Critère A), à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles (Critère B), non mieux expliquée par un autre trouble (Critère C).

Le sujet fait part d’une réaction d’anxiété, d’appréhension ou de dégoût quand il est confronté à une occasion de relation sexuelle. L’aversion peut se focaliser sur un aspect particulier (sécrétions génitales, pénétration vaginale) ou concerner l’ensemble des stimuli sexuels, y compris les baisers et les caresses.

L’intensité de la réaction va d’une anxiété modérée et d’une absence de plaisir à une détresse psychologique extrême.

Critères diagnostiques :

A. Aversion extrême, persistante ou répétée, et évitement de tout (ou presque tout) contact génital avec un partenaire sexuel.

B. Souffrance marquée ou difficultés interpersonnelles.

C. Non mieux expliquée par un autre trouble de l’Axe I (sauf une autre dysfonction sexuelle).

Caractéristiques associées

Confrontés à une situation sexuelle, certains patients présentent des attaques de panique : anxiété extrême, sentiment de terreur, nausées, palpitations, vertiges, difficultés respiratoires.

Les patients développent souvent des stratégies d’évitement indirectes : aller se coucher plus tôt, voyager fréquemment, négliger délibérément leur apparence extérieure, surinvestir les activités professionnelles, sociales ou familiales, ou consommer des substances.

Alerte dermato : La négligence délibérée de l’apparence comme stratégie d’évitement sexuel peut prendre des formes cutanées : refus de soins pour des dermatoses visibles, port de vêtements couvrants en toute saison, refus de traitements esthétiques pourtant bénéfiques. Le dermatologue qui observe ce tableau doit y penser et aborder la question de la vie intime du patient avec tact.
Bonne pratique : Dans les maladies cutanées à fort retentissement sur l’image corporelle (psoriasis étendu, vitiligo génital, lichen scléreux vulvaire), l’évaluation systématique de la vie sexuelle et de la qualité de vie est recommandée. Des outils validés comme le DLQI (Dermatology Life Quality Index) incluent des questions sur la vie sexuelle et permettent d’objectiver le retentissement. Une orientation vers un sexologue ou un psychologue est indiquée en cas de trouble avéré.

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Questions fréquentes

Une maladie de peau peut-elle provoquer une baisse du désir sexuel ?

Oui. Les maladies cutanées chroniques visibles (psoriasis, vitiligo, acné sévère, alopécie) altèrent l’image corporelle et génèrent une honte du corps qui est l’une des causes les plus fréquentes de baisse du désir situationnelle. Des études montrent que 40 à 70 % des patients atteints de psoriasis étendu signalent une diminution de l’activité sexuelle. Le traitement efficace de la dermatose améliore souvent le désir en restaurant l’image corporelle.

Le lichen scléreux ou le lichen plan génital peuvent-ils provoquer une aversion sexuelle ?

Oui. Ces dermatoses génitales, souvent douloureuses et défigurantes localement, génèrent fréquemment une aversion sexuelle par douleur anticipée lors des rapports (dyspareunie), honte de l’aspect génital modifié et anxiété de contamination. La prise en charge dermatologique précoce et efficace est essentielle pour prévenir l’installation de ce tableau.

L’isotrétinoïne (Roaccutane®) réduit-elle le désir sexuel ?

Certaines études rapportent une baisse de la libido chez des patients traités par isotrétinoïne, mais le lien causal direct n’est pas établi avec certitude. À l’inverse, en traitant efficacement une acné sévère source de honte corporelle, l’isotrétinoïne peut améliorer l’image corporelle et restaurer le désir. L’évaluation est à individualiser avec le médecin prescripteur.

Comment le dermatologue évalue-t-il le retentissement sexuel d’une maladie de peau ?

Le DLQI (Dermatology Life Quality Index) est l’outil validé le plus utilisé en dermatologie. Il comprend une question directe sur les relations intimes. Un score élevé sur cette dimension oriente vers une évaluation approfondie et une éventuelle orientation sexologique. L’entretien clinique reste indispensable — le dermatologue peut aborder la question de façon naturelle dans le bilan de retentissement global de la maladie.

Quelle est la différence entre baisse du désir et aversion sexuelle ?

La baisse du désir est une diminution ou absence de motivation et de fantaisies sexuelles — le patient ne cherche pas le contact mais ne le redoute pas non plus. L’aversion sexuelle est une réaction active de dégoût, d’anxiété ou d’évitement face aux contacts génitaux, pouvant aller jusqu’à l’attaque de panique. L’aversion est donc plus intense et plus invalidante, et requiert généralement une prise en charge spécialisée en sexologie ou psychothérapie.

À lire aussi – Dermatologie génitale et image corporelle :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
Maladie cutanée avec retentissement sur l’image corporelle et la vie intime : le Dr Rousseau intègre cette dimension dans sa prise en charge.


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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

TABAC, CIGARETTE, NICOTINE, FUMER : dangers du tabac

Tabac et nicotine : dépendance, sevrage et effets sur la peau

Composition de la fumée de cigarette
Composition de la fumée de cigarette

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

La dépendance à la nicotine peut se développer lors de l’utilisation de toute forme de tabac (cigarettes, cigares, pipe, tabac à chiquer ou à priser) mais aussi via des médicaments de substitution (gomme, patch). Le tabac et l’alcool, deux drogues légales, tuent 40 fois plus que la route. La dépendance à la nicotine est l’une des addictions les plus prévalentes et les plus difficiles à traiter — moins de 5 % des fumeurs parviennent à arrêter seuls, sans aide.

Psycho-dermatologie : tabac et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Le tabac est l’une des substances psychoactives dont les effets cutanés sont les mieux documentés et les plus directement observables en consultation dermatologique.

Tabac et peau : manifestations dermatologiques directes et indirectes :

  • Vieillissement cutané accéléré et rides : le tabac est l’un des facteurs de vieillissement extrinsèque les mieux établis. La nicotine induit une vasoconstriction cutanée chronique réduisant l’apport en oxygène et en nutriments, tandis que les radicaux libres de la fumée dégradent le collagène et l’élastine dermiques. Les fumeurs présentent des rides plus profondes et plus précoces — notamment les rides péri-buccales (rides du fumeur en code-barres) et les rides péri-orbitaires. La peau est terne, jaunâtre, d’aspect fatigué.
  • Cicatrisation retardée : la vasoconstriction nicotinique et l’hypoxie tissulaire retardent significativement la cicatrisation cutanée. En pratique dermatologique et chirurgicale : cicatrisation médiocre après exérèse de kyste, biopsie, dermabrasion ou chirurgie cutanée ; risque accru d’infections post-opératoires et de désunion de cicatrice. Le sevrage tabagique préopératoire est recommandé au moins 4 à 8 semaines avant toute chirurgie cutanée.
  • Psoriasis aggravé : le tabagisme double le risque de psoriasis et aggrave son évolution. La nicotine active les lymphocytes T et les kératinocytes, amplifiant la cascade inflammatoire du psoriasis. Le sevrage tabagique est recommandé dans toutes les guidelines de prise en charge du psoriasis.
  • Hidradénite suppurée (maladie de Verneuil) : le tabagisme est l’un des principaux facteurs de risque de cette dermatose folliculaire chronique invalidante. Les fumeurs présentent des formes plus sévères, plus résistantes aux traitements. L’arrêt du tabac est une recommandation thérapeutique de première ligne.
  • Lupus érythémateux cutané : le tabagisme est associé à une prévalence accrue du lupus cutané et à une résistance aux antipaludéens (hydroxychloroquine) — traitement de référence — chez les fumeurs, réduisant leur efficacité de manière dose-dépendante.
  • Cicatrices hypertrophiques et chéloïdes : le retard de cicatrisation lié au tabac favorise la formation de cicatrices de mauvaise qualité, plus larges et potentiellement hypertrophiques.
  • Cancers cutanés : le tabagisme est un cofacteur des carcinomes épidermoïdes cutanés, en particulier des lèvres et des zones photo-exposées. La fumée de tabac contient des carcinogènes qui potentialisent les effets des UV sur l’ADN des kératinocytes.
  • Taches et pigmentations : taches de tabac sur les doigts (jaunissement des ongles et de la peau par goudrons), mélanose des muqueuses buccales, leucoplasies (précancéreuses) chez les utilisateurs de tabac à chiquer ou à priser.

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Trouble d’utilisation de la nicotine (DSM-5)

Depuis le DSM-5, les notions d’« abus » et de « dépendance » sont regroupées sous le terme de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité. La rapidité d’installation de la dépendance varie selon la voie d’administration : la voie inhalée (cigarette) est la plus rapide et la plus addictogène, suivie de la voie orale (tabac à chiquer), puis transdermique (patch).

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets de la substance.
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations.
  6. Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon d’activités importantes (ex. : évitement de zones non-fumeurs).
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses.
  9. Poursuite malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique (ex. : BPCO, psoriasis aggravé).
  10. Tolérance (nausées et étourdissements disparaissent malgré des doses croissantes).
  11. Sevrage (syndrome caractéristique à l’arrêt ou à la réduction).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Facteurs prédictifs de difficulté à arrêter : fumer dans les 30 premières minutes après l’éveil, fumer même malade, penser que la première cigarette est la plus importante, fumer davantage le matin que l’après-midi, nombre de paquets-années élevé. Ces marqueurs cliniques orientent vers une substitution nicotinique et/ou un accompagnement médicamenteux (varénicline, bupropion) pour l’arrêt.

Sevrage à la nicotine

Le sevrage à la nicotine est l’un des syndromes de sevrage les mieux caractérisés parmi les addictions légales. Il débute dans les 24 heures suivant l’arrêt et atteint son pic d’intensité entre le 1er et le 4e jour.

Critères diagnostiques du sevrage à la nicotine (DSM) :
A. Utilisation quotidienne de nicotine pendant au moins plusieurs semaines.
B. Arrêt brutal ou réduction suivis, dans les 24 heures, d’au moins 4 des signes suivants :

  1. Humeur dysphorique ou dépressive
  2. Insomnie
  3. Irritabilité, frustration, colère
  4. Anxiété
  5. Difficultés de concentration
  6. Fébrilité / impatience
  7. Diminution du rythme cardiaque
  8. Augmentation de l’appétit ou prise de poids

C. Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.

Phase Délai Symptômes principaux
Début du sevrage Quelques heures après arrêt Irritabilité, anxiété, craving, fébrilité
Pic d’intensité J1–J4 Ensemble des symptômes au maximum
Amélioration majeure 3–4 semaines Symptômes résiduels légers
Symptômes persistants Jusqu’à 6 mois Augmentation de l’appétit, prise de poids (+2 à 3 kg en moyenne), craving

Examens complémentaires et signes physiques

Les signes cutanés de la dépendance tabagique sont directement observables en consultation dermatologique :

Signes cutanés du tabagisme chronique :

  • Teint grisâtre ou jaunâtre, peau terne
  • Rides profondes et précoces — notamment péri-buccales (rides en code-barres), péri-orbitaires, temporales
  • Taches jaunâtres sur les doigts et les ongles (dépôts de goudrons)
  • Mélanose des muqueuses buccales chez les fumeurs chroniques
  • Leucoplasies buccales chez les utilisateurs de tabac à chiquer (lésions précancéreuses à surveiller)
  • Cicatrices de mauvaise qualité, élargies, parfois hypertrophiques
  • Psoriasis ou hidradénite suppurée d’évolution plus sévère

La cotinine (métabolite de la nicotine) peut être mesurée dans le sang, la salive ou les urines pour objectiver l’exposition tabagique. Le sevrage est associé à un ralentissement de l’EEG, une diminution des catécholamines et du cortisol, et une diminution du métabolisme de nombreux médicaments — dont certains traitements dermatologiques.

Interaction médicamenteuse importante : Le tabac augmente la métabolisation de nombreux médicaments (par induction enzymatique des CYP1A2) via les hydrocarbures aromatiques polycycliques de la fumée — pas la nicotine elle-même. L’arrêt du tabac peut donc augmenter les taux sanguins de certains médicaments prescrits en dermatologie (cyclosporine notamment), parfois de façon cliniquement significative. Un suivi des taux et de la tolérance est recommandé lors d’un sevrage tabagique chez un patient sous immunosuppresseurs.

Épidémiologie et évolution

La dépendance à la nicotine débute le plus souvent au début de l’adolescence — 95 % des sujets fumant encore à 20 ans deviennent des fumeurs quotidiens réguliers. Plus de 80 % des fumeurs expriment le désir d’arrêter, mais moins de 5 % y parviennent seuls. Environ 80 à 90 % des fumeurs réguliers présentent une dépendance à la nicotine.

La dépendance à la nicotine est particulièrement fréquente chez les sujets présentant d’autres troubles mentaux : 55 à 90 % des schizophrènes fument, contre 30 % dans la population générale. Les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et les autres addictions sont plus courants chez les fumeurs. Le risque de tabagisme est triplé en cas d’antécédent de tabagisme chez un parent du premier degré.

Bonne pratique : Le dermatologue est en première ligne pour identifier les effets cutanés du tabac et motiver le sevrage. Devant un patient atteint de psoriasis, d’hidradénite suppurée, de lupus cutané ou de cicatrices de mauvaise qualité, le sevrage tabagique doit être systématiquement abordé comme partie intégrante du traitement dermatologique. L’orientation vers un tabacologue ou le médecin traitant pour une aide au sevrage (substitution nicotinique, varénicline, bupropion) est recommandée.

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Questions fréquentes sur le tabac et la peau

Le tabac aggrave-t-il vraiment le psoriasis ?

Oui. Le tabagisme est un facteur de risque indépendant du psoriasis — il double le risque de développer la maladie et aggrave son évolution chez les patients déjà atteints. La nicotine active les lymphocytes T et les kératinocytes, amplifiant la cascade inflammatoire caractéristique du psoriasis. Les recommandations internationales incluent systématiquement le sevrage tabagique dans la prise en charge du psoriasis.

Pourquoi le tabac accélère-t-il le vieillissement cutané ?

La nicotine induit une vasoconstriction cutanée chronique réduisant l’apport en oxygène et en nutriments au derme. Les radicaux libres et les hydrocarbures aromatiques polycycliques de la fumée dégradent le collagène de type I et l’élastine, appauvrissant la matrice extracellulaire. Résultat : rides plus profondes et plus précoces, teint terne et grisâtre, perte d’élasticité.

L’arrêt du tabac améliore-t-il la peau ?

Oui, significativement. Dès les premières semaines d’arrêt, la vascularisation cutanée s’améliore, le teint s’éclaire. À moyen terme (6 à 12 mois), la qualité de la cicatrisation s’améliore, les poussées de psoriasis et d’hidradénite suppurée s’espacent, et l’évolution des dermatoses inflammatoires chroniques est plus favorable. Les rides existantes ne disparaissent pas, mais leur aggravation ralentit significativement.

Le tabac influence-t-il les traitements dermatologiques ?

Oui. La fumée de tabac induit des enzymes hépatiques (CYP1A2) qui accélèrent la métabolisation de certains médicaments, notamment la cyclosporine. À l’arrêt du tabac, les taux de cyclosporine peuvent augmenter de façon significative — un suivi biologique rapproché est recommandé. Par ailleurs, les fumeurs répondent moins bien aux antipaludéens (hydroxychloroquine) dans le lupus cutané.

Quel est le lien entre tabac et hidradénite suppurée (maladie de Verneuil) ?

Le tabagisme est l’un des principaux facteurs de risque modifiables de l’hidradénite suppurée. Plus de 70 % des patients atteints sont fumeurs. Le tabac favorise l’occlusion folliculaire et l’hyperréactivité immunitaire locale, aggravant la sévérité et la résistance aux traitements. L’arrêt du tabac est une recommandation thérapeutique de première ligne dans toutes les guidelines sur cette maladie.

Sur le même sujet – Psycho-dermatologie et addictions :

À lire aussi – Dermatoses aggravées par le tabac :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

SNIFFER DE LA COLLE, DE L’ESSENCE DANS UN SAC… : dangers des solvants volatils

Solvants volatils : signes cutanés à reconnaître — psychoderm atologie et addictions

L’inhalation de solvants volatils — colle, diluants, essences, bombes aérosols — est une forme d’addiction méconnue, particulièrement répandue chez les adolescents et dans les populations défavorisées. En psychoderm atologie, le dermatologue occupe une place originale face à ces patients : la peau peut trahir une intoxication chronique avant même que les troubles neurologiques ou viscéraux ne soient diagnostiqués. Le « rash des sniffeurs de colle » autour du nez et de la bouche, les brûlures chimiques des voies d’accès, l’irritation des conjonctives, les marques de traumatismes répétés liés au comportement désinhibé — autant de signes que le dermatologue peut identifier et qui doivent l’alerter sur une addiction sous-jacente.

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Le Dr Rousseau, dermatologue, peut vous aider à identifier l’origine de lésions cutanées inhabituelles et vous orienter vers les ressources appropriées en cas de suspicion d’addiction.
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Sommaire :
Signes cutanés à reconnaître |
Substances concernées |
Méthodes d’inhalation |
Addiction et cerveau — mécanismes |
Critères DSM-5 : trouble d’utilisation |
Intoxication aiguë |
Troubles associés et évolution |
Pages liées |
Questions fréquentes

Ce que le dermatologue peut voir : les signes cutanés des solvants volatils

En consultation dermatologique, plusieurs tableaux doivent alerter sur une possible intoxication aux solvants volatils — particulièrement chez un adolescent ou un jeune adulte :

Signe cutané Mécanisme Localisation typique
« Rash des sniffeurs de colle » (glue sniffer’s rash) Irritation chimique chronique par contact répété du chiffon imbibé de solvant sur la peau péri-buccale et péri-nasale Pourtour du nez, lèvres, menton — érythème, squames, parfois croûtes
Brûlures chimiques Contact direct avec un solvant concentré ou accident lors de chauffage du produit Mains, avant-bras, visage — brûlures souvent atypiques, profondes
Irritation des conjonctives Vapeurs irritantes atteignant les muqueuses oculaires Rougeur oculaire, larmoiement, photophobie
Traces de traumatismes Comportement désinhibé et troubles de la coordination pendant l’intoxication → chutes, bagarres Ecchymoses multiples à différents stades, cicatrices, plaies
Odeur de solvant persistante Rétention dans le sébum, l’haleine et les vêtements Haleine caractéristique, odeur de peinture ou de diluant sur la peau
Lésions inflammatoires péri-nasales et péri-buccales chroniques Imitent une dermite séborrhéique, une rosacée ou une dermite péri-orale — mais localisées aux zones de contact avec le chiffon Nez, sillon naso-labial, commissures — résistant aux traitements habituels
⚠️ Signal d’alerte psychoderm atologique : une « dermite péri-orale » ou des lésions péri-nasales résistant aux traitements habituels chez un adolescent, associées à des traces de traumatismes et à une odeur de solvant, doivent faire évoquer une inhalation de solvants volatils. L’interrogatoire délicat mais direct de l’adolescent — idéalement seul — est indispensable. Une orientation vers une consultation spécialisée en addictologie est recommandée.

Lésions cutanées spécifiques des solvants les plus toxiques

Certains solvants produisent des signes cutanés spécifiques liés à leur toxicité particulière :

  • Benzène : leucémie aiguë myéloïde possible à long terme — précédée d’une aplasie médullaire se manifestant cutanément par un purpura, des ecchymoses anormalement faciles et une pâleur de l’anémie
  • Toluène : neuropathie périphérique cutanée — hypoesthésie et paresthésies distales que le dermatologue peut détecter lors de l’examen sensitif
  • Solvants chlorés (trichloréthylène) : irritation cutanée directe au contact, parfois urticaire de contact chimique

Substances concernées

Les solvants volatils provoquent des troubles induits par l’inhalation d’hydrocarbures aliphatiques ou aromatiques présents dans de nombreux produits du commerce. Leur accessibilité légale et leur faible coût en font souvent la première drogue essayée par les jeunes, parfois dès 9 à 12 ans.

Catégorie Produits courants Composants actifs
Hydrocarbures aromatiques Colle, diluants de peinture, essence Toluène, benzène, xylène
Hydrocarbures halogénés Détachants, liquides correcteurs, gaz d’aérosols Trichloréthylène, chlorure de méthylène (→ CO)
Cétones et esters Dissolvants à ongles, laques industrielles Acétone, méthyléthylcétone
Glycols Liquides de frein, antigels, certains solvants Éthylène glycol, méthanol

Méthodes d’inhalation — et leurs conséquences cutanées

Les méthodes d’administration expliquent directement la localisation des lésions cutanées :

  • Huffing : chiffon imbibé appliqué sur le nez et la bouche → rash péri-buccal et péri-nasal caractéristique, irritation chronique par contact répété
  • Bagging : sac plastique sur le visage avec inhalation des vapeurs → brûlures possibles par occlusion si solvant inflammable chauffé, irritation étendue du visage
  • Inhalation directe depuis la boîte → irritation nasale chronique, épistaxis répétées
  • Vaporisation dans la bouche (aérosols) → brûlures chimiques et cryogéniques de la muqueuse buccale et des lèvres
  • Chauffage du produit pour accélérer la vaporisation → risque majeur de brûlures thermiques et chimiques étendues, explosion

Addiction et cerveau — mécanismes

Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce répond à des règles de survie : se reproduire, manger, boire, prendre soin de soi. Ces comportements sont régis par le cerveau reptilien, centre des émotions et des récompenses, qui libère de la dopamine — neurotransmetteur du plaisir — dans les noyaux gris centraux, et réclame de renouveler ce plaisir. L’addiction détourne ce circuit : les solvants volatils produisent une libération artificielle et massive de dopamine, court-circuitant les comportements de survie naturels au profit d’une récompense chimique immédiate. Ce mécanisme explique pourquoi la dépendance s’installe rapidement et pourquoi elle est si difficile à traiter.

Pour approfondir les mécanismes généraux de l’addiction : drogue et addiction.

Trouble d’utilisation des solvants volatils — Critères DSM-5

Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’Abus et de Dépendance sont regroupées sous le terme unique de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité. Le diagnostic repose sur la présence d’au moins 2 des 11 critères suivants sur une période de 12 mois :

Critère
1 Substance prise en quantité plus importante ou pendant une période plus longue que prévu
2 Désir persistant de diminuer ou efforts infructueux pour contrôler l’utilisation
3 Beaucoup de temps consacré à obtenir, utiliser la substance ou récupérer de ses effets
4 Forte envie ou besoin (craving) de consommer la substance
5 Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille)
6 Poursuite de l’utilisation malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels
7 Abandon ou réduction d’activités importantes (sociales, professionnelles, loisirs)
8 Usage récurrent dans des situations physiquement dangereuses (conduite, machines)
9 Poursuite malgré conscience d’un problème physique ou psychologique lié à la substance
10 Tolérance : besoin de quantités croissantes ou effet diminué pour la même quantité
11 Sevrage : syndrome de sevrage caractéristique ou prise pour éviter le sevrage
Sévérité Nombre de critères
Léger 2 à 3 critères
Modéré 4 à 5 critères
Sévère 6 critères ou plus
📌 Particularité des solvants volatils : contrairement à d’autres drogues, ils sont légaux, bon marché et facilement disponibles — ce qui signifie que peu de temps est passé à se les procurer. La dépendance peut donc s’installer sans les comportements de recherche obsessionnelle habituellement associés aux drogues illicites, rendant son identification plus difficile. De plus, les solvants produisent rarement un syndrome de sevrage cliniquement significatif.

Intoxication aiguë aux solvants volatils : tableau clinique

L’intoxication se développe pendant ou peu après une inhalation de solvants à forte dose. L’évolution est brève — quelques minutes à une heure. Le début est rapide, avec un pic quelques minutes après l’inhalation.

Signes comportementaux Signes neurologiques
Confusion, agitation, agressivité, apathie, altération du jugement Étourdissements, nystagmus, incoordination motrice, discours bredouillant, démarche ébrieuse
Euphorie, désinhibition, hallucinations visuelles/auditives/tactiles Tremblements, faiblesse musculaire, vision trouble ou diplopie, diminution des réflexes
Idées délirantes (croire qu’on peut voler) pouvant conduire à des comportements dangereux À fortes doses : léthargie, ralentissement psychomoteur, stupeur ou coma
⚠️ Mort soudaine du sniffeur : la complication la plus redoutée est la mort subite par arythmie aiguë, hypoxie ou anomalie électrolytique sévère, pouvant survenir même lors d’une première utilisation. Elle est liée à la sensibilisation myocardique aux catécholamines par certains solvants halogénés. Certains composés (chlorure de méthylène) sont métabolisés en oxyde de carbone — risque d’intoxication au CO.

Troubles associés et complications à long terme

Complications viscérales chroniques

Une utilisation répétée de solvants volatils peut conduire à des lésions organiques graves :

  • Foie : hépatite chimique pouvant évoluer vers une cirrhose
  • Rein : acidose tubulaire rénale distale, insuffisance rénale chronique
  • Système nerveux central : atrophie cérébrale, dégénérescence cérébelleuse, lésions de la substance blanche
  • Système nerveux périphérique : neuropathies périphériques — hypoesthésie et paresthésies distales détectables à l’examen dermatologique
  • Moelle osseuse : aplasie médullaire (benzène, trichloréthylène) → purpura, ecchymoses, anémie — signes cutanés importants
  • Risque de leucémie : le benzène et le trichloréthylène augmentent le risque de leucémie aiguë myéloïde

Profil sociodémographique

Utilisation commençant vers 9 à 12 ans, pic à l’adolescence, déclin après 35 ans. 70 à 80 % des consultations urgentes liées aux solvants concernent des hommes. Fréquence plus élevée dans les populations économiquement défavorisées et dans les zones rurales isolées. Souvent première drogue essayée avant les drogues illicites — souvent utilisée en groupe chez les adolescents (usage solitaire = signal de gravité plus importante).

Examens complémentaires orienteurs

Un rapport acide hippurique/créatinine urinaire supérieur à 1 peut suggérer une prise de toluène. Les examens complémentaires peuvent révéler des lésions musculaires, rénales, hépatiques. En dermatologie, la neuropathie sensitivo-motrice périphérique liée au toluène peut être objectivée par un test de seuil de sensibilité cutanée du pénis ou des extrémités.


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Pages liées

Questions fréquentes

Comment le dermatologue peut-il suspecter une inhalation de solvants chez un adolescent ?

Plusieurs signes cutanés sont évocateurs : un érythème chronique et squameux autour du nez et de la bouche résistant aux traitements habituels (« rash des sniffeurs de colle »), une irritation conjonctivale répétée sans cause identifiée, des ecchymoses multiples à différents stades sans mécanisme clair, une odeur persistante de solvant ou de peinture sur la peau ou l’haleine, des brûlures chimiques atypiques sur les mains ou le visage. En présence de ces signes chez un adolescent, un interrogatoire délicat mais direct, idéalement en l’absence des parents, est indispensable.

Le « rash des sniffeurs de colle » ressemble-t-il à une autre dermatose ?

Oui — c’est précisément ce qui le rend difficile à identifier. Il peut mimer une rosacée, une dermite péri-orale, une acné ou une dermite séborrhéique. Ce qui l’en distingue : la localisation exactement centrée sur les zones de contact avec le chiffon imbibé de solvant (péri-nasale et péri-buccale), la résistance aux traitements dermatologiques habituels, et le contexte clinique (adolescent, milieu défavorisé, troubles comportementaux associés).

Quelles sont les complications cutanées à long terme de l’inhalation de benzène ?

Le benzène provoque une aplasie médullaire progressive qui se manifeste cutanément par un purpura (petites taches hémorragiques sous-cutanées), des ecchymoses survenant pour des traumatismes mineurs, une pâleur cutanéo-muqueuse de l’anémie, et des hémorragies gingivales. Ces signes cutanés peuvent précéder le diagnostic de leucémie aiguë myéloïde — complication redoutée à long terme de l’intoxication chronique au benzène. Tout purpura inexpliqué chez un jeune adulte avec un contexte de consommation de solvants doit déclencher un bilan hématologique urgent.

L’addiction aux solvants volatils est-elle traitée comme les autres addictions ?

La prise en charge partage des points communs avec les autres addictions (soutien motivationnel, thérapies cognitivo-comportementales, accompagnement social) mais présente des particularités : absence de traitement pharmacologique spécifique de substitution, sévrage peu marqué cliniquement, importance du travail en milieu scolaire et familial. Les structures spécialisées en addictologie adolescente sont les mieux équipées. Le dermatologue peut être le premier à orienter vers ces ressources — sans stigmatiser, en présentant la démarche comme une aide médicale globale.

Voir aussi :
Drogue et addiction |
Hub psychoderm atologie |
Urgences dermatologiques |
Rosacée |
Cicatrices et chéloïdes


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Mis à jour le 12 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.
Cet article intègre les critères du DSM-5 dans une perspective dermatologique et psychoderm atologique. Il ne remplace pas une évaluation spécialisée en addictologie.

LSD, ECSTASY, ACIDE, CHAMPIGNONS (PSILO) : dangers des hallucinogènes

LSD, ecstasy, psilocybine, mescaline : hallucinogènes, dangers et effets sur la peau

Champignons hallucinogènes psilocybine
Champignons hallucinogènes à psilocybine — effets imprévisibles, risques cutanés et psychiatriques réels

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les hallucinogènes forment un groupe varié de substances psychoactives comprenant les dérivés de l’ergot (LSD), les phénylalkylamines (mescaline, MDMA ou ecstasy), les alcaloïdes indoliques (psilocybine, DMT) et de nombreuses autres molécules. Ils sont distincts de la phencyclidine (PCP) et du cannabis, traités séparément. Ils sont généralement pris par voie orale, bien que le DMT puisse être fumé et que la voie injectable soit possible.

Psycho-dermatologie : hallucinogènes et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Bien que les hallucinogènes ne génèrent pas de lésions cutanées directes aussi caractéristiques que les opiacés IV ou le tabac, ils présentent plusieurs points d’impact cutané et dermatologique concrets.

Hallucinogènes et peau : manifestations en psycho-dermatologie :

  • Transpiration profuse (hyperhidrose) lors de l’intoxication : la transpiration est l’un des signes physiologiques cardinaux de l’intoxication aux hallucinogènes (critère D du DSM). Elle peut être le motif d’une consultation dermatologique si elle est récidivante et inexpliquée chez un usager non déclaré.
  • Piloérection : signe physique visible lors de l’intoxication par certains hallucinogènes (notamment le LSD), lié à l’activation adrénergique et cholinergique.
  • Traumatismes cutanés liés aux comportements à risque : l’altération sévère du jugement sous hallucinogènes expose à des accidents graves — chutes de hauteur, brûlures (contact ignifuge ignoré), lacérations. Les lésions cutanées traumatiques sans explication cohérente doivent faire évoquer une intoxication.
  • MDMA (ecstasy) et hyperthermie cutanée : l’ecstasy peut provoquer des hyperthermies malignes sévères (41°C et au-delà) en milieu festif (danses prolongées, déshydratation, chaleur). Ces hyperthermies peuvent entraîner des lésions cutanées par brûlure interne, des rhabdomyolyses avec tensions cutanées, et des érythèmes diffus.
  • Syndromes sérotoninergiques et manifestations cutanées : à forte dose, le MDMA et certains hallucinogènes peuvent déclencher un syndrome sérotoninergique incluant diaphorèse intense, flush facial, érythème diffus et frissons — pouvant être confondus avec une toxidermie médicamenteuse.
  • Impuretés et ersatz toxiques : les produits vendus comme « acide » ou hallucinogènes contiennent fréquemment des impuretés (strychnine, PCP, amphétamines) qui génèrent des tableaux additionnels, incluant des manifestations cutanées vasomotrices (flush, vasoconstriction périphérique, cyanose des extrémités).
  • Flash-backs et dysmorphophobie : le Trouble persistant des perceptions dû aux hallucinogènes (HPPD) peut altérer la perception du corps et de la peau — les patients peuvent développer une dysmorphophobie secondaire ou une détresse intense face à des perceptions cutanées déformées (textures, couleurs), entraînant des consultations dermatologiques répétées pour des plaintes visuelles concernant leur peau.
  • Morsures, automutilations impulsives : les épisodes de « bad trip » avec panique intense ou comportements agressifs auto-dirigés peuvent générer des lésions cutanées (morsures, griffures, coups contre les murs) similaires à celles rencontrées dans les crises psychiatriques aiguës.

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Qu’est-ce que les hallucinogènes ?

Les hallucinogènes agissent principalement en agonisant les récepteurs 5-HT2A de la sérotonine dans le cortex préfrontal, produisant des distorsions perceptives, des hallucinations et des altérations de l’état de conscience. Contrairement aux opiacés, ils ne provoquent généralement pas de dépendance physique classique avec syndrome de sevrage bien caractérisé.

Principales substances et particularités :

  • LSD (acide) : dérivé de l’ergot, durée d’action 8–12 h, voie orale, tolérance rapide aux effets psychédéliques
  • Psilocybine (champignons hallucinogènes) : alcaloïde indolique, durée 4–6 h, voie orale, profil de sécurité relatif mais mauvais voyages possibles
  • MDMA (ecstasy) : phénylalkylamine, effets entactogènes + stimulants, risque d’hyperthermie, durée 3–6 h
  • Mescaline : issue du cactus peyotl, usages rituels, durée 8–12 h
  • DMT (diméthyltryptamine) : durée très courte (15–30 min si fumé), effets intenses

L’addiction : dopamine et évolution

Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce humaine répond à des règles de survie fondées sur la récompense dopaminergique. Les hallucinogènes détournent partiellement ce système en activant la voie sérotoninergique, créant des expériences intenses qui peuvent susciter un désir de répétition. Voir l’article complet sur la drogue et l’addiction.

Trouble d’utilisation des hallucinogènes (DSM-5)

La particularité des hallucinogènes est l’absence de syndrome de sevrage clairement démontré chez l’homme (bien que des sensations de manque soient rapportées) et une tolérance rapide aux effets psychédéliques — mais pas aux effets neurovégétatifs (mydriase, tachycardie, transpiration). Une tolérance croisée existe entre LSD, psilocybine et mescaline, mais pas avec le PCP ou le cannabis.

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets (épisodes pouvant durer des heures à des jours).
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille).
  6. Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon d’activités importantes à cause de l’usage.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses (conduite, hauteurs).
  9. Poursuite malgré la conscience d’un problème (mauvais voyages, flash-backs, altération mémorielle).
  10. Tolérance (rapidement développée aux effets psychédéliques).
  11. Sevrage (non clairement défini pour les hallucinogènes classiques ; MDMA : gueule de bois J+1).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Intoxication aux hallucinogènes

L’intoxication débute par des effets stimulants (fébrilité, activation neurovégétative) suivis d’une séquence de distorsions perceptives, d’euphorie alternant avec anxiété, puis d’hallucinations. Dans la plupart des cas, l’appréciation de la réalité reste conservée (le patient sait que les effets sont induits par la substance).

Niveau de dose Effets perceptifs Signes physiques
Faible Intensification des perceptions, illusions visuelles Mydriase, légère tachycardie, piloérection
Intermédiaire Hallucinations visuelles, synesthésies, dépersonnalisation Tachycardie, transpiration, tremblements
Élevée / mauvais voyage Panique intense, idées persécutoires, peur de devenir fou Hyperthermie (MDMA), palpitations, incoordination motrice, traumatismes
Critères diagnostiques de l’intoxication :
A. Utilisation récente d’un hallucinogène.
B. Changements comportementaux inadaptés (anxiété, dépression, idées de référence, peur de devenir fou, altération du jugement).
C. Altérations des perceptions en pleine conscience (intensification subjective, dépersonnalisation, déréalisation, illusions, hallucinations, synesthésies).
D. Au moins 2 signes : (1) mydriase, (2) tachycardie, (3) transpiration, (4) palpitations, (5) vision trouble, (6) tremblements, (7) incoordination motrice.
E. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.
Urgence — hyperthermie à l’ecstasy : L’hyperthermie maligne induite par le MDMA (ecstasy) est une urgence vitale. Elle survient typiquement en milieu festif (rave, festival) avec effort physique intense et déshydratation. La température peut dépasser 41°C avec rhabdomyolyse, CIVD et défaillance multi-organes. Devant un patient présentant un flush facial intense, une hyperthermie ≥ 39°C, une agitation et une rigidité musculaire en contexte festif, appelez le 15 immédiatement.

Trouble persistant des perceptions dû aux hallucinogènes (flash-backs)

Le Trouble persistant des perceptions dû aux hallucinogènes (HPPD — Hallucinogen Persisting Perception Disorder) est caractérisé par la réapparition transitoire de perturbations perceptives rappelant l’intoxication, en l’absence de prise récente.

Les perturbations peuvent inclure : formes géométriques, flashs de couleurs, traînées d’images, halos autour des objets, persistance des images, macropsie, micropsie. Ces épisodes sont épisodiques et peuvent être déclenchés par l’entrée dans l’obscurité, l’anxiété, la fatigue, ou d’autres substances.

Lien psycho-dermatologique : Les patients souffrant de HPPD peuvent développer une détresse intense face à leur perception de leur propre peau — textures déformées, couleurs altérées, sensations cutanées aberrantes. Ces présentations peuvent mener à des consultations dermatologiques répétées pour des plaintes que l’examen clinique ne confirme pas. La reconnaissance du HPPD permet d’éviter des examens inutiles et d’orienter vers une prise en charge psychiatrique adaptée.
Critères diagnostiques du HPPD :
A. Après arrêt de l’hallucinogène, au moins un des symptômes perceptifs de l’intoxication est à nouveau éprouvé (formes géométriques, flashs de couleur, traînées d’images, halos, macropsie, micropsie, persistance d’images).
B. Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement.
C. Non expliqué par une lésion cérébrale, une épilepsie visuelle, une schizophrénie, un delirium ou des hallucinations hypnopompiques.

De nombreux patients rapportent des épisodes persistant 5 ans ou plus. L’appréciation de la réalité reste intacte (le patient sait que la perception n’est pas réelle) — si une interprétation délirante apparaît, le diagnostic bascule vers un Trouble psychotique.

Plaintes cutanées inexpliquées ou perceptions altérées de la peau ?
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Épidémiologie et évolution

L’utilisation des hallucinogènes débute à l’adolescence et est environ 3 fois plus fréquente chez l’homme. Le LSD et le MDMA sont les deux substances les plus utilisées dans ce groupe. L’usage tend à diminuer spontanément avec l’âge — la forte prévalence des 18–25 ans et la faible prévalence des 26–34 ans suggèrent une maturation naturelle. La prévalence vie entière du trouble d’utilisation aux hallucinogènes est estimée à environ 0,6 % dans la population générale.

Bonne pratique : Devant un patient présentant des lésions traumatiques sans explication cohérente, une hyperhidrose épisodique, un flush intense en contexte festif, ou des plaintes visuelles inexpliquées concernant sa peau, évoquez une intoxication aux hallucinogènes ou un HPPD. La toxicologie urinaire (LSD détectable) peut confirmer une intoxication récente. L’orientation vers un psychiatre ou une structure d’addictologie est recommandée.

Questions fréquentes

L’ecstasy (MDMA) peut-elle provoquer des manifestations cutanées graves ?

Oui. L’hyperthermie maligne induite par le MDMA peut dépasser 41°C avec rhabdomyolyse, érythème diffus, diaphorèse intense et défaillance multi-organes. C’est une urgence vitale. Le MDMA peut également déclencher un syndrome sérotoninergique avec flush facial, diaphorèse et frissons, parfois confondu avec une toxidermie médicamenteuse.

Qu’est-ce que le HPPD et comment le distinguer d’une dermatose délirante ?

Le HPPD (Trouble persistant des perceptions dû aux hallucinogènes) est caractérisé par des perceptions visuelles résiduelles (flashs, halos, traînées) survenant hors intoxication, chez un patient qui reconnaît que ces perceptions ne sont pas réelles (insight conservé). La dermatose délirante (dysmorphophobie sévère, syndrome d’Ekbom) est caractérisée par une conviction délirante non soumise au doute. Cette distinction est déterminante pour l’orientation thérapeutique.

Les champignons à psilocybine sont-ils dangereux pour la peau ?

Directement, peu. Indirectement, les comportements à risque sous psilocybine (mauvais voyages, panique, automutilations impulsives) peuvent générer des traumatismes cutanés. L’usage en milieu non sécurisé et les contaminants éventuels (champignons toxiques confondus avec des psilos) exposent à des complications digestives et systémiques potentiellement graves.

Comment les hallucinogènes interagissent-ils avec les traitements dermatologiques ?

Les hallucinogènes sérotoninergiques (LSD, MDMA, psilocybine) peuvent interagir avec les ISRS (sertraline, paroxétine) prescrits en dermatologie pour la dermatillomanie ou le prurit psychogène, soit en potentialisant le risque de syndrome sérotoninergique, soit en réduisant paradoxalement les effets psychédéliques (les ISRS bloquent partiellement les récepteurs 5-HT2A).

Existe-t-il des usages médicaux des hallucinogènes ?

La recherche sur la psilocybine et le LSD en psychiatrie connaît un regain d’intérêt depuis les années 2010 : essais cliniques dans la dépression résistante, le trouble obsessionnel-compulsif, le syndrome de stress post-traumatique. Ces recherches restent expérimentales et hors cadre légal standard en France. En psycho-dermatologie, un intérêt existe théoriquement pour les maladies cutanées à fort retentissement anxieux ou dépressif — mais aucun usage validé n’existe à ce jour.

À lire aussi – Dermatologie et plaintes cutanées d’origine psychologique :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
Manifestations cutanées liées à des substances ou plaintes cutanées inexpliquées : le Dr Rousseau établit un bilan rigoureux et coordonne la prise en charge.


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COCAINE : dangers et problèmes liés à la coke et au crack

Cocaïne (crack, poudre) : addiction, intoxication, sevrage et manifestations cutanées

Cocaïne – poudre et crack
Cocaïne : substance à fort potentiel addictif aux conséquences cutanées et systémiques majeures

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

La cocaïne est une substance naturelle extraite de la plante de coca, disponible sous plusieurs formes : chlorhydrate de cocaïne en poudre (sniffée ou injectée IV), crack (alcaloïde fumé), et feuilles de coca mâchées. Le crack, du fait de sa rapidité d’action par inhalation, est associé à une dépendance particulièrement rapide et sévère. La cocaïne possède des effets euphorisants extrêmement puissants : une dépendance peut se développer en quelques semaines ou quelques mois.

Psycho-dermatologie : cocaïne et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. La cocaïne génère un tableau cutané très riche, que le dermatologue rencontre à différentes étapes de la prise en charge — souvent comme premier médecin contacté avant que le diagnostic d’addiction soit établi.

Cocaïne et peau : manifestations dermatologiques directes et indirectes :

  • Perforation de la cloison nasale : la cocaïne sniffée provoque une vasoconstriction intense de la muqueuse nasale, entraînant une ischémie chronique avec irritation, épistaxis, croûtes, ulcérations et, en cas d’usage prolongé, une perforation septale — signe pathognomonique de l’usage nasal chronique. Le dermatologue peut être le premier à la découvrir lors d’un examen ORL de contexte.
  • Cordons veineux et abcès (voie IV) : identiques à ceux des opiacés IV — sclérose veineuse progressive, abcès aux points d’injection, cicatrices circulaires, infections systémiques (VIH, hépatites, endocardite).
  • Hallucinations tactiles (« insectes de la cocaïne » ou formication) : lors de l’intoxication aiguë, la cocaïne provoque des hallucinations tactiles — sensation d’insectes rampant sous la peau. Les patients peuvent se gratter violemment jusqu’à créer des excoriations profondes et des plaies. Ces lésions d’automutilation paranoia-induite sont fréquemment présentées en consultation dermatologique sans que le contexte toxicologique soit évoqué spontanément.
  • Vasculite cutanée à la lévamisole : la cocaïne est fréquemment coupée au lévamisole (un agent vétérinaire anthelminthique), qui provoque une vasculite nécrosante spécifique touchant préférentiellement les oreilles, le nez et les joues. Cette vasculite à ANCA associée est une urgence dermatologique potentiellement nécrosante et mutilante. Elle est fortement évocatrice d’une consommation de cocaïne adultérée.
  • Perte de poids et fonte musculaire : l’effet anorexigène puissant de la cocaïne entraîne une malnutrition chronique avec amincissement cutané, fragilité, lenteur de cicatrisation et aspect âgé prématurément.
  • Transpiration profuse et frissons : signes physiologiques de l’intoxication cocaïnique, pouvant motiver une consultation dermatologique pour hyperhidrose inexpliquée.
  • Maladies sexuellement transmissibles : les comportements sexuels désinhibés et les échanges sexuels contre de la cocaïne propagent les IST avec leurs manifestations cutanées (chancres syphilitiques, condylomes, herpès génital, exanthèmes secondaires de syphilis).
  • Traumatismes cutanés liés à la violence : les blessures lors de rixes en rapport avec le commerce de cocaïne génèrent des plaies, contusions et cicatrices fréquemment présentées aux urgences ou en consultation dermatologique.

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Qu’est-ce que la cocaïne ?

La cocaïne est un puissant inhibiteur de la recapture des monoamines (dopamine, noradrénaline, sérotonine) au niveau présynaptique. En bloquant le transporteur de la dopamine, elle provoque une accumulation massive de dopamine dans les synapses du circuit de la récompense — produisant euphorie et sensation de toute-puissance. La demi-vie courte (1 heure) impose des prises répétées pour maintenir les effets, favorisant des consommations intensives (« défonces »).

Formes et vitesse d’action :

  • Sniff (voie nasale) : action en 3–5 min, durée 30–60 min — progression vers dépendance en mois
  • Voie IV : action en 30 secondes, effet intense bref — dépendance en semaines
  • Crack (fumé) : action quasi immédiate (secondes), très fort potentiel addictif — dépendance en semaines

L’addiction : dopamine et évolution

Le circuit de la récompense, hérité du cerveau « reptilien », libère de la dopamine en réponse aux comportements conservateurs pour l’espèce. La cocaïne détourne ce circuit en provoquant une libération dopaminergique 3 à 5 fois supérieure à celle générée par les comportements naturels — rendant ces derniers progressivement insignifiants par comparaison. Voir l’article complet sur la drogue et l’addiction.

Trouble d’utilisation de la cocaïne (DSM-5)

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets.
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations (travail, enfants, finances).
  6. Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon d’activités importantes à cause de l’usage.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses.
  9. Poursuite malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique causé par la substance.
  10. Tolérance (doses croissantes pour l’effet désiré, effet diminué à dose égale).
  11. Sevrage (syndrome caractéristique ou prise pour éviter le sevrage).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Signal d’alerte précoce : Le premier signe de dépendance à la cocaïne est souvent l’incapacité à résister à la consommer chaque fois qu’elle est disponible. Les utilisateurs décrivent rapidement la nécessité de prises de plus en plus fréquentes pour maintenir les effets (demi-vie courte), conduisant à des dépenses considérables et des comportements à risque (vols, prostitution, commerce de drogue) pour s’approvisionner.

Intoxication à la cocaïne

L’intoxication débute par une sensation d’être « au top » — euphorie, énergie, hypervigilance, logorrhée — suivie, en cas d’usage chronique intense, d’un émoussement affectif avec fatigue et retrait social.

Critères diagnostiques :
A. Utilisation récente de cocaïne.
B. Changements comportementaux inadaptés (euphorie/émoussement, hypervigilance, anxiété, colère, altération du jugement).
C. Au moins 2 signes : (1) tachycardie ou bradycardie, (2) mydriase, (3) HTA ou hypotension, (4) transpiration ou frissons, (5) nausées/vomissements, (6) perte de poids avérée, (7) agitation ou ralentissement, (8) douleur thoracique, arythmie ou dépression respiratoire, (9) confusion, convulsions, dyskinésies ou coma.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.
Urgence vitale — complications cardiovasculaires : La cocaïne est responsable d’infarctus du myocarde, d’AVC et d’arrêts cardio-respiratoires chez des personnes jeunes et en bonne santé, par vasoconstriction coronarienne et arythmies. Devant tout patient présentant une douleur thoracique, des palpitations ou une perte de connaissance après consommation supposée de cocaïne : appelez le 15 immédiatement.

Sevrage à la cocaïne (« crash »)

Le sevrage cocaïnique, appelé « crash », survient quelques heures à quelques jours après l’arrêt ou la réduction d’une utilisation massive. Il se caractérise par des sensations intenses de lassitude, dépression profonde avec risque suicidaire, et impose généralement plusieurs jours de récupération.

Critères diagnostiques :
A. Arrêt ou réduction d’une utilisation massive et prolongée.
B. Humeur dysphorique + au moins 2 des symptômes suivants (quelques heures à quelques jours) : (1) fatigue, (2) rêves intenses et déplaisants, (3) insomnie ou hypersomnie, (4) augmentation de l’appétit, (5) agitation ou ralentissement psychomoteur.
C. Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.
Risque suicidaire au sevrage : Les symptômes dépressifs avec idées suicidaires sont les complications les plus sérieuses du sevrage à la cocaïne (« crash »). Tout patient en sevrage cocaïnique présentant des idées de mort doit être évalué en urgence. En France : numéro national de prévention du suicide 3114 (24h/24).

Complications médicales et cutanées

Voie d’administration Manifestations cutanées principales Complications systémiques associées
Nasale (sniff) Irritation muqueuse nasale, épistaxis, croûtes, perforation septale Sinusite chronique, nécrose du palais osseux (levamisole)
Intraveineuse Cordons veineux, abcès, cicatrices circulaires, œdèmes VIH, hépatites B/C, endocardite, tuberculose
Fumée (crack) Brûlures des lèvres et des doigts (pipe), teint grisâtre Bronchite, pneumonie, pneumothorax, hémoptysie
Toutes voies Excoriations (formication), vasculite au lévamisole, perte de poids/amincissement cutané, IST cutanées IDM, AVC, arythmies, septicémies
Vasculite au lévamisole — urgence dermatologique : La cocaïne est fréquemment adultérée au lévamisole (présent dans plus de 70 % des échantillons de rue). Le lévamisole provoque une vasculite nécrosante à ANCA, touchant préférentiellement les oreilles, les joues et le nez avec nécroses cutanées. Ce tableau — nécrose cutanée des oreilles ou du nez chez un adulte jeune sans maladie auto-immune connue — doit faire évoquer en priorité une cocaïne adultérée et imposer un bilan ANCA et une orientation urgente en dermatologie.
Bonne pratique : Devant des excoriations profondes inexpliquées (sans lésion primaire objectivable), une perforation septale ou une nécrose cutanée des oreilles, évoquez systématiquement une consommation de cocaïne. La toxicologie urinaire (benzoylecgonine détectable 1 à 12 jours selon la dose) confirme l’exposition. Orientez vers une structure d’addictologie (CSAPA) en parallèle de la prise en charge dermatologique.

Nécrose cutanée, vasculite ou excoriations inexpliquées ?
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Épidémiologie et évolution

Les troubles liés à la cocaïne touchent principalement les 18–30 ans, avec un sex-ratio hommes/femmes de 1,5 à 2/1. La dépendance est associée à deux modes d’autoadministration : épisodique (défonces de quelques heures à quelques jours) ou quotidienne (doses croissantes). La voie fumée (crack) ou IV conduit à la dépendance en quelques semaines ; la voie nasale en plusieurs mois à quelques années.

Les troubles liés à la cocaïne sont fréquemment associés à une Personnalité antisociale, un PTSD, un TDAH, un Jeu pathologique et à des polyconsommations (alcool, héroïne en « speedball », benzodiazépines).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la vasculite au lévamisole et pourquoi concerne-t-elle la cocaïne ?

Le lévamisole est un anthelminthique vétérinaire ajouté dans plus de 70 % des échantillons de cocaïne de rue pour en augmenter le poids. Il provoque une vasculite nécrosante à ANCA avec nécroses cutanées touchant préférentiellement les oreilles, les joues et le nez. Ce tableau est pathognomonique d’une cocaïne adultérée et constitue une urgence dermatologique — les nécroses peuvent être mutilantes en l’absence de traitement rapide.

Pourquoi les usagers de cocaïne se grattent-ils la peau ?

La cocaïne peut provoquer des hallucinations tactiles appelées formication ou « insectes de la cocaïne » — sensation d’insectes ou de parasites rampant sous la peau, liée à l’hyperactivité dopaminergique. Les usagers peuvent se gratter violemment jusqu’à créer des excoriations profondes. Ces lésions sont présentées en consultation dermatologique parfois sans que le contexte cocaïnique soit mentionné spontanément.

La perforation de la cloison nasale est-elle réparable ?

Oui, chirurgicalement, mais seulement après arrêt complet et durable de la consommation nasale. La correction chirurgicale (septoplastie de fermeture) est contre-indiquée en cas d’usage actif — le défaut de vascularisation entraînerait un échec cicatriciel. La prise en charge commence donc par le sevrage, puis l’intervention peut être discutée à distance.

La cocaïne accélère-t-elle le vieillissement cutané ?

Oui. L’effet anorexigène et vasoconstricteur de la cocaïne entraîne une malnutrition chronique, un amincissement cutané et une réduction de la vascularisation dermique. Les usagers chroniques présentent souvent un aspect âgé prématurément, une peau terne, des cernes marqués et une fonte des graisses faciales caractéristique.

Quelles IST cutanées sont favorisées par l’usage de cocaïne ?

Les comportements sexuels désinhibés et les échanges sexuels contre de la cocaïne augmentent le risque de syphilis (chance cutané, roséole syphilitique), herpès génital, condylomes (HPV), et VIH. Le dermatologue peut être le premier à identifier un exanthème syphilitique secondaire ou des condylomes dans ce contexte.

À lire aussi – Infections cutanées et lésions à risque :

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MARIJUANA, GANJA, « H » ou HASCHICH, WEED : dangers du cannabis

Cannabis et peau : ce que le dermatologue doit savoir — psycho-dermatologie et troubles liés au cannabis

Le cannabis est la substance illicite la plus consommée dans le monde, et la plus fréquemment rencontrée en consultation médicale chez les 18–30 ans. En psycho-dermatologie, il occupe une place originale : il peut à la fois déclencher ou aggraver des dermatoses inflammatoires (acné, psoriasis, rosacée) et être présenté par certains patients comme un traitement de leur pathologie cutanée (CBD topique). Le dermatologue est régulièrement confronté à des patients consommateurs sans le savoir — ou sans que la question soit posée. Cet article fait le point sur les manifestations cutanées liées au cannabis, ses interactions avec les dermatoses, et les critères DSM-5 du trouble d’utilisation.

Feuille de cannabis
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Sommaire :
Cannabis et peau — signes à reconnaître |
Effets sur les dermatoses inflammatoires |
CBD topique et cutané |
Le cannabis — pharmacologie |
Trouble d’utilisation — Critères DSM-5 |
Intoxication aiguë |
Pages liées |
Questions fréquentes

Cannabis et peau : les signes que le dermatologue peut identifier

Plusieurs manifestations cutanées et muqueuses sont directement liées à la consommation de cannabis — certaines visibles lors d’une intoxication aiguë, d’autres résultant d’une consommation chronique :

Signe cutané ou muqueux Mécanisme Contexte
Conjonctives injectées (yeux rouges) Vasodilatation conjonctivale directe par le THC — critère diagnostique de l’intoxication aiguë Intoxication aiguë — dans les 2 h suivant la consommation
Sécheresse buccale et labiale Inhibition parasympathique des glandes salivaires par le THC — sensation de « bouche cotonneuse » Intoxication aiguë — peut favoriser une candidose buccale chez les consommateurs chroniques
Irritation nasopharyngée, toux chronique La fumée de cannabis est très irritante pour les muqueuses — contient plus de carcinogènes connus que le tabac Consommation chronique fumée — bronchites, sinusites, pharyngites récidivantes
Prise de poids, modifications du tissu adipeux Augmentation de l’appétit (effet « munchies ») et réduction de l’activité physique → excès calorique chronique Consommation chronique — peut aggraver un psoriasis ou une acné
Gingivostomatite irritative Contact direct de la fumée avec les muqueuses buccales — irritation thermique et chimique Consommation fumée chronique — lésions blanchâtres ou érythémateuses
Teint terne, aspect fatigué Tabagisme associé fréquent + sédation chronique + anhédonie → négligence des soins cutanés Consommation chronique — non spécifique mais évocateur
💡 Signal psycho-dermatologique : des conjonctives injectées récurrentes associées à une sécheresse buccale et une augmentation de l’appétit chez un adolescent ou un jeune adulte, sans autre cause identifiée, constituent un tableau évocateur de consommation régulière de cannabis. La question peut être posée simplement, sans jugement : « est-ce que tu fumes du cannabis de temps en temps ? »

Cannabis et dermatoses inflammatoires : effets documentés

Acné

La relation entre cannabis et acné est multifactorielle. D’une part, le cannabis fumé associé souvent au tabac augmente le stress oxydatif cutané. D’autre part, la prise de poids liée à l’augmentation de l’appétit favorise l’hyperinsulinisme (voie IGF-1 acnéigène). Enfin, la sédation chronique et la négligence de soi peuvent aggraver une hygiène cutanée insuffisante. Le dermatologue interrogera le patient consommateur sur sa consommation dans le cadre du bilan de l’acné.

Psoriasis

La relation cannabis-psoriasis est paradoxale et débattue. Les récepteurs aux cannabinoïdes (CB1 et CB2) sont exprimés dans les kératinocytes et les cellules immunitaires cutanées, et certaines études in vitro suggèrent un effet anti-prolifératif sur les kératinocytes. Cependant, en pratique clinique, la consommation de tabac associée au cannabis, le stress psychologique lié à l’addiction, et la prise de poids contribuent à aggraver le psoriasis. La fumée de cannabis contient également des hydrocarbures polycycliques pro-inflammatoires. Voir psoriasis.

Rosacée

L’effet vasodilatateur du THC — responsable des conjonctives rouges à l’intoxication — peut également aggraver les rougeurs et les flushes chez les patients présentant une rosacée. La chaleur de la fumée inhalée aggrave également les télangiectasies.

Eczéma atopique

Le cannabis est parfois présenté par les patients comme un « anti-stress » bénéfique pour leur eczéma. Si la réduction du stress peut effectivement atténuer les poussées à court terme (le stress prédit une poussée d’eczéma le lendemain), la consommation chronique entretient une anxiété résiduelle et une anhédonie qui aggravent le tableau à moyen terme.

CBD topique et cutané : ce que le dermatologue doit savoir

Le cannabidiol (CBD) — cannabinoïde non psychoactif du cannabis — est légal en France sous certaines conditions et commercialisé dans de nombreux produits cosmétiques et compléments alimentaires présentés comme bénéfiques pour la peau. Les patients mentionnent de plus en plus ces produits lors des consultations dermatologiques.

📌 Ce qui est établi sur le CBD et la peau :
— Des études in vitro et sur modèles animaux montrent des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et séborégulatrices du CBD
— Des études humaines contrôlées restent insuffisantes pour valider une indication dermatologique précise
— Certains patients rapportent une amélioration subjective du prurit ou de la sécheresse sous produits CBD topiques
— Les crèmes CBD ne contiennent pas de THC et ne produisent pas d’effets psychoactifs
— Risque de dermatite de contact allergique aux excipients ou à d’autres composés de la plante (terpènes) présents dans les produits non purifiés

En cas de dermatite de contact au CBD ou aux produits dérivés du chanvre, des patch tests avec les terpènes et les excipients du produit sont indiqués. Voir eczéma de contact.

Le cannabis — pharmacologie essentielle

Le cannabis est une plante (Cannabis sativa) dont les préparations principales sont :

Forme Description Teneur en THC
Marijuana / bhang Feuilles et tiges séchées, roulées en cigarettes 10 à 15 % (contre 1 à 5 % dans les années 1970)
Haschich Résine séchée des parties terminales — concentrée Souvent supérieure à la marijuana
Huile de haschich Distillat concentré de haschich Très élevée
Sensimilla Variété très puissante produite en Asie, Hawaï, Californie Très élevée

Le principal responsable des effets psychoactifs est le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), qui agit sur les récepteurs aux cannabinoïdes CB1 (système nerveux central) et CB2 (système immunitaire, dont les cellules cutanées). Le THC est liposoluble — il se stocke dans les tissus adipeux et peut être détecté dans les urines jusqu’à 2 à 4 semaines après une consommation massive. Cette propriété explique la persistance de ses effets et la difficulté du sevrage.

Le cannabis peut être fumé (effets en quelques minutes, durée 3-4 h), ingéré (effets retardés de quelques heures, durée plus longue), ou vaporisé.

Trouble d’utilisation du cannabis — Critères DSM-5

Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’Abus et de Dépendance sont regroupées sous le terme unique de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité. Le diagnostic repose sur la présence d’au moins 2 des 11 critères suivants sur 12 mois :

Critère
1 Substance prise en quantité plus importante ou pendant une période plus longue que prévu
2 Désir persistant de diminuer ou efforts infructueux pour contrôler l’utilisation
3 Beaucoup de temps consacré à obtenir, utiliser la substance ou récupérer de ses effets
4 Forte envie ou besoin (craving) de consommer
5 Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille)
6 Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels persistants
7 Abandon ou réduction d’activités importantes (sociales, professionnelles, loisirs)
8 Usage récurrent dans des situations physiquement dangereuses (conduite automobile)
9 Poursuite malgré conscience d’un problème physique ou psychologique lié à la substance
10 Tolérance : besoin de quantités croissantes ou effet diminué pour la même quantité
11 Sevrage : syndrome de sevrage caractéristique ou prise pour éviter le sevrage
Sévérité Nombre de critères
Léger 2 à 3
Modéré 4 à 5
Sévère 6 ou plus
📌 Particularités du cannabis par rapport aux autres drogues : le sevrage est réel mais souvent moins spectaculaire que pour l’alcool ou les opiacés. Les cannabinoïdes sont liposolubles et persistent dans les tissus — le sevrage peut se manifester par une irritabilité, une anxiété, des troubles du sommeil et une anorexie sur plusieurs semaines. La tolérance s’installe progressivement avec la consommation chronique quotidienne.

Intoxication aiguë au cannabis : tableau clinique et signes cutanés

L’intoxication se développe en quelques minutes si le cannabis est fumé, quelques heures s’il est ingéré. Les effets durent 3 à 4 h, parfois 12 à 24 h en cas de résorption depuis les tissus adipeux.

Signes comportementaux Signes physiques (dont cutanés)
Euphorie, rires inappropriés, idées de grandeur, sédation, léthargie Conjonctives injectées (critère diagnostique), augmentation de l’appétit, sécheresse buccale, tachycardie
Altération de la mémoire à court terme, des performances motrices, du jugement Sensation que le temps passe lentement, distorsions sensorielles
Anxiété parfois sévère, dysphorie, retrait social, attaques de panique À fortes doses : hallucinations, dépersonnalisation, déréalisation, idées persécutoires

Les conjonctives injectées associées à la sécheresse buccale et à la tachycardie constituent la triade caractéristique de l’intoxication aiguë au cannabis — signes que le dermatologue peut identifier lors d’un examen du visage.


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Questions fréquentes

Le cannabis peut-il aggraver l’acné ?

Oui, indirectement. Trois mécanismes principaux : la prise de poids liée à l’augmentation de l’appétit favorise l’hyperinsulinisme (voie IGF-1 acnéigène), le tabagisme souvent associé aggrave le stress oxydatif cutané, et la sédation chronique peut contribuer à une négligence de la routine de soins. En dermatologie, il est utile de questionner les patients acnéiques sur leur consommation de cannabis, d’autant que la suppression de la sécrétion de testostérone et de LH observée à doses massives peut créer des fluctuations hormonales imprévisibles.

Le CBD topique est-il efficace sur la peau ?

Les données scientifiques solides manquent encore pour valider des indications dermatologiques précises du CBD topique. Des études in vitro et sur animaux suggèrent des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et séborégulatrices, mais les essais cliniques contrôlés chez l’homme sont insuffisants. Certains patients rapportent un soulagement du prurit ou de la sécheresse. Le risque principal des produits CBD cosmétiques non purifiés est la dermatite de contact allergique aux terpènes et aux excipients. En cas d’aggravation cutanée après utilisation d’un produit CBD, des patch tests sont indiqués.

Comment le cannabis interagit-il avec le psoriasis ?

La relation est paradoxale. Les récepteurs CB1 et CB2 sont présents dans les kératinocytes et certaines études suggèrent un effet anti-prolifératif potentiel. Mais en pratique, la fumée de cannabis contient des carcinogènes et des hydrocarbures pro-inflammatoires, la prise de poids aggrave le psoriasis (corrélé à l’obésité), et le tabagisme associé est un facteur d’aggravation bien documenté. Le bilan global est plutôt défavorable pour le psoriasis. Si un patient consomme du cannabis pour gérer son stress psoriasique, il vaut mieux l’orienter vers des approches validées — relaxation, TCC, traitement médicamenteux optimal — plutôt que de valider cette pratique.

Le cannabis peut-il déclencher une psychose, et y a-t-il des signes cutanés associés ?

Oui — le trouble psychotique induit par le cannabis est reconnu dans le DSM. À fortes doses ou chez les sujets vulnérables (antécédents familiaux de schizophrénie), le cannabis peut déclencher des hallucinations, des idées délirantes et une paranoïa. Sur le plan cutané, un trouble psychotique peut se manifester par un délire de parasitose (conviction d’être infesté d’insectes sans lésion parasitaire objective) ou des excoriations liées aux hallucinations tactiles. Ces tableaux méritent une orientation psychiatrique urgente.

Combien de temps le cannabis reste-t-il détectable dans l’organisme ?

Le THC est liposoluble — il se stocke dans les tissus adipeux et est éliminé lentement. Les tests urinaires peuvent être positifs 7 à 10 jours après une consommation occasionnelle, et 2 à 4 semaines après une consommation massive chronique. Un test positif indique une consommation passée mais ne signe pas une intoxication en cours. Cette persistance explique aussi pourquoi les effets du cannabis peuvent parfois réapparaître 12 à 24 h après la consommation initiale — par relargage depuis les tissus adipeux.

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Mis à jour le 12 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.
Cet article intègre les critères du DSM-5 dans une perspective dermatologique et de psycho-dermatologie. Il ne remplace pas une évaluation spécialisée en addictologie.

« AMPHET », « MET », « SPEED », ‘ICE » : dangers et problèmes liés à l’amphetamine

Amphétamine, métamphétamine, speed, ice : addiction, intoxication et effets sur la peau

Amphétamine – stimulant du système nerveux central
Amphétamine : puissant stimulant du SNC aux manifestations cutanées caractéristiques

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Les amphétamines sont de puissants stimulants du système nerveux central à effets psychoactifs et sympathomimétiques. Elles comprennent l’amphétamine, la dexamphétamine, la métamphétamine (speed, ice, crystal meth), le méthylphénidate (Ritaline®) et divers agents coupe-faim. Contrairement à la cocaïne, les amphétamines ont une durée d’action plus longue et des effets sympathomimétiques périphériques plus puissants.

Psycho-dermatologie : amphétamines et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Les amphétamines — en particulier la métamphétamine — génèrent certaines des manifestations cutanées les plus caractéristiques et les plus sévères parmi toutes les drogues de stimulation.

Amphétamines et peau : manifestations dermatologiques directes et indirectes :

  • Grattage compulsif et excoriations (meth mites) : la métamphétamine provoque des hallucinations tactiles (fourmillements, sensations de parasites sous la peau) identiques à la formication cocaïnique. Les usagers se grattent de façon compulsive et prolongée, créant des excoriations profondes, des plaies chroniques et des cicatrices multiples — souvent sur le visage, les bras et le torse. Ce tableau, parfois appelé « meth mites » (acariens de la meth), est présenté en consultation dermatologique pour un prurit ou des lésions inexpliquées.
  • Vieillissement cutané accéléré (meth face) : l’usage chronique de métamphétamine est associé à un vieillissement cutané spectaculairement accéléré — rides profondes, teint terne, peau grisâtre, perte des graisses faciales, aspect de dégradation majeure du visage en quelques années. Cet effet est amplifié par la vasoconstriction cutanée chronique, la malnutrition, la déshydratation et le défaut d’hygiène.
  • Transpiration profuse et frissons : signes physiologiques de l’intoxication, pouvant motiver une consultation pour hyperhidrose inexpliquée. La transpiration abondante favorise également les dermatites et les surinfections cutanées.
  • Abcès et infections IV : les usagers par voie intraveineuse présentent les mêmes complications que les usagers d’opiacés IV (cordons veineux, abcès, cellulites, hépatites, VIH).
  • Perte de poids et anémie : l’effet anorexigène puissant des amphétamines entraîne une malnutrition sévère avec amincissement cutané, fragilité, cheveux ternes, alopécie et retard de cicatrisation.
  • Négligence de l’hygiène cutanée : l’altération de l’hygiène personnelle caractéristique de la dépendance chronique expose aux dermatites, infections cutanées récidivantes, gale et pédiculose.
  • Blessures traumatiques : les comportements agressifs et violents liés aux amphétamines génèrent des plaies, contusions et cicatrices fréquemment présentées aux urgences ou en consultation dermatologique.
  • Brûlures (usage fumé) : les usagers fumant l’ice (cristaux de métamphétamine) peuvent présenter des brûlures des lèvres, des doigts ou des mains — stigmates de l’usage inhalé.

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Qu’est-ce que les amphétamines ?

Les amphétamines agissent en provoquant une libération massive de monoamines (dopamine, noradrénaline, sérotonine) depuis les terminaisons présynaptiques et en bloquant leur recapture — à la différence de la cocaïne qui bloque uniquement la recapture. Cette double action explique un effet stimulant plus puissant et plus prolongé. La durée d’action de la métamphétamine (6–12 heures) est nettement supérieure à celle de la cocaïne (1 heure).

Formes et voies d’administration :

  • Orale (comprimés, poudre) : action en 30–60 min, durée 4–8 h — progression plus lente vers dépendance
  • Nasale (sniff) : action en 3–5 min, durée 6–12 h
  • IV : action en secondes, effet très intense — dépendance rapide
  • Fumée (ice/crystal) : action quasi immédiate, très fort potentiel addictif — dépendance en semaines

Usage médical légal : méthylphénidate (TDAH), certains coupe-faim — avec risques de détournement.

L’addiction : dopamine et évolution

Les amphétamines détournent le circuit de la récompense en provoquant une libération dopaminergique jusqu’à 10 fois supérieure à celle des comportements naturels, rendant toute autre source de plaisir insignifiante par comparaison. Voir l’article complet sur la drogue et l’addiction.

Trouble d’utilisation des amphétamines (DSM-5)

Critères diagnostiques (DSM-5) — au moins 2 des 11 éléments suivants en 12 mois :

  1. Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
  3. Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets.
  4. Forte envie ou besoin de consommer (craving).
  5. Manquements récurrents aux obligations.
  6. Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
  7. Abandon d’activités importantes à cause de l’usage.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses.
  9. Poursuite malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique.
  10. Tolérance (doses croissantes pour l’effet désiré ou effet diminué).
  11. Sevrage (syndrome caractéristique ou prise pour éviter le sevrage).

Niveaux de sévérité : Léger (2–3) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).

Particularité — sensibilisation inverse : Contrairement à la cocaïne où une tolérance se développe toujours, certains usagers d’amphétamines développent une sensibilisation (augmentation progressive de l’effet avec la répétition des prises). De petites doses peuvent alors produire des effets stimulants marqués et des effets indésirables psychiques intenses — notamment des hallucinations tactiles et un syndrome paranoïde.

Intoxication aux amphétamines

L’intoxication est cliniquement très similaire à l’intoxication cocaïnique — euphorie, hypervigilance, logorrhée — avec une durée d’action plus longue et des effets sympathomimétiques périphériques plus puissants.

Niveau de dose Effets psychologiques Signes cutanés et physiques
Faible Euphorie, vigueur, sociabilité, hypervigilance Tachycardie, mydriase, transpiration légère
Intermédiaire Anxiété, colère, comportements stéréotypés, idées de grandeur HTA, frissons, perte de poids visible
Élevée / chronique Hallucinations tactiles (meth mites), paranoïa, psychose amphétaminique Excoriations profondes, vieillissement facial (meth face), anémie
Critères diagnostiques de l’intoxication :
A. Utilisation récente d’amphétamine ou substance apparentée.
B. Changements comportementaux inadaptés (euphorie/émoussement, hypervigilance, anxiété, colère, altération du jugement).
C. Au moins 2 signes : (1) tachycardie/bradycardie, (2) mydriase, (3) HTA/hypotension, (4) transpiration/frissons, (5) nausées/vomissements, (6) perte de poids avérée, (7) agitation/ralentissement, (8) faiblesse musculaire/arythmie/douleur thoracique, (9) confusion/convulsions/dyskinésies/coma.
D. Non imputable à une affection médicale ou un autre trouble mental.

Sevrage aux amphétamines

Le sevrage aux amphétamines (« crash ») est l’opposé de l’intoxication : après l’arrêt d’une utilisation massive, le sujet bascule dans une dépression profonde avec hypersomnie et augmentation de l’appétit. Les symptômes dépressifs peuvent durer plusieurs jours avec risque suicidaire.

Critères diagnostiques :
A. Arrêt ou réduction d’une utilisation massive et prolongée.
B. Humeur dysphorique + au moins 2 des symptômes suivants : (1) fatigue, (2) rêves intenses et déplaisants, (3) insomnie ou hypersomnie, (4) augmentation de l’appétit, (5) agitation ou ralentissement psychomoteur.
C. Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement.
D. Non imputable à une affection médicale ou un autre trouble mental.
Risque suicidaire au sevrage : Les symptômes dépressifs avec idées suicidaires constituent la complication la plus grave du sevrage aux amphétamines. Après une « défonce » intense, le « crash » peut imposer plusieurs jours de récupération avec risque suicidaire important. Numéro national de prévention du suicide en France : 3114 (24h/24).

Complications médicales et cutanées

Manifestation cutanée Mécanisme Aspect clinique
Excoriations compulsives (meth mites) Hallucinations tactiles (formication) Plaies profondes multiples, visage/bras/torse, cicatrices
Vieillissement accéléré (meth face) Vasoconstriction + malnutrition + déshydratation Rides profondes, teint terne, fonte graisses faciales
Abcès et cordons veineux (IV) Injections répétées, asepsie défectueuse Idem opiacés IV (sclérose, abcès, cicatrices)
Amincissement et alopécie Anorexie + malnutrition chronique Peau fine, fragile, cheveux ternes, effluvium télogène
Brûlures (usage fumé) Contact de la pipe chaude Brûlures lèvres, doigts, mains
Bonne pratique : Devant un patient présentant des excoriations profondes multiples sans lésion primaire identifiée, un vieillissement facial disproportionné à l’âge, une perte de poids majeure et une altération de l’hygiène, évoquez une dépendance aux amphétamines (notamment métamphétamine). La toxicologie urinaire reste positive 1 à 3 jours après une prise. Orientez vers un CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) en parallèle de la prise en charge dermatologique des lésions.

Lésions de grattage compulsif ou vieillissement cutané accéléré ?
Le Dr Rousseau prend en charge les manifestations cutanées liées aux conduites addictives, avec orientation vers les structures spécialisées.


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Épidémiologie et évolution

Les troubles liés aux amphétamines touchent principalement les 18–30 ans. L’usage IV est plus fréquent dans les classes socio-économiques défavorisées avec un ratio hommes/femmes de 3–4/1. La dépendance par voie orale progresse lentement (mois), alors que la voie IV ou fumée entraîne une dépendance en quelques semaines.

La dépendance chronique est souvent associée à des antécédents de trouble des conduites dans l’enfance, de personnalité antisociale et de TDAH. Les comorbidités incluent les polyconsommations (alcool, benzodiazépines, opiacés utilisés pour atténuer les effets stimulants désagréables).

Les données à long terme disponibles suggèrent une tendance à la diminution ou l’arrêt spontané après 8 à 10 ans, souvent lié à l’émergence d’effets indésirables mentaux et physiques insupportables.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le « meth face » et comment le dermatologue peut-il le reconnaître ?

Le terme « meth face » décrit le vieillissement cutané spectaculairement accéléré chez les usagers chroniques de métamphétamine : rides profondes et précoces, teint grisâtre, fonte des graisses faciales, peau terne et affinée, cheveux ternes. Ce tableau résulte de la vasoconstriction cutanée chronique, de la malnutrition sévère, de la déshydratation, de la bruxisme (crispation dentaire avec atrophie musculaire temporale) et du défaut d’hygiène. Le dermatologue confronté à un tel tableau chez un adulte jeune doit évoquer une dépendance aux stimulants.

Qu’est-ce que la formication ou « meth mites » ?

La formication est une hallucination tactile — sensation d’insectes, de parasites ou de fourmillements rampant sous la peau — provoquée par l’hyperactivité dopaminergique des stimulants. Les usagers de métamphétamine (et de cocaïne) peuvent se gratter jusqu’à créer des plaies profondes et des cicatrices multiples. Ces lésions, présentées en consultation dermatologique comme un prurit ou des lésions inexpliquées, orientent le clinicien vers un contexte toxicologique.

La Ritaline® (méthylphénidate) peut-elle créer une dépendance ?

Le méthylphénidate est un stimulant amphétaminique utilisé dans le TDAH. Pris conformément à la prescription médicale à dose thérapeutique, le risque de dépendance est faible. En revanche, l’usage détourné (doses élevées, voie IV ou nasale) est associé à un risque de dépendance comparable aux autres amphétamines. Un usage prolongé peut influencer la cicatrisation cutanée par vasoconstriction.

Amphétamines et effets sur les cheveux ?

L’anorexie sévère induite par les amphétamines entraîne des carences nutritionnelles responsables d’un effluvium télogène (chute diffuse de cheveux) et d’une altération de la qualité de la tige pilaire. Ces manifestations trichologiques sont réversibles après arrêt de la substance et correction nutritionnelle.

Quelle est la différence entre amphétamines et cocaïne en termes de manifestations cutanées ?

Les deux substances partagent la formication, les excoriations compulsives et les complications IV. Les spécificités amphétaminiques sont : le « meth face » (vieillissement facial disproportionné), l’effluvium télogène par malnutrition prolongée, et les brûlures de la pipe (usage fumé). La cocaïne est plus spécifiquement associée à la perforation septale nasale et à la vasculite au lévamisole (cocaïne adultérée).

Sur le même sujet – Psycho-dermatologie et addictions :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
Manifestations cutanées liées aux stimulants : le Dr Rousseau assure une prise en charge spécialisée et oriente vers les structures d’addictologie adaptées.


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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

ALCOOL : abus, dépendance, dangers et problèmes liés à l’alcool

Alcool et peau : les manifestations cutanées de l’alcoolisme — psycho-dermatologie

L’alcool est le dépresseur cérébral le plus consommé au monde, responsable d’une morbidité et d’une mortalité considérables. En psycho-dermatologie, il occupe une place de choix : l’alcoolisme chronique génère l’un des tableaux cutanés les plus riches et les plus caractéristiques de toute la médecine interne. Érythrose faciale, rhinophyma, angiomes stellaires, ictère, purpura, porphyrie cutanée tardive, carence en vitamines B — le dermatologue est souvent le premier à identifier ces signes et à orienter vers une prise en charge addictologique. Par ailleurs, l’alcool aggrave plusieurs dermatoses inflammatoires majeures : psoriasis, rosacée, lupus. Cet article fait le point sur ces manifestations cutanées et sur les critères DSM-5 du trouble d’utilisation de l’alcool.

Alcool et peau
L’alcool chronique laisse des traces sur la peau avant même que les complications viscérales ne soient diagnostiquées
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Sommaire :
Manifestations cutanées de l’alcoolisme |
Dermatoses aggravées par l’alcool |
Carences et peau |
Le flush asiatique |
Bilan biologique cutané |
Trouble d’utilisation — DSM-5 |
Sevrage et intoxication aiguë |
Pages liées |
Questions fréquentes

Manifestations cutanées de l’alcoolisme chronique

L’alcoolisme chronique génère un tableau cutané riche et progressif. Ces signes peuvent précéder de plusieurs années le diagnostic de cirrhose ou d’hépatopathie alcoolique :

Signe cutané Mécanisme Signification clinique
Érythrose faciale (visage rouge) Vasodilatation périphérique chronique par l’alcool + effet direct sur les vaisseaux cutanés Précoce — peut mimer une rosacée ; à distinguer du flush asiatique enzymatique
Rhinophyma Hypertrophie des glandes sébacées du nez — favorisée par l’alcool via l’aggravation de la rosacée Nez bulbeux, rouge et globuleux — fréquemment associé à la rosacée alcoolique
Angiomes stellaires (spider naevi) Dilatations vasculaires en étoile liées à l’hyperoestrogénisme de l’insuffisance hépatique (défaut de catabolisme hépatique des œstrogènes) Signal de cirrhose hépatique — localisés sur le visage, le thorax, les épaules
Ictère (jaunisse) Accumulation de bilirubine par insuffisance hépatocellulaire Coloration jaune des téguments et des sclérotiques — signe d’hépatopathie avancée
Érythème palmaire Vasodilatation des paumes liée à l’hyperoestrogénisme de l’insuffisance hépatique Paumes rouges, surtout thénar et hypothénar — associé aux angiomes stellaires
Purpura thrombopénique Thrombopénie par hypersplénisme, toxicité médullaire directe de l’alcool, carence en folates Petites hémorragies cutanées — décubitus, membres inférieurs
Leuconychie (ongles blancs) Hypoalbuminémie de l’insuffisance hépatique Ongles blanchis à partir de la base — signe d’hypoprotidémie
Gynécomastie Hyperoestrogénisme relatif + toxicité directe des cellules de Leydig par l’alcool → diminution de la testostérone Développement mammaire chez l’homme — associé à une atrophie testiculaire
Aspect bouffi du visage, oedèmes Hypoalbuminémie + retention sodique hépatique Visage « lunaire », œdèmes périphériques
Dépilation axillaire et pubienne Hyperoestrogénisme — chute des poils dans les zones androgéno-dépendantes Souvent associé à la gynécomastie et à l’atrophie testiculaire
⚠️ Signal psycho-dermatologique urgent : la triade angiomes stellaires + érythème palmaire + ictère chez un patient présentant une érythrose faciale et une consommation d’alcool connue ou suspectée signe une insuffisance hépatocellulaire avancée. Bilan hépatique et addictologique en urgence — orientation vers une équipe spécialisée.

La porphyrie cutanée tardive : la dermatose de l’alcoolique par excellence

La porphyrie cutanée tardive (PCT) est la porphyrie la plus fréquente, et l’alcool est son principal facteur déclenchant. Elle se manifeste par des vésicules et des bulles sur les zones photoexposées (mains, avant-bras, visage), suivies de cicatrices atrophiques, de miliums (petits kystes blancs), d’hypertrichose du visage et de modifications de la pigmentation. La peau est fragile et se décolle au moindre traumatisme. La PCT est due à un déficit en uroporphyrinogène décarboxylase hépatique, aggravé par l’alcool, l’hépatite C (fréquemment associée) et les oestrogènes. Le diagnostic repose sur le dosage des porphyrines urinaires (urine rose-orangée en lumière de Wood). Traitement : arrêt de l’alcool, saignées ou chloroquine faible dose.

Dermatoses aggravées par l’alcool

Dermatose Mécanisme d’aggravation
Psoriasis L’alcool est l’un des facteurs aggravants les plus documentés du psoriasis : il augmente l’inflammation systémique, stimule la prolifération kératinocytaire via des cytokines pro-inflammatoires, réduit l’observance thérapeutique, et interfère avec les traitements (méthotrexate + alcool = hépatotoxicité cumulée)
Rosacée L’alcool est un déclencheur majeur des flushes de rosacée — vasodilatation directe et aggravation de l’hyperréactivité vasculaire. Peut conduire au rhinophyma à long terme
Lupus érythémateux L’alcool peut aggraver la photosensibilité du lupus et interférer avec les traitements immunosuppresseurs (hydroxychloroquine, méthotrexate)
Eczéma L’alcool aggrave l’inflammation systémique et altère la barrière cutanée ; la consommation chronique favorise les déficits immunitaires favorisant les infections secondaires des lésions d’eczéma
Dermite séborrhéique Fréquemment aggravée par l’alcool — probable effet sur la colonisation à Malassezia via l’immunodépression relative
📌 Interaction alcool-méthotrexate : chez les patients psoriasiques traités par méthotrexate, la consommation régulière d’alcool est une contre-indication relative majeure — les deux substances sont hépatotoxiques et leurs effets s’additionnent. Le dermatologue doit systématiquement questionner la consommation d’alcool avant et pendant un traitement systémique (méthotrexate, rétinoïdes, ciclosporine).

Carences nutritionnelles et manifestations cutanées

L’alcoolisme chronique génère des carences multiples qui ont des expressions cutanées spécifiques :

Carence Manifestations cutanées Manifestations systémiques
Vitamine B1 (thiamine) Peau sèche, dermite Syndrome de Wernicke-Korsakoff, neuropathie périphérique (paresthésies distales détectables à l’examen cutané)
Vitamine B3 (niacine) Pellagre : dermite photo-sensible symétrique (collier de Casal), peau épaissie et pigmentée sur les zones exposées Diarrhée, démence (3D)
Vitamine B12 et folates Glossite (langue rouge et douloureuse), pâleur de l’anémie, vitiligo possible Anémie macrocytaire, neuropathie
Vitamine C Scorbut : purpura périfolliculaire, hémorragies gingivales, kératose folliculaire hémorragique Cicatrisation altérée, fatigue
Zinc Acrodermatite entéropathique-like : dermatite péri-orificielle (bouche, nez, yeux, organes génitaux), onychodystrophie, alopécie Retard de cicatrisation, immunodépression

Le flush asiatique : une origine enzymatique cutanée

Environ 50 % des personnes d’origine japonaise, chinoise ou coréenne présentent un flush alcoolique intense — rougeur du visage, palpitations, nausées — après ingestion même modeste d’alcool. Ce phénomène est dû à un déficit génétique en aldéhyde déshydrogénase (ALDH2) qui permet normalement d’éliminer l’acétaldéhyde, premier métabolite toxique de l’alcool. L’accumulation d’acétaldéhyde produit le flush.

Sur le plan dermatologique, ce flush peut mimer une rosacée ou une allergie. Mais son mécanisme est purement enzymatique et génétique — il constitue paradoxalement un facteur protecteur contre la dépendance alcoolique (les personnes présentant un déficit complet ne boivent généralement pas). Les personnes avec un déficit partiel (40 % de la population asiatique) ont quand même un risque réduit de développer un trouble de l’utilisation de l’alcool.

Bilan biologique : marqueurs biologiques à connaître

Marqueur Seuil significatif Utilité
Gamma-GT > 30 UI/L Indicateur sensible d’une consommation massive (≥ 8 verres/j) — normalisation en quelques semaines après sevrage → utile pour surveiller l’abstinence
CDT (transferrine désialylée) > 20 UI/L Spécificité comparable ou supérieure aux gamma-GT — association des deux encore plus sensible
VGM (volume globulaire moyen) Limites hautes de la normale Effet toxique direct de l’alcool sur l’érythropoïèse — moins fiable pour surveiller l’abstinence (longue durée de vie des GR)
ASAT/ALAT, phosphatases alcalines Élévation variable Atteinte hépatique — à coupler aux signes cutanés hépatiques
Triglycérides, cholestérol LDL Élevés Diminution de la néoglucogenèse — contribue à la stéatose hépatique
Porphyrines urinaires Élevées Indispensable si suspicion de porphyrie cutanée tardive

Trouble d’utilisation de l’alcool — Critères DSM-5

Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’Abus et de Dépendance sont regroupées sous le terme unique de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux. Le diagnostic repose sur au moins 2 des 11 critères suivants sur 12 mois :

Critère
1 Alcool pris en quantité plus importante ou pendant une période plus longue que prévu
2 Désir persistant de diminuer ou efforts infructueux pour contrôler la consommation
3 Beaucoup de temps consacré à obtenir, consommer ou récupérer des effets de l’alcool
4 Forte envie ou besoin (craving) de consommer de l’alcool
5 Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille)
6 Poursuite malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels persistants
7 Abandon ou réduction d’activités importantes à cause de l’alcool
8 Usage récurrent dans des situations physiquement dangereuses (conduite automobile)
9 Poursuite malgré conscience d’un problème physique ou psychologique lié à l’alcool
10 Tolérance : besoin de quantités croissantes ou effet diminué pour la même quantité
11 Sevrage : syndrome de sevrage ou consommation pour éviter le sevrage
Sévérité Critères
Léger 2 à 3
Modéré 4 à 5
Sévère 6 ou plus
💡 Pronostic : contrairement à l’image d’une maladie incurable, le risque sur la vie entière de la dépendance alcoolique est d’environ 15 % dans la population générale, et après traitement, le taux d’abstinence à 1 an peut dépasser 65 % chez les sujets avec un bon niveau de fonctionnement. La dépendance alcoolique a une forte composante génétique (40 à 60 % de la variance du risque), avec un risque 3 à 4 fois plus élevé chez les parents au premier degré d’une personne dépendante.

Sevrage alcoolique et intoxication aiguë

Intoxication aiguë — signes visibles

L’intoxication alcoolique produit des signes immédiatement visibles lors d’un examen dermatologique : érythème facial aigu, hypersudation, aspect « bouffi » du visage. Discours bredouillant, incoordination, nystagmus, altération de la mémoire. Le corps métabolise environ un verre par heure, l’alcoolémie baissant de 15 à 20 mg/dl par heure.

Sevrage alcoolique — urgence médicale

Le sevrage débute 4 à 12 h après la réduction des prises et atteint son acmé au 2e jour d’abstinence. Ses manifestations cutanées et végétatives incluent :

  • Hypersudation profuse — hyperactivité neurovégétative
  • Tremblements des mains, agitation
  • Hallucinations visuelles et tactiles (sensation d’insectes sur la peau — à distinguer d’un délire de parasitose)
  • Dans les cas sévères (5 % des sevrages) : delirium tremens — urgence médicale avec hallucinations, convulsions, hyperthermie, tachycardie
⚠️ Delirium tremens : urgence médicale vitale. Appeler le 15. Ne jamais laisser seul un patient en sevrage alcoolique avec confusion, tremblements sévères et signes végétatifs — le delirium tremens peut survenir jusqu’au 5e jour de sevrage et engager le pronostic vital sans prise en charge médicale urgente.


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Questions fréquentes

Quels sont les premiers signes cutanés de l’alcoolisme chronique ?

Les premiers signes visibles sont l’érythrose faciale (rougeur chronique du visage liée à la vasodilatation) et l’aspect « bouffi ». À un stade plus avancé, les angiomes stellaires (petites étoiles vasculaires sur le thorax et les épaules) signent l’atteinte hépatique. L’érythème palmaire (paumes rouges), la leuconychie (ongles blancs) et l’ictère apparaissent avec l’insuffisance hépatocellulaire. La porphyrie cutanée tardive (vésicules sur les zones exposées) est spécifiquement liée à l’alcool.

L’alcool aggrave-t-il vraiment le psoriasis ?

Oui — c’est l’un des facteurs aggravants les plus documentés. L’alcool augmente l’inflammation systémique, stimule la prolifération kératinocytaire, réduit l’observance thérapeutique, et crée une hépatotoxicité cumulée avec le méthotrexate (traitement fréquent du psoriasis modéré à sévère). Les patients psoriasiques traités par méthotrexate doivent avoir une consommation d’alcool nulle ou très limitée. Le dermatologue questionne systématiquement la consommation avant toute prescription systémique.

Qu’est-ce que la porphyrie cutanée tardive et quel est son lien avec l’alcool ?

La porphyrie cutanée tardive (PCT) est la porphyrie la plus fréquente. Elle se manifeste par des vésicules et des bulles sur les mains et les avant-bras aux zones photoexposées, suivies de cicatrices, de miliums et d’hypertrichose du visage. L’alcool est son principal déclencheur — il inhibe une enzyme hépatique (uroporphyrinogène décarboxylase), causant l’accumulation de porphyrines dans la peau et le foie. L’arrêt de l’alcool est la première mesure thérapeutique. Le diagnostic repose sur le dosage des porphyrines urinaires.

Pourquoi certaines personnes asiatiques rougissent-elles après une seule bière ?

C’est le « flush asiatique » — dû à un déficit génétique en aldéhyde déshydrogénase (ALDH2), enzyme qui élimine l’acétaldéhyde produit lors du métabolisme de l’alcool. L’accumulation d’acétaldéhyde provoque rougeurs, palpitations et nausées intenses. Ce déficit touche environ 50 % des Japonais, Chinois et Coréens. Paradoxalement, il protège contre la dépendance alcoolique chez les personnes avec déficit complet. En consultation de dermatologie, ce flush peut mimer une rosacée ou une allergie — l’interrogatoire sur la relation avec l’alcool permet de le distinguer.

Le sevrage alcoolique peut-il se passer seul à domicile ?

Non pour les formes sévères. Bien que la plupart des sevrages soient bénins, environ 5 % des personnes dépendantes développent un sevrage sévère (convulsions, delirium tremens) nécessitant une hospitalisation urgente. Tout sevrage chez une personne ayant une consommation quotidienne importante doit être encadré médicalement. Un dermatologue qui découvre des signes d’alcoolisme avancé doit orienter vers une consultation d’addictologie et prévenir le patient des risques du sevrage brutal non médicalisé.

Voir aussi :
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Cet article intègre les critères du DSM-5 dans une perspective dermatologique et de psycho-dermatologie. Il ne remplace pas une évaluation spécialisée en addictologie.

ANOREXIE : l’anorexie mentale et l’anorexique

Anorexie mentale : diagnostic, signes cutanés et prise en charge

Anorexie mentale – préoccupation excessive du poids et des formes
Anorexie mentale : une préoccupation excessive du poids et de la forme corporelle

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

L’anorexie mentale (Anorexia nervosa) est un trouble du comportement alimentaire grave, caractérisé par un refus de maintenir un poids corporel minimum normal, une peur intense de prendre du poids et une altération significative de la perception de son propre corps. Le terme « anorexie » est en réalité mal choisi car la perte d’appétit est rare — les patients ont faim, mais refusent de manger. Plus de 90 % des cas touchent des femmes, généralement entre 14 et 18 ans.

Psycho-dermatologie : anorexie et peau

La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. L’anorexie mentale génère l’un des tableaux cutanés les plus riches et les plus caractéristiques parmi les troubles psychiatriques — le dermatologue est souvent parmi les premiers à observer et à nommer les signes cutanés de la dénutrition, avant même qu’un diagnostic psychiatrique soit posé.

Anorexie et peau : les manifestations dermatologiques à connaître :

  • Lanugo : fin duvet blanc sur le tronc et les membres, réponse physiologique à la dénutrition profonde — le corps produit ce pelage pour maintenir la chaleur en l’absence de graisse sous-cutanée. Pathognomonique de la dénutrition sévère, il doit alerter le dermatologue.
  • Sécheresse cutanée sévère (xérose) : liée à la carence en acides gras essentiels, à la déshydratation et à la réduction des sécrétions sébacées. Peut se présenter comme une ichtyose acquise ou une dermatite sèche diffuse.
  • Hypercarotinémie et teinte jaune de la peau : la consommation de grandes quantités de carottes et légumes colorés (fréquente chez les anorexiques qui compensent la restriction calorique) entraîne une accumulation de bêta-carotène, donnant à la peau — surtout les paumes, la plante des pieds et le nez — une teinte jaune-orangée sans ictère (blancs des yeux blancs). Ce signe est très évocateur en consultation dermatologique.
  • Signe de Russell (callosités dorsales des mains) : cicatrices ou callosités sur la face dorsale des doigts, provoquées par le contact répété des dents lors des vomissements auto-induits. Signe pathognomonique du type boulimique/purgatif de l’anorexie.
  • Érosion de l’émail dentaire : conséquence des vomissements acides répétés. Visible à l’examen buccal.
  • Alopécie diffuse (effluvium télogène) : la dénutrition prolongée entraîne une chute diffuse des cheveux par privation en protéines, fer, zinc et vitamines B. Les cheveux deviennent secs, ternes, cassants. Ce motif de consultation est fréquent et oriente vers une anorexie sous-jacente non diagnostiquée.
  • Pétéchies aux extrémités : rares, témoignant d’une thrombocytopénie et d’une diathèse hémorragique sévère par dénutrition extrême.
  • Œdème périphérique : lors de la reprise de poids ou à l’arrêt des laxatifs/diurétiques, des œdèmes des membres inférieurs peuvent apparaître, parfois interprétés à tort comme une prise de poids et déclenchant une rechute.
  • Hypertrophie parotidienne : bilatérale et indolore, liée aux vomissements chroniques, elle peut être le motif d’une consultation dermatologique pour gonflement du visage inexpliqué.
  • Ongles fragiles et striés : conséquence des carences en fer, zinc, calcium et protéines.
Alerte dermato : L’anorexie mentale est le trouble psychiatrique ayant la mortalité la plus élevée (5 à 10 % des cas), par complications cardiaques ou par suicide. Devant un patient présentant un lanugo, une xérose sévère, une hypercarotinémie, une alopécie diffuse ou un signe de Russell, le dermatologue doit adresser sans délai à une équipe spécialisée en troubles du comportement alimentaire. La National Alliance for Eating Disorders propose un soutien et une orientation (mentionner au patient la disponibilité de ressources spécialisées).

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Diagnostic et critères DSM

Les caractéristiques essentielles de l’anorexie mentale sont au nombre de quatre :

A. Refus de maintenir un poids minimum normal : poids inférieur à 85 % du poids attendu pour l’âge et la taille, ou IMC ≤ 17,5 kg/m². Chez l’enfant en croissance : absence de prise de poids normale.

B. Peur intense de prendre du poids : cette peur ne diminue pas avec la perte de poids — elle s’intensifie paradoxalement alors même que le poids continue à baisser.

C. Altération de la perception corporelle : vision déformée de son propre corps, influence excessive du poids sur l’estime de soi, déni de la gravité de la maigreur. La perte de poids est vécue comme une réussite, la prise de poids comme un échec inacceptable.

D. Aménorrhée (femmes postpubères) : absence d’au moins 3 cycles menstruels consécutifs. Peut précéder la perte de poids chez une minorité de patientes.

Mécanisme de la distorsion corporelle : La déformation de l’image du corps dans l’anorexie ne répond pas à la logique. Certaines patientes sont conscientes d’être minces mais continuent à percevoir certaines parties de leur corps (ventre, cuisses, fesses) comme trop grosses, et les surveillent compulsivement au miroir. L’estime de soi est entièrement indexée sur le poids et les formes — deux dimensions que le dermatologue peut aborder lors du bilan de la peau.

Sous-types

Sous-type Mécanisme de restriction Signes cutanés spécifiques
Type restrictif Restriction alimentaire seule ± exercice excessif. Pas de crise de boulimie ni vomissements. Lanugo, xérose, hypercarotinémie, alopécie, ongles fragiles
Type boulimique/purgatif Crises de boulimie régulières + vomissements provoqués et/ou laxatifs/diurétiques + Signe de Russell (callosités dorsales des mains), érosion dentaire, hypertrophie parotidienne, œdèmes à l’arrêt des laxatifs

Caractéristiques et troubles associés

Dans les états de grande maigreur, les patients présentent souvent des symptômes dépressifs (humeur dépressive, retrait social, insomnie, perte d’intérêt sexuel) secondaires aux effets physiologiques de la semi-inanition. Des traits obsessionnels-compulsifs centrés sur la nourriture sont fréquents : collection de recettes, accumulation de provisions, rituels alimentaires rigides.

Parmi les autres traits associés : perfectionnisme intense, besoin de contrôle, pensée inflexible, difficultés à manger en public, sentiment d’incompétence, expressivité émotionnelle réduite.

Le type boulimique/purgatif est plus souvent associé à des troubles du contrôle des impulsions, une consommation d’alcool ou de drogues, une labilité de l’humeur, des tentatives de suicide et des traits de personnalité borderline.

Examens complémentaires et signes physiques

La dénutrition de l’anorexie peut affecter la quasi-totalité des organes. Les principaux résultats anormaux sont :

  • Leucopénie et anémie modérée
  • Hypokaliémie (risque d’arythmies graves), hypomagnésémie, hypophosphatémie
  • Alcalose métabolique (vomissements), acidose métabolique (laxatifs)
  • T3 abaissée, cortisol augmenté (hyperadrénocorticisme)
  • Œstrogènes (femmes) et testostérone (hommes) effondrés
  • Bradycardie sinusale ± arythmies à l’ECG
  • Ostéoporose par carence en calcium et en œstrogènes
  • Hypercholestérolémie, élévation des transaminases
Bonne pratique : Le dermatologue qui identifie des signes cutanés d’anorexie (lanugo, hypercarotinémie, signe de Russell, alopécie diffuse par dénutrition) doit demander un bilan biologique minimal (NFS, ionogramme, kaliémie, bilan hépatique, TSH, T3) et orienter vers un médecin généraliste ou une équipe spécialisée en TCA (troubles du comportement alimentaire). La prise en charge est multidisciplinaire : psychiatre, nutritionniste, dermatologue, interniste.

Signes cutanés de dénutrition ?
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Évolution et pronostic

L’anorexie débute typiquement entre 14 et 18 ans, souvent après un événement stressant (départ au lycée ou à l’université, rupture, commentaire sur le poids). L’évolution est variable :

  • Guérison complète après un épisode unique (minorité des cas)
  • Évolution fluctuante avec rechutes
  • Évolution chronique sur de nombreuses années

Avec le temps, un pourcentage significatif d’anorexiques de type restrictif développe des crises de boulimie, évoluant vers le type boulimique/purgatif, voire vers la boulimie. La mortalité est de 5 à 10 % — la plus élevée parmi les troubles psychiatriques — par complications cardiaques (arythmies), métaboliques ou par suicide.

Diagnostic différentiel

  • Troubles médicaux organiques : maladie de Crohn, cancer, tumeur cérébrale, VIH — perte de poids sans distorsion de l’image corporelle ni peur de grossir.
  • Trouble dépressif majeur : perte d’appétit possible, mais sans désir de maigrir ni altération de l’image du corps.
  • Schizophrénie : bizarreries alimentaires possibles, rarement la peur de grossir.
  • Dysmorphophobie cutanée : préoccupation pour un défaut physique imaginaire — peut coexister, mais la distorsion ne porte pas sur la taille corporelle globale.
  • TOC : obsessions alimentaires possibles — diagnostic additionnel si les obsessions portent sur autre chose que la nourriture ou le poids.

Questions fréquentes sur l’anorexie et la peau

Qu’est-ce que le lanugo et pourquoi apparaît-il dans l’anorexie ?

Le lanugo est un fin duvet blanc apparaissant sur le tronc, les bras et le visage en réponse à la dénutrition sévère. Le corps, privé de graisse sous-cutanée isolante, produit ce pelage pour maintenir la thermorégulation. C’est un signe clinique pathognomonique de la dénutrition profonde — sa découverte lors d’un examen dermatologique doit immédiatement faire suspecter une anorexie et imposer une orientation spécialisée.

Qu’est-ce que le signe de Russell ?

Le signe de Russell désigne les cicatrices ou callosités sur la face dorsale des doigts (articulations des métacarpo-phalangiennes), provoquées par le contact répété des dents lors des vomissements auto-induits. Ce signe, spécifique du type boulimique/purgatif, peut être découvert lors d’un examen dermatologique des mains et orienter le clinicien vers un TCA.

Pourquoi la peau devient-elle jaune dans l’anorexie ?

L’hypercarotinémie résulte d’une consommation excessive de légumes colorés riches en bêta-carotène (carottes, courges) par des patients qui compensent leur restriction calorique par des aliments perçus comme « sains » et peu caloriques. Le bêta-carotène s’accumule dans la peau, lui donnant une teinte jaune-orangée (surtout les paumes et les narines) sans ictère (sclérotiques blanches). Ce signe est très évocateur en consultation dermatologique.

L’alopécie liée à l’anorexie est-elle réversible ?

Oui. L’effluvium télogène par dénutrition est réversible après reprise de poids et correction des carences (fer, zinc, protéines, vitamines B). La récupération capillaire prend généralement 3 à 6 mois après le retour à un état nutritionnel normal. La chute des cheveux peut constituer une motivation supplémentaire pour la prise en charge chez certaines patientes.

Le dermatologue peut-il jouer un rôle dans le dépistage de l’anorexie ?

Oui, et c’est un rôle important. Le dermatologue est souvent le premier médecin consulté pour les signes cutanés de la dénutrition (alopécie, xérose, lanugo, ongles fragiles) — avant que le trouble psychiatrique ne soit identifié. La reconnaissance de ces signes cutanés spécifiques permet un dépistage précoce et une orientation vers une équipe spécialisée en TCA, ce qui améliore le pronostic.

À lire aussi – Manifestations cutanées de la dénutrition :

Consultation en psycho-dermatologie à Bordeaux
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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

S’ARRACHER LES CHEVEUX : l’envie irrésistible de s’arracher des poils, trichotillomanie

S’ARRACHER LES CHEVEUX OU LES POILS : besoin irresistible de s’arracher les cheveux, les poils des sourcils…

Trichotillomanie

Article rédigé d’après le DSM

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la trichotillomanie est l’arrachage répété  de ses propres
cheveux aboutissant à une alopécie
manifeste (Critère A).
Les poils ou cheveux peuvent être arrachés dans toutes les régions du corps où le système pileux est développé (entre autres dans les régions axillaires, pubiennes ou anales) mais les sites les plus fréquents sont le cuir chevelu, les sourcils et les cils. Les cheveux ou poils peuvent être arrachés pendant de brefs épisodes répartis dans la journée ou bien pendant des épisodes moins fréquents mais plus longs et qui peuvent durer des heures. Ce comportement survient souvent dans des moments de détente et de loisir (p. ex., lors de la lecture d’un livre ou devant la télévision) mais il peut aussi être observé dans des situations de stress.

Un sentiment croissant de tension est présent juste avant l’arrachage des cheveux (Critère B). Chez certains, la tension ne précède pas forcément le passage à l’acte mais survient lors des tentatives faites pour résister à ce comportement.

Il y a une gratification, un plaisir, ou un soulagement lors de l’arrachage des cheveux (Critère C).
Certaines personnes ressentent dans le cuir chevelu une « démangeaison » qui est soulagée par l’arrachage des cheveux.

On ne porte pas le diagnostic si cette conduite est mieux expliquée par un autre trouble mental (p. ex., si cela survient en réponse à des idées délirantes ou à des hallucinations) ou par une affection médicale générale (p. ex., une inflammation cutanée ou une autre affection dermatologique) (Critère D).

La perturbation cause une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère E).

Critères diagnostiques de la Trichotillomanie

A. Arrachage répété de ses propres cheveux aboutissant à une alopécie
manifeste.
B. Sentiment croissant de tension juste avant l’arrachage des cheveux ou
bien lors des tentatives faites pour résister à ce comportement.
C. Plaisir, gratification ou soulagement lors de l’arrachage des cheveux.
D. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un autre trouble
mental et n’est pas due à une affection médicale générale (p. ex., à
une affection dermatologique).
E. Les perturbations causent une souffrance cliniquement significative
ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans
d’autres domaines importants.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés. lès patients examinent parfois la racine de leurs cheveux, les font tourner entre leurs doigts, les tortillent ou les tirent avec leurs dents ou les mangent (trichophagie). Les cheveux ne sont habituellementpas arrachés en présence d’autrui (à l’exception de la famille proche) et les situations sociales peuvent être évitées. Les sujets n’avouent généralement pas cette conduite et
dissimulent l’alopécie qui en résulte.
Certains ont envie d’arracher les cheveux des autres et cherchent parfois l’occasion de le faire en cachette. Ils arrachent parfois les cheveux ou les poils des poupées, des animaux de compagnie et des matériaux fibreux (p. ex., des tricots ou des tapis).
La trichotillomanie peut être associée à l’onychophagie et à des excoriations ou à des lésions que le sujet se fait en se grattant ou en se mordant.
Ces sujets peuvent présenter également des Troubles de l’humeur, des Troubles anxieux (notamment un Trouble obsessionnel-compulsif), des Troubles liés à l’utilisation d’une substance, des Troubles des conduites alimentaires, des Troubles de la personnalité ou un Retard mental.

Examens complémentaires

Une biopsie des régions touchées peut montrer des cheveux courts et cassés, des follicules normaux et des follicules abîmés dans la même région ainsi qu’un nombre accru de cheveux en phase catagène. Certains follicules peuvent montrer des signes de traumatisme (un plissement de la gaine externe de la racine). Les follicules
touchés peuvent être vides ou contenir une substance kératineuse très pigmentée.

L’absence d’inflammation distingue l’alopécie provoquée par une trichotillomanie de l’alopécie de la pelade.

Examen physique et affections médicales générales associées

Les patients ne se plaignent habituellement pas d’une douleur associée à l’arrachage des cheveux. Un prurit ou un picotement peut exister dans les régions concernées. Le type de perte de cheveux est très variable. Des zones d’alopécie complète, ainsi que des régions où la densité des cheveux est nettement diminuée, sont courantes. Quand le cuir chevelu est touché, c’est souvent avec une prédilection pour le sommet du crâne ou pour les régions pariétales. La surface du cuir chevelu ne montre habituellement pas de signes
d’excoriation. On peut parfois observer un tableau de calvitie presque totale qui ne laisse qu’un fin périmètre le long des limites externes du cuir chevelu, notamment à l’arrière du cou (« trichotillomanie avec tonsure »).

Les sourcils et les cils peuvent avoir complètement disparu.

L’inspection peut montrer des poils pubiens clairsemés. Il peut y avoir aussi des parties des membres ou du torse où les poils ont disparu.

La trichophagie peut aboutir à des trichobézoards (concrétions de poils) qui provoquent des anémies, des douleurs abdominales, des hématémèses, des nausées et des vomissements, des occlusions intestinales et même des perforations.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Les deux sexes sont représentés en proportion égale parmi les enfants qui présentent ce trouble. Chez les adultes, la trichotillomanie semble beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Ceci peut refléter un sex-ratio réel ou bien traduire seulement une différence dans la demande de traitement due à des divergences d’attitude envers son corps selon le sexe ou la culture (chez l’homme, p. ex., la perte de cheveux
peut être considérée comme normale et mieux acceptée).

Prévalence

Il n’y a pas de données systématiques concernant la prévalence de la Trichotillomanie.
On pensait auparavant que l’affection était rare mais on estime maintenant qu’elle est plus fréquente. Par exemple, une enquête chez des étudiants a trouvé une prévalence vie entière de 0,6 %.

Évolution

Des épisodes transitoires d’arrachage de cheveux pendant la petite enfance peuvent être considérés comme une « manie » bénigne avec une évolution spontanément résolutive.

Cependant, de nombreux adultes souffrant de trichotillomanie chronique signalent que leur trouble a débuté au début de l’adolescence. L’âge de survenue précède habituellement le début de l’âge adulte, avec des pics vers 5 à 8 ans et aux alentours de 13 ans. Certains sujets présentent sans interruption des symptômes pendant des décennies entières. Chez d’autres, le trouble peut disparaître et revenir au fil des semaines, des mois ou des années. Les endroits où les cheveux sont arrachés peuvent varier avec le temps.

Diagnostic différentiel

D’autres causes d’alopécie doivent être recherchées chez les sujets qui nient s’arracher les cheveux (p. ex., la pelade, la calvitie, une pseudo pelade, un lichen plan pilaire, une folliculite décalvante, une alopécie mucineuse…).

On ne fait pas un diagnostic additionnel de Trichotillomanie si cette conduite peut être attribuée à un autre trouble mental (p. ex., à des idées délirantes ou à des hallucinations dans le cadre d’une schizophrénie).

L’arrachage répété des cheveux de la Trichotillomanie doit être distingué d’une compulsion survenant dans le
Trouble obsessionnel-compulsif. Dans le Trouble obsessionnel-compulsif, les conduites répétitives surviennent en réponse à une obsession ou selon des règles qui doivent être appliquées avec rigidité.

De nombreuses personnes tortillent ou jouent avec leurs cheveux, notamment quand elles sont anxieuses, mais ce comportement ne justifie pas habituellement un diagnostic de trichotillomanie. Des sujets peuvent présenter certaines caractéristiques de la trichotillomanie mais la perte de cheveux qui en résulte peut être insignifiante et être à peine détectable. On ne doit dans ce cas évoquer un diagnostic de trichotillomanie que si le sujet éprouve une gêne significative.

Chez l’enfant, des périodes limitées d’arrachage de cheveux sont courantes et peuvent être considérées comme de
« mauvaises » habitudes temporaires. Cette forme symptomatique chez l’enfant peut différer des formes de l’adulte par l’absence de tension ou de soulagement associé a l’arrachage des cheveux.

DEPENDANTE ET SOUMISE : elle ne sait pas se débrouiller seule, la personnalité dépendante

PERSONNE DEPENDANTE : elle a besoin d’être constamment aidée et rassurée, la personnalité dépendante

La personnalité dépendante est caractérisée par un comportement soumis et « collant » lié à un besoin excessif d’être pris en charge.

En gros, cette personne se dit : « je suis incapable de faire quelque chose sans un autre »

Un vrai pot de colle! incapable de faire quelque chose seul : la personnalité dépendante

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Les personnes on l’impression de ne pas avoir la capacité de survivre, d’agir indépendamment « en adulte » et d’arriver à une réussite suffisante.

Ce type de croyance est là aussi souvent d’origine familiale : famille  » étouffante  » où

  • l’enfant est surprotégé,
  • il ne peut rien faire seul ce qui l’empêche de développer confiance en lui-même
  • les relations en dehors de la famille ne sont pas encouragées : l’enfant se retrouve alors perdu dans la société lorsqu’il s’y retrouve confronté

 

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité dépendante est un besoin envahissant et excessif d’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et « collant » et à une peur de la séparation. Ce mode général apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers. Ces comportements dépendants et soumis visent à obtenir l’assistance d’autrui et naissent d’une perception de soi-même comme incapable de fonctionner adéquatement sans aide.
Les sujets qui ont une Personnalité dépendante ont beaucoup de mal à prendre des décisions dans la vie quotidienne (p. ex., choisir la couleur de la chemise qui doit être portée au travail ou savoir s’il faut emporter un parapluie) sans être rassurés ou conseillés de manière excessive par autrui (Critère 1).

Ils ont tendance à être passifs et à autoriser d’autres personnes (souvent une personne précise) à prendre l’initiative et à assumer la responsabilité de la plupart des secteurs importants de leur existence
(Critère 2).
Les adultes avant ce trouble de la personnalité dépendent typiquement d’un parent ou d’un conjoint qui décide pour eux où vivre, quel travail faire, quels voisins fréquenter. Les adolescents ayant cette personnalité peuvent laisser leurs parents déterminer leur tenue vestimentaire, leurs fréquentations, leurs loisirs et leur orientation
scolaire et universitaire. Ce besoin que d’autres assument pour eux les responsabilités va au delà d’un besoin d’aide adapté à l’âge et à la situation (p. ex., les besoins d’assistance des enfants et des personnes âgées ou handicapées). Une Personnalité dépendante peut exister chez quelqu’un qui souffre d’une affection médicale générale
ou d’un handicap mais, dans ce cas, la difficulté à assumer des responsabilités doit dépasser ce qui serait normalement justifié par l’affection ou par le handicap.

Les personnes qui ont une Personnalité dépendante ont souvent du mal à exprimer leur désaccord, notamment avec la personne dom elles dépendent, en raison de leur crainte de ne plus être soutenues ou acceptées (Critère 3).
Elles se sentent tellement incapables de fonctionner seules qu’elles accepteront des choses qu’elles savent pertinemment être fausses plutôt que de risquer de perdre l’aide de la personne dont elles dépendent. Elles ne savent pas se mettre en colère, quand cela serait nécessaire, contre les personnes qui leur apportent soutien ou appui, par peur de se les aliéner.

Les individus qui présentent cette personnalité ont du mal à initier des projets ou à faire des choses seuls (Critère 4).
Ils manquent de confiance en eux-mêmes et pensent qu’ils ne peuvent pas commencer et réaliser une tâche sans aide. Ils attendront que d’autres commencent car ils pensent qu’en général les autres savent faire les choses mieux qu’eux mêmes. Ils sont convaincus qu’ils ne peuvent pas fonctionner de manière indépendante et se présentent comme incapables et ayant besoin d’une assistance constante.
Ils parviennent pourtant à fonctionner correctement s’ils reçoivent l’assurance que quelqu’un les supervise et les approuve. Ils craignent parfois de devenir ou de paraître plus compétents car ils pensent que cela peut les mener à être abandonnés.
Comme ils se reposent sur les autres pour résoudre leurs problèmes, ils n’apprennent souvent pas à vivre seuls, ce qui perpétue leur dépendance.

Les individus qui ont une Personnalité dépendante font des efforts énormes pour s’assurer le soutien et l’appui des autres, au point de se porter volontaires pour des tâches pénibles dans l’attente que ce comportement leur assure le soutien dont ils ont besoin (Critère 5).
Ils sont prêts à se plier aux demandes, même non raisonnables, des autres. Leur besoin de maintenir un lien important aboutira à une relation inégale ou déséquilibrée. Ils peuvent faire des sacrifices extraordinaires et tolérer de mauvais traitements, verbaux, physiques ou sexuels. Il faut noter que ce comportement ne doit être considéré comme un signe de Personnalité dépendante que s’il est clairement établi
que l’individu ne dispose pas d’autres possibilités.

Les sujets présentant cette personnalité se sentent mal à l’aise ou impuissants quand ils sont seuls par crainte exagérée d’être incapables de se débrouiller (Critère 6).
Ils resteront à la traîne d’autres personnes qui sont importantes pour eux, même s’ils ne sont pas intéressés ou impliqués par ce qui se passe, seulement pour éviter de rester seuls.

Lorsqu’une relation proche se termine (p. ex., une rupture avec un partenaire sexuel ou le décès de la personne qui s’occupe d’eux), les sujets qui ont une Personnalité dépendante recherchent parfois de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont ils ont besoin (Critère 7).
Leur croyance d’être incapables de fonctionner sans l’étayage d’une relation proche pousse ces individus à
s’attacher rapidement à la première personne venue.

Ils sont souvent préoccupés par la crainte d’être laissés à se débrouiller seuls (Critère 8).
Ils se perçoivent comme tellement dépendants des conseils et de l’aide d’une autre personne importante pour eux,
qu’ils craignent d’être abandonnés par elle sans que rien ne vienne justifier cette crainte. Pour être retenues pour le diagnostic, ces craintes doivent être excessives et irréalistes. Par exemple, un homme cancéreux âgé qui vient habiter dans la famille de son fils pour que l’on s’occupe de lui fait preuve d’un comportement dépendant qui
est adapté aux circonstances.

Critères diagnostiques de la personnalité dépendante

Besoin général et excessif (l’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et « collant » et à une peur de la séparation, qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers,
comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :

(1) le sujet a du mal à prendre ries décisions dans la vie courante sans
être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui
(2) a besoin que d’autres assument les responsabilités clans la plupart
des domaines importants de sa vie
(3) a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre
son soutien ou son approbation. N.-B. : Ne pas tenir compte
d’une crainte réaliste de sanctions
(4) a du mal à initier des projets ou à faire des choses seul (par
manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres
capacités plutôt que par manque de motivation ou d’énergie)
(5) cherche à outrance à obtenir le soutien et l’appui d’autrui, au
point rie faire volontairement des choses désagréables
(ô) se sent mal à l’aise ou impuissant quand il est seul par crainte
exagérée d’être incapable de se débrouiller
(7) lorsqu’une relation proche se termine, cherche de manière
urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le
soutien dont il a besoin
(8) est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d’être laissé à
se débrouiller seul

Caractéristiques et troubles associés

Les individus qui ont une Personnalité dépendante sont souvent caractérisés par le pessimisme et le doute d’eux-mêmes, tendent à rabaisser leurs capacités et leurs dons et peuvent constamment se dire « stupides ». Ils prennent la critique et le désaccord comme une preuve de leur incapacité et perdent foi en eux-mêmes. Ils peuvent rechercher de manière excessive à être protégés et dominés. Leur fonctionnement
professionnel peut être entravé si une initiative indépendante est nécessaire. Ces sujets peuvent éviter les postes à responsabilité et devenir anxieux quand ils doivent prendre des décisions. Leurs relations sociales tendent à être limitées aux quelques personnes dont ils dépendent. Il peut y avoir un risque accru de Troubles de l’humeur, de Troubles anxieux et de Troubles de l’adaptation. La Personnalité dépendante coexiste souvent avec d’autres Troubles de la personnalité, notamment avec les Personnalités borderline, évitantes et histrioniques. Une maladie somatique chronique ou une Anxiété de séparation dans l’enfance ou l’adolescence peut prédisposer à l’apparition d’une Personnalité dépendante.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Le degré selon lequel des comportements dépendants sont considérés comme adaptés varie notablement selon l’âge et le groupe socioculturel. L’âge et des facteurs culturels doivent donc être pris en compte dans l’évaluation du seuil exigé pour chaque critère.
Un comportement dépendant ne doit être considéré comme caractéristique de ce trouble de la personnalité que lorsque qu’il sort nettement des normes de la culture du sujet ou qu’il traduit des craintes irréalistes. L’accent mis sur la passivité, la politesse et le respect est caractéristique de certaines sociétés et peut être pris à tort pour un trait de Personnalité dépendante. De même, certaines sociétés peuvent renforcer ou réprimer un comportement dépendant de manière différente chez l’homme et chez la femme. Ce diagnostic doit être porté avec beaucoup de réserve et doit même être évité, chez les enfants et les adolescents où un comportement dépendant peut faire partie d’un développement adapté. En clinique, le diagnostic est plus souvent porté chez la femme, mais certaines études font état de prévalences similaires chez l’homme et chez la femme.

Prévalence

La Personnalité dépendante figure parmi les Troubles de la personnalité les plus souvent observés dans les services de psychiatrie.

Diagnostic différentiel

Bien que plusieurs Troubles de la personnalité soient caractérisés par des traits dépendants,
la Personnalité dépendante peut être distinguée par un comportement essentiellement soumis, réactif et « collant ». La Personnalité dépendante et la Personnalité borderline sont toutes deux caractérisées par une peur d’être abandonné ; toutefois, la personne qui a une Personnalité borderline réagit à l’abandon par des sentiments de vide émotionnel, de rage et en étant exigeante alors que celle qui a une Personnalité dépendante réagit en étant plus calme et soumise et cherche de manière urgente une relation de remplacement qui lui apporte soins et soutien. La Personnalité borderline peut de plus être distinguée de la Personnalité dépendante par son mode typique de relations intenses et instables.
Les personnes qui ont une Personnalité histrionique ont, comme celles qui ont une Personnalité dépendante, un besoin important d’être rassurées et approuvées et peuvent sembler puériles et « collantes ». Toutefois, à la différence de la Personnalité dépendante qui est caractérisée par un comportement discret et docile, la ersonnalité histrionique est caractérisée par un coté grégaire hyperexpressif et une quête active d’attention. La Personnalité dépendante et la Personnalité évitante sont toutes deux caractérisées par (les sentiments de ne pas être à la hauteur, par une sensibilité excessive à la critique et par un besoin d’être rassuré ; cependant,
les personnalités évitantes craignent tellement d’être humiliées et rejetées qu’elles se replient sur elles-mêmes tant qu’elles ne sont pas certaines d’être acceptées. En revanche, les personnes qui ont une Personnalité dépendante ont un mode de comportement qui consiste à rechercher et à cultiver des relations avec d’autres personnes importantes au lieu d’éviter les relations et de se replier sur elles-mêmes.

De nombreuses personnes ont des traits de Personnalité dépendante mais on ne peut parler de trouble de personnalité que lorsque ces traits sont rigides, mal adaptés et persistants et qu’ils causent une altération significative du fonctionnement

PERFECTIONNISTE : elle veut tout controler, la personnalité obsessionnelle

Perfectionniste, qui veut tout contrôler : la personnalité obsessionnelle compulsive

La personnalité obsessionnelle compulsive est caractérisée par une préoccupation par l’ordre, la perfection et le contrôle.

En gros cette personne se dit « tout ce que je fait doit être parfaitement exécuté et il faut contrôler l’environnement »

Perfectionnisme et controle de soi et des autres, la personnalité obsessionnelle

Article rédigé d’après le DSM

L’ambiance familiale classique est une famille laborieuse, dans laquelle on doit éviter les erreurs, être perfectionniste, obéir, travailler et ou la joie en famille et les loisirs sont peu présents. La peur de perdre ce qu’on a si on ne se montre pas toujours vigilant est souvent la base de ce comportement laborieux qui fait primer le travail sur les loisirs. On veut « tout contrôler »

 

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité obsessionnelle-compulsive est une préoccupation par l’ordre, la perfection, le contrôle mental et interpersonnel, aux dépens de la souplesse, de l’ouverture et de l’efficacité. Ce tableau apparaît au début de l’âge adulte et est présent clans des contextes divers.

Les sujets ayant une Personnalité obsessionnelle-compulsive tentent de garder la maîtrise du contrôle par une attention laborieuse prêtée aux règles, aux détails mineurs, à l’organisation, aux listes, aux emplois du temps, ou aux questions de forme, au point que le but essentiel de l’activité est perdu de vue (Critère 1).
Ces sujets sont très soigneux et ont tendance à répéter ce qu’ils font, ils consacrent une attention excessive aux détails et vérifient très souvent pour voir s’ils n’ont pas fait d’erreurs. Ils ne sont pas conscients du fait que les autres sont irrités par le retard et la gêne qui résultent de ce comportement. Par exemple, quand ces sujets égarent une liste de tâches à réaliser, ils préféreront perdre un temps excessif à rechercher cette liste plutôt que de passer quelques instants à la réécrire de mémoire et de se mettre réellement au travail.
Le temps est très mal géré, le plus important étant laissé pour la fin. Le perfectionnisme et le très haut niveau de performance que s’imposent ces personnes leur causent une souffrance et une gêne significatives dans leur fonctionnement.

Ils peuvent passer tellement de temps à rendre chaque détail d’un projet absolument parfait, que le projet lui-même n’aboutit jamais (Critère 2).
Par exemple, un rapport écrit ne peut pas être achevé car il doit sans cesse être réécrit et n’est jamais assez parfait. Les délais ne peuvent jamais être respectés et les aspects de la vie de l’individu qui ne sont pas au
centre de son activité actuelle peuvent être très négligés.

Les individus obesssionnels-compulsifs se consacrent trop au travail et à la productivité aux dépens des loisirs et des relations amicales (Critère 3).
Ce comportement ne peut pas être attribué à des considérations d’ordre économique. Ces sujets ont souvent l’impression qu’ils ne peuvent pas s’accorder une soirée ou une fin de semaine pour sortir ou seulement pour se détendre. Des activités agréables comme les vacances sont sans arrêt repoussées au point que, parfois, elles ne surviennent jamais. Quand ils finissent par s’accorder du temps pour leurs loisirs ou leurs vacances, ils se sentent mal à l’aise s’ils n’ont pas emporté du travail avec eux pour ne pas « perdre » leur temps. Les
tâches domestiques peuvent être très investies (le nettoyage peut être fait à fond de manière répétée au point qu’il serait possible de « manger par terre »). Le temps passé avec des amis l’est généralement sous la forme d’une activité dans un cadre structuré (p. ex., une activité sportive). Les passe-temps et les loisirs sont abordés comme des tâches sérieuses qui doivent être organisées et maîtrisées par un dur labeur. Une performance parfaite est importante. Ces sujets transforment les jeux en des tâches
structurées (p. ex., ils corrigent un bébé qui n’empile pas des anneaux dans le bon ordre, ils veulent qu’un jeune enfant conduise son tricycle en ligne droite ou ils transforment une séance de sport en un cours pénible).

Les sujets obsessionnels-compulsifs sont parfois trop consciencieux, scrupuleux et rigides en matière de moralité, d’éthique ou de valeurs (Critère 4).
Ils peuvent se forcer eux-mêmes et forcer les autres à suivre des codes moraux et professionnels très stricts. Ils peuvent aussi être très critiques vis-à-vis de leurs propres erreurs. Ces individus respectent
strictement l’autorité et les règles qui doivent être appliquées à la lettre sans pouvoir être adaptées aux circonstances. Par exemple, ces individus ne prêteront pas un euro à un ami pour téléphoner pour obéir au principe selon lequel « tu ne prêteras et n’emprunteras pas » et pour ne pas donner de « mauvaises habitudes ». Ces caractéristiques ne sont pas expliquées par la culture ou les croyances religieuses de la personne.

Les individus obsessionnels-compulsifs sont souvent incapables de jeter des objets usés ou sans valeur, même si ceux-ci n’ont pas de valeur sentimentale (Critère 5).
Ils reconnaissent souvent leur collectionnisme. Ils pensent que jeter un objet est un gaspillage car « on ne sait jamais quand on aura besoin de quelque chose » et ils se mettent en colère si l’on essaye de jeter ce qu’ils ont accumulé. Leur conjoint ou les personnes qui vivent avec eux se plaignent souvent de toute la place qui est occupée par de vieux objets, des magazines, des appareils cassés, etc.

Les personnes obsessionnelles-compulsives ont du mal à déléguer des tâches ou à travailler avec d’autres (Critère 6).
Ils insistent, avec entêtement et sans raison, pour que l’on fasse les choses à leur manière et pour que les gens suivent leurs consignes.
Ils donnent souvent des instructions très détaillées sur la manière de faire quelque chose (p. ex., il n’y a qu’une seule manière de tondre la pelouse, de faire la vaisselle ou de construire une niche pour le chien) et ils sont surpris et irrités si d’autres suggèrent des alternatives utiles. Ils peuvent parfois refuser d’être aidés, même s’ils sont en retard, parce qu’ils pensent que personne d’autre ne peut faire les choses correctement.

Les individus obsessionnels-compulsifs sont souvent avares et radins et vivent largement en dessous de leurs moyens, avec l’idée que leurs dépenses doivent être étroitement surveillées afin de pouvoir faire face à d’éventuelles catastrophes (Critère 7).

Les sujets obsessionnels-compulsifs sont caractérisés par leur rigidité et leur entêtement (Critère 8).
Ils sont tellement préoccupés par la réalisation des choses selon la « seule manière correcte » qu’ils ont du mal à accepter les idées de quelqu’un d’autre.
Ils prévoient tout à l’avance de manière très détaillée et ont du mal à envisager des changements. Ils sont tellement absorbés par leur manière de voir les choses qu’ils ne peuvent pas prendre en considération les points de vue des autres. Ils exaspèrent leurs amis et leurs collègues par leur rigidité permanente. Même quand ils reconnaissent qu’un compromis serait dans leur intérêt, ils peuvent camper avec rigidité sur leurs positions pour des « questions de principe ».

Critères diagnostiques de la personnalité obsessionnelle-compulsive

Mode général de préoccupation par l’ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel, aux dépens d’une souplesse, d’une ouverture et de l’efficacité qui apparaît au début de l’âge adulte et est
présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes :
(1) préoccupations par les détails, les règles, les inventaires, l’organisation
ou les plans au point que le but principal de l’activité est
perdu de vue
(2) perfectionnisme qui entrave l’achèvement des tâches (p. ex.,
incapacité d’achever un projet parce que des exigences personnelles
trop strictes ne sont pas remplies)
(3) dévotion excessive pour le travail et la productivité à l’exclusion
des loisirs et des amitiés (sans que cela soit expliqué par des
impératifs économiques évidents)
(4) est trop consciencieux, scrupuleux et rigide sur des questions de
morale, d’éthique ou de valeurs (sans que cela soit expliqué par
une appartenance religieuse ou culturelle)
(5) incapacité de jeter des objets usés ou sans utilité même si ceux ci
n’ont pas de valeur sentimentale
(6) réticence à déléguer des tâches ou à travailler avec autrui à moins
que les autres se soumettent exactement à sa manière de faire
les choses
(7) se montre avare avec l’argent pour soi-même et les autres ;
l’argent est perçu comme quelque chose qui doit être thésaurisé
en vue de catastrophes futures
(8) se montre rigide et têtu

Caractéristiques et troubles associés

La prise de décision peut devenir très longue et difficile quand la bonne réponse n’est pas dictée par les règles et les habitudes. Les personnes obsessionnelles-compulsives peuvent avoir tellement de mal à décider quelle tâche est prioritaire ou quelle est la meilleure manière de procéder qu’elles n’arrivent jamais à démarrer quoi que ce soit.
Elles se fâchent ou s’irritent facilement quand elles perdent le contrôle de leur environnement physique ou interpersonnel ; toutefois la colère est typiquement exprimée de manière indirecte. Une personne se met par exemple en colère si le service dans un restaurant est mal fait, mais, au lieu de se plaindre au patron, elle va ruminer sur le pourboire à laisser.
La colère peut se traduire à d’autres occasions par un courroux indigné à propos d’une affaire apparemment mineure. Les individus obsessionnels-compulsifs sont souvent très attentifs à leur position relative dans les rapports de soumission et de domination ; ils sont souvent excessivement soumis à l’autorité qu’ils respectent et résistent à celle qu’ils ne respectent pas.
Ces individus expriment souvent leur affection de manière contrôlée ou formelle et sont parfois mis mal à l’aise par les personnes qui sont très expressives émotionnellement.
Leur relations quotidiennes ont un aspect formel et guindé et ils peuvent être rigides dans des situations où d’autres seraient souriants et heureux (p. ex., en allant accueillir l’être aimé à l’aéroport).
Ils se contrôlent soigneusement jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que ce qu’ils vont dire est parfait. Ils peuvent beaucoup privilégier la logique et l’intellect et être très intolérants des comportements émotionnels chez autrui.
Ils ont souvent du mal à exprimer des sentiments tendres et font rarement des compliments.
Ces personnes peuvent rencontrer des difficultés au travail et se sentir mal à l’aise quand elles sont confrontées à des situations nouvelles qui exigent de la souplesse et des compromis.
Les sujets ayant des Troubles anxieux, notamment une Anxiété généralisée, un Trouble obsessionnel-compulsif, une Phobie sociale et des Phobies spécifiques sont plus à même d’avoir une perturbation de la personnalité qui remplit les critères du Trouble obsessionnel-compulsif de la personnalité. Cela étant, la majorité des individus qui ont un Trouble obsessionnel-compulsif n’ont pas un mode de comportement qui répond aux critères de ce Trouble de la personnalité.

Caractéristiques liées à la culture et au sexe

Dans la recherche des critères d’une Personnalité obsessionnelle-compulsive, le clinicien ne doit pas inclure les comportements correspondant aux habitudes, aux coutumes ou aux styles de relation interpersonnelle qui font partie des normes culturelles du groupe de référence de l’individu. Certaines cultures accordent beaucoup d’importance
au travail et à la productivité ; les comportements qui sont la conséquence de ces normes culturelles ne doivent pas être considérés comme des signes de Personnalité obsessionnelle-compulsive. Dans les études systématiques, un diagnostic de Personnalité obsessionnelle-compulsive est fait deux fois plus souvent chez l’homme que chez
la femme.

Prévalence

Les études fondées sur une évaluation systématique estiment la prévalence de la Personnalité obsessionnelle-compulsive à environ 1 % des échantillons de la population générale et à 3 à 10 % parmi les clients des consultations psychiatriques.

Diagnostic différentiel

Malgré la similitude des appellations, le Trouble obsessionnel-compulsif est d’habitude facilement distingué de la Personnalité obsessionnelle-compulsive par la présence de véritables obsessions et compulsions. En particulier, un diagnostic de Trouble obsessionnel-compulsif doit être considéré quand la thésaurisation devient extrême (p. ex., quand les tas d’objets sans valeur accumulés créent un risque en cas d’incendie et gênent le passage dans la maison). Quand les critères des deux troubles sont remplis, les deux diagnostics doivent être enregistrés.
Certains Troubles de la personnalité ont des traits en commun avec la Personnalité obsessionnelle-compulsive et peuvent être confondus avec elle. Il est alors important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Cependant, si une personne présente des traits de
personnalité qui remplissent les critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité, en plus de la Personnalité obsessionnelle-compulsive, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément.
Les individus qui ont une Personnalité narcissique peuvent aussi être perfectionnistes et penser que les autres ne peuvent pas faire les choses aussi bien qu’eux ; cependant, ils ont plus tendance à croire qu’ils ont fait les choses de manière parfaite alors que les personnes qui ont une Personnalité obsessionnelle- compulsive sont habituellement critiques vis-à-vis d’elles-mêmes. Les personnes ayant une Personnalité narcissique ou une Personnalité antisociale manquent également de générosité mais s’accordent beaucoup de choses à elles- mêmes ; en revanche, on observe dans la Personnalité obsessionnelle-compulsive une avarice tant à l’égard de soi-même que vis-à-vis des autres.
Un aspect formel et un détachement social existent tant dans la Personnalité schizoïde que dans la Personnalité obsessionnelle compulsive.
Dans cette dernière, cela provient d’une gêne provoquée par les émotions et d’une dévotion excessive au travail, tandis qu’il y a dans la Personnalité schizoïde une inaptitude fondamentale à l’intimité.

Un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PEUR DU RIDICULE : peur du jugement des autres, timide, la personnalité évitante

PEUR DU JUGEMENT ET DU RIDICULE : un grand timide, la personnalité évitante

La personnalité évitante caractérisée par une inhibition sociale, par des sentiments de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d’autrui.

En gros, cette personne se dit : « je suis nulle, et les autres vont s’en apercevoir et me juger »

Peur du jugement des autres? Peur de ne pas être à la hauteur? timide? peur du ridicule?… personnalité évitante

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Ce type de croyance a souvent une origine familiale :

1/ Familles brutales

Il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

2/ Familles surprotectrices

Il s’agit d’une famille  » étouffante  » où

  • l’enfant est surprotégé,
  • il ne peut rien faire seul ce qui l’empêche de développer confiance en lui-même
  • les relations en dehors de la famille ne sont pas encouragées : l’enfant se retrouve alors perdu dans la société lorsqu’il s’y retrouve confronté

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité évitante est un mode général d’inhibition sociale, de sentiment de ne pas être à la hauteur et d’hypersensibilité au jugement négatif d’autrui qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers.

Les individus qui ont une Personnalité évitante évitent les activités scolaires ou professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d’être critiqués, désapprouvés ou rejetés (Critère 1).

Des offres de promotion peuvent être rejetées par crainte d’être soumis à la critique de collaborateurs lors de nouvelles responsabilités.

Ces personnes évitent d’initier de nouvelles relations amicales si elles ne sont pas certaines d’être acceptées sans critique (Critère 2).
Les autres sont censés être a priori critiques et désapprobateurs, tant que le passage d’un examen strict n’a pas
prouvé le contraire. Ces sujets ne participent pas à des activités de groupe tant qu’on ne les a pas assurés clairement, et à plusieurs reprises, qu’ils seront soutenus et protégés.
Des relations interpersonnelles intimes sont souvent difficiles mais toutefois possibles si le sujet est assuré d’être accepté sans réserve.

Ces personnes sont souvent réservées, ont du mal à parler d’elles-mêmes et taisent leurs sentiments intimes par crainte d’être exposées à la honte, au ridicule ou au regard des autres (Critère 3).

Les personnes qui ont une Personnalité évitante ont peur d’être critiquées ou rejetées dans les situations sociales et elles ont, de par ce fait, une très grande sensibilité pour détecter ce type de réactions (Critère 4).
Elles peuvent se sentir très blessées par quelqu’un qui ne se montre que légèrement critique ou désapprobateur. Elles ont tendance à être timides, tranquilles et transparentes, craignant que, si quelqu’un leur prête attention, ce soit pour les humilier ou les rejeter. Elles estiment que ce qu’elles pourraient dire sera forcément jugé comme « faux » par les autres et elles préfèrent donc se taire. Elles réagissent fortement à des indices subtils de possible moquerie ou dérision.
Malgré leur grande envie de participer à la vie sociale, elles craignent d’exposer leur sort à la merci d’autrui.

Les sujets qui ont une Personnalité évitante sont inhibés dans les situations interpersonnelles nouvelles parce qu’ils ne se sentent pas à la hauteur et ont une faible estime d’eux-mêmes (Critère 5).
Leurs doutes concernant leur compétence sociale et leur attirance deviennent évidents quand ils sont confrontés à des inconnus.

Ils pensent être gauches socialement, sans attrait et inférieurs aux autres (Critère 6).

Ils sont particulièrement réticents à prendre des risques personnels ou à s’engager dans de nouvelles activités par crainte d’éprouver de l’embarras (Critère 7).
Ils exagèrent facilement les dangers potentiels de situations ordinaires et leur besoin de sécurité et de rassurement peut leur faire adopter un style de vie très étriqué. Ils peuvent par exemple annuler un entretien d’embauche par crainte de ne pas savoir s’habiller comme il faut et d’être mal à l’aise. De petits symptômes médicaux ou d’autres problèmes peuvent servir de justification pour éviter de nouvelles activités.
Caractéristiques et troubles associés

Les personnes qui ont une Personnalité évitante épient souvent les mouvements et les expressions de ceux qu’ils rencontrent. Leur attitude craintive et crispée peut susciter la dérision et la moquerie, ce qui finit par renforcer les doutes qu’ils ont sur eux-mêmes.

Ils ont très peur de réagir à la critique en rougissant ou en pleurant. Les autres les trouvent « timides », « inhibés « solitaires » ou « isolés ». Ce trouble crée surtout (les problèmes dans le fonctionnement social et professionnel. La faible estime de soi et la sensibilité excessive au rejet sont associées à une limitation des contacts interpersonnels.

Ces personnes peuvent devenir relativement isolées et ne disposent généralement pas d’un réseau social étendu qui pourrait les soutenir et les aider à traverser des crises.

Elles désirent être aimées et acceptées et peuvent fantasmer à propos de relations idéales avec les autres. Les comportements évitants peuvent aussi nuire au fonctionnement professionnel parce que ces sujets essayent d’éviter certains types de situations sociales qui seraient importantes pour effectuer leur travail correctement ou pour
obtenir de l’avancement.

Les autres troubles souvent associés à une Personnalité évitante sont les Troubles de l’humeur et les Troubles anxieux (notamment les Phobies sociales de type généralisé).

Un diagnostic de Personnalité évitante est souvent associé à celui de Personnalité dépendante car les sujets qui ont une Personnalité évitante deviennent souvent très liés à leurs rares amis et très dépendants d’eux. Le diagnostic de Personnalité évitante tend aussi à être associé à celui de Personnalité borderline ainsi qu’aux Personnalités du groupe A (paranoïaque, schizoïde, schizotypique).

Critères diagnostiques de la personnalité évitante

Mode général d’inhibition sociale, de sentiments de ne pas être à la hauteur et d’hypersensibilité au jugement négatif d’autrui qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme
en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes :
(1) le sujet évite les activités sociales professionnelles qui impliquent
des contacts importants avec autrui par crainte d’être critiqué,
désapprouvé ou rejeté
(2) réticence à s’impliquer avec autrui à moins d’être certain d’être
aimé
(3) est réservé dans les relations intimes par crainte d’être exposé à
la honte ou au ridicule
(4) craint d’être critiqué ou rejeté dans les situations sociales
(5) est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause
d’un sentiment de ne pas être à la hauteur
(6) se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur
aux autres
(7) est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou
à s’engager clans de nouvelles activités par crainte d’éprouver de
l’embarras

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Il peut y avoir des variations dans le degré selon lequel des comportements de défi ou d’évitement sont adaptés dans différentes cultures ou ethnies. De plus, un comportement évitant peut résulter de difficultés d’acculturation chez un immigrant. Le diagnostic doit être porté avec beaucoup de prudence chez les enfants et les adolescents
chez qui un comportement timide et évitant peut être adapté à certains stades du développement. La Personnalité évitante semble être aussi fréquente chez l’homme que chez la femme.

Prévalence

La prévalence de la Personnalité évitante dans la population générale est de 0,5 à 1 %.
Certaines études ont fait état d’une prévalence de l’ordre de 10 % chez les patients vus en consultation psychiatrique.

Évolution

Le comportement évitant débute souvent dans la petite enfance ou dans l’enfance par de la timidité, un isolement et une peur des étrangers et des situations nouvelles. La timidité de l’enfance est certes un signe avant-coureur habituel de la Personnalité évitante mais elle s’atténue toutefois avec l’âge chez la plupart des personnes. En revanche,les sujets chez lesquels se développera une Personnalité évitante peuvent devenir encore plus timides et évitants lors de l’adolescence et au début de l’âge adulte, à un moment où les relations sociales avec de nouvelles personnes deviennent particulièrement importantes. Certains arguments suggèrent que la Personnalité évitante tend à
devenir moins accusée ou à s’atténuer avec l’âge.

Diagnostic différentiel

Il semble y avoir un chevauchement important entre la Personnalité évitante et la Phobie sociale de type généralisé, au point que ces deux diagnostics sont peut-être des manières différentes de considérer des affections identiques ou similaires. De même, l’évitement est une caractéristique tant de la Personnalité évitante que du
Trouble panique avec agoraphobie et ces cieux troubles sont souvent observés en même temps. Dans le Trouble panique avec agoraphobie, l’évitement débute typiquement après l’apparition des attaques de panique et peut varier selon la fréquence et l’intensité de celles-ci. Dans la Personnalité évitante en revanche, l’évitement tend à apparaître précocement, en l’absence de facteurs précipitants clairs, et à avoir une évolution stable.

Certains Troubles de la personnalité ont des traits en commun avec la Personnalité évitante et peuvent être confondus avec elle. Il est alors important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Cependant, si une personne présente des traits de personnalité qui répondent aux critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité, en plus de la Personnalité évitante, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément. Tant la Personnalité
évitante que la Personnalité dépendante sont caractérisées par des sentiments de ne pas être à la hauteur, par une sensibilité excessive à la critique et par un besoin d’être rassuré. Toutefois le souci principal dans la Personnalité évitante est d’éviter l’humiliation et le rejet tandis que, dans la Personnalité dépendante, il est d’être pris en charge.
Ces deux personnalités coexistent toutefois souvent. Tout comme la Personnalité évitante, les Personnalités schizoïdes et schizotypiques sont caractérisées par un isolement social. Les personnes qui ont une Personnalité évitante souhaiteraient cependant avoir des relations avec d’autres et ressentent leur solitude avec peine tandis que celles qui ont une Personnalité schizoïde ou schizotypique peuvent être satisfaites et
même préférer leur isolement social.
La Personnalité paranoïaque et la Personnalité évitante sont toutes deux caractérisées par une réticence à se confier à autrui. Cependant, dans la Personnalité évitante cette réticence est due à une crainte d’être mal à
l’ aise ou de ne pas être à la hauteur plutôt qu’a une peur des attentions malfaisantes d’autrui.

De nombreuses personnes ont des traits de personnalité évitante : un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

NARCISSIQUE : MOI JE, il se sent supérieur, la personnalité narcissique

NARCISSIQUE : la personnalité narcissique

La personnalité narcissique est caractérisée par des fantaisies ou des comportements grandioses, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie.

En gros, cette personne se dit : « je suis au dessus des autres »

MOI JE SUIS GRANDIOSE, il semble qu’il y ait pas mal de narcissiques dans la classe politique…

Article rédigé d’après le DSM

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité narcissique est un mode général de grandiosité, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui apparaît au début de l’âge adulte et sont présents clans des contextes divers.

Les personnes qui ont cette personnalité ont un sens grandiose de leur propre importance (Critère I ).

Elles surestiment habituellement leurs capacités et exagèrent leurs réalisations, ce qui les fait paraître vantardes et prétentieuses. Elles supposent béatement que les autres auront la même estime pour leur activité et peuvent s’étonner que les louanges qu’elles attendent et pensent mériter fassent défaut. L’exagération de leurs propres réalisations s’accompagne souvent d’une sous-estimation (dévalorisation) implicite de la contribution des autres.

Ces personnes sont souvent préoccupées par des fantasmes de succès sans limite, de puissance, d’éclat, de beauté ou d’amour idéal (Critère 2).
Elles peuvent ruminer sur l’admiration et les privilèges qu’elles devraient recevoir depuis longtemps déjà et elles se mettent au même niveau que des gens célèbres ou haut placés.

Les personnes qui ont une Personnalité narcissique pensent qu’elles sont supérieures, spéciales ou uniques et s’attendent à ce que les autres les reconnaissent comme telles (Critère 3).

Elles pensent parfois qu’elles ne peuvent être comprises et entourées que par des gens qui sont eux-mêmes spéciaux ou ont un statut élevé et disent que leur entourage est « unique « parfait » ou « brillant ». Les sujets narcissiques estiment que leurs besoins sont spéciaux et ne peuvent pas être compris par les gens ordinaires.
L’estime d’eux- mêmes est augmentée (en miroir) par la valeur idéalisée qu’ils attribuent à ceux qu’ils fréquentent. Ils insistent typiquement pour que seuls les « meilleurs » (médecins, avocats, coiffeurs ou instructeurs) s’occupent d’eux et ils ne peuvent relever que des « meilleures » institutions. Ils dénigrent en revanche la qualification de ceux qui les ont déçus.

Les individus qui ont une Personnalité narcissique ont habituellement un besoin excessif d’être admirés (Critère 4).
Leur estime d’eux-mêmes est en règle générale très fragile. Ils peuvent être préoccupés par le fait de savoir s’ils font bien les choses et comment ils sont considérés par les autres. Cela peut prendre la forme d’un besoin
constant d’attention et d’admiration. Ils s’attendent parfois à être accueillis avec un tapis rouge et sont étonnés si les autres n’envient pas ce qu’ils possèdent. Ils cherchent constamment les éloges, souvent avec beaucoup de charme d’ailleurs.

Ces sujets pensent que tout leur est dû et c’est ainsi qu’ils s’attendent à faire l’objet d’un traitement de
faveur (Critère 5).
Ils s’attendent à ce que l’on s’occupe d’eux et sont étonnés ou furieux quand cela n’est pas le cas. Ils peuvent par exemple penser qu’ils n’ont pas à faire la queue et que leurs priorités sont tellement importantes que les autres n’ont qu’à s’incliner. Ils sont irrités quand ils ne sont pas aidés dans leur « travail très important ».

Ce sens que les choses leur sont dues, associé à un manque de sensibilité aux besoins et aux désirs d’autrui, peut aboutir à l’exploitation consciente ou non des autres (Critère 6).
Ils s’attendent à recevoir tout ce qu’ils souhaitent ou désirent, quelle qu’en soit la conséquence pour autrui. Ils peuvent ainsi s’attendre à ce que les autres leur soient très dévoués et leur imposer un travail excessif sans considérer les conséquences que cela peut avoir sur leur vie privée. Ils ont tendance à nouer des relations amicales ou amoureuses seulement si cela leur est utile pour atteindre des objectifs ou augmenter leur estime d’eux-mêmes. Ils s’arrogent souvent des privilèges ou des ressources qu’ils pensent mériter en raison de leur nature exceptionnelle.

Les individus qui ont une Personnalité narcissique ont généralement un manque d’empathie et des difficultés à prendre conscience des désirs, du vécu subjectif et des sentiments d’autrui (Critère 7).

Ils pensent généralement que leur bien-être personnel est d’un grand intérêt pour autrui. Ils ont tendance à commenter leurs propres soucis avec une profusion inadaptée de détails et n’arrivent pas à reconnaître que les autres ont aussi des sentiments et des besoins. Ils sont souvent méprisants et impatients quand les autres parlent de leurs propres problèmes ou soucis. Ils peuvent être inconscients de la peine que leurs remarques peuvent causer (p. ex., quand ils proclament à un ex-partenaire qu’ils ont maintenant « trouvé l’être de leur vie » ou quand ils vantent leur bonne santé devant un malade). Quand ils sont reconnus, les besoins, désirs ou sentiments d’autrui sont souvent considérés avec mépris comme des marques de faiblesse ou de vulnérabilité. Ceux qui entrent en relation avec des personnes narcissiques ressentent typiquement chez leur interlocuteur une froideur émotionnelle et un manque d’intérêt réciproque.

Les personnes avant une Personnalité narcissique envient souvent les autres et croient que les autres les envient aussi (Critère 8).
Ils peuvent être jaloux du succès ou des biens des autres, pensant que eux-mêmes seraient plus dignes de ces réalisations, de cette gloire et de ces privilèges. Elles peuvent dévaloriser sèchement la contribution des autres, surtout si ces autres personnes ont reçu des distinctions ou des louanges pour leurs réalisations. Les personnes narcissiques sont souvent arrogantes et hautaines.

Leur attitude est souvent snob, méprisante ou condescendante (Critère 9).
Des exemples typiques sont le fait de se plaindre qu’un serveur maladroit est « impoli » ou « stupide » ou de sortir d’un examen médical avec une évaluation condescendante du médecin.

Critères diagnostiques de la personnalité narcissique

Mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d’être admiré et (le manque d’empathie qui apparaissent au début de l’âge adulte et sont présents dans des contextes divers, comme en témoignent
au moins cinq des manifestations suivantes :
(1) le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex.,
surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnu
comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport)
(2) est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de
splendeur, de beauté ou d’amour idéal
(3) pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou
compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut
niveau
(4) besoin excessif d’être admiré
(5) pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un
traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient
automatiquement satisfaits
(6) exploite l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui
pour parvenir à ses propres fins
(7) manque d’empathie : n’est pas disposé à reconnaître ou à partager
les sentiments et les besoins d’autrui
(8) envie souvent les autres, et croit que les autres l’envient
(9) fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains

Caractéristiques et troubles associés

En raison de la fragilité de l’estime qu’ils ont pour eux-mêmes, les individus narcissiques sont très facilement « blessés » par la critique ou l’échec. Même s’ils n’en laissent rien paraître, ils peuvent être obsédés par les critiques reçues qui les laissent humiliés, dégradés et annihilés. Ils peuvent réagir par le dédain, la rage ou par une contre-attaque provocatrice. De telles expériences aboutissent souvent à un repli social et à une apparente
humilité qui peut servir de protection et de masque aux sentiments de grandiosité. Les relations interpersonnelles sont typiquement perturbées par les difficultés qui résultent du sentiment que les choses sont dues, du besoin d’être admiré et du manque relatif d’égard pour la sensibilité d’autrui. Bien que l’excès d’ambition et de confiance en soi puisse mener a des réussites, les performances peuvent aussi être entravées par l’intolérance a la critique et à l’échec. Parfois le fonctionnement professionnel peut être médiocre a cause de la réticence à prendre des risques dans des situations de compétition où l’échec est possible. Des sentiments prolongés de honte ou d’humiliation accompagnés dune autocritique peuvent s’associer à un repli sur soi, à une humeur dépressive, et à un Trouble dysthymique ou dépressif majeur. Mais des périodes prolongées de grandiosité peuvent aussi être associées à une humeur hypomaniaque.

La Personnalité narcissique est en outre associée à l’Anorexie mentale et aux Troubles liés à l’utilisation d’une substance (particulièrement à ceux liés à la cocaïne).

Les Personnalités histrioniques, borderline, antisociales et paranoïaques peuvent aussi être associées à la Personnalité narcissique.

Caractéristiques liées à l’âge et au sexe

Des traits narcissiques peuvent être très courants chez les adolescents et n’indiquent pas forcément que le sujet présentera plus tard une Personnalité narcissique. La Personnalité narcissique peut entraîner des difficultés particulières d’adaptation lors des limitations professionnelles et physiques inhérentes au vieillissement. Le diagnostic de Personnalité narcissique est fait dans 50 à 75 % des cas chez l’homme.

Prévalence

Les estimations de la prévalence de la Personnalité narcissique vont de 2 à 16 % chez les personnes vues dans un contexte psychiatrique et de moins de 1 % dans la population générale.

Diagnostic différentiel

D’autres Troubles de la personnalité ont certains traits en commun avec la Personnalité narcissique et peuvent être confondus avec elle.

Le trait le plus utile pour distinguer la Personnalité narcissique des Personnalités histrioniques, antisociales
et borderline (dans lesquelles l’interaction avec autrui est respectivement empreinte de séduction, de manque d’égard brutal et de besoin avide) est la grandiosité qui est caractéristique de la Personnalité narcissique.

La relative stabilité de l’image de soi et l’absence relative de comportements autodestructeurs, d’impulsivité et de crainte d’être abandonné contribuent à distinguer la Personnalité narcissique de la Personnalité borderline. La fierté excessive pour ses propres réalisations, un certain manque d’expression des émotions et le mépris pour les sentiments d’autrui contribuent à distinguer la Personnalité narcissique de la Personnalité histrionique. On observe clans les Personnalités borderline, histrioniques et narcissiques un grand besoin d’attention ;
dans le cas de la Personnalité narcissique, il doit s’agir d’une attention admirative. Les individus ayant une personnalité antisociale ou narcissique ont en commun une tendance à être volontaires, séducteurs, superficiels, à exploiter autrui et à manquer d’empathie. Toutefois, il n’y a pas nécessairement dans la Personnalité narcissique des caractéristiques telles que l’impulsivité, l’agressivité et la tendance à tromper. De plus, on n’observe pas forcément dans la Personnalité antisociale le besoin d’être admiré et envié par les autres, et les personnes narcissiques n’ont pas habituellement des antécédents de Troubles des conduites dans l’enfance ou de comportements criminels à l’âge adulte.

La Personnalité narcissique et la Personnalité obsessionnelle-compulsive ont en commun un goût pour le perfectionnisme et la croyance que les autres ne peuvent pas faire les choses aussi bien qu’eux. A la différence de la critique de soi-même qu’on observe dans la Personnalité obsessionnelle-compulsive, les individus narcissiques
ont plus tendance à croire qu’ils sont réellement arrivés à la perfection.

La méfiance et le repli social distinguent habituellement les Personnalités schizotypiques et paranoïaques de la Personnalité narcissique. Ces traits, quand ils sont observés chez des individus narcissiques, proviennent essentiellement d’une crainte que des imperfections ou des défauts soient exposés au regard des autres. Une grandiosité peut être le signe d’un Épisode maniaque ou hypomaniaque.

De nombreuses personnes qui réussissent brillamment ont des traits de personnalité qui peuvent être considérés comme narcissiques : un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PSYCHOPATHE : il ne pense qu’à lui et se moque des droits des autres… l’antisocial

Personnalité antisociale (psychopathie) : diagnostic, critères et lien avec la peau

La personnalité antisociale est caractérisée par un mépris persistant et une transgression des droits d’autrui, apparaissant dès l’enfance ou l’adolescence et se poursuivant à l’âge adulte. Ce tableau a également été nommé psychopathie, sociopathie ou personnalité dyssociale.

Personnalité antisociale : mépris des droits d'autrui
La personnalité antisociale se caractérise par un mépris profond des règles sociales et des droits d’autrui

Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Psycho-dermatologie : pourquoi ce sujet sur un site de dermatologue ?

La psycho-dermatologie est la branche qui étudie les interactions entre la psyché et la peau. Ces interactions sont profondes et bidirectionnelles : les maladies de peau retentissent sur l’état psychologique du patient, et inversement, certains troubles psychiatriques se manifestent directement sur la peau ou compliquent sa prise en charge.

La personnalité antisociale intéresse le dermatologue à plusieurs titres :

  • Automutilations et lésions cutanées factices : les sujets antisociaux présentent fréquemment des comportements impulsifs pouvant inclure des scarifications, des tatouages réalisés dans des conditions précaires ou des lésions cutanées auto-infligées dans un contexte de prise de risque.
  • Pathomimie et dermite factice : la capacité de tromperie et de manipulation inhérente à ce trouble expose à des simulations ou des auto-inductions de lésions cutanées pour obtenir un bénéfice secondaire (arrêt de travail, substances médicamenteuses, attention médicale).
  • Conduites toxicomaniaques à risque cutané : les Troubles liés à l’utilisation de substances, très fréquemment associés, génèrent des lésions cutanées spécifiques (abcès aux points d’injection, infections cutanées, signes de carences nutritionnelles, lésions par grattage).
  • Observance thérapeutique nulle : l’irresponsabilité persistante et le mépris des règles rendent la prise en charge dermatologique prolongée (eczéma, psoriasis, acné nodulaire) particulièrement difficile.
  • Violence conjugale et traumatismes cutanés : ce trouble est fortement associé aux violences physiques, dont les conséquences (ecchymoses, cicatrices, brûlures, morsures) arrivent fréquemment en consultation dermatologique ou aux urgences.

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Causes et mécanismes

Les troubles de la personnalité, dont la personnalité antisociale, trouvent leur origine dans des croyances irrationnelles sur soi, le monde et les autres, élaborées à partir des expériences vécues — notamment durant l’enfance, période où les connexions neuronales sont particulièrement plastiques (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour).

Ainsi, un traumatisme, une maltraitance ou une carence affective peuvent « câbler » le cerveau de façon inadaptée : un enfant dont les besoins affectifs ne sont pas satisfaits peut élaborer la croyance « je ne vaux rien », un enfant surprotégé peut développer une méfiance chronique vis-à-vis des autres, etc.

Ces fausses croyances provoquent une sur-utilisation rigide de stratégies comportementales primaires (compétition, agression, manipulation, méfiance) qui, dans certaines circonstances, seraient adaptatives, mais deviennent pathologiques lorsqu’elles s’appliquent de façon invariable, y compris quand elles sont clairement désavantageuses.

L’origine familiale classiquement décrite est celle d’un environnement permissif, sans cadre ni discipline :

  • parents sans autorité, trop indulgents ou au contraire négligents ;
  • enfants à qui l’on ne fixe pas de limites, à qui l’on n’apprend pas à tolérer la frustration ni à assumer la responsabilité de leurs actes.

Des facteurs génétiques contribuent également au risque, comme le montrent les études d’adoption : les enfants biologiques de parents antisociaux présentent un risque accru même élevés dans des familles adoptives saines, bien que l’environnement de la famille adoptive module ce risque.

Diagnostic et critères DSM

La caractéristique essentielle de la personnalité antisociale est un mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui apparaissant depuis l’âge de 15 ans. Ce diagnostic ne peut être porté qu’à partir de 18 ans, et uniquement si le patient a présenté avant 15 ans au moins quelques symptômes d’un Trouble des conduites.

Critères diagnostiques (DSM) — au moins 3 des 7 manifestations suivantes depuis l’âge de 15 ans :

  1. Incapacité à se conformer aux normes légales : comportements répétés passibles d’arrestation.
  2. Tromperie et manipulation : mensonges répétés, fausses identités, escroqueries.
  3. Impulsivité ou incapacité à planifier à l’avance : décisions prises sur le moment, sans considérer les conséquences.
  4. Irritabilité et agressivité : bagarres répétées, agressions physiques.
  5. Mépris inconsidéré pour sa sécurité ou celle d’autrui : conduite dangereuse, conduites sexuelles à risque, négligence envers un enfant.
  6. Irresponsabilité persistante : incapacité à maintenir un emploi ou à honorer ses obligations financières.
  7. Absence de remords : indifférence ou rationalisation superficielle après avoir blessé, maltraité ou volé autrui.

Conditions additionnelles : âge ≥ 18 ans (critère B) ; antécédents de Trouble des conduites avant 15 ans (critère C) ; comportements non survenus exclusivement dans le cadre d’une Schizophrénie ou d’un Épisode maniaque (critère D).

Point clinique : La tromperie et la manipulation étant centrales dans ce trouble, le clinicien doit confronter les informations obtenues auprès du patient avec des sources extérieures (famille, dossiers médicaux, services sociaux). La simulation de maladies cutanées ou somatiques à visée manipulatrice doit être évoquée devant des lésions inexpliquées à morphologie atypique.

Caractéristiques et troubles associés

Les sujets antisociaux manquent d’empathie et tendent à être cyniques, arrogants et méprisants envers les sentiments d’autrui. Ils peuvent paraître charmeurs, séducteurs et superficiels, avec une aisance verbale pouvant tromper l’entourage et les soignants. En consultation, cette façade peut retarder le diagnostic et induire une relation thérapeutique faussée.

Les troubles fréquemment associés incluent :

  • Troubles anxieux et dépressifs
  • Troubles liés à l’utilisation de substances (alcool, drogues) — très fréquents, avec les conséquences cutanées décrites plus haut
  • Somatisation et jeu pathologique
  • Troubles du contrôle des impulsions
  • Traits de personnalité borderline, histrionique ou narcissique comorbides
Alerte dermato : Devant des lésions cutanées répétées à morphologie géométrique ou linéaire, une cicatrisation anormalement rapide ou lente, des antécédents de nombreux recours aux urgences pour des plaies, ou un discours incohérent sur l’origine des lésions — pensez à la dermite factice ou pathomimie et évoquez un trouble de la personnalité sous-jacent. Une prise en charge pluridisciplinaire (dermatologue + psychiatre) est indispensable.

Prévalence, évolution et aspects familiaux

La prévalence de la personnalité antisociale dans la population générale est estimée à 3 % chez l’homme et 1 % chez la femme. Elle est beaucoup plus élevée dans les centres de traitement de toxicomanie, les prisons et les contextes médico-légaux.

L’évolution est chronique mais peut s’atténuer avec l’âge, notamment après 30 ans, surtout dans le domaine des activités criminelles. Cette atténuation peut aussi concerner les comportements toxicomaniaques.

Sur le plan familial, ce trouble est plus fréquent chez les parents biologiques au premier degré des sujets atteints. Les études d’adoption confirment une interaction entre facteurs génétiques et environnementaux. Dans les familles touchées, les hommes présentent plus souvent une personnalité antisociale ou des troubles liés aux substances, les femmes plus souvent des troubles de somatisation.

Diagnostic différentiel

Trouble Points communs avec personnalité antisociale Éléments distinctifs
Personnalité narcissique Arrogance, exploitation, manque d’empathie Pas d’impulsivité, besoin d’admiration, pas d’antécédents de trouble des conduites
Personnalité histrionique Impulsivité, séduction, manipulation Exagération émotionnelle, pas de comportements criminels
Personnalité borderline Manipulation pour être pris en charge Instabilité émotionnelle plus marquée, manipulation par détresse plutôt que par gain
Personnalité paranoïaque Comportements antisociaux possibles Motivés par la vengeance, non par le gain personnel
Comportement criminel pur Actes illégaux répétés Absence des traits de personnalité rigides et envahissants du trouble
Règle diagnostique : Un diagnostic de trouble de la personnalité ne doit être porté que lorsque les traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective ou une altération significative du fonctionnement. Un comportement antisocial isolé, contextuel ou survenant dans le cadre d’une schizophrénie ou d’un épisode maniaque ne suffit pas.

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Questions fréquentes

Quel est le lien entre personnalité antisociale et lésions cutanées ?

En psycho-dermatologie, la personnalité antisociale peut se manifester sur la peau de plusieurs façons : dermite factice ou pathomimie (simulation ou auto-induction de lésions), scarifications impulsives, lésions liées aux conduites addictives (abcès aux points d’injection, infections cutanées), ou cicatrices de traumatismes violents répétés. Ces présentations nécessitent une approche pluridisciplinaire dermatologique et psychiatrique.

Peut-on soigner la personnalité antisociale ?

Il n’existe pas de traitement curatif validé. La psychothérapie cognitive et comportementale peut réduire certains comportements problématiques, mais l’efficacité est limitée par le manque de motivation au changement et la faible demande de soin spontanée. Certains comportements s’atténuent naturellement avec l’âge, notamment après 30 ans.

Comment reconnaître une dermite factice chez un patient consultant en dermatologie ?

La dermite factice (ou pathomimie) se caractérise par des lésions à morphologie atypique (géométrique, linéaire, accessible au patient), localisées dans des zones accessibles à la main dominante, avec des explications incohérentes sur leur origine. L’état général du patient peut contraster avec la sévérité des lésions. Une discordance entre les récits successifs est un signal d’alerte important.

La personnalité antisociale touche-t-elle plus les hommes ?

Oui. Le trouble est beaucoup plus fréquent chez l’homme (prévalence ~3 %) que chez la femme (~1 %). Certains experts estiment que le diagnostic est sous-posé chez la femme, en raison de l’accent mis sur les traits agressifs dans les critères diagnostiques classiques.

Quels sont les risques de santé associés à ce trouble ?

Les sujets antisociaux présentent un risque accru de décès prématuré par mort violente (accident, homicide, suicide), de troubles liés aux substances avec leurs complications cutanées et générales, et de problèmes socio-économiques majeurs (pauvreté, incarcération, sans-abrisme).

Sur le même sujet – Psycho-dermatologie :

À lire aussi – Dermatoses liées au comportement :

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Mis à jour le 15 janvier 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.

HYSTERIQUE : elle en fait trop pour attirer l’attention, la personnalité histrionique

HYSTERIQUE : la personnalité histrionique

La personnalité histrionique est marquée est caractérisée par des réponses émotionnelles excessives et une quête d’attention.

En gros, cette personne se dit : « il faut que les autres m’aiment et que je les séduise »

Personne qui en fait trop et a besoin de toute l’attention : personnalité histrionique

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Les personnes on l’impression de ne pas avoir la capacité de survivre, d’agir indépendamment « en adulte » et d’arriver à une réussite suffisante.

Là encore il existe souvent une origine familiale de cette dépendance à l’affection ou l’approbation des autres, dans ces familles :

  • les parents font passer leurs besoins affectifs, sociaux, leur niveau de vie et leur style de vie avant les besoins des enfants
  • les enfant, pour se sentir aimés de leurs parents, ou pour obtenir leur approbation, sont obligés de réprimer leurs tendances naturelles à l’insubordination, à l’opposition. Il en résulte souvent une colère refoulée dont la personne n’est souvent pas consciente ou qu’elle ne sait pas expliquer.

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité histrionique est un mode général de comportement fait de réponses émotionnelles et de quête d’attention excessives et envahissantes. Ce mode apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers.

Les individus qui ont une Personnalité histrionique sont mal à l’aise et ne se sentent pas appréciés quand ils ne sont pas au centre de l’attention d’autrui (Critère 1).

Avec une présentation animée et théâtrale, ils tendent à attirer l’attention sur eux et peuvent initialement charmer leurs nouvelles connaissances par leur enthousiasme, leur aspect ouvert et flirteur. Ces qualités deviennent toutefois moins appréciées au fur et à mesure que ces personnes continuent à réclamer l’attention. Ces sujets veulent absolument être
le point de mire. Ils peuvent éventuellement faire quelque chose de théâtral pour que l’attention soit centrée sur eux ( p, ex., faire une scène ou inventer des histoires). Ce besoin est souvent apparent dans leur relation avec le médecin (avec p. ex., des flatteries, des cadeaux, des descriptions théâtrales de symptômes physiques et psychologiques qui sont toujours remplacés par de nouveaux maux à chaque visite).

L’aspect et le comportement de ces individus sont souvent caractérisés par une attitude provocante et une séduction sexuelle inappropriées (Critère 2).

Ce comportement n’est pas seulement dirigé vers les personnes pour lesquelles le sujet a un intérêt amoureux ou sexuel mais survient clans un large éventail de relations sociales ou professionnelles sans que cela soit adapté au contexte.

L’expression émotionnelle peut être superficielle et labile (Critère 3).

Ces individus utilisent régulièrement leur aspect physique pour attirer l’attention sur eux (Critère 4).

Il est excessivement important pour eux d’impressionner les autres par leur aspect et ils dépensent énormément de temps, d’énergie et d’argent pour leur habillement, leurs toilettes ou leur maquillage. Ils peuvent être en quête de compliments sur leur toilette et ils peuvent être trop facilement bouleversés par une remarque critique sur leur aspect ou par une photo d’eux qu’ils ne trouvent pas assez flatteuse.

Ces personnes ont une manière de parler qui est très subjective mais pauvre en détails (Critère 5).

Des opinions fortes sont exprimées avec beaucoup de panache dramatique mais les arguments sous-jacents sont habituellement vagues et imprécis et ne sont pas étayés par des faits ou des détails. Un individu qui a une Personnalité histrionique peut par exemple affirmer que quelqu’un est un être fantastique mais peut être incapable de citer en pratique une qualité positive pour étayer cet avis.

On observe chez ces sujets une dramatisation, un théâtralisme et une exagération de l’expression émotionnelle (Critère 6).

Ils peuvent embarrasser leurs amis ou leurs connaissances en faisant un étalage public de leurs émotions (en embrassant p. ex., des connaissances habituelles avec une ardeur excessive, en sanglotant de manière incontrôlée à propos d’événements sentimentaux mineurs ou en ayant des accès de colère). Leurs émotions semblent toutefois pouvoir être déclenchées et interrompues trop vite pour correspondre à des sentiments profonds, ce qui conduit les autres à les accuser de simulation.

Les individus qui ont une Personnalité histrionique sont très suggestibles (Critère 7).

Leurs opinions et leurs sentiments sont facilement influencés par les autres ou par les modes. Ils peuvent être trop confiants, notamment avec les personnages qui ont une forte position d’autorité et qui peuvent être perçus comme capables de résoudre magiquement leurs problèmes. Ils ont tendance à suivre leurs intuitions et à adhérer rapidement à une conviction.

Ces sujets considèrent souvent que leurs relations sont plus intimes qu’elles ne le sont en réalité et peuvent parler de chaque connaissance comme d’un « ami très cher » ou encore appeler par leur prénom des médecins qu’ils n’ont rencontrés qu’une ou deux fois dans un cadre professionnel (Critère 8).

Ils peuvent souvent se perdre dans des fantasmes romantiques.

Critères diagnostiques de la personnalité histrionique

Mode général de réponses émotionnelles excessives et de quête d’attention, qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations
suivantes :
(1) le sujet est mal à l’aise dans les situations ou il n’est pas au centre
de l’attention d’autrui
(2) l’interaction avec autrui est souvent caractérisée par un comportement
de séduction sexuelle inadaptée ou une attitude
provocante
(3) expression émotionnelle superficielle et rapidement changeante
(4) utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l’attention
sur soi
(5) manière de parler trop subjective mais pauvre en détails
(6) dramatisation, théâtralisme et exagération de l’expression
émotionnelle
(7) suggestibilité, est facilement influencé par autrui ou par les
circonstances
considère que ses relations sont plus intimes qu’elles ne le sont en réalité

Caractéristiques et troubles associés

Les individus qui ont une Personnalité histrionique peuvent avoir du mal à arriver à un stade d’intimité émotionnelle dans les relations amoureuses ou sexuelles. Sans en être conscients, ils jouent souvent un rôle (p. ex., celui d’une < tout en étant très dépendant de lui par ailleurs. Ces sujets ont souvent une relation altérée avec leurs amis du même sexe car, aux yeux de leurs amis, leur style de provocation sexuelle dans la relation interpersonnelle les font paraître menaçants pour les relations de ces derniers. Ils peuvent s’aliéner leurs amis par leur revendication constante d’attention. Quand ils ne sont pas le centre de l’attention ils deviennent souvent déprimés et affligés. Ils peuvent avoir un besoin intense de nouveauté, de stimulation et d’excitation et ont tendance à être ennuyés par la routine. Ces individus sont souvent intolérants ou frustrés quand la gratification n’est pas immédiate et leurs actions visent souvent à obtenir une satisfaction sans délai. Ils démarrent souvent un travail ou (les projets avec beaucoup d’enthousiasme mais leur intérêt fléchit vite. Des relations durables
peuvent être négligées au profit de relations dont la nouveauté est plus excitante.

Le risque réel de suicide est inconnu mais l’expérience clinique suggère que ces individus présentent un risque accru de gestes ou de menaces suicidaires dont le but est d’obtenir plus d’attention ou de soin. La Personnalité histrionique a été associée à des taux plus élevés de Somatisation, de Conversion et de Trouble dépressif majeur.

L’association est fréquente avec les Personnalités borderline, narcissiques, antisociales et dépendantes.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Des études reposant sur des instruments (l’évaluation structurés ont rapporté des prévalences similaires chez l’homme et chez la femme. L’expression comportementale de la Personnalité histrionique peut être influencée par les stéréotypes sur le role de chaque sexe.

Un homme qui a cette personnalité peut par exemple s’habiller et se comporter en « macho ,» et chercher à capter l’attention en vantant ses
prouesses athlétiques alors qu’une femme pourra choisir des vêtements très féminins et dire combien elle a impressionné son professeur de danse.

Prévalence

Des données limitées obtenues dans la population générale suggèrent que la prévalence de la Personnalité histrionique serait de 2 à 3 %. Des chiffres de 10 à 15 % ont été rapportés en utilisant des instruments structurés dans des centres psychiatriques d’hospitalisation ou de consultation.

Diagnostic différentiel

D’autres Troubles de la personnalité ont certains traits en commun avec la Personnalité histrionique et peuvent être confondus avec elle. Il est donc important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns  des autres. Cependant, si une personne présente des traits de personnalité répondant aux critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité, en plus de la Personnalité
histrionique, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément. La Personnalité borderline peut aussi être caractérisée par une quête de l’attention, un comportement manipulateur et une labilité émotionnelle mais se distingue par son coté autodestructeur, par des ruptures violentes des relations proches et par des sentiments chroniques de vide profond et (le perturbation de l’identité. On observe à la fois dans la Personnalité
antisociale et dans la Personnalité histrionique une tendance à être impulsif, superficiel, à chercher l’excitation, à être téméraire, séducteur et manipulateur. Cependant, il y a dans la Personnalité histrionique plus d’exagération des émotions et, typiquement, pas de comportements antisociaux. Dans la Personnalité histrionique, la manipulation vise à obtenir des soins alors qu’elle a pour but dans la Personnalité antisociale
d’obtenir un profit, du pouvoir ou un avantage matériel. Il existe dans la
Personnalité narcissique un besoin intense de s’attirer l’attention d’autrui ; toutefois, ces sujets veulent surtout que leur nature << supérieure >>, soit reconnue tandis que la personne histrionique accepte d’être considérée comme fragile et dépendante si cela l’aide à obtenir de l’attention. Les individus qui ont une Personnalité narcissique peuvent exagérer la proximité de leur relation avec certains personnages mais c’est
surtout pour insister sur l’importance ou la richesse de leurs amis. Dans la Personnalité dépendante, le patient a un besoin excessif des autres pour être félicité ou guidé mais sans les caractéristiques d’exagération, d’émotionnalité et de magnificence de la Personnalité histrionique.

Un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PERSONNE INSTABLE : elle a peur d’être abandonnée, la personnalité borderline

Personne instable : la personnalité borderline

La personnalité borderline est marquée par une impulsivité marquée et une instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects.

En gros cette personne a peur du vide intérieur qu’elle va ressentir si l’autre l’abandonne

Personne instable ayant peur de l’abandon : personnalité borderline?

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Ce type de croyance a souvent une origine familiale : il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité borderline est un mode général d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects avec une impulsivité marquée qui apparaît au début de l’âge adulte et qui est présent dans des contextes divers.

Les sujets qui ont une Personnalité borderline font des efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés (Critère 1).

La perception d’une séparation ou d’un rejet imminents ou la perte d’une structure externe peuvent profondément modifier l’image de soi, les affects, la cognition ou le comportement. Ces sujets sont très sensibles aux
circonstances de l’environnement. Ils ressentent une peur intense d’être abandonnés et une colère inappropriée quand ils sont confrontés à une séparation, même compréhensible et limitée dans le temps, ou à une modification inévitable de l’emploi du temps (ils sont p. ex., brutalement bouleversés quand le praticien annonce que la consultationest terminée ou bien ressentent de la panique ou de la rage quand une personne importante à leurs yeux est en retard de quelques minutes ou doit annuler un rendez-vous). Ils peuvent croire qu’ils sont « abandonnés » parce qu’ils sont « mauvais ». Ces peurs d’être abandonné sont liées à l’intolérance à la solitude et au besoin d’avoir d’autres gens avec soi. Les efforts effrénés pour éviter l’abandon peuvent aller jusqu’à des actes
impulsifs comme des automutilations ou des gestes suicidaires, décrits dans le Critère 5.

Les sujets qui ont une Personnalité borderline ont un mode de relations instables et intenses (Critère 2).

Ils peuvent idéaliser un partenaire potentiel ou une personne qui pourrait s’occuper d’eux après seulement une ou deux rencontres, exiger de passer beaucoup de temps avec cette personne et partager les détails les plus intimes dès le début de la relation. Toutefois, ils peuvent basculer très vite rie l’idéalisation à la dévalorisation, estimant que cette personne ne s’occupe pas assez d’eux, ne donne pas assez ou n’est pas assez présente. Ils peuvent éprouver de l’empathie et prendre soin d’autrui mais seulement dans l’attente que l’autre sera à son tour disponible pour satisfaire leurs besoins et exigences. Leur opinion des autres peut se retourner brusquement, le partenaire étant tour à tour vu comme un soutien généreux puis comme méchant et cruel.
De telles oscillations traduisent souvent le fait qu’ils sont déçus par une personne dont le soutien était idéalisé, puis dont le rejet ou l’abandon est anticipé.

Il peut y avoir une perturbation de l’identité caractérisée par une instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi (Critère 3).

Il y a des retournements brutaux et dramatiques de l’image de soi, avec des bouleversements des objectifs, des valeurs et des désirs professionnels. Les idées et les projets concernant la carrière, l’identité sexuelle, les valeurs et le type de fréquentations peuvent changer
soudainement. Ces individus peuvent passer brutalement d’une position où ils quémandent de l’aide à l’idée qu’ils ont le droit de se venger pour les mauvais traitements reçus dans le passé. Bien que leur image de soi soit fondée sur la notion d’être bon ou mauvais, ils peuvent parfois avoir le sentiment de ne pas exister du tout. Ce sentiment survient habituellement dans les situations ou le sujet ressent l’absence d’une relation significative, de soutien et de support. Leurs performances peuvent chuter quand le cadre professionnel ou scolaire est peu structuré.

Les individus qui ont une Personnalité borderline font preuve d’impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables (Critère 4).

Ils peuvent jouer, dépenser de manière irresponsable, avoir des crises de boulimie, utiliser des drogues, s’engager dans des pratiques sexuelles dangereuses ou conduire de manière imprudente.

On peut observer la répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires ou de comportements automutilatoires (Critère 5).

Le décès par suicide survientchez 8 à 10 % de ces sujets et les automutilations (p. ex., brûlures, coupures) ainsi que les gestes ou menaces suicidaires sont très fréquents. Des comportements suicidaires
répétés sont souvent à l’origine de la demande de soins. Ces actes autodestructeurs sont souvent précipités par des menaces de séparation ou de rejet ou par l’attente que le sujet assume plus de responsabilités. Une automutilation peut survenir pendant une expérience de dissociation et apporte souvent un soulagement dans la mesure où elle vient reconfirmer que le sujet peut ressentir voire qu’il expie le fait qu’il est mauvais.

Les individus qui ont une Personnalité borderline peuvent faire preuve d’une instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur (p. ex., des épisodes de dysphorie intense, d’irritabilité ou d’anxiété qui durent habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours) (Critère 6).

Leur humeur dysphorique de base est souvent entrecoupée de périodes de colère, de panique ou de désespoir et est plus rarement éclaircie par des périodes de bien-être ou de satisfaction. Ces épisodes peuvent refléter la sensibilité extrême de l’individu aux facteurs de stress interpersonnels.

Ces sujets peuvent être troublés par des sentiments chroniques de vide (Critère 7).

Ils s’ennuient facilement et recherchent en permanence une occupation.

Les individus qui ont une Personnalité borderline expriment souvent des rages intenses et inappropriées ou ont des difficultés à contrôler leur colère (Critère 8).

Ils peuvent alors être très sarcastiques et acerbes et avoir des paroles très virulentes. La colère du sujet est souvent provoquée par l’impression que son partenaire ou la personne qui s’occupe de lui le néglige, ne donne pas assez, n’est pas assez attentionné ou risque de le quitter.
Ces accès de colère sont souvent suivis par de la honte et de la culpabilité et contribuent à l’impression qu’a le sujet d’être mauvais.

Une idéation persécutoire ou des symptômes dissociatifs transitoires (p. ex., de la dépersonnalisation) peuvent survenir pendant des périodes de stress extrêmes (Critère 9) mais ont habituellement une sévérité
et une durée insuffisantes pour justifier un diagnostic supplémentaire. Ces épisodes surviennent le plus souvent en réponse à un abandon réel ou imaginé. Les symptômes sont habituellement transitoires et ne durent que quelques minutes à quelques heures.

Le retour effectif de la personne qui s’occupe du sujet, ou ce qui est perçu comme tel, peut provoquer la rémission des symptômes.

Critères diagnostiques de la personnalité borderline

Mode général d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de
soi et des affects avec une impulsivité marquée, qui apparaît au début
de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en
témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :
(1) efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés
(2) mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées
par l’alternance entre des positions extrêmes
d’idéalisation excessive et de dévalorisation
(3) perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de
l’i mage ou de la notion de soi
(4) impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement
dommageables pour le sujet (p. ex., dépenses, sexualité, toxicomanie,
conduite automobile dangereuse, crises de boulimie).
(5) répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires,
ou d’automutilations
(6) instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur
(p. ex., dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété
durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques
jours)
(7) sentiments chroniques de vide
(8) colères intenses et inappropriées ou difficulté à contrôler sa
colère (p. ex., fréquentes manifestations de mauvaise humeur,
colère constante ou bagarres répétées)
(9) survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation
persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères

Caractéristiques et troubles associés

Il arrive que les individus qui ont une Personnalité borderline aient tendance à se saborder juste avant d’atteindre un but (p. ex., en quittant l’école juste avant d’obtenir un diplôme ; ou en régressant sévèrement, juste après avoir discuté des progrès qu’ils ont faits sous traitement ; ou encore en détruisant une bonne relation à un moment où il devient clair que cette relation est en passe de devenir durable). Certains sujets
présentent des symptômes d’allure psychotique (p. ex., hallucinations, distorsions de l’image du corps, idées de référence et phénomènes hypnagogiques) pendant les périodes de stress. Ces personnes peuvent être plus rassurées par des objets transitionnels (p. ex., un animal de compagnie ou un objet inanimé) que par la relation avec une
autre personne. Il existe un risque de décès prématuré par suicide, notamment en cas de Trouble de l’humeur ou de Trouble lié à l’utilisation d’une substance concomitants.
Des handicaps physiques peuvent résulter d’un abus de substances ou (le tentatives de suicide échouées.

Il est fréquent d’observer des pertes d’emploi répétées, des études interrompues et des échecs conjugaux.

On retrouve plus souvent dans l’enfance des sujets borderline des antécédents de mauvais traitements physiques et sexuels, de négligenceparentale, de conflits parentaux ou de perte ou de séparation parentale précoce.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Le mode de comportement observé dans la Personnalité borderline a été identifié dans de nombreux pays. Les adolescents et les jeunes adultes qui ont des problèmes d’identité (surtout quand cela est accompagné par l’utilisation d’une substance) peuvent présenter transitoirement des comportements qui peuvent faire penser à tort à une Personnalité borderline. Ces situations sont caractérisées par une instabilité émotionnelle, des dilemmes « existentiels », de l’incertitude, des choix générateurs d’anxiété, des conflits concernant l’orientation sexuelle et des pressions sociales contradictoires concernant les choix de carrière.

Le diagnostic de Personnalité borderline est fait plus souvent (dans 75 % des cas) chez la femme.

Prévalence

La prévalence de la Personnalité borderline est évaluée à environ 2% de la population générale, à 10 % chez les individus vus en consultation psychiatrique et à environ 20 % chez les patients hospitalisés dans des services de psychiatrie. La prévalence est comprise entre 30 et 60 % dans les populations vues en clinique pour des troubles de la personnalité.

Évolution

L’évolution de la Personnalité borderline est extrêmement variable. Le mode le plus fréquent est celui d’une instabilité chronique au début de l’âge adulte avec des épisodes notables de perte du contrôle des affects et des impulsions ainsi qu’un recours important aux systèmes de soins et de santé mentale. La déficience et le risque de suicide qui résultent de ce trouble sont les plus élevés chez le jeune adulte et décroissent progressivement par la suite. La plupart de ces sujets deviennent plus stables clans leurs relations et leur travail pendant leur quatrième et cinquième décennies.

Bien que la tendance aux émotions intenses, l’impulsivité et l’intensité dans les relations interindividuelles durent souvent toute la vie, les sujets qui entament une action thérapeutique manifestent souvent une amélioration débutant parfois au cours de la première année.

La plupart de ces sujets deviennent plus stables dans leurs relations et leur travail au cours de la trentaine et de la quarantaine. Des études de suivi menées chez des patients suivis en ambulatoire clans des centres de santé mentale montrent qu’au bout de dix années environ, jusqu’à la moitié des sujets n’ont plus un mode de comportement qui répond complètement aux critères de la personnalité borderline.

Aspects familiaux

La Personnalité borderline est environ cinq fois plus fréquente chez les parents biologiques  du premier degré des sujets atteints que dans la population générale. Ce trouble est aussi associé à un risque familial accru pour les Troubles liés à l’utilisation d’une substance, la Personnalité antisociale et les Troubles de l’humeur.

Diagnostic différentiel

La Personnalité borderline est souvent observée en même temps que des Troubles de l’humeur.
D’autres Troubles de la personnalité ont certains traits en commun avec la Personnalité borderline et peuvent être confondus avec elle. Il est donc important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Cependant, si une personne présente des traits de personnalité répondant aux critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité, en plus de la Personnalité borderline, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément. Bien
que la Personnalité histrionique soit aussi caractérisée par une quête d’attention, un comportement manipulateur et des affects labiles, la Personnalité borderline se distingue par son coté autodestructeur, par la rupture violente de relations proches et par des sentiments de vide profond et de solitude. Des idées persécutoires et des illusions
peuvent être présentes clans la Personnalité borderline comme dans la Personnalité schizotypique mais ces symptômes sont plus transitoires, présentent plus de réactivité interpersonnelle et répondent plus à l’effet structurant de l’environnement dans la Personnalité borderline. Les Personnalités paranoïaques et narcissiques peuvent aussi
être caractérisées par des réactions coléreuses à des stimulus mineurs mais elles se distinguent de la Personnalité borderline par la relative stabilité de l’image de soi, par l’absence relative de l’aspect autodestructeur, de l’impulsivité et de la crainte de l’abandon. La Personnalité antisociale est caractérisée, comme la Personnalité borderline, par un comportement manipulateur ; la manipulation vise toutefois, dans la Personnalité antisociale, à obtenir un profit, du pouvoir ou un avantage matériel alors qu’elle a pour but dans la Personnalité borderline de gagner l’attention des personnes qui s’occupent du patient. La peur d’être abandonné existe dans la Personnalité dépendante et dans la Personnalité borderline. Cependant l’individu borderline réagit à l’abandon avec des sentiments de vide affectif, de rage et des revendications tandis que la personne dépendante réagit en devenant petit à petit plus sereine et soumise et elle recherche de manière urgente une relation de substitution qui lui apportera soutien et soins. De plus, la Personnalité borderline peut être différenciée de la Personnalité
dépendante par le mode typique de relations intenses et instables.
La Personnalité borderline doit être distinguée des Modifications de la personnalité dues à une affection médicale générale où les traits de personnalité  résultent des effets directs d’une affection médicale générale sur le système nerveux central.

Un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PERSONNE BIZARRE : la personne excentrique et bizarre, schizotypique

L’excentrique bizarre : une personne souvent atteinte d’une personnalité schizotypique

La personnalité schizotypique est est caractérisée par une gêne aiguë dans les relations proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et des conduites excentriques.

En gros cette personne souvent excentrique, « différente », ayant peu de relations, croit souvent en la magie, s’intéresse au paranormal…

Excentrique, préoccupée de paranormal : et si cette personne était schizotypique?

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Ce type de croyance a souvent une origine familiale : il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité schizotypique est un mode général de déficit social et interpersonnel marqué par une gêne aiguë et par des compétences réduites dans les relations proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et par des conduites excentriques.

Le trouble apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers.
Les individus présentant une Personnalité schizotypique ont souvent des idées de référence (p. ex., des interprétations fausses d’incidents anodins ou d’événements extérieurs qui prennent un sens spécial, inhabituel et particulier pour la personne)
(Critère Al).

Ces idées doivent être distinguées des idées délirantes de référence auxquelles l’adhésion se fait avec une conviction délirante, Ces individus peuvent être superstitieux ou préoccupés par des phénomènes paranormaux qui sortent du cadre de leur sous-groupe culturel (Critère A2).

Ils peuvent avoir l’impression d’être doués de pouvoirs spéciaux qui leur permettent de ressentir les événements à l’avance ou de lire les pensées des autres. Ils peuvent penser posséder des pouvoirs magiques pour contrôler les autres directement (p. ex., ils croient que leur conjoint sort le chien uniquement parce qu’ils y ont pensé une heure avant) ou indirectement par des rituels (p. ex., le fait de marcher à trois reprises devant un objet peut prévenir quelque chose de pénible).

Ils peuvent présenter des altérations des perceptions (p. ex., ressentir la présence d’une autre personne ou entendre une voix qui murmure son propre nom) (Critère A3).

Le langage peut être marqué par un vocabulaire ou une syntaxe inhabituels ou idiosvncrasiques. Il est souvent flou, digressif ou vague mais ne comporte pas de véritables ruptures du fil conducteur ni d’incohérence (Critère A4).

Les réponses peuvent être soit trop concrètes soit trop abstraites et les mots ou les concepts sont parfois employés de manière inhabituelle (p. ex., le sujet peut dire qu’il n’était pas « parlable » au travail).

Ces sujets sont souvent soupçonneux et peuvent avoir des idées de persécution (p. ex., croire que des collègues de travail cherchent à ruiner leur réputation auprès du patron) (Critère A5).

Ils sont habituellement incapables de maîtriser l’ensemble des affects et des signaux sociaux indispensables au succès dans les relations et leurs rapports avec les autres paraissent souvent mal adaptés, rigides ou gauches (Critère A6).

Ils sont souvent considérés comme bizarres et excentriques à cause de leur maniérisme inhabituel, d’un habillement négligé dont les différents éléments ne vont pas ensemble et d’un manque de respect pour les usages sociaux habituels (p. ex., le sujet ne regarde par ses interlocuteurs dans les yeux, il porte des habits qui ne lui vont pas ou qui sont tachés d’encre et il ne peut pas engager une conversation détendue et humoristique avec ses collègues) (Critère A7).

Les sujets qui ont une Personnalité schizotypique ressentent souvent la relation avec autrui comme un problème et sont mal à l’aise quand ils entrent en contact. Bien qu’ils puissent se plaindre de leur manque de relations, leur comportement indique qu’ils ont un faible désir de rapports intimes.

Ils ont par conséquent peu ou pas d’amis proches ou de confidents, en dehors des parents du premier degré (Critère A8).

Ils sont anxieux en situation sociale, notamment quand ils sont confrontés à des gens qu’ils ne connaissent pas (Critère A9).

Ils peuvent entrer en rapport avec d’autres quand cela est nécessaire mais préfèrent toutefois rester seuls car ils ont l’impression d’être différents et de ne pas faire partie du groupe. Leur anxiété sociale ne diminue pas quand ils s’habituent au cadre ou aux gens car leur anxiété est généralement en rapport avec une méfiance à l’égard des intentions des autres. Lors d’un dîner par exemple, une personne qui a une Personnalité schizotvpique ne va pas se détendre au fur et à mesure que la soirée avance mais deviendra au contraire de plus en plus tendue et méfiante.
On ne doit pas porter un diagnostic de Personnalité schizotypique si ce mode de comportement survient exclusivement au cours de l’évolution d’une Schizophrénie, d’un Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques, d’un autre Trouble psychotique ou d’un Trouble envahissant clu développement (Critère B).

Critères diagnostiques de la personnalité schizotypique

A. Mode général de déficit social et interpersonnel marqué par une gêne
aiguë et des compétences réduites dans les relations proches, par des
distorsions cognitives et perceptuelles, et par des conduites excentriques.
Le trouble apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans
des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations
suivantes :
(1) idées de référence (à l’exception des idées délirantes de
référence)
(2) croyances bizarres ou pensée magique qui influencent le comportement
et qui ne sont pas en rapport avec les normes d’un
sous-groupe culturel (par exemple superstition, croyance clans
un don de voyance, clans la télépathie ou clans un « sixième »
sens ; chez les enfants et les adolescents, rêveries ou préoccupations
bizarres)
(3) perceptions inhabituelles, notamment illusions corporelles
(4) pensée et langage bizarres (par exemple vagues, circonstanciés,
métaphoriques, alambiqués ou stéréotypés)
(5) idéation méfiante ou persécutoire
(6) inadéquation ou pauvreté des affects
(7) comportement ou aspect bizarre, excentrique ou singulier
(8) absence d’amis proches ou de confidents en dehors des parents
du premier degré
(9) anxiété excessive en situation sociale qui ne diminue pas quand
le sujet se familiarise avec la situation et qui est due à des craintes
persécutoires plutôt qu’à un jugement négatif de soi-même
B. Ne survient pas exclusivement pendant l’évolution d’une Schizophrénie,
d’un Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques,
d’un autre Trouble psychotique ou d’un Trouble envahissant du
développement.

Caractéristiques et troubles associés

Les sujets présentant une Personnalité schizotypique demandent souvent un traitement pour des symptômes associés comme l’anxiété, la dépression ou d’autres affects dysphoriques plutôt que pour les traits de personnalité eux-mêmes. En réponse au stress, notamment, ils peuvent présenter des épisodes psychotiques transitoires (pendant quelques minutes à quelques heures) qui sont toutefois de durée généralement trop
brève pour justifier un diagnostic additionnel de Trouble psychotique bref ou de Trouble schizophréniforme. Dans certains cas, des symptômes psychotiques cliniquement significatifs peuvent se développer et correspondre aux critères d’un Trouble psychotique bref, d’un Trouble schizophréniforme, d’un Trouble délirant ou d’une Schizophrénie. Plus de la moitié des sujets peuvent avoir présenté clans leurs antécédents
au moins un Épisode dépressif majeur. Entre 30 et 50 % des sujets qui ont une Personnalité schizotypique ont un diagnostic concomitant de Trouble dépressif majeur quand ils sont hospitalisés. Le Trouble est souvent associé à une Personnalité schizoïde, paranoïaque, évitante ou borderline.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Les distorsions cognitives et perceptuelles doivent être évaluées en fonction du milieu culturel de l’individu. Certaines particularités de déterminisme largement culturel, concernant en particulier des croyances ou des rites religieux, pourraient paraître schizotypiques à un observateur extérieur non informé (p. ex. le vaudou, « parler en langues », la vie après la mort, le chamanisme, lire les pensées, le sixième sens, le
mauvais oeil, les croyances magiques portant sur la santé et la maladie).
La Personnalité schizotypique peut se manifester initialement pendant l’enfance ou l’adolescence par un coté solitaire, une mauvaise relation avec les pairs, une anxiété sociale, de mauvaises performances scolaires, une hypersensibilité, des pensées et un langage insolites et des fantasmes étranges. Ces enfants peuvent sembler « bizarres » ou « excentriques » et faire l’objet de moqueries de la part d’autrui. La Personnalité  chizotypique est peut-être un peu plus fréquente chez l’homme.

Prévalence

La prévalence de la Personnalité schizotypique serait d’environ 3 % dans la population générale.

Évolution

La Personnalité schizotypique a une évolution assez stable ; un faible pourcentage de sujets seulement évoluent vers une Schizophrénie ou un autre Trouble psychotique.

Aspects familiaux

Il existe une agrégation familiale de la Personnalité schizotypique ; elle est plus fréquente chez les parents du premier degré des sujets schizophrènes que dans la population générale. Inversement, il semble y avoir un risque légèrement accru de Schizophrénie et d’autres Troubles psychotiques chez les parents des sujets qui ont une Personnalité schizotypique.

Diagnostic différentiel

La Personnalité schizotypique peut être distinguée du Trouble délirant, de la Schizophrénie et du Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques par le fait que ces troubles sont tous caractérisés par une période de symptômes psychotiques persistants (p. ex., des idées délirantes et des hallucinations).

Un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

NERD : le nerd, froid et souvent atteint d’une personnalité schizoide

Nerd : une personne froide, souvent atteinte d’une personnalité schizoide

Le terme « nerd » désigne souvent une personne froide et renfermée, peu enclin aux sentiments et dont l’univers se limite aux sciences, aux mathématiques et à l’informatique.

Nerd

Article rédigé d’après le DSM

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Ce type de croyance a souvent une origine familiale : il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

Diagnostic

La caractéristique essentielle de la Personnalité schizoïde est un mode général de détachement des relations sociales et de restriction de la variété des expressions émotionnelles dans les rapports avec autrui.

Apparemment, les individus schizoïdes n’ont pas de désir d’intimité ; ils semblent indifférents aux possibilités de développer des relations proches et ne tirent pas beaucoup de plaisir de la participation à un groupe social ou familial (Critère Al).

Ils préfèrent passer leur temps seul plutôt qu’avec autrui. Tels des ermites, ils semblent souvent isolés socialement et choisissent presque toujours des passe-temps ou des activites solitaires qui ne comportent pas d’interactions avec autrui (Critère A2).

Ils préfèrent des tâches mécaniques ou abstraites comme les jeux mathématiques ou informatiques.

Ils recherchent très peu les relations sexuelles avec d’autres personnes (Critère A3) et n’éprouvent du plaisir que dans de rares activités, sinon dans aucune (Critère A4).

Ce qui est ressenti avec le corps, les sens, ou dans les relations interpersonnelles (p. ex., se promener sur une plage au soleil couchant ou faire l’amour) ne procure souvent qu’un plaisir limité.

Ces personnes n’ont pas de confidents ou d’amis proches, sauf parfois un parent du premier degré (Critère A5).

Les individus schizoïdes semblent souvent indifférents à l’approbation ou à la critique d’autrui et ne paraissent pas concernés par ce que les autres peuvent penser d’eux (Critère A6).

Ils peuvent ignorer les subtilités normales qui régissent les interactions sociales et, souvent, ils ne réagissent pas de manière adaptée aux signaux sociaux, ce qui les fait paraître gauches, superficiels ou égocentriques.

Ils ont souvent une façade impavide, dénuée de réactivité émotionnelle, et ne répondent que rarement aux gestes ou aux mimiques comme les sourires ou les saluts (Critère A7).

Ils disent ne ressentir que rarement des émotions fortes, telles que la colère ou la joie. Ils font souvent preuve d’une restriction des affects et semblent froids et distants. Toutefois, dans les rares moments où ces personnes peuvent se sentir temporairement assez à l’aise pour se dévoiler, elles peuvent admettre un mal-être, notamment dans les interactions sociales.

Critères diagnostiques de la personnalité schizoïde

A. Mode général de détachement par rapport aux relations sociales et
de restriction de la variété des expressions émotionnelles clans les
rapports avec autrui, qui apparaît au début de l’âge adulte et est
présent clans des contextes divers, comme en témoignent au moins
quatre des manifestations suivantes :
(1) le sujet ne recherche, ni n’apprécie, les relations proches y
compris les relations intrafamiliales
(2) choisit presque toujours des activités solitaires
(3) n’a que peu ou pas (l’intérêt pour les relations sexuelles avec
d’autres personnes
(4) n’éprouve du plaisir que dans de rares activités, sinon dans
aucune
(5) n’a pas d’amis proches ou de confidents , en dehors de ses
parents du premier degré
(6) semble indifférent aux éloges ou à la critique d’autrui
(7) fait preuve de froideur, de détachement, ou d’émoussement de
l’affectivité
B. Ne survient pas exclusivement pendant l’évolution d’une Schizophrénie,
d’un Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques,
d’un autre Trouble psychotique ou d’un Trouble envahissant du
développement et n’est pas dû aux effets physiologiques directs
d’une affection médicale générale.

Caractéristiques et troubles associés

Les individus présentant une Personnalité schizoïde peuvent avoir de grandes difficultés à exprimer de la colère, même en réponse à des provocations directes, ce qui contribue à donner l’impression qu’ils n’ont pas d’émotions. Leur existence peut parfois sembler dénuée de but et donner l’impression qu’ils sont à la dérive.

Ces individus réagissent souvent de manière passive aux circonstances défavorables et ont du mal à répondre de manière adaptée aux événements importants de la vie. En raison de leur manque d’aisance sociale et de leur faible intérêt pour les relations sexuelles, ils ont peu d’amis, sortent peu avec des partenaires de l’autre sexe et restent souvent célibataires.

Le fonctionnement professionnel peut être affecté, notamment quand il implique des contacts interpersonnels, alors que ces individus peuvent bien se débrouiller quand ils travaillent dans des conditions d’isolement social.

Pathologies associées

Les sujets ayant une personnalité schizoïde peuvent présenter des épisodes psychotiques très brefs (pendant quelques minutes à quelques heures), notamment en réponse à des facteurs de stress. Dans certains cas, la Personnalité schizoïde peut sembler être l’antécédent prémorbide d’un Trouble délirant ou d’une Schizophrénie. Les sujets ayant ce trouble peuvent parfois présenter un Trouble dépressif majeur. Les Troubles de la personnalité qui sont le plus souvent associés
à la Personnalité schizoïde sont les Personnalités schizotypiques, paranoïaques et évitantes.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Des personnes d’origines culturelles diverses peuvent parfois présenter des comportements défensifs et des types de relation avec autrui qualifiés, à tort, de schizoïdes. Par exemple, les personnes qui ont déménagé de la campagne vers la ville peuvent réagir par un «gel émotionnel » qui peut durer plusieurs mois et qui peut se manifester par des activités solitaires, un émoussement des affects et d’autres déficits dans la communication.
Les immigrants sont parfois perçus, à tort, comme hostiles, froids ou indifférents.

La Personnalité schizoïde peut se manifester initialement pendant l’enfance ou l’adolescence par une tendance à la solitude, un mauvais contact avec les pairs et de mauvaises performances scolaires qui désignent ces enfants ou adolescents comme différents des autres et qui les exposent aux moqueries.

La Personnalité schizoïde est diagnostiquée plus souvent chez les hommes et peut causer une déficience plus importante chez eux.

Aspects familiaux

La prévalence de la Personnalité schizoïde serait plus élevée parmi les parents des sujets présentant une Schizophrénie ou une Personnalité schizotypique.

Diagnostic différentiel

La Personnalité Schizoïde peut être distinguée du Trouble délirant, de la Schizophrénie et du Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques par le fait que ces troubles sont tous caractérisés par une période de symptômes psychotiques persistants (p. ex., des idées délirantes et des hallucinations). On ne peut porter un diagnostic
associé de Personnalité schizoïde que si le trouble de la personnalité a été
présent avant le début des symptômes psychotiques et a persisté après leur rémission.

Il peut être très difficile de distinguer les personnes qui ont une Personnalité schizoïde de celles qui ont des formes légères de Trouble du spectre autistique.

La Personnalité schizoïde doit être distinguée des Modifications de la personnalité dues à une affection médicale générale où les traits de personnalité résultent des effets directs d’une affection médicale générale sur le système nerveux central. Elle doit aussi être distinguée des symptômes qui peuvent se développer en association avec l’utilisation chronique d’une substance (p. ex., un Trouble lié à la cocaïne, non spécifié).

D’autres Troubles de la personnalité ont certains traits en commun avec la Personnalité schizoïde et peuvent être confondus avec elle. Il est donc important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Cependant, si une personne présente des traits de personnalité qui répondent aux critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité, en plus de la Personnalité schizoïde, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément.

Bien que l’isolement social et la restriction des affects soient des caractéristiques communes aux Personnalités schizoïdes, schizotypiques et paranoïaques, la Personnalité schizoïde peut être distinguée de la Personnalité schizotypique par l’absence de distorsions cognitives et perceptuelles et de la Personnalité paranoïaque par l’absence de méfiance et d’idéation persécutoire. L’isolement social de la Personnalité schizoïde peut
être distingué de celui de la Personnalité évitante qui résulte de la crainte d’être mal à l’aise ou gauche et d’une anticipation exagérée d’être rejeté. En revanche, on observe dans la Personnalité schizoïde un détachement qui est plus envahissant et un faible désir d’intimité sociale. On peut observer dans la Personnalité obsessionnelle-compulsive un détachement social apparent qui provient d’une dévotion au travail et d’une
gêne quand le sujet est confronté à l’expression des émotions, mais il existe une capacité
sous-jacente à nouer des relations intimes.
Les personnes qui vivent en « ermites » peuvent présenter des traits de personnalité qui peuvent être considérés comme schizoïdes. Ce n’est que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés et qu’ils causent une altération significative du fonctionnement ou une souffrance subjective qu’ils constituent une Personnalité schizoïde.

Un diagnostic de Personnalité pathologique ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PARANO : le paranoïaque et la paranoïa

Parano : la personnalité paranoiaque

Le « parano », diminutif de paranoïaque est une personne ayant tendance à présenter une méfiance soupçonneuse à l’égard des autres, dont les intentions sont interprétées comme malveillantes à son égard.

En gros cette personne se dit « prudence, les autres sont susceptibles de me vouloir du mal »

Parano : méfiance

Article rédigé d’après le DSM

 

Causes possibles

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

Il s’agit de croyances que nos besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, d’affection, d’empathie, de compréhension, d’approbation et de respect ne seront pas satisfaits.

Ce type de croyance a souvent une origine familiale : il s’agit de familles où il n’y a pas vraiment de sécurité, avec parents froids et austères, parfois colériques et ou surviennent des

  • séparations brutales, changements brutaux et sans accompagnement des enfants. Il en résulte le sentiment que la sécurité familiale est peu fiable, que tout est instable et qu’on peut être abandonné ou abandonner les autres
  • des explosions de colère des parents, parfois pour des causes peu graves, il en résulte le sentiment que les personnes sensées nous aimer et nous protéger ne continueront peut etre pas à prodiguer leur protection parce qu’elles sont émotionnellement instables et changeantes (explosions de colère)
  • rejet de l’enfant, mensonges à l’enfant
  • punitions disproportionnées par rapport à la gravité de ce qu’a commis l’enfant ou pire, maltraitance

Diagnostic

Les sujets paranoïaques s’attendent à ce que les autres les exploitent, leur nuisent ou les trompent, même si aucune preuve ne vient étayer ces attentes (Critère Al).

Avec peu ou pas d’indices, ils soupçonnent les autres de conspirer contre eux et de pouvoir les attaquer sans raison à tout moment. Ils ont souvent l’impression d’avoir été blessés gravement et irrémédiablement par une ou plusieurs personnes, même en l’absence de toute preuve objective.

Ils sont préoccupés par des doutes injustifiés sur la loyauté ou l’honnêteté de leurs amis ou de leurs associés et passent les faits et gestes de ceux-ci
à la loupe en quête de preuves de mauvaises intentions (Critère A2).

Tout ce qui est perçu comme un manquement à la confiance ou à la loyauté vient renforcer leurs soupçons latents. Ils sont surpris si un ami ou un associé se montre réellement loyal au point de ne pas arriver à y croire. S’ils sont en difficulté, ils s’attendent à ce que leurs amis ou leurs associés les attaquent ou les abandonnent.

Les sujets paranoïaques ont du mal à se confier à autrui ou à nouer des relations proches par crainte de voir l’information partagée voire utilisée contre eux (Critère A3).

Ils refusent parfois de répondre à des questions personnelles, prétextant que « ça ne regarde personne ». Ils discernent des sens cachés, menaçants ou humiliants dans des commentaires ou des événements anodins (Critère A2).

Par exemple, une personne paranoïaque peut penser que l’erreur d’un caissier est une tentative délibérée de le voler et que le commentaire humoristique d’un collègue est une critique grave de sa personne. Les compliments sont souvent mal interprétés (p. ex., un compliment sur un
nouvel achat est interprété comme une critique de son égoïsme ; un compliment sur une réalisation est interprété comme une incitation à travailler encore plus). Ces sujets peuvent penser qu’une offre d’assistance est une manière de leur dire qu’ils ne sont pas capables de se débrouiller seuls.

Les sujets paranoïaques gardent rancune et ne pardonnent pas facilement ce qu’ils ont perçu comme une insulte, une attaque ou du mépris (Critère A5).

Des manques d’égard mineurs provoquent des réactions hostiles majeures et les sentiments d’hostilité persistent pendant longtemps. Comme ils sont toujours à l’affût des intentions malveillantes des autres, ils ont souvent le sentiment que l’on attente à leur caractère ou leur réputation ou qu’ils ont été insultés d’une manière ou d’une autre. Ils sont prompts à la contre-attaque et réagissent avec colère à ce qu’ils ont perçu comme  des agressions.

Les sujets présentant ce trouble peuvent faire preuve d’une jalousie pathologique et soupçonner, en l’absence de toute preuve, leur époux ou partenaire de les tromper (Critère A7).

Ils étayent parfois leurs soupçons avec des éléments indirects ou
anodins qui deviennent des « preuves ». Ils veulent garder un contrôle total des relations  intimes pour ne pas être trompés et cuisinent souvent leur partenaire sur leur emploi du temps, faits et gestes, intentions ou fidélité.

Critères diagnostiques de la personnalité paranoïaque

A. Méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes, qui apparaît au début
de l’âge adulte et est présente dans divers contextes, comme en
témoignent au moins quatre des manifestations suivantes :
(1) le sujet s’attend sans raison suffisante à ce que les autres l’exploitent,
lui nuisent ou le trompent
(2) est préoccupé par des doutes injustifiés concernant la loyauté ou
la fidélité de ses amis ou associés
(3) est réticent à se confier à autrui en raison d’une crainte injustifiée
que l’information soit utilisée de manière perfide contre lui
(4) discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes
dans des commentaires ou des événements anodins
(5) garde rancune, c’est-à-dire ne pardonne pas d’être blessé, insulté
ou dédaigné
(6) perçoit des attaques contre sa personne ou sa réputation, alors
que ce n’est pas apparent pour les autres, et est prompt à la
contre-attaque ou réagit avec colère
(7) met en doute de manière répétée et sans justification la fidélité
de son conjoint ou de son partenaire sexuel.

B. Ne survient pas exclusivement pendant l’évolution d’une Schizophrénie, d’un Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques ou d’un autre Trouble psychotique et n’est pas dû aux effets physiologiques directs d’une affection médicale générale.

Caractéristiques et troubles associés

Les individus présentant une personnalité paranoïaque sont habituellement difficiles à supporter et ont souvent des difficultés dans leurs relations proches.

Leur coté soupçonneux et hostile peut s’exprimer sous la forme d’une quérulence déclarée, par des plaintes répétées ou par une réserve sourde et hostile. Comme ils sont à l’affût de menaces potentielles, ils peuvent se comporter de manière méfiante, dissimulée ou sournoise et paraître « froids » et sans émotions.

Bien qu’ils puissent sembler objectifs, rationnels et rigoureux, ils font en fait souvent preuve d’une labilité affective marquée par la prédominance d’expressions hostiles, entêtées et sarcastiques. Leur nature combative et méfiante peut induire des réactions hostiles chez les autres, ce qui confirme d’autant plus leurs doutes initiaux.

Comme les individus paranoïaques manquent de confiance envers autrui, ils ont un besoin exagéré d’être  autonomes et ont un sens aigu de leur indépendance. Ils ont aussi un grand besoin de contrôler leur entourage. Ils sont souvent rigides, critiques vis-à-vis des autres et incapables de collaborer, tout en ayant de grandes difficultés à accepter eux-mêmes la critique. Ils peuvent reprocher aux autres leurs propres déficiences.

En raison de leur rapidité à contre-attaquer face à ce qu’ils perçoivent comme des menaces, ils sont souvent procéduriers et se trouvent impliqués dans des litiges. Ils cherchent à confirmer les préjugés négatifs qu’ils ont sur autrui ou sur différentes affaires et ils attribuent aux autres des intentions malveillantes qui sont les projections de leurs propres craintes. Ils peuvent poursuivre, de manière à peine dissimulée, des fantasmes grandioses et irréalistes, accordant beaucoup de poids aux domaines ayant trait au pouvoir ou à la hiérarchie.

Leur image des autres, notamment de ceux qui appartiennent à des groupes de population différents, répond souvent à des stéréotypes négatifs. Ils sont attirés par des visions simples et manichéennes du monde et ne sont pas à l’aise dans les situations ambiguës. Ils paraissent souvent « fanatiques » et forment souvent des groupes fermés ou des « sectes » avec des personnes qui partagent leur système de croyance paranoïaque.

Pathologies associées

Les sujets ayant une personnalité paranoïaque peuvent présenter des épisodes psychotiques très brefs (pendant quelques minutes à quelques heures), notamment en réponse à des facteurs de stress. Dans certains cas, la personnalité paranoïaque peut sembler être l’antécédent prémorbide d’un Trouble délirant ou d’une Schizophrénie.
Les sujets ayant ce trouble peuvent parfois présenter un Trouble dépressif majeur ou un risque accru d’Agoraphobie et de Trouble obsessionnel-compulsif. On observe souvent un Abus ou une Dépendance concernant l’alcool ou d’autres substances.

Troubles de la personnalité associés

Les Troubles de la personnalité qui sont le plus souvent associés à la personnalité paranoïaque semblent être les Personnalités schizotypiques, schizoïdes, narcissiques, évitantes et borderline.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Certains comportements qui sont influencés par le contexte socioculturel ou par les circonstances particulières de l’existence peuvent être qualifiés, à tort, de paranoïaques et peuvent même être aggravés par la situation d’examen. Les membres de groupes minoritaires, les immigrants, les réfugiés politiques ou économiques, les sujets venant de groupes ethniques différents peuvent adopter un comportement réservé ou défensif face à une situation non familière (barrière linguistique ou ignorance des règles et des lois) ou face à ce qui est perçu comme un rejet ou une indifférence de la part du groupe majoritaire. Ces comportements peuvent à leur tour provoquer de la colère ou de la frustration chez ceux qui entrent en contact avec ces personnes et cela aboutit à un
cercle vicieux de méfiance réciproque qui ne doit pas être mis sur le compte d’une Personnalité paranoïaque. Certains groupes ethniques ont d’autre part des comportements liés à leur culture qui peuvent être interprétés à tort comme paranoïaques.

La Personnalité paranoïaque peut se manifester initialement pendant l’enfance ou l’adolescence par une attitude solitaire, une mauvaise relation avec les pairs, une anxiété sociale, de mauvais résultats scolaires, une hypersensibilité, des pensées ou un langage particuliers et des fantasmes idiosyncrasiques. Ces enfants peuvent sembler « bizarres » ou « excentriques » et faire l’objet de moqueries de la part d’autrui. Dans les échantillons cliniques, le diagnostic semble plus fréquent chez l’homme.

Prévalence

La prévalence de la Personnalité paranoïaque serait de 0,5 à 2,5 % dans la population générale, de 10 à 30 % parmi les patients psychiatriques hospitalisés et de 2 à 10 % parmi les patients psychiatriques vus en consultation.

Aspects familiaux

Certains indices sont en faveur d’un risque accru de Personnalité paranoïaque chez les parents des sujets schizophrènes et d’une relation familiale plus spécifique avec le Trouble délirant à type de persécution.

Diagnostic différentiel

La Personnalité paranoïaque peut être distinguée du Trouble délirant à type de persécution, de la Schizophrénie de type paranoïde et du Trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques par le fait que ces troubles sont tous caractérisés par une période de symptômes psychotiques persistants (p. ex., des idées délirantes et des hallucinations).

On ne peut porter un diagnostic additionnel de Personnalité paranoïaque que si le Trouble de la personnalité a été présent avant le début des symptômes psychotiques et a persisté après leur rémission.

D’autres Troubles de la personnalité ont certaines caractéristiques en commun avec la Personnalité paranoïaque et peuvent être confondus avec elle. Il est donc important de distinguer ces troubles en se fondant sur les éléments caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Cependant, si une personne présente des traits de personnalité qui répondent aux critères d’un ou de plusieurs Troubles de la personnalité,
en plus de la Personnalité paranoïaque, tous les diagnostics peuvent être portés simultanément. La Personnalité paranoïaque et schizotypique ont en commun la méfiance soupçonneuse, la mise à distance dans les relations interpersonnelles et l’idéation persécutoire, mais la Personnalité schizotypique comporte par ailleurs des symptômes tels que la pensée magique, des perceptions inhabituelles et une pensée et un langage bizarres.

Les personnes dont le comportement répond aux critères de la Personnalité schizoïde paraissent souvent étranges, excentriques, froids et distants mais elles ne présentent habituellement pas une idéation persécutoire majeure. La tendance des individus paranoïaques à réagir avec colère à des stimulus mineurs existe aussi chez les Personnalités borderline et histrioniques. Toutefois ces deux troubles ne sont pas forcément associés à une méfiance envahissante.

Les personnes qui ont une Personnalité évitante peuvent aussi être réticentes à se confier à autrui mais c’est plus par crainte d’être dans l’embarras ou de ne pas être à la hauteur que par un souci des éventuelles intentions mauvaises des autres.

Un comportement antisocial peut exister chez certains individus paranoïaques. Toutefois, il n’est pas sous-tendu par le désir de gagner quelque chose ou d’exploiter autrui, comme c’est le cas dans la Personnalité antisociale, mais répond plutôt au désir de se venger.

Les personnes qui ont une Personnalité narcissique peuvent parfois se montrer suspicieuses, repliées sur elles-mêmes ou coupées des autres mais cela résulte surtout d’une crainte que leurs imperfections ou leurs défauts soient révélés.

Un diagnostic de Personnalité paranoïaque ne doit être porté que lorsque ces traits sont rigides, inadaptés, persistants et qu’ils causent une souffrance subjective uu une altération significative du fonctionnement.

PERSONNALITE : Troubles de la personnalité

Troubles de la personnalité

Nous sommes sensés avoir une vision rationnelle de
– nous meme : je suis une personne ayant des compétences et il y a des choses que je fais moins bien,
– du monde : le monde présente des dangers mais est relativement sécuritaire notamment dans les pays industrialisés où les guerres sont rares et ne se sont pas produites depuis plusieurs décennies
– et des autres : les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants…

Or il s’avère que nous avons souvent une vision irrationnelle de la réalité en développant des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (« je suis nul », or personne n’est tout à fait nul, « le Monde est dangereux », pas autant qu’au Moyen Age et il est aussi beau, « les gens sont agressifs », tous, vraiment?…).

Ces fausses croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment durant l’enfance, période au cous de laquelle les connexions neuronales sont très nombreuses (plus de 100 000 nouvelles connexions neuronales par jour!). Ainsi, il est fréquent qu’un traumatisme, une maltraitance, une carence affective… « câblent » le cerveau de façon irrationnelle (« ma mère ne s’occupe pas de moi, car je ne vaux rien », un enfant surprotégé pourra devenir craintif ou méfiant vis-à-vis des autres, un enfant dont la mère sursaute au moindre bruit pourra devenir lui meme anxieux…). Il est aussi possible que ces distorsions du réel soient génétiques

Les croyances qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres façonnent sa personnalité.

Ainsi ces « fausses croyances » mènent souvent à des troubles de la personnalité en provoquant une sur-utilisation de stratégies ou de comportements issus de l’évolution pour la survie de l’espèce tels que la compétition, la dépendance, l’évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l’agression, l’isolement ou la grandiosité : alors que la personne qui n’a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques d’adaptation à un danger par exemple, celle présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement désavantageuses, ne permettant plus de l’adapter à son environnement et provoquant même une souffrance pour cette personne.

Un trouble de la personnalité est envahissant et rigide, stable dans le temps et il est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.

Il est à distinguer d’un trait de personnalité, lui aussi le fruit de fausses croyances, mais qui permet de mener une vie adaptée à l’environnement et qui ne fait pas souffrir la personne atteinte

PERSONNALITES DISTANTES

Personnalité paranoïaque

Elle est caractérisée par une méfiance soupçonneuse envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes. Voir le parano

Personnalité schizoïde

Elle est caractérisée par un détachement des relations
sociales et une restriction de la variété des expressions émotionnelles. Voir nerd

Personnalité schizotypique

Elle est caractérisée par une gêne aiguë dans les relations
proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et des conduites
excentriques. Voir bizarre

PERSONNALITES IMPULSIVES

Personnalité antisociale

Elle est caractérisée par un mépris et une transgression des droits d’autrui. Voir antisocial

Personnalité borderline

Elle est caractérisée par une impulsivité marquée et une instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects. Voir instable

Personnalité histrionique

Elle est caractérisée par des réponses émotionnelles excessives et une quête d’attention. Voir hysterique

Personnalité narcissique

Elle est caractérisée par des fantaisies ou des comportements grandioses, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie. Voir narcissique

PERSONNALITES ANXIEUSES

Personnalité évitante

Elle est caractérisée par une inhibition sociale, par des sentiments de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d’autrui. Voir peur d’être ridicule

Personnalité dépendante

Elle est caractérisée par un comportement soumis et « collant » lié à un besoin excessif d’être pris en charge. Voir dépendance

Personnalité obsessionnelle compulsive

Elle est caractérisée par une préoccupation par l’ordre, la perfection et le contrôle. Voir le perfectionniste

 

Caractéristiques diagnostiques des troubles de la personnalité

La personnalité désigne les façons d’entrer en relation, de percevoir et de penser son environnement et soi-même

Les traits de personnalité ne constituent des troubles que lorsqu’ils sont rigides et inadaptés et qu’ils causent une souffrance subjective ou une altération significative du fonctionnement.

 

ENFANT QUI DIT NON, BRUTAL, COLERIQUE, VIOLENT : Troubles du comportement

Troubles du comportement, des conduites et des impulsions

Trouble oppositionnel avec provocation

Diagnostic

La caractéristique essentielle du Trouble oppositionnel avec provocation est un ensemble récurrent de comportements négativistes, provocateurs, désobéissants et hostiles envers les personnes en position d’autorité, qui persiste pendant au moins 6 mois (Critère A) ; il se traduit par la survenue fréquente d’au moins quatre des
comportements suivants : le sujet se met en colère (Critère Al), conteste ce que disent les adultes (Critère A2), s’oppose activement ou refuse de se plier aux demandes ou aux règles des adultes (Critère A3), fait délibérément des choses qui ennuient les autres (Critère A4), fait porter à autrui la responsabilité de ses erreurs ou de sa mauvaise conduite (Critère A5), est susceptible ou facilement agacé par les autres(Critère A6), se fâche et manifeste du ressentiment (Critère A7), se montre méchant ou vindicatif (Critère A8).

Pour porter le diagnostic de Trouble oppositionnel avec provocation, il faut que ces comportements surviennent plus fréquemment qu’on ne les observe habituellement chez des sujets d’âge et de niveau de développement comparables,
et qu’ils entraînent une altération significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel (Critère B).

On ne fait pas ce diagnostic si les comportements pathologiques surviennent exclusivement au cours d’un Trouble psychotique ou d’un Trouble de l’humeur (Critère C), si les critères d’un Trouble des conduites sont présents
ou si le sujet (âgé de 18 ans ou plus) répond aux critères d’une Personnalité antisociale.

Les comportements négativistes et provocateurs sont durables et se manifestent par de l’obstination, par une résistance à suivre les consignes et par le refus de faire des compromis, de céder ou de transiger avec les adultes ou avec les pairs.

La provocation peut aussi se traduire par une attitude délibérée et permanente consistant à tester les limites d’autrui, à ignorer les ordres ou à les contester, et à refuser le blâme pour ses mauvaises actions. L’hostilité peut être dirigée envers les adultes ou envers les pairs, elle se traduit par une volonté délibérée d’embêter les autres ou par de l’agressivité verbale (sans toutefois, en général, d’agressivité physique comme dans le Trouble des conduites). Les manifestations du trouble sont presque invariablement présentes à la maison mais ne sont pas toujours visibles à l’école ou en collectivité. Typiquement, c’est dans les interactions avec les adultes ou avec les pairs que le sujet connaît bien que les symptômes sont manifestes, et on peut ne pas les remarquer au cours d’un examen clinique. Habituellement, les sujets ne se reconnaissent pas eux-mêmes comme hostiles ou provocateurs mais justifient leurs conduites comme des réponses à des demandes déraisonnables ou des circonstances injustes.

Caractéristiques et troubles associés

Les caractéristiques et troubles associés varient en fonction de l’âge du sujet et de la sévérité du Trouble oppositionnel avec provocation. Pour les garçons, on a montré que le trouble était plus fréquent chez ceux ayant présenté, à l’âge préscolaire, un tempérament difficile (p. ex., réactivité excessive, difficulté à se calmer) ou une hyperactivité motrice. A l’âge scolaire, on peut observer une mauvaise estime de soi (ou une estime de soi démesurée), une labilité de l’humeur, une faible tolérance à la frustration, un langage grossier, et une consommation précoce d’alcool, de tabac ou de drogues illicites.
L’enfant est souvent en conflit avec ses parents, ses professeurs ou ses camarades.
Cela peut engendrer un cercle vicieux, parents et enfant semblant faire naître le pire les uns des autres. Le Trouble oppositionnel avec provocation est plus fréquent dans les familles où la continuité de l’éducation a été interrompue à cause de la succession de personnes différentes, ou dans lesquelles les pratiques éducatives ont été dures, incohérentes ou négligentes. Un Déficit de l’attention/hyperactivité est fréquent chez les enfants ayant un Trouble oppositionnel avec provocation. Des Troubles des apprentissages et des Troubles de la communication peuvent également lui être associés.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Du fait de la grande fréquence des comportements transitoires d’opposition à l’âge préscolaire et à l’adolescence, il faut être particulièrement prudent avant de faire le diagnostic de Trouble oppositionnel avec provocation pendant ces deux périodes du développement. Le nombre des symptômes du Trouble oppositionnel avec provocation
tend à augmenter avec l’âge. Avant la puberté, le trouble est plus fréquent chez les garçons que chez les filles ; après la puberté, les taux de prévalence semblent se rapprocher.
Les symptômes sont généralement similaires dans les deux sexes, si ce n’est que les garçons ont davantage de comportements de confrontation et, dans l’ensemble, des symptômes plus durables.

Prévalence

Selon les types de population étudiés et les méthodes d’investigation utilisées, le taux de prévalence du trouble varie de 2 % à 16 %.

Évolution

Le Trouble oppositionnel avec provocation se révèle habituellement avant l’âge de 8 ans, et généralement pas après le début de l’adolescence. Le plus souvent, les symptômes se manifestent d’abord à la maison et peuvent s’étendre, avec le temps, à d’autres environnements. Typiquement, le début des troubles est progressif, sur des mois, voire
des années. Dans un pourcentage important de cas, le Trouble oppositionnel avec provocation représente, dans le développement du sujet, un antécédent du Trouble des conduites. Bien que le Trouble des conduites à début dans l’enfance soit souvent précédé d’un Trouble oppositionnel avec provocation, beaucoup d’enfants ayant un
Trouble oppositionnel avec provocation ne présentent pas secondairement de Trouble des conduites.

Aspects familiaux

Le Trouble oppositionnel avec provocation semble plus fréquent dans les familles où au moins l’un des parents a des antécédents de Trouble de l’humeur, de Trouble oppositionnel avec provocation, de Trouble des conduites, de Déficit de l’attention/ hyperactivité, de Personnalité antisociale ou de Trouble lié à une substance. De plus, certaines études suggèrent que les mères ayant un Trouble dépressif ont plus de risques que les autres d’avoir un enfant présentant un comportement oppositionnel, mais on ne sait pas dans quelle mesure la dépression maternelle est la conséquence ou la cause du comportement de l’enfant. Le Trouble oppositionnel avec provocation est plus fréquent
dans les familles où existe un conflit conjugal grave.

 

Critères diagnostiques

A. Ensemble de comportements négativistes, hostiles ou provocateurs,
persistant pendant au moins 6 mois durant lesquels sont présentes
quatre des manifestations suivantes (ou plus) :
(1) se met souvent en colère
(2) conteste souvent ce que disent les adultes
(3) s’oppose souvent activement ou refuse de se plier aux demandes
ou aux règles des adultes
(4) embête souvent les autres délibérément
(5) fait souvent porter à autrui la responsabilité de ses erreurs ou de
sa mauvaise conduite
(6) est souvent susceptible ou facilement agacé par les autres
(7) est souvent fâché et plein de ressentiment
(8) se montre souvent méchant ou vindicatif
N.-B. : On ne considère qu’un critère est rempli que si le comportement survient plus
fréquemment qu’on ne l’observe habituellement chez des sujets d’âge et de niveau
de développement comparables.
B. La perturbation des conduites entraîne une altération cliniquement
significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel.
C. Les comportements décrits en A ne surviennent pas exclusivement au
cours d’un Trouble psychotique ou d’un Trouble de l’humeur.
D. Le trouble ne répond pas aux critères du Trouble des conduites ni,
si le sujet est âgé de 18 ans ou plus, à ceux de la Personnalité
antisociale.

Trouble des conduites

Diagnostic

La caractéristique essentielle du Trouble des conduites est un ensemble de conduites répétitives et persistantes, dans lequel sont bafoués les droits fondamentaux d’autrui ou les normes et règles sociales correspondant à l’âge du sujet (Critère A).
On peut classer ces conduites en quatre catégories principales :
– conduites agressives où des personnes ou des animaux sont blessés ou menacés dans leur intégrité physique (Critères Al-A7),
– conduites où des biens matériels sont endommagés ou détruits, sans agression physique (Critères A8-A9),
– fraudes ou vols (Critères A10-Al2),
– et violations graves de règles établies (Critères A13-A15).

Trois comportements caractéristiques (ou plus) doivent avoir été présents au cours des 12 derniers mois, et au moins un au cours des 6 derniers mois.

La perturbation du comportement entraîne une altération cliniquement significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel (Critère B).

On peut faire le diagnostic de Trouble des conduites chez des sujets âgés de 18 ans ou plus, mais seulement en l’ absence des critères de la Personnalité antisociale (Critère C).
Les comportements caractéristiques se produisent habituellement dans des contextes variés : à l’école, à la maison ou à l’extérieur. Les sujets atteints de Trouble des conduites avant tendance à minimiser leurs problèmes de comportement, le clinicien doit souvent s’informer également auprès de ses proches. Cependant ces derniers peuvent n’avoir qu’une connaissance limitée des problèmes, du fait d’un manque de surveillance ou parce que l’enfant ne leur dit pas ce qu’il fait.
Les enfants ou adolescents ayant un Trouble des conduites déclenchent souvent les hostilités ou réagissent agressivement envers les autres. Ils peuvent se montrer brutaux, menaçants ou avoir des comportements d’intimidation (Critère Al) ; commencer les bagarres (Critère A2) ; utiliser une arme susceptible de blesser sérieusement autrui (p. ex., un bâton, une brique, une bouteille cassée, un couteau, une arme à feu) (Critère A3) ; faire preuve de cruauté physique envers des personnes (Critère A4) ou des animaux (Critère A5) ; commettre un vol en affrontant la victime (p. ex., agression, vol de sac à main, extorsion d’argent, vol à main armée) (Critère A6) ; ou contraindre quelqu’un à avoir des relations sexuelles (Critère A7). La violence physique peut aller jusqu’au viol, aux coups et blessures et, dans de rares cas, jusqu’à l’homicide.

Un autre trait caractéristique du trouble est la destruction délibérée de biens appartenant à autrui ; il peut s’agir d’un incendie volontaire avec intention de provoquer des dégâts importants (Critère A8) ou de la destruction délibérée du bien d’autrui par d’autres moyens (p. ex., briser les carreaux d’une voiture, commettre des actes de vandalisme a l’école) (Critère A9).

Les actes frauduleux ou les vols possibles comprennent par exemple le fait de pénétrer par effraction dans une maison, un bâtiment ou une voiture appartenant à autrui (Critère A10) ; le fait de mentir ou de trahir des promesses afin d’obtenir des biens ou des faveurs ou pour échapper à des dettes ou à des obligations (p. ex., « arnaquer» les autres) (Critère Al 1) ; de voler des objets d’une certaine valeur sans affronter la victime
(p. ex., vol à l’étalage, contrefaçon) (Critère Al2).
On peut aussi observer des violations graves de règles établies (p. ex., règles scolaires ou parentales). Les enfants peuvent rester dehors tard la nuit en dépit des interdictions de leurs parents, avant l’âge de 13 ans (Critère A13). Ils peuvent régulierement fuguer et passer la nuit dehors (Critère A14). Pour constituer un symptôme du Trouble des conduites, la fugue doit s’être produite au moins à deux reprises (ou une seule fois sans revenir à la maison pendant une longue période). En revanche, les fugues qui sont la conséquence directe d’abus sexuels ou de sévices corporels n’entrent pas en ligne de compte pour ce critère. Les enfants font souvent l’école buissonnière,
avant l’âge de 13 ans (Critère A15). Chez les sujets plus âgés, ce sont des absences fréquentes du travail sans raison valable.

Sous-types

On a proposé deux sous-types pour le Trouble des conduites, en fonction de l’âge de début du trouble (c.-à-cl. type à début pendant l’enfance, type à début pendant l’adolescence).
Ces sous-types diffèrent par la nature des principaux problèmes de conduite, par l’évolution, par le pronostic et par la prévalence selon le sexe. Chaque sous-type peut se présenter sous une forme légère, modérée ou sévère. Pour déterminer l’âge de début du trouble, il faut obtenir des informations auprès du jeune mais aussi auprès
des personnes qui l’ont élevé. Étant donné que de nombreux comportements pathologiques peuvent rester cachés, les personnes responsables de l’enfant ne sont parfois pas à même de rapporter tous les symptômes et peuvent surestimer l’âge de leur survenue.

Type à début pendant l’enfance

Ce sous-type se définit par l’apparition d’au moins un critère caractéristique du Trouble des conduites avant l’âge de dix ans. Les sujets de cette catégorie sont généralement des garçons. Ils sont souvent agressifs physiquement et ont de mauvaises relations avec leurs pairs.
Ils peuvent avoir présenté pendant leur petite enfance un Trouble oppositionnel avec provocation et ont habituellement tous les symptômes du Trouble des conduites avant la puberté. De nombreux enfants ayant ce sous-type ont aussi un Déficit de l’attention/hyperactivité concomitant. Les sujets ayant le Type à début pendant l’enfance sont plus susceptibles de présenter un Trouble des conduites persistant et, à l’âge adulte, une Personnalité antisociale, que les sujets ayant un Type à début pendant l’adolescence.

Type à début pendant l’adolescence.

Ce sous-type se définit par l’absence de tout critère caractéristique du Trouble des conduites avant l’âge de 10 ans.
Comparés à ceux du type à début pendant l’enfance, les sujets de cette catégorie sont moins susceptibles d’avoir des comportements agressifs et ont en général de meilleures relations avec leurs pairs (quoiqu’ayant souvent des problèmes de conduite quand il se trouvent en groupe). Ils ont également moins de risques d’avoir un Trouble des conduites persistant et de développer une Personnalité antisociale à l’âge adulte. Le rapport garçon : fille pour le Trouble des conduites est moins élevé dans le type à début pendant l’adolescence que dans le type à
début pendant l’enfance.

Critères de sévérité
Léger.

Il n’existe que peu ou pas de problèmes de conduites dépassant en nombre ceux requis pour le diagnostic, et les problèmes de conduite n’occasionnent que peu de mal à autrui (p. ex., mensonges, école buissonnière, rester
dehors après la nuit tombée sans permission).

Moyen.

Le nombre de problèmes de conduites, ainsi que leurs effets sur autrui, sont intermédiaires entre « léger » et « sévère » (p. ex., vol sans affronter la victime, vandalisme).

Sévère.

Il existe de nombreux problèmes de conduites dépassant en nombre ceux requis pour le diagnostic, ou bien les problèmes de conduite occasionnent un dommage considérable à autrui (p. ex., actes sexuels forcés, cruauté physique, emploi d’une arme, vol en affrontant la victime, effraction).

Caractéristiques et troubles associés

Les sujets ayant un Trouble des conduites manifestent en général peu d’empathie et peu de sollicitude pour les sentiments, les désirs et le bien-être d’autrui. Surtout dans les situations ambiguës, ceux qui sont agressifs interprètent souvent à tort les intentions d’autrui comme hostiles et menaçantes, et réagissent avec une agressivité qu’ils considèrent comme justifiée. Ils peuvent être durs, ne ressentant ni culpabilité ni remords. Il est parfois difficile d’évaluer si un remords apparent est sincère, car certains de ces sujets ont appris que l’expression d’un remords peut réduire ou éviter la punition. Les personnes présentant un Trouble des conduites peuvent dénoncer leurs compagnons ou essayer d’attribuer à d’autres leurs méfaits. Leur estime de soi peut être mauvaise, bien qu’elle renvoie une image de « dur ». Chez d’autres sujets, l’évaluation de l’estime de soi peut paraître démesurée. Parmi les caractéristiques fréquemment associées, on note une faible tolérance
à la frustration, une irascibilité, des accès de colère et de l’imprudence. La fréquence des accidents semble élevée.
Le Trouble des conduites est souvent associé à une sexualité précoce, à la prise d’alcool et de tabac, à la consommation de substances illicites, à des actes imprudents et dangereux. La consommation de substances peut augmenter le risque de voir le Trouble des conduites perdurer. Les conduites pathologiques peuvent avoir pour
conséquences une exclusion scolaire provisoire ou définitive, des difficultés d’adaptation au travail, des problèmes avec la justice, des maladies sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées, et des blessures résultant d’accidents ou de bagarres. Ces difficultés peuvent compromettre la scolarité et la vie de famille, dans la famille propre ou en famille d’accueil. Les idées de suicide, les tentatives de suicide et les suicides ont
un taux plus élevé que le taux attendu.
Le Trouble des conduites peut s’accompagner d’un niveau d’intelligence inférieur à la moyenne, particulièrement en ce qui concerne le QI verbal. Les réalisations scolaires, notamment dans le domaine de la lecture et des autres compétences verbales, sont souvent au-dessous du niveau correspondant à l’âge et au niveau d’intelligence,
ce qui peut justifier de porter un diagnostic additionnel de Trouble des apprentissages ou de Trouble de la communication. Un Déficit de l’attention/hyperactivité est fréquent chez les enfants ayant un Trouble des conduites. Le Trouble des conduites peut également être associé à un ou plusieurs des troubles mentaux suivants : Troubles des apprentissages, Troubles anxieux, Troubles de l’humeur, Trouble lié à une substance.
Parmi les facteurs prédisposant au développement d’un Trouble des conduites, on note : un rejet parental ou une carence de soins, un tempérament difficile pendant la prime enfance, des pratiques éducatives inadéquates avec discipline très dure, des sévices physiques ou sexuels, un manque de surveillance, un placement précoce en institution, des changements fréquents de nourrice ou de mode de garde, l’appartenance
à une famille nombreuse, un tabagisme maternel pendant la grossesse, le rejet par les pairs, la fréquentation de bandes de délinquants, l’exposition à un voisinage violent et certains types de psychopathologie familiale (p. ex., Personnalité antisociale, Dépendance ou Abus de substances).

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

On a pu s’inquiéter d’un risque de diagnostic abusif de Trouble des conduites chez les sujets vivant dans des environnements où certains types de comportements indésirables peuvent être considérés comme nécessaires à la protection de l’individu (environnement dangereux, pauvre, à taux élevé de criminalité). En accord avec la définition du trouble mental dans le DSM-IV, le diagnostic de Trouble des conduites s’applique uniquement
si le comportement considéré est symptomatique d’un dysfonctionnement sous-jacent touchant l’individu et ne représente pas seulement une réaction directe au contexte social. Ainsi, de jeunes migrants venant de pays dévastés par la guerre qui ont eu des comportements agressifs peut-être nécessaires à leur survie dans pareil contexte,
ne relèvent pas obligatoirement du diagnostic de Trouble des conduites. Le clinicien doit prendre en considération le contexte social et économique dans lequel les comportements indésirables se produisent.
Les symptômes du Trouble des conduites varient au fur et à mesure que le sujet grandit, que sa force physique s’accroît, que ses capacités cognitives et sa maturité sexuelle se développent. Ce sont les comportements les moins graves (p. ex., mensonges, vol à l’étalage, bagarres) qui tendent à se produire les premiers, tandis que
d’autres surviennent plus tard (p. ex., vol avec effraction). Typiquement, les problèmes de conduite les plus sévères (p. ex., viol, vol en affrontant la victime) viennent en dernier.
Cependant, il y a de grandes différences entre les individus et certains commettent les actes les plus préjudiciables dès leur jeune âge (ce qui est prédictif d’un plus mauvais pronostic).
Le Trouble des conduites, surtout celui de type à début pendant l’enfance, est beaucoup plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Des différences selon le sexe existent également quant à la nature des problèmes de conduites observés. Chez les garçons, ce sont habituellement les bagarres, les vols, le vandalisme, les problèmes de discipline à l’école ; chez les filles, plutôt les mensonges, l’école buissonnière, les fugues, l’abus de substances et la prostitution. Les agressions avec affrontement de la victime sont plus fréquentes chez les garçons, les filles étant plus enclines aux comportements sans affrontement.

Prévalence

La prévalence du Trouble des conduites semble avoir augmenté au cours des dernières décennies, elle serait plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural. Les taux de prévalence varient beaucoup selon la nature des populations étudiées et les méthodes d’évaluation utilisées. Les études en population générale rapportent des taux allant de
moins de 1 % à plus de 10 %. Les taux de prévalence sont plus élevés chez les garçons que chez les filles. Le Trouble des conduites est un des diagnostics les plus fréquents dans les services d’hospitalisation et de consultation de santé mentale infantile.

Évolution

Le début du Trouble des conduites peut survenir dès les années de maternelle, mais les premiers symptômes significatifs apparaissent habituellement pendant la période qui va du milieu de l’enfance au milieu de l’adolescence. Le trouble oppositionnel avec provocation précède souvent l’apparition du Trouble des conduites à début pendant l’enfance. Le début est rare après l’âge de 16 ans. L’évolution est variable. Pour la majorité
des sujets, le trouble disparaît à l’âge adulte. Pourtant, un pourcentage substantiel d’individus continue à présenter à l’âge adulte des symptômes répondant aux critères de la Personnalité antisociale.
Beaucoup de sujets atteints de Trouble des conduites, surtout quand il s’agit du type à début pendant l’adolescence et quand les symptômes ont été peu sévères et peu nombreux, parviennent à une bonne adaptation sociale et professionnelle à l’âge adulte.
En revanche, un début précoce est de pronostic défavorable et augmente le risque d’évolution vers une Personnalité antisociale ou vers un Trouble lié à une substance.
Les sujets atteints de Trouble des conduites ont un risque accru de développement ultérieur de Troubles de l’humeur ou de Troubles anxieux, de Troubles somatoformes et de Trouble lié à une substance.

Aspects familiaux

Les résultats des études de jumeaux et des études d’adoption mettent en évidence, dans le Trouble des conduites, à la fois des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux.
Le risque de Trouble des conduites est accru chez les enfants dont un parent biologique ou un parent adoptif a une Personnalité antisociale, ou chez ceux dont un membre de la fratrie a lui-même un Trouble des conduites. Le trouble semble également plus fréquent chez les enfants dont les apparentés biologiques présentent une Dépendance à l’alcool, un Trouble de l’humeur, une Schizophrénie ou des antécédents de Déficit de l’attention/hyperactivité ou de Trouble des conduites.

Critères diagnostiques

A. Ensemble de conduites, répétitives et persistantes, dans lequel sont
bafoués les droits fondamentaux d’autrui ou les normes et règles
sociales correspondant à l’âge du sujet, comme en témoigne la présence
de trois des critères suivants (ou plus) au cours des 12 derniers
mois, et d’au moins un de ces critères au cours des 6 derniers mois :
Agressions envers des personnes ou des animaux
(1) brutalise, menace ou intimide souvent d’autres personnes
(2) commence souvent les bagarres
(3) a utilisé une arme pouvant blesser sérieusement autrui (p. ex., un
bâton, une brique, une bouteille cassée, un couteau, une arme
à feu)
(4) a fait preuve de cruauté physique envers des personnes
(5) a fait preuve de cruauté physique envers des animaux
(6) a commis un vol en affrontant la victime (p. ex., agression , vol de
sac à main, extorsion d’argent, vol à main armée)
(7) a contraint quelqu’un à avoir des relations sexuelles
Destruction de biens matériels
(8) a délibérément mis le feu avec l’intention de provoquer des
dégâts importants
(9 a délibérément détruit le bien d’autrui (autrement qu’en y mettant
le feu)
Fraude ou vol
(10) a pénétré par effraction dans une maison, un bâtiment ou une
voiture appartenant à autrui
(11) ment souvent pour obtenir des biens ou des faveurs ou pour
échapper à des obligations (p. ex., arnaque » les autres)
(12) a volé des objets d’une certaine valeur sans affronter la victime
(p. ex., vol à l’étalage sans destruction ou effraction ; contrefaçon)
Violations graves de règles établies
(13) reste dehors tard la nuit en dépit des interdictions de ses
parents, et cela a commencé avant l’âge de 13 ans
(14) a fugué et passé la nuit dehors au moins à deux reprises alors
qu’il vivait avec ses parents ou en placement familial (ou a fugué
une seule fois sans rentrer à la maison pendant une longue
période)
(15) fait souvent l’école buissonnière, et cela a commencé avant l’âge
de 13 ans
B. La perturbation du comportement entraîne une altération cliniquement
significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel.
C. Si le sujet est âgé de 18 ans ou plus, le trouble ne répond pas aux
critères de la Personnalité antisociale.
Code selon l’âge de début :

Spécifier le type, selon l’âge de début :
Trouble des conduites, Type à début pendant l’enfance :
présence d’au moins un critère caractéristique (lu Trouble des conduites
avant l’âge de 10 ans
Trouble des conduites, Type à début pendant l’adolescence
: absence de tout critère caractéristique du Trouble des conduites
avant l’âge de 10 ans
Trouble des conduites, à début non spécifié : l’âge de
début n’est pas connu

Spécifier, selon la sévérité :
Léger : il n’existe que peu ou pas de problèmes de conduite dépassant
en nombre ceux requis pour le diagnostic ; de plus, les problèmes de
conduite n’occasionnent que peu de mal à autrui
Moyen : le nombre de problèmes de conduite, ainsi que leurs effets sur
autrui, sont intermédiaires entre « léger » et « sévère »
Sévère : il existe de nombreux problèmes de conduite dépassant en
nombre ceux requis pour le diagnostic ; ou bien, les problèmes de
conduite occasionnent un dommage considérable à autrui

Trouble explosif intermittent

Diagnostic

Le trait essentiel du Trouble explosif intermittent est la survenue d’épisodes distincts où le sujet ne parvient pas à résister à des impulsions agressives, ce qui aboutit à des voies de fait graves ou à la destruction de biens (Critère A).
Des voies de fait graves sont par exemple l’action de frapper quelqu’un ou de lui faire mal d’une autre façon.
Des menaces verbales d’agression physique ont la même signification de geste agressif grave. On entend par la destruction de biens le bris volontaire d’un objet précieux. Des dégâts mineurs ou involontaires ne sont pas assez graves pour satisfaire ce critère.

Le degré d’agressivité exprimé pendant ces épisodes est sans commune mesure avec une quelconque provocation ou un facteur de stress psychosocial déclenchant (Critère B).

Le diagnostic de Trouble explosif intermittent n’est porté qu’après exclusion d’autres troubles mentaux susceptibles d’expliquer ces accès de comportement agressif (p. ex., une Personnalité antisociale ou borderline, un Trouble psychotique, un Épisode maniaque, un Trouble des conduites ou un Déficit de l’attention/hyperactivité)
(Critère C).
Les épisodes agressifs ne sont pas dus aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ni à une affection médicale générale (p. ex., un Traumatisme crânien ou une maladie d’Alzheimer) (Critère C).
Le sujet décrit parfois les épisodes agressifs comme des « crises » ou des attaques » où le comportement explosif succède à une sensation de tension et d’excitation et est suivi immédiatement par un sentiment de soulagement. L’individu peut éprouver par la suite un malaise, des remords, des regrets ou de l’embarras à cause de
son comportement agressif.

Caractéristiques et troubles associés

Les individus souffrant d’un Trouble explosif intermittent disent parfois ressentir des pulsions agressives intenses avant de passer a l’acte. Les épisodes explosifs peuvent être associés à des symptômes émotionnels (irritabilité ou rage, augmentation de l’énergie, tachypsvchie) durant les pulsions et les gestes, et à la survenue rapide d’une humeur dépressive et d’une fatigue après l’acte. Certaines personnes peuvent aussi relater que leurs épisodes agressifs sont souvent précédés ou accompagnés par des symptômes tels que des bourdonnements, des tremblements, des palpitations, une oppression thoracique, une tension céphalique, ou la perception d’un écho. Il arrive que les sujets décrivent leurs impulsions agressives comme extrêmement pénibles. Ces troubles peuvent avoir pour conséquence des licenciements, des renvois de l’école, des divorces, des difficultés dans les
relations interpersonnelles ou d’autres désagréments sociaux ou professionnels, des accidents (en voiture par exemple), des hospitalisations (p. ex., à cause des blessures reçues dans des bagarres ou des accidents), des difficultés financières, des emprisonnements ou d’autres ennuis judiciaires.
Des signes d’impulsivité ou d’agressivité généralisée peuvent être présents entre les épisodes explosifs. Les individus souffrant d’un Trouble explosif intermittent rapportent parfois des difficultés en rapport avec un vécu chronique de colère et de fréquents épisodes agressifs « infraliminaux » dans lesquels ils ressentent des impulsions agressives tout en parvenant à ne pas passer à l’acte ou à se contenir dans des comportements agressifs moins destructeurs (p. ex., hurler, donner des coups dans un mur sans l’endommager).
Les personnes qui ont des traits narcissiques, obsessionnels, paranoïaques ou schizoïdes peuvent avoir une nette tendance à présenter des explosions de colère en situation de stress. Des données préliminaires suggèrent que des Troubles de l’humeur, des Troubles anxieux, des Troubles des conduites alimentaires, des Troubles liés à l’utilisation d’une substance et d’autres Troubles du contrôle des impulsions peuvent être liés au Trouble explosif intermittent. L’anamnèse peut révéler la survenue dans l’enfance d’accès de colère graves, d’une distractivité, d’une hyperactivité et d’autres comportements inadaptés comme voler ou mettre le feu.

Examens complémentaires.

Il peut y avoir des signes non spécifiques à l’EEG (un ralentissement p. ex.) ou des anomalies démontrables par des examens neuropsychologiques (p. ex., des difficultés à intervertir les lettres). Des signes d’altération du métabolisme sérotoninergique (p. ex., des concentrations moyennes diminuées d’acide hydroxyindoleacétique [5-HIAAD ont été observés dans le liquide céphalo-rachidien de certains sujets impulsifs ou coléreux mais les relations spécifiques qui pourraient exister entre ces anomalies biologiques et le Trouble explosif intermittent restent inconnues.

Examen physique et affections médicales générales associés.

Il peut y avoir des signes neurologiques mineurs ou non spécifiques (p. ex., une asymétrie des réflexes ou des syncinésies). On peut aussi observer des difficultés du développement qui indiquent un dysfonctionnement cérébral (p. ex., un retard du langage ou une mauvaise coordination). Des antécédents de troubles neurologiques sont possibles (p. ex., un traumatisme crânien, des pertes de connaissance ou des convulsions fébriles pendant
l’enfance). Toutefois, si le clinicien juge que le comportement agressif est la conséquence physiologique directe d’une affection médicale générale identifiable, le diagnostic porté doit alors être celui de Trouble mental dû à une affection médicale générale (p. ex., Modification de la personnalité due à un traumatisme crânien, type
agressif ; Démence de type Alzheimer, début précoce, non compliquée, avec des troubles du comportement).

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

L’amok est caractérisé par un épisode aigu de violence incontrôlée dont le patient dit ne pas se souvenir. Bien que ce tableau soit traditionnellement vu en Asie du sud-est, des cas d’amok ont été signalés au Canada et aux États-Unis. A la différence du Trouble explosif intermittent, l’amok survient typiquement sous la forme d’un épisode unique, plutôt que comme un mode de comportement agressif, et il est souvent associé à des signes dissociatifs marqués. Un comportement violent épisodique est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes.

Prévalence

On ne dispose pas d’informations fiables. Le Trouble explosif intermittent semble être rare.

Évolution

Peu de données existent concernant l’âge de début du Trouble explosif intermittent, mais il semble se situer entre l’enfance et le début de la troisième décennie. Le début peut être soudain, sans période prodromique. L’évolution du Trouble explosif intermittent est variable, chronique chez certains et plus épisodique chez d’autres.

Aspects familiaux

Les Troubles de l’humeur, les Troubles liés à l’utilisation d’une substance, le Trouble explosif intermittent et les autres Troubles du contrôle des impulsions semblent être plus fréquents chez les parents du premier degré des individus présentant un Trouble explosif intermittent que dans la population générale.

 

Critères diagnostiques

A. Plusieurs épisodes distincts d’incapacité à résister à des impulsions
agressives, aboutissant à des voies de fait graves ou à la destruction
de biens.
B. Le degré d’agressivité exprimé durant les épisodes est sans commune
mesure avec un quelconque facteur de stress psychosocial
déclenchant.
C. Les épisodes agressifs ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble
mental (p. ex., une Personnalité antisociale ou borderline, un Trouble
psychotique, un Épisode maniaque, un Trouble des conduites ou un
Déficit (le l’attention/hyperactivité) et ne sont pas dus aux effets physiologiques
directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu
à abus, un médicament) ou une affection médicale générale (p. ex., un
traumatisme crânien ou une maladie d’Alzheimer).

Kleptomanie

Pyromanie

Jeu pathologique

Troubles du sommeil

Troubles du sommeil

TROUBLES PRIMAIRES DU SOMMEIL

Article rédigé d’après le DSM

Les troubles du sommeil sont organisés en quatre sections principales en fonction de l’étiologie présumée. Les Troubles primaires du sommeil sont ceux pour lesquels aucune des étiologies indiquées ci-dessous (c.-à-d. un autre trouble mental, une affection médicale générale, une substance) n’est en cause. On peut présumer que les Troubles primaires du sommeil résultent d’anomalies endogènes des mécanismes responsables de la genèse ou de l’horaire veille-sommeil, souvent compliquées par des
facteurs de conditionnement. Les Troubles primaires du sommeil sont à leur tour subdivisés en Dyssomnies (caractérisées par des anomalies de la quantité, de la qualité ou de l’horaire du sommeil) et Parasomnies (caractérisées par des comportements anormaux ou des phénomènes physiologiques associés au sommeil, aux stades spécifiques
de sommeil ou aux transitions veille-sommeil).
Le Trouble du sommeil en rapport avec un autre trouble mental comporte
au premier plan une plainte de perturbation du sommeil résultant d’un trouble mental diagnostiquable (souvent un Trouble de l’humeur ou un Trouble anxieux) suffisamment sévère pour justifier un examen clinique. Vraisemblablement, les mécanismes responsables du trouble mental affectent également la régulation veille-sommeil.
Le Trouble du sommeil dû à une affection médicale générale comporte au
premier plan une plainte de perturbation du sommeil résultant des effets physiologiques directs d’une affection médicale générale sur le système veille-sommeil.
Le Trouble du sommeil induit par une substance comporte au premier plan
une plainte de perturbation du sommeil résultant de l’utilisation ou de l’arrêt récent de l’utilisation d’une substance (y compris les médicaments).
L’évaluation systématique d’individus présentant comme plainte de premier plan des perturbations du sommeil comprend une évaluation spécifique du caractère de la plainte et la prise en compte du rôle étiologique éventuel d’un trouble mental, d’une affection médicale générale et de la prise d’une substance (y compris les médicaments).
Cinq stades de sommeil distincts peuvent être appréciés par la polysomnographie :

  • le sommeil paradoxal (SP) ou à mouvements oculaires rapides ( MOR1 )
  • et quatre stades de sommeil non-paradoxal.
    • Le stade 1 du sommeil non-paradoxal est une transition de l’état de veille au sommeil et constitue environ 5 % du temps de sommeil chez
      l’adulte en bonne santé.
    • Le stade 2 du sommeil non-paradoxal, caractérisé par des
      ondes spécifiques à l’EEG (fuseaux du sommeil et complexes K) constitue environ 50 % du temps de sommeil.
    • Les stades 3 et 4 du sommeil non-paradoxal (également
      dénommés sommeil à ondes lentes) représentent le sommeil le plus profond et constituent environ 10 à 20 % du temps de sommeil. Le sommeil paradoxal, pendant lequel survient la majorité des rêves à contenu narratif, constitue 20 à 25 % du temps de sommeil.

Ces stades de sommeil montrent une organisation temporelle caractéristique au cours de la nuit. Les stades 3 et 4 du sommeil non-paradoxal ont tendance à survenir dans le premier tiers ou la première moitié de la nuit et leur durée augmentent à la suite d’une privation de sommeil. Le sommeil paradoxal survient de façon cyclique pendant toute la nuit en alternance avec le sommeil non-paradoxal toute les 80 à 100
minutes environ. La durée des périodes de sommeil paradoxal augmente au cours de la nuit pour être maximale en fin de nuit. Le sommeil humain varie aussi au cours de la vie de façon caractéristique. Après une relative stabilité pendant l’enfance et le début de l’adolescence, période caractérisée par de grandes quantités de sommeil a ondes lentes, la continuité et la profondeur du sommeil se détériorent au cours de l’âge adulte. Cette détérioration se traduit par l’augmentation de l’éveil et du stade I et par
une diminution des stades 3 et 4. C’est pourquoi, l’âge doit être pris en considération dans toute évaluation diagnostique d’un trouble du sommeil.
La polvsomnographie représente l’enregistrement, au cours du sommeil rie multiples paramètres électrophysiologiques, et comprend généralement une mesure de l’activité EEG, électro-oculographique et électromyographique. Peuvent être enregistrés également les flux oral et nasal, l’effort respiratoire, les mouvements thoraciques et abdominaux, la saturation en oxygène de l’hémoglobine ou la concentration en dioxyde
de carbone de l’air expiré ; ces mesures sont utilisées pour enregistrer la respiration pendant le sommeil, et pour détecter la présence et la sévérité d’apnées du sommeil.
La mesure de l’activité électromyographique périphérique peut être utilisée pour détecter des mouvements anormaux durant le sommeil. La plupart des évaluations polysomnographiques sont réalisées pendant les heures de sommeil habituelles de la personne c.-à.-d. la nuit. Toutefois, des évaluations polysonmographiques de jour sont aussi réalisées pour quantifier la somnolence diurne. La technique la plus fréquemment
utilisée est le Test Itératif de Latence d’Endormissement (TILE t ), dans lequel on demande au sujet de se coucher dans une chambre occultée et de ne pas résister au sommeil ; cette procédure est répétée cinq fois durant la journée. La latence d’endormissement (le temps nécessaire à l’endormissement) mesurée à chaque essai est considérée comme le reflet de la somnolence physiologique. La technique inverse est
aussi utilisée : dans le test de maintien de la veille, on demande au sujet de rester éveillé dans une chambre silencieuse et faiblement éclairée ; cette procédure est répétée plusieurs fois durant la journée. La latence d’endormissement est à nouveau mesurée mais est ici considérée comme le reflet de la capacité du sujet à maintenir un état de veille.
C’est la terminologie standard des variables polysomnographiques qui est utilisée dans cette section. La continuité du sommeil reflète la proportion générale de sommeil et d’éveil durant la nuit. Une « bonne » continuité du sommeil indique un sommeil continu avec peu d’éveil ; une « mauvaise » continuité du sommeil indique un sommeil fragmenté et plus d’éveils. Des mesures spécifiques de la continuité du sommeil comprennent
la latence d’endormissement le temps nécessaire à l’endormissement
(exprimé en minutes) ; l’éveil intermittent — la quantité d’éveil après l’endormissement initial (exprimé en minutes) ; et l’efficacité du sommeil la proportion entre la durée du sommeil et la durée du temps passé au lit (exprimé en pourcentage, un chiffre élevé traduisant une meilleure continuité du sommeil). L’architecture du sommeil désigne la quantité et la distribution des stades de sommeil spécifiques. L’évaluation de l’architecture du sommeil comprend des mesures de quantité absolue de sommeil paradoxal et de chaque stade de sommeil non-paradoxal (en minutes), de quantité relative du sommeil paradoxal et des stades du sommeil non- paradoxal (exprimée en pourcentage du temps total de sommeil) et de la latence d’apparition du premier épisode de sommeil paradoxal après l’endormissement (latence du sommeil paradoxal).
Pour chaque Trouble du sommeil, le texte contient une section décrivant les relations avec les troubles correspondants de la Classification Internationale des Troubles du Sommeil : (CITS) Manuel diagnostique et de codification’, publié en 1990 par l’Association Américaine sur les Troubles du sommeil.

Dyssomnies

Les dyssomnies sont des troubles primaires de l’initiation ou du maintien du sommeil ou de la vigilance diurne et sont caractérisées par une perturbation de la quantité, de la qualité ou de l’horaire du sommeil. Cette section comprend l’Insomnie primaire, L’Hypersomnie primaire, la Narcolepsie, le Trouble du sommeil lié à la respiration, le Trouble du sommeil lié au rythme circadien et la Dyssomnie non spécifiée.

  • Insomnie primaire

Caractéristiques diagnostiques

La particularité essentielle d’une Insomnie primaire est une plainte de difficulté d’endormissement ou de maintien du sommeil, ou de sommeil non réparateur, d’une durée d’au moins un mois (Critère A) qui est à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère B). La perturbation du sommeil ne survient pas exclusivement au cours d’un autre trouble du sommeil (Critère C), d’un trouble mental (Critère D) et
n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une affection médicale générale (Critère E).

Critères diagnostiques d’une Insomnie primaire

A La plainte essentielle est une difficulté d’endormissement ou de maintien
du sommeil, ou un sommeil non réparateur, ceci pendant au
moins un mois.
B. La perturbation du sommeil (ou la fatigue diurne associée) est à l’origine
d’une souffrance marquée ou d’une altération du
fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines
i mportants.
C. I2 perturbation du sommeil ne survient pas exclusivement au cours
d’une Narcolepsie, d’un Trouble du sommeil lié à la respiration, d’un
Trouble du sommeil lié au rythme circadien ou d’une Parasomnie.
I). La perturbation ne survient pas exclusivement au cours d’un autre
trouble mental (p. ex., un Trouble dépressif majeur, une Anxiété
généralisée, un Delirium).
E. La perturbation n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale.

Les individus présentant une Insomnie primaire se plaignent souvent de difficultés d’endormissement en rapport avec des éveils intermittents durant le sommeil. Le type de plaintes de sommeil varie souvent en fonction du temps. Par exemple, les sujets se plaignant de difficultés d’endormissement à un moment peuvent subséquemment se plaindre de troubles du maintien du sommeil ou vice versa. Moins fréquemment, les
individus présentant une insomnie primaire peuvent se plaindre uniquement d’un sommeil non réparateur — c’est-à-dire qu’ils ont le sentiment que leur sommeil est Caractéristiques diagnostiques
La particularité essentielle d’une Insomnie primaire est une plainte de difficulté d’endormissement ou de maintien du sommeil, ou de sommeil non réparateur, d’une durée d’au moins un mois (Critère A) qui est à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère B). La perturbation du sommeil ne survient pas exclusivement au cours d’un autre trouble du sommeil (Critère C), d’un trouble mental (Critère D) et
n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une affection médicale générale (Critère E).

Les individus présentant une Insomnie primaire se plaignent souvent de difficultés d’endormissement en rapport avec des éveils intermittents durant le sommeil. Le type de plaintes de sommeil varie souvent en fonction du temps. Par exemple, les sujets se plaignant de difficultés d’endormissement à un moment peuvent subséquemment se plaindre de troubles du maintien du sommeil ou vice versa. Moins fréquemment, les
individus présentant une insomnie primaire peuvent se plaindre uniquement d’un sommeil non réparateur — c’est-à-dire qu’ils ont le sentiment que leur sommeil est agité, léger ou de mauvaise qualité. Certaines personnes présentant des perturbations du sommeil nocturnes ne s’en plaignent pas ou ne présentent pas d’altération de leur fonctionnement. Un diagnostic d’insomnie primaire doit être réservé aux individus présentant une souffrance marquée ou une altération du fonctionnement.
L’Insomnie primaire est souvent associée à une augmentation de la vigilance physiologique ou psychologique durant la nuit se combinant à des conditionnements négatifs liés à la recherche du sommeil. Une souffrance et une préoccupation marquée liée a l’incapacité à trouver le sommeil peut contribuer au développement d’un cercle vicieux : plus l’individu s’efforce de dormir, plus il devient frustré et angoissé et moins il s’avère capable de dormir. Se coucher dans un lit dans lequel on a passé de nombreuses
nuits blanches peut être à l’origine de frustration et d’éveil conditionné.
Inversement, l’individu peut s’endormir plus facilement s’il n’essaie pas de le faire (p. ex., en regardant la télévision, en lisant ou en conduisant sa voiture). Certains individus présentant une augmentation de vigilance et un conditionnement négatif rapportent qu’ils dorment mieux ailleurs que dans leur propre chambre à coucher et en dehors de leurs conditions habituelles. Les individus présentant une insomnie primaire peuvent dès lors acquérir au cours de l’évolution de la maladie des habitudes de sommeil mal adaptées (p. ex., sieste diurne, temps excessif passé au lit, horaires erratiques de sommeil, comportement au lit incompatible avec le sommeil). L’insomnie chronique peut conduire à une diminution de la sensation de bien-être pendant la journée (p. ex., détérioration de l’humeur et des motivations ; diminution de l’attention, de l’énergie et de la concentration ; asthénie et malaise). Bien que, souvent, on retrouve une plainte subjective de fatigue diurne, les examens polysomnographiques ne démontrent habituellement pas de signes physiologiques de somnolence excessive.

Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés.

De nombreux sujets présentantune Insomnie primaire avaient déjà un sommeil léger ou facilement perturbé avant l’apparition de problèmes de sommeil plus persistants. D’autres facteurs éventuellement associés sont une inquiétude exagérée concernant l’état de santé général et une
très grande sensibilité aux répercutions diurnes d’une légère privation de sommeil. Des symptômes anxieux ou dépressifs ne remplissant pas les critères d’un trouble mental spécifique peuvent être présents. Des problèmes interpersonnels, sociaux ou professionnels peuvent survenir à la suite de préoccupations exagérées concernant le sommeil, d’une irritabilité diurne accrue et d’une mauvaise concentration. Des problèmes d’inattention ou de concentration peuvent aussi être à l’origine d’accidents. Les individus présentant une insomnie sévère ont de plus grandes altérations du fonctionnement, une moindre productivité et ont plus fréquemment recours au système de soins de santé. Les individus présentant une insomnie primaire peuvent aussi décrire
du stress hé aux relations sociales et du stress professionnel.
Les individus présentant une Insomnie primaire peuvent avoir des antécédents de troubles mentaux, particulièrement de Troubles de l’humeur et de Troubles anxieux.
L’insomnie primaire constitue également un facteur de risque pour (ou peut-être un symptôme précoce) d’un trouble de l’humeur, d’un trouble anxieux et d’un trouble lié à l’utilisation de substances. Les individus présentant une Insomnie primaire utilisent parfois les médicaments de façon inappropriée : les hypnotiques ou l’alcool pour aider
le sommeil nocturne, les anxiolytiques pour combattre la tension nerveuse ou l’anxiété, et la caféine ou d’autres stimulants pour vaincre la fatigue excessive. Dans certains cas, l’ utilisation de ce type de substances peut conduire à un Abus de substance ou à une Dépendance à une substance.

Examens complémentaires.

La polysomnographie peut mettre en évidence une mauvaise continuité du sommeil (p. ex., augmentation de la latence d’endormissement,
augmentation des éveils intermittents et diminution de l’efficacité du sommeil), une augmentation du stade 1, une diminution des stades 3 et 4. D’autres examens de laboratoire peuvent montrer une augmentation du tonus musculaire et une augmentation de l’activité alpha et bêta mesurées pendant le sommeil par l’analyse EEG quantitative.
Ces caractéristiques doivent être interprétées en fonction de normes appropriées à l’âge du sujet. Les mesures polysomnographiques montrent souvent une variabilité considérable de nuit à nuit. Les individus présentant une insomnie primaire peuvent également montrer d’importantes discordances entre leurs plaintes subjectives et la mesure polvsomnographique de leur quantité de sommeil, en général, dans le sens d’une sousestimation de la quantité de sommeil. Certains individus peuvent rapporter avoir un meilleur sommeil au laboratoire qu’à la maison, ce qui suggère la participation de facteurs de conditionnement dans leurs plaintes de sommeil. Des mesures du laboratoire du sommeil montrent que des individus présentant de l’insomnie primaire ne présentent
typiquement pas d’augmentation de la propension au sommeil la journée
comparativement aux individus présentant tout autre trouble du sommeil. D’autres tests psychophysiologiques peuvent aussi montrer une 1-miel-vigilance (p. ex., une augmentation de la tension musculaire, une réactivité physiologique excessive au stress ou une augmentation du métabolisme de base).
Les individus présentant une Insomnie primaire peuvent aussi avoir des scores élevés aux questionnaires d’autoévaluation ou aux inventaires de personnalité (p. ex., profils na muant une légère dépression et une anxiété chromique, mode « intériorisé de résolution de conflits, et focalisation sur des problèmes somatiques). Les individus présentant de l’Insomnie primaire ne montrent pas d’altération caractéristique des performances
aux tests neuropsvchologiques.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Les individus présentant une Insomnie primaire peuvent apparaître fatigués ou hagards, mais il n’y a pas d’autres anomalies caractéristiques a l’examen physique. Une incidence élevée de problèmes psychophysiologiques liés au stress peut être retrouvée (p. ex., céphalée de
tension, augmentation du tonus musculaire, problèmes gastriques).
Caractéristiques liées au sexe et à l’âge
Des données épidémiologiques montrent que les plaintes d’insomnie sont plus fréquentes avec l’âge et chez les femmes. L’augmentation de la prévalence des plaintes d’insomnie avec l’âge peut être partiellement attribuée à l’augmentation de la fréquence des problèmes de santé physique. Les jeunes adultes se plaignent plus fréquemment
de difficultés d’endormissement alors que les sujets plus âgés sont plus susceptibles d’éprouver des difficultés de maintien du sommeil ou un réveil matinal précoce. Malgré la plus grande prévalence de l’insomnie chez les femmes âgées, les études polysomnographiques indiquent paradoxalement une meilleure préservation de la continuité du sommeil et du sommeil à ondes lentes chez la femme âgée que chez l’homme âgé. L’origine
de ce désaccord entre l’impression subjective et les données de laboratoire reste inconnue. Bien que les études polysomnographiques n’aient qu’une valeur limitée dans l’ évaluation de routine de l’insomnie, ces examens peuvent se montrer plus utiles chez l’individu âgé que chez l’individu jeune dans le diagnostic différentiel de l’insomnie. En effet, les individus âgés ont plus fréquemment des étiologies identifiables a leurs plaintes de sommeil, comme des mouvements périodiques des membres ou des apnées
du sommeil.

Prévalence

Il existe peu de données en ce qui concerne la prévalence de l’insomnie primaire dans la population générale. Des études indiquent pour les plaintes d’insomnie une prévalence à 1 an de 30 à 45 % chez l’adulte. La prévalence de l’Insomnie primaire est d’environ 1 à 10 dans la population générale adulte et peut atteindre 25 % chez les personnes âgées. Environ 15 à 25 % des individus présentant une insomnie chronique vus dans un centre spécialisé dans les troubles du sommeil sont considérés comme ayant un diagnostic d’Insomnie primaire.

Évolution

Les facteurs provoquant l’Insomnie primaire peuvent différer de ceux qui la perpétuent.
Dans la plupart des cas, on retrouve un début soudain dans un contexte de stress psychologique, social ou médical. Souvent, l’Insomnie primaire persiste longtemps après que les facteurs originellement responsables aient disparu, en raison du développement d’une augmentation de l’éveil et d’un conditionnement négatif. Par exemple, une personne présentant une lésion douloureuse nécessitant un alitement prolongé et ayant des difficultés de sommeil peut développer des associations négatives autour du sommeil.
Les associations négatives, l’augmentation de l’éveil et les réveils conditionnés peuvent persister après la période de convalescence provoquant l’Insomnie primaire.
Un scénario similaire peut se développer dans l’insomnie survenant clans un contexte
de stress psychologique aigu ou de trouble mental. Par exemple, l’insomnie survenant durant un épisode de Trouble dépressif majeur peut devenir un sujet de focalisation avec conditionnement négatif consécutif, et l’insomnie peut persister longtemps après la résolution de l’épisode dépressif. Dans certains cas, une Insomnie primaire peut se développer graduellement, sans facteur de stress clairement identifiable.
L’insomnie primaire débute typiquement chez le jeune adulte ou à un âge moyen ;elle est rare dans l’enfance ou l’adolescence. Il est exceptionnel qu’elle soit déjà présente dans l’enfance. L’évolution d’une Insomnie primaire est variable. Elle peut être li mitée à une période de quelques mois, surtout si elle est provoquée par des stress psychosociaux ou médicaux qui se résolvent secondairement. Toutefois, environ 50 à 75 % des individus présentant des plaintes de sommeil ont une symptomatologie chronique
évoluant depuis plus d’un an. Le seul facteur de risque important de l’insomnie est un antécédent d’insomnie. Chez certains individus, l’évolution est périodique, avec des périodes de meilleur ou de moins bon sommeil survenant en réponse à des événements de vie comme les vacances ou le stress.

Aspects familiaux

Il existe une prédisposition familiale au sommeil léger et fractionné. De rares données provenant d’études de jumeaux ont montré des résultats variables en ce qui concerne l’importance des facteurs génétiques dans l’Insomnie primaire.

 

  • Hypersomnie primaire

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle de l’Hypersomnie primaire est une somnolence excessive d’une durée d’au moins un mois, comme en témoignent des épisodes de sommeil prolongé ou des épisodes de sommeil diurne survenant presque tous les jours (Critère A).
La somnolence excessive est suffisamment sévère pour être à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère B). La somnolence excessive ne survient pas exclusivement au cours d’un autre trouble du sommeil (Critère C) ou d’un trouble mental (Critère D) et n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une
affection médicale générale (Critère E).
Chez les individus présentant une Hypersomnie primaire, la durée de la période principale de sommeil (le sommeil nocturne pour la plupart des individus) se situe entre 8 et 12 heures et est souvent suivie par des difficultés à se réveiller le matin. La qualité du sommeil est normale. La somnolence excessive durant les heures habituelles de veille se manifeste sous forme de siestes volontaires ou d’épisodes involontaires de sommeil. L’évaluation objective démontre une somnolence physiologique excessive.
Les siestes pendant la journée sont généralement longues (souvent d’une durée d’une heure ou plus) et sont décrites comme non récupératrices, n’apportant souvent aucune amélioration de la vigilance. Les individus sentent typiquement la somnolence survenir progressivement, plutôt que soudainement comme clans une « attaque « de sommeil.
Le sommeil involontaire survient typiquement dans des situations où les niveaux de stimulation et d’activité sont peu élevés (p. ex., en assistant à des conférences, en lisant, en regardant la télévision, en conduisant sur de longues distances).
L’hypersomnie peut provoquer une détresse significative et un dysfonctionnement clans les relations sociales et professionnelles. Le sommeil nocturne prolongé et les difficultés à se réveiller le matin peuvent conduire à des difficultés à remplir ses obligations matinales. Les épisodes de sommeil involontaires pendant la journée peuvent s’avérer
embarrassants et même dangereux si, par exemple, ils surviennent alors que l’individu conduit ou travaille sur machines. Le faible niveau de vigilance qui se manifeste lorsque l’individu lutte contre la somnolence peut être responsable d’un manque d’efficacité, d’une mauvaise concentration et d’une mémoire déficiente pour remplir les tâches journalières.
La somnolence, souvent attribuée à tort à de l’ennui ou de la paresse, peut
aussi provoquer une rupture des relations sociales et familiales.

Critères diagnostiques de L’Hypersomnie primaire

A. La plainte essentielle est une somnolence excessive, d’une durée d’au
moins un mois (ou moins en cas d’hypersomnie primaire récurrente),
comme en témoignent des épisodes de sommeil prolongé ou des épisodes
de sommeil diurne survenant presque tous les jours.
B. La somnolence excessive est à l’origine d’une souffrance marquée ou
d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou clans
d’autres domaines importants.
C. La somnolence excessive n’est pas mieux expliquée par une insomnie,
ne survient pas exclusivement au cours d’un autre Trouble du
sommeil (p. ex., une Narcolepsie, un Trouble du sommeil lié à la respiration,
un Trouble du sommeil lié au rythme circadien ou une
Parasomnie) et ne peut pas non plus être expliquée par une quantité
insuffisante de sommeil.
D. La perturbation ne survient pas exclusivement au cours d’un autre
trouble mental.
E. La perturbation n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale.
Spécifier
Récurrent s’il existe des périodes de somnolence excessive d’une durée
d’au moins trois jours, survenant plusieurs fois par an, pendant au moins
2 ans.

 

Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Dans l’Hypersomnie primaire, le sommeil tend à être continu mais non réparateur. Les individus présentant ce trouble s’endorment facilement et montrent une bonne efficacité du sommeil, mais ils peuvent
avoir des difficultés à se réveiller le matin, apparaissant parfois confus, querelleurs ou ataxiques. Cette altération de la vigilance au moment de la transition veille-sommeil est souvent appelée « ivresse du sommeil ».
La somnolence diurne persistante peut provoquer des comportements automatiques (généralement de type peu élaboré, routinier) que les individus ne se remémorent que peu ou pas. Par exemple, ils peuvent s’imaginer avoir conduit pendant de nombreux kilomètres depuis l’endroit où ils pensaient être, ignorant avoir conduit de façon « automatique » pendant seulement quelques minutes.
Bien que nous ne disposions pas de données précises concernant la comorbidité avec d’autres troubles mentaux, de nombreux sujets présentant une Hypersomnie primaire montrent des symptômes dépressifs qui peuvent remplir les critères de Trouble dépressif majeur. Ceci pourrait être lié aux conséquences psychosociales d’une somnolence
excessive. Les individus présentant de l’hypersomnie risquent de développer un Trouble lié à une substance, particulièrement suite à une autoprescription de stimulants.

Examens complémentaires.

Dans l’Hypersomnie primaire, la polysomnographie nocturne montre un sommeil normal ou prolongé, une courte latence d’endormissement,
une continuité du sommeil normale ou accrue et une distribution normale du sommeil paradoxal et du sommeil non-paradoxal. Certains individus présentant ce trouble peuvent montrer une augmentation de la quantité du sommeil à oncles lentes.
Une augmentation de la densité des fuseaux pendant le stade II peut être observée. On ne retrouve pas d’endormissement en sommeil paradoxal (la survenue du sommeil paradoxal dans les 20 minutes qui suivent l’endormissement), de perturbations du sommeil lié à la respiration ni de nombreux mouvements des membres interrompant le sommeil. Lors du Test Itératif de Latence d’Endormissement (TILE) la somnolence
physiologique diurne excessive se révèle par des latences moyennes d’endormissement se situant typiquement entre 5 et 10 minutes. Le sommeil paradoxal ne survient pas pendant les épisodes de sommeil diurne. La polysomnographie nocturne et le TILT. ne révèlent pas d’anomalies caractéristiques d’autres causes d’hypersomnie.
Dans l’Hypersomnie primaire, forme Récurrente de Kleine-Levin, l’EEG de routine réalisé pendant les périodes d’hypersomnie montre un ralentissement général du rythme de fond et des bouffées paroxystiques d’activité thêta. La polysomnographie nocturne montre une augmentation du temps total de sommeil et un raccourcissement de la latence du sommeil paradoxal. Le TILE confirme l’augmentation de la somnolence physiologique excessive par des latences d’endormissement de moins de 10 minutes en général. Des épisodes d’endormissement en sommeil paradoxal peuvent survenir pendant les épisodes symptomatiques.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Les individus présentant une Hypersomnie primaire apparaissent souvent comme endormis et peuvent même s’endormir dans la salle (l’attente du clinicien. Une histoire familiale d’hypersomnie est retrouvée dans un sous-groupe d’individus présentant à la fois une Hypersomnie primaire et des symptômes évoquant un dysfonctionnement du système nerveux autonome comme des céphalées récurrentes de type vasculaire, une hyperréactivité
du système vasculaire périphérique (phénomène de Raynaud) et des
syncopes. Les individus présentant la forme récurrente de Kleine-Levin peuvent avoir des anomalies non spécifiques à l’examen neurologique comme une diminution des reflexes tendineux, une dysarthrie et un nystagmus.

Caractéristiques liées au sexe et à l’âge

L’hvperactivité peut être une des manifestations de somnolence diurne excessive chez  l’enfant. Les siestes volontaires sont plus fréquentes avec l’âge, mais ce phénomène est distinct de l’Hypersomnie primaire. Le syndrome de Kleine-Levin est trois fois plus fréquent chez l’homme que chez la femme.

Prévalence

La prévalence réelle de l’Hypersomnie primaire dans la population générale est inconnue. Environ 5 à 10 % des individus se plaignant de somnolence excessive vus dans un centre spécialisé dans les troubles du sommeil sont diagnostiqués comme ayant une Hypersomnie primaire. La forme récurrente de l’Hypersomnie primaire, aussi appelée syndrome de Kleine-Levin, est rare. Des études dans la population générale montrent que 0,5 à 5 % des adultes interrogés se plaignent de somnolence diurne, indépendamment d’une cause spécifique ou d’un diagnostic. Si l’on ne tient pas compte des étiologies communes de l’hypersomnie, la prévalence vie entière d’une hypersomnie cliniquement significative est d’au moins 5,5 % et l’incidence sur un intervalle approximatif de 4 ans, d’environ 8 %.

Évolution

L’Hypersomnie primaire débute typiquement entre 15 et 30 ans et se développe graduellement en quelques semaines à quelques mois. Pour la plupart des individus, l’évolution est alors chronique et stable à moins qu’un traitement soit initié. La survenue d’autres troubles du sommeil (p. ex., trouble du sommeil lié à la respiration) peut aggraver la somnolence. Le syndrome de Kleine-Levin débute aussi dans l’adolescence et peut évoluer de façon périodique pendant des dizaines d’années, bien qu’il disparaisse
souvent à l’âge moyen de la vie.

Aspects familiaux

Le sous-groupe d’individus présentant des symptômes de dysfonctionnement du système nerveux autonome sont plus susceptibles d’avoir des membres de leur famille souffrant également d’Hypersomnie primaire. On ne retrouve pas d’agrégation familiale dans le syndrome de Kleine-Levin.

  • Narcolepsie

Caractéristiques diagnostiques

Les caractéristiques essentielles de la narcolepsie sont : des attaques irrésistibles d’un sommeil réparateur, une cataplexie et des irruptions répétées d’éléments du sommeil paradoxal lors des transitions veille-sommeil. La somnolence diminue typiquement après une attaque de sommeil, pour réapparaître rapidement quelques heures plus tard. Pour poser ce diagnostic, les attaques de sommeil doivent survenir quotidiennement pendant au moins trois mois (Critère A) mais la plupart des individus présentant une Narcolepsie ont plusieurs années d’attaques de sommeil derrière eux avant la première consultation. En plus de la somnolence, les individus narcoleptiques présentent au moins l’un des deux symptômes suivants : une cataplexie (épisodes de perte soudaine bilatérale et réversible du tonus musculaire, d’une durée de quelques secondes à quelques minutes et le plus souvent en rapport avec une émotion intense)
(Critère Bi) ou l’intrusion récurrente d’éléments du sommeil paradoxal lors des transitions veille-sommeil se manifestant par des paralysies de la musculature volontaire ou des hallucinations oniriques (Critère B2). La plupart des experts dans le domaine du sommeil acceptent le diagnostic de narcolepsie en l’absence de cataplexie ou d’intrusion de phénomènes liés au sommeil paradoxal si l’on objective la somnolence pathologique et deux (ou plus) endormissements en sommeil paradoxal pendant un Test Itératif de Latence d’Endormissement (TILE). Les symptômes ne sont pas liés aux
effets physiologiques directs d’une substance (y compris un médicament) ou d’une affection médicale générale (Critère C).
Les épisodes de somnolence de la Narcolepsie sont souvent décrits comme irrésistibles, caractérisés par la survenue inopinée du sommeil dans des situations inopportunes (p. ex., en conduisant un véhicule, en assistant à une réunion, lors d’une conversation). La somnolence excessive est typiquement exacerbée dans des situations où les niveaux de stimulation et d’activité sont peu élevés (p. ex., s’endormir en lisant, en regardant la télévision ou en assistant à des conférences). Les épisodes de sommeil
s’étendent généralement sur 10 à 20 minutes mais peuvent durer jusqu’à une heure sans interruption. Des rêves sont souvent rapportés. Les individus résistent de façon variable à ces attaques de sommeil. Certains font des siestes volontaires intentionnellement pour contrôler leur somnolence. Les individus narcoleptiques non traités présentent typiquement 2 à 6 épisodes de sommeil (volontaires ou involontaires)
durant la journée. Les épisodes de sommeil s’accompagnent habituellement d’un degré de vigilance plus ou moins normal, bien que certains individus décrivent la présence constante d’un certain degré de somnolence.
La cataplexie apparaît souvent des années après la survenue de la somnolence diurne et survient chez environ 70 % des individus présentant une Narcolepsie. La perte du tonus musculaire peut être ténue et imperceptible pour l’entourage se manifestant par un relâchement de la mâchoire, une chute des paupières, de la tête ou des bras.
La cataplexie peut aussi être plus spectaculaire et l’individu peut laisser tomber des objets qu’il porte, fléchir les jambes ou même s’effondrer à terre. La respiration et les muscles oculomoteurs ne sont pas atteints. La faiblesse musculaire dure habituellement quelques secondes bien que des périodes allant jusqu’à une demi-heure aient été décrites. L’épisode est suivi d’une récupération complète de la force musculaire habituelle.
L’état de conscience et la vigilance sont entièrement préservés pendant l’épisode cataplectique. 1.es individus présentant une Narcolepsie peuvent clairement décrire l’événement et n’ont aucune confusion mentale avant ou après l’épisode. Si épisode de cataplexie prolongée se prolonge rarement par un épisode de sommeil. La cataplexie est habituellement déclenchée par une émotion forte (p. ex., une colère, une surprise, le rire). La privation de sommeil augmente typiquement la durée et la fréquence des
épisodes cataplectiques.
Environ 20 à 40 % des individus présentant une Narcolepsie éprouvent d’intenses perceptions oniriques juste avant l’endormissement (hallucinations hypnagogiques) ou juste après le réveil (hallucinations hypnopompiques). La plupart des hallucinations liées au sommeil sont visuelles et incorporent des éléments de l’environnement direct
du sujet. Par exemple, les sujets peuvent décrire des objets apparaissant à travers les fissures ou se déplaçant dans un tableau du mur de leur chambre. Les hallucinations peuvent aussi être auditives (p. ex., entendre un intrus dans la maison) ou kinesthésiques (p. ex., la sensation de voler). Bien que les hallucinations hypnagogiques et hypnopompiques constituent des symptômes importants de la narcolepsie, ces symptômes sont également présents dans environ 10 à 15 % de la population générale.
Environ 30 à 50 % des individus présentant une Narcolepsie ont également des paralysies du sommeil juste à l’endormissement ou au réveil. Dans cet état, l’individu se décrit éveillé mais incapable de se mouvoir ou de parler. Il peut aussi se plaindre de ne pouvoir respirer, bien que le diaphragme soit épargné permettant ainsi la respiration.

Notons toutefois que 40 à 50 % des personnes ayant un sommeil normal ont présenté au moins une fois dans leur vie un épisode isolé de paralysie du sommeil. Les hallucinations liées au sommeil et les paralysies du sommeil peuvent survenir conjointement, entraînant des expériences souvent terrifiantes où l’individu entend ou voit des choses inhabituelles et est incapable de se mouvoir. Les hallucinations liées au sommeil et les
paralysies du sommeil ne durent que quelques secondes à quelques minutes et disparaissent spontanément. Les deux phénomènes (imagerie mentale expressive et atonie des muscles striés) sont attribués à une dissociation des éléments du sommeil paradoxal faisant irruption dans l’état de veille.

Critères diagnostiques de La Narcolepsie

A. Attaques irrésistibles d’un sommeil réparateur survenant quotidiennement
pendant au moins trois mois.
B. Présence d’au moins un des deux critères suivants :
(l) cataplexie (c.-à-d. brefs épisodes de perte soudaine du tonus
musculaire bilatérale, le plus souvent en rapport avec une
émotion intense)
(2 ) intrusion récurrente d’éléments du sommeil paradoxal (à mouvements
oculaires rapides) lors des transitions veille-sommeil se
manifestant par des hallucinations hypnopompiques ou hypnagogiques
ou par des paralysies du sommeil en début ou en fin
d’épisodes de sommeil
C. La perturbation n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une autre affection médicale générale.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés. Certains individus présentant une Narcolepsie éprouvent une somnolence diurne généralisée entre des attaques de sommeil. Ils peuvent se décrire comme étant capables de dormir n’importe quand et dans n’importe quelle situation. Un comportement automatique, activité dans laquelle l’individu présentant une Narcolepsie s’engage sans en être pleinement conscient, peut
résulter d’une somnolence profonde. Les individus peuvent conduire, converser et même travailler durant les épisodes de comportement automatique. Des rêves fréquents et intenses peuvent survenir pendant le sommeil nocturne. Les individus présentant une Narcolepsie perçoivent souvent leur sommeil nocturne comme étant fragmenté par des éveils spontanés ou par des mouvements périodiques des membres.
Plus rarement, les individus peuvent se présenter avec une plainte d’insomnie plutôt que d’hypersomnie.
Les individus présentant une Narcolepsie peuvent se montrer hésitants à s’engager clans des activités sociales par crainte de s’endormir ou de présenter un épisode cataplectique. Ils peuvent aussi s’efforcer de prévenir les attaques de cataplexie en exerçant un contrôle sur leurs émotions, ce qui peut entraîner un manque d’expressivité interférant avec les relations sociales. La narcolepsie peut fortement limiter le fonctionnement
diurne en raison des attaques de sommeil répétées et incontrôlables, du
comportement automatique et des épisodes cataplectiques. Les individus présentant une Narcolepsie présentent un risque accru de s’infliger ou d’infliger à autrui des dommages corporels accidentels en raison de leur tendance à s’endormir clans des situations dangereuses (p. ex., en conduisant un véhicule ou en travaillant sur machines).
Un trouble mental concomitant Ou des antécédents d’un autre trouble mental peuvent être retrouvés chez approximativement 40 % des individus présentant une Narcolepsie.
Les troubles les plus fréquemment associés sont les Troubles de l’humeur
(surtout le Trouble dépressif majeur et la Dysthymie) suivis des Troubles liés à l’utilisation d’une substance et de l’Anxiété généralisée. Des antécédents de Parasomnies comme le Somnambulisme, le bruxisme (serrements de la mâchoire et grincements des dents), un trouble du comportement liés au sommeil paradoxal et l’Énurésie semblent
plus fréquents dans la Narcolepsie.

Examens complémentaires.

Le Test Itératif de Latence d’Endormissement (TILE)
révèle une latence d’endormissement moyenne de moins de 5 minutes et la présence de sommeil paradoxal lors d’au moins deux des cinq siestes enregistrées pendant le TILE.
Ces critères de TILE permettent (l’identifier environ deux tiers des individus présentant une narcolepsie. La polysomnographie nocturne montre fréquemment des latences (l’endormissement de moins de 10 minutes et des endormissements en sommeil paradoxal.
D’autres caractéristiques polysomnographiques peuvent être mises en évidence comme de nombreux éveils transitoires, une diminution de l’efficacité du sommeil, une augmentation du stade 1, une augmentation du sommeil paradoxal et une augmentation (le la fréquence des mouvements oculaires durant les périodes de sommeil paradoxal (densité du sommeil paradoxal). Des mouvements périodiques des membres et des épisocles
d’apnées du sommeil sont souvent décelés mais, pour ces dernières, moins
fréquemment que dans le Trouble du sommeil lié à la respiration. Les individus présentant une narcolepsie peuvent montrer des différences (l’amplitude ou de périodicité du fonctionnement circadien évalué par la température corporelle centrale et l’activité motrice.
Le typage des antigènes leucocytaires (typage HIA) des individus narcoleptiques montre souvent la présence de HIA DBQ1*0602. Ce marqueur est présent chez presque tous les individus présentant de la narcolepsie et de la cataplexie et est indépendant de l’appartenance raciale. Toutefois, l’antigène HIA DQB1 *0602 est présent chez seulement 40 96 des individus présentant de la narcolepsie sans cataplexie et chez environ 20 à 25 % de la population générale. D’autres marqueurs HLA ont une sensitivite
et une spécificité variable en fonction des différentes appartenances raciales.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Les individus
présentant une Narcolepsie apparaissent souvent comme endormis pendant l’entretien
clinique et l’examen physique et peuvent même s’endormir dans la salle d’attente ou
la salle d’examen du clinicien. Pendant les épisodes de cataplexie, les individus peuvent
glisser de leur chaise et se mettre à bredouiller ou avoir les paupières qui se ferment.

Caractéristiques liées à l’âge

L’hyperactivité peut être une des manifestations de la somnolence diurne chez l’enfant.
Les caractéristiques cliniques principales et les examens complémentaires dans la narcolepsie chez l’enfant sont identiques à ceux retrouvés chez l’adulte. Toutefois, la cataplexie et une légère somnolence diurne peuvent être plus difficiles à identifier chez l’enfant que chez l’adulte.

Prévalence

Les études épidémiologiques indiquent une prévalence de 0,02 % a 0,16 % pour la narcolepsie chez l’adulte avec des taux équivalents chez l’homme et chez la femme.

Évolution

La somnolence diurne est presque toujours le signe d’appel de la Narcolepsie et devient habituellement cliniquement significative pendant l’adolescence. Néanmoins, une anamnèse soigneuse peut mettre en évidence un certain degré de somnolence présente dès la période préscolaire ou au début de la scolarité. La survenue de la maladie après
40 ans est inhabituelle. Toutefois, un interrogatoire fouillé peut révéler l’existence d’un certain degré de somnolence dès la maternelle ou les premières années de scolarisation.
La survenue de la maladie après 40 ans est inhabituelle. Toutefois, certains
individus présentant une Narcolepsie peuvent ne pas considérer la somnolence excessive comme un symptôme d’une maladie. Ceci peut expliquer pourquoi le diagnostic de narcolepsie est souvent posé plusieurs années après l’apparition des premiers symptômes.
Des facteurs de stress psychosociaux ou des altérations brutales des horaires veille-sommeil précèdent le début de la maladie dans une bonne moitié des cas. La cataplexie peut apparaître de façon concomitante à la somnolence, niais survient souvent des mois, des années ou même des dizaines d’années après l’apparition de la somnolence.
1.es hallucinations liées au sommeil et les paralysies du sommeil sont des
symptômes plus variables de la maladie et peuvent être absents chez certains individus.
La fragmentation du sommeil nocturne se développe habituellement plus tard dans l’évolution de la maladie, souvent dans la quatrième ou la cinquième décade.
Dans la narcolepsie, l’évolution dans le temps (le la somnolence excessive est stable.
Le développement d’autres Troubles du sommeil (p. ex., les mouvements périodiques des membres ou le Trouble du sommeil lié à la respiration) peut aggraver le degré de somnolence, alors que le traitement par des stimulants peut l’améliorer. De même, la cataplexie présente habituellement une évolution stable, bien que certains individus rapportent une diminution et même une disparition complète des symptômes après de nombreuses années. Les hallucinations liées au sommeil et les paralysies du sommeil
peuvent aussi disparaître alors que la somnolence diurne et les attaques de sommeil persistent.

Aspects familiaux

Les données des études HLA et des études familiales suggèrent fortement le rôle de facteurs génétiques dans le développement de la narcolepsie. Le mode de transmission n’est pas encore déterminé mais est probablement multifactoriel. Environ 5 à 15 % des parents biologiques du premier degré d’un proposant narcoleptique sont atteints eux aussi. Environ 25 à 50 % des parents biologiques du premier degré d’un proposant narcoleptique
présentent d’autres troubles du sommeil caractérisés par une somnolence
excessive (comme l’Hypersomnie primaire).

  • Trouble du sommeil lié à la respiration

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Trouble du sommeil lié à la respiration est un fractionnement du sommeil provoquant une somnolence excessive ou de l’insomnie, lié à des anomalies de la ventilation pulmonaire survenant pendant le sommeil (p. ex., des apnées centrales ou un syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale) (Critère A). La perturbation n’est pas mieux expliquée par un trouble mental et n’est pas liée aux effets
physiologiques directs d’une substance (y compris un médicament) ou d’une affection médicale générale produisant des symptômes en rapport avec le sommeil par un autre mécanisme qu’une respiration anormale (Critère B).
La somnolence excessive est le signe d’appel le plus fréquent des individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration. La somnolence résulte des nombreux éveils survenant pendant le sommeil nocturne lorsque l’individu tente de respirer normalement.
La somnolence est la plus manifeste dans des situations où le sujet est relaxé, comme lorsqu’il lit ou regarde la télévision. L’incapacité à contrôler la somnolence se manifeste particulièrement dans des réunions ennuyeuses ou au cinéma, au théâtre ou au concert. Lorsque la somnolence est extrême, la personne peut s’endormir en conversant, en mangeant, en marchant ou en conduisant. Les siestes ne permettent généralement pas de récupérer et peuvent être accompagnées de céphalées pénibles au réveil. Néanmoins, l’intensité de la somnolence peut varier considérablement. Les retombées de la somnolence peuvent être minimisées par l’individu qui peut se
montrer fier de pouvoir s’endormir n’importe où et n’importe quand.
Chez les individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration, l’insomnie, les nombreux éveils ou le sommeil non réparateur sont moins fréquemment un symptôme d’appel que ne l’est la somnolence diurne. Certains individus peuvent se plaindre de difficultés respiratoires lorsqu’ils sont allongés ou endormis.
Les événements respiratoires anormaux pendant le sommeil des individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration comprennent les apnées (épisodes d’arrêt respiratoire), les hypopnées (respiration anormalement lente ou de faible amplitude) et l’ hypoventilation (concentration sanguine en oxygène et en dioxyde de carbone anormales). On décrit trois formes de Trouble du sommeil lié à la respiration : le syndrome d’apnées obstructives, le syndrome d’apnées centrales et le syndrome d’hvpoventilation alvéolaire centrale. Une ancienne terminologie, le syndrome de Picku’ick, a été utilisée pour décrire des individus obèses présentant une association d’un syndrome d’apnées obstructives, d’hypoventilation à l’éveil ainsi que d’hypoventilation
liée au sommeil.
Le syndrome d’apnées obstructives est la forme la plus commune du Trouble du sommeil lié à la respiration. Il se caractérise par des épisodes répétés d’obstruction des voies aériennes supérieures (apnées et hypopnées) survenant pendant le sommeil. La commande centrale de la respiration et les mouvements respiratoires thoraciques et abdominaux sont épargnés. Le syndrome d’apnées obstructives survient habituellement
chez l’individu obèse et provoque des plaintes de somnolence excessive. Il se caractérise par des ronflements bruyants ou de brefs «gasping » alternant avec des épisodes de silence d’une durée habituelle de 20 à 30 secondes. Le ronflement est causé par la respiration à travers des voies aériennes partiellement obstruées. Les périodes silencieuses correspondent aux apnées obstructives suite à l’arrêt respiratoire causé par l’obstruction complète des voies aériennes. Typiquement, le ronflement bruyant s’est
déclaré plusieurs années auparavant, souvent depuis l’enfance, et son aggravation peut conduire l’individu à consulter. Le ronflement est généralement suffisamment bruyant pour perturber le sommeil des personnes dormant dans l’entourage immédiat. L’arrêt respiratoire, prolongé parfois jusqu’à 60-90 secondes et entraînant de la cyanose, peut
aussi perturber le partenaire de lit. La résolution de l’événement apnéique peut être associé à des ronflements bruyants « libérateurs », du gasping, des gémissements ou des marmonnements, ou des mouvements de l’ensemble du corps. Le partenaire peut avoir à changer de lit ou de chambre suite aux ronflements, au gasping ou aux mouvements de l’individu. La plupart des individus ne sont pas conscients de leurs ronflements bruyants, de leurs difficultés respiratoires et de leurs nombreux éveils.
Toutefois, certaines personnes, et particulièrement les personnes âgées, sont profondément conscientes de leur perturbation du sommeil et consultent pour des plaintes d’éveils fréquents et de sommeil non réparateur. Certains individus sans présenter d’obstruction nette des voies aériennes peuvent montrer des réactions d’éveil associées avec une augmentation des résistances des voies aériennes (parfois appelées syndrome de résistance des voies aériennes supérieures ou réaction d’éveil en relation avec des événements respiratoires). Ces individus ont de nombreuses caractéristiques cliniques en commun avec les personnes présentant un syndrome d’apnées obstructif.

Le syndrome d’apnées centrales est caractérisé par des épisodes d’arrêt respiratoire non obstructif (apnées et hypopnées) survenant pendant le sommeil. Donc, à l’inverse des événements apnéiques obstructifs, les apnées centrales ne sont pas associées à une persistance des mouvements respiratoires thoraciques et abdominaux et surviennent plus fréquemment chez les personnes âgées suite à des affections cardiologiques ou neurologiques modifiant la régulation de la ventilation. Les individus se présentent le plus souvent avec des plaintes d’insomnie suite aux éveils répétés qu’ils peuvent ou non attribuer à des difficultés respiratoires. Les individus présentant des apnées centrales peuvent légèrement ronfler, mais cela ne constitue pas une plainte de premier plan.

Le syndrome hypoventilation alvéolaire centrale est caractérisé par une altération du contrôle de la ventilation responsable d’un taux anormalement bas d’oxygène artériel qui est encore diminué pendant le sommeil (hypoventilation sans apnées ou hypopnées). Les propriétés mécaniques des poumons des individus présentant cette affection sont normales. Cette forme survient généralement chez des individus très
obèses et peut être associée à une plainte de somnolence excessive ou d’insomnie.

Critères diagnostiques du Trouble du sommeil lié à la respiration

A. Fractionnement du sommeil provoquant une somnolence excessive
ou une insomnie, lié à une affection respiratoire en rapport avec le
sommeil (comme p. ex., un syndrome d’apnées obstructives ou centrales
ou un syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale).
B. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un autre trouble mental
et n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une substance
(p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une
autre affection médicale générale (autre qu’un trouble respiratoire).

Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Les individus présentant unTrouble du sommeil lié à la respiration peuvent éprouver des plaintes d’inconfort thoracique, d’étouffement, de gasping ou d’une anxiété intense liée aux événements apnéiques ou à l’ hypoventilation. Les mouvements corporels en rapport avec les difficultés
respiratoires peuvent être violents et le sommeil des individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration est souvent décrit comme agité. Les individus présentant cette affection se sentent typiquement non reposés au réveil et peuvent se décrire comme plus fatigués dans la matinée que lorsqu’ils vont se coucher le soir. Ils peuvent aussi éprouver une ivresse du sommeil (c.-à-d. des difficultés majeures à s’éveiller, de la confusion et des comportements inappropriés). Une importante sécheresse de bouche est habituelle et la personne est souvent amenée à consommer de l’eau pendant la nuit ou le lendemain matin, au réveil. La nocturie survient fréquemment lorsque les symptômes s’aggravent. De pénibles céphalées matinales généralisées peuvent se prolonger 1 à 2 heures après le réveil.
La somnolence peut provoquer des troubles de mémoire, des difficultés de
concentration, de l’irritabilité et des modifications de personnalité. Les Troubles de l’ humeur (particulièrement le Trouble dépressif majeur et la Dysthymie), les Troubles anxieux (particulièrement le Trouble panique) et la clémence sont fréquemment associés au Trouble clu sommeil lié à la respiration. Les individus peuvent aussi présenter une diminution de la libido et des capacités d’érection. Cette déficience de l’érection est rarement le symptôme d’appel du syndrome d’apnées obstructives. Les enfants présentant un trouble du sommeil lié à la respiration peuvent montrer des déficits de croissance, un retard du développement, des difficultés d’apprentissage, des troubles de l’attention et des comportements hvperactifs. La somnolence diurne excessive peut être à l’origine de blessures corporelles (p. ex., après s’être endormi en conduisant un
véhicule) et également d’altérations du fonctionnement social et professionnel responsables de pertes d’emploi, rie problèmes conjugaux et familiaux ou de baisse des résultats scolaires.

Examens complémentaires.

Chacun des syndromes majeurs du Trouble du sommeil lié à la respiration est associé à des anomalies spécifiques. Dans le syndrome d’apnées obstructives la polysomnographie nocturne montre des épisodes apnéiques
de plus de 10 secondes (habituellement 20 à 40 secondes) et de rares  episodes allant jusqu’à plusieurs minutes. Les hypopnées sont caractérisées par une diminution du flux aérien. Ces deux types d’événements entraînent une diminution de la saturation de l’ oxyhémoglobine. La respiration de Cheyne-Stokes (c.-à-d. un respiration de type périodique consistant en une apnée, suivie d’un épisode d’hyperventilation de 10 à 60 secondes puis d’une diminution progressive de la ventilation culminant dans une nouvelle
apnée) peut se rencontrer dans le syndrome d’apnées centrales. Dans le syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale, des périodes de diminution ventilatoire pouvant durer jusqu’à quelques minutes provoquent une désaturation artérielle en oxygène persistante et une augmentation du taux de dioxyde de carbone. D’autres caractéristiques polysomnographiques du Trouble du sommeil lié à la respiration comprennent un sommeil court, de nombreux éveils, une augmentation du stade 1 et une diminution du sommeil à ondes lentes et du sommeil paradoxal. Les éveils survenant en fin d’événements apnéiques ou hypoventilatoires peuvent être très brefs (quelques secondes).
Les apnées, les hypopnées et l’ hypoventilation peuvent provoquer d’autres
perturbations : désaturation de l’oxyhémoglobine, anomalies à l’ECG, augmentation de la pression artérielle pulmonaire et systémique et éveils transitoires lors de la résolution d’un épisode de trouble respiratoire. Les arythmies cardiaques surviennent fréquemment pendant le sommeil des individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration et peuvent comporter une arythmie sinusale, des extrasystoles ventriculaires,
un bloc atrioventriculaire ou un arrêt sinusal. Une bradycardie suivie par une tachycardie est fréquemment liée aux épisodes apnéiques. Les nombreux éveils nocturnes et la désaturation de l’oxyhémoglobine peuvent rendre compte de la somnolence excessive décelée au Test Itératif (le Latence d’Endormissement (FILE) ou à d’autres épreuves évaluant la somnolence diurne. La latence d’endormissement moyenne au ‘PILE est souvent de moins de 10 minutes et peut être de moins de 5
minutes (la norme étant de 10 à 20 minutes). La mesure des gaz sanguins artériels pendant la journée est normale, mais certains individus présentant un syndrome sévère d’apnées obstructives ou un syndrome d’hvpoventilation alvéolaire centrale peuvent présenter une hypoxémie et une hypercapnie pendant la veille. l.a céphalométrie par rayons X, la résonance magnétique nucléaire (RMN) ou la tomographie computérisée (TC) ainsi que l’endoscopie par fibres optiques peuvent mettre en évidence l’obstruction des voies aériennes supérieures.
L’examen cardiologique peut montrer l’existence d’une altération de la fonction ventriculaire droite. Les individus peuvent aussi présenter des taux d’hémoglobine et d’hématocrite élevés en rapport avec les hypoxémies nocturnes répétées. Les résultats de l’examen polysomnographique chez l’enfant diffèrent de ceux réalisés chez l’adulte.
La plupart des enfants montrent une respiration laborieuse, une hypoventilation partielle d’origine obstructive avec désaturations cycliques, hypercapnie, mouvements paradoxaux et ronflement.

Examen physique et affections médicales générales associées.

La majorité des individus présentant un syndrome d’apnées obstructives ou d’hypoventilation alvéolaire centrale sont obèses et constatent que la sévérité des symptômes augmente avec leur poids. Le rétrécissement des voies aériennes supérieures peut être la conséquence d’un excès de tissus mous. En particulier, les individus présentant un cou épais (un tour de
cou supérieur à 17 pouces chez l’homme et 16 pouces chez la femme) ont un risque plus élevé de développer des apnées du sommeil obstructives. Le syndrome d’apnées obstructives survenant chez un individu (le poids normal ou inférieur à la normale fait suggérer une obstruction des voies aériennes supérieures par une anomalie structurelle localisée et démontrable, comme une malformation mandibulaire ou une hypertrophie
amygdalienne. Les individus peuvent avoir une respiration bruyante même à l’ éveil. Un reflux gastro-oesophagien, lié aux efforts pour restaurer la respiration pendant le sommeil, et entraînant des brûlures rétrosternales sévères, peut survenir dans le syndrome d’apnées obstructives. Les individus présentant un syndrome d’apnées centrales sont moins souvent obèses et montrent moins fréquemment un rétrécissement des
voies aériennes supérieures.
Une légère hypertension artérielle systémique avec pression diastolique élevée est souvent associée au Trouble du sommeil lié à la respiration. Certains individus, et en particulier ceux qui présentent un syndrome d’apnées obstructives ou un syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale ont en permanence une faible saturation en oxygène pendant le sommeil et sont prédisposés au développement d’une hypertension artérielle pulmonaire associée à une défaillance cardiaque droite, une stase
hépatique et des oedèmes des membres inférieurs.
Les individus présentant un Trouble du sommeil lié à la respiration peuvent présemer, pendant le sommeil, une anomalie neurologique sous-jacente du contrôle de la ventilation ou de la musculature des voies aériennes supérieures. Les troubles altérant le contrôle neurologique de la ventilation se manifestent habituellement sous forme d’un syndrome d’apnées centrales. Certains individus présentant des troubles neurologiques
ont une lésion spécifique affectant le contrôle des muscles pharyngés, pouvant entraîner un syndrome d’apnées obstructives.
Le trouble du sommeil lié à la respiration peut être associé à des affections neurologiques ou à des affections médicales générales. Par exemple, les apnées obstructives, peuvent résulter d’un élargissement de la langue dû à une acromégalie, à la présence de tissu thyroïdien ou d’un kyste ou à une paralysie des cordes vocales comme dans le syndrome de Shy-Drager. Une altération de la fonction cardiaque liée à une diminution du débit cardiaque peut entraîner des apnées centrales, tout comme les affections
neurologiques altérant, au niveau du tronc cérébral, le contrôle de la respiration, comme la syringomyélie ou les tumeurs du tronc cérébral.

Caractéristiques liées au sexe et à l’âge

Chez les jeunes enfants, les signes et symptômes du Trouble du sommeil lié à la respiration (presque exclusivement le syndrome d’apnées obstructives) sont moins marqués que chez l’adulte et le diagnostic est plus difficile à établir. Chez l’enfant, la polysomnographie est particulièrement utile pour confirmer le diagnostic. Le ronflement, qui est caractéristique du syndrome (l’apnées obstructives de l’adulte, peut être absent. On retrouve généralement des éveils agités et des postures inhabituelles de sommeil,
comme dormir la tête entre les jambes. L’énurésie nocturne est aussi fréquente et doit toujours faire suspecter un syndrome d’apnées obstructives si elle survient chez un enfant précédemment propre pendant la nuit. Les enfants peuvent aussi éprouver une somnolence diurne excessive, mais de façon moins fréquente et moins prononcée que
chez l’adulte. Une respiration par la bouche pendant la journée, des difficultés à avaler et une mauvaise élocution peuvent également être présentes chez l’enfant. Chez les enfants de moins de 5 ans, les symptômes d’appel sont plus souvent nocturnes, comme les apnées Ou une respiration laborieuse. Chez les enfants de plus de 5 ans, les plaintes sont plus fréquemment diurnes comme la somnolence et les troubles comportementaux, les difficultés d’attention et d’apprentissage et les céphalées matinales. A l’examen physique on peut constater un pectus excavatum et un élargissement de la cage thoracique.
En cas d’hypertrophie amygdalienne (étiologie la plus commune des apnées
obstructives du sommeil chez l’enfant), un « faciès adénoïde » typique peut être observé avec une expression hébétée, un oedème périorbitaire et une respiration par la bouche.
Le syndrome (l’apnées obstructives est le plus fréquemment rencontré chez
l’ homme obèse d’âge moyen et chez l’enfant prépubere présentant une hypertrophie amygdalienne. Le syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale est plus fréquent chez le jeune adulte obèse de sexe masculin. Avec l’âge, on note une augmentation de la fréquence des événements apnéiques d’origine aussi bien obstructive que centrale, même chez les individus sains, non apnéiques. La polysomnographie doit toujours être
interprétée en tenant compte de l’âge car un certain degré d’activité apnéique peut être normal selon l’âge. Par ailleurs, des symptômes cliniquement significatifs d’insomnie ou d’hypersomnie devraient être investigués, quel que soit l’âge de l’individu, et un diagnostic de Trouble du sommeil lié à la respiration devra être posé si une perturbation de la respiration explique au mieux les symptômes.
Chez l’adulte le sex-ratio du syndrome d’apnées obstructives se situe entre 2 pour 1 à 4 pour 1 en faveur de l’homme. On ne retrouve pas de différence entre les sexes pour les enfants prépubères. Chez l’adulte, les événements apnéiques d’origine centrale semblent plus fréquents chez l’homme, mais cette différence entre les sexes est moins apparente après la ménopause.

Prévalence

La prévalence du Trouble du sommeil lié à la respiration par syndrome d’apnées obstructives est estimée approximativement de 1 à 10 % de la population adulte, mais elle pourrait être plus élevée chez l’individu âgé. La prévalence du Trouble du sommeil lié à la respiration varie aussi considérablement en fonction du nombre minimum d’événements apnéiques requis pour définir le trouble. La prévalence du syndrome
d’apnées centrales n’est pas précisément définie mais est estimée à 10 % des syndromes d’apnées obstructives.

Évolution

Le syndrome d’apnées obstructives peut survenir à n’importe quel âge, mais la plupart des individus viennent consulter pour une évaluation entre l’âge de 40 et 60 ans (les femmes étant plus susceptibles de développer un syndrome d’apnées obstructives après la ménopause). Les apnées centrales sont plus couramment rencontrées chez l’individu âgé présentant une maladie du système nerveux central ou une maladie cardiaque.
Le syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale peut survenir à n’importe quel âge.
Les Troubles du sommeil liés à la respiration débutent souvent insidieusement, de façon graduellement progressive et ont une évolution chronique. Le plus souvent, au moment du diagnostic, le trouble aura évolué depuis des années. Des résolutions spontanées du syndrome d’apnées obstructives ont été décrites après une perte de poids, mais, habituellement, l’évolution est progressive et peut finalement provoquer une mort prématurée due à une maladie cardio-vasculaire ou à une arythmie. Le syndrome d’apnées centrales évolue aussi sur un mode chronique et stable, bien que la prise en charge médicale de l’affection médicale sous-jacente puisse améliorer la perturbation respiratoire. Les adultes présentant un syndrome d’hypoventilation alvéolaire centrale
ont une évolution lentement progressive.

Trouble du sommeil lié au rythme circadien

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Trouble du sommeil lié au rythme circadien est un mode persistant ou récurrent de fractionnement du sommeil résultant d’une absence d’une altération du fonctionnement de l’horloge biologique ou de synchronisme entre le système circadien endogène responsable de l’alternance veille-sommeil propre à un individu et les contraintes externes concernant l’horaire ou la durée du sommeil
(Critère A). Contrairement aux autres Troubles primaires du sommeil, les Troubles dusommeil liés au rythme circadien ne sont pas liés intrinsèquement aux mécanismes responsables de la genèse du sommeil et de l’état de veille. Suite à cette absence de synchronisme circadien, les individus présentant ce trouble peuvent se plaindre d’insomnie à certains moments de la journée et de somnolence excessive à d’autres,
qui sont à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère B). Les problèmes de sommeil ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble du sommeil ou par un autre trouble mental (Critère C) et ne sont pas liés aux effets physiologiques directs
d’une substance ou d’une affection médicale générale (Critère D).
Le diagnostic de Trouble du sommeil lié au rythme circadien doit être réservé aux individus présentant une altération significative du fonctionnement social ou professionnel, ou une souffrance marquée en rapport avec la perturbation du sommeil. Les individus montrent de grandes variations dans leurs capacités d’adaptation aux changements
circadiens. De nombreux, voire la plupart des individus présentant des
symptômes de perturbation du sommeil liés au rythme circadien ne consultent pas et la symptomatologie n’est pas suffisamment sévère pour requérir un diagnostic. Les individus consultant pour examen sont le plus souvent perturbés par la sévérité ou la persistance de leurs symptômes. Par exemple, il est relativement courant qu’un individu ayant un travail posté consulte à la suite d’un endormissement au travail ou en conduisant
un véhicule. Le diagnostic de Trouble du sommeil lié au rythme circadien repose essentiellement sur l’histoire clinique et, en particulier, l’organisation temporelle du temps de travail, du sommeil, des siestes, et du temps libre pendant la journée. L’anamnèse doit aussi évaluer les moyens utilisés pour faire face aux symptômes, comme les tentatives
pour avancer l’horaire veille-sommeil dans le Type avec retard de phase. L’utilisation prospective d’agendas de sommeil ou de représentations graphiques des rythmes veille sommeil
est souvent d’une aide appréciable pour poser le diagnostic.

Sous-types
Type avec retard de phase.

Ce type de Trouble du sommeil lié au rythme circadien résulte de rythmes circadiens décalés, dont le cycle veille/sommeil, par rapport aux exigences d’une vie en société. La mesure des rythmes circadiens endogènes (p. ex.
température corporelle centrale, concentration de mélatonine plasmatique) dans les conditions habituelles (c.-à-d. décalées) de l’horaire veille/sommeil de ces individus reflète ce décalage. Les individus présentant ce sous-type (« couche-tard ») sont supposés avoir une diminution anormale de la capacité à pouvoir avancer leur horaire veille sommeil
(p. ex., à déplacer l’horaire de leur période de sommeil et de leur période de
veille vers des heures plus précoces). En conséquence, ces individus « s’enferment » dans leurs habitudes d’heures de sommeil tardives et ne parviennent pas à avancer leur sommeil vers des heures plus précoces ou des difficultés à aligner leur sommeil avec d’autres rythmes circadiens. Le rythme circadien du sommeil est stable : lorsqu’ils sont laissés à leur propre horaire (p. ex., les week-end ou en vacances), ils s’endorment et se réveillent suivant un horaire cohérent mais décalé. Les individus atteints se plaignent de difficultés d’endormissement à des heures conventionnelles, mais après avoir été initié, le sommeil ne présente pas d’anomalies. Il existe également des difficultés à se réveiller à des heures conventionnelles (p. ex., de nombreux réveil-matin sont souvent incapables de tirer l’individu de son sommeil). Beaucoup d’individus présentant ce trouble subiront une privation chronique de sommeil en raison des obligations sociales et occupationnelles du matin qui les contraignent à raccourcir leur sommeil. De la somnolence, survenant pendant la période des veilles souhaitées, peut en résulter.

Type changement de fuseaux horaires (jet-lag).

Dans ce type de Trouble du sommeil lié au rythme circadien, le cycle veille-sommeil endogène est normal et la perturbation résulte d’un antagonisme entre le mode d’alternance veille-sommeil généré par le système circadien et celui requis par un nouveau fuseau horaire. Les individus présentant ce type se plaignent d’un manque de synchronisme entre l’horaire veille sommeil souhaité et requis. La sévérité du manque de synchronisme est proportionnelle au nombre de fuseaux horaires traversés, les plus grandes difficultés étant souvent rencontrées après un voyage comportant le passage d’au moins 8 fuseaux horaires en moins de 24 heures. Pour la plupart des individus, les voyages vers l’est (avancement de l’horaire veille-sommeil) sont habituellement plus difficilement tolérés que les voyages vers l’ouest (retard de l’horaire veille-sommeil).

Type travail posté.

Dans ce type de Trouble du sommeil lié au rythme circadien le
cycle veille-sommeil endogène est normal et la perturbation résulte d’un antagonisme entre le mode d’alternance veille-sommeil généré par le système circadien et le mode d’alternance veille-sommeil désiré et requis pour le travail posté. Les horaires à temps posté (alternant avec des horaires de jour) et les horaires à rotation rapide sont les plus perturbants car ils obligent à une alternance veille-sommeil dans des phases circadiennes
peu propices à un ajustement, ce qui empêche toute adaptation conséquente.
Typiquement, les travailleurs soumis a ces horaires présentent plus fréquemment un sommeil raccourci et des troubles de la continuité du sommeil que les travailleurs du matin ou de l’après-midi. Inversement, ces individus peuvent présenter de la somnolence ou s’endormir pendant les périodes de veille souhaitées, c’est-à-dire au milieu de la nuit lors du travail posté. Les horaires de sommeil comprenant des rotations lentes Ou des rotations contre horaires (par exemple nuit—après-midi—jour) sont également associés à des troubles du sommeil et à d’autres plaintes d’intensité plus sévères que celles rencontrées dans les autres types de rotations horaires. Le manque de synchronisme circadien du Type travail posté est encore aggravé par une durée de sommeil insuffisante, des demandes sociales et familiales et des perturbations de l’environnement
(p. ex., téléphone, bruit de la circulation) pendant les heures de sommeil
souhaitées.

Type non spécifié.

Ce type de Trouble du sommeil lié au rythme circadien doit être
indiqué si un autre modèle de perturbation du sommeil lié au rythme circadien (p. ex.,avec avance de phase, alternance veille-sommeil différente de 24 heures, alternance veille-sommeil irrégulière) est présent. Un modèle avec « avance de phase » est l’analogue inversé du Type avec retard de phase : les individus se plaignent d’une incapacité à se maintenir éveillés dans la soirée et de précoces réveils matinaux spontanés.

L’« alternance veille-sommeil différente de 24 heures » indique une perte de la synchronisation du cycle : l’alternance veille-sommeil s’effectue selon une période légèrement supérieure à 24 heures du rythme circadien endogène et cela malgré la présence, dans l’environnement, de repères temporels évoquant une périodicité de 24 heures. Au contraire des Types avec retard ou avance de phase dans lesquelles l’alternance veille sommeil
est stable, ici l’alternance veille-sommeil se décalera progressivement par
rapport à la journée de 24 heures entraînant, de jour en jour, un changement de l’horaire veille-sommeil (p. ex., des périodes de plusieurs jours d’insomnie à l’endormissement alternant avec des périodes de somnolence diurne et avec des périodes de difficultés du maintien de l’éveil dans la soirée). L’« alternance veille-sommeil irrégulière » indique l’absence d’un modèle identifiable d’alternance veille-sommeil.

Critères diagnostiques du Trouble du sommeil lié au rythme circadien

A. Fractionnement persistant ou récurrent du sommeil responsable de
somnolence excessive ou d’insomnie, et qui est lié à une absence de
synchronisme entre l’horaire veille-sommeil propre à un individu et
l’ horaire veille-sommeil approprié à son environnement.
B. La perturbation du sommeil est à l’origine d’une souffrance marquée
ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans
d’autres domaines importants.
C. La perturbation ne survient pas exclusivement au cours d’un autre
trouble du sommeil ou d’un autre trouble mental.
D. La perturbation n’est pas liée aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale.
Spécifier le type :
Type avec retard de phase : endormissements et réveils tardifs persistants
avec incapacité à s’endormir ou s’éveiller à un moment plus
précoce.
Type changement de fuseaux horaires (jet-lag) : périodes de
sommeil et de veille survenant à des moments inappropriés de la journée
selon l’heure locale après des voyages répétés comportant le passage de
plus d’un fuseau horaire.
Type travail posté : insomnie pendant la principale période de
sommeil ou somnolence excessive durant la principale période de veille
en rapport avec un travail posté de nuit ou des modifications fréquentes
des horaires de travail.
Type non spécifié : (p. ex., avec avance de phase, alternance veillesommeil
différente de 24 heures, alternance veille-sommeil irrégulière,
ou autre modèle non spécifié).

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Fréquemment, pendant les week-ends ou les vacances, les individus présentant un Type avec retard de phase se mettent plus tard au lit et se lèvent plus tard le matin, ce qui permet une réduction des difficultés d’endormissement et de réveil. Ils souffrent habituellement de nombreux
exemples de difficultés scolaires, professionnelles, et sociales provenant de leur incapacité à se réveiller à des heures conventionnelles. S’ils sont réveillés plus tôt que l’heure prévue par leur système de contrôle circadien, les individus présentant un Type avec retard de phase peuvent présenter une ivresse du sommeil (c.-à-cl. une difficulté extrême à se réveiller comportant de la confusion et un comportement inadéquat). Souvent,
les capacités fonctionnelles sont aussi décalées durant la journée, avec un
maximum (l’efficience clans les dernières heures de la soirée.

Le jet-lag et peut se rencontrer plus fréquemment chez les individus « du matin ». Il s’accompagne souvent d’autres symptômes comme des perturbations de la concentration et de la mémoire, des troubles de la coordination, de la faiblesse musculaire, des céphalées, de la fatigue, des malaises, une diminution de l’appétit et des troubles digestifs. Ces symptômes sont en relation non seulement avec le décalage horaire, mais
aussi avec les conditions de voyage comme la privation de sommeil, la consommation de caféine ou d’alcool et la dépressurisation dans les avions. Une altération des performances est souvent présente, suivant un modèle lié au rythme circadien endogène sous-jacent. Le type travail posté peut également se rencontrer plus fréquemment chez les individus « du matin ». Des troubles de la concentration, de l’attention, de la vigilance et une altération des performances sont souvent observés durant la période des
veilles souhaitées, ceci en suivant un modèle lié au rythme circadien endogène sousjacent.
Une diminution de la qualité de vie et un dysfonctionnement dans l’accomplissement des rôles professionnels, familiaux ou sociaux sont souvent observés chez les travailleurs postés, particulièrement chez ceux qui présentent des perturbations du sommeil. Le travail posté est un facteur de risque pour les accidents du travail et de conduite automobile liés à la somnolence.
L’alternance veille-sommeil différente de 24 heures a été décrite principalement chez les individus non voyants, particulièrement en l’absence de perception de la lumière (p. ex., suite à une fibrose rétrolenticulaire ou à une énucluation chirurgicale), et contrairement aux individus présentant un certain degré de perception lumineuse.
Les endormissements diurnes et les insomnies récurrentes surviennent lorsque le rythme circadien endogène de l’individu, qui est légèrement plus long que 24 heures, est en décalage de phase avec le cycle lumière-obscurité et les horaires veille-sommeil socialement appropriés.
Les individus présentant un trouble du sommeil lié au rythme circadien peuvent consommer de l’alcool, des hypnotiques, des sédatifs ou des stimulants afin de corriger les phases veille/sommeil inappropriées. L’utilisation de ces substances peut à son tour aggraver le trouble du sommeil lié au rythme circadien. Le type avec retard de phase  a été associé à des traits de personnalité schizoïde, schizotypique et évitante, particulièrement chez l’adolescent, ainsi qu’à des symptômes dépressifs et des troubles dépressifs. L’alternance veille-sommeil différente de 24 heures et l’alternance veille sommeil irrégulière ont aussi été associées à ces mêmes particularités. Les types jet-lag et travail posté peuvent précipiter ou aggraver un épisode maniaque, un épisode dépressif majeur ou un trouble psychotique. Le travail posté a aussi été associé à des
symptômes dépressifs.

Examens complémentaires.

L’étude du sommeil fournit des résultats différents selon le moment de la journée où elle est pratiquée. Chez les individus présentant le Type avec retard de phase, les investigations réalisées pendant les heures de sommeil
préférées seront, dans les grandes lignes, normales pour l’âge. Néanmoins, pendant les heures de sommeil conventionnelles, ces individus peuvent montrer une augmentation de la latence d’endormissement, un réveil spontané survenant tardivement par rapport aux normes sociales conventionnelles, une diminution de l’efficience du sommeil (principalement en présence de difficultés à l’endormissement), une réduction du temps de sommeil, et, chez certains individus, un raccourcissement modéré de la latence du sommeil paradoxal. La continuité du sommeil est normale pour l’âge. Les techniques destinées à évaluer la phase du pacemaker circadien endogène (p. ex., la température
corporelle centrale, les taux de mélatonine plasmatique) révèlent le retard de phase par l’ heure de survenue de l’acrophase et du nadir lorsque les individus sont étudiés lors de leurs horaires veille-sommeil habituels. De plus, l’heure du réveil peut être décalée en comparaison avec d’autres rythmes circadiens.
Pendant la semaine et durant les heures habituelles de sommeil, les investigations du sommeil d’un individu présentant un Type travail posté montrent habituellement une latence d’endormissement normale ou raccourcie, une diminution de la durée du sommeil et des troubles de la continuité du sommeil plus fréquents que chez l’individu apparié pour l’âge et ayant un mode (le sommeil nocturne « normal ». ll peut y avoir
une réduction spécifique des stades 2, 3 et 4 et du sommeil paradoxal dans le nombreux cas. Ces anomalies polysomnographiques se sont avérées stables lors d’examens répétés à un intervalle de 2 ans, ce qui suggère l’absence d’adaptation ou d’aggravation.
Les mesures de la somnolence physiologique, comme le test itératif de latence d’endormissement, montre une importante somnolence pendant la période d’éveil souhaitée (p. ex., durant la nuit postée). Après une période d’adaptation aux conditions normales d’horaires veille-sommeil, ces individus montrent un sommeil nocturne normal et un niveau de somnolence diurne normal. Dans leur environnement habituel et avec leurs
horaires habituels de travail, les travailleurs postés montrent des changements dans le timing de leur rythme circadien. Toutefois, ces changements présentent rarement ou jamais une orientation complètement nocturne. L’exposition à la lumière peut décaler le rythme circadien endogène pour qu’il soit en phase avec le travail de nuit, mais ceci
n’améliore pas nécessairement les plaintes subjectives ou les performances. Le travailà temps posté peut aussi être associé à une augmentation des taux de triglycérides et du cholestérol.
Des études en laboratoire simulant un jet-lag de 6 heures provoquent une augmentation de la latence d’endormissement, une altération de l’efficacité du sommeil, une diminution du sommeil paradoxal et une diminution légère du sommeil à ondes lentes.
Ces anomalies reviennent à la normale après environ 1 à 2 semaines et sont plus sévères lors de la simulation d’un voyage vers l’Est (c.-à-d. avancement des heures de sommeil) que lors d’un voyage simulé vers l’Ouest (c.-à-d. retard des heures (le sommeil).
D’autres investigations en laboratoire ont montré que le rythme circadien de la mélatonine, de la température corporelle centrale, du niveau de vigilance et de performance, ne s’adaptent aux jets-tags simulés qu’après plusieurs jours ou semaines. L’alternance veille-sommeil différente de 24 heures observée chez les individus non voyants est souvent caractérisée par des rythmes circadiens non entraînés, comme celui de la température
corporelle centrale, de la sécrétion de mélatonine et de la propension au
sommeil. Autrement dit, ces rythmes ont une période légèrement plus longue que 24 heures, similaire à celle d’individus placés dans des situations expérimentales d’isolation et privés de tous repères temporels. Les individus présentant une « avance de phase du sommeil » ont un rythme circadien dont le timing est plus précoce et dont la période est raccourcie.

Examen physique et affections médicales générales associées.

L’examen physique ne montre pas d’anomalies spécifiques dans le Trouble du sommeil lié au rythme circadien. L’individu en travail posté peut apparaître comme hagard ou endormi et peut présenter des troubles cardio-vasculaires ou gastro-intestinaux, y compris de la gastrite
et des ulcères peptiques. Dans ces cas, le rôle de la consommation de caféine et d’alcool et les perturbations du mode d’alimentation n’ont pas été complètement évalués. Le travail posté a été associé à des facteurs de risques pour les maladies cardiovasculaires comme l’hypertension, l’absence de la baisse physiologique de la pression artérielle sur
24 heures, une augmentation de lipides favorisant l’athéromatose, et des anomalies electrocardiographiques (intervalle QT, prolongé). Le travail posté peut aussi être associé à une légère augmentation du risque de survenue de maladies cardiovasculaires, mais toutes les études n’ont pas conclu de la sorte. L’alternance veille/sommeil différente de 24 heures survient fréquemment chez les individus non voyants, en particulier
chez ceux n’ayant aucune perception lumineuse. Le Trouble du sommeil lié au rythme circadien petit aggraver des affections médicales générales préexistantes.

Caractéristiques liées à l’âge

Les types avec retard de phase surviennent plus souvent entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte. Les symptômes du travail posté et du jet-lag sont souvent considérés comme plus sévères ou comme plus rapidement induits dans des conditions de laboratoire chez l’individu âgé ou d’âge moyen que chez le jeune adulte. Les individus âgés ont des anomalies polysomnographiques plus sévères après un jet-lag simulé en
laboratoire, mais leur rythme circadien s’adapte à la même vitesse que ceux d’individus plus jeunes. Le type « avec avance de phase » est aussi plus fréquent avec l’âge. Cela peut résulter d’une détérioration du sommeil nocturne et d’un raccourcissement de la période circadienne endogène liés à l’âge.

Prévalence

La prévalence pour n’importe quel type de Trouble du sommeil lié au rythme circadien n’est pas bien établie. Des études de prévalence dans la population générale du type avec retard de phase montrent des résultats variables allant de 0,1 à 4 % chez l’adulte et jusqu’à 7 % chez l’adolescent. Jusqu’à 60 % des individus effectuant un travail posté  peuvent présenter le Trouble du sommeil, type travail posté.

Évolution

Le type par retard de phase débute typiquement à l’adolescence et peut faire suite à un stress psychosocial. Sans intervention, le Type avec retard de phase peut évoluer sur des années ou des dizaines d’années mais il peut disparaître spontanément en raison d’une tendance à un avancement de phase des rythmes circadiens endogènes liée à l’âge. Souvent,
le traitement par le décalage progressif de l’horaire veille-sommeil peut normaliser le sommeil, au moins temporairement, mais il existe une vulnérabilité persistante à reprendre des heures de sommeil tardives et à présenter d’autres symptômes.
Le Type travail posté perdure typiquement tant que l’individu continue à travailler selon ces horaires. La disparition des symptômes survient généralement clans les deux semaines après la reprise d’un horaire veille-sommeil normal.
Des données expérimentales et empiriques concernant le jet-lag montrent que le temps de resynchronisation du système circadien sur le temps local est d’environ un jour par fuseau horaire traversé. La rapidité de réajustement des différents rythmes circadiens (comme la température corporelle centrale, les sécrétions hormonales, la vigilance et le sommeil) est variable d’un rythme à l’autre.

Aspects familiaux

Jusqu’à 40 % des individus présentant un type par retard de phase peuvent présenter des antécédents familiaux. Une forme familiale du type par avance de phase se transmettant en temps que trait plus ou moins dominant avec haute pénétrance a été identifiée.

Troubles du sommeil non spécifiés

  • Parasomnies

Les Parasomnies sont des troubles caractérisés par des comportements anormaux ou des phénomènes physiologiques survenant au cours du sommeil, soit au cours de stades spécifiques du sommeil soit au cours de transitions veille-sommeil. A l’inverse des dyssomnies, les parasomnies n’impliquent pas d’anomalies des mécanismes à l’origine des états de veille et de sommeil, ou de leur horaire. Les parasomnies correspondent plutôt à l’activation de systèmes physiologiques à des moments inappropriés
du cycle veille-sommeil. En particulier, ces troubles impliquent l’activation du système nerveux autonome, du système moteur ou de processus cognitifs pendant le sommeil ou les transitions veille-sommeil. Des Parasomnies différentes surviennent à différents moments du sommeil et des Parasomnies spécifiques surviennent souvent au cours de stades spécifiques du sommeil. Les individus présentant des Parasomnies
se plaignent habituellement de comportements inhabituels pendant le sommeil plutôt que d’insomnie ou de somnolence diurne excessive. Cette section comprend les Cauchemars, les Terreurs nocturnes, le Somnambulisme, et les Parasomnies non spécifiées.

  • Cauchemars

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Trouble : Cauchemars est la survenue répétée de rêves effrayants provoquant des réveils (Critère A). L’individu est pleinement éveillé dès son réveil (Critère B). Les rêves effrayants ou la discontinuité du sommeil résultant des éveils sont à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social ou professionnel (Critère C). On ne porte pas le diagnostic si les cauchemars surviennent exclusivement au cours d’un autre trouble mental ou s’ils sont liés aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale (Critère D).
Les cauchemars surviennent typiquement au cours d’une longue séquence onirique compliquée et fortement anxiogène ou terrifiante. Le contenu du rêve est souvent centré sur un danger physique imminent pour l’individu (p. ex., poursuite, attaque, blessure). Dans d’autres cas, la perception du danger peut être plus subtile, impliquant un échec ou une gène personnelle. Les cauchemars survenant après des expériences traumatiques peuvent reproduire la situation dangereuse ou menaçante, mais la plupart
des cauchemars ne reproduisent pas d’événements réels. Au moment du réveil, les individus présentant ce trouble peuvent décrire la séquence onirique et son contenu en lls peuvent rapporter de multiples cauchemars au cours d’une même nuit, souvent centrés sur un même thème. Les cauchemars surviennent presque exclusivement pendant le sommeil paradoxal. Les épisodes de sommeil paradoxal survenant périodiquement tout au long du sommeil nocturne (approximativement toutes les 90
à 110 minutes), les cauchemars peuvent survenir n’importe quand au cours du sommeil.
Toutefois, les périodes de sommeil paradoxal étant plus longues et l’activité
onirique plus intense dans la deuxième moitié de la nuit, les cauchemars surviennent aussi plus volontiers tard dans la nuit.
Les cauchemars se terminent habituellement par un réveil caractérisé par un rapide retour à un état de pleine vigilance et la persistance d’une sensation de crainte ou d’anxiété. Cela entraîne souvent des difficultés pour se rendormir. Le Trouble : Cauchemars provoque souvent une importante détresse subjective plutôt qu’une gêne sociale ou professionnelle objective. Cependant, si les éveils nocturnes sont fréquents ou si l’individu évite de dormir par crainte des cauchemars, l’individu présentant ce trouble
peut ressentir une somnolence excessive, des difficultés de concentration, de la dépression, de l’anxiété ou de l’irritabilité qui peuvent désorganiser son fonctionnement diurne.

Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Chez, les individus présentant leTrouble : Cauchemars, une légère activation neurovégétative (sudation, tachycardie, tachypnée) peut être évidente au réveil. Les individus présentant fréquemment des cauchemars
depuis l’enfance ont tendance à présenter des scores élevés aux échelles de
psychopathologie générale. Des symptômes dépressifs ou anxieux ne remplissant pas les critères d’un diagnostic spécifique sont courants chez les individus présentant le Trouble : Cauchemars. Les mouvements corporels et les vocalisations ne sont pas caractéristiques du Trouble : Cauchemars parce qu’une perte du tonus musculaire survient normalement pendant le sommeil paradoxal. Parler, crier ou se mettre à frapper de
façon désordonnée sont des phénomènes pouvant survenir brièvement et mettre fin au cauchemar. Ces comportements se produisent plus volontiers au cours des cauchemars de l’État de stress post-traumatique, parce que ceux-ci peuvent survenir pendant le sommeil non-paradoxal.

Examens complémentaires.

La polysomnographie met en évidence de brusques réveils survenant en sommeil paradoxal et correspondant aux cauchemars rapportés par
l’individu. Ces éveils surviennent habituellement durant la seconde moitié de la nuit.
Dans la plupart des cas, ces épisodes de sommeil paradoxal auront duré plus de 10 minutes et auront comporté un nombre de mouvements oculaires au dessus de la moyenne. Une augmentation ou une irrégularité du rythme cardiaque ou de la fréquence respiratoire peut précéder l’éveil. Les cauchemars survenant à la suite d’événements traumatiques (p. ex., chez des individus présentant un État de stress posttraumatique),
peuvent survenir pendant le sommeil non-paradoxal et en particulier
aussi fréquemment en stade 2 (lue durant le sommeil paradoxal. On ne retrouve pas d’autres anomalies polysomnographiques spécifiques du Trouble : Cauchemars, y compris en ce qui concerne la continuité et l’architecture du sommeil.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

La signification accordée aux cauchemars peut varier en fonction du contexte culturel.
Par exemple, clans certaines cultures les cauchemars peuvent être considérés comme des phénomènes spirituels ou supranaturels alors que d’autres cultures les considèrent comme des manifestations d’une perturbation mentale ou physique. Les cauchemars survenant fréquemment pendant l’enfance, ce diagnostic n’est porté que s’ils provoquent, de façon persistante, une souffrance ou un handicap significatif chez l’enfant
justifiant par eux-mêmes un examen clinique. Le Trouble : Cauchemars est susceptible de survenir chez l’enfant suite à un stress psychosocial sévère. Bien que le contenu onirique puisse être spécifique de l’âge de l’individu, les caractéristiques essentielles du trouble sont identiques quel que soit l’âge. Les femmes rapportent plus souvent avoir des cauchemars que les hommes clans une proportion d’environ 2 à 4 pour 1. On ignore clans quelle mesure cela reflète une différence réelle du nombre de cauchemars ou une
plus grande facilité à en parler.

Prévalence

Entre 10 et 50 % des enfants âgés de 3 à 5 ans présentent des cauchemars suffisamment intenses pour perturber leurs parents. Dans la population adulte, jusqu’à 50 % des individus peuvent présenter au moins un cauchemar occasionnel. Au moins 3 % des jeunes adultes déclarent présenter des cauchemars fréquemment ou constamment. Néanmoins,
la prévalence réelle des Cauchemars est inconnue.

Évolution

Les cauchemars débutent souvent entre l’âge de 3 et 6 ans. Lorsque leur fréquence est élevée (c.-à-d. plusieurs par semaine), les rêves peuvent devenir une source de préoccupation et de souffrance à la fois pour les enfants et leurs parents. L’évolution spontanée avec l’âge est favorable chez la plupart des enfants qui présentent des cauchemars.
Chez une minorité, des rêves très fréquents peuvent persister à l’âge adulte
devenant ainsi une perturbation sur la vie entière. Les adultes présentant des cauchemars de façon chronique ne se distinguent pas de ceux présentant des cauchemars depuis moins de 6 mois en ce qui concerne l’importance des plaintes de sommeil. Une tendance à l’amélioration au cours des dernières décades de la vie a été décrite.

  • Terreurs nocturnes

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du trouble des Terreurs nocturnes est la survenue répétée de terreurs nocturnes, c.-à-cl., de réveils soudains débutant habituellement par un cri de terreur ou des pleurs (Critère A). Les terreurs nocturnes surviennent généralement lors du premier tiers de la période principale de sommeil et durent entre 1 et 10 minutes. Les épisodes s’accompagnent d’activation neurovégétative et de manifestations
comportementales reflétant une peur intense (Critère B). Durant un épisode, l’individu est difficile à réveiller et à réconforter (Critère C). Si l’individu se réveille après l’épisode de terreurs nocturnes, il ne rapporte pas avoir eu d’activité onirique ou n’en garde que quelques souvenirs fragmentaires sous forme d’images isolées. Le lendemain matin, au réveil, l’individu présente une amnésie de l’événement (Critère D). Les épisodes de terreurs nocturnes doivent être à l’origine d’une souffrance marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère E). On ne doit pas faire le diagnostic de Terreurs nocturnes si les phénomènes récurrents sont liés aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale (Critère F). Les terreurs nocturnes sont aussi appelées Pavor Nocturnus.
Lors d’un épisode typique, l’individu s’assied subitement dans son lit et se met à crier ou à pleurer avec une expression d’effroi et des signes d’une intense anxiété (p. ex., tachycardie, polypnée, hyperhémie cutanée, transpiration, dilatation pupillaire, hypertonie musculaire). Le sujet ne réagit généralement pas aux efforts faits par son entourage pour le réveiller ou le réconforter. Si elle se réveille, la personne est confuse et désorientée pendant plusieurs minutes et éprouve une vague impression de terreur,
habituellement non liée à un rêve. Bien que l’individu puisse se souvenir de façon fragmentaire d’images oniriques expressives, il ne rapporte pas de séquences oniriques narratives (comme dans les cauchemars). Le plus couramment, il ne se réveille pas complètement, se rendort et présente le lendemain matin, au réveil, une amnésie de l’ épisode. Certains individus se remémorent vaguement avoir présenté un « épisode » la nuit précédente mais n’en ont aucun souvenir précis. Habituellement, un seul épisode survient par nuit, bien qu’occasionnellement plusieurs épisodes puissent se
succéder par intervalles au cours de la même nuit. Pour que l’on puisse porter le diagnostic, l’individu doit éprouver une souffrance ou un handicap cliniquement significatif. Une gêne en rapport avec les épisodes peut
affecter les relations sociales. Les individus peuvent éviter des situations au cours desquelles d’autres personnes pourraient se rendre compte de leur problème, comme camper, passer la nuit chez des amis ou dormir avec quelqu’un.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés. L’épisode est habituellement
accompagné de hurlements, de cris, de pleurs ou de vocalisations incohérentes. L’individu peut s’opposer activement à des tentatives pour le tenir ou le toucher et peut même avoir des activités motrices plus élaborées (p. ex., se balancer, donner des coups de poing, se lever du lit ou prendre la fuite). Ces comportements semblent représenter des tentatives de protection ou de fuite face à une menace pour l’intégrité physique.
Des épisodes comprenant simultanément des caractéristiques des terreurs nocturnes et du somnambulisme peuvent survenir. L’utilisation de sédatifs ou d’alcool, la privation de sommeil, une perturbation des horaires veille-sommeil, la fatigue et le stress physique ou émotionnel favorisent la survenue des épisodes.
Les enfants présentant des Terreurs nocturnes ne montrent pas une incidence plus élevée rie phénomènes psychopathologiques ou de troubles mentaux que la population générale. Des phénomènes psychopathologiques sont plus souvent associés aux Terreurs nocturnes de l’adulte. Les Terreurs nocturnes peuvent survenir de façon plus fréquente chez les individus présentant un trouble rie l’Axe 1, en particulier l’État de stress post-traumatique et l’Anxiété généralisée. Des troubles de la personnalité
peuvent survenir chez les individus présentant des Terreurs nocturnes, particulièrement les Troubles de personnalité dépendante, schizoïde, et borderline. Des scores élevés pour l’anxiété et la dépression ont été observés aux inventaires de personnalité.

Examens complémentaires.

Les terreurs nocturnes surviennent pendant le sommeil profond non paradoxal caractérisé par une activité lente (delta) à l’EEG . Cette
activité EEG est surtout prédominante durant les stades 3 et 4 du sommeil non- paradoxal, qui sont concentrés lors du premier tiers de la période principale de sommeil.
Par conséquent, les terreurs nocturnes sont plus susceptibles de se produire pendant le premier tiers de la nuit. Néanmoins, les épisodes peuvent survenir à n’importe quel moment pendant le sommeil à ondes lentes, même la journée pendant une sieste. Le début d’une terreur nocturne est typiquement annoncé par une activité EEG delta de haut voltage, une augmentation du tonus musculaire, une accélération de la fréquence
cardiaque de deux à trois fois la normale allant souvent jusqu’à 120 pulsations à la minute. Pendant l’épisode, la polysomnographie peut être parasitée par des artefacts de mouvements. En l’absence d’artefacts, l’EEG montre typiquement une activité thêta ou alpha pendant l’épisode, ce qui indique un éveil partiel. Les individus présentant des Terreurs nocturnes peuvent aussi présenter de brusques éveils pendant le sommeil
profond non paradoxal qui n’évoluent pas vers des épisodes complets de terreurs nocturnes.
Ces épisodes peuvent comprendre une tachycardie paroxystique.

Examen physique et affections médicales générales associées.

La fièvre et la privation de sommeil peuvent provoquer une augmentation de la fréquence des épisodes de terreurs nocturnes.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Il n’existe pas d’arguments déterminants en faveur d’une différence culturelle dans les manifestations des Terreurs nocturnes, bien que la signification et l’étiologie des épisodes de terreurs nocturnes varient selon les cultures. Les enfants plus âgés et les adultes se remémorent d’une façon plus détaillée les images inquiétantes liées aux terreurs
nocturnes que les plus jeunes enfants qui sont plus susceptibles de présenter une amnésie totale ou de rapporter quelque vague sensation de crainte. Chez les enfants, les Terreurs nocturnes sont plus fréquentes chez les filles. Chez l’adulte, la répartition est la même dans les deux sexes.

Prévalence

Il n’existe que peu de données sur les Terreurs nocturnes dans la population générale.
La prévalence des épisodes de terreurs nocturnes (à l’inverse du trouble des Terreurs nocturnes où il y a récurrence et souffrance ou handicap) a été estimée entre 1 à 6 % chez l’enfant et à moins de 1 % chez l’adulte.

Évolution

Les terreurs nocturnes débutent habituellement chez l’enfant entre 4 et 12 ans et disparaissent spontanément pendant l’adolescence. Chez l’adulte, elles surviennent le plus souvent entre 20 et 30 ans et évoluent généralement de façon chronique, avec une fréquence et une sévérité qui varie selon les moments. La fréquence des épisodes varie chez un même individu et entre individus. Les épisodes surviennent habituellement à
des jours ou des semaines d’intervalle mais peuvent se produire au cours de nuits consécutives.

Aspects familiaux

Les individus présentant des terreurs nocturnes rapportent fréquemment une histoire familiale de terreurs nocturnes ou de somnambulisme. Certaines études montrent prévalence des Terreurs nocturnes chez les parents biologiques du premier degré des sujets atteints augmentée de dix Fois. Le mode exact de transmission est inconnu.

  • Somnambulisme

 

Caractéristiques diagnostiques

Le Somnambulisme se caractérise essentiellement par des épisodes répétés de comportements moteurs complexes survenant pendant le sommeil et au cours desquels le sujet peut quitter son lit et se mettre à déambuler. Les épisodes de somnambulisme débutent durant le sommeil à ondes lentes et par conséquent surviennent le plus souvent au cours du premier tiers de la nuit (Critère A). Durant les épisodes, l’individu montre une diminution de la vigilance et de la sensibilité, un visage inexpressif et ne réagit guère
aux efforts de son entourage pour communiquer avec lui ou pour le réveiller
(Critère B). S’il est réveillé pendant l’épisode (ou au réveil le lendemain matin), l’individu ne garde qu’un souvenir limité de l’épisode (Critère C). Après l’épisode, il peut éventuellement se produire une brève période (le confusion et de difficultés d’orientation, à la suite de quoi les fonctions cognitives et l’adéquation du comportement récupèrent entièrement (Critère D). Le Somnambulisme doit être à l’origine d’une souffrance
marquée ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère E). On ne doit pas faire le diagnostic de Somnambulisme si le comportement est lié aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale (Critère F).

Les épisodes (le somnambulisme peuvent se traduire par des comportements très variables. Dans les épisodes légers (parfois appelés « éveils confusionnels « ) l’individu peut simplement s’asseoir dans son lit, regarder autour de lui ou tirer à lui la couverture ou les draps. De façon plus typique, l’individu peut vraiment sortir du lit et se rendre aux toilettes, quitter sa chambre, monter ou descendre les escaliers, et même quitter
l’immeuble. Les individus peuvent utiliser la salle de bains, manger et parler pendant les épisodes. Une course et des tentatives frénétiques pour échapper à une menace imaginaire peuvent aussi survenir. La plupart des comportements pendant l’épisode de somnambulisme sont routiniers et peu complexes. Toutefois, des comportements comme l’ouverture d’une porte fermée à clé et même l’utilisation d’une machine ont été décrits. En particulier chez l’enfant, le somnambulisme peut aussi comprendre des
comportements inappropriés (p. ex., uriner dans un placard). La plupart des épisodes durent de plusieurs minutes à une demi-heure.
Les épisodes de somnambulisme peuvent se terminer par un éveil spontané suivi d’une brève période de confusion ou l’individu peut retourner au lit et continuer son sommeil jusqu’au matin. Parfois, l’individu peut se réveiller le lendemain à un autre endroit ou découvrir qu’il a réalisé quelques activités pendant la nuit, cela sans en avoir gardé aucun souvenir. Un vague souvenir d’images oniriques fragmentaires peut être conservé après certains épisodes, mais habituellement sans remémoration de rêves narratifs typiques.
Pendant les épisodes de somnambulisme, les individus peuvent parler ou même répondre à des questions. Cependant, la parole est embrouillée et un véritable dialogue est rarement possible. Les individus peuvent répandre aux demandes de leur entourage pour qu’ils cessent leurs activités et retournent au lit. Néanmoins, ces comportements sont réalisés avec un faible niveau de vigilance et réveiller un individu d’un épisode de
somnambulisme est habituellement très difficile. Une fois réveillé, l’individu reste confus pendant plusieurs minutes puis récupère ultérieurement un état de vigilance normal.
L’individu doit éprouver une souffrance ou un handicap cliniquement significatif pour que l’on puisse porter le diagnostic. Les individus peuvent éviter des situations au cours desquelles d’autres personnes pourraient se rendre compte de leur problème (p. ex., des enfants peuvent éviter la colonie de vacances ou de passer la nuit chez des amis ; des adultes peuvent éviter de dormir avec quelqu’un, de partir en vacances ou de passer la nuit ailleurs qu’à la maison).

Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Les stimulus internes (p. ex., une vessie trop remplie) ou externes (p. ex., du bruit) peuvent favoriser la survenue d’épisodes de somnambulisme, tout comme un stress psychosocial ou une consommation d’alcool ou de sédatifs. Certains individus présentant du somnambulisme rapportent
aussi des épisodes de consommation d’aliments pendant la nuit dont ils gardent le plus souvent une amnésie complète ou partielle : ils peuvent ne s’en rendre compte que le lendemain matin. Les individus peuvent se blesser pendant les épisodes de somnambulisme en se cognant à des objets, en tombant dans les escaliers, en se promenant à l’ extérieur et même en passant par la fenêtre. Le risque de dommage corporel est plus élevé si les épisodes de somnambulisme s’accompagnent de certaines caractéristiques
évoquant les terreurs nocturnes comme des comportements de fuite ou de lutte. Les individus présentant de Somnambulisme et des Terreurs nocturnes peuvent aussi blesser autrui lors de leurs épisodes.
D’autres parasomnies du sommeil non-paradoxal (p. ex., les Terreurs nocturnes) peuvent aussi survenir chez l’individu présentant du Somnambulisme. Le Somnambulisme de l’enfant n’est habituellement pas associé à d’autres troubles mentaux alors que chez l’adulte il peut être associé à des Troubles de la personnalité, des Troubles de l’humeur ou des Troubles anxieux.

Examens complémentaires.

La polysomnographie de routine et un monitoring audiovisuel peuvent mettre en évidence les épisodes de somnambulisme. La plupart des épisodes de somnambulisme surviennent pendant les premières heures de sommeil,
typiquement durant les stades 3 ou 4 du sommeil non paradoxal, bien que certains individus (p. ex., les personnes âgées) puissent présenter des épisodes au cours du stade 2 du sommeil non-paradoxal. L’EEG montre souvent une activité delta rythmique (hypersynchrone) et de haut voltage avant et pendant l’éveil. Des signes (l’éveil à l’EEG, comme une activité alpha, peuvent aussi apparaître en début d’épisode. D’ordinaire,
l’ EEG est parasité par des artefacts de mouvements pendant l’épisode. La fréquence cardiaque et le rythme respiratoire peuvent s’accélérer en début d’épisode. Ces caractéristiques peuvent apparaître durant un épisode de somnambulisme complet ou
durant des événements comportementaux plus mineurs (comme un éveil confusionnel).
Les autres particularités pcilysomnographiques peuvent comprendre une
augmentation du nombre de changements de stade à partir des stades 3 et 4 et une diminution de l’efficacité du sommeil. En dehors d’une augmentation des stades 3 et 4 du sommeil non paradoxal, l’étude de l’architecture du sommeil est banale. Des apnées du sommeil et des mouvements périodiques des membres se rencontrent chez une minorité d’individus présentant du Somnambulisme.

Examen physique et affections médicales générales associées.

La fièvre et la privation de sommeil peuvent provoquer une augmentation de la fréquence des épisodes de somnambulisme. Le syndrome d’apnées obstructives, des mouvements périodiques des membres et d’autres troubles responsables dune importante fragmentation du sommeil à ondes lentes peuvent aussi être associés à des épisodes de somnambulisme. Une association entre la migraine et le Somnambulisme a été décrite.
La narcolepsie et d’autres pathologies neurologiques ont été décrites clans un sousgroupe de sujets.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Il n’y a pas d’arguments déterminants en faveur d’une différence culturelle dans les manifestations du Somnambulisme, bien qu’il soit probable que la signification et l’étiologie du somnambulisme varient selon les cultures. Dans des échantillons cliniques, l’activité est violente pendant les épisodes de somnambulisme et plus fréquemment retrouvée chez l’adulte (particulièrement chez l’homme), alors que les comportements
ali mentaires survenant pendant les épisodes de somnambulisme se rencontrent plus souvent chez la femme. Le somnambulisme survient plus fréquemment chez la femme pendant l’enfance mais plus fréquemment à l’âge adulte chez l’homme.

Prévalence

Entre 10 et 30 % des enfants présentent au moins un épisode de somnambulisme, et 2 à 3 % de façon fréquente. La prévalence du Somnambulisme (caractérisé par des épisodes répétés et un handicap ou une détresse) est bien moindre, probablement entre 1 à 5 %. Des études épidémiologiques ont rapporté une prévalence chez l’adulte de 1
à 7 % d’épisodes de somnambulisme (et non du Trouble Somnambulisme), avec des épisodes hebdomadaires à mensuels survenant chez 0,5 à 0,7 % des individus.

Évolution

Une fois la marche acquise, le somnambulisme peut survenir chez l’enfant à n’importe quel âge, mais les premiers épisodes apparaissent le plus couramment entre 4 et 8 ans.
La prévalence maximale se situe vers 12 ans. Le premier épisode ne survient que rarement à l’âge adulte, bien que certains comportements associés, comme la consommation d’aliments pendant la nuit, puissent survenir plusieurs années avant le somnambulisme.
Dans ce cas, une étiologie spécifique comme l’utilisation d’une substance ou une affection neurologique doit rapidement être recherchée. La plupart des individus ayant un trouble de somnambulisme ont présenté des épisodes déjà pendant l’enfance.
Habituellement, le somnambulisme de l’enfance se résout spontanément au début de l’adolescence, typiquement vers l’âge de 15 ans. Moins couramment, les épisodes peuvent avoir une évolution récurrente, avec une réapparition des épisodes chez le jeune adulte après une période d’interruption débutant à la fin de l’enfance. Le Somnambulisme
de l’adulte montre souvent une évolution chronique, par poussées et
rémissions. Les épisodes de somnambulisme peuvent survenir isolément à n’importe quel âge, mais le mode d’évolution le plus commun est une répétition d’épisodes survenant pendant plusieurs années.

Aspects familiaux

Il existe une agrégation familiale des cas de Somnambulisme. Jusqu’à 80 % des individus présentant un somnambulisme ont des antécédents familiaux de somnambulisme ou de terreurs nocturnes. Environ 10 à 20 % des individus présentant un somnambulisme ont un parent biologique du premier degré qui présente également un somnambulisme.
Le risque (lu somnambulisme est augmenté (jusqu’à 60 % de la descendance) lorsque les deux parents ont le trouble. Une transmission génétique est suggérée par une augmentation de la prévalence de la maladie chez les jumeaux monozygotes comparés aux jumeaux dizygotes, mais le mode exact de transmission n’est pas connu.

TROUBLES DU SOMMEIL LIÉS À UN AUTRE TROUBLE MENTAL

  • Insomnie liée à un autre trouble mental

  • Hypersomnie liée à un autre trouble mental

Caractéristiques diagnostiques

Les caractéristiques essentielles de l’Insomnie liée à un autre trouble mental et de l’ Hypersomnie liée à un autre trouble mental sont la présence d’insomnie ou d’hypersomnie considérée comme temporellement et étiologiquement liée à un autre trouble mental. L’insomnie ou l’hypersomnie liée aux effets physiologiques directs d’une substance
n’est pas incluse ici et doit être diagnostiquée comme Trouble du sommeil induit par une substance. L’Insomnie liée à un autre trouble mental se caractérise par une plainte, d’une durée d’au moins un mois, de difficultés d’endormissement, d’éveils nocturnes fréquents ou de sensation marquée de sommeil non réparateur, entraînant une fatigue diurne ou une altération du fonctionnement diurne (Critère A).
L’Hypersomnie liée à un autre trouble mental se caractérise par une plainte, d’une durée d’au moins un mois, soit d’épisodes de sommeil nocturne prolongés soit d’épisodes de sommeil diurne répétés (Critère A). Dans l’Insomnie et l’Hypersomnie liées à un autre trouble mental, les symptômes en rapport avec le sommeil sont à l’origine d’une souffrance significative ou interfèrent nettement avec d’importants domaines du fonctionnement personnel comme la profession ou les activités sociales (Critère B).
L’insomnie ou l’hypersomnie n’est pas mieux expliquée par un autre trouble du sommeil (p. ex., Narcolepsie, Trouble du sommeil lié à la respiration, Parasomnie) et l’hypersomnie par une quantité insuffisante de sommeil (Critère D). La perturbation du sommeil ne peut pas être due aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale
(Critère E).
Les perturbations du sommeil sont couramment retrouvées clans les autres troubles mentaux. Un diagnostic additionnel d’Insomnie ou d’Hypersomnie liée à un autre trouble mental n’est posé que si la perturbation du sommeil est la plainte principale et est suffisamment sévère pour justifier par elle-même un examen clinique (Critère C).
Les individus présentant cette forme (l’insomnie Ou (l’hypersomnie se focalisent habituellement sur leur perturbation du sommeil et ne mentionnent pas spontanément des symptômes caractéristiques du trouble mental concerné ; ces symptômes ne deviennent apparents qu’après un interrogatoire spécifique prolongé. Souvent, ils attribuent à leur mauvais sommeil les symptômes liés au trouble mental.
Dans de nombreux troubles mentaux, l’insomnie ou l’hypersomnie peut, à un certain moment, se révéler être le symptôme prédominant. I,es individus présentant un Trouble dépressif majeur se plaignent souvent de difficultés d’endormissement, de sommeil interrompu, ou de réveils matinaux précoces sans possibilité de réendormissement.
L’Hypersomnie liée à un Trouble de l’humeur est le plus souvent associée à
un Trouble bipolaire, épisode le plus récent dépressif ou à un Épisode dépressif majeur avec caractéristiques atypiques. Les individus présentant une Anxiété généralisée rapportent souvent des difficultés d’endormissement et peuvent se réveiller au milieu de la nuit avec’ des ruminations anxieuses. Certains individus présentant un Trouble
panique éprouvent des Attaques de panique nocturnes qui peuvent provoquer une insomnie. Fréquemment, on rencontre une insomnie significative durant les périodes d’exacerbation de la Schizophrénie ou d’autres Troubles psychotiques mais elle n’est  due rarement la plainte principale. Les Troubles de l’adaptation, les Troubles somatoformes
et les Troubles de la personnalité sont d’autres troubles mentaux qui peuvent être liés à une insomnie.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques et troubles mentaux associés.

Les critères du trouble mental associé étant par définition remplis, l’Insomnie ou l’Hypersomnie liée à un autre trouble mental comprend les particularités et caractéristiques du trouble mental concerné.
Les Individus présentant une Insomnie liée à un autre trouble mental peuvent montrer le même type d’éveils conditionnés et de conditionnement négatif que ceux rencontrés dans l’Insomnie primaire. Par exemple, ils peuvent signaler une augmentation de l’anxiété lorsque l’heure du coucher approche, une amélioration de leur sommeil en dehors de leur environnement habituel et une tendance à passer trop de
temps au lit. On peut aussi retrouver une histoire de traitements médicamenteux multiples ou inappropriés pour leurs plaintes d’insomnie. Les Individus présentant une Hypersomnie liée à un autre trouble mental attireront l’attention sur des symptômes de fatigue, de « membres en plomb » ou de manque complet d’énergie. Un interrogatoire fouillé peut montrer que ces individus sont plus handicapés par ces symptômes
liés à la fatigue que par une somnolence réelle. A l’anamnèse, on peut aussi retrouver une histoire d’utilisation inappropriée de médicaments stimulants ou de caféine.

Examens complémentaires.

A la polysomnographie, les particularités (non diagnostiques)
de l’Épisode dépressif majeur comprennent

1) un trouble de la continuité
du sommeil tel qu’une latence d’endormissement prolongée, une augmentation des éveils intermittents et un réveil matinal précoce,

2) une diminution des stades 3 et (sommeil à ondes lentes) du sommeil non-paradoxal comprenant un décalage de l’activité lente de la première période du sommeil non-paradoxal vers les périodes suivantes,

3) un raccourcissement de la latence du sommeil paradoxal (c.-à-d. une première période de sommeil non-paradoxal écourtée),

4) une augmentation de la densité phasiquedu sommeil paradoxal (c.à.d, du nombre de mouvements oculaires rapides pendant le sommeil paradoxal),

5) une augmentation de la durée du sommeil paradoxal en début de nuit. Dans l’Épisode dépressif majeur, les anomalies du sommeil sont manifestes
chez 40 à 60 96 des patients ambulatoires et chez jusqu’à 90 % des patients
hospitalisés. Il existe des éléments déterminants suggérant que la plupart de ces anomalies persistent après la rémission clinique et peuvent précéder la survenue d’un Épisode dépressif majeur.
Les caractéristiques polysomnographiques de l’Épisode maniaque sont semblables à celles de l’Épisode dépressif majeur. Dans la Schizophrénie, le sommeil paradoxal est diminué au début de l’évolution d’une poussée aiguë de la maladie, et revient progressivement à des valeurs normales en fonction de l’amélioration clinique. La latence du sommeil paradoxal peut être raccourcie. Le temps total de sommeil est souvent fortement écourté dans la Schizophrénie et le sommeil à oncles lentes est typiquement
diminué lors des périodes d’exacerbation. Les individus présentant un Trouble panique peuvent montrer des éveils paroxystiques lors des entrées en stade 3 et 4 du sommeil non-paradoxal ; ces éveils sont accompagnés de tachycardie, d’augmentation du rythme respiratoire et de symptômes cognitifs et émotionnels propres aux Attaques de panique.
La plupart des autres troubles mentaux provoquent des perturbations non spécifiques du sommeil (p. ex., une augmentation de la latence d’endormissement ou de nombreux éveils).
L’évaluation de la somnolence diurne en laboratoire de sommeil par le test itératif d’endormissement montre souvent, chez les individus présentant de l’hypersomnie liée à un autre trouble mental, une somnolence physiologique normale ou légèrement augmentée en comparaison avec les individus présentant de l’Hypersomnie primaire ou de la Narcolepsie.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Les individus présentant une Insomnie ou une Hypersomnie liée à un autre trouble mental peuvent apparaître las, fatigués ou hagards lors d’un examen de routine. Les éventuelles affections médicales générales associées à ces Troubles du sommeil sont celles sous jacentes aux troubles mentaux concernés.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Dans certaines cultures, les plaintes de sommeil sont considérées comme moins gênantes que celles évoquant un trouble mental. De ce fait, les individus provenant d’un certain milieu culturel rapportent plus facilement des plaintes d’insomnie ou d’hypersomnie que d’autres symptômes comme la dépression ou l’anxiété.
Par rapport aux adultes, les enfants et les adolescents présentant un Trouble dépressif majeur éprouvent habituellement moins de perturbations du sommeil et montrent moins d’anomalies polysomnographiques. En général, l’hypersomnie est une caractéristique des Troubles dépressifs des adolescents ou des jeunes adultes et l’insomnie est plus commune chez le sujet âgé. Les Troubles du sommeil liés à un autre trouble mental sont plus fréquents chez la femme. Cette différence entre les sexes est probablement plus liée à la plus grande prévalence des Troubles de l’humeur ou des
Troubles anxieux chez la femme, qu’à une différence particulière de susceptibilité à présenter des problèmes de sommeil.

Prévalence

Les problèmes de sommeil sont extrêmement répandus dans tous les types de troubles mentaux, mais nous ne possédons pas d’estimations précises pour les individus consultant principalement pour altération du sommeil. Le diagnostic le plus fréquemment posé (dans 35 à 50 % des cas) chez des individus présentant une insomnie chronique vus dans un centre spécialisé dans les troubles du sommeil, est celui d’Insomnie liée à un autre trouble mental. L’Hypersomnie liée à un autre trouble mental est un diagnostic moins souvent posé (moins de 5 % des cas) parmi les individus vus
pour hypersomnie dans un centre spécialisé dans les troubles du sommeil.

Évolution

L’évolution du Trouble du sommeil lié à un autre trouble mental suit en général celle du trouble mental sous-jacent. La perturbation du sommeil peut être l’un des symptômes précoces apparaissant chez l’individu qui développera subséquemment un trouble mental associé. Ordinairement, les symptômes d’insomnie ou d’hypersomnie fluctuent considérablement clans le temps. Pour beaucoup d’individus présentant une dépression, particulièrement ceux traités par des médicaments, la perturbation du
sommeil peut s’améliorer rapidement, et souvent plus promptement que les autres symptômes du trouble mental sous-jacent. Néanmoins, d’autres individus présentent une insomnie intermittente ou persistante, même après résolution des autres symptômes de leur Trouble dépressif majeur. Les individus présentant un Trouble bipolaire montrent des symptômes en rapport avec le sommeil, distincts suivant la nature de l’épisode. Pendant l’Épisode maniaque, les individus éprouvent de l’hyposomnie, bien qu’ils ne se plaignent que rarement de leur incapacité à trouver le sommeil. D’un autre côté, lors des Épisodes dépressifs majeurs, ces individus peuvent éprouver une importante souffrance en raison de leur hypersomnie. Les individus présentant des Troubles psychotiques peuvent montrer une aggravation notable de leur sommeil en début d’évolution d’une exacerbation aiguë, mais rapportent une amélioration dès l’atténuation
des symptômes psychotiques.

 

Troubles des conduites alimentaires

Troubles des conduites alimentaires

Les Troubles des conduites alimentaires se caractérisent par des perturbations graves du comportement alimentaire. Les deux principaux troubles sont : l’Anorexie mentale (Anorexia nervosa) et la Boulimie (Bulimia nervosa).
Une altération de la perception de la forme et du poids corporels est une caractéristique essentielle à la fois de l’Anorexie mentale et de la Boulimie.

Anorexie mentale

L’Anorexie mentale (Anorexia nervosa) se caractérise par le refus de maintenir le poids corporel à une valeur minimum normale.

Boulimie

La Boulimie (Bulimia nervosa) se caractérise par des épisodes répétés de crises de boulimie (en anglais, « binge eating), suivies de comportements compensatoires inappropriés tels que : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques ou autres médicaments ; jeûne ; exercice physique excessif.

PROBLEME SEXUEL : problèmes sexuels…

Probleme sexuel et Troubles de l’identité sexuelle

Problemes de sexe

Article rédigé d’après le DSM

1/ DYSFONCTIONS SEXUELLES

Les Dysfonctions sexuelles sont caractérisées par une perturbation du désir sexuel et des modifications psychophysiologiques qui caractérisent le déroulement de la réponse sexuelle, et sont à l’origine d’une souffrance subjective marquée et de difficultés interpersonnelles.

Diagnostic

Une dysfonction sexuelle est caractérisée par une perturbation des processus qui caractérisent le déroulement de la réponse sexuelle ou par une douleur associée aux rapports sexuels. Le déroulement de la réponse sexuelle peut être subdivisé en plusieurs phases :
1.Désir : cette phase consiste en des fantaisies imaginatives concernant la sexualité et en un désir d’accomplir un acte sexuel.
2. Excitation : cette phase consiste en une sensation subjective de plaisir sexuel accompagnée des modifications physiologiques correspondantes. Chez l’ homme, les modifications principales consistent en une intumescence pénienne et une érection. Chez la femme, les modifications principales consistent en une congestion vasomotrice généralisée du pelvis, accompagnée d’une lubrification et d’un élargissement vaginal et d’une intumescence des organes génitaux externes.
3. Orgasme : cette phase consiste en une acmé du plaisir sexuel, accompagné d’un relâchement de la tension sexuelle et de contractions rythmiques des muscles périnéaux et des organes reproducteurs pelviens. Chez l’homme, survient une sensation irrépressible d’éjaculation, suivie de l’émission du sperme. Chez la femme, on constate des contractions de la paroi du tiers externe du vagin (qui ne sont pas toujours ressenties). Dans les deux sexes, survient une contraction rythmique du sphincter anal.
4. Résolution : cette phase consiste en une sensation de détente musculaire et un sentiment de bien-être général. Durant cette phase, l’homme est physiologiquement réfractaire pendant un certain temps à une érection ou à un orgasme. La femme, au contraire, peut être capable de répondre presque immédiatement à de nouvelles stimulations.

Les troubles de la réponse sexuelle peuvent concerner l’une ou plusieurs des phases de ce cycle.

Sous-types

Des sous-types sont disponibles pour préciser le mode de début, le contexte, et les facteurs étiologiques associés aux Dysfonctions sexuelles.
L’un des sous-types suivants peut être utilisé pour préciser le mode de début de la Dysfonction sexuelle :

Type de tout temps

Ce sous-type s’applique quand la Dysfonction sexuelle était présente dès le début de l’activité sexuelle.

Type acquis

Ce sous-type s’applique quand la Dysfonction sexuelle n’apparaît qu’après une période d’activité sexuelle normale.

L’un des sous-types suivants peut être utilisé pour préciser le contexte dans lequel apparaît la Dysfonction sexuelle :

Type généralisé

Ce sous-type s’applique quand la Dysfonction sexuelle ne se li mite pas à un certain type de stimulations, de situations ou de partenaires.

Type situationnel

Ce sous-type s’applique quand la Dysfonction sexuelle se limite à un certain type de stimulations, de situations ou de partenaires. Le schéma situationnel spécifique de la dysfonction peut aider au diagnostic différentiel.
Par exemple, l’existence d’une fonction masturbatoire normale en présence d’une altération du fonctionnement relationnel avec le/la partenaire fait suspecter que la plainte principale d’une dysfonction érectile est davantage
due à un problème interpersonnel ou intrapsychique qu’imputable à une affection médicale générale ou à une substance.

L’un des sous-types suivants peut être utilisé pour préciser les facteurs étiologiques associés à la Dysfonction sexuelle :

Due à des facteurs psychologiques

Ce sous-type s’applique quand on estime que des facteurs psychologiques jouent un rôle majeur dans l’installation,
la sévérité, l’exacerbation ou la persistance de la Dysfonction sexuelle, et quand aucune affection médicale générale ni aucune substance ne joue un rôle dans l’étiologie de la Dysfonction sexuelle.

Due à une combinaison de facteurs

Ce sous-type s’applique quand
1) on estime que des facteurs psychologiques jouent un rôle dans l’installation, la sévérité, l’exacerbation ou la persistance de la Dysfonction sexuelle et quand
2) on estime également qu’une affection médicale générale ou l’utilisation d’une substance contribue à la Dysfonction sexuelle mais ne l’explique pas entièrement. Si une affection médicale générale ou l’utilisation d’une substance (y compris les effets secondaires d’un médicament) rend entièrement compte de la Dysfonction sexuelle, le diagnostic est celui d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale et/ou celui d’une Dysfonction sexuelle induite par une substance.

Caractéristiques et troubles associés

Le jugement clinique relatif à la présence d’une Dysfonction sexuelle doit prendre en considération le contexte ethnique, culturel, religieux et social qui peut avoir une influence sur le désir sexuel, les anticipations et les attitudes relatives à l’accomplissement de l’acte sexuel. Par exemple, dans certaines sociétés, on attache moins d’importance aux désirs sexuels de la femme (en particulier quand la préoccupation principale est la fertilité). L’âge peut être associé à une diminution de l’intérêt sexuel et de l’activité sexuelle (en particulier chez les hommes), mais il y a de grandes différences d’un individu à l’autre dans le retentissement de l’âge.

Prévalence

Il y a très peu de données épidémiologiques systématiques relatives à la prévalence des diverses dysfonctions sexuelles, et elles sont extrêmement variables, ce qui reflète probablement des différences dans les méthodes d’évaluation, les définitions utilisées et les caractéristiques des échantillons de population. L’enquête la plus exhaustive à l’ heure actuelle, réalisée sur un échantillon représentatif de la population des États-Unis
dans une tranche d’âge de 18 à 59 ans, donne les taux de prévalences suivants pour diverses plaintes d’ordre sexuel : 3 % pour la dyspareunie masculine, 15 % pour la dyspareunie féminine, 10 % pour les problèmes d’orgasme chez l’homme, 25 % pour les problèmes d’orgasme chez la femme, 33 % pour la baisse du désir sexuel chez la femme, 27 % pour l’éjaculation précoce, 20 % pour les problèmes d’excitation sexuelle chez la femme, et 10 % pour les difficultés d’érection chez l’homme. La prévalence des difficultés d’érection chez l’homme augmente également après 50 ans. On ne dispose pas d’estimations des taux de prévalence pour l’aversion sexuelle, le vaginisme, les dysfonctions sexuelles dues à une affection médicale générale, et les dysfonctions sexuelles induites par une substance.

Diagnostic différentiel

Si on estime que la Dysfonction sexuelle est causée exclusivement par les effets physiologiques d’une affection médicale générale spécifique, le diagnostic est celui d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale. Cette détermination est fondée sur les antécédents, les examens complémentaires ou l’examen physique.

Si on estime que la Dysfonction sexuelle est causée exclusivement par les effets physiologiques d’une substance donnant lieu à abus, d’un médicament ou de l’exposition à une substance toxique, le diagnostic est celui d’une Dysfonction sexuelle induite par une substance. Le clinicien doit s’enquérir soigneusement de la nature et de l’étendue de l’utilisation de substances, y compris de médicaments. Des symptômes qui surviennent pendant ou peu de temps après (c.-àd. dans les 4 semaines qui suivent) une Intoxication par une substance ou après l’utilisation
d’un médicament seraient particulièrement indicatifs d’une Dysfonction sexuelle induite par une substance selon le type ou la quantité de substance utilisée ou la durée de son usage.

Troubles du désir sexuel

Voir plus envie de faire l’amour

  • Trouble : baisse du désir sexuel

  • Trouble : aversion sexuelle

Troubles de l’excitation sexuelle

  • Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme

Caractéristiques diagnostiques

La caractéristique essentielle du Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme est une incapacité à atteindre ou à maintenir jusqu’à l’accomplissement de l’acte sexuel, une réactivité sexuelle adéquate (lubrification, intumescence) (Critère A).
La réactivité sexuelle de la phase d’excitation consiste en une congestion vasomotrice du pelvis, une lubrification et un élargissement vaginal et une intumescence des organes génitaux externes.
La perturbation doit être à l’origine d’un désarroi marqué ou de difficultés relationnelles (Critère B).
La dysfonction n’est pas mieux expliquée par un autre trouble de l’Axe I (à l’exception d’une autre Dysfonction sexuelle) et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (y compris des médicaments) ou d’une affection médicale générale (Critère C)

Des données limitées suggèrent que le Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme s’accompagne souvent de Troubles du désir sexuel et d’un Trouble de l’orgasme chez la femme. Les femmes atteintes d’un Trouble de l’excitation sexuelle peuvent avoir peu ou pas du tout de sensation subjective d’excitation sexuelle. Le trouble peut occasionner des rapports sexuels douloureux, un évitement sexuel et une perturbation des relations conjugales ou sexuelles.

Diagnostic différentiel

Le Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme doit être distingué d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale. Le diagnostic approprié est celui d’une Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale quand on estime que la dysfonction est due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une affection médicale générale spécifiée (p. ex., réduction des taux d’oestrogènes à la ménopause ou ultérieurement, vaginite atrophique, diabète sucré, radiothérapie pelvienne)
On a également constaté une réduction de la lubrification pendant la lactation. Cette détermination sera fondée sur les antécédents, les examens complémentaires ou l’examen physique.

Contrairement au Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme, une Dysfonction sexuelle induite par une substance est jugée être due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., réduction de la lubrification causée par les antihypertenseurs ou les antihistaminiques)

Critères diagnostiques du Trouble de l’excitation sexuelle chez la femme

A. Incapacité persistante ou répétée à atteindre, ou à maintenir jusqu’à
l’accomplissement de l’acte sexuel, une activité sexuelle adéquate
(lubrification, intumescence).
B. La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés
interpersonnelles.
C. La dysfonction sexuelle n’est pas mieux expliquée par un autre
trouble de l’Axe I (à l’exception d’une autre Dysfonction sexuelle) et
n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une
substance (c.-à-d. une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale.

  • Trouble de l’érection chez l’homme

Voir « bander mou »

Troubles de l’orgasme

Voir « je ne jouis plus »

  • Trouble de l’orgasme chez la femme

  • Trouble de l’orgasme chez l’homme

  • Éjaculation précoce

Voir ejaculation precoce

Troubles sexuels avec douleur

Voir douleurs sexe

  • Dyspareunie (Non due à une affection médicale générale)

  • Vaginisme (Non dû à une affection médicale générale)

Dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale

  • Trouble : baisse du désir sexuel chez la femme due à une affection médicale générale

  • Trouble : baisse du désir sexuel chez l’homme due à une affection médicale générale

  • Trouble de l’érection chez l’homme dû à une affection médicale générale

  • Dyspareunie chez la femme due à une affection médicale générale

  • Dyspareunie chez l’ homme due à une affection médicale générale

2/ PARAPHILIES

Les Paraphilies sont caractérisées par des impulsions sexuelles, des fantaisies imaginatives, ou des comportements survenant de façon répétée et intense, qui impliquent des objets, activités ou situations inhabituels et sont à l’origine d’une souffrance subjective cliniquement significative ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d’autres domaines importants.

 

Diagnostic

Les caractéristiques essentielles d’une Paraphilie sont des fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, des impulsions sexuelles ou des comportements survenant de façon répétée et intense, et impliquant
1) des objets inanimés,
2) la souffrance ou l’humiliation de soi-même ou de son partenaire,
3) des enfants ou d’autres personnes non consentantes,
et qui s’étendent sur une période d’au moins 6 mois (Critère A).

Chez certaines personnes, des fantaisies imaginatives ou des stimulus paraphiliques sont obligatoires
pour déclencher une excitation érotique et font toujours partie de l’acte sexuel.
Dans d’autres cas, les préférences paraphiliques n’apparaissent qu’épisodiquement (p, ex., au cours de périodes de stress) alors qu’a d’autres moments, la personne est capable d’avoir un fonctionnement sexuel sans fantaisies imaginatives ou stimulus paraphiliques.
Pour la Pédophilie, le Voyeurisme, l’Exhibitionnisme, et le Frotteurisme, on fait le diagnostic si la personne a mis en actes ces impulsions ou si les impulsions ou les fantaisies imaginatives sexuelles sont à l’origine d’un désarroi prononcé ou de difficultés interpersonnelles. Pour le Sadisme sexuel, on fait le diagnostic si la personne a mis en actes ces impulsions avec une personne non consentante ou si les impulsions, les fantaisies imaginatives sexuelles ou les comportements sont à l’origine d’un désarroi prononcé ou de difficultés interpersonnelles. Pour les autres Paraphilies, on fait le diagnostic si le comportement, les impulsions sexuelles, ou les fantaisies imaginatives sont à l’origine d’un désarroi cliniquement significatif ou d’une altération du fonctionnement
social, professionnel, ou dans d’autres domaines importants (Critère B).

L’imagerie paraphilique peut être mise en acte avec un partenaire non consentant, de telle manière que cela lui soit préjudiciable (comme dans le Sadisme sexuel ou la Pédophilie). L’individu peut faire l’objet d’une arrestation et d’un emprisonnement. Lesagressions sexuelles envers les enfants représentent une proportion significative de
l’ensemble des crimes sexuels répertoriés, et les individus présentant un Exhibitionnisme, une Pédophilie et un Voyeurisme représentent la majorité des délinquants sexuels appréhendés. Dans certaines situations, la mise en acte de l’imagerie paraphilique peut conduite à une autoagression (comme dans le Masochisme sexuel). Les relations sociales et sexuelles peuvent en souffrir si autrui considère comme honteux ou répugnant le comportement sexuel inhabituel ou si le partenaire sexuel du sujet refuse de prendre part aux préférences sexuelles inhabituelles. Dans certains cas, le comportement inhabituel (p. ex., des actes exhibitionnistes ou la collection d’objets fétiches)
peut devenir l’activité sexuelle principale dans la vie de l’individu. Ces personnes se présentent rarement d’elles-mêmes pour un avis et n’entrent habituellement en contact avec les professionnels de la santé mentale que lorsqu’elles sont entrées en conflit avec leurs partenaires sexuels ou avec la société du fait de leur comportement.
Les Paraphilies sont des affections qui ont été identifiées spécifiquement dans des classifications antérieures. Elles comprennent l’Exhibitionnisme (exposition de ses organes génitaux), le Fétichisme (utilisation d’objets inanimés), le Frotteurisme fait de toucher ou de se frotter contre une personne non consentante), la Pédophilie
(focalisation sur des enfants prépubères), le Masochisme (être humilié ou se faire infliger des souffrances), le Sadisme sexuel (infliger humiliation ou souffrance), le Transvestisme fétichiste (revêtir les habits du sexe opposé) et le Voyeurisme. Il n’est pas rare qu’un individu ait plus d’une paraphilie.

Caractéristiques et troubles associés

Caractéristiques descriptives et troubles mentaux associés. Le stimulus préféré, même au sein d’une Paraphilie particulière, peut être hautement spécifique. Les individus qui ne disposent pas d’un partenaire consentant avec qui ils pourraient mettre en acte leurs fantaisies imaginatives peuvent louer les services de prostitué(e)s ou
peuvent mettre en acte leurs fantaisies imaginatives avec des victimes contre le gré de celles-ci. Les individus présentant une Paraphilie peuvent choisir une occupation ou se consacrer à un hobby ou faire du bénévolat qui les met en contact avec le stimulus désiré — p. ex., vendre des chaussures féminines ou de la lingerie féminine (Fétichisme), travailler avec des enfants (Pédophilie), ou conduire une ambulance (Sadisme sexuel). Ils peuvent sélectivement regarder, lire, acheter ou collectionner des photographies, films et récits centrés sur leur type préféré de stimulus paraphilique. De nombreuses personnes présentant ces troubles affirment que leur comportement ne leur cause aucun désarroi et que leur seul problème est un dysfonctionnement social résultant de la réaction d’autrui à leur comportement. D’autres font part d’une culpabilité, d’une honte ou d’une dépression extrêmes à devoir se livrer à une activité sexuelle inhabituelle qui est socialement inacceptable ou qu’ils considèrent comme
immorale. Il y a souvent une altération de la capacité à établir un rapport sexuel dans la réciprocité et l’affection et des Dysfonctions sexuelles peuvent être présentes. Des perturbations de la personnalité sont également fréquentes et peuvent être suffisamment sévères pour justifier un diagnostic de Trouble de la personnalité. Des symptômes de dépression peuvent se développer chez les sujets présentant des Paraphilies et
peuvent s’accompagner d’un accroissement de la fréquence et de l’intensité du comportement paraphilique.

bsp;

 

Examens complémentaires.

La pléthysmographie pénienne a été utilisée dans des unités de recherche afin d’étudier diverses paraphilies en mesurant le degré d’excitation sexuelle d’un individu en réponse à des stimulus visuels et auditifs. La fiabilité et la validité de cette procédure dans le cadre d’un examen clinique n’a pas été complètement établie, et l’expérience clinique suggère que les sujets peuvent modifier leur réponse en manipulant leurs images mentales.

Affections médicales générales associées.

Une activité sexuelle fréquente et sans protection peut avoir comme conséquence une contamination par une maladie sexuellement transmissible, ou la transmission d’une maladie sexuellement transmissible.

Prévalence

Bien que les Paraphilies soient rarement diagnostiquées dans les services de soins généraux, l’importance du marché commercial de la pornographie paraphilique et des accessoires paraphiliques suggère que sa prévalence dans la communauté est probablement plus élevée. Les problèmes les plus couramment rencontrés dans les cliniques
spécialisées dans le traitement des Paraphilies sont la Pédophilie, le Voyeurisme et l’Exhibitionnisme. Le Masochisme sexuel et le Sadisme sexuel sont beaucoup moins souvent rencontrés. Approximativement la moitié des sujets qui consultent pour une Paraphilie sont mariés.

Diagnostic différentiel

On doit distinguer une Paraphilie de l’emploi non pathologique de fantaisies imaginatives sexuelles, de comportements ou d’objets en tant que stimulus de l’excitation sexuelle chez des individus qui n’ont pas de Paraphilie. Les fantaisies imaginatives, comportements ou objets ne sont paraphiliques que lorsqu’ils conduisent à
un désarroi cliniquement significatif ou à une perturbation du fonctionnement (p. ex., lorsqu’ils sont obligatoires, à l’origine d’une dysfonction sexuelle, exigent la participation de sujets non consentants, mènent à des complications légales, interfèrent avec les relations sociales).

Dans le Retard mental, la Démence, la Modification de la personnalité due à une affection médicale générale, l’Intoxication par une substance, l’Épisode maniaque ou la Schizophrénie, il peut y avoir une diminution du jugement, des aptitudes sociales ou (lu contrôle des impulsions qui, dans de rares cas, conduisent à un
comportement sexuel inhabituel. Celui-ci peut être distingué d’une Paraphilie par le fait que le comportement sexuel inhabituel n’est pas le mode préféré ou obligatoire de l’individu, que les symptômes sexuels se produisent exclusivement au cours de l’évolution de ces troubles mentaux, et que les actes sexuels inhabituels ont plutôt tendance à être isolés que récurrents et débutent habituellement à un âge plus avancé.
Les Paraphilies individuelles peuvent être distinguées les unes des autres sur la base des différences dans la focalisation paraphilique caractéristique. Cependant, si les préférences sexuelles de l’individu remplissent les critères de plus d’une Paraphilie, toutes peuvent être diagnostiquées. L’Exhibitionnisme doit être distingué du fait d’uriner dans un lieu public, ce qui est parfois avancé comme une explication du comportement.
Le Fétichisme et le Transvestisme fétichiste impliquent souvent tous deux des articles de vêtements féminins. Dans le Fétichisme, la focalisation de l’excitation sexuelle concerne l’article de vêtement lui-même (p. ex., un panty), alors que dans le Transvestisme fétichiste, l’excitation sexuelle provient de l’acte de revêtir les vêtements
du sexe opposé. Le fait de revêtir les vêtements du sexe opposé qui est présent dans le Transvestisme fétichiste peut aussi être présent dans le Masochisme sexuel. Dans le Masochisme sexuel, c’est l’humiliation d’être obligé de s’habiller avec les vêtements du sexe opposé qui est excitante sexuellement, et non les habits eux- mêmes.
Revêtir les habits du sexe opposé peut être associé à une dysphorie concernant l’identité sexuelle. Si le sujet présente une dysphorie concernant l’identité sexuelle, mais sans que l’ensemble des critères d’un Trouble de l’identité sexuelle soient remplis, le diagnostic sera celui d’un Transvestisme fétichiste, avec dysphorie concernant l’identité sexuelle. On portera le diagnostic additionnel de Trouble de l’identité sexuelle si le tableau clinique répond à l’ensemble des critères d’un Trouble de l’identité sexuelle.

 

Les Paraphilies incluent :

Exhibitionnisme

On doit distinguer une Paraphilie de l’emploi non pathologique de fantaisies imaginatives sexuelles, de comportements ou d’objets en tant que stimulus de l’excitation sexuelle chez des individus qui n’ont pas de Paraphilie. Les fantaisies imaginatives, comportements ou objets ne sont paraphiliques que lorsqu’ils conduisent à
un désarroi cliniquement significatif ou à une perturbation du fonctionnement (p. ex., lorsqu’ils sont obligatoires, à l’origine d’une dysfonction sexuelle, exigent la participation de sujets non consentants, mènent à des complications légales, interfèrent avec les relations sociales).

Fétichisme

La focalisation paraphilique dans le Fétichisme implique l’utilisation d’objets inanimés (le « fétiche »). Parmi les objets fétiches les plus courants, on trouve les culottes féminines, les soutiens-gorge, les bas, les chaussures, les bottes, ou toute autre pièce d’habillement. La personne présentant un Fétichisme se masturbe fréquemment tout en tenant à la main, frottant, ou sentant l’objet fétiche ou peut demander à son partenaire
sexuel de porter l’objet au cours de leurs relations sexuelles. Habituellement, le fétiche est requis ou fortement préféré pour obtenir une excitation sexuelle, et en son absence, il peut y avoir une dysfonction érectile chez l’homme. Cette Paraphilie n’est pas diagnostiquée quand les fétiches se limitent à des articles de vêtements féminins utilisés pour revêtir les habits de l’autre sexe, comme dans le Transvestisme fétichiste, ou quand l’objet est stimulant génitalement du fait qu’il a été conçu dans ce but (p. ex., un vibrateur). Généralement, cette Paraphilie débute dans l’adolescence, bien que le fétiche ait pu avoir été doté d’une signification particulière plus précocement dans l’ enfance. Une fois installé, le Fétichisme a tendance à devenir chronique.

Critères diagnostiques du Fétichisme

A. Présence (le fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, impliquant l’utilisation
d’objets inanimés (p. ex., des sous-vêtements féminins).
B. Les fantaisies, impulsions sexuelles, ou comportements sont à l’origine
d’une souffrance cliniquement significative ou d’une altération
du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines
i mportants.
C. Les objets fétiches ne se limitent pas à des articles vestimentaires
féminins utilisés dans le travestissement (comme clans le Transvestisme
fétichiste) ou à des instruments conçus à des fins de stimulation
tactile génitale (p. ex., un vibrateur)

Frotteurisme

La focalisation paraphilique du Frotteurisme implique l’acte de toucher et de se frotter contre une personne non consentante. Le comportement se manifeste habituellement dans des lieux très peuplés d’où le sujet peut plus facilement échapper à une arrestation (p. ex., sur des trottoirs ou il y a foule, ou dans des transports publics). Le sujet frotte ses organes génitaux contre les cuisses et les fesses de la victime ou caresse les organes génitaux ou la poitrine de la victime. Tout en faisant cela, il imagine habituellement une relation exclusive et affectueuse avec la victime. Cependant, il se rend compte que pour éviter de possibles poursuites, il doit s’esquiver aussitôt après avoir touché la victime.
Habituellement, cette paraphilie débute clans l’adolescence ; la plupart des actes de Frotteurisme se produisent quand le sujet a entre 15 et 25 ans ; au-delà, il y a un déclin graduel de leur fréquence.

Critères diagnostiques du Frotteurisme

A. Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, et impliquant l’acte
de toucher et de se frotter contre une personne non consentante.
B. La personne a cédé à ces impulsions sexuelles, ou les impulsions
sexuelles ou les fantaisies imaginatives sont à l’origine d’un désarroi
prononcé ou de difficultés interpersonnelles.

Pédophilie

La focalisation paraphilique de la Pédophilie implique une activité sexuelle avec un enfant prépubere (généralement âgé de 13 ans ou plus jeune). Le sujet présentant une Pédophilie doit avoir au moins 16 ans et avoir au moins 5 ans de plus que l’enfant. Pour les sujets en fin d’adolescence qui présentent une Pédophilie, on ne spécifie pas de
différence d’âge précise et on doit utiliser le jugement clinique ; on doit tenir compte à la fois de la maturité sexuelle de l’enfant et de la différence d’âge. Les individus présentant une Pédophilie rapportent généralement une attirance pour des enfants d’un âge particulier. Certains sujets préfèrent les garçons, d’autres les filles, et certains sujets sont excités aussi hien par les garçons que par les filles. Ceux qui sont attirés par les filles préfèrent généralement celles qui ont entre 8 et 10 ans, alors que ceux qui sont attirés par les garçons préfèrent généralement des enfants légèrement plus âgés.

La Pédophilie dont sont victimes les filles est plus souvent signalée que la Pédophilie dont sont victimes les garçons. Certains individus présentant une Pédophilie sont attirés sexuellement uniquement par les enfants (type exclusif), alors que d’autres sont parfois attirés par des adultes (type non exclusif).

Les individus présentant une Pédophilie qui cèdent à leurs impulsions avec des enfants peuvent se limiter à déshabiller l’enfant et à le regarder, à s’exhiber eux- mêmes, à se masturber en présence de l’enfant, ou à
toucher et caresser l’enfant avec douceur. D’autres, cependant, se livrent à la fellation ou au cunnilingus avec l’enfant ou pénètrent son vagin, sa bouche ou son anus avec leurs doigts, des objets ou leur pénis et recourent à diverses formes de contraintes pour y arriver. Ces activités sont couramment expliquées par des excuses ou des rationalisations selon lesquelles elles ont une « valeur éducative » pour l’enfant, que l’enfant en retire du « plaisir sexuel » ou que l’enfant les a « provoqués sexuellement », thèmes qui sont également répandus dans la pornographie pédophile. En raison du caractère egosyntonique de la Pédophilie, nombre d’individus ayant des fantaisies imaginatives, impulsions ou comportements pédophiles n’en éprouvent pas de désarroi significatif.
Il importe de comprendre que le sentiment de désarroi lié aux fantaisies imaginatives, impulsions ou comportements n’est pas nécessaire au diagnostic de Pédophilie.

Le diagnostic de Pédophilie s’applique aux individus qui ont un schéma d’excitation sexuelle pédophile et cèdent à leurs impulsions avec un enfant.
Les individus peuvent se limiter à exercer leurs activités sur leurs propres enfants, beaux-fils, belles-filles ou membres de la famille, ou peuvent s’en prendre à des enfants d’autres familles. Certains individus présentant une Pédophilie menacent l’enfant pour l’empêcher de faire des révélations. D’autres, en particulier ceux qui s’en prennent souvent aux enfants, élaborent des techniques compliquées pour pouvoir accéder aux enfants, qui peuvent comporter le fait de gagner la confiance de la mère de l’enfant, d’épouser une femme par l’enfant de laquelle ils sont attirés, d’échanger des enfants avec d’autres individus présentant une Pédophilie ou, dans de plus rares circonstances, d’adopter des enfants de pays en voie de développement ou de kidnapper les enfants d’autrui.

A l’exception des cas où le trouble est associé à un Sadisme sexuel, la personne peut être attentive aux besoins de l’enfant dans le but de gagner son affection, son intérêt et sa fidélité et pour éviter que l’enfant ne révèle l’activité sexuelle. Le trouble débute habituellement dans l’adolescence, bien que certains individus présentant une Pédophilie disent ne pas avoir été excités par les enfants avant d’avoir atteint l’âge mûr.

La fréquence du comportement pédophilique fluctue souvent en fonction des stress psychosociaux. L’évolution est généralement chronique, en particulier chez les sujets qui sont attirés par les garçons. Le taux de récidive des sujets présentant une Pédophilie impliquant une préférence pour les garçons est à peu près le double de ce qu’il est pour ceux qui préfèrent les filles.

Critères diagnostiques de la Pédophilie

A. Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, impliquant une activité
sexuelle avec un enfant ou des enfants prépubères (généralement
âgés de 13 ans ou plus jeunes).
B. La personne a cédé à ces impulsions sexuelles, ou les impulsions
sexuelles ou les fantaisies imaginatives sexuelles sont à l’origine d’un
désarroi prononcé ou de difficultés interpersonnelles.
C. Le sujet est âgé de 16 ans au moins et a au moins 5 ans de plus que
l’enfant mentionné en A.
N.-B. : Ne pas inclure un sujet en fin d’adolescence qui entretient des relations
sexuelles avec un enfant de 12-.13 ans.
Spécifier si :
Attiré sexuellement par les garçons
Attiré sexuellement par les filles
Attiré sexuellement par les filles et par les garçons
Spécifier si :
Limité à l’inceste

Masochisme sexuel

La focalisation paraphilique du Masochisme sexuel implique l’acte (réel, non simulé) d’être humilié, battu, attaché ou livré à la souffrance par d’autres moyens. Certains individus sont importunés par leurs fantaisies imaginatives masochistes qui peuvent être évoquées au cours des rapports sexuels ou la masturbation, mais non mises en acte
d’une autre manière. Dans de tels cas, les fantaisies imaginatives masochistes impliquent habituellement le fait d’être violé tout en étant maintenu ou attaché par autrui de telle façon qu’il n’y ait pas de possibilité de s’échapper. D’autres mettent en acte leurs impulsions sexuelles masochistes sur eux-mêmes (p. ex., en s’attachant eux mêmes, en s’enfonçant eux-mêmes des aiguilles, en se choquant eux-mêmes a l’électricité, ou en se mutilant eux-mêmes) ou avec un partenaire. Les actes masochistes qui peuvent être recherchés avec un partenaire comprennent le fait d’être entravé (contrainte physique), d’avoir les yeux bandés (contrainte sensorielle), d’être frappé avec
662 Troubles sexuels et Troubles de l’identité sexuelle une baguette, d’être fessé, fouetté, battu, de subir des chocs électriques, d’être coupé, d’être « transpercé et épinglé » (infibulation), et humilié (p. ex., se faire uriner ou déféquer sur soi, être forcé de marcher à quatre pattes et d’aboyer comme un chien ou être soumis à des injures). Le fait d’être forcé à revêtir des habits du sexe opposé peut être recherché pour ses connotations humiliantes. Le sujet peut désirer être traité comme un enfant sans défense et qu’on lui mette des couches (« infantilisme »).

Une forme particulièrement dangereuse du Masochisme sexuel appelée « hypoxyphilie », implique une excitation sexuelle due à un manque d’oxygénation obtenu par divers moyens : compression de la poitrine, noeud coulant, ligature, sac en plastique, masque, ou produit chimique (souvent un nitrite volatile qui provoque une réduction temporaire de l’oxygénation cérébrale du fait d’une vasodilatation périphérique). Les activités visant à se priver d’oxygène peuvent être menées seul ou avec un partenaire. Du fait d’un défaut de fonctionnement du matériel, d’erreur dans le placement du noeud coulant ou de la ligature, ou d’autres erreurs, des décès accidentels se produisent parfois.
Des données provenant des États-Unis, d’Angleterre, d’Australie et du Canadaindiquent qu’on met en évidence chaque année I à 2 décès pour un million d’habitants causés par l’ hypoxyphilie.

Certains hommes présentant un Masochisme sexuel, présentent aussi un Fétichisme, un Transvestisme fétichiste ou un Sadisme sexuel. Les fantaisies imaginatives sexuelles masochistes étaient probablement déjà présentes dans
l’enfance. L’âge à partir duquel les activités masochistes débutent pour la première fois avec des partenaires est variable, mais correspond couramment à l’âge adulte jeune.

Le Masochisme sexuel est habituellement chronique et la personne a tendance à répéter le même acte masochiste. Certains individus présentant un Masochisme sexuel peuvent se livrer à des actes masochistes pendant plusieurs années, sans accroître la dangerosité potentielle de leurs actes. D’autres, cependant, accroissent la sévérité de leurs actes masochistes avec le temps ou au cours de périodes de stress, ce qui peut aboutir en
définitive à des blessures ou même à la mort.

Critères diagnostiques du Masochisme sexuel

A. Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, impliquant des
actes (réels, non simulés), dans lesquels le sujet est humilié, battu,
attaché, ou livré à la souffrance par d’autres moyens.
B. Les fantaisies, impulsions sexuelles, ou comportements sont à l’origine
d’une souffrance cliniquement significative ou d’une altération
du fonctionnement social, professionnel ou clans d’autres domaines
i mportants.

Sadisme sexuel

La focalisation paraphilique du Sadisme sexuel implique des actes (réels, non simulés) dans lesquels le sujet retire une excitation sexuelle de la souffrance psychologique ou physique de la victime (y compris son humiliation). Certains individus présentant cette Paraphilie sont importunés par leurs fantaisies imaginatives sadiques qui peuvent être évoquées au cours d’un acte sexuel, mais qui ne sont pas mises en acte d’une autre
manière ; dans de tels cas, les fantaisies imaginatives sadiques impliquent habituellement le fait d’exercer un contrôle total de la victime, qui est terrifiée par anticipation de l’acte sadique imminent. D’autres mettent en acte leurs impulsions sexuelles sadiques avec un partenaire consentant (qui peut présenter un Masochisme sexuel) qui endure volontiers douleur et humiliation. D’autres encore mettent en acte leurs impulsions sexuelles sadiques sur des victimes non consentantes. Dans tous les cas, c’est la souffrance de la victime qui est sexuellement excitante. Les fantaisies imaginatives ou les actes sadiques peuvent impliquer des activités qui indiquent une domination de la personne sur la victime (p. ex., forcer la personne à marcher à quatre pattes, ou l’enfermer dans une cage). Ils peuvent impliquer également une entrave, le bandage des yeux, le fait de frapper avec une baguette, de donner des fessées, de fouetter, de pincer, de battre, de brûler, d’administrer des chocs électriques, de violer, de couper, de donner des coups de couteau, d’étrangler, de torturer, de mutiler ou de tuer. Les fantaisies imaginatives sexuelles étaient probablement déjà présentes dans l’enfance.

L’âge de début des activités sadiques est variable, mais correspond couramment à l’âge adulte jeune. Le Sadisme sexuel est habituellement chronique. Quand le Sadisme sexuel est pratiqué sur des partenaires non consentants, il est probable que l’activité se répétera jusqu’à ce que la personne présentant un sadisme sexuel soit appréhendée.
Certains individus présentant un Sadisme sexuel peuvent se livrer à des actes sadiques pendant plusieurs années sans avoir besoin d’accroître le potentiel de dangerosité et d’infliger des blessures physiques sévères. Habituellement, cependant, la sévérité des actes sadiques s’accroît avec le temps. Quand le sadisme sexuel est sévère, et en particulier quand il est associé à une Personnalité antisociale, les individus présentant un
Sadisme sexuel peuvent blesser sérieusement ou même tuer leurs victimes.

Critères diagnostiques du Sadisme sexuel

A. Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, impliquant des
actes (réels, non simulés), dans lesquels la souffrance psychologique
ou physique de la victime (y compris son humiliation) déclenche une
excitation sexuelle chez le sujet.
B. La personne a cédé à ces impulsions sexuelles avec une personne non
consentante, ou les impulsions sexuelles ou les fantaisies imaginatives
sexuelles sont à l’origine d’un désarroi prononcé ou de difficultés
interpersonnelles.

Transvestisme fétichiste

La focalisation paraphilique du Transvestisme fétichiste implique un travestissement d’un sujet masculin par des vêtements féminins. Souvent ou dans la plupart des cas, l’excitation sexuelle est déclenchée par le fait de penser ou d’imaginer être une femme (ce qu’on appelle l’ « autogynéphilie ”). Ces représentations peuvent aller de l’imagination d’être une femme pourvue d’organes génitaux féminins à celle d’être complètement habillé en femme sans attacher d’importance particulière aux organes génitaux. Les accessoires féminins sont excitants principalement en tant que symboles de la féminité d’un individu et non en tant qu’objets fétiches détenant des propriétés spécifiques (par exemple, les objets en latex).

Habituellement, le sujet masculin présentant un Transvestisme fétichiste conserve une collection de vêtements féminins qu’il utilise de manière intermittente pour se travestir. En général, tout en étant travesti, il se masturbe, s’imaginant être, lui-même, à la fois l’homme et la femme de sa fantaisie sexuelle.

Ce trouble n’a été décrit que chez des hommes hétérosexuels. On ne fait pas un diagnostic de Transvestisme fétichiste quand le travestissement se produit exclusivement au cours de l’ évolution d’un Trouble de l’identité sexuelle. Le phénomène du Transvestisme sexuel peut aller du port solitaire et occasionnel de vêtements féminins à un large engagement dans une subculture du travestissement. Certains hommes portent une pièce de vêtement
féminin isolée (p. ex., un sous-vêtement ou des bas) sous leur habillement masculin. D’autres hommes présentant un Transvestisme fétichiste s’habillent entièrement en femme et se maquillent. Le degré de réussite dans l’apparence féminine que le sujet travesti peut atteindre est variable, et dépend des maniérismes, de la constitution corporelle, de l’habileté à se travestir.

Lorsqu’il n’est pas travesti, l’homme présentant un Transvestisme fétichiste a généralement une allure banalement masculine. Bien que son orientation de base soit hétérosexuelle, il a tendance à avoir peu de partenaires sexuels et peut s’être livré à des rapports homosexuels occasionnels. La présence d’un Masochisme sexuel peut être une caractéristique associée. Le trouble débute typiquement par un travestissement dans l’enfance ou au début de l’adolescence. Dans de nombreux cas, le travestissement n’est pas réalisé en public avant l’âge adulte.
L’expérience initiale consiste en un travestissement partiel ou total ; le travestissement partiel évolue souvent vers un travestissement total. Un article vestimentaire préféré peut devenir érotique par lui-même et peut être employé régulièrement, d’abord au cours de la masturbation et ultérieurement dans les rapports sexuels. Chez certains sujets, la motivation pour se travestir peut se modifier au fil du temps, de façon temporaire ou
permanente, l’excitation sexuelle déclenchée par le travestissement pouvant décroître ou disparaître. Dans de telles circonstances, le travestissement devient un antidote à l’anxiété ou à la dépression ou apporte un sentiment de paix et de calme. D’autres sujets peuvent présenter une dysphorie concernant l’identité sexuelle, en particulier au cours d’un stress situationnel avec ou sans symptômes de dépression. Chez certains sujets, rares, la dysphonie concernant l’identité sexuelle devient une composante fixe du tableau clinique et s’accompagne du désir de s’habiller et de vivre en permanence comme une femme et de demander un changement de sexe par un traitement hormonal ou chirurgical.
Les sujets présentant un Transvestisme fétichiste demandent souvent à être traités quand une dysphorie concernant l’identité sexuelle se fait jour. Le sous-type : avec dysphorie concernant l’identité sexuelle est proposé afin de permettre au clinicien de noter la présence d’une dysphorie concernant l’identité sexuelle chez les sujets présentant un Transvestisme fétichiste.

Critères diagnostiques du Transvestisme fétichiste

A. Présence chez un homme hétérosexuel de fantaisies imaginatives
sexuellement excitantes, d’impulsions sexuelles, ou de comportements,
survenant de façon répétée et intense, pendant une période
d’au moins 6 mois, impliquant un travestissement.
B. Les fantaisies, impulsions sexuelles, ou comportements sont à l’origine
d’une souffrance cliniquement significative ou (l’une altération
du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines
importants.
Spécifier :
Avec dysphorie concernant l’identité sexuelle : si le sujet éprouve
un malaise persistant en rapport avec son identité sexuelle ou son rôle
sexuel.

Voyeurisme

La focalisation paraphilique du Voyeurisme implique l’acte d’observer des personnes qui ne s’en doutent pas, généralement des personnes étrangères, qui sont nues, en train de se déshabiller ou en train d’avoir des rapports sexuels. L’acte de regarder (« mater ») a pour but de déclencher une excitation sexuelle et, habituellement, le sujet ne cherche pas à avoir une activité sexuelle avec la personne observée. L’orgasme, généralement obtenu par la masturbation, peut se produire pendant l’activité voyeuriste ou ultérieurement, lors de l’évocation de ce que la personne a observé. Ces personnes ont souvent la fantaisie imaginative d’avoir une expérience sexuelle avec la personne observée, mais cela se produit rarement dans la réalité. Dans sa forme sévère, le « matage » représente
une forme d’activité sexuelle exclusive. Le comportement voyeuriste débute généralement avant l’âge de 15 ans. L’évolution a tendance à être chronique.

Critères diagnostiques du Voyeurisme

A. Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et
intense, pendant une période d’au moins 6 mois, consistant à
observer une personne nue, ou en train de se déshabiller, ou en train
d’avoir des rapports sexuels et qui ne sait pas qu’elle est observée.
B. La personne a cédé à ces impulsions sexuelles, ou les impulsions
sexuelles ou les fantaisies imaginatives sexuelles sont à l’origine d’un
désarroi prononcé Ou de difficultés interpersonnelles.

3/ TROUBLES DE L’IDENTITÉ SEXUELLE

Les Troubles de l’identité sexuelle sont caractérisés par une identification franche et persistante à l’autre sexe accompagnée d’un sentiment persistant d’inconfort par rapport au sexe déclaré. L’identité sexuelle correspond à la perception par un individu de son propre statut sexuel, masculin ou féminin. Le terme dysphorie sexuelle désigne un sentiment d’inconfort franc et persistant par rapport au sexe déclaré, le désir d’acquérir l’apparence corporelle du sexe opposé, et le désir (l’être considéré par autrui comme faisant partie du sexe opposé. Les termes identité sexuelle et dysphorie sexuelle doivent être distingués du terme orientation sexuelle, qui correspond à l’attirance érotique envers les hommes, les femmes ou les deux sexes.

Caractéristiques diagnostiques

Le trouble de l’identité sexuelle a deux composantes, toutes deux devant être présentes pour le diagnostic.

On doit démontrer l’existence d’une identification intense et persistante à l’autre sexe, à savoir le désir d’appartenir à l’autre sexe ou l’affirmation qu’on en fait partie (Critère A).
Cette identification à l’autre sexe ne doit pas se réduire simplement au désir d’obtenir les bénéfices culturels dévolus à l’autre sexe.

On doit également démontrer l’existence d’un inconfort persistant par rapport au sexe assigné ou d’un sentiment d’inadéquation par rapport à l’identité de rôle correspondante (Critère B).

On ne fait pas ce diagnostic si le sujet a une affection intersexuelle physique concomitante (p. ex., syndrome d’insensibilité partielle aux androgènes ou hyperplasie congénitale des surrénales) (Critère C).

Pour faire ce diagnostic, on doit démontrer l’ existence d’un désarroi cliniquement significatif ou d’une altération du fonctionnement social ou professionnel, ou dans d’autres domaines importants (Critère D).

Chez les garçons, l’identification à l’autre sexe se manifeste par une préoccupation prononcée pour les activités féminines traditionnelles. Ils peuvent préférer revêtir des habits de fille ou de femme ou peuvent confectionner de telles pièces de vêtements à partir du matériel disponible quand ils ne disposent pas d’accessoires véritables. Des
serviettes de toilette, des tabliers et des foulards sont souvent utilisés pour représenter des cheveux longs ou des jupes. Il existe une forte attraction pour les jeux et passetemps typiques des filles. En particulier, ils aiment jouer «à la maison », dessiner des filles magnifiques et des princesses, et regarder des émissions de télévision et des vidéos de leurs types de femmes de prédilection. Les poupées féminines typiques du style Barbie, sont souvent leurs jouets favoris et les filles sont leurs compagnons de jeux préférés. Quand ils jouent « à la maison », les garçons jouent le rôle de figures féminines, le plus souvent des rôles de mères, et sont souvent très préoccupés par des figures imaginaires féminines. Ils évitent les jeux brutaux et les sports de compétition et s’intéressent peu aux voitures et aux camions ou à d’autres jouets non agressifs, mais typiques des garçons. Ils peuvent exprimer le souhait d’être une fille et affirmer qu’ils vont devenir une femme en grandissant. Ils peuvent insister pour uriner assis et prétendre ne pas avoir de pénis en le repoussant entre leurs cuisses. Plus rarement, les garçons présentant un Trouble de l’identité sexuelle peuvent déclarer qu’ils trouvent leur pénis ou leurs testicules dégoûtants, qu’ils veulent s’en débarrasser ou qu’ils ont, ou souhaitent avoir, un vagin.

Les filles présentant un Trouble de l’identité sexuelle manifestent d’intenses réactions négatives aux attentes ou tentatives parentales de leur faire revêtir des habits ou autres accessoires féminins. Certaines peuvent refuser d’aller à l’école ou de participer à certains événements sociaux où le port de tels vêtements peut être exigé. Elles préfèrent les habits de garçons et le port des cheveux courts, sont souvent prises pour des garçons par des personnes qui ne les connaissent pas, et peuvent demander à être appelées par un nom de garçon. Leurs héros imaginaires sont le plus souvent des figures masculines puissantes, comme Batman ou Superman. Les filles préfèrent avoir pour compagnon de jeux des garçons, avec qui elles partagent l’intérêt pour les sports de contact, les jeux brutaux, et les jeux traditionnels de garçons. Elles se montent peu intéressées par les poupées ou toute forme de parure féminine ou jeu de rôle féminin.
Une fille présentant ce trouble peut à l’occasion refuser d’uriner assise. Elle peut affirmer qu’elle a un pénis ou que celui va pousser et peut refuser de voir sa poitrine pousser ou d’avoir des menstruations. Elle peut affirmer qu’elle va devenir un homme en grandissant. De telles filles expriment typiquement une identification prononcée à
l’autre sexe dans les jeux de rôle, les rêves et les fantaisies imaginatives.

Les adultes présentant un Trouble de l’identité sexuelle sont préoccupés par leur désir de vivre en tant que membre du sexe opposé. Cette préoccupation peut se manifester par un désir intense d’adopter le rôle social de l’autre sexe ou d’acquérir l’apparence physique de l’autre sexe par une technique hormonale ou chirurgicale. Les
adultes présentant ce trouble éprouvent un sentiment d’inconfort à être considérés par autrui comme un membre de leur sexe assigné, ou à fonctionner en société en tant que tel. Ils adoptent le comportement, l’habillement, et les manières du sexe opposé de diverses façons. En privé, ces individus peuvent passer beaucoup de temps travestis
et travailler à obtenir l’apparence du sexe opposé. Ils essaient souvent de se faire passer pour quelqu’un du sexe opposé en public. Grâce au travestissement ou au traitement hormonal (et pour les hommes, l’épilation laser), les sujets présentant ce
trouble peuvent se faire passer de manière convaincante pour quelqu’un du sexe opposé).

L’activité sexuelle de ces sujets avec des partenaires du même sexe est généralement restreinte par le souhait que leurs partenaires ne voient ni ne touchent leurs organes génitaux. Pour certains hommes présentant le trouble plus tard au cours de leur vie, (souvent après le mariage), l’activité sexuelle de l’individu avec une femme s’accompagne de la fantaisie imaginative de constituer un couple d’amantes lesbiennes ou que sa partenaire est un homme et qu’il est une femme.

Chez les adolescents, les caractéristiques cliniques peuvent ressembler soit à celles des enfants, soit à celles des adultes, selon le niveau de développement de l’individu et les critères doivent être appliqués en conséquence. Chez un jeune adolescent, il peut être plus difficile de parvenir à un diagnostic précis du fait de la réserve propre à l’adolescence.
Cette difficulté peut être accrue si l’adolescent ressent une ambivalence par rapport à l’identification à l’autre sexe, ou sent que c’est inacceptable pour sa famille.
L’adolescent peut être adressé pour avis parce que les parents ou enseignants sont préoccupés par son isolement social ou les taquineries ou le rejet par les pairs. Dans de telles circonstances, le diagnostic doit être réservé aux adolescents qui apparaissent tout à fait identifiés à l’autre sexe de par leur habillement et qui se livrent à ries comportements qui suggèrent une identification significative à l’autre sexe (p. ex., se raser les jambes pour un homme). La clarification du diagnostic chez les enfants et les adolescents peut nécessiter un suivi sur une période de temps prolongée.

Le désarroi et le handicap des sujets présentant un Trouble de l’identité sexuelle se manifestent différemment au cours du cycle de la vie. Chez les jeunes enfants, le désarroi se manifeste par l’expression d’un mécontentement envers leur sexe assigné.
La préoccupation par les désirs d’appartenir à l’autre sexe interfère souvent avec les activités habituelles. Chez les plus grands enfants, l’échec de l’établissement de relations et de jeux avec leurs pairs du même sexe et d’âge équivalent conduit souvent à l’isolement et au désarroi, et certains enfants peuvent refuser d’aller à l’école à cause de tracasseries ou de pressions pour qu’ils revêtent les habits typiques de leur sexe assigné.
Chez les adolescents et les adultes, les préoccupations par les souhaits d’appartenir à l’autre sexe interfèrent souvent avec les activités ordinaires. Les difficultés relationnelles sont courantes et le fonctionnement à l’école ou au travail peut être altéré.

Spécifications

Pour les individus ayant atteint la maturité sexuelle, les spécifications suivantes peuvent être notées sur la hase de l’orientation sexuelle du sujet : Attiré sexuellement par les hommes, Attiré sexuellement par les femmes, Attiré sexuellement par les deux sexes, Attiré sexuellement ni par un sexe ni par l’autre. Les hommes présentant un Trouble de l’identité sexuelle sont concernés dans une large mesure par les quatre spécifications. Ceux qui sont attirés par les hommes voient habituellement leur trouble débuter pour la première fois dans l’enfance ou au début de l’adolescence, alors que ceux parmi les hommes qui sont attirés par les femmes, par les deux sexes ou ne
sont attirés ni par un sexe ni par l’autre indiquent que leur dysphorie sexuelle a commencé au début de l’âge adulte ou à la maturité. Ceux parmi les hommes qui ne sont attirés ni par un sexe ni par l’autre sont souvent des individus isolés présentant des traits schizoïdes. Pratiquement toutes les femmes qui présentent un Trouble de l’identité sexuelle seront concernées par la même spécification : Attiré sexuellement par les femmes, bien qu’il y ait des cas exceptionnels de femmes qui sont attirées sexuellement par les hommes.

Caractéristiques descriptives et troubles mentaux associés.

De nombreux individus présentant un Trouble de l’identité sexuelle évoluent vers un isolement social.
L’isolement et l’ostracisme contribuent à une faible estime de soi et peuvent conduire à une aversion scolaire ou à un abandon de la scolarité. L’ostracisme et les tracasseries de la part des pairs sont des conséquences particulièrement fréquentes du trouble chez les garçons. Les garçons qui présentent un Trouble de l’identité sexuelle ont souvent des manières féminines prononcées et une façon particulière de parler.
La perturbation peut être tellement envahissante que la vie mentale de certains individus tourne uniquement autour des activités qui permettent de réduire le désarroi lié à leur sexe. Ils sont souvent préoccupés de leur apparence, tout particulièrement au début de la transition vers une vie correspondant au rôle du sexe opposé. Les relations
avec l’un des parents ou les deux peuvent être également sérieusement altérées. Certains hommes présentant un Trouble de l’identité sexuelle recourent à une automédication par des hormones. Ils parviennent très rarement à réaliser leur propre castration ou l’ablation de leur pénis. Certains hommes présentant ce trouble, en particulier
dans les centres urbains, peuvent se livrer à la prostitution, ce qui les expose à un risque élevé d’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (HI V). Des tentatives de suicide et des Troubles liés à une substance sont couramment associés.
Chez les enfants présentant un Trouble de l’identité sexuelle, peuvent coexister une Anxiété de séparation, une Anxiété généralisée et des symptômes de dépression. Les adolescents sont particulièrement exposés au risque de dépression, d’idées suicidaires et de tentatives de suicide. Chez les adultes, des symptômes anxieux et dépressifs
peuvent être présents. Dans les échantillons cliniques, les Troubles de la personnalité associés sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes. Les hommes adultes qui sont attirés sexuellement par les femmes, ou par les hommes comme par les femmes, ou qui ne sont attirés par aucun sexe relatent habituellement une histoire
d’excitation sexuelle associée à la pensée ou à l’imagination d’être une femme (désignée par le terme autogynéphilie). Dans la plupart des cas, un diagnostic de Transvestisme fétichiste s’appliquerait à l’individu, au moins dans son passé. Dans d’autres cas, cependant, la fantaisie imaginative favorite de l’individu met en valeur
d’autres attributs féminins que les vêtements. Certains hommes, par exemple, se masturbent tout en se représentant être une femme nue, se focalisant sur leur poitrine imaginaire ou sur leur vulve imaginaire ; d’autres se masturbent tout en se représentant être occupé à une activité typiquement féminine comme le tricot.

Examens complémentaires.

Il n’y a pas de test diagnostique spécifique du Trouble de l’identité sexuelle. En cas de normalité de l’examen physique, il n’est habituellement pas indiqué de réaliser un caryotype des chromosomes sexuels et des dosages des hormonessexuelles. Les tests psychologiques peuvent révéler une identification à l’autre sexe ou des modes de comportement particuliers.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Les individus présentant un Trouble de l’identité sexuelle ont des organes génitaux normaux (contrairement
à ceux ayant des affections physiques intersexuelles où l’on retrouve une ambiguïté des organes génitaux ou un hypogonadisme). Les adolescents et adultes masculins ayant un Trouble de l’identité sexuelle peuvent présenter un gonflement de la poitrine résultant de l’ingestion d’hormones, une absence de poils résultant d’une épilation
temporaire ou permanente et d’autres modifications physiques résultant d’interventions telles qu’une rhinoplastie ou une abrasion du cartilage thyroïde (résection chirurgicale de la pomme d’Adam). Une déformation des seins ou des rougeurs au niveau des seins peuvent être observées chez les femmes qui se bandent les seins.
Parmi les complications postchirurgicales, on retrouve chez les sujets génétiquement féminins des cicatrices hypertrophiques du mur postérieur mammaire, et chez les sujets génétiquement masculins, des rétrécissements vaginaux, des fistules recto-vaginales, des sténoses de l’urètre, et une déviation du jet urinaire. Les femmes adultes présentant un Trouble de l’identité sexuelle peuvent avoir une augmentation du risque de maladie
polykystique des ovaires.

Caractéristiques liées à l’âge et au sexe

Les femmes présentant un Trouble de l’identité sexuelle rencontrent généralement moins d’ostracisme du fait de leurs intérêts transsexuels et souffrent à un moindre degré d’un rejet par leurs pairs, du moins jusqu’à l’adolescence. Dans les échantillons cliniques pédiatriques, il y a approximativement cinq garçons pour une fille qui sont adressés pour ce trouble. Dans les échantillons cliniques adultes, les garçons sont adressés beaucoup plus souvent pour une évaluation de ce trouble que les filles. Chez les enfants, le biais de recrutement aux dépens des garçons peut refléter en partie la plus grande stigmatisation attachée au comportement transsexuel chez les garçons.

Prévalence

Il n’y a pas d’études épidémiologiques récentes à l’origine de données sur la prévalence du Trouble de l’identité sexuelle. Des données issues de petits pays d’Europe, Où l’on a accès à des statistiques (le l’ensemble de la population et des admissions, suggèrent que grosso modo un homme adulte sur 30 000 et une femme adulte sur 100 000 demandent une modification chirurgicale de leur sexe.

Évolution

Dans les échantillons cliniques d’enfants, les intérêts et les activités transsexuels débutent généralement entre 2 et 4 ans, et certains parents relatent que leur enfant a toujours eu des intérêts transsexuels. Seul un très petit nombre d’enfants présentant un Trouble de l’identité sexuelle continueront à présenter des symptômes qui répondent
aux critères d’un Trouble de l’identité sexuelle à la fin de l’adolescence ou à l’âge adulte. Les enfants sont typiquement adressés pour avis aux alentours du début de la scolarisation car les parents constatent alors avec inquiétude que ce qu’ils considéraient jusque là comme une « phase » ne semble pas se terminer. La plupart des enfants présentant un Trouble de l’identité sexuelle expriment moins ouvertement leurs comportements transsexuels avec le temps, ou du fait de l’intervention des parents ou des réactions de leurs pairs. Vers la fin de l’adolescence ou à l’âge adulte, près des troisquarts des garçons qui avaient des antécédents de Trouble de l’identité sexuelle dans l’enfance signalent une orientation homosexuelle ou bisexuelle, mais sans Trouble de
l’identité sexuelle concomitant. Les autres signalent, pour la plupart, une orientation hétérosexuelle, également sans Trouble de l’identité sexuelle concomitant. Pour les filles, les pourcentages correspondants concernant l’orientation sexuelle ne sont pas connus. Certains adolescents peuvent évoluer vers une identification manifeste à l’autre sexe et exiger une modification chirurgicale de leur sexe ou peuvent continuer chroniquement
à présenter une confusion ou une dysphorie en rapport avec leur identité sexuelle.
Chez les adultes masculins, il existe deux possibilités évolutives différentes pour le Trouble de l’identité sexuelle. Dans la première, le Trouble de l’identité sexuelle, qui avait débuté dans l’enfance ou au début de l’adolescence, se poursuit. Ces sujets se présentent typiquement à la fin de l’adolescence ou à l’âge adulte. Dans le deuxième type d’évolution, les signes les plus évidents de l’identification transsexuelle apparaissent
plus tardivement et graduellement. Le tableau clinique présenté par l’adulte jeune ou mûr succède généralement à un Transvestisme fétichiste, mais lui est parfois coexistant. Les sujets du groupe à début plus tardif peuvent présenter une plus grande fluctuation dans le degré d’identification transsexuelle, une plus grande ambivalence
concernant la modification chirurgicale de leur sexe, une plus grande attirance sexuelle par les femmes, et une probabilité moins grande d’être satisfaits après modification chirurgicale de leur sexe. Les hommes présentant un Trouble de l’identité sexuelle qui sont attirés sexuellement par les hommes, ont tendance à avoir une dysphorie persistante concernant leur identité sexuelle, présente dès l’adolescence ou le début de l’âge adulte. En revanche, les hommes qui sont attirés sexuellement par les femmes, par les deux sexes, ou ni par un sexe ni par l’autre, se présentent habituellement plus tard et ont typiquement des antécédents de Transvestisme Fétichiste. Après une réassignation sexuelle, ceux parmi les hommes qui étaient attirés par les femmes souhaitent vivre avec
une autre femme soit une relation lesbienne, soit une relation de type fraternelle. Si le Trouble de l’identité sexuelle persiste à l’âge adulte, il tend à avoir une évolution chronique, mais des rémissions spontanées ont été signalées.

Diagnostic différentiel

Le Trouble de l’identité sexuelle peut être distingué d’une simple non conformité au stéréotype comportemental lié au rôle sexuel par l’étendue et le caractère envahissant des désirs, des intérêts et des activités de type transsexuel. Par ce trouble, on n’entend pas décrire la non conformité d’un enfant au stéréotype comportemental lié
au rôle sexuel, comme par exemple, les comportements de « garçon manqué » chez les filles ou de « fille manquée » chez les garçons. Il représente plutôt une perturbation profonde du sentiment d’identité de l’individu relativement à la masculinité ou à la féminité. Un comportement chez l’enfant qui, simplement, ne correspond pas au stéréotype
culturel de la masculinité ou de la féminité ne doit pas faire porter ce diagnostic à moins que le syndrome ne soit présent au complet, incluant une souffrance marquée ou un handicap.
Le Transvestisme fétichiste concerne des hommes hétérosexuels (ou bisexuels) pour qui le comportement du travestissement a pour but une excitation sexuelle. A part le travestissement, la plupart des individus présentant un Transvestisme fétichiste n’ont pas d’antécédents de comportements transsexuels dans l’enfance. Chez les hommes qui présentent un tableau répondant intégralement aux. critères du Trouble de l’identité sexuelle aussi bien qu’à ceux du Transvestisme fétichiste, on doit porter les deux diagnostics.
Si un individu ayant un Transvestisme fétichiste présente une dysphorie concernant l’identité sexuelle, les critères du Trouble de l’identité sexuelle n’étant pas intégralement remplis, la spécification avec dysphorie concernant l’identité sexuelle peut être utilisée.
La catégorie Trouble de l’identité sexuelle non spécifié peut être utilisée chez les individus qui ont un problème d’identité sexuelle avec une affection intersexuelle congénitale concomitante (p. ex., syndrome d’insensibilité aux androgènes ou hyperplasie congénitale des surrénales).
Dans la Schizophrénie, les idées délirantes d’appartenance à l’autre sexe sont rares. On ne considère pas comme une idée délirante l’affirmation d’une personne avant un Trouble de l’identité sexuelle qu’il ou elle appartient à l’autre sexe, car invariablement, la personne veut dire qu’elle se sent comme si elle faisait partie du sexe
opposé mais ne croit pas vraiment qu’il ou elle en fait partie. Dans de très rares cas, cependant, une Schizophrénie et un Trouble de l’identité sexuelle sévère peuvent coexister.
672 Troubles sexuels et Troubles de l’identité sexuelle

Critères diagnostiques du Trouble de l’identité sexuelle

A. Identification intense et persistante à l’autre sexe (ne concernant pas
exclusivement le désir d’obtenir les bénéfices culturels dévolus à
l’autre sexe).
Chez les enfants, la perturbation se manifeste par quatre (ou plus) des
critères suivants :
(1) exprime de façon répétée le désir d’appartenir à l’autre sexe ou
affirme qu’il (ou elle) en fait partie
(2) chez les garçons, préférence pour les vêtements féminins ou un
attirail d’objets permettant de mimer la féminité ; chez les filles,
insistance pour porter des vêtements typiquement masculins
(3) préférence marquée et persistante pour les rôles dévolus à l’autre
sexe au cours des jeux de « faire semblant » ou fantaisies imaginatives
persistantes d’appartenir à l’autre sexe
(4) désir intense de participer aux jeux et aux passe-temps typiques
de l’autre sexe
(5) préférence marquée pour les compagnons de jeu appartenant à
l’autre sexe
Chez les adolescents et les adultes, la perturbation se manifeste par des
symptômes tels que l’expression d’un désir d’appartenir à l’autre sexe,
l’adoption fréquente de conduites où on se fait passer pour l’autre sexe,
un désir de vivre et d’être traité comme l’autre sexe, ou la conviction qu’il
(pu elle) possède les sentiments et réactions typiques de l’autre sexe.
B. Sentiment persistant d’inconfort par rapport à son sexe ou sentiment
d’inadéquation par rapport à l’identité de rôle correspondante.
Chez les enfants, la perturbation se manifeste par l’un ou l’autre des
éléments suivants : chez le garçon, assertion que son pénis ou ses testicules
sont dégoûtants ou vont disparaître, ou qu’il vaudrait mieux
ne pas avoir de pénis, ou aversion envers les jeux brutaux et rejet des
jouets, jeux et activités typiques d’un garçon ; chez la fille, refus
d’uriner en position assise, assertion qu’elle a un pénis ou que celuici
va pousser, qu’elle ne veut pas avoir de seins ni de règles, ou aversion
marquée envers les vêtements conventionnellement féminins.

Chez les adolescents et les adultes, l’affection se manifeste par des
symptômes tels que : vouloir se débarrasser de ses caractères sexuels
primaires et secondaires (p. ex., demande de traitement hormonal,
demande d’intervention chirurgicale ou d’autres procédés afin de ressembler
à l’autre sexe par une modification de ses caractères sexuels
apparents), ou penser que son sexe de naissance n’est pas le bon.
C. L’affection n’est pas concomitante d’une affection responsable d’un
phénotype hermaphrodite.
D. L’affection est à l’origine d’une souffrance cliniquement significative
ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans
d’autres domaines importants.

Spécifier (pour les sujets ayant atteint la maturité sexuelle) :
Attiré sexuellement par les hommes
Attiré sexuellement par les femmes
Attiré sexuellement par les deux sexes
Attiré sexuellement ni par un sexe, ni par l’autre

Troubles dissociatifs

Troubles dissociatifs

La caractéristique essentielle des Troubles dissociants est la survenue d’une
perturbation touchant des fonctions qui sont normalement intégrées, comme laconscience, la mémoire, l’identité ou la perception de l’environnement. La perturbation peut être soudaine ou progressive, transitoire ou chronique. Ce chapitre comporte les troubles suivants :

Amnésie dissociative

L’Amnésie dissociative est caractérisée par une incapacité à évoquer (les souvenirs personnels importants, habituellement traumatiques ou stressants. Cette incapacité est trop importante pour s’expliquer par une simple « mauvaise mémoire ».

Fugue dissociative

La Fugue dissociative est caractérisée par un départ soudain et inattendu du
domicile ou du lieu de travail habituel, s’accompagnant d’une incapacité à se souvenir de son passé et d’une confusion concernant son identité personnelle ou bien l’adoption d’une nouvelle identité.

Trouble dissociatif de l’identité

Le Trouble dissociatif de l’identité (auparavant Personnalité multiple) est caractérisé par la présence de deux ou plusieurs identités ou « états de personnalité » distincts qui prennent tour à tour le contrôle du comportement du sujet, s’accompagnant d’une incapacité à évoquer des souvenirs personnels. Cette incapacité est trop importante pour s’expliquer par une simple « mauvaise mémoire ». Ce trouble se caractérise plus par une fragmentation de l’identité que par une prolifération de personnalités
distinctes.

Trouble de dépersonnalisation

Le Trouble de dépersonnalisation est caractérisé par un sentiment prolongé ou récurrent de détachement de son propre fonctionnement mental ou de son propre corps, l’appréciation de la réalité demeurant intacte.

TOC : trouble obsessionnel compulsif

Troubles obsessionnels compulsifs


Article rédigé avec le DSM

Les troubles obsessionnels compulsifs regroupent plusieurs troubles :

TOC, le trouble obsessionnel compulsifs

Le Trouble obsessionnel—compulsif est caractérisé par des obsessions (entraînant une anxiété ou une souffrance marquée) et/ou par des compulsions (qui servent à neutraliser l’anxiété). Il faut le distinguer de la personnalité obsessionnelle

Diagnostic

Les caractéristiques essentielles du Trouble obsessionnel-compulsif sont des obsessions ou des compulsions récurrentes (Critère A) qui sont suffisamment sévères pour entraîner une perte de temps (c.-à-d. elles prennent plus d’une heure par jour) ou un sentiment marqué de souffrance ou une déficience significative (Critère C).

A un certain moment de l’évolution du trouble, la personne a reconnu que les obsessions ou les compulsions étaient excessives ou déraisonnables (Critère B).

Si un autre trouble est présent, le contenu des obsessions ou des compulsions n’est pas limité à ce trouble (Critère D).

La perturbation n’est pas due aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou à une affection médicale générale (Critère F).

Obsessions

Les obsessions sont des idées, des pensées, des impulsions ou des représentations persistantes qui sont vécues comme intrusives et inappropriées et qui entraînent une anxiété ou une souffrance importante. La qualité intrusive et inappropriée des obsessions a été souvent qualifiée « d’egodystonique ». Cela fait référence au sentiment du
sujet concernant le contenu des obsessions, leur caractère étranger, hors de son propre contrôle et ne correspondant pas au type de pensées qu’il ou elle s’attendrait à avoir.
Cependant, le sujet est capable de reconnaître que les obsessions sont le produit de son esprit et ne sont pas imposées de l’extérieur (comme dans l’insertion de la pensée).
Les obsessions les plus communes sont des pensées répétées de contamination (p. ex., être contaminé en serrant les mains), des doutes répétés (p. ex., se demander si l’on a fait une certaine action comme par exemple avoir blessé quelqu’un dans un accident de la route ou avoir laissé une porte non fermée), un besoin de mettre les choses dans un ordre particulier (p. ex., une souffrance intense quand les objets sont en désordre ou asymétriques), des impulsions agressives ou horribles (p. ex., blesser son enfant ou crier une obscénité à l’église) et des représentations sexuelles (p. ex.,une image pornographique récurrente). Les pensées, impulsions ou représentations ne sont pas uniquement des préoccupations excessives liées aux problèmes de la vie réelle (p. ex., des préoccupations concernant des difficultés actuelles de la vie comme des problèmes financiers, professionnels, ou scolaires) et il est peu probable qu’elles soient en rapport avec un problème de la vie réelle.
Le sujet ayant des obsessions tente habituellement d’ignorer ou de supprimer de telles pensées ou impulsions, ou de les neutraliser avec une autre pensée ou action (c.-à-d. une compulsion). Par exemple, un sujet tourmenté par le doute d’avoir bien éteint le four tente de neutraliser ce doute en vérifiant de manière répétée qu’il est bien éteint.

Compulsions

Les compulsions sont des comportements répétitifs (p. ex., se laver les mains, ranger dans un certain ordre, vérifier) ou des actes mentaux (p. ex., prier, compter, répéter des mots de maniere silencieuse) dont le but est de prévenir ou de réduire l’anxiété ou la souffrance et non de procurer plaisir ou satisfaction. Dans la plupart des
cas, le sujet se sent poussé à accomplir une compulsion pour réduire la souffrance qui accompagne telle obsession ou pour prévenir un événement ou une situation redoutée.
Par exemple, les sujets ayant des obsessions de contamination peuvent diminuer leur souffrance mentale en se lavant les mains jusqu’à ce que leur peau soit à vif ; les sujets souffrant d’une obsession d’avoir laissé une porte non fermée peuvent être poussés à vérifier la serrure toutes les minutes ; les sujets souffrant de pensées blasphématoires non voulues peuvent trouver un soulagement en comptant jusqu’à 10 en arrière puis, en avant cent fois pour chaque pensée. Dans certains cas, les sujets accomplissent des actes de façon rigide ou stéréotypée selon des règles élaborées de manière idiosyncrasique sans être capables d’indiquer pourquoi ils les accomplissent. Par définition, les compulsions sont clairement excessives ou ne sont pas en rapport de manière réaliste avec ce qu’elles étaient supposées neutraliser ou prévenir. Les compulsions les plus habituelles comprennent le lavage et le nettoyage, le fait de compter, de vérifier, d’exiger ou de demander des réassurances, de répéter des actions et de ranger selon un certain ordre.

Par définition, les adultes ayant un Trouble obsessionnel-compulsif ont à un certain moment reconnu que les obsessions ou les compulsions étaient excessives ou déraisonnables. Cette nécessité ne s’applique pas aux enfants car ils peuvent manquer de la conscience cognitive nécessaire pour porter ce jugement. Cependant, même chez les
adultes, il existe de grandes variations dans la prise de conscience du caractère déraisonnable des obsessions ou des compulsions. Certains sujets ne sont pas certains du caractère déraisonnable de leurs obsessions ou compulsions et la prise de conscience peut varier chez un même sujet en fonction du temps et des situations. Par exemple,
la personne peut reconnaître qu’une compulsion de contamination est déraisonnable lorsqu’elle en discute en « situation de sécurité » (p. ex., dans le bureau du thérapeute), mais non lorsqu’elle est obligée de tenir dans sa main des pièces de monnaie. Lors despériodes où le sujet reconnaît que les obsessions ou les compulsions sont déraisonnables, il ou elle peut désirer ou tenter de leur résister. En essayant de résister à une compulsion, le sujet peut avoir le sentiment d’une augmentation de l’anxiété ou de la tension qui est souvent soulagée par le fait de céder à la compulsion. Lors de l’évolution des troubles, après des échecs répétés de résistance aux obsessions ou aux compulsions, le sujet peut se laisser aller à ces obsessions ou compulsions, ne plus ressentir le désir de leur résister, et intégrer les compulsions dans ses activités habituelles quotidiennes.
Les obsessions ou les compulsions peuvent entraîner une souffrance marquée, être à l’origine d’une perte de temps (prendre plus d’une heure par jour) et interférer demanière significative avec les activités habituelles du sujet, son fonctionnement professionnel ou ses activités ou relations sociales habituelles, ou ses relations avec les autres.
Les obsessions ou les compulsions peuvent remplacer un comportement utile et satisfaisant et peuvent grandement perturber le fonctionnement général. Dans la mesure où des intrusions obsessionnelles peuvent être source de distraction, elles entraînent fréquemment une incompétence pour les tâches cognitives qui nécessitent de la concentration comme la lecture ou le calcul. De plus, de nombreux sujets évitent des objets ou des situations qui provoquent des obsessions ou des compulsions. Un tel évitement peut s’étendre et sévèrement restreindre le fonctionnement général.

Caractéristiques et troubles associés

Il existe fréquemment un évitement de situations en rapport avec le contenu des obsessions telle la saleté ou la contamination. Par exemple, une personne ayant des obsessions de la saleté peut éviter d’utiliser les toilettes publiques ou de serrer la main à des inconnus. Des préoccupations hypocondriaques sont habituelles avec des visites répétées chez le médecin à la recherche d’une réassurance. Une culpabilité, un sens pathologique de la responsabilité et des troubles du sommeil peuvent être présents. Il peut exister une utilisation excessive d’alcool ou de sédatifs, d’hypnotiques ou de médicaments anxiolytiques.
L’accomplissement des compulsions peut devenir l’activité principale de la vie, conduisant à des handicaps sévères dans le registre conjugal, professionnel ou social.
Un évitement envahissant peut conduire un sujet à ne plus sortir de chez lui.
Le Trouble obsessionnel-compulsif peut être associé à un Trouble dépressif majeur, à d’autres Troubles anxieux (c.-à-d. Phobie spécifique, Phobie sociale, Trouble panique, Trouble anxiété généralisée), aux Troubles des conduites alimentaires et à certainsTroubles de la personnalité (c.-à-d. Troubles de la personnalité obsessionnelle-compulsive, Trouble de la personnalité évitante et Trouble de la personnalité dépendante). Il existe une incidence élevée de Troubles obsessionnels-compulsifs chez les enfants et les adultes ayant un syndrome de Gilles de la Tourette avec des estimations allant approximativement de 35 à 50 %. L’incidence du syndrome de Gilles de la Tourette dans le Trouble obsessionnel-compulsif est plus faible avec des estimations allant de 5 à 7 %.
Entre 20 et 30 % des sujets ayant un Trouble obsessionnel-compulsif font état de tics actuels ou passés.

Examens complémentaires.

Aucun résultat de laboratoire n’a été identifié comme élément diagnostique du Trouble obsessionnel-compulsif. Cependant, nombre d’examens complémentaires anormaux ont été retrouvés dans des groupes de sujets ayant un Trouble obsessionnel-compulsif comparés à des sujets témoins. Certaines données suggèrent que les agonistes sérotoninergiques en administration aiguë entraînent une augmentation des symptômes chez certains sujets ayant ce trouble. Les sujets ayant ce trouble peuvent présenter une activation neuro-végétative lorsqu’ils sont confrontés en laboratoire à des circonstances qui déclenchent une obsession. La réactivité physiologique diminue après l’accomplissement des compulsions.

Examen physique et affections médicales générales associées.

Des problèmes dermatologiques causés par un lavage excessif avec de l’eau ou des produits de nettoyage caustiques peuvent être observés (mains seches, eczema des mains…).

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Un comportement ritualisé imposé culturellement n’est pas en soi indicateur d’un Trouble obsessionnel-compulsif sauf s’il excède les normes culturelles, survient à des moments ou à des endroits jugés inappropriés par les tenants d’une même culture et interfère avec le fonctionnement social. Bien que les facteurs culturels n’entraînent pas en soi un Trouble obsessionnel-compulsif, les croyances religieuses et culturelles peuvent influencer les thèmes des obsessions et des compulsions (p. ex., les juifs orthodoxes avec des compulsions religieuses peuvent avoir des symptômes centrés sur les pratiques alimentaires). Des périodes transitoires importantes de la vie et le deuil peuvent conduire à une intensification du comportement ritualisé qui pourrait être pris pour une obsession par un clinicien non familiarisé avec le contexte culturel.
Les présentations cliniques du Trouble obsessionnel-compulsif chez les enfants sont généralement similaires à celles de l’adulte. Le lavage, la vérification et les rituels d’agencement selon un certain ordre sont particulièrement communs chez les enfants. Les enfants ne cherchent généralement pas d’aide et les symptômes peuvent ne pas être egodystoniques. Plus souvent, le problème est identifié par les parents qui amènent l’enfant pour un traitement. Un déclin progressif du travail scolaire secondaire à l’altération de la capacité à se concentrer a été rapporté. Comme les adultes, les enfants sont plus enclins à s’engager dans des rituels à la maison que lorsqu’ils sont en face des autres, de leurs pairs, des enseignants ou d’inconnus. Pour un petit groupe
d’enfants, le Trouble obsessionnel-compulsif peut être associé à une infection par un streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (p. ex., scarlatine et angine à streptocoques).
Cette forme de Trouble obsessionnel-compulsif est caractérisée par un début dutrouble avant la puberté, une association avec des anomalies neurologiques (p. ex., mouvements choréiformes et hvperactivité motrice) et un début brutal des symptômes ou une évolution épisodique dans laquelle les exacerbations sont chronologiquement liées aux infections streptococciques. Les adultes plus âgés semblent avoir davantage d’obsessions concernant la moralité et des rituels de lavage que d’autres types de symptômes.
Le trouble est réparti également chez les hommes et les femmes. Toutefois, dans le Trouble obsessionnel-compulsif à début pédiatrique, le trouble est plus fréquent chez les garçons que chez les filles.

Prévalence

Selon les études conduites en population générale, la prévalence sur la vie est estimée à 2,5 % et la prévalence sur un an de 0,5 à 2,1 % chez les adultes. Toutefois des problèmes méthodologiques liés aux moyens d’évaluation utilisés suggèrent que les taux réels de prévalence sont bien inférieurs. Selon les études conduites en population généralechez les enfants et les adolescents, la prévalence sur la vie est estimée à 1-2,3 % et la prévalence sur un an à 0,7 %. Les travaux de recherche indiquent que les taux de prévalence du Trouble obsessionnel-compulsif sont similaires clans nombre de cultures différentes à travers le monde.

Évolution

Bien que le trouble obsessionnel-compulsif débute durant l’adolescence ou chez l’adulte jeune, un début clans l’enfance est possible. L’âge de début est plus précoce chez les garçons que chez les filles, entre l’âge de 6 et 15 ans pour les garçons et entre 20 et 29 ans pour les filles. Dans la plupart des cas, le début est progressif mais un début aigu a été observé dans certains cas. La majorité des sujets ont une évolution chronique avec des hauts et des bas, et des exacerbations symptomatiques qui peuvent être associées au stress. Environ 15 % présentent une altération progressive du fonctionnement professionnel et social. Environ 5 % ont une évolution épisodique avec peu ou pas de symptômes entre les épisodes.

Aspects familiaux

Le taux de concordance pour le Trouble obsessionnel-compulsif est plus élevé chez les jumeaux monozygotes que chez les jumeaux dizygotes. Le taux de Trouble obsessionnel- compulsif chez les apparentés biologiques de premier degré de sujets ayant un Trouble obsessionnel-compulsif et chez les apparentés biologiques de premier degré de sujets ayant un syndrome de Gilles de la Tourette est plus élevé que dans la population générale.

Critères diagnostiques

A. Existence soit d’obsessions soit de compulsions :
Obsessions définies par (1), (2), (3) et (4) :
(1) pensées, impulsions ou représentations récurrentes et persistantes
qui, à certains moments de l’affection, sont ressenties
comme intrusives et inappropriées et qui entraînent une anxiété
ou une détresse importante
(2) les pensées, impulsions ou représentations ne sont pas simplement
des préoccupations excessives concernant les problèmes
de la vie réelle
(3) le sujet fait des efforts pour ignorer ou réprimer ces pensées,
impulsions ou représentations ou pour neutraliser celles-ci par
d’autres pensées ou actions
(4) Le sujet reconnaît que les pensées, impulsions ou représentations
obsédantes proviennent de sa propre activité mentale, (elles ne
sont pas imposées de l’extérieur comme dans le cas des pensées
i mposées)
Compulsions définies par (1) et (2) :
(1) comportements répétitifs (p. ex., lavage des mains, ordonner,
vérifier) ou actes mentaux (p. ex., prier, compter, répéter des
mots silencieusement) que le sujet se sent poussé à accomplir
en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui doivent
être appliquées de manière inflexible
(2) les comportements ou les actes mentaux sont destinés à neutraliser
ou à diminuer le sentiment de détresse ou à empêcher un
événement ou une situation redoutés ; cependant, ces comportements
ou ces actes mentaux sont soit sans relation réaliste avec
ce qu’ils se proposent de neutraliser ou de prévenir, soit manifestement
excessifs
B. A un moment durant l’évolution du trouble, le sujet a reconnu que
les obsessions ou les compulsions étaient excessives ou irraisonnées.
N. -B. Ceci ne s’applique pas aux enfants.
C. Les obsessions ou compulsions sont à l’origine de sentiments
marqués de détresse, d’une perte de temps considérable (prenant
plus d’une heure par jour) ou interfèrent de façon significative
avec les activités habituelles du sujet, son fonctionnement professionnel
(ou scolaire) ou ses activités ou relations sociales
habituelles.
D. Si un autre Trouble de l’Axe 1 est aussi présent, le thème des obsessions
ou des compulsions n’est pas limité à ce dernier (p. ex.,
préoccupation liée à la nourriture quand il s’agit d’un Trouble des
conduites alimentaires ; au fait de s’arracher les cheveux en cas de
Trichotillomanie ; inquiétude concernant l’apparence en cas de Peur
d’une dysmorphie corporelle ; préoccupation à propos de drogues
quand il s’agit d’un Trouble lié à l’utilisation d’une substance ; crainte
d’avoir une maladie sévère en cas d’Hypocondrie ; préoccupation à
propos de besoins sexuels impulsifs ou de fantasmes en cas de
Paraphilie ; ou ruminations de culpabilité quand il s’agit d’un Trouble
dépressif majeur).
E. La perturbation ne résulte pas des effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex. : une substance donnant lieu à abus, ou un médicament)
ni d’une affection médicale générale.

Dermatillomanie

Ce trouble d’excoriation compulsive (dermatillomanie) consiste en un grattage compulsif de la peau et une manipulation de la peau menant à des excoriations. Il survient souvent sur une acné légère. Voir triturer la peau

Dysmorphophobie ou trouble de dysmorphie corporelle

La dysmorphophobie ou peur d’une dysmorphie corporelle est une préoccupation concernant un défaut imaginaire de l’apparence physique. Si un défaut physique est apparent, la préoccupation est manifestement démesurée.

Cette préoccupation est à l’origine d’une souffrance et/ou d’une altération du fonctionnement.

Trichotillomanie

La trichotillomanie consiste à s’arracher des cheveux ou des poils de façon compulsive

Trouble d’accumulation

Le trouble d’accumulation (en anglais « hoarding disorder« ) ou de thésaurisation pathologique est caractérisé par une difficulté persistante à se départir de biens, indépendamment de leur valeur réelle, en raison d’un fort besoin perçu de les conserver ou d’une détresse associée au fait de s’en départir. Il est différent du fait de ramasser ou de collectionner normalement.

La plupart des personnes atteintes du trouble, mais pas toutes, présentent une tendance à l’acquisition excessive qui consiste à acquérir des articles qui ne sont pas nécessaires et pour lesquels il n’y a pas de place disponible.La tendance à l’accumulation excessive est aussi appelée syllogomanie ou syndrome de Diogène

Troubles somatoformes

Troubles somatoformes

La caractéristique commune aux Troubles somatoformes est la présence de
symptômes physiques faisant évoquer une affection médicale générale (d’où le terme somatoforme), mais qui ne peuvent s’expliquer complètement ni par une affection médicale générale, ni par un autre trouble mental (p. ex., un Trouble panique).
Les symptômes doivent être à l’origine d’une souffrance cliniquement significative ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines. A la différence des Troubles factices et de la Simulation, les symptômes physiques ne sont pas volontaires (c.-à-d. sous le contrôle de la volonté). Les Troubles somatoformes se distinguent du cadre des Facteurs psychologiques influençant une affection médicale
par le fait qu’aucune affection médicale générale ne peut être diagnostiquée pour rendre compte complètement des symptômes physiques. Ces troubles sont regroupés en un chapitre unique car ils nécessitent tous la même démarche clinique (à savoir exclure une affection médicale générale inapparente ou bien une substance comme la cause des symptômes physiques) plutôt qu’en raison d’une étiologie ou de mécanismes
supposés communs. Ces troubles sont souvent rencontrés en médecine générale.

Trouble somatisation

(qui correspond à ce que l’on appelait dans le passé hystérie ou syndrome rie Briquet) est un trouble polysymptomatique, survenant avant l’âge de 30 ans, persistant plusieurs années, et caractérisé par l’association de douleurs, de symptômes gastro-intestinaux, sexuels et pseudo-neurologiques.

Trouble somatoforme indifférencié

est caractérisé par des plaintes somatiques inexpliquées, persistant au moins 6 mois, mais dont le nombre ou la durée n’atteignent pas les seuils requis pour porter le diagnostic de Trouble somatisation.

Trouble de conversion

comporte des symptômes ou des déficits inexpliqués
touchant la motricité volontaire ou les fonctions sensorielles, suggérant une affection neurologique ou une affection médicale générale. Des facteurs psychologiques sont considérés comme étant associés aux symptômes ou aux déficits.

Trouble douloureux

la douleur est au centre du tableau clinique. En
outre, on estime que des facteurs psychologiques jouent un rôle important dans le
déclenchement, l’intensité, l’aggravation ou la persistance de la douleur.

Hypocondrie

consiste en une préoccupation centrée sur la crainte ou sur l’idée
d’être atteint d’une maladie grave, fondée sur l’interprétation erronée par le sujet de
symptômes physiques ou de manifestations du fonctionnement corporel.

ANXIETE « J’AI PEUR DE TOUT » : l’anxiété et le trouble anxieux

Anxiété et troubles anxieux

 

1/ Deux définitions

Une Attaque de panique est une période bien délimitée marquée par l’occurrence soudaine d’une appréhension intense, d’une peur ou d’une terreur souvent associée à des sensations de catastrophe imminente. Durant ces attaques sont présents des symptômes tels que des sensations de « souffle coupé », des palpitations, des douleurs ou une gêne thoracique, des sensations d’étranglement ou des impressions
d’étouffement et la peur de devenir « fou » ou de perdre le contrôle de soi. Voir attaque de panique

L’Agoraphobie est une anxiété liée à, ou un évitement d’endroits ou de situations, d’où il pourrait être difficile (ou gênant) de s’échapper ou dans lesquels aucun secours ne serait disponible en cas d’Attaque de panique ou de symptômes à type de panique. Voir agoraphobie

2/ Troubles anxieux

Voici quelques troubles anxieux:

2.1/ Trouble panique

2.1.1/ Trouble panique sans Agoraphobie

Le Trouble panique sans Agoraphobie est caractérisé par des Attaques de
panique récurrentes et inattendues à propos desquelles il existe une inquiétude persistante. Voir panique

2.1.2/ Trouble panique avec Agoraphobie

Le Trouble panique avec Agoraphobie est caractérisé à la fois par des
Attaques de panique récurrentes et inattendues et par une Agoraphobie.

Voir agoraphobie

2.2/ Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique

L’Agoraphobie sans antécédent de Trouble panique est caractérisée par la
présence d’une Agoraphobie et de symptômes de type panique sans antécédent d’Attaques de panique inattendues.

Voir agoraphobie

2.3/ Phobie spécifique

La Phobie spécifique est caractérisée par une anxiété cliniquement significative, provoquée par l’exposition à un objet ou une situation spécifique redoutés, conduisant souvent à un comportement d’évitement.

2.4/ Phobie sociale

La Phobie sociale est caractérisée par une anxiété cliniquement significative provoquée par l’exposition à un certain type de situations sociales ou de situations de performance, conduisant souvent à un comportement d’évitement.

 

2.5/ Trouble d’Anxiété généralisée

L’Anxiété généralisée (Trouble) est caractérisée par une période d’au moins six mois d’anxiété et de soucis persistants et excessifs.

Diagnostic

La caractéristique essentielle de l’Anxiété généralisée est une anxiété et des soucis excessifs (attente avec appréhension) survenant la plupart du temps durant une période d’au moins six mois et concernant plusieurs événements ou activités (Critère A).

Le sujet éprouve de la difficulté à contrôler ses préoccupations (Critère B).

L’anxiété et les soucis sont accompagnés d’au moins trois symptômes supplémentaires parmi une liste qui comprend agitation, fatigabilité, difficultés de concentration, irritabilité, tension musculaire et perturbation du sommeil (un seul symptôme additionnel est nécessaire chez les enfants) (Critère C).

L’objet de l’anxiété et des soucis n’est pas limité aux manifestations d’un autre trouble comme le fait d’avoir une Attaque de panique (comme dans le Trouble panique), d’être gêné en public (comme dans la Phobie sociale), d’être contaminé (comme dans le Trouble obsessionnel-compulsif), d’être loin de son domicile ou de ses proches (comme dans le Trouble Anxiété de séparation), de prendre du poids (comme dans l’Anorexie mentale), d’avoir de multiples plaintes somatiques (comme dans le Trouble Somatisation) ou d’avoir une maladie sévère (comme dans l’Hypocondrie) ; l’anxiété et les soucis ne surviennent pas exclusivement durant un État de stress post-traumatique (Critère D).

Bien que les sujets ayant une Anxiété généralisée ne puissent pas toujours identifier les soucis comme « excessifs », ils font état d’une souffrance subjective due à une préoccupation constante, ont des difficultés à contrôler leur préoccupation ou présentent une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère E).

La perturbation n’est pas due aux effets physiologiques directs d’une substance (c.-à-d. une substance donnant lieu à abus, un médicament ou l’exposition à un toxique) ou d’une affection médicale générale et ne survient pas exclusivement durant un trouble de l’Humeur, un Trouble psychotique ou un Trouble envahissant du développement (Critère F).

L’intensité, la durée ou la fréquence de l’anxiété et des soucis sont hors de proportion avec la probabilité — ou l’impact — de l’événement redouté. La personne éprouve des difficultés à empêcher les pensées inquiétantes d’interférer avec l’attention portée aux tàches en cours et a des difficultés pour arrêter de se faire des soucis. Les adultes ayant une Anxiété généralisée s’inquiètent souvent au sujet des circonstances quotidiennes de la vie de tous les jours comme les responsabilités professionnelles, les problèmes financiers, la santé des membres de la famille, les infortunes de leurs enfants ou de sujets mineurs (tels les travaux domestiques, les réparations de voiture ou le fait d’être en retard à des rendez-vous). Les enfants ayant une anxiété généralisée ont tendance
à s’inquiéter de manière excessive quant à leurs compétences ou à la qualité de leurs performances. Durant l’évolution du trouble, l’objet des soucis peut varier d’une préoccupation à une autre.

Caractéristiques et troubles associés

Outre la tension musculaire, il peut exister des tremblements, des contractions, des sensations de tremblement et des douleurs ou des endolorissements musculaires. De nombreux sujets ayant une Anxiété généralisée ressentent également des symptômes somatiques (p. ex., mains froides et humides ; bouche sèche ; transpiration ; nausée ou
diarrhée ; pollakiurie ; difficultés pour avaler ou « boule » dans la gorge) et une réponse de sursaut exagérée. Des symptômes d’hyperactivité neuro-végétative (p. ex., augmentation de la fréquence cardiaque, souffle court, vertiges) sont moins importants dans l’Anxiété généralisée que dans les autres Troubles anxieux tels que le Trouble panique et l’État de stress post-traumatique. Les symptômes dépressifs sont également fréquents.
L’Anxiété généralisée survient très fréquemment en même temps que des Troubles de l’Humeur (p. ex., Trouble dépressif majeur ou Trouble dysthymique), d’autres Troubles anxieux (p. ex., Trouble panique, Phobie sociale, Phobie spécifique) et des Troubles liés à une substance (Dépendance ou Abus à l’alcool ou aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques). D’autres affections qui peuvent être associées au stress (syndrome du colon irritable, céphalées) accompagnent fréquemment l’Anxiété généralisée.

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Il existe une variation culturelle considérable dans l’expression de l’anxiété (p. ex., dans certaines cultures, l’anxiété s’exprime de manière prédominante par des symptômes somatiques, dans d’autres par des symptômes cognitifs). Il est important de considérer le contexte culturel lorsque l’on évalue le caractère excessif des soucis portant sur certaines situations.
Chez les enfants et les adolescents ayant une Anxiété généralisée, l’anxiété et les soucis concernent souvent la qualité de leur performance ou leur compétence à l’école ou dans les événements sportifs, même lorsque leur performance n’est pas évaluée par les autres. Ils peuvent avoir des préoccupations excessives concernant la ponctualité. Ils peuvent également être préoccupés par l’idée d’événements catastrophiques tels des tremblements de terre ou une guerre nucléaire. Les enfants ayant ce trouble peuvent être excessivement conformistes, perfectionnistes et peu sûrs d’eux-mêmes, et ont tendance à refaire les tàches par un manque excessif de satisfaction d’une performance qui n’est pas (tout à fait) parfaite. Ils sont typiquement trop zélés dans la recherche d’une approbation et requièrent une réassurance excessive vis-à-vis de leur performance et de leurs autres soucis.
Le diagnostic d’Anxiété généralisée peut être porté de manière excessive chez les enfants. Lorsque ce trouble est recherché chez les enfants, une évaluation attentive des autres Troubles anxieux de l’enfance doit être faite afin de déterminer si les préoccupations ne sont pas mieux expliquées par l’un de ces troubles. Le Trouble anxiété de
séparation, la Phobie sociale et le Trouble obsessionnel-compulsif sont souvent accompagnés de préoccupations qui peuvent ressembler à celles décrites dans l’Anxiété généralisée. Par exemple, un enfant ayant une Phobie sociale peut être préoccupé par ses performances scolaires du fait d’une peur d’être humilié. Les préoccupations concernant
la maladie peuvent également être mieux expliquées par le Trouble anxiété de séparation ou le Trouble obsessionnel-compulsif.
Dans les services cliniques, le trouble est diagnostiqué un peu plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes (environ 55 à 60 % des sujets se présentant avec ce trouble sont des femmes). Dans les études épidémiologiques, la répartition selon le sexe est d’environ deux tiers de femmes pour un tiers d’hommes.

Prévalence

Dans un échantillon de la population générale, le taux de prévalence sur un an de l’Anxiété généralisée est approximativement de 3 % et la prévalence sur la vie de 5 %.
Dans les cliniques spécialisées dans les troubles anxieux, plus de 25 % des sujets se présentent avec une Anxiété généralisée, comme diagnostic principal ou comorbide.

Évolution

De nombreux sujets ayant une Anxiété généralisée rapportent qu’ils se sont sentis anxieux et nerveux toute leur vie. Bien que plus de la moitié de ceux se présentant pour un traitement fassent état d’un début durant l’enfance ou l’adolescence, un début survenant après l’âge de 20 ans n’est pas inhabituel. L’évolution est chronique mais fluctuante et s’aggrave souvent durant les périodes de stress.

Aspects familiaux

Il existe une Association familiale pour l’anxiété en tant que trait. Bien que les premières études aient rapporté des résultats inconsistants concernant les modalités de répartition familiale de l’Anxiété généralisée, des études plus récentes de jumeaux suggèrent une contribution génétique dans l’apparition de ce trouble. De plus, les facteurs génétiques qui influencent la vulnérabilité à l’Anxiété généralisée peuvent être très proches de ceux
du Trouble dépressif majeur.
 

Critères diagnostiques

A. Anxiété et soucis excessifs (attente avec appréhension) survenant la
plupart du temps durant au moins 6 mois concernant un certain
nombre d’événements ou d’activités (tel le travail ou les performances
scolaires).
B. La personne éprouve de la difficulté à contrôler cette préoccupation.
C. L’anxiété et les soucis sont associés à trois (ou plus) des six symptômes
suivants (dont au moins certains symptômes présents la
plupart du temps durant les 6 derniers mois). N.-B. : Un seul item
est requis chez l’enfant.
(1) agitation ou sensation d’être survolté ou à bout
(2) fatigabilité
(3) difficultés de concentration ou trous de mémoire
(4) irritabilité
(5) tension musculaire
(6) perturbation du sommeil (difficultés d’endormissement ou
sommeil interrompu ou sommeil agité et non satisfaisant)
D. L’objet de l’anxiété et des soucis n’est pas limité aux manifestations
d’un trouble de l’axe I, p. ex., l’anxiété ou la préoccupation n’est pas
celle d’avoir une Attaque de Panique (comme dans le Trouble
panique), d’être gêné en public (comme clans la Phobie sociale),
d’être contaminé (comme dans le Trouble obsessionnel-compulsif),
d’être loin de son domicile ou de ses proches (comme dans le
Trouble anxiété de séparation), de prendre du poids (comme dans
l’Anorexie mentale), d’avoir de multiples plaintes somatiques
(comme dans le Trouble somatisation) ou d’avoir une maladie grave
(comme dans l’Hypocondrie), et l’anxiété et les préoccupations ne
surviennent pas exclusivement au cours d’un État de stress
posttraumatique.
E. L’anxiété, les soucis ou les symptômes physiques entraînent une
souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement
social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
F. La perturbation n’est pas due aux effets physiologiques directs d’une
substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament)
ou d’une affection médicale générale (p. ex., hyperthyroïdie)
et ne survient pas exclusivement au cours d’un Trouble de l’humeur,
d’un Trouble psychotique ou d’un Trouble envahissant du
développement.

Schizophrénie et autres troubles psychotiques

Schizophrénie et autres troubles psychotiques

Les troubles inclus dans cette section comprennent la Schizophrénie, le Trouble schizophréniforme , le Trouble schizo-affectif, le Trouble délirant, le Trouble psychotique bref, le Trouble psychotique partagé, le Trouble psychotique dû à une affection médicale générale, le Trouble psychotique induit par une substance, et le Trouble psychotique non spécifié. Ces troubles ont été regroupés pour faciliter le diagnostic différentiel des troubles qui comprennent des symptômes psychotiques comme aspects marquants de leur tableau clinique.

Historiquement, le terme de psychotique a connu de nombreuses définitions différentes, dont aucune n’a été acceptée universellement. La définition la plus étroite de psychotique se limite à l’existence d’idées délirantes ou d’hallucinations prononcées, les hallucinations survenant en l’absence de reconnaissance de leur caractère pathologique.
Une définition légèrement moins restrictive inclurait également des
hallucinations prononcées, le sujet se rendant compte qu’il s’agit d’expériences hallucinatoires.
Une définition encore plus large inclut également d’autres symptômes
positifs de la Schizophrénie (p. ex., discours désorganisé, comportement grossièrement désorganisé ou catatonique).

Schizophrénie

La Schizophrénie est une affection qui dure au moins 6 mois et inclut au moins 1 mois de symptômes de la phase active (c.-à-d. deux (ou plus) des manifestations suivantes : idées délirantes, hallucinations, discours désorganisé, comportement grossièrement désorganisé ou catatonique, symptômes négatifs). Les définitions des sous types de Schizophrénie (paranoïde, désorganisé, catatonique, indifférencié et résiduel)
sont également incluses dans cette section.

Trouble schizophréniforme

Le Trouble schizophréniforme se caractérise par un tableau symptomatique
équivalent à celui de la Schizophrénie à l’exception de la durée (c.-à-d., l’affection dure de 1 à 6 mois) et l’absence d’exigence d’une dégradation du fonctionnement.

Trouble schizo-affectif

Le Trouble schizo-affectif est une affection au cours de laquelle un épisode thymique et les symptômes de la phase active de la Schizophrénie surviennent simultanément et sont précédés ou suivis pendant au moins 2 semaines par des idées délirantes ou des hallucinations sans symptômes thymiques prononcés.

Trouble délirant

Le Trouble délirant est caractérisé par la présence pendant au moins 1 mois
d’idées délirantes non bizarres sans autres symptômes de la phase active de la Schizophrénie.

  • type érotomaniaque

  • type mégalomaniaque

  • à type de jalousie

  • à type de persécution

  • type somatique

  • type mixte

Trouble psychotique bref

Le Trouble psychotique bref est une affection psychotique qui dure plus d’i jour
et guérit en moins d’l mois.

  • Avec facteurs de stress marqués

  • Sans facteurs de stress marqués

  • Avec début lors du post-partum

Trouble psychotique partagé

Le Trouble psychotique partagé se caractérise par la présence d’une idée délirante chez un sujet qui est sous l’influence d’une personne qui présente, depuis plus longtemps déjà, une idée délirante de contenu similaire.

Trouble psychotique dû à une maladie générale

Dans le Trouble psychotique dû à une affection médicale générale, les
symptômes psychotiques sont jugés être une conséquence physiologique directe d’une affection médicale générale.

DROGUE : dangers des drogues

Les drogues, dangers et problèmes liés

Article rédigé avec le DSM

L’addiction, une histoire de plaisir et d’évolution

Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce humaine répond à des règles de survie : se reproduire, se faire plaisir (manger, boire…) et prendre soin de soi et des autres, fuir le danger… Ces comportements animaux sont hérités de notre cerveau profond, dit « reptilien », centre des émotions de plaisir, de peur, de joie… et réagissant à une loi, celle de la récompense : on éprouve du plaisir à avoir fait l’amour, avoir bien mangé, avoir bien chassé… ces comportements ont été favorisés par l’évolution car ils sont généralement conservateurs pour l’individu, et le cerveau reptilien  libère de la dopamine, neurotransmetteur du plaisir dans ses noyaux gris centraux et réclame de renouveler ce plaisir.

L’homme qui désire une femme obéira à cette pulsion et mettra tout en oeuvre, se mettra même parfois en danger pour satisfaire son envie de la posséder. Une fois que la chose sera faite, il éprouvera une satisfaction qui l’amènera à… dormir et se désintéresser de son objet de convoitise, jusqu’à la prochaine…

Il en est de même pour la nouvelle voiture ou le dernier smartphone

Heureusement, l’évolution nous a doté d’un cortex, source des idées, de la réflexion, de la mesure, de l’analyse… et nous pouvons pondérer ces pulsions en mesurant leurs conséquences. On ne se jette donc plus systématiquement sur la première envie qui passe comme des bonobos

Les drogues ont ceci de particulier qu’elles dupent le cerveau reptilien, parfois en mimant l’effet de drogues naturelles (endorphines notamment : on dit souvent que le cerveau est le plus grand producteur de drogue au monde) en provoquant un plaisir intense, dont le cerveau reptilien réclamera le retour à corps et à cris,

Qui plus est, il faudra toujours plus de substance pour essayer de provoquer le même plaisir car les récepteurs à la dopamine « s’émoussent ». Si les trois premières lignes de cocaïne sont un véritable flash, la suite n’est qu’une course pour essayer de retrouver la stimulation et le plaisir intense qu’elles ont provoqué… en vain. Il en est de même pour l’héroine ou… l’alcool, une drogue légale qui tue avec le tabac, l’autre drogue légale, 40 fois plus que les accidents de la route.

A cela il faut ajouter l’augmentation considérable des substances addictogènes mises à notre disposition (nouvelles drogues de synthèse notamment), l’accès plus facile à des activités addictogènes (écrans et Internet, sexe…) et au caractère addictogène de notre société, dans laquelle la culture de la défonce s’est imposée, servant souvent de soupape pour éliminer l’excès de stress et de pression. Les addictions et les drogues sont devenues un véritable problème de santé publique…

Les drogues

Le terme drogue désigne 11 classes de substances:
alcool ;
amphétamine ou sympathomimétiques d’action similaire ;
caféine ;
cannabis ;
cocaïne ;
hallucinogènes ;
solvants volatils ;
nicotine ;
opiacés ;
phencyclidine (PCP) ou arylcyclohexylamines d’action similaire ;
médicament : sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques, les analgésiques et anesthésiques, les anticholinergiques , les anticonvulsivants , les antihistaminiques, les antihypertenseurs et les autres médications cardio-vasculaires, les antimicrobiens , les antiparkinsoniens , les chimiothérapies, les corticostéroïdes, les médications gastrointestinales, les relaxants musculaires, les anti-inflammatoires non stéroïdiens , les antidépresseurs, et le disulfirame.
On peut aussi observer plus rarement des troubles liés à des drogues plus rares : les métaux lourds (c.-à-d. plomb ou aluminium), les dératisants qui contiennent de la strychnine, les pesticides qui contiennent de la nicotine ou des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase , les gaz neurotoxiques , l’éthylène glycol (antigel), l’oxyde de carbone, et le gaz carbonique.

Les troubles

Les Troubles liés a une drogue sont divisés en deux groupes :

Troubles liés à l’ utilisation d’une drogue (Dépendance à une drogue, Abus d’une drogue)

Dépendance à une drogue

Caractéristiques

La caractéristique essentielle de la Dépendance à une drogue est un ensemble de symptômes cognitifs, comportementaux et physiologiques, indiquant que le sujet continue à utiliser la drogue malgré des problèmes significatifs liés à la drogue. Il existe un mode d’utilisation répétée qui conduit, en général, à la tolérance, au sevrage et à un comportement de prise compulsive. Un diagnostic de Dépendance à une drogue peut s’appliquer à toutes les classes de drogues à l’exception de la caféine.
La dépendance est définie comme l’apparition d’au moins trois des symptômes ci-dessous à un moment quelconque au cours d’une période continue de 12 mois.

La tolérance (Critère 1)

est la nécessité (l’augmenter nettement les quantités de drogue pour produire l’intoxication (ou l’effet désiré), ou désigne une diminution nette de l’effet en cas d’utilisation continue d’une même quantité de drogue. Le niveau (le tolérance qui se développe, varie largement selon les drogues. De plus, pour une drogue donnée, le degré de tolérance peut varier en fonction des différents effets de la drogue sur le système nerveux. Par exemple, pour les opiacés, la tolérance concernant la dépression respiratoire et celle concernant l’analgésie se développent à des vitesses différentes. Les sujets utilisant massivement les opiacés ou les stimulants peuvent développer des niveaux substantiels de tolérance (p. ex., multipliés d’un facteur dix), souvent jusqu’à une close qui serait mortelle pour un non-consommateur.
La tolérance à l’alcool peut aussi être marquée mais elle est, en général, bien moins extrême que pour les amphétamines. De nombreux sujets qui fument des cigarettes en consomment plus de 20 par jour, une quantité qui aurait produit des signes de toxicité quand ils ont commencé à fumer. Les sujets qui utilisent massivement le cannabis ou la phencyclidine (PCP) ne se rendent en général pas compte qu’ils sont devenus tolérants
(bien que la tolérance ait été démontrée dans les études animales et chez certains sujets). La tolérance peut être difficile à établir sur les seuls antécédents quand la drogue est illégale et peut-être mélangée avec (les diluants divers ou avec d’autres drogues. Dans de telles situations, les tests de laboratoires peuvent être utiles (p. ex., des taux sanguins élevés avec peu d’indices d’intoxication rendent la tolérance probable).
La tolérance doit aussi être distinguée de la variabilité individuelle quant à la sensibilité initiale aux effets de drogues données. Par exemple, des personnes qui boivent pour la première fois montrent très peu de signes d’intoxication après trois ou quatre verres, alors que d’autres, de même poids, n’ayant jamais bu non plus, ont un
discours bredouillant et une incoordination motrice.

Le sevrage (Critère 2a)

est une modification comportementale inadaptée avec des concomitants physiologiques et cognitifs se produisant quand diminuent les concentrations sanguines ou tissulaires d’une drogue à la suite d’une utilisation massive et
prolongée.

Après avoir développé des symptômes de sevrage désagréables, la personne peut prendre la drogue pour soulager ou éviter ces symptômes (Critère 2b)

utilisant, clans les cas typiques, la drogue tout au cours de la journée en commençant peu après le réveil. Les symptômes de sevrage, qui sont généralement opposés aux effets aigus des drogues, varient fortement selon les classes de drogues ; aussi, des ensembles distincts de critères de sevrage sont-ils donnés pour la plupart des classes.
Des signes physiologiques nets et habituellement faciles à détecter sont fréquents avec l’alcool, les opiacés, et les sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques. Des signes et des symptômes de sevrage sont souvent présents mais peuvent être moins évidents avec les stimulants tels que les amphétamines et la cocaïne, comme avec la nicotine et le cannabis. Il n’y a jamais de signes significatifs de sevrage après des doses même répétées d’hallucinogènes. Le sevrage à la phencyclidine et à des drogues similaires n’a pas encore été décrit chez l’homme (bien qu’il ait été établi chez l’animal).

Ni la tolérance ni le sevrage ne sont nécessaires ou suffisants pour le diagnostic de dépendance à une drogue. Cependant, pour la plupart des classes de drogues, des antécédents de tolérance ou de sevrage sont associés à une évolution clinique plus sévère (p. ex., le développement plus rapide d’une Dépendance, des prises de drogue
en quantités plus grandes, un nombre plus élevé de problèmes liés à la drogue). Certains sujets (p. ex., ceux qui ont une Dépendance au cannabis) montrent un mode d’utilisation compulsive sans aucun signe manifeste de tolérance ou de sevrage. Inversement, d’autres patients de médecine générale ou vus en postopératoire, qui n’ont pas de Dépendance aux opiacés, peuvent développer une tolérance à des opiacés qui leurs sont prescrits, et éprouver des symptômes de sevrage sans montrer aucun signe d’utilisation compulsive. Les spécifications Avec Dépendance physiologique et sans Dépendance physiologique sont fournies pour indiquer la présence ou
l’absence de tolérance ou de sevrage.

Les items suivants décrivent le mode d’utilisation compulsive d’une drogue, qui
caractérise la dépendance.

Le sujet peut prendre la drogue en quantité plus importante ou sur une plus longue période que celle qui était prévue au départ (p. ex., il continue à boire jusqu’à l’intoxication sévère bien qu’il se soit fixé une limite à un seulverre) (Critère 3).

Le sujet peut exprimer un désir persistant d’arrêter ou de contrôler l’utilisation de la drogue.

Souvent, il y a eu de nombreuses tentatives infructueuses pour en diminuer ou en arrêter l’utilisation (Critère 4).

Le sujet peut passer beaucoup de temps à se procurer une drogue, l’utiliser, ou récupérer de ses effets (Critère 5).

Dans quelques cas de Dépendance, quasiment toutes les activités journalières de la personne tournent autour de la drogue.

Des activités importantes, sociales, professionnelles ou de loisirs peuvent être abandonnées ou diminuées du fait de l’utilisation de la drogue (Critère 6).

L’individu peut se détacher des activités familiales ou de ses violons d’Ingres pour utiliser la drogue en privé ou pour passer plus de temps avec des amis qui utilisent la drogue.

Bien qu’elle reconnaisse la contribution de la drogue à ses difficultés psychologiques ou physiques (p. ex., symptômes dépressifs sévères ou atteinte organique), la personne continue à l’utiliser (Critère 7).

Le point-clé pour évaluer ce critère n’est pas l’existence d’un problème, mais plutôt l’incapacité du sujet à s’abstenir d’utiliser la drogue bien qu’il ait des preuves des difficultés qu’elle provoque.

Spécifications

La tolérance et le sevrage peuvent être associés à un risque accru de problèmes médicaux généraux dans l’immédiat et un risque accru de rechutes. Les spécifications suivantes sont fournies pour permettre de noter leur présence ou leur absence.

Avec Dépendance physique.

Cette spécification doit être utilisée quand la Dépendance à une drogue est accompagnée de signes de tolérance
(Critère 1) ou de sevrage (Critère 2).

Sans Dépendance physique.

Cette spécification doit être utilisée quand il n’y a aucune preuve de tolérance (Critère 1) ou de sevrage (Critère 2). Chez ces sujets, la Dépendance à une drogue est caractérisée par un mode d’utilisation
compulsive (au moins trois des critères 3-7).

Spécifications pour l’évolution

Six spécifications de l’évolution sont disponibles pour une Dépendance à une drogue.
Les quatre spécifications de rémission ne peuvent être appliquées que si aucun des critères de Dépendance ou d’Abus à une drogue n’a été présent pendant au moins un mois. Pour les critères requérant des problèmes récurrents, une spécification de l’évolution ne s’applique que si aucun aspect du critère n’a été présent (p. ex., un accident de la route au cours d’une intoxication suffit à empêcher que le sujet soit considéré en rémission). La définition de ces quatre types de rémission est fondée sur l’intervalle de temps qui s’est écoulé depuis l’arrêt de la Dépendance (rémission précoce ou prolongée) et sur la présence persistante d’au moins un des items inclus dans les critères de Dépendance ou d’Abus (rémission partielle ou complète). Comme les 12 premiers mois après une Dépendance représentent une période comportant un risque particulièrement élevé de rechute, une rémission de moins de 12 mois est désignée comme rémission précoce. Après 12 mois de rémission précoce sans rechute de la Dépendance, la personne entre en rémission prolongée. Tant pour la rémission précoce que pour la rémission prolongée, une spécification additionnelle de <<complète » est donnée si aucun critère de Dépendance ou d’Abus n’a été présent pendant la période de rémission ; une spécification de « partielle » est donnée si au moins un des critères de Dépendance ou d’Abus a été présent, par intermittence ou continuellement, pendant la période de rémission.

Rémission précoce complète

Cette spécification est utilisée si, pendant au moins un mois, mais pendant moins de douze mois, aucun critère de Dépendance ou d’Abus n’a été présent.

Rémission précoce partielle

Cette spécification est utilisée si, pendant au moins un mois, mais pendant moins de douze mois, au moins un critère rie Dépendance ou d’Abus a été présent (sans que les critères complets de la Dépendance aient été présents).

Rémission prolongée complète

Cette spécification est utilisée si, à aucun moment pendant au moins douze mois, aucun critère de Dépendance ou d’Abus n’a été présent.

Rémission prolongée partielle

Cette spécification est utilisée si, à aucun moment pendant au moins douze mois, les critères complets de Dépendance n’ont été présents ; toutefois, au moins un critère de Dépendance ou d’Abus a été présent.

Critères de dépendance à une drogue

Mode d’utilisation inadapté d’une drogue conduisant à une altération
du fonctionnement ou une souffrance, cliniquement significative, caractérisé
par la présence de trois ou plus) des manifestations suivantes, à
un moment quelconque d’une période continue de 12 mois :
(1) tolérance, définie par l’un des symptômes suivants :
(a) besoin de quantités notablement plus fortes de la drogue
pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré
(h) effet notablement diminué en cas d’utilisation continue
d’une même quantité de la drogue
(2) sevrage caractérisé par l’une ou l’autre des manifestations
suivantes :
(a) syndrome de sevrage caractéristique de la drogue (voir les
critères A et B des critères de Sevrage à une drogue
spécifique)
(b) la même drogue (ou une drogue très proche) est prise
pour soulager ou éviter les symptômes de sevrage
(3) la drogue est souvent prise en quantité plus importante ou
pendant une période plus prolongée que prévu
(4) il y a un désir persistant, ou des efforts infructueux, pour diminuer
ou contrôler l’utilisation de la drogue
(5) beaucoup de temps est passé à des activités nécessaires pour
obtenir la drogue (p. ex., consultation de nombreux médecins
ou déplacement sur (le longues distances), à utiliser le produit
(p. ex., fumer sans discontinuer), ou à récupérer de ses effets
(6) des activités sociales, professionnelles ou de loisirs importantes
sont abandonnées ou réduites à cause de l’utilisation de la
drogue
(7) l’utilisation de la drogue est poursuivie bien que la personne
sache avoir un problème psychologique ou physique persistant
ou récurrent susceptible d’avoir été causé ou exacerbé par la
drogue (par exemple, poursuite de la prise de cocaïne bien
que la personne admette une dépression liée à la cocaïne, ou
poursuite de la prise de boissons alcoolisées bien que le sujet
reconnaisse l’aggravation d’un ulcère du fait de la consommation
d’alcool)

Abus d’une drogue

Caractéristiques

La caractéristique essentielle de l’Abus d’une drogue est un mode d’utilisation inadéquat d’une drogue mis en évidence par des conséquences indésirables, récurrentes et significatives, liées à cette utilisation répétée. Pour que le critère d’Abus soit rempli, le problème lié à la drogue doit être survenu de façon répétée au cours d’une période de 12 mois consécutifs ou persister au moment de l’évaluation.

On peut observer une incapacité répétée de la personne à remplir des obligations majeures, une utilisation dans des situations on cela peut être physiquement dangereux, des problèmes judiciaires multiples, et des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents (Critère A).

Ces problèmes doivent survenir de manière répétée au cours d’une période continue de 12 mois. A la différence des critères de Dépendance à une drogue, les critères pour l’Abus de drogue n’incluent pas la tolérance, le sevrage, ou un mode compulsif d’utilisation, mais, seulement, les conséquences néfastes de l’utilisation
répétée.

Le diagnostic de Dépendance à une drogue a priorité sur le diagnostic d’Abus d’une drogue si, à un moment quelconque, le mode d’utilisation a correspondu aux critères de Dépendance pour cette classe de drogues (Critère B).

Bien qu’un diagnostic d’Abus d’une drogue soit plus probable chez des sujets qui n’ont que récemment commencé à prendre la drogue, certains sujets continuent à subir des conséquences sociales néfastes liées à une drogue pendant longtemps sans qu’on ait des preuves de Dépendance à cette drogue. La catégorie Abus d’une drogue
ne s’applique ni à la caféine ni à la nicotine. Le terme « abus » doit s’appliquer à un mode d’utilisation de la drogue remplissant les critères de ce trouble ; il ne faut pas l’utiliser comme synonyme d’« utilisation », de « mauvaise utilisation>> ou d’« utilisation dangereuse ».

Les sujets peuvent présenter, de manière répétée, une intoxication ou d’autres symptômes liés à une drogue quand ils sont supposés remplir des obligations ajeures au travail, à l’école ou à la maison (Critère Al).

Il peut y avoir des absences répétées ou de mauvaises performances au travail liées à des « gueules de bois » récurrentes. Un lycéen peut être absent, exclus temporairement ou définitivement du lycée en raison de l’abus d’une drogue. Pendant qu’il est intoxiqué, le sujet peut négliger ses enfants ou les tâches ménagères.

La personne peut, de manière répétée, être intoxiquée dans des situations où cela est physiquement dangereux (p. ex., en conduisant une voiture, en faisant fonctionner une machine ou en entreprenant des activités de
loisirs à risque telles que nager ou faire de l’escalade) (Critère A2).

Il peut y avoir des problèmes judiciaires récurrents (p. ex., arrestation après un comportement anormal,
violence et agressions, conduite en état d’imprégnation) (Critère A3).

La personne peut continuer à utiliser la drogue malgré des antécédents de conséquences sociales et interpersonnelles négatives, persistantes ou récurrentes (p. ex., difficultés conjugales ou divorce, disputes ou bagarres) (Critère A4).

Critères de l’abus d’une drogue

A. Mode d’utilisation inadéquat d’une drogue conduisant à une altération
du fonctionnement Ou à une souffrance cliniquement
significative, caractérisé par la présence d’au moins une des manifestations
suivantes au cours d’une période de 12 mois :
(1) utilisation répétée d’une drogue conduisant à l’incapacité de
remplir des obligations majeures, au travail, à l’école, ou à la
maison (par exemple, absences répétées ou mauvaises performances
au travail du fait de l’utilisation de la drogue, absences,
exclusions temporaires ou définitives de l’école, négligence des
enfants ou des tâches ménagères)
(2) utilisation répétée d’une drogue dans des situations où cela
peut être physiquement dangereux (par exemple, lors de la
conduite d’une voiture ou en faisant fonctionner une machine
alors qu’on est sous l’influence d’une drogue)
(3) problèmes judiciaires répétés liés à l’utilisation d’une drogue
(p. ex., arrestations pour comportement anormal en rapport avec
l’ utilisation de la drogue)
(4) utilisation de la drogue malgré des problèmes interpersonnels
ou sociaux, persistants ou récurrents, causés ou exacerbés par les
effets de la drogue (par exemple disputes avec le conjoint à
propos des conséquences de l’intoxication, bagarres)
B. Les symptômes n’ont jamais atteint, pour cette classe de drogue,
les critères de la Dépendance à une drogue.

Depuis le DSM5 Ces notions assez confuses d’Abus et de Dépendance sont regroupés sous le terme Trouble d’utilisation :

 

  1. Mode problématique d’utilisation de la substance conduisant à une altération du fonctionnement ou à une souffrance qui sont cliniquement significatives, comme en témoignent au moins 2 des éléments suivants survenant dans une période de 12 mois :
    1. La substance est souvent pris en quantité plus importante ou pendant une période plus longue que prévu.
    2. Il y a un désir persistant de diminuer ou de contrôler l’utilisation de la substance ou des efforts infructueux pour diminuer ou contrôler l’utilisation.
    3. Beaucoup de temps est consacré à des activités nécessaires pour obtenir de la substance, utiliser la substance et récupérer de ses effets.
    4. Forte envie, désir ou besoin de consommer la substance.
    5. L’usage de la substance a pour conséquence des manquements récurrents à des obligations majeures, au travail, à l’école ou à la maison.
    6. Poursuite de l’utilisation de la substance malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels, persistants ou récurrents, causés ou exacerbés par les effets de la substance.
    7. Des activités sociales, professionnelles ou de loisirs importantes sont abandonnées ou réduites à cause de l’usage de la substance.
    8. Usage récurrent de la substance dans des situations où c’est physiquement dangereux.
    9. L’usage de la substance est poursuivi bien que la personne soit consciente d’avoir un problème physique ou psychologique persistant ou récurrent qui est susceptible d’avoir été causé ou exacerbé par la substance.
    10. Tolérance, telle que définie par l’un des éléments suivants :
      1. Besoin de quantités notablement plus grandes de la substance pour obtenir une intoxication ou l’effet souhaité.
      2. Effet notablement diminué avec l’utilisation continue de la même quantité de la substance.
    11. Sevrage, tel que manifesté par un des éléments suivants :
      1. Le syndrome de sevrage caractéristique de la substance.
      2. La substance est prise pour soulager ou éviter les symptômes de sevrage.

Niveaux de sévérité :

  • Léger : présence de 2-3 symptômes.
  • Modéré : présence de 4-5 symptômes.
  • Sévère : présence de 6 symptômes ou plus.

Troubles induits par une drogue

Intoxication par une drogue

La caractéristique essentielle de l’Intoxication à une drogue est le développement d’un syndrome réversible spécifique dû à l’ingestion récente de (ou l’exposition à) cette drogue (Critère A).

Les changements comportementaux ou psychologiques inadaptés, cliniquement significatifs, qui sont associés à l’intoxication (p. ex., agressivité, labilité de l’humeur, altération cognitive, altération du jugement, altération du fonctionnement social ou professionnel), sont dus aux effets physiologiques directs de la drogue sur le système nerveux central et se développent pendant ou peu après l’utilisation de la drogue (Critère B).

Les symptômes ne sont pas dus à une affection médicale générale, et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (Critère C).

L’Intoxication à une drogue est souvent associée à un Abus ou à une Dépendance. Cette catégorie ne s’applique pas à la nicotine. La preuve d’une prise récente d’une drogue peut être obtenue à partir des antécédents, de l’examen physique (p. ex., odeur alcoolique de l’haleine), ou d’une analyse toxicologique des liquides
biologiques (p. ex., urine ou sang). Les modifications les plus courantes comprennent des perturbations de la perception, de la vigilance, de l’attention, de la pensée, du jugement, du comportement psychomoteur, et du comportement interpersonnel. Le tableau clinique spécifique de l’Intoxication à une drogue varie notablement d’un sujet à l’autre et dépend de la drogue en cause, de la dose, de la durée ou de la chronicité des prises, de la tolérance de la personne à cette drogue, de la durée écoulée depuis la dernière prise, des attentes de la personne quant aux effets de la drogue et de l’environnement ou du cadre dans lequel la drogue est prise. Des intoxications de courte durée ou « aiguës » peuvent avoir des signes ou des symptômes différents de ceux des intoxications de longue durée ou « chroniques
Par exemple des doses modérées de cocaïne peuvent produire initialement une recherche des contacts sociaux, mais un retrait social peut se développer si de telles doses sont répétées fréquemment pendant des jours ou des semaines. Des drogues différentes (parfois même des drogues de classes différentes) peuvent produire des symptômes identiques. Par exemple, les Intoxications à l’amphétamine ou à la cocaïne peuvent toutes les deux se manifester par des idées de grandeur, une hyperactivité, accompagnée de tachycardie, de dilatation pupillaire, d’une pression artérielle élevée, de transpiration ou de frissons. De même, l’alcool et les drogues de la classe des sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques produisent des symptômes d’intoxication similaires.

Le caractère inadapté d’une modification du comportement liée à la drogue dépend du contexte social et de l’environnement. Le comportement inadapté place, en général, le sujet dans des situations à risque (p. ex., accidents, complications médicales générales, rupture dans les relations sociales ou familiales, difficultés professionnelles ou financières, problèmes judiciaires). Des signes ou des symptômes d’intoxication peuvent parfois persister pendant des heures ou des jours au-delà du moment où la drogue n’est plus détectable clans les liquides biologiques.
Cela peut être dû à la persistance de concentrations faibles de drogue dans certaines parties du cerveau ou à un effet de type « hit and run ”, où la drogue altère un processus physiologique dont la récupération dure plus longtemps que l’élimination de la drogue. Ces effets plus prolongés de l’intoxication doivent être distingués du
sevrage (c.-à-d. des symptômes déclenchés par une diminution des concentrations sanguines ou tissulaires de la drogue).

Sevrage d’une drogue

La caractéristique essentielle du Sevrage à une drogue est le développement d’une modification comportementale inadaptée spécifique d’une drogue, avec des concomitants physiologiques et cognitifs, due à l’arrêt ou la réduction de l’utilisation massive et prolongée de cette drogue (Critère A).

Le syndrome spécifique de la drogue cause une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère B).

Les symptômes ne sont pas dus à une affection médicale générale, et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (Critère C).

En général, mais pas toujours, le sevrage est associé à une Dépendance à une drogue. La plupart des sujets (si ce n’est tous) développant un Sevrage ont une appétence à reprendre la drogue pour diminuer les symptômes.

Delirium induit par une drogue
Démence persistante induite par une drogue
Trouble amnésique persistant induit par une drogue
Trouble psychotique induit par une drogue
Trouble de l’humeur induit par une drogue
Trouble anxieux induit par une drogue
Dysfonction sexuelle induite par une drogue
Trouble du sommeil induit par une drogue.

TROUBLES LIÉS À L’ALCOOL

Voir l’article sur l’alcool

TROUBLES LIÉS À L’AMPHÉTAMINE (AMPHÉTAMINIQUES)

Voir amphetamine

TROUBLES LIÉS AU CANNABIS

Voir cannabis

TROUBLES LIÉS À LA COCAÏNE

Voir cocaine

TROUBLES LIÉS AUX HALLUCINOGÈNES

Voir psilo

TROUBLES LIÉS AUX SOLVANTS VOLATILS

Voir sniffer de la colle

TROUBLES LIÉS AU TABAC

Voir tabac

TROUBLES LIÉS AUX OPIACÉS

Voir opiacés

TROUBLES LIÉS À LA PHENCYCLIDINE (OU AUX DROGUES SIMILAIRES)

Voir Ketamine

TROUBLES LIÉS AUX SÉDATIFS, HYPNOTIQUES OU ANXIOLYTIQUES

Troubles liés à l’utilisation des sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Dépendance aux sédatifs,hypnotiques ou anxiolytiques

  • Abus de sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

Troubles induits par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Intoxication aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Sevrage aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Delirium par intoxication aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Delirium du sevrage aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Démence persistante induite par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Trouble amnésique persistant induit par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Trouble psychotique induit par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Trouble de l’humeur induit par les sédatifs hypnotiques ou anxiolytiques

  • Trouble anxieux induit par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Dysfonction sexuelle induite par les sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques

  • Trouble du sommeil induit par les sédatifs,hypnotiques ou anxiolytiques

Autres drogues ou substances pouvant être détournées de leur utilisation en drogue

Les nitrites inhalés (<< poppers »)

Il s’agit des nitrites d’amyle, de butyle, et d’isobutyle qui produisent une intoxication caractérisée par un sentiment de plénitude dans la tête, d’euphorie légère, un changement dans la perception du temps, une relaxation des muscles lisses, et peut-être un accroissement des sensations sexuelles. En plus d’une possible utilisation compulsive, ces substances comporteraient un danger d’altération des fonctions immunitaires, d’irritation du système respiratoire, de diminution de la capacité de transport en oxygène du sang et de réaction toxique qui peut inclure vomissements, maux de tête sévères, hypotension et étourdissements.

Le protoxyde d’azote (« gaz hilarant »)

Il provoque l’apparition rapide d’une intoxication caractérisée par une sensation de tête vide et une impression de flottement, qui cède en quelques minutes à l’arrêt de l’administration. On a signalé des confusions transitoires
mais cliniquement significatives et des états paranoïdes réversibles en cas d’utilisation régulière du protoxyde d’azote.

La noix de betel

Dans de nombreuses cultures, elle est mâchée pour produire une euphorie légère et une sensation de flottement

Le kava

Il s’agit d’une substance provenant d’un poivrier du Pacifique qui produit une sédation, une incoordination motrice, une perte de poids, des formes légères d’hépatite et des anomalies pulmonaires. De plus, des sujets peuvent développer une dépendance et des perturbations par autoadministration répétée

Les médicaments

Qu’ils soient prescrits ou en vente libre, comme la cortisone, les agents antiparkinsoniens avec des effets anticholinergiques, et des antihistaminiques.

DELIRIUM, DEMENCE, TROUBLES AMNESIQUES ET COGNITIFS

Delirium, démence, trouble amnésique et autres troubles cognitifs

Delirium

Un delirium est caractérisé par une perturbation de la conscience et une modification du fonctionnement cognitif qui s’installent en un temps court.

On distingue plusieurs causes :

Delirium dû à l’intoxication par une substance

Delirium dû au sevrage d’une substance

Delirium dû à des étiologies multiples

Démence

Une démence est caractérisée par des déficits cognitifs multiples, parmi lesquels une altération de la mémoire. On distingue plusieurs causes :

Démence de type Alzheimer, à début précoce (<65 ans)

Démence de type Alzheimer, à début tardif (>65 ans)

Démence vasculaire

Démence due à la maladie du VIH

Démence due à un traumatisme crânien

Démence due à la maladie de Parkinson

Démence due à la maladie de Huntington

Démence due à la maladie de Pick

Démence due à la maladie de Creutzfeldt-Jakob

Démence due à une substance

Troubles amnésiques

Un trouble amnésique est caractérisé par une altération de la mémoire, en
l’absence d’autres altérations cognitives significatives

Troubles amnésiques dus à une maladie générale

Troubles amnésiques dus à une substance

Autres troubles cognitifs

PEDOPSYCHIATRIE : psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent

Pedopsychiatrie

1/ Déficience intellectuelle

2/ Troubles spécifiques des apprentissages

Le diagnostic d’un Trouble des apprentissages est porté lorsque les performances du sujet à des tests standardisés, passés de façon individuelle, portant sur la lecture, le calcul ou l’expression écrite sont nettement au-dessous du niveau escompté, compte tenu de son âge, de son niveau scolaire et de son niveau intellectuel. Les problèmes
d’apprentissage interfèrent de manière significative avec la réussite scolaire ou les activités de la vie courante qui nécessitent de savoir lire, compter ou écrire. Plusieurs approches statistiques peuvent être utilisées pour déterminer si la différence est significative.

Nettement au-dessous se définit généralement par une différence de plus de 2 déviations standards entre les performances et le QI.

Une différence moins importante (c.-à-d. entre I et 2 déviations standards) est parfois retenue, particulièrement clans les cas où la performance d’un sujet au test de QI peut avoir été perturbée par un trouble associé des processus cognitifs, par un trouble mental prémorbide ou une affection médicale générale, ou encore par le contexte ethnique ou culturel. Si un déficit sensoriel est présent, les difficultés d’apprentissage doivent être supérieures à celles habituellement associées à ce déficit. Les Troubles des apprentissages peuvent persister à l’âge adulte.

On distingue les troubles de la lecture, du calcul, de l’expression, phonologiques, le bégaiement…

3/ Troubles moteurs

  • Trouble des mouvements stéréotypés

  • Tics

4/ Troubles de la communication

A. Difficultés persistantes dans l’utilisation sociale de la communication verbale et non verbale comme manifestées par l’ensemble des caractéristiques suivantes:

  1. Déficits de l’utilisation de la communication à des fins sociales d’une manière qui est appropriée pour le contexte social, comme saluer ou partager des informations.
  2. Capacité réduite de changer la communication selon le contexte ou les besoins de l’auditeur, comme parler différemment dans une salle de classe que dans un terrain de jeux, parler différemment à un enfant qu’à un adulte, et éviter l’utilisation d’un langage trop formel.
  3. Difficultés à suivre les règles de la conversation et de la narration, comme parler à tour de rôle dans la conversation, reformuler lors d’une incompréhension, et savoir comment utiliser les signaux verbaux et non verbaux pour réguler les interactions.
  4. Difficultés à comprendre ce qui n’est pas dit explicitement (par exemple, faire des inférences) et le sens non littéral ou ambiguë du langage (par exemple, les expressions idiomatiques, l’humour, les métaphores, les significations multiples qui dépendent du contexte pour l’interprétation.)

B. Les déficits entraînent des limitations fonctionnelles de la communication efficace, de la participation sociale, des relations sociales, de la réussite scolaire ou la performance au travail, individuellement ou en combinaison.

C. Les symptômes apparaissent durant la période précoce de développement (mais les déficits peuvent ne pas devenir pleinement manifestes tant que les demandes de communication sociale ne dépassent pas les capacités limitées).

D. Les symptômes ne sont pas dus à une autre condition médicale ou neurologique ou à de faibles capacités dans les domaines de la structure des mots et de la grammaire, et ne sont pas mieux expliqués par un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle (un trouble du développement intellectuel), un retard du développement global, ou un autre trouble mental.

5/ Trouble du comportement, des impulsions et des conduites (disruptif et perturbateur)

6/ Troubles de l’alimentation et trouble
des conduites alimentaires

Notamment anorexie

7/ Troubles de l’élimination

Enurese, encopresie…

8/ Troubles anxieux

Anxiété de séparation

Diagnostic

Anxiété concernant la séparation d’avec la maison ou les personnes auxquelles le sujet est attaché (Critère A).

Cette anxiété dépasse en sévérité celle que l’on pourrait attendre
compte tenu du niveau de développement du sujet. Il faut que le trouble persiste pendant une période d’au moins 4 semaines (Critère B), qu’il ait débuté avant l’âge de 18 ans (Critère C), et qu’il entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, scolaire (professionnel), ou dans d’autres domaines importants (Critère D).

On ne fait pas le diagnostic d’Anxiété de séparation si l’anxiété survient exclusivement au cours d’un Trouble envahissant du développement, d’une Schizophrénie ou d’un autre Trouble psychotique et, chez les adolescents et les adultes, s’il peut être mieux expliqué par le diagnostic de Trouble panique avec agoraphobie (Critère E).

Les sujets ayant une Anxiété de séparation souffrent d’une angoisse excessive et récurrente dans les situations de séparation d’avec la maison ou les personnes auxquelles il sont très attachés (Critère Al).

Séparés des êtres chers, ils ont besoin de savoir Où ceux-ci se trouvent et de garder le contact avec eux (p. ex., par téléphone). Loin de chez eux, certains deviennent extrêmement tristes et malheureux ; cela peut même être un supplice. Ils ont la nostalgie de la maison et ne pensent qu’aux retrouvailles.

Séparés de ceux qu’ils aiment, ils sont envahis de craintes d’accidents ou de maladies qui pourraient toucher eux-mêmes ou ces personnes chères (Critère A2).

Les enfants ayant une Anxiété de séparation expriment souvent la peur d’être perclus et de ne jamais revoir leurs parents (Critère A3).

Ils sont malheureux lorsqu’ils voyagent indépendamment par
eux-mêmes, loin de la maison ou d’autres environnements familiers, et certains évitent de se déplacer tout seuls.

Ils peuvent se monter réticents ou refuser d’aller à l’école ou en camp de vacances, de passer une après-midi ou de dormir chez des amis, et d’aller seuls faire des commissions (Critère A4).

Ces enfants peuvent se montrer incapables de rester ou d’aller dans une pièce seuls, et avoir un comportement « collant » par le fait de rester près de l’un ou l’autre de leurs parents ou de le suivre « comme son ombre » dans toute la maison, ou par le fait d’exiger la présence de quelqu’un pour les accompagner dans une autre pièce de la maison (Critère A5).

Les enfants atteints d’Anxiété de séparation ont souvent du mal à aller se coucher,insistant pour que quelqu’un reste près d’eux jusqu’à ce qu’ils s’endorment (Critère A6).

La nuit, ils vont parfois dans le lit de leurs parents (ou dans celui d’une
personne proche comme un frère ou une soeur) ; si l’entrée de la chambre des parents leur est interdite, ils peuvent dormir devant la porte. Ils font des cauchemars dont le contenu exprime leurs peurs (p. ex., un incendie, un meurtre ou une autre catastrophe qui anéantirait la famille) (Critère A7).

Des plaintes somatiques telles que douleurs abdominales, maux de tête, nausées, vomissements, sont fréquentes dans les situations de séparation ou en anticipation de telles situations (Critère A8).

Les symptômes cardio- vasculaires, comme des palpitations, des éblouissements, des sensations d’évanouissement, sont rares chez les jeunes enfants mais peuvent se voir chez les sujets
plus âgés.

 

Caractéristiques et troubles associés

Les enfants ayant une Anxiété de séparation proviennent souvent de familles dans lesquelles les relations sont très proches. Loin de la maison ou de ceux qu’ils aiment, ils sont généralement timides, apathiques, tristes et ne peuvent se concentrer ni sur leur travail ni sur des jeux. En fonction de l’âge, ils ont peur des animaux, des monstres, du noir, des agresseurs, des cambrioleurs, des ravisseurs, ils redoutent les accidents de voiture, les voyages en avion ou toute situation perçue comme menaçante pour l’intégrité de la famille ou leur propre intégrité. Des préoccupations concernant la mort, la leurou celle des autres, sont fréquentes. Le refus d’aller à l’école peut conduire à un échec scolaire ou à un évitement social. Les enfants ayant une Anxiété de séparation peuvent se plaindre de ce que personne ne les aime ou de ce que personne ne s’occupe d’eux et dire qu’ils préféreraient être morts. Lorsqu’ils sont bouleversés par une séparation imminente, ils peuvent se mettre en colère et, occasionnellement, frapper la personnequi essaie de les forcer. Quand ils sont seuls, en particulier le soir, les jeunes enfants peuvent avoir des expériences perceptuelles inhabituelles (p. ex., voir quelqu’un qui
regarde ce qui se passe dans leur chambre, voir des créatures effrayantes qui essayent de les attraper, sentir des yeux posés sur eux). Les enfants souffrant d’Anxiété de séparation sont souvent décrits comme exigeants, indiscrets et en quête permanente d’attention. Les demandes excessives de l’enfant deviennent souvent source de frustration pour leurs parents, ce qui amène des ressentiments et des conflits dans la famille.
Parfois au contraire, ces enfants sont décrits comme excessivement consciencieux,obéissants et désireux de plaire. Ils peuvent avoir des plaintes somatiques, qui les conduisent chez le médecin et entraînent diverses procédures médicales. Une humeur dépressive est souvent associée, elle peut devenir persistante et justifier un diagnostic
additionnel de Dysthymie ou de Dépression majeure. L’Anxiété de séparation peut précéder la survenue d’un Trouble panique avec agoraphobie. La comorbidité avec d’autresTroubles anxieux se rencontre souvent, en particulier dans le cadre de consultations cliniques.

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Il existe des variations culturelles importantes dans le degré de tolérance à la séparation qui doit être considéré comme raisonnable. Il faut faire la différence entre Anxiété de séparation et valeur élevée attribuée dans certaines cultures à de forts liens d’interdépendance entre les membres d’une même famille.
Les manifestations de l’Anxiété de séparation varient avec l’âge. Souvent, les jeunes enfants n’expriment pas de peurs spécifiques concernant des menaces pouvant peser sur leurs parents, sur leur maison ou sur eux-mêmes. C’est lorsqu’ils grandissent que les préoccupations ou les craintes se portent sur des dangers identifiés (p. ex., peur d’être enlevé ou d’être agressé). L’anxiété et l’anticipation de la séparation deviennent
manifestes vers le milieu de l’enfance. Chez les adolescents, particulièrement les garçons, l’anxiété concernant la séparation peut être niée mais se traduire par un champ limité d’activités autonomes et une réticence à quitter la maison. Pour les sujets plus âgés, le trouble peut limiter la capacité à faire face à des situations nouvelles (p. ex.,
déménager ou se marier). Typiquement, les adultes ayant une Anxiété de séparation se font trop de souci pour leurs enfants ou pour leur conjoint, et sont malheureux lorsqu’ils en sont séparés.
Le trouble est apparemment aussi fréquent chez les garçons que chez les filles clans les échantillons cliniques. Dans les échantillons  épidémiologiques, il est plus fréquentchez les filles.

Prévalence

L’Anxiété de séparation n’est pas rare ; son taux de prévalence est estimé aux alentours de 4 % chez les enfants et les jeunes adolescents. L’Anxiété de séparation décroît en prévalence de l’enfance à la fin de l’adolescence.

Évolution

L’Anxiété de séparation se développe parfois à la suite d’un événement traumatisant (p. ex., mort d’un membre de la famille ou d’un animal familier, changement d’école, déménagement vers un nouveau quartier, immigration). Le début peut survenir avant l’âge de l’entrée à l’école, ou à n’importe quel moment avant l’âge de 18 ans, mais les débuts tardifs à l’adolescence sont rares. Typiquement, on observe des périodes d’exacerbation et de rémission. Dans certains cas, l’anxiété d’une possible séparation, de même que l’évitement de situations impliquant une séparation (p. ex., partir pour aller à l’université) peuvent persister pendant de nombreuses années. Cependant, dans les études de suivi, la majorité des enfants ayant une Anxiété de séparation ne souffre pas
de Troubles anxieux invalidants sur le long terme.

Aspects familiaux

L’Anxiété de séparation est apparemment plus fréquente chez les apparentés de premier degré de sujets atteints et peut-être aussi chez les enfants de femmes ayant un Trouble panique.

Critères diagnostiques

A. Anxiété excessive et inappropriée au stade du développement
concernant la séparation d’avec la maison ou les personnes auxquelles
le sujet est attaché, comme en témoignent trois des
manifestations suivantes (ou plus)
(1) détresse excessive et récurrente clans les situations de séparation
d’avec la maison ou les principales figures d’attachement, ou en
anticipation de telles situations
(2) crainte excessive et persistante concernant la disparition des principales
figures d’attachement ou un malheur pouvant leur arriver
(3) crainte excessive et persistante qu’un événement malheureux ne
vienne séparer l’enfant de ses principales figures d’attachement
(p. ex., se retrouver perdu ou être kidnappé)
(4) réticence persistante ou refus d’aller à l’école, ou ailleurs, en
raison de la peur de la séparation
(5) appréhension ou réticence excessive et persistante à rester à la
maison seul ou sans l’une des principales figures d’attachement,
ou bien dans d’autres environnements sans des adultes de
confiance
(6) réticence persistante ou refus d’aller dormir sans être à proximité
de l’une des principales figures d’attachement, ou bien d’aller
dormir en dehors de la maison
(7) cauchemars répétés à thèmes de séparation
(8) plaintes somatiques répétées (telles que maux de tête, douleurs
abdominales, nausées, vomissements) lors des séparations d’avec
les principales figures d’attachement, ou en anticipation de telles
situations
B. La durée du trouble est d’au moins quatre semaines.
C. Début avant l’âge de 18 ans.
D. Le trouble entraîne une détresse cliniquement significative ou une
altération du fonctionnement social, scolaire (professionnel), ou dans
d’autres domaines importants.
E. Le trouble ne survient pas exclusivement au cours d’un Trouble envahissant
du développement, d’une Schizophrénie ou d’un autre
Trouble psychotique, et, chez les adolescents et les adultes, il n’est
pas mieux expliqué par le diagnostic de Trouble panique avec
agoraphobie.

Mutisme sélectif

Diagnostic

La caractéristique essentielle du Mutisme sélectif est l’incapacité régulière à parler dans des situations sociales spécifiques dans lesquelles l’enfant est supposé parler (p. ex., à l’école ou avec des camarades), alors qu’il parle dans d’autres situations (Critère A).

La perturbation interfère avec la réussite scolaire ou professionnelle, ou avec la communication sociale (Critère B).

La perturbation doit durer au moins 1 mois et ne se limite pas au premier mois d’école (pendant lequel beaucoup d’enfants peuvent être en retrait
et réticents à parler) (Critère C).

On ne doit pas faire le diagnostic de Mutisme sélectif si l’incapacité du sujet à parler est seulement due à un défaut de connaissance ou de
maniement de la langue parlée nécessaire dans la situation sociale où le trouble se manifeste (Critère D).

On ne porte pas non plus ce diagnostic si la perturbation est mieux
expliquée par l’embarras suscité par un Trouble de la communication (p. ex., Bégaiement), ou si elle survient exclusivement au cours d’un Trouble envahissant du développement, d’une Schizophrénie ou d’un autre Trouble psychotique (Critère E).

Au lieu de communiquer par une verbalisation normale, les enfants atteints de Mutisme sélectif peuvent communiquer par des gestes, en faisant oui ou non de la tête, en tirant ou en poussant quelqu’un, ou, dans certains cas, en émettant des propos par monosyllabes, courts et monotones, ou avec une voix altérée.

 

Caractéristiques et troubles associés

Les caractéristiques associées au Mutisme sélectif peuvent comprendre une timidité excessive, la crainte d’être gêné en société, l’isolement et le retrait social, un attachement excessif, des traits compulsifs, un négativisme, des crises de colère, et des conduites de domination ou d’opposition, surtout à la maison. Il peut exister une altération
sévère du fonctionnement social et scolaire. Il est courant que le sujet soit l’objet de taquineries, ou soit le bouc émissaire de ses camarades. Bien que les enfants atteints de Mutisme sélectif aient en général des capacités de langage normales, il peut parfois exister un Trouble de la communication associé (p. ex., Trouble phonologique, Trouble du langage de type expressif ou Trouble du langage de type mixte réceptif- expressif)
ou une affection médicale générale entraînant des anomalies de l’articulation. Un retard mental, une hospitalisation ou des facteurs de stress psychosociaux extrêmes peuvent être associés au trouble. De plus, les enfants vus en consultation pour un Mutisme sélectif reçoivent presque toujours un diagnostic additionnel de Trouble anxieux (en
particulier de Phobie sociale).

 

Caractéristiques liées à la culture, à l’âge et au sexe

Les enfants immigrés, qui sont peu familiarisés ou mal à l’aise avec la langue officielle de leur nouveau pays d’accueil, peuvent refuser de parler à des inconnus dans ce nouvel environnement. Ce comportement ne doit pas entraîner le diagnostic de Mutismesélectif. Le Mutisme sélectif est légèrement plus fréquent chez les filles que chez les garçons.

Prévalence

Le Mutisme sélectif semble rare et n’est retrouvé que chez moins de 1 % des sujets reçus clans les structures de santé mentale.

Évolution

Le début du Mutisme sélectif a généralement lieu avant l’âge de 5 ans, mais la perturbation peut n’attirer l’attention qu’au moment de l’entrée à l’école. Le degré de persistance du trouble est variable. Il peut se poursuivre pendant quelques mois seulement comme pendant plusieurs années. Dans certains cas, en particulier ceux qui sont associés à une Phobie sociale sévère, les symptômes anxieux peuvent se chroniciser.

 

Critères diagnostiques

A. Incapacité régulière à parler dans des situations sociales spécifiques
(situations dans lesquelles l’enfant est supposé parler, p. ex., à
l’ école) alors que l’enfant parle dans d’autres situations.
B. Le trouble interfère avec la réussite scolaire ou professionnelle, ou
avec la communication sociale.
C. La durée du trouble est d’au moins 1 mois (pas seulement le premier
mois d’école).
D. L’incapacité à parler n’est pas liée à un défaut de connaissance ou de
maniement de la langue parlée nécessaire clans la situation sociale où
le trouble se manifeste.
E. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un Trouble de la communication
(p. ex., Bégaiement) et elle ne survient pas exclusivement
au cours d’un Trouble envahissant du développement, d’une Schizophrénie
ou d’un autre Trouble psychotique.

9/ Troubles liés au trauma- et stress

  • Trouble réactionnel de l’attachement

La caractéristique essentielle du Trouble réactionnel de l’attachement est un mode de
relation sociale gravement perturbé et inapproprié au stade du développement, présent
dans la plupart des situations, qui a débuté avant l’âge de 5 ans et est associé à une
carence de soins manifeste

  • Trouble de l’engagement social désinhibé

10/ Trouble du spectre de l’autisme

A. Déficits persistants dans la communication sociale et les interactions sociales dans de multiples contextes, comme en témoigne ce qui suit, actuellement ou précédemment (les exemples sont illustratifs et non exhaustifs) :

    1. Déficits de la réciprocité socio-émotionnelle, allant, par exemple, de l’approche sociale anormale et l’incapacité d’échanger dans une conversation ; au partage réduit d’intérêts, d’émotions, ou d’affect ; à l’échec d’engager ou de répondre à des interactions sociales.
    2. Déficits dans les comportements de communication non verbaux utilisés pour l’interaction sociale, allant, par exemple, de la communication verbale et non verbale mal intégrée ; à des anomalies dans le contact visuel et le langage du corps ou des déficits dans la compréhension et l’utilisation de gestes : à un manque total d’expressions faciales et de communication non verbale.
    3. Déficits dans le développement, le maintien et la compréhension des relations, allant, par exemple, de difficultés à adapter le comportement en fonction de divers contextes sociaux ; à des difficultés à partager les jeux imaginatifs ou à se faire des amis ; à l’absence d’intérêt pour les pairs.

      B. Modes restreints, répétitifs de comportements, d’intérêts ou d’activités, comme en témoigne au moins deux des éléments suivants, actuellement ou précédemment (les exemples sont illustratifs et non exhaustifs) :

      1. Mouvements moteurs, utilisation d’objets, ou parole stéréotypés ou répétitifs (par exemple, stéréotypies motrices simples, aligner des jouets ou retourner des objets, écholalie, phrases idiosyncrasiques (hors contexte)).
      2. Insistance sur l’adhésion inflexible à des habitudes ou modes ritualisés de comportement verbaux ou non verbaux (par exemple, une détresse extrême en cas de petits changements, difficultés avec les transitions, modes de pensée rigide, rituels de salutation, besoin de prendre le même itinéraire ou de manger la même nourriture tous les jours).
      3. Intérêts très restreints et circonscrits qui sont anormaux dans leur intensité ou leur orientation (par exemple, un fort attachement à des objets inhabituels, des intérêts excessivement circonscrits ou poursuivis avec une persévération excessive).
      4. Hyper- ou hyporéactivité à des inputs sensoriels ou niveau intérêt inhabituel pour les aspects sensoriels de l’environnement (par exemple, indifférence apparente à la douleur/température, réaction négative à des sons ou des textures spécifiques, sentir ou toucher des objets excessivement, fascination visuelle pour des lumières ou mouvement).

      La sévérité est spécifiée sur la base des déficits dans ces deux catégories A et B.

  • Les symptômes doivent être présents dans la période de développement précoce (mais peuvent ne devenir pleinement manifestes qu’après que les exigences sociales dépassent les capacités limitées, ou peuvent être masqués par des stratégies apprises plus tard dans la vie).
  • Les symptômes causent une altération cliniquement significative du fonctionnement actuel dans les domaines sociaux, scolaires ou professionnels, ou d’autres domaines importants.
  • Ces perturbations ne sont pas mieux expliquées par la déficience intellectuelle (trouble de développement intellectuel) ou un retard global de développement. La déficience intellectuelle et le trouble du spectre de l’autisme surviennent fréquemment ensemble ; pour poser les deux diagnostics de trouble du spectre de l’autisme et de déficience intellectuelle, la communication sociale devrait être inférieure à celle prévue pour le niveau de développement général.

 

11/ TDA/H

  1. Un mode persistent d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité qui interfère avec le fonctionnement ou le développement, tel que caractérisé par (1) et/ou (2):
    1. Inattention : Six (ou plus) des symptômes suivants ont persisté pendant au moins 6 mois à un degré qui ne correspond pas au niveau de développement et qui a des effets négatifs directs sur les activités sociales et académiques/professionnelles :

      Remarque : les symptômes ne sont pas seulement la manifestation d’un comportement d’opposition, d’une défiance, d’une hostilité, ou de l’incompréhension de tâches ou d’instructions. Pour les adolescents les plus âgés et les adultes 17 ans et plus), 5 symptômes ou plus sont exigés.

      1. Souvent ne parvient pas à prêter attention aux détails ou fait des fautes d’inattention dans les devoirs scolaires, le travail ou d’autres activités (ex : néglige ou oublie des détails, le travail n’est pas précis).
      2. A souvent du mal à soutenir son attention sur des tâches ou dans des activités de jeux (ex : a du mal à rester concentré durant les cours, les conversations, ou la lecture d’un long texte).
      3. Semble souvent ne pas écouter quand on lui parle personnellement (ex : l’esprit parait ailleurs, même en l’absence d’une distraction manifeste).
      4. Souvent, ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ses devoirs scolaires, ses tâches domestiques ou ses obligations professionnelles (ex : commence le travail mais perd vite le focus et est facilement distrait).
      5. A souvent du mal à organiser ses travaux et ses activités (ex : difficultés à gérer des tâches séquentielles ; difficultés à conserver son matériel et ses effets personnels en ordre ; travail en désordre et désorganis ; a une mauvaise gestion du temps ; ne parvient pas à respecter les délais).
      6. Souvent évite, a en aversion, ou est réticent à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu (ex : le travail scolaire ou les devoirs à la maison ; pour les adolescents et les adultes, préparer des rapports, remplir des formulaires, revoir un long article).
      7. Perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités (matériel scolaire, crayons, livres, outils, portefeuille, clés, travaux écrits, lunettes, téléphone mobile).
      8. Est souvent facilement distrait par des stimuli externes (pour les adolescents et les adultes, cela peut inclure des pensées non reliées).
      9. A des oublis fréquents dans la vie quotidienne (ex : faire les corvées, les courses ; pour les adolescents et les adultes, retourner des appels, payer les factures, respecter les rendez-vous).
    2. Hyperactivité et impulsivité : Six (ou plus) des symptômes suivants ont persisté pendant au moins 6 mois, à un degré qui ne correspond pas au niveau de développement et qui a un impact négatif direct sur les activités sociales et académiques/professionnelles:

      Remarque : les symptômes ne sont pas seulement la manifestation d’un comportement d’opposition, d’une défiance, d’une hostilité, ou de l’incompréhension de tâches ou d’instructions. Pour les adolescents les plus âgés et les adultes (17 ans et plus), 5 symptômes ou plus sont exigés.

      1. Remue souvent les mains ou les pieds ou se tortille sur son siège.
      2. Quitte souvent son siège dans des situations où il est supposé rester assis (ex : se lève de sa place en classe, au bureau ou à son travail, ou dans d’autres situation qui nécessitent de rester en place).
      3. Souvent, court ou grimpe partout, dans les situations où cela est inapproprié (remarque : chez les adolescents ou les adultes, cela peut se limiter à un sentiment d’agitation).
      4. A souvent du mal à se tenir tranquille dans les jeux ou les activités de loisir.
      5. Est souvent « sur la brèche », agissant comme s’il était « monté sur ressorts » (ex : est incapable ou inconfortable de se tenir immobile pendant un long moment, comme dans les restaurants, les réunions ; peut être perçu par les autres comme agité, ou comme difficile à suivre).
      6. Souvent, parle trop.
      7. Laisse souvent échapper la réponse à une question qui n’est pas encore entièrement posée (ex : termine les phrases de ses interlocuteurs ; ne peut attendre son tour dans une conversation).
      8. A souvent du mal à attendre son tour (ex : dans une file d’attente).
      9. Interrompt souvent les autres ou s’immisce (ex : fait irruption dans les conversations, les jeux ou les activités ; peut commencer à utiliser les biens d’autrui sans demander ou recevoir leur permission ; pour les adolescents et les adultes, peut s’immiscer et reprendre ce que d’autres font).
  2. Plusieurs symptômes d’hyperactivité/impulsivité ou d’inattention étaient présents avant l’âge de 12 ans.
  3. Plusieurs des symptômes d’inattention ou d’hyperactivité/impulsivité sont présents dans deux situations ou plus (ex : à la maison, l’école, ou au travail ; avec des amis ou la famille ; dans d’autres activités).
  4. Il est clairement évident que les symptômes interfèrent avec, ou réduisent la qualité du fonctionnement social, scolaire ou professionnel.
  5. Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d’une schizophrénie ou d’un autre trouble psychotique et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (ex. trouble thymique, trouble anxieux, trouble dissociatif, trouble de la personnalité, intoxication par une substance ou sevrage d’une substance).

SE RONGER LES ONGLES : pourquoi? comment arrêter de se manger les ongles

Se ronger les ongles, pourquoi? comment arrêter?

Il est très fréquent de se manger les ongles, qu’on soit enfant, adolescent ou adulte; cette habitude est appelée onychophagie ou onychotillomanie. Elle est proche de la dermatillomanie (habitude de se manipuler la peau) et de la trichotillomanie (habitude de s’arracher les cheveux), faisant partie des troubles obsessionnels compulsifs et plus fréquente en cas d’anxiété et  chez les personnalités anxieuses. Se ronger les ongles serait un acte compulsif permettant de se libérer de son anxiété. Il existe de nombreux trucs pour arrêter de se ronger les ongles

Se ronger les ongles

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– Les erreurs à éviter
– Les routines quotidiennes
– Les facteurs de vie à améliorer
– Les causes des problèmes
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Pourquoi on se ronge les ongles?

Tout d’abord il faut dédramatiser, cette habitude est très fréquente puisqu’elle concernerait un tiers des Français, le plus souvent sous une forme légère, ne concernant que quelques doigts et de temps en temps. Les forme sévères, touchant tous les doigts et quasi constantes dans la journée, concerneraient moins de 1% de la population, en particuliers des enfants et des adolescents.

L’environnement

Il faut savoir que ce geste est très souvent lié à la reproduction d’un geste vu chez ses proches : parents, aîné, etc.

Il survient souvent dans un contexte de stress, d’anxiété. Se ronger les ongles serait un acte compulsif (voir troubles obsessionnels compulsifs) permettant de se libérer de son anxiété.

La personnalité

La personne qui se ronge les ongles a souvent une personnalité anxieuse, regroupant les tendances à la personnalité évitante, ayant peur du ridicule et du jugement des autres, perfectionniste (personnalité obsessionnelle compulsive) voire soumise (voir personnalité  dépendante ). Elle est souvent timide et introvertie.

Les facteurs favorisants

Les remarques des autres!

On a pris l’habitude de se ronger les ongles et les autres sont souvent un facteur déclencheur par le stress qu’ils nous font ressentir… en nous le faisant remarquer : le fait de se ronger les ongles se voit, et les autres ne manquent souvent pas l’occasion d’en faire la remontrance, ceci n’a alors pour effet que d’accentuer les symptomes par honte, culpabilité et augmentation de l’anxiété. Et plus on les ronge, plus cela se voit et augmente notre culpabilité et notre anxiété, la boucle est bouclée…

Le travail, le stress, la famille…

Le travail est souvent la première raison invoquée de se ronger les ongles (1/4 des cas), avec le stress créé par la conjoncture économique et le pouvoir d’achat, les problèmes familiaux (enfants, amours, parents…). Tous ces facteurs stressants sont des déclencheurs de l’anxiété.

Qui se ronge les ongles?

Les enfants sont les plus touchés (25% des enfants et des ados seraient concernés). Au sein des adultes, c’est la tranche 35-50 ans qui est la plus concernée par le problème.

Quelles sont les conséquences de l’onychophagie?

L’onychophagie et l’onychotillomanie provoquent de petites lésions cutanées des ongles et de leur pourtour, avec petites plaies, ablation des petites peaux autour des ongles (appelées « envies »)…

Tout ceci constitue souvent une porte d’entrée pour des infections, qu’elles soient bactériennes (panaris notamment) ou virales (verrues des doigts). Dans ce dernier cas il n’est pas rare que le fait de se ronger les ongles favorise la dissémination des verrues autour des autres ongles, voire des lèvres ou de la bouche…

Dégats de l’onychophagie

 

Panari ou tourniole

 

Verrues autour de l'ongle
Verrues autour de l’ongle

On peut aussi uniquement se manipuler les ongles comme dans la la dermatillomanie (habitude de se manipuler la peau) ou la trichotillomanie (habitude de s’arracher les cheveux). Les signes alors sont un peu différents : tablette de l’ongle déformée, décollement de l’ongle… Il s’agit de l’onychotillomanie.

La dermtascopie révèle souvent dans ces cas : une absence de tablette unguéale, de multiples hémorragies obliques, une pigmentation grise au niveau du lit de l’ongle ou la présence de stries, semble-t-il caractéristiques de l’onychotillomanie selon cette étude.

Arrêter de se ronger les ongles

Il n’est pas toujours facile de se débarrasser de cette habitude mais il faut respecter plusieurs règles et essayer plusieurs trucs :

  1. ne jamais prendre l’habitude de se ronger les ongles pour les couper.
  2. ne pas stigmatiser son problème : ce n’est pas un drame, moins on y pense, moins on a de risque de recommencer et moins cela se verra. Il ne faut donc pas se culpabiliser de l’état de ses doigts et passer à autre chose. Plus on stresse à l’idée de montrer des doigts abimés, plus l’angoisse monte et plus on tend à se calmer en les mangeant… De même les parents doivent s’abstenir de sermonner leur enfant car cela augmente leur angoisse
  3. se poser la question de la cause à éliminer : tendance anxieuse, stress que l’on peut réduire? apprendre à respirer et se détendre
  4. les trucs locaux : mettre de la crème hydratante (elle protège et a souvent un mauvais gout), des vernis au gout amer, des pansements, macher du chewing gum au lieu de manger ses ongles…

    1/ Il ne faut pas commencer! et arrêter ensemble…

Il faut savoir que ce geste est très souvent lié à la reproduction d’un geste vu chez ses proches : parents, aîné, etc. Si un parent est concerné, il faut lui suggérer d’arrêter lui aussi de se ronger les ongles.

De même il ne faut pas prendre l’habitude à aucun moment de se ronger les ongles pour les couper

2/ Ne pas stigmatiser

On a pris l’habitude de se ronger les ongles et les autres sont souvent un facteur déclencheur par le stress qu’ils nous font ressentir…

2.1/ Le regard des autres

On craint le regard des autres sur l’état de ses doigts et plus on stresse à l’idée de montrer des doigts abimés, plus l’angoisse monte et plus on tend à se calmer en les mangeant… et plus ils sont vilains. Il faut donc dédramatiser la situation, se dire que l’état de ses doigts n’est pas un drame et que cela passera plus vite si on n’y touche plus

2.2/ Les remarques des autres

Les autres ne manquent souvent pas l’occasion d’en faire la remontrance, ceci n’a alors pour effet que d’accentuer les symptomes par honte, culpabilité et augmentation de l’anxiété. Et plus on les ronge, plus cela se voit et augmente notre culpabilité et notre anxiété, une fois de plus la boucle est bouclée…

Ainsi, les parents doivent s’abstenir de sermonner leur enfant car cela augmente leur angoisse. Quand il n’y a pas de spectateur, il n’y a pas de spectacle et cette vilaine habitude tend souvent à se résorber d’elle même en quels mois ou années

3/ Essayer de traiter la cause et se relaxer

Ce symptome peut être l’occasion de se poser des questions sur son stress, son anxiété, sa capacité à appréhender les soucis du quotidien et à se relaxer. Le sport peut aussi permettre dese défouler de ses angoisses.

On peut apprendre à respirer, se relaxer et se poser des questions sur sa personnalité si on pense être en souffrance psychologique. Un psychologue peut alors aider en cas de personnalité anxieuse, regroupant les tendances à la personnalité évitante, ayant peur du ridicule et du jugement des autres, perfectionniste (personnalité obsessionnelle compulsive) voire soumise (voir personnalité  dépendante ).

4/ Les trucs et astuces pour arrêter de se ronger les ongles

4.1/ Crème hydratante

L’application d’une crème hydratante a à la fois un effet apaisant et protecteur mais surtout elle a un gout de cosmétique qui coupe souvent l’envie de se ronger les ongles

4.2/ Vernis

On peut appliquer sur les ongles un vernis au gout amer qui dégoute de se ronger les ongles

4.3/ Pansements

Le renouvellement quotidien de pansement médical de type Micropore®, laissé en place pendant 6 mois, peut être efficace : l’occlusion sous un pansement permet à l’onychophage de prendre conscience de son tic afin de pouvoir l’interrompre.

4.4/ Chewing gum

Le fait de macher un chewing gum permet de dériver un geste buccal.


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