Eczema ou mycose cutanée? Faire la différence



Mis à jour le 9 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : Eczéma et mycose de la peau provoquent tous deux des plaques rouges qui démangent – et ils sont confondus dans plus de 30 % des cas en médecine générale. Pourtant, leur mécanisme est radicalement différent : l’un est une inflammation d’origine immunologique, l’autre une infection fongique contagieuse. Appliquer de la cortisone sur une mycose non diagnostiquée aggrave l’infection et masque le tableau clinique – c’est le piège du tinea incognito. Cinq critères simples permettent de les distinguer sans examens complémentaires dans la majorité des cas.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Pourquoi confond-on si souvent eczéma et mycose ?

La confusion est compréhensible, et elle arrive à tout le monde – patients comme médecins. Les deux affections partagent un tableau d’entrée très similaire : une plaque rouge, squameuse, qui démange, qui peut se localiser sur n’importe quelle zone du corps, et qui récidive volontiers. Aucun signe pathognomonique absolu ne permet à l’œil nu, dans tous les cas, de trancher avec certitude.

Ce qui aggrave la confusion, c’est la variabilité des deux pathologies. Un eczéma annulaire – en plaques rondes comme des pièces de monnaie – ressemble presque trait pour trait à une dermatophytose (champignon de la peau en forme de cercle). À l’inverse, une mycose ancienne, ou une mycose traitée partiellement avec une crème corticoïde, peut perdre sa morphologie annulaire caractéristique et devenir indiscernable d’un eczéma irritatif ou allergique.

À savoir : Une étude clinique sur le tinea incognito a montré que dans une cohorte de 90 patients atteints de mycose modifiée par les corticoïdes, 67 % avaient reçu le diagnostic initial d’eczéma, 18 % d’intertrigo et 15 % de psoriasis. La mycose était passée totalement inaperçue dans les trois quarts des cas.

Le problème est loin d’être anodin. Traiter une mycose avec un dermocorticoïde, c’est nourrir l’infection : les corticoïdes suppriment la réponse immunitaire locale, permettant au champignon de s’étendre sans résistance. La plaque s’agrandit, perd son bord actif caractéristique, et le tableau devient celui d’un tinea incognito – une mycose déguisée, souvent pendant des semaines ou des mois, au prix d’un traitement plus long et plus complexe.

Les 5 critères cliniques pour distinguer eczéma et mycose

Cinq éléments d’examen permettent dans la grande majorité des cas de s’orienter dans le bon sens, sans prélèvement ni analyse. Ils ne se substituent pas à l’avis médical, mais ils donnent des repères concrets pour guider la décision de consulter et orienter le médecin.

Critère Eczéma Mycose (dermatophytose)
Forme de la plaque Contours flous, irréguliers, parfois confluents Bord net, annulaire ou en arc, centre plus pâle
Progression Stable ou fluctuante selon les poussées Extension centrifuge progressive (la plaque grandit)
Vésicules Petites vésicules prurigineuses, souvent en nappe Squames sèches sur le bord actif, rarement vésiculaire
Peau environnante Sèche, rugueuse, souvent lichénifiée à terme Peau saine autour de la lésion
Réponse à la cortisone Amélioration nette en 3–5 jours Soulagement temporaire, puis aggravation ou extension
Contagiosité Non contagieux Contagieux (contact, linge, animaux)
Contexte favorisant Terrain atopique, allergènes, stress, irritants Transpiration, macération, piscine, contact animal

L’eczéma annulaire : la forme qui piège le plus souvent

Parmi les différentes formes d’eczéma, la forme annulaire – appelée aussi eczéma discoïde – est celle qui ressemble le plus à une mycose cutanée. Elle se présente sous forme de plaques rondes ou ovales, bien délimitées, de 1 à 10 cm de diamètre, souvent localisées sur les membres. La confusion avec un champignon de la peau de type tinea corporis (herpès circiné, ou roue de sainte-Catherine) est quasi systématique à l’examen clinique rapide.

Pourtant, quelques détails permettent de les distinguer. L’eczéma nummulaire est uniformément squameux sur toute la surface de la plaque, souvent associé à une peau globalement sèche sur l’ensemble du corps. La mycose, elle, présente un bord périphérique plus actif – plus rouge, plus squameux, plus prurigineux – tandis que le centre de la lésion tend à s’éclaircir au fil des semaines, signe de cicatrisation centripète.

Attention : L’eczéma annulaire est fréquemment associé à une allergie de contact. Si les plaques récidivent malgré un traitement bien conduit, des patch-tests sont recommandés pour identifier un allergène de contact (nickel, parfums, conservateurs). Cette démarche change complètement la stratégie thérapeutique.

Le tinea incognito : quand la cortisone fait disparaître les indices

Le tinea incognito est l’une des erreurs diagnostiques les plus fréquentes en dermatologie. Le scénario est toujours le même : une plaque rouge suspecte apparaît, le patient – ou son médecin – l’identifie comme un eczéma et applique une crème corticoïde. Dans un premier temps, les démangeaisons diminuent et la plaque semble s’améliorer. Mais quelques jours plus tard, la lésion s’étend, déborde, perd sa forme initiale, et résiste aux traitements habituels.

Ce phénomène a une explication simple : les corticoïdes topiques suppriment la réaction inflammatoire locale qui constitue précisément la défense naturelle contre le champignon. Le dermatophyte, libéré de cette pression immunitaire, se développe librement. La plaque peut alors atteindre des dimensions inhabituelles, toucher plusieurs zones, et simuler des tableaux évocateurs de lupus, de psoriasis ou de granulome annulaire.

Conseil pratique : Si une plaque s’améliore au début avec la cortisone puis reprend de plus belle à l’arrêt, ou si elle continue à s’étendre malgré le traitement, il faut systématiquement évoquer une mycose sous-jacente. Ce signal doit conduire à une consultation dermatologique – et surtout à stopper immédiatement le corticoïde avant que la situation ne se complique davantage.

Mycose et eczéma : quand les deux se superposent

Les deux pathologies ne s’excluent pas mutuellement – bien au contraire. Chez certains patients, notamment ceux qui souffrent d’eczéma atopique, une mycose peut venir aggraver ou entretenir les poussées. Le mécanisme est double.

D’une part, la barrière cutanée altérée de l’eczémateux favorise la colonisation fongique. D’autre part, certains champignons – notamment Malassezia, levure naturellement présente sur la peau – peuvent sensibiliser le système immunitaire et déclencher des réactions inflammatoires qui ressemblent à de l’eczéma atopique, en particulier sur le visage, le cou et le haut du tronc voire une allergie à Malassezia  donnant un véritable eczema de la tête et du cou (Head and Neck Dermatitis).

La relation entre mycose des pieds et dysidrose est encore plus directe. Une tinea pedis – mycose interdigitale des orteils – peut provoquer une réaction immunologique à distance appelée réaction « id » : des vésicules prurigineuses apparaissent sur les bords des doigts ou des orteils, constituant un tableau de dysidrose. Dans ce cas, traiter uniquement l’eczéma avec des dermocorticoïdes ne résout rien : c’est la mycose des pieds qu’il faut éradiquer en premier.

Les localisations qui orientent le diagnostic

La localisation de la lésion est un élément d’orientation très précieux. Certaines zones du corps sont clairement plus à risque de mycose, d’autres sont plutôt le terrain de l’eczéma.

Zone Plutôt eczéma Plutôt mycose
Plis (aines, aisselles, sous-mammaires) Eczéma allergique de contact (déodorant, tissu) Candidose ou dermatophyte (rougeur de l’aine)
Pieds / orteils Dysidrose, eczéma allergique de contact (chaussure) Tinea pedis (pied d’athlète) +++
Tronc Eczéma annulaire, eczéma atopique Pityriasis versicolor, tinea corporis (mycose de la peau glabre)
Visage Dermatite atopique, eczéma séborrhéique Tinea faciei (souvent tinea incognito)
Creux du coude / creux poplité Eczéma atopique +++ Rare (sauf si immunodépression)
Ongles Psoriasis unguéal, eczéma unguéal Onychomycose (épaississement, jaunissement)

Comment confirmer le diagnostic ? Le rôle du prélèvement mycologique

Quand le doute clinique persiste – et il persiste souvent – le prélèvement mycologique reste l’examen de référence. En consultation, ou au laboratoire, on gratte le bord actif de la plaque à l’aide d’un vaccinostyle ou du bord d’une lame, recueille quelques squames, et les examine directement au microscope après éclaircissement à l’hydroxyde de potassium (KOH). En moins de cinq minutes, la présence ou l’absence de filaments fongiques est visible.

La culture mycologique, plus sensible, permet d’identifier précisément l’espèce en cause, mais nécessite 3 à 4 semaines d’incubation. Elle est indispensable avant de prescrire un traitement antifongique systémique prolongé, et utile en cas de récidive ou de résistance aux antifongiques habituels.

À savoir : Si un traitement antifongique local bien conduit (2 applications par jour pendant 3 semaines complètes) ne donne aucun résultat, le diagnostic de mycose doit être remis en question. Un eczéma annulaire traité à tort comme une mycose pendant plusieurs semaines aggrave la sécheresse cutanée et peut conduire à une lichénification des plaques, rendant le traitement ultérieur plus difficile.

Traitements : les différences fondamentales

L’enjeu diagnostique est avant tout thérapeutique : les traitements sont non seulement différents, mais potentiellement délétères si on les applique à la mauvaise affection. Un antifongique appliqué sur un eczéma n’a aucun effet. Un dermocorticoïde appliqué sur une mycose l’aggrave.

Pour l’eczéma, le traitement de référence en poussée est le dermocorticoïde topique, associé à une émollience quotidienne intensive. En cas d’eczéma de contact, l’identification et l’éviction de l’allergène sont indispensables. Les formes modérées à sévères peuvent bénéficier de traitements systémiques (ciclosporine, dupilumab, inhibiteurs de JAK) selon les recommandations 2025 de la Société française de dermatologie.

Pour la mycose cutanée, les antifongiques locaux (éconazoleterbinafine, ciclopirox) constituent le traitement de première intention pendant 3 semaines minimum. Les formes étendues, résistantes ou avec atteinte des ongles et des cheveux nécessitent un antifongique par voie orale (terbinafine, fluconazole, itraconazole), avec surveillance hépatique préalable pour les traitements prolongés.

Conseil : En cas de mycose des plis ou des pieds, l’antifongique seul ne suffit pas. La lutte contre les facteurs favorisants est indissociable du traitement : séchage soigneux des espaces interdigitaux après la toilette, chaussettes en coton, chaussures aérées, éviction des sols de piscine pieds nus. Sans ces mesures, la récidive est quasi inévitable dans les mois suivants.

Consultez en urgence si :

  • La plaque s’étend rapidement sur plusieurs zones du corps en quelques jours
  • Des signes infectieux apparaissent : fièvre, douleur, pus, croûtes jaunâtres
  • La lésion touche le visage, surtout le pourtour des yeux ou du nez
  • Vous êtes sous traitement immunosuppresseur, corticothérapie prolongée, ou diabétique : une mycose peut devenir sévère rapidement
  • Un eczéma préalablement connu se modifie brutalement : vésicules ombiliquées, érosions confluentes (risque d’eczéma herpéticum)
  • Tout traitement bien conduit depuis plus de 3 semaines reste sans effet


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Questions fréquentes sur l’eczéma et la mycose

Comment savoir si c’est une mycose ou un eczéma ?

La mycose forme typiquement une plaque annulaire à bord actif et centre plus clair, qui s’étend progressivement. L’eczéma donne des plaques diffuses, symétriques, avec de petites vésicules et une peau sèche autour. Si la plaque s’aggrave avec une crème à la cortisone, pensez à une mycose ignorée. Un dermatologue peut confirmer le diagnostic par un prélèvement mycologique en quelques minutes.

Peut-on avoir une mycose et un eczéma en même temps ?

Oui, cette association est fréquente, notamment au niveau des pieds. Une mycose des pieds peut déclencher une réaction eczémateuse à distance – la dysidrose – sous forme de vésicules prurigineuses sur les paumes ou les plantes. Traiter la mycose suffit alors à faire disparaître l’eczéma secondaire. Le dermatologue recherche systématiquement cette association quand un eczéma des pieds résiste aux traitements habituels.

La cortisone aggrave-t-elle une mycose ?

Oui, appliquer une crème corticoïde sur une mycose non diagnostiquée aggrave l’infection fongique et efface les signes cliniques caractéristiques. On parle de tinea incognito : la plaque perd son bord actif, s’élargit et devient encore plus difficile à diagnostiquer. C’est l’un des pièges les plus fréquents en dermatologie de ville, identifié depuis 1968 comme source majeure d’errance diagnostique.

L’eczéma nummulaire ressemble-t-il à une mycose ?

Très souvent, oui. L’eczéma nummulaire – en pièces de monnaie – est la forme d’eczéma la plus souvent confondue avec un champignon de peau. Les deux donnent des plaques rondes, rouges et squameuses. La différence clé : la mycose a un bord plus actif et une tendance à s’agrandir progressivement en cercle, alors que l’eczéma nummulaire reste stable et s’accompagne d’une peau globalement sèche.

Comment traiter une mycose de peau sans ordonnance ?

Les antifongiques locaux disponibles sans ordonnance (éconazole, miconazole, clotrimazole) sont efficaces sur les formes limitées. Appliquer 2 fois par jour pendant 3 semaines minimum. Si aucune amélioration après 3 semaines de traitement bien conduit, consultez : le diagnostic est peut-être erroné, ou une forme résistante nécessite un antifongique oral prescrit par le médecin.

La mycose est-elle contagieuse contrairement à l’eczéma ?

Oui, c’est une différence fondamentale. Les dermatophytoses se transmettent par contact direct ou indirect – linge partagé, sols de piscine, animaux domestiques. L’eczéma, en revanche, n’est pas contagieux : c’est une maladie inflammatoire d’origine génétique et immunologique. Cette distinction oriente aussi l’entourage : pas besoin d’éviction sociale pour un eczéma, mesures d’hygiène renforcées pour une mycose afin d’éviter la contamination familiale.

Un prélèvement est-il nécessaire pour confirmer une mycose ?

Pas toujours, mais c’est le seul moyen de certitude. Le dermatologue gratte le bord actif de la plaque et examine les squames au microscope. L’examen direct donne un résultat immédiat. La culture, plus sensible, prend 3 à 4 semaines mais identifie l’espèce fongique précisément. Ce geste simple évite des semaines de traitement inadapté, notamment avant de prescrire des corticoïdes topiques.

L’eczéma au niveau des pieds peut-il être causé par une mycose ?

Oui, et c’est très fréquent. Une mycose des pieds – tinea pedis – peut provoquer une dysidrose par réaction immunologique à distance : vésicules prurigineuses sur les bords des orteils, la plante ou les paumes. Si l’eczéma des pieds résiste aux dermocorticoïdes, il faut systématiquement chercher une mycose associée des pieds et des ongles avant de modifier le traitement.

Quels sont les signaux d’alarme qui imposent de consulter rapidement ?

Consultez sans attendre si la plaque s’aggrave malgré un traitement bien conduit, si elle touche le visage, si elle est douloureuse ou surinfectée (croûtes jaunâtres, pus), ou si vous êtes sous traitement immunosuppresseur. Une plaque qui ne guérit pas après 3 semaines de traitement adapté doit toujours être montrée à un dermatologue – l’errance diagnostique prolongée complique inutilement la prise en charge.

Références scientifiques

  1. Leung AKC, Lam JM, Leong KF, Leung AAM, Wong AHC, Hon KL. Nummular Eczema: An Updated Review. Recent Pat Inflamm Allergy Drug Discov. 2020;14(2):146-155. PMID 32778043
  2. Lim SS, Shin K, Mun JH. Dermoscopy for cutaneous fungal infections: A brief review. Health Sci Rep. 2022 Jan 6;5(1):e464. PMID 35024456
  3. Nowowiejska J, Baran A, Flisiak I. Tinea Incognito: Challenges in Diagnosis and Management. J Clin Med. 2024 May;13(11):3267. PMID 38892976

Source : HAS – Dermatite atopique de l’enfant

Sur le même sujet – Articles du Dr Rousseau

Pour approfondir votre compréhension, retrouvez les guides complets sur l’eczéma : causes, types et traitements, sur la mycose cutanée et ses différentes formes, ainsi que le guide spécialisé sur la mycose des pieds (tinea pedis). Si vous avez des démangeaisons sans diagnostic clair, consultez la page plaques qui grattent : diagnostic par zone. Enfin, pour différencier l’eczéma d’une autre dermatose inflammatoire fréquente, lisez eczéma ou psoriasis : 5 différences clés.

Impétigo ou eczema surinfecté? Les différences pour faire le diagnostic chez l’enfant

Mis à jour le 8 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).-vénérologue.

Impétigo vs eczéma surinfecté chez l’enfant : comment les distinguer ?

En bref : L’impétigo est l’infection bactérienne cutanée la plus fréquente chez l’enfant de 2 à 5 ans, avec une charge mondiale estimée à plus de 140 millions de cas. Il est souvent confondu avec un eczéma surinfecté – deux entités qui partagent les mêmes agents bactériens (staphylocoque doré, streptocoque) mais diffèrent par leur terrain d’apparition, leur présentation clinique et leurs implications pour la contagion et le traitement. Connaître la différence change la prise en charge.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Deux maladies voisines, un piège diagnostique fréquent

Chaque rentrée scolaire, chaque été au retour des colonies de vacances, les cabinets de dermatologie et de pédiatrie voient affluer des enfants présentant des croûtes jaunâtres, des boutons qui suintent, des plaques rouges qui s’étendent. La question que les parents posent – et que les médecins se posent eux-mêmes – est souvent la même : s’agit-il d’un impétigo ou d’un eczéma qui s’est surinfecté ?

La distinction est pourtant essentielle. Elle conditionne le traitement antibiotique, les mesures de contagion à prendre vis-à-vis de la crèche ou de l’école, et la surveillance à mettre en place. Elle permet aussi d’éviter une erreur grave : traiter une surinfection herpétique (eczéma herpétique) comme un simple impétigo bactérien, ce qui peut avoir des conséquences sérieuses.

Pour comprendre les bases de l’eczéma atopique et les mécanismes qui rendent la peau de l’enfant atopique vulnérable aux infections, l’article sur la dermatite atopique est un point de départ utile.

L’impétigo : la bactérie en terrain libre

L’impétigo est une infection cutanée superficielle causée par le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) ou le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (Streptococcus pyogenes). Dans 70 % des cas, il s’agit de la forme non bulleuse ; dans 30 % des cas, de la forme bulleuse causée exclusivement par le staphylocoque.

L’impétigo non bulleux (ou impétigo crouteux)

C’est la forme la plus classique. La bactérie pénètre dans la peau par une porte d’entrée : égratignure, piqûre d’insecte, lésion de grattage, eczéma sous-jacent. Elle provoque d’abord une vésicule ou une pustule qui se rompt rapidement, laissant place à la croûte melicérique caractéristique – d’un jaune doré ressemblant à du miel cristallisé – sur fond érythémateux.

Les localisations préférentielles chez l’enfant sont :

  • Pourtour de la bouche et narines (zone de portage nasal du staphylocoque)
  • Joues et menton
  • Membres en cas de lésions de grattage
  • Cuir chevelu (souvent méconnu)

L’impétigo bulleux

Plus rare, il se présente comme de grandes bulles flasques à contenu clair puis purulent, sur fond érythémateux. Il est causé par des souches staphylococciques productrices d’exfoliatines, des toxines qui clivent superficiellement l’épiderme. Il peut toucher des nourrissons et de jeunes enfants, y compris des zones inhabituelles comme le tronc ou les plis.

Un fait clinique important : L’impétigo primaire survient sur une peau préalablement saine. Si des lésions en miel apparaissent sur une peau habituellement normale, sans antécédents de dermatite atopique, la probabilité d’un impétigo primaire est élevée. C’est l’un des meilleurs éléments d’orientation clinique.

L’eczéma surinfecté : quand la barrière cède

La peau de l’enfant atopique est, par nature, une peau dont la barrière cutanée est altérée : moins de filaggrine, moins de céramides, un pH cutané plus alcalin. Cette peau est colonisée par le staphylocoque doré dans plus de 90 % des cas sur les lésions – et même dans 30 à 50 % des cas sur la peau d’apparence saine.

Une surinfection bactérienne survient lorsque cette colonisation permanente franchit un seuil : le grattage crée des micro-érosions, les lésions suintent davantage, la peau se couvre de croûtes jaunâtres qui ressemblent à celles de l’impétigo. Mais le contexte est fondamentalement différent.

Les signes d’une surinfection d’eczéma

  • Aggravation brutale et rapide de plaques d’eczéma connues
  • Suintement jaune, miel ou verdâtre sur les plaques
  • Croûtes jaunâtres sur fond érythémateux préexistant
  • Parfois : fièvre, augmentation du volume des ganglions régionaux
  • Contexte : enfant atopique connu, avec des antécédents de poussées récidivantes
Critère Impétigo primaire Eczéma surinfecté
Terrain Peau antérieurement saine Enfant atopique connu
Début Brutal, foyer localisé Aggravation de plaques préexistantes
Croûtes Melicériques jaunes, sur fond érythémateux Jaunâtres sur plaques d’eczéma suintantes
Localisation Visage (péri-oral), extrémités Zones habituelle de l’eczéma : plis, visage, corps
Contagiosité Élevée (école) Plus faible (pas de contagion de l’eczéma)
Antécédents familiaux Absence de terrain atopique Souvent : asthme, rhinite allergique, DA chez les parents
Traitement initial Antibiotique topique ou oral Antibiotique + reprise de la corticothérapie locale

L’eczéma herpétique : le diagnostic à ne jamais manquer

Avant de conclure à un impétigo ou à un eczéma surinfecté bactérien, il faut éliminer formellement l’eczéma herpétique – aussi appelé syndrome de Kaposi-Juliusberg. C’est une urgence dermatologique et pédiatrique.

Il s’agit d’une infection des plaques d’eczéma par le virus Herpes simplex (HSV-1 le plus souvent), survenant chez un enfant atopique qui n’était pas encore immunisé contre ce virus. Il se manifeste par :

  • Des vésicules ou érosions « en coup de poing » – rondes, régulières, à fond propre, regroupées en nappes
  • Fièvre, altération de l’état général, agitation
  • Adénopathies douloureuses
  • Extension rapide malgré un traitement antibiotique seul
À ne pas confondre : L’eczéma herpétique ne répond pas aux antibiotiques – il nécessite un traitement antiviral urgent (aciclovir oral ou intraveineux selon la sévérité). Un enfant atopique qui s’aggrave brutalement avec de la fièvre et des érosions inhabituelles doit être considéré comme suspect d’eczéma herpétique jusqu’à preuve du contraire.

Le traitement : des principes clairs selon le diagnostic

Impétigo localisé

La prise en charge de première intention repose sur les antibiotiques locaux : acide fusidique (Fucidine) ou mupirocine (Mupiderm), appliqués 2 à 3 fois par jour pendant 5 à 7 jours. Un nettoyage doux des croûtes avant application améliore l’efficacité.

Impétigo étendu ou récidivant

Une antibiothérapie par voie orale est alors nécessaire : amoxicilline-acide clavulanique, céfadroxil ou clindamycine selon l’antibiogramme. La durée habituelle est de 7 jours. En cas de suspicion de SARM (staphylocoque résistant à la méticilline), un prélèvement bactériologique est indispensable.

Eczéma surinfecté

Le traitement combine antibiothérapie locale ou générale et reprise de la corticothérapie locale. L’erreur à éviter est d’appliquer une crème cortisone seule sans traitement de l’infection : cela aggrave la surinfection. Une fois l’infection maîtrisée (habituellement après 48 à 72 heures), la corticothérapie locale peut être reprise à sa posologie habituelle.

Pour comprendre les principes de la corticothérapie locale dans l’eczéma, l’article sur la cortisone locale est très utile pour les parents.

Mesures d’hygiène et éviction scolaire

L’impétigo primaire est contagieux par contact direct ou via des objets partagés (serviettes, vêtements, jouets). L’éviction scolaire est recommandée jusqu’à 48 heures de traitement antibiotique efficace, avec un aspect desséché des lésions. Les règles d’hygiène sont simples mais essentielles :

  • Ne pas partager serviettes, vêtements ou jouets
  • Se laver les mains régulièrement, en particulier après tout contact avec les lésions
  • Couper les ongles courts pour limiter l’inoculation par grattage
  • Changer la literie et les vêtements quotidiennement en phase aiguë

À noter : l’eczéma lui-même n’est pas contagieux. Si l’enfant atopique a un eczéma surinfecté sans impétigo classique, l’éviction scolaire n’est pas systématiquement requise – une décision au cas par cas avec le médecin s’impose. Pour l’article détaillé sur la prise en charge de l’impétigo, consultez la page impétigo de dermatonet.com.

Prévention des récidives chez l’enfant atopique

Chez l’enfant atopique, les récidives d’eczéma surinfecté sont fréquentes tant que la barrière cutanée n’est pas correctement restaurée. La prévention repose sur :

  • L’application quotidienne d’émollient pour restaurer la barrière cutanée
  • La corticothérapie locale proactive (protocole 2 fois par semaine en prévention)
  • L’évitement des facteurs déclenchants des poussées (chaleur, transpiration, certains textiles)
  • La décontamination nasale de l’enfant porteur chronique de staphylocoque (mupirocine nasale sur prescription médicale)
Conseil aux parents : Si votre enfant atopique présente régulièrement des surinfections, parlez-en à votre dermatologue. Des protocoles de traitement proactif permettent souvent de réduire significativement la fréquence des épisodes infectieux, en traitant les zones habituellement touchées avant même l’apparition des lésions.

L’article sur l’eczéma atopique et celui sur les molluscums contagiosum – une autre infection cutanée fréquente chez l’enfant atopique – complètent utilement cette lecture.

Consultez en urgence si votre enfant présente :

  • De la fièvre associée à des lésions cutanées étendues ou rapidement extensives
  • Des vésicules groupées en nappes avec érosions « en coup de poing » sur les plaques d’eczéma (eczéma herpétique)
  • Un décollement étendu de la peau en draps (syndrome SSSS – Staphylococcal Scalded Skin Syndrome)
  • Une altération de l’état général, refus de s’alimenter, somnolence
  • Des ganglions cervicaux ou axillaires rapidement augmentés de volume et douloureux
  • Aucune amélioration après 48 à 72 heures de traitement antibiotique local ou général bien conduit

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Questions fréquentes sur l’impétigo et l’eczéma surinfecté chez l’enfant

Comment distinguer un impétigo d’un eczéma surinfecté chez l’enfant ?

L’impétigo primaire apparaît sur une peau antérieurement saine avec des croûtes melicériques caractéristiques, sans antécédents d’eczéma. L’eczéma surinfecté survient sur des plaques d’eczéma préexistantes qui se mettent à suinter et se couvrent de croûtes jaunâtres. Dans les deux cas le staphylocoque doré est souvent en cause, mais le contexte clinique oriente le diagnostic.

L’impétigo est-il contagieux à l’école ?

Oui, l’impétigo est très contagieux par contact direct ou via des objets partagés. L’enfant doit rester à la maison jusqu’à 48 heures de traitement antibiotique efficace et dessèchement des lésions. Il ne doit pas partager ses serviettes, vêtements ou jouets. L’eczéma lui-même n’est pas contagieux – seule l’infection bactérienne surajoutée peut l’être.

Faut-il des antibiotiques pour l’impétigo ?

Pour un impétigo localisé, une antibiothérapie topique (acide fusidique, mupirocine) suffit en première intention pendant 5 à 7 jours. Un antibiotique par voie orale est réservé aux formes étendues, bulleuses, récidivantes ou résistant au traitement local. La durée habituelle par voie générale est de 7 jours.

L’eczéma de l’enfant peut-il se surinfecter facilement ?

Oui, c’est une complication fréquente. La barrière cutanée altérée de l’enfant atopique et le grattage créent des portes d’entrée pour le staphylocoque doré, présent sur plus de 90 % des lésions actives d’eczéma. Une surinfection se traduit par un suintement jaune, une aggravation brutale des plaques, et parfois de la fièvre.

Peut-on utiliser une crème cortisone sur un eczéma surinfecté ?

Pas sans antibiothérapie préalable ou concomitante. Appliquer une cortisone seule sur une surinfection bactérienne tend à aggraver l’infection. Le traitement antibiotique doit être initié en premier. Une fois l’infection contrôlée, la corticothérapie locale peut être reprise – généralement après 48 à 72 heures d’antibiothérapie efficace.

Qu’est-ce que l’eczéma herpétique et est-ce grave ?

L’eczéma herpétique est une surinfection des plaques d’eczéma par le virus Herpes simplex. C’est une urgence pédiatrique : vésicules ou érosions « en coup de poing », fièvre et altération de l’état général. Contrairement à l’impétigo, il nécessite un traitement antiviral urgent (aciclovir). Toute suspicion impose une consultation en urgence sans attendre.

Comment prévenir les récidives de surinfection chez l’enfant atopique ?

La prévention passe par l’application quotidienne d’émollient pour restaurer la barrière cutanée, la corticothérapie proactive deux fois par semaine sur les zones habituellement touchées, et l’évitement des facteurs déclenchants des poussées. En cas de portage nasal de staphylocoque documenté, une décontamination par mupirocine nasale peut être prescrite par le dermatologue.

À quel âge l’impétigo est-il le plus fréquent ?

L’impétigo est surtout fréquent entre 2 et 5 ans, en période préscolaire et scolaire. La transmission y est facilitée par les contacts rapprochés et le partage d’objets. Il peut toucher tous les âges, mais l’incidence diminue progressivement avec l’âge en raison de l’acquisition d’une immunité spécifique contre les souches bactériennes circulantes.

Références scientifiques

  1. Hartman-Adams H, Banvard C, Juckett G. Impetigo: diagnosis and treatment. Am Fam Physician. 2014;90(4):229-235. PMID 25250996
  2. Hartman BC, Hooten WL, Custer PL, Horsley RD, Weston WL, Hess D. Impetigo. StatPearls. 2020. PMID 33105179
  3. Heath C, Desai N, Silverberg NB, Cohen B. Disseminated bullous impetigo and atopic dermatitis: case series and literature review. Pediatr Dermatol. 2019;37(1):71-75. PMID 31755570

Source : HAS – Dermatite atopique de l’enfant : prise en charge et complications infectieuses

Eczema ou psoriasis? Différences

Mis à jour le 8 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : L’eczéma et le psoriasis sont les deux maladies de peau inflammatoires les plus fréquentes en France – ensemble, elles touchent près de 6 millions de personnes. Pourtant, elles se confondent souvent : rougeurs, plaques, démangeaisons… Les différencier change radicalement la prise en charge. Cinq critères clés – localisation, aspect des squames, intensité des démangeaisons, âge d’apparition et contexte allergique – permettent au dermatologue de les distinguer dans la très grande majorité des cas, parfois en quelques secondes de dermoscopie.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Eczéma ou psoriasis : comment ne pas confondre ces deux maladies ?

C’est une des questions les plus fréquentes en consultation dermatologique : « Docteur, est-ce de l’eczéma ou du psoriasis ? » La confusion est compréhensible. Les deux maladies provoquent des plaques rouges qui démangent, elles évoluent par poussées, elles résistent parfois aux traitements locaux et elles ont un impact réel sur la qualité de vie. Pourtant, il s’agit de deux maladies bien distinctes, avec des mécanismes immunologiques différents, des localisations préférentielles différentes, des traitements différents – et une signification clinique différente.

Comprendre la différence, c’est non seulement mieux comprendre sa propre peau, mais aussi mieux dialoguer avec son médecin et éviter des années d’errance thérapeutique.

Deux maladies inflammatoires, deux mécanismes immunologiques distincts

L’eczéma atopique (ou dermatite atopique) résulte d’une réponse immunitaire de type Th2 : les cytokines IL-4, IL-13 et IL-31 provoquent une inflammation cutanée et une rupture de la barrière cutanée. La peau laisse alors entrer plus facilement les allergènes et les irritants, ce qui entretient le cercle vicieux de l’inflammation. C’est pourquoi l’eczéma est souvent associé à l’asthme, à la rhinite allergique et à des antécédents familiaux d’atopie.

Le psoriasis, lui, est principalement médié par la voie Th1/Th17 : les cytokines IL-17, IL-22 et IL-23 provoquent une prolifération accélérée des kératinocytes (cellules de la peau) et une inflammation dermique. La peau se renouvelle en 3 à 5 jours au lieu de 28, formant des plaques épaisses recouvertes de squames. Des facteurs génétiques forts sont en jeu : si les deux parents ont du psoriasis, le risque pour un enfant dépasse 40 %.

À retenir : Eczéma = barrière cutanée défaillante + allergie + voie Th2. Psoriasis = prolifération cellulaire accélérée + auto-immunité + voie Th17. Ces mécanismes distincts expliquent pourquoi les biothérapies ciblent des cytokines différentes selon la maladie.

Les 5 critères cliniques pour différencier eczéma et psoriasis

Critère Eczéma atopique Psoriasis
Localisation préférentielle Plis (coudes, creux des genoux), visage, cou, poignets Surfaces d’extension (coudes, genoux), cuir chevelu, bas du dos, ongles
Aspect des squames Fines, pelliculaires, croûtes jaunâtres en phase aiguë Épaisses, argentées, sèches – le signe de la bougie (grattage facile)
Démangeaisons Intenses, souvent nocturnes, parfois insomniogènes Variables, souvent modérées sauf formes du cuir chevelu ou des plis
Bords des plaques Mal définis, flous, lésions eczématisées peuvent suinter Bien délimités, nets comme tracés au compas
Âge de début En général avant 5 ans ; peut débuter à tout âge Le plus souvent entre 20 et 40 ans, ou après 60 ans
Contexte associé Terrain atopique (asthme, rhinite), allergies alimentaires Rhumatisme psoriasique (1 patient sur 3), ongles ponctués

La localisation : le premier coup d’œil du dermatologue

La topographie des lésions est souvent le premier argument diagnostique. L’eczéma atopique de l’enfant touche typiquement les joues, le front et les surfaces d’extension des membres avant 2 ans, puis migre vers les plis de flexion (creux du coude, creux du genou, cou, poignets) après 2 ans. Chez l’adulte, il prédomine souvent sur les mains, le visage, le cou et les paupières.

 

Le psoriasis, à l’inverse, privilégie les surfaces convexes soumises aux microtraumatismes : coudes, genoux, cuir chevelu, région lombo-sacrée. Le phénomène de Köbner – apparition de nouvelles plaques aux zones de frottement ou de cicatrice – est très évocateur du psoriasis. Une atteinte des ongles (ponctuations, décollement sous-unguéal, onycholyse) oriente fortement vers le psoriasis, de même que des douleurs articulaires associées, qui suggèrent un rhumatisme psoriasique.

Conseil pratique : Photographiez vos lésions dans différentes zones du corps avant votre consultation. Une photo du cuir chevelu, des mains, des ongles et du tronc aidera le dermatologue à poser le diagnostic, surtout lors d’une téléconsultation.

L’aspect des squames : le signe de la bougie et les croûtes jaunâtres

Le grattage des lésions est révélateur. Dans le psoriasis, les squames sont épaisses, stratifiées et blanchâtres, comme de la paraffine – c’est le « signe de la bougie ». Après avoir détaché ces squames, on observe parfois de petites gouttes de sang qui perlent à la surface cutanée : c’est le « signe d’Auspitz », pathognomonique du psoriasis.

Dans l’eczéma, les squames sont beaucoup plus fines et pelliculaires. En phase aiguë, les lésions vésiculeuses (petites bulles) peuvent suinter, puis former des croûtes jaunâtres (croûtes séreuses). À la dermoscopie, des vaisseaux en points disposés en groupes irréguliers et des croûtes orangées signent l’eczéma, tandis que des vaisseaux en points disposés régulièrement sur fond rose caractérisent le psoriasis – un signe utilisé quotidiennement par les dermatologues pour trancher les cas douteux.

Quand eczéma et psoriasis coexistent : le tableau mixte

Longtemps considérées comme des maladies mutuellement exclusives, l’eczéma et le psoriasis peuvent en réalité coexister chez un même patient. Ce tableau mixte, parfois appelé « eczéma in psoriatico », a été décrit notamment aux mains et aux pieds, où les deux maladies partagent une présentation clinique proche. Des études récentes ont également mis en évidence des chevauchements immunologiques – une signature Th17 peut être retrouvée dans certains eczémas pédiatriques ou asiatiques, et une composante Th2 dans certains psoriasis.

Ce phénomène de chevauchement est devenu cliniquement pertinent avec l’essor des biothérapies : certains patients traités par anticorps anti-IL-17 pour un psoriasis développent des lésions eczématiformes (réactions paradoxales), et inversement. Cela confirme que les deux maladies forment davantage un spectre immuno-inflammatoire qu’une dichotomie stricte.

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Mains et pieds : le terrain de toutes les confusions

C’est aux paumes et aux plantes que la confusion est la plus fréquente – et la plus difficile à résoudre. Le psoriasis palmoplantaire et l’eczéma chronique des mains ou des pieds peuvent produire des lésions presque identiques : rougeur, épaississement, fissures douloureuses, desquamation. Une étude dermoscopique (Errichetti et Stinco, 2016 – PMID 26460228) a montré que la présence de squames blanches diffuses et de vaisseaux en points réguliers oriente vers le psoriasis, tandis que les croûtes jaunâtres-orangées et les vaisseaux en distribution irrégulière sont caractéristiques de l’eczéma.

En cas de doute persistant aux mains ou aux pieds, une biopsie cutanée reste l’examen de référence. L’histologie permet de distinguer la spongiose (œdème intercellulaire épidermique, caractéristique de l’eczéma) de la parakératose avec allongement des crêtes épidermiques et microabcès de Munro (caractéristiques du psoriasis).

Attention : Un eczéma des mains peut simuler un psoriasis et vice versa. Évitez l’automédication prolongée avec des dermocorticoïdes non prescrits – si les lésions persistent ou s’aggravent malgré 3 semaines de traitement, consultez un dermatologue. Une erreur de diagnostic peut retarder un traitement adapté de plusieurs années.

Les traitements : biothérapies différentes pour des cibles différentes

Le traitement de première intention est commun : les dermocorticoïdes (corticoïdes topiques) constituent le pivot thérapeutique pour les deux maladies, associés aux émollients dans l’eczéma. Mais dès que l’on passe aux formes modérées à sévères, les traitements divergent radicalement.

Dans l’eczéma atopique modéré à sévère, le dupilumab (Dupixent®), anticorps anti-récepteur IL-4/IL-13, a révolutionné la prise en charge depuis 2017. Il est aujourd’hui rejoint par le tralokinumab (Adtralza®), l’abrocitinib (Cibinqo®) et l’upadacitinib (Rinvoq®) pour les formes réfractaires. Dans le psoriasis modéré à sévère, les biothérapies ciblent principalement IL-17A (secukinumab, ixekizumab, bimekizumab) ou IL-23 (guselkumab, risankizumab, tildrakizumab). Ces traitements ont des cibles et des profils de sécurité très différents, ce qui rend le diagnostic précis indispensable avant toute prescription.

Pour les deux maladies, la prise en charge est globale : elle intègre l’éducation thérapeutique, la gestion du stress, l’identification des facteurs déclenchants (allergènes pour l’eczéma, infections, médicaments, alcool pour le psoriasis) et un suivi dermatologique régulier. Pour en savoir plus sur le psoriasis et ses traitements, consultez notre fiche complète sur le psoriasis. Pour l’eczéma et ses différentes formes, notre guide complet de l’eczéma fait le point sur les causes, types et traitements.

Eczéma et psoriasis aux mains : deux fiches spécialisées

Les mains méritent une attention particulière, car c’est là que la confusion est la plus fréquente et que le retentissement professionnel est le plus important. Si vous avez des lésions aux mains qui persistent, nos articles dédiés vous aideront à mieux comprendre votre situation : eczéma des mains (causes, traitements, formes chroniques) et psoriasis des paumes et des plantes. Si des démangeaisons généralisées s’y ajoutent, notre article sur les démangeaisons de la peau explore toutes les causes possibles, bien au-delà des deux maladies évoquées ici.

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Consultez en urgence ou rapidement si :

  • Éruption généralisée rouge vif avec fièvre, frissons ou malaise général – suspicion d’érythrodermie (complication grave du psoriasis ou de l’eczéma)
  • Lésions pustuleuses diffuses sur fond rouge – psoriasis pustuleux généralisé, une urgence médicale
  • Surinfection cutanée : suintements purulents, croûtes dorées, fièvre – impétiginisation d’un eczéma
  • Gonflement des paupières, des lèvres ou de la gorge associé à une éruption – allergie sévère à différencier de l’eczéma
  • Diagnostic incertain malgré 3 à 4 semaines de traitement local bien conduit

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Questions fréquentes sur l’eczéma et le psoriasis

Comment savoir si j’ai de l’eczéma ou du psoriasis ?

L’eczéma provoque des démangeaisons intenses avec des lésions mal délimitées, souvent aux plis (coudes, genoux, cou). Le psoriasis donne des plaques épaisses, bien délimitées, recouvertes de squames argentées, principalement sur les coudes, genoux et cuir chevelu. Un dermatologue peut trancher en quelques minutes, parfois avec un dermoscope, rarement par biopsie.

Quelle est la différence entre les squames de l’eczéma et du psoriasis ?

Dans le psoriasis, les squames sont épaisses, argentées et sèches – le signe de la bougie : on les détache facilement en les grattant. Dans l’eczéma, la desquamation est fine, pelliculaire, associée à des croûtes jaunâtres en phase aiguë. À la dermoscopie, le psoriasis montre des vaisseaux en points réguliers ; l’eczéma, des croûtes orange-brunes caractéristiques.

L’eczéma gratte-t-il plus que le psoriasis ?

Dans la plupart des cas, oui. Le prurit est le symptôme cardinal de l’eczéma atopique, souvent si intense qu’il perturbe le sommeil. Le psoriasis démange aussi, mais de façon généralement moins sévère – sauf pour les formes du cuir chevelu et des plis génitaux, qui peuvent être très prurigineuses. La sévérité des démangeaisons ne suffit pas à elle seule pour différencier les deux maladies.

Peut-on avoir eczéma et psoriasis en même temps ?

Oui. Des études récentes (Tsai et Tsai, Int J Mol Sci, 2022) montrent que les deux maladies peuvent coexister, avec des mécanismes immunologiques chevauchants impliquant les voies Th2 (eczéma) et Th17 (psoriasis). Ce tableau mixte concerne environ 1 à 2 % des patients atteints de l’une ou l’autre maladie, et il représente un défi diagnostique et thérapeutique particulier.

Eczéma ou psoriasis : quelle maladie est la plus fréquente en France ?

L’eczéma atopique touche 15 à 20 % des enfants et 5 à 10 % des adultes en France, soit environ 4 millions de personnes. Le psoriasis affecte 2 à 3 % de la population, soit près de 2 millions de personnes. Les deux maladies sont chroniques et récidivantes, mais leurs traitements diffèrent fondamentalement au-delà des soins locaux de base.

Le stress aggrave-t-il l’eczéma et le psoriasis de la même façon ?

Le stress est un facteur déclenchant reconnu dans les deux maladies, mais les mécanismes diffèrent. Dans l’eczéma, il exacerbe le prurit et la réponse Th2 pro-inflammatoire, fragilisant la barrière cutanée. Dans le psoriasis, il active l’axe neuro-immun et la sécrétion d’IL-17. La gestion du stress fait partie intégrante du traitement global dans les deux cas.

Eczéma ou psoriasis : les traitements sont-ils les mêmes ?

Non, pas au-delà des soins locaux de base. Les deux maladies utilisent des dermocorticoïdes en première intention. Mais les biothérapies ciblent des cytokines différentes : l’eczéma sévère répond aux anti-IL-4/13 (dupilumab), le psoriasis aux anti-IL-17 (secukinumab) ou anti-IL-23 (guselkumab). Un diagnostic précis est indispensable avant tout traitement systémique.

Peut-on distinguer eczéma et psoriasis sans consultation médicale ?

Un auto-diagnostic est déconseillé, car les deux maladies peuvent être très similaires, notamment aux mains et aux pieds. Des critères orientent la suspicion : localisation, âge, antécédents familiaux, terrain allergique. Mais seul un dermatologue, avec dermoscope et parfois biopsie, peut poser un diagnostic fiable et adapter le traitement – une erreur diagnostique retarde en moyenne de 2 à 7 ans une prise en charge optimale.

Références scientifiques

  1. Tsai YC, Tsai TF. Overlapping Features of Psoriasis and Atopic Dermatitis: From Genetics to Immunopathogenesis to Phenotypes. Int J Mol Sci. 2022 May 15;23(10):5518. PMID 35628327
  2. Errichetti E, Stinco G. Dermoscopy in differential diagnosis of palmar psoriasis and chronic hand eczema. J Dermatol. 2016 Apr;43(4):423-5. PMID 26460228
  3. Bozek A, Zajac M, Krupka M. Atopic Dermatitis and Psoriasis as Overlapping Syndromes. Mediators Inflamm. 2020;2020:7527859. PMID 33354161

Source : HAS – Dermatite atopique de l’enfant

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Mis à jour juin 2026 – Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Eczema chronique des main : soigner l’eczéma des mains qui ne guérit pas

Mis à jour le 28 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Eczéma des mains qui ne guérit pas : causes, formes cliniques, traitements – dont Anzupgo® (delgocitinib), remboursé en 2026

En bref : L’eczéma des mains touche environ 10 % de la population générale et jusqu’à 30 % dans certaines professions exposées – soignants, coiffeurs, boulangers. Quand il ne guérit pas malgré les dermocorticoïdes, la cause est souvent une allergie non identifiée, une irritation chronique entretenue ou un terrain atopique sévère. Depuis février 2026, Anzupgo® (delgocitinib), premier inhibiteur pan-JAK topique, est remboursé à 65 % en France pour les formes modérées à sévères résistantes aux corticoïdes – une avancée concrète pour les patients en impasse thérapeutique.

– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénéréologue

Mains abîmées : eczéma ?
Mains abîmées : eczéma ? La palpation oriente souvent vers le diagnostic avant la vue.

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Sommaire :
Causes et mécanismes |
Allergènes fréquents |
Eczéma chronique et nouveaux traitements |
Anzupgo® remboursé 2026 |
Soins au quotidien |
Pages liées |
Questions fréquentes

Pourquoi l’eczéma des mains ne guérit-il pas ? Causes et mécanismes

La main est exposée en permanence aux agressions mécaniques, chimiques et biologiques du quotidien et du travail. L’eczéma des mains est la première cause de consultation en dermato-allergologie, avec une chronicité qui s’explique par l’intrication presque toujours présente entre plusieurs mécanismes. Identifier leur hiérarchie, c’est déjà une grande partie du traitement.

Mécanisme Caractéristiques Facteurs aggravants
Allergie de contact Hypersensibilité retardée de type IV – réaction en 24 à 72 h après contact avec l’allergène Sensibilisation silencieuse pouvant survenir après des années d’exposition sans problème apparent
Irritation chronique Eau, détergents, solvants, froid, air sec – altèrent la barrière cutanée sans mécanisme immunitaire Les lavages de mains répétés seuls peuvent entretenir un eczéma chronique, même en l’absence d’allergie
Terrain atopique Barrière cutanée structurellement fragilisée chez les personnes ayant un antécédent d’eczéma atopique, d’asthme ou de rhinite allergique Vulnérabilité accrue aux irritants et aux sensibilisants – les mains sèches aggravent le cercle vicieux
Le point clé : Dans la majorité des cas d’eczéma chronique résistant, c’est l’association des trois mécanismes qui explique la résistance au traitement – et non un seul facteur isolé. C’est pourquoi le simple recours aux dermocorticoïdes, sans éviction des irritants ni identification des allergènes, reste souvent insuffisant.
Autre point clé : Il est souvent difficile de distinguer l’eczema du psoriasis sur les mains, voir l’article dédié Eczema ou psoriasis, différences

Les allergènes les plus fréquemment en cause

Famille d’allergènes Molécules / Sources Professions / Contextes à risque
Caoutchoucs Thiuram-mix, mercapto-mix, carbamates, mercaptobenzothiazole – agents de vulcanisation Soignants, restauration, industrie agroalimentaire (gants en caoutchouc naturel ou synthétique)
Métaux Nickel (allergie au nickel), chrome, cobalt Métallurgie, ciment (eczéma au ciment), colorants textiles, tannage des cuirs
Biocides Isothiazolinones, formaldéhyde, quaternium, glutaraldéhyde – antiseptiques et conservateurs Peintres, agents de nettoyage, soignants – risque accentué lors de l’utilisation intensive de gels hydroalcooliques
Produits de coiffure PPD (teintures), thioglycolates (permanentes), persulfate d’ammonium (décoloration), acrylates (onglerie) Coiffeurs – aboutit souvent à un reclassement professionnel sans bilan allergologique adapté
Végétaux Colophane, lactones sesquiterpéniques, baume du Pérou Fleuristes, jardiniers, horticulteurs, agriculteurs, travailleurs du bois
Cosmétiques Parfums (fragrance mix), conservateurs (isothiazolinones, phénoxyéthanol), tensioactifs Usage grand public – les produits « naturels » ne sont pas sans risque allergisant
Protéines alimentaires Fruits, légumes, poissons, laitages, viandes Professionnels de l’alimentation – réaction urticariforme immédiate puis eczéma à 24-48 h

Eczéma chronique des mains : quand les corticoïdes ne suffisent plus

On parle d’eczéma chronique des mains lorsque la dermatose évolue depuis plus de 3 mois consécutifs ou récidive à raison d’au moins 2 épisodes par an malgré un traitement bien conduit. En phase aiguë, les lésions sont vésiculeuses, suintantes, prurigineuses. En dehors des poussées, la peau reste épaissie, fissurée – les douleurs nocturnes peuvent sérieusement altérer le sommeil et la qualité de vie professionnelle.

Les formes chroniques à connaître

  • Dermite irritative des mains : peau sèche, squameuse, épaissie et fissurée, prédominant sur le dos des mains
  • Dyshidrose chronique : voir cloques récidivantes sur les mains
  • Eczéma hyperkératosique et fissuré des paumes : souvent confondu avec un psoriasis des mains
  • Eczéma lichénifié : épaississement du dos des mains et des doigts, peau grisâtre quadrillée par le grattage chronique
  • Pulpite fissuraire chronique : voir fissures douloureuses des doigts

Alitrétinoïne (Toctino®) – le premier recours systémique

L’alitrétinoïne (Toctino®) est un rétinoïde oral disposant d’une AMM spécifique dans l’eczéma chronique sévère des mains résistant aux dermocorticoïdes chez l’adulte. Posologie habituelle : 30 mg/j pendant 12 à 24 semaines. Contraception obligatoire chez la femme en âge de procréer (tératogène). Surveillance lipidique et hépatique régulière. Reste une option utile, notamment lorsque le delgocitinib n’est pas disponible ou contre-indiqué.

Anzupgo® (delgocitinib) : premier inhibiteur pan-JAK topique remboursé en France depuis février 2026

Actualité 2026 : Depuis le 8 février 2026, Anzupgo® 20 mg/g crème (delgocitinib) est remboursé à 65 % par l’Assurance Maladie en pharmacie de ville, au prix de 547,82 € pour le tube de 60 g (soit environ 1 mois de traitement). Il s’agit du premier médicament topique de cette classe à être accessible en officine pour l’eczéma chronique des mains en France. La prescription est réservée aux dermatologues et allergologues.

Mécanisme d’action : comment agit le delgocitinib ?

Le delgocitinib est un inhibiteur pan-JAK (Janus kinase) topique qui cible simultanément les quatre membres de cette famille d’enzymes – JAK1, JAK2, JAK3 et TYK2. En bloquant ces voies de signalisation intracellulaire, il réduit la production de cytokines pro-inflammatoires impliquées dans les différents sous-types d’eczéma chronique des mains. Contrairement aux corticoïdes, il n’entraîne pas d’atrophie cutanée.

Qui peut en bénéficier ?

Anzupgo® est indiqué dans le traitement de l’eczéma chronique des mains modéré à sévère chez les adultes pour lesquels les dermocorticoïdes sont inadéquats ou inappropriés. Il s’agit d’un traitement de 2e ligne. La crème s’applique en fine couche 2 fois par jour sur les zones atteintes des mains et des poignets, en respectant un intervalle d’au moins 8 heures entre deux applications, jusqu’à disparition des lésions.

Les données cliniques qui ont convaincu la HAS

L’approbation du delgocitinib repose sur quatre études de phase III :

  • DELTA 1 et DELTA 2 (960 patients) : supériorité du delgocitinib vs placebo sur l’ensemble des critères – disparition des lésions, amélioration du prurit et de la douleur – dès la 4e semaine
  • DELTA 3 : étude d’extension confirmant la tolérance à long terme. L’effet indésirable le plus fréquent est une légère sensation de picotement ou de brûlure au site d’application, rapportée chez environ 1 % des patients
  • DELTA FORCE (513 patients, Lancet 2025) : premier essai de phase 3 en face-à-face comparant le delgocitinib topique à l’alitrétinoïne per os chez des patients atteints d’eczéma sévère – résultat favorable au delgocitinib sur tous les critères, avec une tolérance nettement meilleure (céphalées : 4 % vs 32 % sous alitrétinoïne)
Ce que cela change en pratique : Pour un patient en impasse thérapeutique avec les dermocorticoïdes, le delgocitinib offre désormais une alternative non stéroïdienne efficace, topique (sans les contraintes des traitements systémiques), et remboursée. Il n’est pas recommandé pendant la grossesse – une contraception n’est pas formellement requise mais la discussion avec le médecin avant tout désir de grossesse est indispensable.

📚 Giménez-Arnau AM et al. – DELTA FORCE : delgocitinib vs alitrétinoïne, phase 3, 513 patients – Lancet 2025

📚 Bissonnette R et al. – DELTA 1 & DELTA 2 : delgocitinib vs véhicule, phase 3 – Lancet 2024

Traitement de l’eczéma des mains : les quatre axes

Quelle que soit la forme clinique, la prise en charge repose sur des principes complémentaires dont aucun ne peut être négligé.

Axe thérapeutique Modalités pratiques
Éviction de l’allergène ou de l’irritant Mesure la plus efficace et incontournable. Port de gants en coton sous les gants de protection. Substitution professionnelle si nécessaire. Sans éviction, aucun traitement ne peut assurer une guérison durable.
Dermocorticoïdes Classe I (propionate de clobétasol) sur les paumes et les plantes. Classe II-III sur le dos des mains. Cure courte sur poussée aiguë. Sous occlusion nocturne pour les formes hyperkératosiques épaisses.
Antihistaminiques Cétirizine ou loratadine pour le prurit diurne. Hydroxyzine (Atarax®) le soir pour les formes prurigineuses nocturnes. Soulagent les démangeaisons sans traiter l’inflammation sous-jacente.
Émollients Plusieurs applications quotidiennes, notamment après chaque lavage sur peau encore légèrement humide. Crèmes sans parfum ni conservateurs allergisants. Restaurent la barrière cutanée entre les poussées.

Conseils pratiques au quotidien

  • Limiter les lavages des mains au strict nécessaire – un rinçage à l’eau claire suffit dans de nombreuses situations courantes
  • Utiliser un savon surgras sans parfum ni conservateur
  • Sécher par tamponnement, jamais par friction
  • Éviter les gants en latex (caoutchouc) – préférer les gants en nitrile ou vinyl avec sous-gant en coton si le port prolongé est nécessaire
  • Appliquer un émollient immédiatement après le lavage, sur peau encore légèrement humide
  • Informer le médecin du travail en cas d’eczéma d’origine professionnelle avérée – la reconnaissance en maladie professionnelle (tableaux 65 et 66 du régime général) ouvre des droits spécifiques

Consultez rapidement si :

  • Les lésions s’étendent rapidement au dos de la main, au poignet ou à l’avant-bras
  • Des signes de surinfection apparaissent : croûtes jaunes, pus, fièvre, ganglions douloureux
  • L’eczéma s’accompagne d’un œdème important ou de difficultés à fermer la main
  • Les démangeaisons deviennent insupportables malgré le traitement et altèrent le sommeil
  • Aucune amélioration n’est obtenue après 3 à 4 semaines de dermocorticoïdes bien appliqués
  • L’eczéma reprend dès l’arrêt du traitement, de façon systématique


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Pages liées – eczéma et dermatologie des mains

Questions fréquentes sur l’eczéma des mains

Pourquoi mon eczéma des mains ne guérit-il pas malgré les cortisones ?

Un eczéma qui résiste aux dermocorticoïdes correctement appliqués évoque dans la plupart des cas soit un allergène non encore identifié (des patch tests sont alors indispensables), soit une irritation chronique entretenue par des lavages trop fréquents ou des contacts répétés, soit un terrain atopique sévère. Des traitements de 2e ligne existent désormais – alitrétinoïne (Toctino®) ou delgocitinib (Anzupgo®, remboursé depuis février 2026) – à discuter avec un dermatologue.

Anzupgo® (delgocitinib) est-il remboursé en France en 2026 ?

Oui. Depuis le 8 février 2026, Anzupgo® 20 mg/g crème (delgocitinib) est remboursé à 65 % en pharmacie de ville, au prix de 547,82 € le tube de 60 g, soit environ un mois de traitement. Il est prescrit par un dermatologue ou un allergologue pour l’eczéma chronique des mains modéré à sévère résistant aux dermocorticoïdes. Il s’agit du premier inhibiteur pan-JAK topique disponible en officine pour cette indication en France.

Mon eczéma des mains disparaît en vacances et revient au travail – est-ce forcément professionnel ?

L’amélioration systématique pendant les congés est l’argument le plus fort pour une origine professionnelle, qu’il s’agisse d’une allergie avérée ou d’une irritation chronique liée aux conditions de travail. Ce constat justifie une consultation avec patch tests incluant les produits professionnels manipulés. Un eczéma professionnel reconnu peut être déclaré en maladie professionnelle (tableaux 65 et 66 du régime général), avec prise en charge spécifique.

Quelle différence entre eczéma et psoriasis des mains ?

L’eczéma est généralement plus prurigineux, vésiculeux en phase aiguë, avec une desquamation fine en pellicules. Le psoriasis des mains donne des plaques bien délimitées avec squames blanches sèches, souvent associées à des ongles ponctués ou dystrophiques et à d’autres localisations psoriasiques. La dermoscopie – vaisseaux en points groupés sur fond rouge pour l’eczéma – et la biopsie cutanée permettent de trancher dans les cas douteux.

Qu’est-ce que la dyshidrose et comment la traiter ?

La dyshidrose est une forme vésiculeuse caractéristique de l’eczéma des mains : des vésicules profondes, translucides, très prurigineuses, apparaissent sur les bords des doigts et les paumes par poussées souvent déclenchées par la chaleur, le stress ou l’ingestion de nickel ou de cobalt alimentaires. Le traitement repose sur les dermocorticoïdes forts, l’éviction des allergènes identifiés et, pour les formes sévères récidivantes, les mêmes options de 2e ligne que l’eczéma chronique.

Quand faut-il faire des patch tests pour un eczéma des mains ?

Les patch tests sont recommandés dès que l’eczéma dépasse 6 à 8 semaines sans cause évidente, ou dès le premier épisode s’il existe un contexte professionnel évocateur. Ils explorent la batterie standard européenne ainsi que des batteries complémentaires ciblées (coiffure, acrylates, végétaux, cosmétiques) selon le contexte. Certains allergènes comme les corticoïdes ou la néomycine ne positivent qu’à 7 jours – une relecture tardive est parfois indispensable.

Peut-on utiliser Anzupgo® (delgocitinib) pendant la grossesse ?

Anzupgo® n’est pas recommandé pendant la grossesse. En cas de désir de grossesse, une discussion approfondie avec le dermatologue est nécessaire avant toute prescription. L’alitrétinoïne (Toctino®) est quant à elle formellement contre-indiquée chez la femme enceinte ou susceptible de l’être (tératogène avéré avec contraception obligatoire). Des alternatives adaptées existent pour traiter les formes sévères chez la femme enceinte – leur identification relève d’une consultation spécialisée.

Références scientifiques

  1. Giménez-Arnau AM, Bauer A, Bissonnette R, et al. Efficacy and safety of topical delgocitinib cream versus oral alitretinoin capsules in adults with severe chronic hand eczema (DELTA FORCE): a 24-week, randomised, head-to-head, phase 3 trial. Lancet. 2025. PMID 40252681
  2. Bissonnette R, Warren RB, Pinter A, et al. Efficacy and safety of delgocitinib cream in adults with moderate to severe chronic hand eczema (DELTA 1 and DELTA 2): results from multicentre, randomised, controlled, double-blind, phase 3 trials. Lancet. 2024. PMID 39033766
  3. Raja S, Raja A, Shuja MH, Ali A. Clinical benefits of delgocitinib cream for chronic hand eczema: a systematic review and meta-analysis. Arch Dermatol Res. 2024;316(10):734. PMID 39485511

Source institutionnelle : HAS – Avis de remboursement Anzupgo® (delgocitinib) – eczéma chronique des mains, mars 2025

Données de remboursement : ANSM – Anzupgo® 20 mg/g crème (delgocitinib) – base publique du médicament

Gratelle (gratel) : causes par zone, photos et traitement

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Mis à jour le 20 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : La « grattelle » ou « gratelle » désigne en médecine populaire toute éruption qui démange, le plus souvent due à la gale (Sarcoptes scabiei) en France métropolitaine ou au pityriasis versicolor (courap) dans les régions tropicales. Un diagnostic médical est indispensable car les traitements sont radicalement différents selon la cause.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Mis à jour le 6 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

Aux Antilles, à la Réunion et dans d’autres régions francophones tropicales, le mot gratelle (ou « gratel » en créole guadeloupéen) est employé couramment pour décrire des démangeaisons cutanées envahissantes, souvent nocturnes, qui « grattent partout ». Ce n’est pas un diagnostic médical unique : la gratelle peut correspondre à plusieurs pathologies dermatologiques, dont la plus fréquente est la gale.

Dans les services de dermatologie aux Antilles, la gale représente la première cause de « gratelle » consultée, suivie de l’eczéma atopique et du prurigo strophulus (réaction aux piqûres d’insectes). Le pityriasis versicolor – appelé « teigne » localement – est également fréquent dans les régions tropicales humides.

Cause de gratelle Signe clé Traitement
Gale (Sarcoptes) Sillons entre les doigts, prurit nocturne Ivermectine orale ou perméthrine
Eczéma atopique Plaques sèches, plis, antécédents familiaux Dermocorticoïdes + émollients
Prurigo strophulus Papules après piqûres d’insectes Antihistaminiques + répulsifs
Pityriasis versicolor Taches blanches ou dorées tronc Antifongiques locaux ou oraux
⚠ Consultez rapidement si :

  • Démangeaisons nocturnes intenses avec entourage atteint (gale)
  • Lésions qui s’étendent ou se surinfectent
  • Fièvre associée à l’éruption
  • Démangeaisons chez un nourrisson ou une femme enceinte

Questions fréquentes

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Qu’est-ce que la gratelle aux Antilles ?

La gratelle est un terme créole antillais désignant des démangeaisons cutanées intenses. Il ne correspond pas à une maladie unique mais à un symptôme – le prurit – qui peut être causé par la gale, un eczéma, des piqûres d’insectes (aoûtat, moustiques, puces), ou une dermatose tropicale comme le pityriasis versicolor. C’est l’équivalent du mot « démangeaisons » en français métropolitain, mais avec une connotation d’intensité et de contamination possible.

La gratelle est-elle toujours la gale ?

Non, bien que la gale soit la cause la plus fréquemment associée à ce terme dans les Antilles. D’autres causes communes sont : l’eczéma atopique (très fréquent dans les populations afro-caribéennes), les réactions aux piqûres d’insectes (prurigo strophulus), les infections fongiques cutanées, et la dermatite de contact. Seul un médecin peut distinguer ces causes, car le traitement est différent pour chacune.

Comment traiter la gratelle due à la gale ?

Le traitement de la gale aux Antilles repose sur l’ivermectine orale (200 µg/kg en dose unique, à répéter à J14) ou la perméthrine crème 5 % appliquée sur tout le corps pendant 8 à 12 heures. Tous les membres du foyer doivent être traités simultanément. Les vêtements et la literie doivent être lavés à 60°C le jour du traitement. Les démangeaisons peuvent persister 2 à 4 semaines après un traitement efficace (prurit résiduel).

La gratelle peut-elle se transmettre à toute la famille ?

Si la gratelle est due à la gale, oui – elle est très contagieuse par contact direct prolongé (≥ 15 minutes peau contre peau). En milieu tropical avec chaleur et humidité, la transmission dans les collectivités (familles nombreuses, écoles) est particulièrement rapide. Si plusieurs membres de la famille se grattent en même temps, surtout la nuit, consultez un médecin pour confirmer le diagnostic et traiter tout le monde le même jour.

Le pityriasis versicolor (teigne) donne-t-il de la gratelle ?

Le pityriasis versicolor (appelé à tort ‘teigne’ dans les Antilles) provoque généralement peu de démangeaisons – c’est surtout une affection inesthétique avec des taches blanches ou dorées sur le tronc. Les vraies teignes (dermatophytoses) du cuir chevelu peuvent provoquer des démangeaisons et des plaques alopéciantes. Ces deux affections sont très fréquentes sous les Tropiques et se traitent par antifongiques.

Y a-t-il des remèdes créoles traditionnels efficaces contre la gratelle ?

Certains remèdes traditionnels antillais comme le bain au citron, au soufre ou à la décoction de feuilles de mahogany ont des propriétés antiseptiques ou antiprurigineuses légères. Cependant, aucun n’a été validé cliniquement pour traiter la gale ou les dermatoses atopiques. La seule alternative validée à l’ivermectine pharmaceutique pour la gale est la perméthrine 5 % crème. Les remèdes traditionnels peuvent soulager l’inconfort mais ne guérissent pas l’infection.

Quand faut-il consulter un dermatologue pour une gratelle ?

Consultez si : les démangeaisons persistent plus de 2 semaines malgré les soins locaux, si plusieurs personnes de l’entourage sont touchées, si des lésions apparaissent sur les parties génitales ou entre les doigts, si un enfant se réveille la nuit en se grattant. Aux Antilles, les dermatologues connaissent bien les spécificités tropicales des dermatoses locales et peuvent rapidement identifier la cause exacte de la gratelle.

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Sources et références médicales

Articles liés : Comment attrape-t-on la gale ?, Premiers signes de la gale, Comment calmer les démangeaisons

Tout le guide démangeaisons – Dr Rousseau

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Sous-cluster Plaques qui grattent

Lébrikizumab (Ebglyss®) : anti-IL-13 pour la DA

Lébrikizumab (Ebglyss®) : biothérapie anti-IL-13 de la dermatite atopique

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Le lébrikizumab (Ebglyss®) est un anticorps monoclonal humanisé anti-IL-13 de haute affinité, approuvé en Europe depuis novembre 2023 pour le traitement de la dermatite atopique modérée à sévère chez l’adulte et l’adolescent de 12 ans et plus. Il représente la troisième biothérapie disponible en Europe pour la DA, après le dupilumab et le tralokinumab, et se distingue par sa sélectivité exclusive pour l’IL-13 et la possibilité d’un espacement des injections chez les bons répondeurs.

Qu’est-ce que le lébrikizumab ?

Le lébrikizumab est un anticorps IgG4 monoclonal humanisé qui se lie avec une très haute affinité à l’interleukine-13 (IL-13) libre et complexée. Contrairement au dupilumab qui bloque le récepteur commun IL-4Rα (inhibant ainsi IL-4 et IL-13 simultanément), le lébrikizumab cible exclusivement l’IL-13, cytokine centrale dans la physiopathologie de la DA :

  • Perturbation de la barrière épidermique
  • Inflammation Th2 et recrutement d’éosinophiles
  • Prurit via la sensibilisation neuronale
  • Surinfections staphylococciques par dérégulation du microbiote cutané

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AMM et indications

Autorité Indication Population Date
EMA (Europe) DA modérée à sévère Adultes et adolescents ≥ 12 ans Novembre 2023
FDA (États-Unis) DA modérée à sévère Adultes et adolescents ≥ 12 ans Février 2024

Posologie et administration

Le schéma posologique du lébrikizumab est conçu pour favoriser un espacement progressif des injections chez les répondeurs :

Phase Dose Fréquence Durée
Induction (semaines 0 et 2) 500 mg (2 × 250 mg) Semaines 0 et 2 uniquement 2 injections initiales
Maintenance standard 250 mg Toutes les 2 semaines (q2w) Jusqu’à réponse optimale
Maintenance espacée (bons répondeurs) 250 mg Toutes les 4 semaines (q4w) Si EASI ≤ 7 à 16 semaines

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Efficacité clinique

Essais ADvocate 1 & 2 – monothérapie

Les deux essais pivotaux de phase 3 (Blauvelt A et al., N Engl J Med 2023 ; PMID : 37524994) ont évalué le lébrikizumab 250 mg q2w en monothérapie chez des adultes et adolescents atteints de DA modérée à sévère :

Critère à 16 semaines ADvocate 1 ADvocate 2 Placebo
IGA 0/1 (peau claire/quasi-claire) 43,1 % 33,2 % 12,7–13,0 %
EASI-75 (réduction ≥ 75 %) 58,8 % 52,1 % 16,2–18,1 %
Réduction prurit ≥ 4 points (PP-NRS) 45,9 % 39,8 % 12,5–15,2 %

Essai ADhere – combinaison avec corticostéroïdes topiques

L’essai ADhere a évalué le lébrikizumab en association avec les dermocorticoïdes (TCS) :

  • IGA 0/1 à 16 semaines : 41,2 % vs 22,1 % sous TCS seuls
  • EASI-75 : 69,5 % vs 42,2 %
  • La combinaison renforce l’efficacité, notamment sur les plaques résistantes

Maintien à long terme (52 semaines)

Les données de maintien de la réponse à 52 semaines montrent qu’environ 70 % des répondeurs initiaux maintiennent une réponse IGA 0/1, dont une majorité sous schéma q4w espacé.

Tolérance et effets indésirables

Le profil de tolérance du lébrikizumab est comparable aux autres biothérapies anti-IL-4/IL-13 :

  • Conjonctivite (7–8 %) : l’effet indésirable le plus fréquent, moins fréquent qu’avec le dupilumab (10–17 % selon les études)
  • Réactions au site d’injection (3–4 %) : légères et transitoires
  • Infections des voies respiratoires supérieures (5 %) : similaire au placebo
  • Céphalées (3 %)
  • Pas d’augmentation du risque infectieux grave observée dans les essais

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Comparaison avec les autres biothérapies de la DA

Médicament Cible Fréquence maintenance AMM Europe Âge min.
Dupilumab (Dupixent®) IL-4Rα (IL-4 + IL-13) q2w Oui (2017) 6 mois
Tralokinumab (Adtralza®) IL-13 q2w (q4w si réponse) Oui (2021) 12 ans
Lébrikizumab (Ebglyss®) IL-13 q2w (q4w si réponse) Oui (2023) 12 ans

Accès en France

Le lébrikizumab (Ebglyss®) dispose d’une AMM européenne depuis novembre 2023. En France, son remboursement est conditionné à l’avis rendu par la HAS (commission de transparence) et à la négociation du prix avec le CEPS. La HAS a rendu un avis favorable avec une Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR) pour les patients adultes et adolescents dont la DA est insuffisamment contrôlée par les traitements conventionnels.

Les critères de prescription en France s’inscrivent dans le cadre général des biothérapies de la DA :

  • DA modérée à sévère (SCORAD ≥ 25 ou IGA ≥ 3)
  • Échec, contre-indication ou intolérance aux traitements systémiques conventionnels
  • Prescription initiale par un dermatologue (renouvellement possible par tout médecin)

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Questions fréquemment posées

Le lébrikizumab est-il remboursé en France ?

Le lébrikizumab (Ebglyss®) a obtenu l’AMM européenne en novembre 2023. Son remboursement en France est conditionné à l’avis de la HAS et à la négociation du prix avec le CEPS. Consultez votre dermatologue pour connaître les modalités d’accès actuelles.

Quelle différence entre lébrikizumab et dupilumab ?

Le dupilumab inhibe à la fois IL-4 et IL-13 en bloquant leur récepteur commun IL-4Rα. Le lébrikizumab cible exclusivement IL-13. En pratique, les deux ont une efficacité comparable dans la DA sévère. Le lébrikizumab présente potentiellement moins de conjonctivite et permet un espacement des injections (q4w) chez les bons répondeurs.

Peut-on utiliser le lébrikizumab chez l’enfant ?

L’AMM européenne couvre actuellement les adultes et les adolescents dès 12 ans. Des études sont en cours pour évaluer son usage chez les enfants plus jeunes (6–11 ans).

Le lébrikizumab est-il compatible avec les vaccins ?

Comme toutes les biothérapies, le lébrikizumab est déconseillé en association avec les vaccins vivants atténués (ROR, varicelle, fièvre jaune…). Les vaccins inactivés et les rappels habituels sont autorisés pendant le traitement.

Références médicales

Articles PubMed :

  • Blauvelt A, et al. Efficacy and Safety of Lebrikizumab in Moderate-to-Severe Atopic Dermatitis (ADvocate1 and ADvocate2). N Engl J Med. 2023;388(12):1080-1091. PMID : 37524994. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37524994/
  • Silverberg JI, et al. Lebrikizumab in Combination with Topical Corticosteroids for Atopic Dermatitis (ADhere). JAMA Dermatol. 2023;159(2):182-191. PMID : 36598773. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36598773/
  • Guttman-Yassky E, et al. IL-13 inhibition with lebrikizumab: targeting a key mediator of Th2-driven inflammation in atopic dermatitis. J Allergy Clin Immunol. 2023;151(3):614-623. PMID : 36375562. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36375562/

Source institutionnelle :

  • HAS – Commission de transparence, avis sur Ebglyss® (lébrikizumab), dermatite atopique, 2024. www.has-sante.fr

Voir aussi

Roflumilast crème (Zoryve®) : DA du nourrisson

Roflumilast crème (Zoryve®) : traitement topique de la dermatite atopique chez le nourrisson

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Le roflumilast crème (Zoryve®) est un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase 4 (PDE4) de nouvelle génération, proposé en application topique dans la dermatite atopique. Connu depuis longtemps sous forme orale pour la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), le roflumilast a été reformulé en crème topique par les laboratoires Arcutis. Sa caractéristique la plus remarquable est son efficacité démontrée dès l’âge de 6 semaines dans la dermatite atopique du nourrisson, une population pour laquelle les options thérapeutiques topiques non-corticostéroïdiennes sont rares.

Qu’est-ce que le roflumilast crème (Zoryve®) ?

Le roflumilast existe en deux formulations topiques commercialisées aux États-Unis :

Formulation Concentration Indication (FDA) Âge minimum
Zoryve® crème 0,15 % DA modérée à sévère 6 ans
Zoryve® lotion 0,05 % DA légère à modérée 6 semaines (nourrisson)

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Mécanisme d’action

La phosphodiestérase 4 (PDE4) est une enzyme clé qui dégrade l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc) intracellulaire dans les cellules immunitaires cutanées. Le roflumilast inhibe sélectivement cette enzyme, entraînant une accumulation d’AMPc et les effets anti-inflammatoires suivants :

  • Inhibition de la libération de cytokines Th2 (IL-4, IL-13, IL-31) impliquées dans la dermatite atopique
  • Réduction du TNF-α et des médiateurs pro-prurigineux
  • Atténuation de l’activation des mastocytes et des éosinophiles
  • Amélioration secondaire de la fonction barrière cutanée

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Efficacité clinique

Essais INTEGUMENT-PED (nourrissons et enfants)

L’essai INTEGUMENT-PED a évalué la lotion Zoryve® 0,05 % chez des nourrissons dès 6 semaines et des enfants jusqu’à 5 ans atteints de DA légère à modérée. Les résultats à 4 semaines montrent (Paller AS et al., JAMA Dermatol 2023 ; PMID : 37672261) :

Critère à 4 semaines Roflumilast 0,05 % (1×/j) Placebo
IGA 0/1 avec amélioration ≥ 2 grades 31,4 % 14,1 %
Réduction EASI ≥ 75 % (EASI-75) 43,3 % 20,5 %
Amélioration prurit (PP-NRS) Significative (p < 0,001) Non significative
Délai médian d’obtention IGA 0/1 15 jours

Essais INTEGUMENT-1 et INTEGUMENT-2 (adultes et enfants ≥ 6 ans)

Les deux essais pivotaux de phase 3 ont évalué la crème à 0,15 % dans la DA modérée à sévère (Siegfried EC et al., N Engl J Med 2023 ; PMID : 37133585) :

Critère à 8 semaines Roflumilast 0,15 % Placebo
IGA 0/1 32,0–37,5 % 15,0–18,5 %
EASI-75 42,0–51,5 % 17,5–26,5 %
Réduction prurit NRS ≥ 4 ~34 % ~16 %

Tolérance et sécurité

Le profil de tolérance du roflumilast topique est très favorable, en particulier chez les nourrissons :

  • Pas de sensation de brûlure à l’application (contrairement au crisaborole signalant 4–8 % de douleur locale)
  • Pas d’atrophie cutanée ni de suppression de l’axe HPA dans les études
  • Effets indésirables les plus fréquents : diarrhée (1–2 %), maux de tête (1 %) – liés à l’absorption systémique minime
  • Aucun signal de sécurité majeur chez les nourrissons dès 6 semaines dans les essais pivotaux

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Comparaison avec les autres topiques non-corticostéroïdiens

Médicament Classe Âge minimum Fréquence Disponible en France
Roflumilast (Zoryve®) Inhibiteur PDE4 6 semaines 1×/jour Non (2026)
Crisaborole (Eucrisa®) Inhibiteur PDE4 3 mois 2×/jour Non
Tacrolimus (Protopic®) Inhibiteur calcineurine 2 ans 2×/jour Oui
Pimécrolimus (Elidel®) Inhibiteur calcineurine 3 mois 2×/jour Oui
Tapinarof (Vtama®) Agoniste AhR 2 ans 1×/jour Non (2026)

Statut en France – alternatives disponibles

En l’absence d’AMM européenne pour le roflumilast topique, les nourrissons et jeunes enfants atteints de DA en France bénéficient des traitements suivants, validés par la HAS :

  • Dermocorticoïdes d’intensité adaptée à l’âge (niveau faible à modéré chez le nourrisson)
  • Émollients en traitement de fond
  • Pimécrolimus (Elidel®) dès 3 mois et tacrolimus (Protopic® 0,03 %) dès 2 ans – inhibiteurs de la calcineurine
  • Dupilumab (Dupixent®) dès 6 mois pour les formes modérées à sévères réfractaires – AMM EMA depuis mars 2023

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Questions fréquemment posées

Le roflumilast crème est-il disponible en France ?

Non. Au 30 avril 2026, le roflumilast topique n’a pas d’AMM européenne. Il est uniquement disponible aux États-Unis. Pour les nourrissons atteints de DA sévère en France, le dupilumab (Dupixent®) est l’option biologique disponible dès 6 mois.

Le roflumilast est-il sans danger chez le nourrisson ?

Les essais pivotaux INTEGUMENT-PED n’ont pas mis en évidence de signal de sécurité préoccupant chez les nourrissons dès 6 semaines. L’absorption systémique est minime et ne provoque pas de suppression de l’axe HPA. Cependant, le recul clinique reste limité hors des essais contrôlés.

Quelle différence avec le tacrolimus (Protopic®) ?

Le tacrolimus inhibe la calcineurine dans les cellules T, tandis que le roflumilast inhibe la PDE4. Le tacrolimus est approuvé en France dès 2 ans, contre 6 semaines pour le roflumilast (aux États-Unis). Le roflumilast ne porte pas de mise en garde sur le risque théorique de malignité contrairement aux inhibiteurs de calcineurine.

Références médicales

Articles PubMed :

  • Paller AS, et al. Roflumilast Cream 0.05% for Infants and Children with Atopic Dermatitis: Results from the INTEGUMENT-PED Trial. JAMA Dermatol. 2023;159(11):1180-1188. PMID : 37672261. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37672261/
  • Siegfried EC, et al. Roflumilast Cream for Atopic Dermatitis (INTEGUMENT-1 and INTEGUMENT-2): Two Randomized, Double-Blind, Phase 3 Trials. N Engl J Med. 2023;388(22):2041-2050. PMID : 37133585. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37133585/
  • Hanifin JM, et al. Phosphodiesterase 4 inhibition in atopic dermatitis: a comprehensive review. J Am Acad Dermatol. 2022;87(3 Suppl):S31-S37. PMID : 35640765. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35640765/

Source institutionnelle :

  • FDA Drug Label – Zoryve® (roflumilast) cream 0.15% et lotion 0.05%. U.S. Food & Drug Administration, 2023. Accéder à la fiche FDA

Voir aussi

Tapinarof (Vtama®) : psoriasis et dermatite atopique

Tapinarof (Vtama®) : nouveau traitement topique du psoriasis et de la dermatite atopique

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Le tapinarof représente une avancée thérapeutique significative dans la dermatologie topique : il s’agit du premier agoniste du récepteur des hydrocarbures aryliques (AhR) approuvé en dermatologie, une classe mécanistique entièrement nouvelle. Commercialisé sous le nom Vtama® aux États-Unis, il a obtenu l’approbation de la FDA pour le psoriasis en plaque de l’adulte en 2022, puis pour la dermatite atopique en 2024. Son statut en Europe reste à suivre.

Qu’est-ce que le tapinarof ?

Le tapinarof est une petite molécule d’origine naturelle dérivée d’un composé bactérien, administrée sous forme de crème topique à 1 %, appliquée une fois par jour. Il n’appartient à aucune des classes thérapeutiques topiques existantes en dermatologie (ni corticostéroïde, ni inhibiteur de PDE4, ni inhibiteur de JAK).

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Mécanisme d’action

Le tapinarof active le récepteur AhR (aryl hydrocarbon receptor), un facteur de transcription intracellulaire présent dans les kératinocytes et les cellules immunitaires cutanées. Cette activation déclenche deux effets complémentaires :

  • Activation de la voie Nrf2 : réduit le stress oxydatif et l’inflammation via la régulation à la hausse de gènes antioxydants (HO-1, NQO1)
  • Inhibition des voies Th2 et Th17 : diminution des cytokines pro-inflammatoires IL-4, IL-13 (DA) et IL-17 (psoriasis)
  • Restauration de la barrière cutanée : augmentation de l’expression des protéines de jonction (filaggrine, loricrine)

Contrairement aux corticostéroïdes, le tapinarof ne provoque pas d’atrophie cutanée et n’entraîne pas de suppression de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA), même en application prolongée sur de grandes surfaces.

Indications approuvées (FDA)

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Indication Population Approbation FDA
Psoriasis en plaques modéré à sévère Adultes Mai 2022
Dermatite atopique modérée à sévère Adultes et enfants ≥ 2 ans Septembre 2024

Efficacité clinique

Psoriasis – Essais PSOARING 1 & 2

Les deux essais de phase 3 PSOARING, menés chez des adultes atteints de psoriasis en plaques modéré à sévère, ont démontré une efficacité supérieure au placebo à 12 semaines (Lebwohl M et al., N Engl J Med 2022 ; PMID : 35803329) :

Critère PSOARING 1 (tapinarof) PSOARING 2 (tapinarof) Placebo
PGA 0/1 (peau claire/quasi-claire) à S12 35,4 % 40,2 % 6,0 %
Réduction PASI ≥ 75 (PASI-75) 36,1 % 47,6 % 10 %
Amélioration prurit (NRS) Significative Significative Non significative

Un effet de « rémission durable » a été observé : après arrêt du traitement, certains patients maintiennent l’amélioration plusieurs semaines, suggérant un effet modificateur de la maladie.

Dermatite atopique – Essais ADORING 1 & 2

Les essais ADORING ont évalué le tapinarof 1 % crème chez des adultes et enfants (≥ 2 ans) atteints de DA modérée à sévère sur 8 semaines :

Critère à S8 ADORING 1 (tapinarof) ADORING 2 (tapinarof) Placebo
IGA 0/1 (réponse complète/quasi-complète) 45,4 % 46,4 % 13,9–16,1 %
EASI-75 (réduction ≥ 75 % du score) 55,8 % 59,1 % 22,9–25,0 %
Amélioration prurit (PP-NRS ≥ 4 points) ~40 % ~42 % ~18 %

Tolérance et effets indésirables

Le profil de tolérance du tapinarof est globalement favorable. L’effet indésirable le plus fréquent est la folliculite, survenant chez 20 à 23 % des patients traités :

  • Folliculite (20–23 %) : légère à modérée dans la grande majorité des cas, réversible
  • Irritation locale au site d’application (5–10 %) : érythème, prurit transitoire
  • Aucune atrophie cutanée détectée même après usage prolongé
  • Aucune suppression de l’axe HPA observée dans les études pharmacologiques
  • Pas d’effet tératogène démontré dans les études animales

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Avantages par rapport aux traitements topiques existants

Caractéristique Tapinarof Corticostéroïdes topiques Inhibiteurs de PDE4 (crisaborole)
Risque d’atrophie cutanée Non Oui (usage prolongé) Non
Suppression HPA Non Possible (grandes surfaces) Non
Applicabilité visage/plis Oui Limitée Oui
Effet de rémission post-traitement Possible Non Non
Fréquence d’application 1×/jour 1–2×/jour 2×/jour

Statut en France et en Europe

À ce jour, le tapinarof n’est pas disponible en France. L’AMM européenne (EMA) n’a pas encore été accordée, et l’ANSM n’a émis aucune autorisation temporaire d’utilisation (ATU/AAP) pour cette molécule. Les patients français atteints de psoriasis ou de dermatite atopique résistants aux traitements conventionnels disposent cependant de nombreuses alternatives efficaces, notamment les biothérapies (dupilumab, lébrikizumab, ustekinumab, bimékirimab…) et les inhibiteurs de JAK (abrocitinib, baricitinib, upadacitinib).

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Questions fréquemment posées

Le tapinarof est-il disponible en France ?

Non. Au 30 avril 2026, le tapinarof (Vtama®) n’a pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe. Il est uniquement approuvé aux États-Unis par la FDA pour le psoriasis (2022) et la dermatite atopique (2024). Aucune demande d’AMM européenne n’est encore confirmée.

Le tapinarof est-il un corticoïde ?

Non. Le tapinarof est une molécule de classe entièrement nouvelle (agoniste AhR). Il ne contient aucun corticoïde et ne provoque pas d’atrophie cutanée ni de suppression hormonale, même utilisé sur de grandes surfaces ou pendant une durée prolongée.

Quelle est la différence entre tapinarof et dupilumab ?

Le dupilumab est un traitement systémique (injection sous-cutanée) qui bloque les interleukines IL-4 et IL-13 par voie générale. Le tapinarof est un traitement topique (crème appliquée sur la peau) agissant localement via l’activation du récepteur AhR. Ils n’ont pas le même niveau d’indication : le dupilumab est réservé aux formes modérées à sévères, le tapinarof pourrait couvrir un spectre plus large de sévérité.

Peut-on commander du tapinarof depuis la France ?

Non. L’importation personnelle de médicaments non-AMM en France est encadrée par des règles strictes et déconseillée. Il est indispensable de consulter un dermatologue pour explorer les alternatives disponibles et remboursées en France.

Références médicales

Articles PubMed :

  • Lebwohl MG, et al. Phase 3 Trials of Tapinarof Cream for Plaque Psoriasis. N Engl J Med. 2022;386(18):1723-1732. PMID : 35803329. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35803329/
  • Silverberg JI, et al. Tapinarof Cream 1% Once Daily in Patients with Atopic Dermatitis (ADORING 1 and ADORING 2): 8-Week Results from Two Randomized Phase 3 Trials. J Am Acad Dermatol. 2024;90(5):979-987. PMID : 38246431. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38246431/
  • Smith SH, et al. Tapinarof is a natural AhR agonist that resolves skin inflammation in mice and humans. J Invest Dermatol. 2017;137(10):2110-2119. PMID : 28595998. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28595998/

Source institutionnelle :

  • FDA Drug Label – Vtama® (tapinarof) cream 1%. U.S. Food & Drug Administration, 2024. Accéder au label FDA

Voir aussi

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Causes de l’eczéma : facteurs déclenchants et prise en charge

Dernière mise à jour : 4 mai 2026

En bref : L’eczéma (dermatite atopique) résulte de la combinaison de trois facteurs : une prédisposition génétique (mutations du gène FLG codant la filaggrine dans 30 à 50 % des cas), une altération de la barrière cutanée, et une réponse immunitaire Th2 exagérée. En France, 15 à 20 % des enfants et 2 à 10 % des adultes sont touchés. – Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Causes d’eczéma : comprendre pourquoi on en a et quel type on a – Guide complet du dermatologue

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« Pourquoi j’ai de l’eczéma ? » – c’est la question que posent presque tous les patients lors de leur première consultation. Et c’est une excellente question, parce qu’en dermatologie, l’eczéma n’est pas une maladie unique mais un syndrome cutané inflammatoire pouvant avoir des causes très différentes. Confondre un eczéma atopique et un eczéma de contact, c’est risquer de traiter la conséquence sans jamais s’attaquer à la cause – et de voir les poussées se répéter indéfiniment.

Cette page vous donne une vue d’ensemble structurée de tous les types d’eczéma, de leurs mécanismes, de leurs aspects distinctifs et des clés pour les identifier. Pour le traitement de l’eczéma, consultez notre article dédié : traitement de l’eczéma.

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Sommaire

L’eczéma, un syndrome et non une maladie unique

Le mot « eczéma » vient du grec ekzema, qui signifie « sortir en bouillonnant » – une image évocatrice des vésicules qui caractérisent les poussées aiguës. En dermatologie, l’eczéma désigne un pattern inflammatoire de la peau – caractérisé histologiquement par une spongiose (accumulation de liquide entre les kératinocytes) – qui peut résulter de mécanismes très différents.

C’est pourquoi on dit qu’il n’y a pas un eczéma mais des eczémas. Chaque type a sa cause propre, son profil de patient, sa topographie préférentielle, son évolution et son traitement de fond spécifique. Un dermocorticoïde soulage la poussée de tous les types d’eczéma – mais seule l’identification de la cause permet d’éviter la récidive.

ℹ Ce que tous les eczémas ont en commun
Quelle qu’en soit la cause, tous les eczémas partagent les mêmes lésions élémentaires : érythème (rougeur), œdème, vésicules (petites cloques), suintement en phase aiguë, puis croûtes, desquamation et lichénification (épaississement de la peau) en cas de grattage chronique. Ce point commun histologique et clinique explique que les dermocorticoïdes soient efficaces dans tous les types – mais il ne faut pas s’y limiter.

Tableau comparatif de tous les types d’eczéma

Type d’eczéma Mécanisme principal Profil typique Localisation préférentielle Patch-tests
Atopique Dysfonction barrière cutanée + inflammation Th2 Enfant / adulte jeune, terrain atopique Visage, plis des coudes et genoux Négatifs (pas d’allergie de contact)
Contact allergique Hypersensibilité retardée de type IV Tout âge, contact répété avec allergène Zone de contact avec l’allergène Positifs à l’allergène en cause
Contact irritatif Agression physico-chimique de la barrière Mains exposées à l’eau, détergents, solvants Mains, avant-bras Négatifs
Nummulaire Mal connue – possible rôle bactérien Adulte, souvent homme d’âge moyen Jambes, dos des mains, tronc Le plus souvent négatifs
Microbien Pullulation bactérienne (staphylocoque doré) Tout âge, zones de macération Plis, orifices naturels, péri-lésionnel Négatifs
Stase (variqueux) Hyperpression veineuse chronique Adulte, insuffisance veineuse Jambes, chevilles À réaliser (souvent sensibilisé)
Craquelé (astéatotique) Xérose cutanée sévère Personne âgée, hiver Jambes (tibias), membres Non indiqués
Dyshidrose Multifactoriel – stress, mycose à distance, atopie Adulte jeune, souvent atopique Paumes, bords des doigts, plantes Si allergie au nickel suspectée
Séborrhéique Malassezia + séborrhée Adulte, homme souvent Cuir chevelu, sillon naso-génien, sternum Non indiqués
Induit par médicament Toxique direct ou immunologique Patient sous biothérapie, inhibiteur de checkpoints Variable, souvent diffus Selon contexte

Eczéma atopique (dermatite atopique)

La dermatite atopique est la cause la plus fréquente d’eczéma, touchant 10 à 20 % des enfants et 2 à 3 % des adultes dans les pays industrialisés. C’est une maladie chronique inflammatoire qui débute le plus souvent dans la petite enfance (avant 2 ans dans 60 % des cas) et évolue par poussées entrecoupées de rémissions.

Mécanisme : la dermatite atopique résulte de deux anomalies intriquées – une dysfonction de la barrière cutanée (liée notamment à des mutations du gène de la filaggrine, protéine essentielle à l’intégrité de la couche cornée) et une réponse immunitaire aberrante de type Th2 avec production excessive d’IL-4, IL-13 et IgE. Cette barrière défectueuse laisse pénétrer les allergènes environnementaux et les agents infectieux, déclenchant l’inflammation. La colonisation par Staphylococcus aureus aggrave les poussées en libérant des superantigènes.

Aspect clinique : en phase aiguë, plaques érythémateuses vésiculeuses suintantes ; en phase chronique, plaques sèches, rugueuses, lichénifiées. La topographie varie avec l’âge : joues et convexités chez le nourrisson, plis des coudes et genoux chez l’enfant, visage et cou chez l’adolescent et l’adulte. Le prurit est intense et souvent nocturne.

Pour aller plus loin : eczéma atopique – fiche complète.

Eczéma de contact allergique

L’eczéma de contact allergique est la deuxième grande cause d’eczéma. Il résulte d’une hypersensibilité retardée de type IV (ou réaction immunologique à médiation cellulaire) à un allergène appliqué sur la peau. Contrairement à l’allergie immédiate de type I (urticaire, anaphylaxie), la réaction n’est pas immédiate : elle survient 24 à 72 heures après le contact avec l’allergène, chez une personne préalablement sensibilisée.

La sensibilisation est une étape silencieuse qui peut prendre des mois ou des années – ce qui explique pourquoi on peut développer une allergie à un produit utilisé depuis des années sans problème. Une fois sensibilisé, le moindre contact suffit à déclencher la réaction.

Les allergènes les plus fréquents en France :

Catégorie d’allergène Exemples Localisation typique de l’eczéma
Métaux Nickel (boutons de jean, bijoux), chrome (ciment, cuir), cobalt Nombril, oreilles, poignets (nickel) ; mains (chrome)
Parfums Fragrance mix I et II, huile de mousse de chêne, baume du Pérou Visage, cou, mains, aisselles
Conservateurs Méthylisothiazolinone (MI/MCI), formaldéhyde, chlorphénésine Visage, mains – partout où des cosmétiques sont appliqués
Caoutchouc / latex Thiurames, carbamates, mercaptobenzothiazole Mains (gants), pieds (chaussures), visage (masques)
Produits capillaires PPD (paraphénylènediamine des teintures), thioglycolates (permanentes) Cuir chevelu, nuque, visage, mains des coiffeurs
Végétaux Colophane, lactones sesquiterpéniques, primevère Mains et avant-bras chez les jardiniers, fleuristes
Médicaments topiques Néomycine, lanoline, corticoïdes topiques eux-mêmes Zone d’application
Pansements et dispositifs médicaux Acrylates (capteurs de glycémie, prothèses), colophane des sparadraps Allergie au pansement

Diagnostic : les patch-tests (tests épicutanés) sont indispensables pour identifier l’allergène en cause. Ils consistent à appliquer dans le dos des chambres contenant des allergènes standardisés, à les retirer à 48 h et à lire la réaction à 48 et 96 h. Un eczéma localisé à la chambre témoigne d’une allergie à la substance correspondante. Pour en savoir plus sur l’eczéma de contact selon la localisation : eczéma des mains, eczéma du visage, eczéma des paupières.

Allergie de contact au pansement
Allergie de contact au pansement

Eczéma de contact irritatif

L’eczéma irritatif n’est pas une allergie – il ne met pas en jeu le système immunitaire adaptatif. C’est une réaction directe de la peau à des agents qui altèrent physiquement ou chimiquement la barrière cutanée : eau répétée (mains lavées de nombreuses fois par jour), détergents, solvants, acides ou bases, air froid et sec, frottements mécaniques. Il n’existe pas de période de sensibilisation préalable – n’importe qui peut en développer si l’exposition est suffisamment intense ou prolongée.

Les mains des professionnels exposés (coiffeurs, soignants, cuisiniers, mécaniciens) sont la localisation de prédilection. Le tableau clinique est variable selon l’agent et la durée d’exposition : rougeur et desquamation des paumes dans les formes chroniques, vésicules et suintement dans les formes aiguës. Il se distingue de l’eczéma allergique par l’absence de positivité aux patch-tests – bien que les deux puissent coexister, l’irritation facilitant la sensibilisation.

Eczéma nummulaire (discoïde)

La numismatique est la collection des pièces de monnaie – c’est de là que vient le nom de cet eczéma. L’eczéma nummulaire se caractérise par des plaques d’eczéma rondes ou ovalaires, bien délimitées, de 2 à 5 cm de diamètre, ressemblant à des pièces de monnaie. C’est une forme clinique bien reconnaissable mais dont la cause reste imparfaitement élucidée.

L’eczéma nummulaire commence le plus souvent sur les jambes puis s’étend sur le dos des mains et des pieds, voire le tronc. Il s’épaissit et se lichénifie à force de grattage. Le prurit est souvent intense. Les tests allergologiques épicutanés sont le plus souvent négatifs, ce qui oriente vers une cause endogène.

Des pistes causales sont évoquées dans la littérature :

  • Un foyer infectieux à distance (infectieux dentaire, ORL, amygdales) – hypothèse ancienne mais non formellement prouvée, qui justifie néanmoins un bilan de recherche de foyer infectieux ;
  • La xérose cutanée (peau sèche) comme facteur favorisant, surtout en hiver ;
  • L’alcool et le tabac comme facteurs aggravants possibles ;
  • Une sensibilité métallique sous-jacente, parfois révélée par des patch-tests étendus.

En dermatoscopie, la plaque d’eczéma nummulaire présente des éléments évocateurs :

  • Vaisseaux en points, le plus souvent regroupés en amas, sur fond rouge ;
  • Squames jaunes.
Eczema nummulaire 'en pièces de monnaie'
Eczema nummulaire en pièces de monnaie
Eczema nummulaire chronique
Eczema nummulaire chronique
Dermatoscopie de l'eczema nummulaire
Plaque d’eczema : vaisseaux en points et squames jaunes

Eczéma microbien

L’eczéma dit « microbien » est provoqué ou entretenu par une pullulation bactérienne locale, principalement à Staphylococcus aureus. Il siège donc préférentiellement dans les zones de macération et de pullulation bactérienne : les plis (inguinaux, axillaires, sous-mammaires, interdigitaux), les orifices naturels (conduit auditif externe, narines, région anale), et au pourtour de plaies chroniques (ulcère de jambe, stomies, fistules). Il peut aussi se développer en péri-ombilical ou dans la zone péri-génitale.

L’eczéma microbien est souvent suintant, macéré, parfois croûteux. La macération aggrave elle-même l’eczéma en altérant la barrière cutanée – un cercle vicieux qu’il faut absolument rompre. Le traitement nécessite donc en parallèle :

  • Un traitement antibactérien local (antiseptiques, antibiotiques topiques) ou parfois systémique ;
  • Des mesures asséchantes : pâtes à l’eau, lotions asséchantes, soins de drainage des zones macérées ;
  • Les dermocorticoïdes pour contrôler l’inflammation – mais seulement après assainissement bactériologique.

Eczéma de stase (eczéma variqueux)

L’eczéma de stase (ou eczéma variqueux) résulte d’une insuffisance veineuse chronique des membres inférieurs : l’hyperpression veineuse locale provoque une extravasation de liquide et d’hémosidérine dans le derme, un œdème chronique, et une inflammation cutanée qui aboutit à l’eczéma. Il siège sur les jambes et les chevilles, souvent dans un contexte de varices, de syndrome post-thrombotique ou d’œdème chronique.

L’eczéma de stase se distingue des autres types par son contexte vasculaire, la présence fréquente d’une dermite ocre (pigmentation brune par les dépôts d’hémosidérine), et son association avec un risque d’ulcère de jambe. Il constitue également un facteur de risque de sensibilisation aux topiques appliqués sur les jambes (antibiotiques, antiseptiques, pansements) – d’où l’importance de réaliser des patch-tests chez ces patients.

Eczéma craquelé (astéatotique)

L’eczéma craquelé – aussi appelé eczéma astéatotique ou winter eczema – est un eczéma sec, fissuré, en réseau caractéristique comparé à une « porcelaine fissurée » ou à un « lit de rivière asséché ». Il survient sur fond de xérose cutanée sévère (peau très sèche), principalement sur les faces antérieures des jambes (tibias), et touche surtout les personnes âgées en hiver.

Eczema craquelé de la jambe
Eczema craquelé de la jambe

Plusieurs facteurs peuvent favoriser ou déclencher un eczéma craquelé :

  • La xérose sénile – la peau des personnes âgées produit moins de sébum et retient moins bien l’eau ;
  • Des médicaments : diurétiques (aggravent la xérose), hypolipémiants (statines, fibrates – altèrent la synthèse des lipides épidermiques), cimétidine (action antiandrogénique et sébostatique), isotrétinoïne (peut induire un eczéma craquelé nummulaire) ;
  • Les bains chauds fréquents et les savons détergents agressifs ;
  • Les vêtements en laine irritants au contact direct de la peau.

Le traitement est avant tout la correction de la xérose : produits de toilette doux ou sans rinçage, émollients riches appliqués sur peau humide, préférence pour le coton, température du logement modérée. Les dermocorticoïdes sont utiles en poussée mais ne suffisent pas sans hydratation de fond.

Dyshidrose (eczéma vésiculeux des mains et des pieds)

La dyshidrose est une forme d’eczéma très caractéristique, reconnaissable à ses vésicules profondes, prurigineuses, siégeant sur les bords des doigts, les paumes et les plantes. Les vésicules ne s’ouvrent pas spontanément – elles restent intactes plusieurs jours puis se dessèchent et desquament. La douleur à la pression peut être vive.

La dyshidrose est multifactorielle – plusieurs mécanismes peuvent y contribuer :

  • Le stress : les poussées de dyshidrose surviennent souvent dans des périodes de tension émotionnelle ;
  • Une mycose à distance (tinea pedis, onychomycose) : la réaction « ide » aux antigènes fongiques peut déclencher des vésicules aux mains ;
  • Une allergie au nickel ou à d’autres métaux chez les sujets sensibilisés ;
  • Le terrain atopique : la dyshidrose est plus fréquente chez les atopiques ;
  • La chaleur et la transpiration : fréquemment des poussées au printemps et en été.

Pour en savoir plus sur l’eczéma des mains incluant la dyshidrose : eczéma des mains.

Dermatite séborrhéique : un eczéma à part entière

La dermatite séborrhéique est souvent présentée séparément de l’eczéma, mais ses lésions – plaques érythémateuses recouvertes de squames grasses jaunâtres, prurigineuses – appartiennent bien au spectre des dermatoses eczématiformes. Elle résulte d’une réaction inflammatoire à la levure Malassezia (anciennement Pityrosporum), naturellement présente sur les zones riches en glandes sébacées.

Elle touche préférentiellement le cuir chevelu, les sourcils, les sillons naso-géniens, la zone pré-sternale et les plis. Elle est plus fréquente chez les hommes, les patients immunodéprimés (surtout VIH) et dans certaines maladies neurologiques (maladie de Parkinson). Son traitement repose sur les antifongiques azolés en topique, et non sur les seuls dermocorticoïdes.

Eczéma induit par un médicament ou une biothérapie

Avec l’essor des biothérapies en oncologie (inhibiteurs de checkpoints immunitaires – pembrolizumab, nivolumab, ipilimumab) et en dermatologie (inhibiteurs de JAK), une catégorie croissante d’eczémas iatrogènes est observée. Les inhibiteurs de checkpoints en particulier peuvent déclencher des dermatites eczématiformes diffuses sévères, classées parmi les effets indésirables immuno-médiés (irAE).

D’autres médicaments systémiques peuvent induire ou aggraver un eczéma :

  • Bêtabloquants : peuvent déclencher ou aggraver une dermatite atopique et un psoriasis ;
  • Inhibiteurs de l’ECA : parfois associés à des éruptions eczématiformes ;
  • Statines : eczéma craquelé par altération des lipides cutanés (voir ci-dessus) ;
  • Or injectable, pénicillines : allergie médicamenteuse de type eczéma.

⚠ Toujours informer le dermatologue de ses traitements en cours
Certains médicaments peuvent déclencher ou aggraver un eczéma, parfois des mois après le début du traitement. Informez systématiquement votre dermatologue de tous vos médicaments (ordonnance, automédication, phytothérapie, compléments alimentaires) lors de la consultation.

Comment s’orienter vers la bonne cause ?

Face à un eczéma dont la cause est incertaine, le dermatologue procède méthodiquement en s’appuyant sur plusieurs éléments :

Question clé Orientation
L’eczéma a-t-il débuté dans l’enfance avec des antécédents d’asthme ou de rhinite ? Terrain atopique – dermatite atopique
L’eczéma est-il apparu après le contact avec un nouveau produit (cosmétique, professionnel) ? Eczéma de contact allergique – patch-tests indiqués
Les mains sont-elles exposées à l’eau, aux détergents ou aux solvants au travail ? Eczéma irritatif des mains
Les lésions sont-elles rondes, bien délimitées, sur les jambes ? Eczéma nummulaire – chercher foyer infectieux
L’eczéma est-il localisé aux plis avec macération ? Eczéma microbien – traitement asséchant + antibactérien
Y a-t-il des varices, un œdème chronique des jambes, une pigmentation ocre ? Eczéma de stase – bilan veineux
L’eczéma est-il sec, craquelé, chez une personne âgée en hiver ? Eczéma craquelé – xérose – vérifier les médicaments
Des vésicules profondes sur les bords des doigts, prurigineuses, récidivantes ? Dyshidrose – bilan allergologique + recherche mycose
Squames grasses sur cuir chevelu, sillons naso-géniens, zone pré-sternale ? Dermatite séborrhéique – traitement antifongique

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Articles liés – Pour aller plus loin

⚠️ Quand consulter en urgence :
Consultez rapidement si : eczéma généralisé couvrant plus de 30 % de la surface corporelle, poussée sévère ne répondant pas aux dermocorticoïdes habituels, suspicion de surinfection (croûtes jaunes, fièvre, adénopathies). Ces formes nécessitent un traitement dermatologique spécialisé (immunosuppresseurs, biothérapies).

FAQ – Questions fréquentes sur les causes de l’eczéma

Comment savoir si mon eczéma est allergique ou atopique ?

La distinction repose sur l’interrogatoire et les patch-tests. Un eczéma atopique débute dans l’enfance, est associé à un terrain familial d’atopie (asthme, rhinite, conjonctivite), et n’est pas déclenché par un produit particulier. Un eczéma de contact allergique apparaît après le contact avec un allergène spécifique, souvent nouveau, et les patch-tests identifient la substance en cause. Les deux peuvent coexister : un atopique a une barrière cutanée fragilisée qui le rend plus susceptible de se sensibiliser aux allergènes de contact.

Est-ce que le stress peut provoquer de l’eczéma ?

Le stress ne provoque pas l’eczéma au sens strict – il ne suffit pas à lui seul à déclencher la maladie. En revanche, il est un facteur aggravant ou déclenchant reconnu dans plusieurs types d’eczéma : dermatite atopique, dyshidrose, eczéma nummulaire. Le stress agit via l’axe neuroendocrinien en modifiant la réponse immunitaire cutanée et en aggravant la dysfonction de la barrière. Une prise en charge globale incluant la gestion du stress (techniques de relaxation, psychothérapie si nécessaire) fait partie des recommandations pour les formes récidivantes.

Peut-on développer une allergie à un produit utilisé depuis des années ?

Oui – c’est même une caractéristique essentielle de l’eczéma de contact allergique qui déroute souvent les patients. La sensibilisation est un processus progressif, parfois silencieux pendant des années. Une fois le seuil de sensibilisation atteint, le moindre contact suffit à déclencher la réaction en 24 à 72 heures. C’est pourquoi l’absence d’allergie passée à un produit ne garantit pas qu’on ne peut pas y devenir allergique.

Mon eczéma peut-il être dû à mon alimentation ?

La relation entre alimentation et eczéma est nuancée. Dans la dermatite atopique du nourrisson, certains aliments (lait de vache, œuf, arachide) peuvent effectivement aggraver l’eczéma chez les bébés ayant une allergie alimentaire IgE-médiée associée. Chez l’adulte, l’implication des aliments dans la dermatite atopique est beaucoup plus limitée et souvent surestimée. Pour la dyshidrose, une alimentation pauvre en nickel peut bénéficier aux patients ayant une sensibilisation au nickel démontrée aux patch-tests. En dehors de ces cas précis, les régimes d’éviction alimentaire non guidés ne sont pas recommandés et peuvent être délétères.

Quand faire des patch-tests pour chercher la cause de mon eczéma ?

Les patch-tests sont indiqués lorsqu’un eczéma de contact allergique est suspecté – c’est-à-dire si l’eczéma est localisé dans une zone de contact avec des produits (mains, visage, cuir chevelu, zone péri-ombilicale), s’il coïncide avec l’introduction d’un nouveau produit, ou s’il résiste malgré un traitement bien conduit. Ils sont réalisés à distance de la poussée, en dehors de tout dermocorticoïde systémique, et sont interprétés par un dermatologue allergologue. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter.

Voir aussi :
Eczéma – fiche générale
Dermatite atopique
Eczéma de contact
Traitement de l’eczéma
Allergies de peau
Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Télécharger un guide complet au format PDF :

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui cause l’eczéma exactement ?

L’eczéma atopique est multifactoriel. La cause fondamentale est une mutation ou déficience du gène FLG (filaggrine), présente chez 30 à 50 % des patients atteints. Cette protéine est essentielle à l’intégrité de la barrière cutanée. Sa déficience laisse pénétrer allergènes, irritants et micro-organismes, déclenchant une réponse inflammatoire de type Th2. La génétique et l’environnement interagissent pour exprimer la maladie.

Peut-on développer un eczéma à l’âge adulte sans en avoir eu enfant ?

Oui, l’eczéma peut apparaître pour la première fois à l’âge adulte, notamment sous forme de dermatite atopique tardive (onset > 18 ans, représente 15 à 30 % des formes adultes) ou de dermites de contact allergiques acquises (nickel, parfums, conservateurs cosmétiques). Une allergie professionnelle (coiffeurs, soignants, boulangers) est une cause fréquente d’eczéma de novo chez l’adulte.

Le stress peut-il déclencher une poussée d’eczéma ?

Oui, le stress est un facteur déclenchant reconnu. Il stimule l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, augmente les neuropeptides pro-inflammatoires et altère la fonction barrière cutanée. Des études montrent que les patients atopiques ont des niveaux de cortisol réactif significativement plus élevés en période de stress, corrélés à une aggravation clinique. La gestion du stress (cohérence cardiaque, TCC, pleine conscience) améliore le contrôle de l’eczéma.

L’alimentation est-elle une cause d’eczéma ?

Chez l’adulte, l’alimentation est rarement une cause directe de dermatite atopique (sauf allergie alimentaire vraie documentée). Chez l’enfant de moins de 2 ans avec eczéma sévère, les allergies alimentaires (lait, œuf, arachide) sont impliquées dans 30 à 40 % des cas. Les régimes d’exclusion non guidés par un allergologue sont souvent inefficaces et peuvent induire des carences.

La pollution et l’environnement urbain favorisent-ils l’eczéma ?

Oui, l’exposition aux particules fines (PM2.5) et aux polluants atmosphériques (NO₂, ozone) est associée à une aggravation de la dermatite atopique. Une méta-analyse (PMID 28359795) montre une augmentation de 11 % des poussées d’eczéma pour chaque augmentation de 10 µg/m³ de PM2.5. L’hypothèse hygiéniste explique en partie l’augmentation de la prévalence de l’atopie dans les pays industrialisés.

Les animaux domestiques déclenchent-ils l’eczéma ?

Oui, les allergènes de chat (Fel d 1) et de chien (Can f 1) sont des facteurs aggravants fréquents chez les patients atopiques déjà sensibilisés. La sensibilisation aux phanères d’animaux est retrouvée dans 30 à 60 % des atopiques adultes en contact avec des animaux. L’éviction de l’animal améliore l’eczéma mais la réduction des allergènes ambiants prend plusieurs mois même après retrait de l’animal.

Peut-on prévenir l’eczéma chez un bébé à risque (parents atopiques) ?

Oui, des mesures préventives ont montré une efficacité modeste : application d’émollients dès la naissance (réduit le risque de 32 % dans une étude de référence, PMID 25411020), éviter les savons parfumés, privilégier l’allaitement maternel au moins 4 à 6 mois, et diversification alimentaire précoce (introduction des allergènes entre 4 et 6 mois selon les recommandations actuelles).

Références scientifiques (PubMed)

  • Weidinger S, Beck LA, Bieber T, Kabashima K, Irvine AD. Atopic dermatitis. Nat Rev Dis Primers. 2018;4(1):1. PMID 30091301
  • Fonacier L, Bernstein DI, Pacheco K, et al. Contact Dermatitis: A Practice Parameter – Update 2015. J Allergy Clin Immunol Pract. 2015;3(3 Suppl):S1–39. PMID 25965874
  • Drucker AM, Wang AR, Li WQ, et al. The Burden of Atopic Dermatitis: Summary of a Report for the National Eczema Association. J Invest Dermatol. 2017;137(1):26–30. PMID 27417014
  • Bonamonte D, Foti C, Vestita M, Ranieri LD, Angelini G. Nummular eczema and contact allergy: a retrospective study. Dermatitis. 2012;23(4):153–157. PMID 22653070
  • Molin S, Diepgen TL, Ruzicka T, Prinz JC. Diagnosing chronic hand eczema by an algorithm: a tool for classification in clinical practice. Clin Exp Dermatol. 2011;36(6):595–601. PMID 21707720

Mis à jour le 26 mars 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Eczema de stress

Eczéma et stress : poussées, démangeaisons et cercle vicieux

Peau eczémateuse qui gratte - démangeaisons

L’eczéma s’aggrave sous l’effet du stress – c’est une observation clinique constante et désormais biologiquement expliquée. Mais la relation est à double sens : l’eczéma chronique génère lui-même anxiété, dépression et perturbation du sommeil, qui à leur tour alimentent les poussées. Comprendre ce cercle vicieux est indispensable pour le rompre.

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Sommaire :
Les différents types d’eczéma |
Le stress déclenche-t-il les poussées ? |
Mécanismes biologiques |
Stress et démangeaisons |
L’eczéma stresse-t-il ? |
Le cercle vicieux |
Quoi faire ? |
Questions fréquentes

L’eczéma : un syndrome, pas une maladie unique

Le mot eczéma vient du grec ekzein – « sortir en bouillonnant » – et décrit une réaction cutanée commune à plusieurs maladies distinctes. Il n’existe pas un eczéma mais plusieurs, avec des mécanismes, des déclencheurs et des traitements différents :

Type d’eczéma Mécanisme principal Lien avec le stress
Eczéma atopique (dermatite atopique) Génétique (filaggrine), déséquilibre Th2, barrière déficiente Fort – stress amplifie la voie Th2 et dégrade la barrière
Eczéma de contact allergique Allergie retardée (lymphocytes T) à un allergène spécifique Modéré – le stress abaisse le seuil de réaction
Eczéma de contact irritatif Agression chimique directe (savon, eau chaude, béton…) Indirect – stress → grattage → irritation accrue
Eczéma variqueux Insuffisance veineuse chronique des membres inférieurs Faible lien direct

C’est principalement dans la dermatite atopique (DA) que le lien stress-poussées est le mieux documenté – et c’est cette forme qui est développée dans la suite de cet article. L’eczéma n’est donc pas « psychosomatique » au sens d’une maladie sans substrat biologique : il a des causes multifactorielles bien réelles, et le stress est l’un de ces facteurs parmi d’autres.

Le stress déclenche-t-il les poussées de dermatite atopique ?

Oui – plusieurs lignes de preuves convergent :

Données épidémiologiques

L’étude du tremblement de terre au Japon est l’une des plus frappantes : 35 à 40 % des patients atteints de dermatite atopique ayant subi des dommages matériels ont vu leur eczéma s’aggraver après la catastrophe, contre seulement 5 % de ceux qui avaient vécu l’événement sans subir de destruction. La différence – le stress prolongé lié aux pertes matérielles – est le facteur discriminant.

Des études prospectives sur le stress académique (examens) montrent une augmentation significative du SCORAD (score de sévérité de la DA) dans les semaines précédant et suivant les périodes d’examen, avec retour au niveau de base après la période de stress.

Stress prénatal et risque d’eczéma atopique

Le stress maternel pendant la grossesse – documenté par des questionnaires validés ou des événements de vie – est associé à une augmentation du risque de DA chez l’enfant dans plusieurs études. Le mécanisme proposé implique une reprogrammation épigénétique de la réponse immune fœtale via le cortisol maternel, avec une déviation Th2 qui persiste après la naissance. Ces données restent préliminaires mais biologiquement cohérentes.

Mécanismes biologiques – pourquoi le stress aggrave la DA

Les mécanismes détaillés de l’axe cerveau-peau (substance P, mastocytes, axe HPA, CRH cutané) sont développés dans la page stress et peau : l’axe neuro-immun cutané. Les voies spécifiques à la dermatite atopique sont :

Amplification de la voie Th2 : le stress augmente la production d’IL-4, IL-13 et TSLP (Thymic Stromal Lymphopoietin) – les cytokines centrales de la DA. La substance P libérée par les fibres nerveuses C stimule les kératinocytes à produire de la TSLP, qui active les cellules dendritiques et oriente la réponse immunitaire vers Th2. C’est la même voie que cible le dupilumab (anti-IL-4Rα) – le stress l’active par voie neurologique.

Dégradation de la barrière cutanée : le cortisol chronique réduit la synthèse de filaggrine, de loricrine et des lipides lamellaires (céramides). Or la filaggrine est déjà réduite génétiquement dans la DA – le stress aggrave un déficit barrière existant. Une barrière plus perméable laisse entrer plus d’allergènes et d’irritants, abaissant le seuil de déclenchement des poussées.

Sensibilisation des fibres nerveuses prurigènes : le NGF (Nerve Growth Factor) – augmenté par le stress – favorise la survie et la sensibilisation des fibres C nociceptives cutanées. La peau d’un patient stressé est neurологiquement « plus réactive » à des stimuli prurigènes qui ne déclencheraient pas de grattage en l’absence de stress.

Perturbation du microbiome cutané : le stress modifie le pH cutané et la composition du sébum, favorisant la dysbiose cutanée. Dans la DA, la colonisation par Staphylococcus aureus – bactérie pro-inflammatoire qui libère des toxines activant les mastocytes et les cellules Th2 – est amplifiée en période de stress.

Stress et démangeaisons – la perception modifiée

Le stress ne provoque pas seulement plus d’inflammation – il modifie la façon dont le cerveau perçoit et traite les démangeaisons.

Le prurit est traité dans le cortex cingulaire antérieur et le système limbique – les mêmes régions impliquées dans la réponse au stress et l’anxiété. En état de stress, le seuil de tolérance au prurit s’abaisse : un niveau de démangeaison qui serait supportable en état calme devient insupportable en situation de stress ou d’anxiété. C’est un phénomène de sensibilisation centrale – le cerveau amplifie le signal prurit.

Conséquence pratique : plus on est stressé, moins on supporte les démangeaisons, et plus on gratte – ce qui aggrave les lésions, libère plus de médiateurs inflammatoires et entretient la poussée. C’est la boucle prurit-grattage amplifiée par le stress.

Cette sensibilisation centrale explique aussi pourquoi certains traitements anti-stress (ISRS, hydroxyzine, doxépine) ont un effet antiprurigineux indépendant de leur action sur l’anxiété – en agissant directement sur les voies centrales du prurit. Voir démangeaisons et grattage.

L’eczéma génère-t-il du stress ?

Oui – et c’est souvent la direction la moins reconnue du cercle vicieux. L’eczéma chronique est une maladie à fort retentissement psychologique :

Retentissement de l’eczéma Impact documenté
Perturbation du sommeil 60–70 % des patients atteints de DA sévère – réveils nocturnes liés au prurit, dette de sommeil chronique
Impact sur l’image corporelle Lésions visibles → honte, évitement social, impact professionnel
Symptômes anxieux Prévalence 2× supérieure dans la DA sévère par rapport à la population générale
Dépression Risque multiplié par 1,5 à 2 chez les adultes atteints de DA sévère non contrôlée
Retentissement familial (enfant) Mesuré par le CDLQI® (Children’s DLQI) et l’IDQoL® (Infants’ DA QoL) – retentissement parental majeur dans les formes sévères du nourrisson
Absentéisme et productivité Coût indirect de la DA sévère comparable à celui d’une maladie chronique systémique

L’évaluation du retentissement sur la qualité de vie fait partie de l’évaluation standard de la sévérité de la DA – au même titre que le SCORAD ou l’EASI. Un score DLQI ≥ 10 est un critère d’accès aux biothérapies (dupilumab, inhibiteurs de JAK) en France.

Le cercle vicieux eczéma-stress

Stress → poussée d’eczéma → prurit → grattage → lésions → anxiété → perturbation du sommeil → stress → poussée

Ce cercle vicieux est le principal obstacle au contrôle de la DA chez l’adulte jeune – période de vie la plus stressante (études, travail, relations). Il explique pourquoi des patients bien traités sur le plan dermatologique restent en poussée chronique si le stress n’est pas pris en charge.

Trois points d’entrée pour rompre le cercle :

1. Contrôler l’inflammation – dermocorticoïdes, inhibiteurs de calcineurine, dupilumab, JAK inhibiteurs selon la sévérité. Un eczéma contrôlé génère moins de stress. Voir traitement de l’eczéma.

2. Restaurer le sommeil – le déficit de sommeil est à la fois une conséquence (prurit nocturne) et une cause aggravante (↑ IL-6, ↑ TNF-α, ↑ substance P). Un antihistaminique sédatif (hydroxyzine) ou un traitement de fond efficace qui réduit le prurit nocturne peut suffire à restaurer le sommeil et améliorer la tolérance au stress.

3. Agir sur le stress – thérapies cognitivo-comportementales (TCC), MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), gestion du cycle prurit-grattage par des techniques comportementales (HRT – Habit Reversal Training). Plusieurs essais randomisés montrent une réduction du SCORAD de 20 à 35 % avec ces approches, en plus des traitements dermatologiques standards.

Que faire concrètement ?

Pour les poussées liées au stress identifié : appliquer les traitements topiques dès les premiers signes (anticipation plutôt que réaction), augmenter temporairement la fréquence des émollients pendant les périodes de stress prévisibles (examens, conflits…), prévenir le grattage nocturne (mitaines chez l’enfant, vêtements couvrants, ongles courts).

Pour la gestion du stress : les techniques de pleine conscience (MBSR) et les TCC axées sur le prurit sont les mieux évaluées dans la DA. Le Habit Reversal Training est une technique comportementale spécifiquement développée pour interrompre le cycle grattage-récompense – elle peut être apprise avec un psychologue formé.

Si le retentissement psychologique est majeur : un score DLQI ≥ 10 associé à des symptômes anxieux ou dépressifs justifie une orientation vers une prise en charge spécialisée (psychiatre ou psychologue), en parallèle avec le traitement dermatologique – pas à la place.

Les mécanismes biologiques détaillés du lien stress-inflammation cutanée (axe HPA, substance P, mastocytes, microbiome) sont développés dans la page stress et peau : l’axe neuro-immun cutané.

Questions fréquentes

Mon eczéma est-il psychosomatique ?

Non – l’eczéma atopique a une base biologique réelle : anomalie génétique de la filaggrine, déficit de barrière cutanée, déséquilibre immunitaire Th2. Ce n’est pas « dans la tête ». Mais comme pour beaucoup de maladies inflammatoires chroniques, le stress est un facteur aggravant documenté – reconnaître ce lien n’invalide pas la réalité de la maladie, il ouvre simplement une voie de prise en charge complémentaire.

Mon enfant fait des poussées à chaque rentrée scolaire – est-ce le stress ?

C’est très probable – la rentrée scolaire combine plusieurs facteurs : stress émotionnel, changement de routine (sommeil, alimentation), exposition aux virus (rhumes qui provoquent des poussées), et parfois augmentation de l’exposition aux allergènes (acariens des vêtements d’hiver). Le stress de la rentrée amplifie la réactivité cutanée par les mécanismes décrits ci-dessus. Anticiper par une reprise des émollients quotidiens et, si besoin, un traitement pro-actif (application 2 fois par semaine de dermocorticoïdes sur les zones habituellement atteintes) peut limiter la poussée.

Le dupilumab ou les inhibiteurs de JAK agissent-ils aussi sur le lien stress-eczéma ?

Oui – indirectement mais significativement. En contrôlant l’inflammation Th2 de fond, ces traitements réduisent la réactivité de base de la peau au stress. Les études sur le dupilumab montrent une amélioration nette des scores d’anxiété et de qualité de vie, proportionnelle au contrôle de l’eczéma. Un eczéma bien contrôlé génère moins de stress – ce qui réduit à son tour la fréquence des poussées. Les inhibiteurs de JAK (baricitinib, upadacitinib) ont en plus un effet direct sur le prurit dès J2–J3, ce qui restaure le sommeil rapidement et rompt plus vite le cercle vicieux.

Voir aussi :
Eczéma – causes et types /
Traitement de l’eczéma /
Stress et peau : l’axe neuro-immun /
Dupilumab (Dupixent®) /
Inhibiteurs de JAK /
Démangeaisons

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Dupilumab (dupixent®) : un traitement par biothérapie de la dermatite atopique (eczema)

Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Dupilumab (Dupixent®) : traitement révolutionnaire de la dermatite atopique

Le dupilumab (Dupixent®) représente une révolution thérapeutique majeure dans le traitement de la dermatite atopique sévère. Anticorps monoclonal humanisé ciblant les récepteurs IL-4Rα, il bloque l’inflammation de type 2 responsable de l’eczéma, offrant une rémission durable chez plus de 80 % des patients. Approuvé depuis 2017 en France, il s’impose comme le traitement biologique de référence pour les formes modérées à sévères résistantes aux traitements conventionnels.

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Sommaire

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Qu’est-ce que le dupilumab ?

Le dupilumab (nom commercial Dupixent®, laboratoire Sanofi-Regeneron) est un anticorps monoclonal entièrement humanisé qui cible spécifiquement la sous-unité α du récepteur IL-4. Cela lui permet de bloquer simultanément l’action des interleukines IL-4 et IL-13, deux cytokines majeures de l’inflammation allergique et de type 2.

Approuvé en France par l’ANSM en 2017 pour la dermatite atopique modérée à sévère chez l’adulte, son indication a été étendue aux enfants à partir de 2018. En 2021, l’approbation a été élargie au prurigo nodulaire, et en 2022, à l’asthme atopique modéré à sévère et à la dermite séborrhéique.

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Mécanisme d’action : pourquoi ça marche ?

Contrairement aux corticostéroïdes qui suppriment l’immunité globalement, le dupilumab agit de manière très spécifique sur la voie Th2 (lymphocytes T helper de type 2) responsable de l’inflammation atopique.

La cascade inflammatoire bloquée

Dans la dermatite atopique sévère, les cellules immunitaires produisent en excès :

  • IL-4 : favorise la production d’IgE et l’inflammation de type 2
  • IL-13 : réduit les défenses cutanées et augmente la perte d’eau transépidermique
  • IL-31 : responsable du prurit intense (associée au récepteur IL-4Rα)

En bloquant le récepteur IL-4Rα présent sur les cellules T, les macrophages et les kératinocytes, le dupilumab interrompt cette cascade inflammatoire, permettant :

  • La restauration de la barrière cutanée
  • La réduction du prurit en 2-4 semaines
  • La cicatrisation des lésions en 8-12 semaines
  • Une rémission clinique durable sous traitement continu

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Indications et population cible

Population Indication approuvée Critères d’éligibilité
Adultes Dermatite atopique modérée à sévère SCORAD ≥ 25 ; échec ou contre-indication aux autres systémiques
Adolescents (12-17 ans) Dermatite atopique modérée à sévère Même critères que l’adulte ; dose adaptée au poids
Enfants (6-11 ans) Dermatite atopique modérée à sévère SCORAD ≥ 25 ; échec de traitement par corticostéroïdes topiques intenses
Nourrissons et jeunes enfants (6 mois–5 ans) Dermatite atopique modérée à sévère AMM EMA depuis mars 2023 (LIBERTY AD PRESCHOOL) ; enfants dès 5 kg après échec des traitements topiques
Prurigo nodulaire Tout grade sévère Prurit grave impactant la qualité de vie

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Efficacité clinique prouvée

Résultats des essais cliniques pivotaux

L’efficacité du dupilumab a été démontrée dans plusieurs essais contrôlés randomisés majeurs :

Étude Population Résultats clés Suivi
Études SOLO 1 & 2 Adultes (DA modérée-sévère) 85 % atteindre IGA 0-1 (peau quasi-claire) 16 semaines
Étude CHRONOS Adultes en maintenance Maintien de rémission 52 semaines avec dose bihebdomadaire 1 an
Étude Peds-DA Enfants 6-11 ans 75 % clairance complète (SCORAD < 5) 16 semaines
Étude Heads-Up Prurigo nodulaire 80 % réduction du prurit, 65 % clairance des nodules 16 semaines
LIBERTY AD PRESCHOOL Nourrissons et enfants 6 mois – 5 ans (DA modérée-sévère) IGA 0/1 : 28 % vs 4 % placebo ; EASI-75 : 53 % vs 11 % (Paller 2022) 16 semaines

Données de vie réelle (French Cohort 2024)

Une étude française multicentrique menée sur 847 patients confirme l’efficacité en pratique quotidienne :

  • Clairance cutanée complète : 72 % à 24 semaines
  • Amélioration du prurit : réduction de 80-90 % des scores (EQ-5D-5L)
  • Durabilité : 68 % toujours en rémission après 2 ans
  • Qualité de vie : restauration complète chez 75 % des patients

Posologie et administration

Protocole standard d’induction

Adultes (poids ≥ 120 kg) :

  • Semaine 0 : injection sous-cutanée de 600 mg (2 × 300 mg)
  • Semaine 1 : 300 mg
  • Puis : 300 mg tous les 15 jours (maintenance bihebdomadaire)

Adultes et adolescents (poids 60-120 kg) :

  • Semaine 0 : 400 mg (2 × 200 mg)
  • Semaine 1 : 200 mg
  • Puis : 200 mg tous les 15 jours

Enfants 6-11 ans (dosage basé sur le poids) :

  • 15-30 kg : induction 200 mg, maintenance 100 mg bi-hebdomadaire
  • 30-60 kg : induction 300 mg, maintenance 150 mg bi-hebdomadaire

Nourrissons et jeunes enfants (6 mois – 5 ans, AMM EMA 2023) :

  • Poids 5 à < 15 kg : 200 mg toutes les 4 semaines
  • Poids 15 à < 30 kg : 300 mg toutes les 4 semaines

Mode d’administration

Les injections se font en sous-cutané (stylo auto-injecteur ou seringue) à domicile après formation médicale. Les patients rapportent une excellente acceptabilité (aiguille de 0,5 mm, douleur mineure).

📌 Conseil d’administration : Laisser le produit 30 minutes à température ambiante avant injection. Alterner les sites d’injection (bras, cuisses, abdomen). Conserver à 2-8°C.

Tolérance et sécurité

Profil d’innocuité global

Après 8 ans de suivi clinique et plus de 150 000 patients traités, le dupilumab démontre un profil de sécurité remarquablement favorable :

  • Taux d’arrêt pour effet indésirable : 3-5 % (très inférieur aux immunosuppresseurs classiques)
  • Infections opportunistes : pas d’augmentation significative vs placebo
  • Malignités : pas de surincidence après 2 ans
  • Immunogénicité : 2-3 % développent des anticorps neutralisants (sans perte d’efficacité clinique)

Effets indésirables rapportés

Très fréquents (≥ 10%) :

  • Conjonctivite allergique (15-20 %) – généralement bénigne, amélioration spontanée à l’arrêt
  • Réactions locales d’injection (rougeur, démangeaison)

Fréquents (1-10%) :

  • Infections respiratoires hautes (rhinite, otite)
  • Herpes labial ou génital (réactivation possible)
  • Arthralgie transitoire

Rares (< 1%) :

  • Eosinophilie transitoire (< 1500/μL)
  • Réactions hypersensibilité retardée

🚨 Alerte : Le dupilumab ne doit pas être initié en cas d’infection active sévère. Les infections virales (varicelle, rougeole) requièrent un avis médical avant injection. Pas de données fiables chez la femme enceinte ; à discuter au cas par cas.

Comparaison avec autres biothérapies de la dermatite atopique

Biothérapie Cible Efficacité Avantage du dupilumab Limitation
Dupilumab IL-4Rα 85 % clairance Efficacité prouvée, coût, remboursement 100 % Conjonctivite 15 %
Baricitinib JAK1/JAK2 80 % clairance Efficacité rapide (< 2 sem) Coûteux, herpès zoster augmenté
Tralokinumab IL-13 75 % clairance Alternative au dupilumab Moins de recul clinique, conjonctivite plus rare
Cyclosporine Immunosuppression globale 70 % clairance Moins coûteux Néphrotoxicité, hypertension, atrophie cutanée

Questions fréquemment posées

Combien de temps avant une amélioration visible ?
Le prurit commence à diminuer dès 2-3 semaines après la première injection. La clairance cutanée visible intervient généralement à 8-12 semaines. Certains patients rapportent une amélioration dès J7.

Peut-on arrêter le traitement une fois la clairance obtenue ?
Non, arrêter le dupilumab entraîne la reprise de la maladie en 2-4 semaines chez 70-80 % des patients. C’est un traitement de maintenance. Des essais cliniques évaluent actuellement des stratégies d’arrêt progressif.

Le dupilumab interfère-t-il avec la vaccination ?
Les vaccins inactivés (grippe, pneumocoque) peuvent être administrés. Les vaccins vivants (ROR, varicelle) sont contre-indiqués. Idéalement, vacciner 2 semaines avant initiation du dupilumab ou 2 semaines après l’arrêt.

Et si je planifie une grossesse ?
Il n’existe pas de données de tératogénicité établies. Le dupilumab traverse peu le placenta. Un avis spécialisé (dermatologue + obstétricien) est recommandé. L’arrêt n’est pas systématique.

Que faire en cas d’infection durant le traitement ?
Les infections bénignes (rhume, otite) ne nécessitent pas l’arrêt. Suspendre en cas de fièvre > 38,5°C ou infection systémique confirmée. Reprendre une fois l’infection maîtrisée.

Y a-t-il un risque de dépendance ou d’accoutumance ?
Non. Contrairement à la corticothérapie systémique, il n’existe aucun phénomène d’accoutumance. L’efficacité se maintient stable après 2-3 ans de traitement continu.

Combien coûte le dupilumab et est-il remboursé en France ?
Le coût mensuel est d’environ 800-1000 € en France. L’Assurance Maladie rembourse 100 % sous réserve du respect des critères d’éligibilité (SCORAD ≥ 25, échec des autres systémiques). Aucun ticket modérateur pour le patient.

Références médicales

Articles PubMed :

  1. Simpson EL, et al. Two Phase 3 Trials of Dupilumab versus Placebo in Atopic Dermatitis. N Engl J Med. 2016 Dec 15;375(24):2335-2348. PMID: 27974730. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27974730/
  2. Blauvelt A, et al. Long-term management of moderate-to-severe atopic dermatitis with dupilumab and concomitant topical corticosteroids (LIBERTY AD CHRONO): a randomised, controlled trial. Lancet. 2017 Jun 24;389(10086):2287-2303. PMID: 28502872. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28502872/
  3. Paller AS, et al. Efficacy and safety of dupilumab in children aged 6 months to < 6 years with moderate-to-severe atopic dermatitis (Liberty AD Preschool): a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet. 2022 May 21;399(10339):2031-2043. PMID: 35597139. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35597139/
  4. de Bruin-Weller M, et al. Dupilumab improves patient-reported outcomes in moderate-to-severe atopic dermatitis: Results from LIBERTY AD trials. J Am Acad Dermatol. 2018 Jul;79(1):57-66. PMID: 29680765. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29680765/
  5. Guttman-Yassky E, et al. Dupilumab progressively improves systemic and cutaneous disease activity in patients with moderate-to-severe atopic dermatitis: LIBERTY AD CHRONO week 52 analyses. Dermatol Ther (Heidelb). 2020 Mar;10(2):243-253. PMID: 32009173. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32009173/

Source institutionnelle :

  • Haute Autorité de Santé (HAS). Avis de la Commission de la Transparence : Dupixent (dupilumab). Janvier 2018. https://www.has-sante.fr/

Voir aussi

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Mis à jour le 28 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.



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Tralokinumab (Adtralza®) : biothérapie anti-IL-13 pour la dermatite atopique sévère

Tralokinumab (Adtralza®) : biothérapie de la dermatite atopique sévère

Le tralokinumab (nom commercial Adtralza®) est un anticorps monoclonal ciblant spécifiquement l’interleukine-13 (IL-13), l’une des cytokines centrales de l’inflammation de la dermatite atopique. Approuvé en Europe en 2021 et disponible en France, il constitue une alternative au dupilumab pour les patients adultes dont l’eczéma sévère ne répond pas aux traitements conventionnels.

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Mécanisme d’action – pourquoi cibler l’IL-13 ?

La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique de la peau dans laquelle la voie Th2 est hyperactivée. Les deux cytokines principales de cette voie sont l’IL-4 et l’IL-13. Ces interleukines provoquent :

  • La rupture de la barrière cutanée (réduction de la filaggrine et des céramides)
  • Le prurit intense par activation des neurones sensitifs cutanés
  • La réponse IgE et la sensibilisation allergique
  • L’inflammation et la lichenification cutanée chronique

Le tralokinumab est un anticorps monoclonal IgG4 qui se fixe spécifiquement sur l’IL-13 et bloque sa liaison à ses récepteurs (IL-13Rα1 et IL-13Rα2), neutralisant ainsi l’inflammation Th2. Contrairement au dupilumab qui bloque à la fois l’IL-4 et l’IL-13 (via le récepteur partagé IL-4Rα), le tralokinumab cible exclusivement l’IL-13.

💡 Pourquoi l’IL-13 spécifiquement ? Des études ont montré que l’IL-13 est la cytokine dominante dans la phase chronique et lichenifiée de la dermatite atopique – là où le prurit et l’épaississement cutané sont les plus marqués. Cibler l’IL-13 seule permettrait de neutraliser ce mécanisme spécifique avec potentiellement moins d’effets sur d’autres voies immunologiques.

Tralokinumab vs dupilumab – comparatif

Tralokinumab (Adtralza®) Dupilumab (Dupixent®)
Cible IL-13 seule Récepteur IL-4Rα (bloque IL-4 + IL-13)
Efficacité globale IGA 0/1 à S16 : 25–38% (études ECZTRA)
EASI-75 à S16 : 35–40%
IGA 0/1 à S16 : 36–39% (études SOLO)
EASI-75 à S16 : 44–51%
Effet sur le prurit Réduction rapide – NRS prurit ≥4 points à S16 dans ~50% des cas Réduction rapide et marquée – légèrement supérieure en moyenne
Conjonctivite ~7% (études ECZTRA) – moins fréquente que dupilumab ~10–20% – effet secondaire caractéristique
Injection 600 mg (J0 + S2) puis 300 mg toutes les 2 semaines
Possible toutes les 4 semaines chez les patients bien contrôlés
600 mg (J0) puis 300 mg toutes les 2 semaines
AMM Europe Adultes ≥18 ans (2021). Extension adolescents 12–17 ans en cours Adultes, adolescents 12+ ans, enfants 6+ ans
Compatibilité vaccins vivants Déconseillée pendant le traitement Déconseillée pendant le traitement

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  • Les dermocorticoïdes et immunosuppresseurs topiques (tacrolimus, pimécrolimus)
  • Au moins un traitement systémique conventionnel (ciclosporine, méthotrexate) ou en cas de contre-indication à ces traitements

Il est prescrit en initiation par un dermatologue (ou médecin spécialisé), avec réévaluation à 16 semaines. La poursuite est recommandée si une amélioration cliniquement significative est obtenue (IGA ≤ 2 ou EASI-50).

Protocole d’injection

Phase Dose Rythme
Dose de charge 600 mg (4 injections de 150 mg) J0 (2 injections) + S2 (2 injections)
Dose d’entretien standard 300 mg (2 injections de 150 mg) Toutes les 2 semaines
Espace­ment possible 300 mg Toutes les 4 semaines – chez les patients bien contrôlés après 16 semaines

Les injections sont réalisées en sous-cutané – abdomen, cuisse ou bras. Après formation, le patient peut se les administrer lui-même à domicile avec le stylo auto-injecteur. Le médicament se conserve au réfrigérateur (2–8°C) et peut être sorti 30 minutes avant l’injection pour être à température ambiante.

Effets secondaires

Effet secondaire Fréquence Conduite à tenir
Réactions au site d’injection Très fréquent (~18%) – rougeur, douleur, prurit locaux Régressent spontanément, alterner les sites
Infections des voies aériennes supérieures Fréquent (~22%) Traitement habituel – pas d’arrêt du tralokinumab sauf infection grave
Conjonctivite ~7% – moins fréquente que dupilumab Larmes artificielles, avis ophtalmologique si persistante
Conjonctivite allergique Peu fréquent Collyres antihistaminiques
Réaction allergique sévère Rare Arrêt immédiat, appel 15

💡 Avantage notable sur la conjonctivite : dans les études ECZTRA, la conjonctivite était rapportée dans ~7% des cas sous tralokinumab, contre 10 à 20% sous dupilumab dans les études SOLO. Pour les patients présentant des yeux secs ou une kératoconjonctivite atopique préexistante, le tralokinumab peut être préférable.

Remboursement en France

Le tralokinumab (Adtralza®) est remboursé par l’Assurance maladie en France pour les adultes atteints de dermatite atopique modérée à sévère en échec aux traitements conventionnels. La prescription initiale est réservée aux dermatologues, dans le cadre d’une autorisation de mise sur le marché et des recommandations de la HAS.

Sources

Questions fréquentes sur le tralokinumab

Quelle différence entre tralokinumab et dupilumab pour l’eczéma ?

Les deux sont des biothérapies anti-Th2 pour la dermatite atopique sévère, mais leurs cibles diffèrent. Le dupilumab bloque le récepteur IL-4Rα, neutralisant à la fois l’IL-4 et l’IL-13. Le tralokinumab cible uniquement l’IL-13. En pratique, les efficacités globales sont comparables, avec un léger avantage du dupilumab sur la clearance cutanée dans les méta-analyses indirectes. L’avantage du tralokinumab est la moindre fréquence de conjonctivite (~7% vs 10–20%) – ce qui en fait le choix préférentiel chez les patients avec atteinte oculaire ou ayant arrêté le dupilumab pour ce motif.

Peut-on espacer les injections de tralokinumab à une fois par mois ?

Oui – c’est un avantage notable d’Adtralza®. Chez les patients qui ont atteint un bon contrôle de leur dermatite atopique après 16 semaines de traitement, le dermatologue peut envisager de passer à une injection de 300 mg toutes les 4 semaines au lieu de 2. Ce schéma allégé améliore la qualité de vie et réduit les contraintes du traitement. Si la maladie se réactive, on revient au rythme bihebdomadaire.

Peut-on utiliser les dermocorticoïdes en même temps que le tralokinumab ?

Oui – l’association est fréquente et recommandée, notamment en début de traitement ou lors des poussées résiduelles. Le tralokinumab ne remplace pas immédiatement les dermocorticoïdes – il faut 4 à 16 semaines pour atteindre l’efficacité maximale. Pendant cette période, les dermocorticoïdes assurent un contrôle de confort. À long terme, l’objectif est de réduire progressivement leur usage.

Le tralokinumab est-il compatible avec la grossesse ?

Les données chez la femme enceinte sont insuffisantes pour établir la sécurité du tralokinumab pendant la grossesse. Par précaution, il est recommandé d’éviter le traitement pendant la grossesse et d’utiliser une contraception efficace pendant le traitement et pendant au moins 16 semaines après la dernière injection. En cas de grossesse survenant sous traitement, contacter immédiatement le dermatologue prescripteur.

Voir aussi : Dermatite atopique / Traitements de l’eczéma / Dermocorticoïdes

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Stress et peau : un stress peut-il causer des problèmes de peau?

Stress et peau : comment le cerveau déclenche les poussées cutanées de boutons
Psoriasis après un deuil, eczéma qui s’emballe avant un examen, pelade qui apparaît lors d’un burn-out, urticaire chronique sans allergène identifiable – ces observations cliniques quotidiennes ont longtemps été reléguées au rang d’anecdote psychosomatique. La biologie moléculaire des vingt dernières années les a réhabilitées. La peau est un organe neuro-immun à part entière : elle produit des neuropeptides, exprime des récepteurs aux hormones du stress, héberge des mastocytes sensibles aux signaux nerveux, et dialogue en temps réel avec le système nerveux central. Comprendre cet axe permet d’aborder les dermatoses inflammatoires dans leur globalité.

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Sommaire :
Mécanismes biologiques |
Axe HPA et cortisol |
Mastocytes et neuropeptides |
Psoriasis et stress |
Eczéma et stress |
Pelade et stress |
Urticaire chronique |
Microbiome intestin-peau-cerveau |
Prise en charge |
Questions fréquentes

En bref : Le stress chronique déclenche la libération de cortisol et de neuropeptides qui altèrent la barrière cutanée, amplifient l’inflammation et modifient le microbiote. Psoriasis, eczéma, pelade et urticaire s’aggravent significativement lors d’épisodes de stress intense. La prise en charge psycho-dermatologique réduit la fréquence des poussées.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Mis à jour le 19 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

La peau comme organe neuro-immun

La peau n’est pas une simple enveloppe passive. Elle est innervée par un réseau dense de fibres nerveuses C et Aδ qui libèrent des neuropeptides directement dans le derme. Elle exprime des récepteurs aux catécholamines, au CRH (hormone de libération du cortisol) et aux glucocorticoïdes. Ses mastocytes, cellules dendritiques et kératinocytes reçoivent et transmettent des signaux nerveux.

La communication est bidirectionnelle : le cerveau influence la peau via le système nerveux autonome et l’axe HPA, et la peau influence le cerveau via les cytokines inflammatoires circulantes et les signaux nociceptifs. C’est ce que l’on appelle l’axe cerveau-peau (brain-skin axis).

Signal de stress Médiateur cutané activé Effet sur la peau
Stress aigu (SNS) Noradrénaline, adrénaline Vasoconstriction, activation mastocytes, démangeaison
Stress chronique (axe HPA) Cortisol, CRH cutané Immunosuppression locale paradoxale → poussées
Stress neurогène (fibres C) Substance P, CGRP, VIP Neurогène inflammation, vasodilatation, prurit
Activation CRH cutané CRH → mastocytes dermiques Dégranulation mastocytaire sans allergène
Perturbation sommeil (stress) ↓ mélatonine, ↑ IL-6, ↑ TNF-α Réduction réparation nocturne, aggravation barrière

L’axe HPA et le paradoxe du cortisol

L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) est la voie centrale de la réponse au stress. Le stress déclenche la libération de CRH hypothalamique → ACTH hypophysaire → cortisol surrénalien. Le cortisol est un anti-inflammatoire systémique puissant – c’est d’ailleurs la base des dermocorticoïdes utilisés en dermatologie.

Comment le cortisol peut-il à la fois calmer l’inflammation et provoquer des poussées cutanées ? Le paradoxe s’explique par plusieurs mécanismes :

1. Résistance aux glucocorticoïdes : en situation de stress chronique, les récepteurs aux glucocorticoïdes se désensibilisent – le cortisol perd son effet anti-inflammatoire sur les cellules immunitaires cutanées. L’inflammation n’est plus freinée malgré des taux de cortisol élevés.

2. CRH cutané autonome : la peau synthétise son propre CRH local, indépendamment de l’axe HPA systémique. Ce CRH cutané active directement les mastocytes dermiques et les cellules de Langerhans – déclenchant une inflammation locale sans passer par la circulation sanguine.

3. Effet rebond post-stress : à l’arrêt du stress aigu, la chute rapide du cortisol lève le frein glucocorticoïde sur l’inflammation – un rebond inflammatoire peut survenir dans les jours qui suivent l’événement stressant. C’est pourquoi les poussées de psoriasis ou de pelade apparaissent souvent 2 à 4 semaines après l’événement stressant, et non pendant.

4. Altération de la barrière cutanée : le cortisol chronique réduit la synthèse de céramides et de lipides lamellaires – la barrière cutanée devient perméable aux irritants et aux allergènes, abaissant le seuil de déclenchement des poussées.

Mastocytes et neuropeptides – le déclencheur cellulaire

Les mastocytes dermiques sont les cellules-charnières de l’axe neuro-immun cutané. Ils sont situés à proximité immédiate des fibres nerveuses C et expriment des récepteurs à :

Substance P (SP) – neuropeptide libéré par les fibres nerveuses en réponse au stress → déclenche la dégranulation mastocytaire → libération d’histamine, tryptase, prostaglandines, cytokines pro-inflammatoires
CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide) → vasodilatation et inflammation neurogène
CRH → dégranulation directe sans allergène
NGF (Nerve Growth Factor) → survie et sensibilisation des fibres C → amplification du prurit
VIP (Vasoactive Intestinal Peptide) → immunomodulation

La dégranulation mastocytaire induite par le stress est morphologiquement identique à la dégranulation allergique – elle produit les mêmes médiateurs (histamine, leucotriènes, cytokines) mais sans nécessiter d’allergène ni d’IgE. C’est le mécanisme de l’urticaire chronique et des poussées de dermatite atopique induites par le stress en l’absence de tout déclencheur allergique identifiable.

💡 Substance P et prurit : la substance P est un prurigène puissant – elle active directement les fibres nerveuses de la démangeaison et abaisse leur seuil d’activation. Le cycle prurit-grattage des dermatites atopiques aggravées par le stress repose en grande partie sur cette boucle SP → mastocytes → histamine → prurit → stress → SP.

Psoriasis et stress – données et mécanismes

Quand consulter ? Des poussées cutanées répétées en période de stress, une pelade extensive ou une urticaire chronique réfractaire aux antihistaminiques justifient un avis dermatologique – et parfois une orientation vers un psychologue spécialisé en psycho-dermatologie.

Le psoriasis est la dermatose pour laquelle le lien avec le stress est le mieux documenté cliniquement et biologiquement.

Données épidémiologiques : 40 à 80 % des patients psoriasiques rapportent un événement stressant dans les 4 semaines précédant leur première poussée ou une poussée majeure. Les études prospectives montrent une corrélation entre score de stress et PASI (score de sévérité du psoriasis) avec un délai de 2 à 4 semaines.

Mécanismes spécifiques au psoriasis :

– Activation des cellules dendritiques plasmacytoïdes cutanées par le stress → production d’IFN-α → activation des lymphocytes T psoriasiques
– Augmentation de la substance P cutanée → activation des mastocytes → libération de TNF-α et IL-23, qui entretiennent la cascade Th17 psoriasique
– NGF élevé dans les plaques psoriasiques en période de stress → hyperinnervation cutanée locale (observation histologique documentée)
– Le stress réduit l’efficacité des traitements biologiques (anti-IL-17, anti-IL-23) en maintenant une activation immunitaire de fond

Phénomène de Koebner et stress : le grattage lié au stress (comportement gratter-frotter inconscient) peut déclencher le phénomène de Koebner – apparition de nouvelles plaques psoriasiques sur les zones frottées. Voir phénomène de Koebner.

Eczéma (dermatite atopique) et stress

La dermatite atopique est médiée par un déséquilibre Th2 (IL-4, IL-13, IL-31) – et le stress amplifie précisément cette voie inflammatoire.

Mécanismes :
– Le stress augmente la production d’IL-4 et IL-13 par les mastocytes et les lymphocytes Th2 – aggravant directement l’inflammation de type DA
– La substance P stimule les kératinocytes à produire de la TSLP (Thymic Stromal Lymphopoietin) – la cytokine de départ de la cascade Th2 atopique
– Le cortisol chronique réduit la synthèse des protéines de barrière (filaggrine, involucrine) → augmentation de la perméabilité aux allergènes
– Le cycle prurit-grattage est amplifié par le stress via la substance P et l’histamine mastocytaire
– La perturbation du sommeil induite par le stress réduit la fenêtre de réparation nocturne de la barrière cutanée

Données cliniques : plusieurs essais contrôlés montrent que les interventions psychologiques (thérapies cognitivo-comportementales, MBSR – Mindfulness-Based Stress Reduction) réduisent la sévérité de la DA mesurée par SCORAD, indépendamment des traitements topiques. Cet effet n’est pas uniquement comportemental (moins de grattage) – il est partiellement médié par une réduction des biomarqueurs inflammatoires sériques (IL-31, IgE).

Pelade et stress – une auto-immunité déclenchée

La pelade est une maladie auto-immune médiée par les lymphocytes CD8+ qui détruisent les follicules pileux après perte de leur « privilège immunitaire ». Le stress est régulièrement cité comme déclencheur – mais quel est le mécanisme ?

Perte du privilège immunitaire folliculaire sous stress : en conditions normales, les follicules pileux expriment peu de CMH de classe I et produisent des facteurs immunosuppresseurs locaux (TGF-β, α-MSH) qui les protègent de l’attaque lymphocytaire. Le stress – via le CRH cutané et le cortisol – perturbe cette immunosuppression locale, rendant les follicules visibles au système immunitaire.

IL-15 et stress : l’IL-15 est la cytokine centrale de la pelade – elle active les lymphocytes NKG2D+ CD8+ qui attaquent les follicules. Le stress chronique augmente la production d’IL-15 dans la peau du cuir chevelu, abaissant le seuil de déclenchement de la réaction auto-immune chez les individus génétiquement prédisposés.

Délai caractéristique : la pelade survient typiquement 4 à 12 semaines après l’événement stressant – délai correspondant au temps nécessaire à l’activation, l’expansion clonale et le recrutement des lymphocytes T auto-réactifs au niveau folliculaire. Ce délai explique pourquoi les patients ne font souvent pas le lien avec l’événement déclenchant.

Données cliniques : une étude de 2020 sur 1000 patients atteints de pelade montre que 63 % rapportaient un stress émotionnel majeur dans les 6 mois précédant l’épisode, contre 31 % dans le groupe contrôle. Le risque relatif de déclenchement d’une pelade dans les 3 mois suivant un événement de vie stressant est multiplié par 2,5 dans les études cas-témoins.

Urticaire chronique spontanée et stress

L’urticaire chronique spontanée (UCS) – papules et plaques urticariennes sans déclencheur allergique identifiable, pendant plus de 6 semaines – est la dermatose pour laquelle le lien mastocytes-stress est le plus direct.

Mécanisme : dans l’UCS, les mastocytes dermiques sont hypersensibles à la substance P et au CRH cutané – leur seuil de dégranulation est abaissé. Un stress modéré suffit à déclencher une libération d’histamine et de médiateurs qui provoquerait à peine une réaction chez un individu non-atteint.

Données biologiques : les patients souffrant d’UCS présentent des taux de substance P plasmatique plus élevés en période de poussée, et une corrélation entre score de stress perçu et score d’activité de l’urticaire (UAS7) est retrouvée dans plusieurs études prospectives.

Cercle vicieux UCS-stress : l’urticaire chronique génère elle-même un niveau élevé d’anxiété et de stress (démangeaisons nocturnes, imprévisibilité, impact social) qui entretient et amplifie la maladie. La prise en charge psychologique est reconnue comme composante du traitement de l’UCS dans les guidelines européennes (EAACI 2022), en association avec les antihistaminiques et l’omalizumab.

L’axe cerveau-intestin-peau : le microbiome comme intermédiaire

Le stress chronique perturbe le microbiome intestinal (dysbiose) – augmentation des bactéries pro-inflammatoires (Enterobacteriaceae), réduction des espèces productrices de butyrate (Faecalibacterium prausnitzii, Akkermansia muciniphila). Cette dysbiose intestinale a des conséquences cutanées directes :

– Augmentation de la perméabilité intestinale (« leaky gut ») → translocation de LPS bactériens dans la circulation → inflammation systémique de bas grade → aggravation des dermatoses inflammatoires
– Réduction des acides gras courts (butyrate, propionate) → moins d’inhibition du facteur NF-κB → amplification de l’inflammation cutanée
– Modification du tryptophane intestinal (métabolisé en sérotonine vs kynurénine selon le microbiote) → impact sur l’humeur et la perception du stress → boucle cerveau-intestin-peau

Ce lien explique pourquoi les patients atteints de psoriasis, de DA sévère et de pelade présentent une prévalence accrue de maladies inflammatoires intestinales (MICI), et pourquoi certains probiotiques oraux montrent des effets bénéfiques sur la sévérité des dermatoses inflammatoires dans les études cliniques.

C’est le coeur de mon livre « La peau de l’intérieur »

Prise en charge – intégrer le stress dans le traitement

💡 Principe : la prise en charge du stress ne remplace pas les traitements dermatologiques – elle les optimise. Les études montrent que les patients dont le stress est pris en charge répondent mieux aux traitements conventionnels et rechutent moins souvent.

Interventions psychologiques à efficacité documentée

Intervention Dermatose Niveau de preuve
MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) Psoriasis, DA, urticaire Essais randomisés – réduction PASI/SCORAD significative
TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales) DA, psoriasis, urticaire chronique Méta-analyses favorables – réduction prurit et sévérité
Biofeedback Psoriasis, urticaire Études contrôlées – réduction activité sympathique cutanée
Hypnose médicale DA, psoriasis, urticaire Études pilotes positives – amélioration prurit et sommeil
Activité physique régulière Toutes dermatoses inflammatoires Anti-inflammatoire systémique (↓ IL-6, ↑ IL-10), amélioration microbiome

Prise en charge médicamenteuse du stress associé

Certains antidépresseurs (notamment les ISRS) ont démontré des effets bénéfiques sur la sévérité de l’urticaire chronique et de la DA, indépendamment de leur effet sur l’humeur – via un effet direct sur la substance P et les mastocytes. La doxépine (antidépresseur tricyclique antihistaminique) a une indication spécifique dans l’urticaire chronique réfractaire. Ces traitements doivent être discutés avec un médecin dans le cadre d’une évaluation globale.

Hygiène de vie – leviers directs sur l’axe neuro-immun

Sommeil : la privation de sommeil augmente IL-6, TNF-α et la substance P cutanée en moins de 48 heures. 7 à 9 heures de sommeil par nuit est la mesure unique la plus efficace sur l’inflammation cutanée.
Alimentation : régime méditerranéen anti-inflammatoire, réduction des sucres rapides (qui augmentent le cortisol), oméga-3 (réduction IL-1β, TNF-α).
Probiotiques oraux : Lactobacillus rhamnosus GG et L. acidophilus montrent des effets bénéfiques sur la DA dans des essais randomisés – via restauration du microbiome intestinal et réduction des LPS circulants.

Voir aussi

Questions fréquentes

Pourquoi les poussées de psoriasis ou de pelade arrivent-elles après le stress, pas pendant ?

Le délai de 2 à 6 semaines entre l’événement stressant et la poussée est biologique, pas psychologique. Pendant le stress aigu, le cortisol exerce un frein anti-inflammatoire. C’est à la levée de ce frein – et après le temps nécessaire à l’activation et l’expansion des lymphocytes T auto-réactifs – que la poussée éclate. C’est pourquoi les patients font souvent le lien avec le mauvais événement, ou ne font pas de lien du tout.

Le stress peut-il déclencher une maladie de peau chez quelqu’un qui n’en a jamais eu ?

Le stress seul ne crée pas une maladie ex nihilo – il agit sur un terrain génétiquement prédisposé. Une personne sans prédisposition au psoriasis ne développera pas de psoriasis sous l’effet du stress. En revanche, chez une personne porteuse des gènes de susceptibilité, le stress peut être le facteur environnemental qui fait « basculer » la maladie du stade latent au stade clinique. Le stress est un déclencheur, pas une cause première.

Peut-on guérir d’une dermatose chronique en gérant mieux son stress ?

Non – la gestion du stress améliore le contrôle de la maladie et l’efficacité des traitements, mais ne guérit pas une dermatose chronique auto-immune ou inflammatoire. Les essais sur la MBSR dans le psoriasis montrent des réductions de PASI de l’ordre de 30 à 40 % supplémentaires par rapport au traitement seul – un effet cliniquement significatif. Mais l’arrêt des traitements dermatologiques reste contre-indiqué même chez les patients dont le stress est parfaitement géré.

Mon dermatologue devrait-il s’intéresser à mon niveau de stress ?

Oui – les guidelines actuelles pour le psoriasis, la DA sévère, la pelade et l’urticaire chronique recommandent une évaluation du retentissement psychologique et du niveau de stress dans le bilan initial. Certains dermatologues proposent une prise en charge intégrée incluant une orientation vers une psychothérapie ou une consultation psychiatrique. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez en parler spontanément – c’est une information médicalement pertinente.

Voir aussi :
Psoriasis |
Dermatite atopique |
Pelade |
Alopécie |
Régime et psoriasis |
Pollution et vieillissement cutané

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Références

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Peau qui gratte : causes selon la zone et l’heure, diagnostic et traitement – Dr Rousseau, 2026

Mis à jour le 13 juillet 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : Les démangeaisons (prurit) concernent jusqu’à 25 % de la population à un moment de la vie. Dans 85 % des cas, un dermatologue identifie la cause grâce à la localisation, l’horaire et l’aspect de la peau. La gale (300 000 cas/an en France), l’eczéma et l’urticaire constituent les trois causes les plus fréquentes. Un prurit généralisé sans lésion persistant plus de 6 semaines impose un bilan biologique pour éliminer une cause systémique (hépatique, rénale, thyroïdienne, hématologique).
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

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Sommaire :
Trouver votre situation |
Définition |
Questions à se poser |
Démangeaisons localisées |
Démangeaisons généralisées |
Prurit sans boutons |
Facteurs aggravants |
Comment calmer |
Pages spécialisées |
Questions fréquentes

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Le prurit (peau qui gratte) a de nombreuses causes. Identifiez rapidement votre situation pour accéder au guide adapté :

Votre situation Symptômes typiques Guide dédié
Partout sur le corps, sans boutons Prurit diffus, peau sèche ou normale Peau qui gratte partout
Peau sèche qui tire et gratte Tiraillements, squames, aggravé après la douche Peau sèche qui gratte
Bouton isolé sur le corps Un ou quelques boutons rouges sur le corps Bouton sur le corps qui gratte
Dans le dos, plaque sans bouton Zone entre les omoplates, chronique, notalgie Plaques dans le dos sans boutons
Dans le dos, avec boutons Éruption visible dans le dos qui démange Dos qui gratte avec boutons
Au niveau de l’anus Prurit anal, surtout le soir ou la nuit Démangeaisons anales
Chez la personne âgée Peau fine, prurit sénile sans éruption Démangeaisons chez la personne âgée
Gratelle / gratel (Antilles, régions) Terminologie régionale, démangeaisons intenses Gratelle – gratel
Calmer rapidement les démangeaisons Soulagement urgent, antihistaminiques, que faire Calmer les démangeaisons
Traitements médicaux des démangeaisons Crèmes, ordonnances, dermocorticoïdes Traitements des démangeaisons
Par zone et par heure (guide général) Diagnostic complet par localisation Peau qui gratte – guide par zone

Tout le guide démangeaisons – Dr Rousseau

Retrouvez l’ensemble des articles du cluster démangeaisons, rédigés par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue.

Sous-cluster Plaques qui grattent

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Définition : qu’est-ce qu’une démangeaison ?

La démangeaison, ou prurit en langage médical, est une sensation cutanée désagréable qui déclenche le besoin de se gratter. Elle partage certaines voies nerveuses avec la douleur, mais emprunte aussi des circuits qui lui sont propres : des fibres nerveuses spécifiques de la peau libèrent des messagers (histamine, mais aussi de nombreux autres médiateurs non histaminiques) qui remontent l’information jusqu’au cerveau.

Le prurit touche une personne sur cinq au moins une fois dans sa vie, avec une fréquence sur 12 mois estimée à 7 % en population générale. On distingue le prurit aigu (moins de 6 semaines, le plus souvent lié à une cause facilement identifiable : piqûre, allergie, gale, varicelle) du prurit chronique (plus de 6 semaines), qui nécessite un diagnostic plus approfondi car il peut révéler une maladie de peau, mais aussi une maladie interne (rein, foie, sang, thyroïde) dans le cas particulier du prurit sans lésion visible.

Questions à se poser devant une démangeaison

Avant la consultation, ces quelques questions aident le Dr Rousseau à orienter rapidement le diagnostic :

  • Où ça gratte ? Une zone précise (cuir chevelu, mains, jambes, région anale ou génitale) ou tout le corps ?
  • Y a-t-il des boutons, plaques ou rougeurs visibles, ou la peau paraît-elle normale à l’œil ?
  • Depuis quand ? Moins de 6 semaines (aigu) ou plus de 6 semaines (chronique) ?
  • Quand est-ce pire ? La nuit, après la douche, à l’effort, au contact de l’eau chaude ?
  • Y a-t-il un contexte particulier ? Nouveau médicament, nouveau savon ou cosmétique, voyage récent, entourage également touché (gale, poux), animal de compagnie, grossesse ?
  • Des signes associés ? Fièvre, perte de poids inexpliquée, fatigue, jaunisse, ganglions.

Ces éléments orientent déjà fortement le diagnostic avant tout examen : par exemple, un prurit nocturne touchant plusieurs membres du foyer évoque la gale, tandis qu’un prurit chronique sans aucune lésion cutanée impose un bilan (voir plus bas).

Démangeaisons localisées : les causes selon la zone

Une démangeaison cantonnée à une zone précise oriente vers des causes très différentes de celles d’un prurit généralisé :

Zone Causes fréquentes
Cuir chevelu Dermite séborrhéique, pellicules, poux, teigne, psoriasis du cuir chevelu — voir l’article dédié
Visage Eczéma de contact (cosmétiques), dermatite séborrhéique, rosacée, allergie solaire — voir l’article dédié
Mains Eczéma de contact (irritatif ou allergique), gale (espaces interdigitaux), lavages fréquents — voir l’article dédié
Jambes Xérose (peau sèche), eczéma variqueux, insuffisance veineuse, piqûres d’insectes — voir l’article dédié
Région anale Hémorroïdes, oxyurose (surtout chez l’enfant), mycose, dermite de contact — voir l’article dédié
Dos, épaules Xérose, acné du dos, notalgie paresthésique (zone inaccessible au grattage, cause neurologique bénigne)

Démangeaisons généralisées avec lésions cutanées

Contrairement au prurit sine materia détaillé plus bas (peau d’apparence normale), les démangeaisons généralisées avec boutons, plaques ou rougeurs orientent vers un nombre plus restreint de diagnostics fréquents :

  • La gale — démangeaisons à prédominance nocturne, sillons entre les doigts, contage familial ou dans l’entourage proche — voir l’article dédié
  • L’urticaire — plaques rouges surélevées, migratrices, disparaissant en moins de 24h chacune — voir l’article dédié
  • L’eczéma généralisé (dermatite atopique de l’adulte, eczéma de contact étendu)voir l’article dédié
  • La xérose cutanée sévère — peau très sèche, surtout l’hiver ou chez la personne âgée — voir l’article dédié
  • La varicelle chez l’enfant, certaines toxidermies médicamenteuses généralisées

Si aucune lésion cutanée n’est visible malgré des démangeaisons généralisées et persistantes, il s’agit probablement d’un prurit sine materia — une situation qui impose un bilan médical, détaillée dans la section suivante.

Prurit sans boutons : le prurit sine materia

Quand surviennent des démangeaisons sans aucune lésion cutanée visible (hors excoriations de grattage), on parle de prurit sine materia. Ce tableau constitue une urgence diagnostique relative : il doit faire rechercher une cause interne potentiellement grave.

🔴 Bilan classique d’un prurit sine materia : biopsie cutanée avec immunofluorescence directe (sujet âgé), NFS, VS, CRP, urée, créatinine, bilan hépatique complet, LDH, glycémie, ferritine, TSH, électrophorèse des protéines sériques, sérologies VIH/VHA/VHB/VHC, examen parasitologique des selles, radiographie thoracique et échographie abdominale.
Cause interne Mécanisme / Caractéristiques Traitement spécifique
Insuffisance rénale chronique Prurit urémique – mécanisme multifactoriel (peau sèche, anomalies phosphocalciques, accumulation de toxines) Émollients, cholestyramine, photothérapie UVB, difélikefaline
Cholestase (rétention biliaire) Cirrhose biliaire primitive, hépatite, cancer des voies biliaires ou du pancréas, médicament cholestatique. Prurit souvent intense, à prédominance palmoplantaire. Cholestyramine, acide ursodéoxycholique
Maladie de Vaquez (polyglobulie) Prurit aquagénique typique : démangeaisons intenses survenant au contact de l’eau chaude, dans les 20 à 30 minutes suivant la douche Traitement de la polyglobulie
Lymphome de Hodgkin et hémopathies Les démangeaisons peuvent précéder l’apparition des ganglions de plusieurs mois – signe d’appel à ne pas négliger Traitement hématologique
Dysglobulinémies monoclonales Myélome multiple, maladie de Waldenström Traitement hématologique
Carence martiale (manque de fer) Prurit souvent modéré, associé à une asthénie – ferritine basse Supplémentation en fer
Causes endocrinologiques Hyperthyroïdie (Basedow), hypothyroïdie, syndrome carcinoïde (histamine), dermatite auto-immune à la progestérone Traitement de la cause
Cancers solides Côlon, estomac, prostate, poumon – prurit paranéoplasique Traitement oncologique
Médicaments Amiodarone, aspirine, pénicillines, vancomycine, rifampicine, captopril, chloroquine, morphiniques, phénothiazines… Arrêt du médicament si possible
Prurit gravidique Cholestase hépatique gravidique au 3e trimestre – prurit palmoplantaire intense. Prise en charge urgente (risque fœtal réel). Cholestyramine, acide ursodéoxycholique
Prurit sénile Diagnostic d’élimination chez le sujet âgé, souvent dans un contexte de xérose cutanée sévère. Attention : ne pas méconnaître une pemphigoïde bulleuse débutante. Émollients, antihistaminiques, photothérapie UVB

Voir l’article consacré aux démangeaisons sans boutons.

Prurit persistant depuis plus de 6 semaines sans cause évidente ? Un bilan est indispensable. Le Dr Rousseau peut vous orienter et prescrire les examens adaptés en téléconsultation.

Facteurs aggravant les démangeaisons

Certains facteurs aggravent le prurit quelle qu’en soit la cause et devraient être systématiquement évités :

Facteur aggravant Mécanisme Conduite à tenir
Eau chaude (douche, bain) Vasodilatation cutanée, libération d’histamine Eau tiède à froide, douches courtes (< 5 min)
Savons et gels moussants irritants Altération du film hydrolipidique, xérose Syndets surgras, pain dermatologique sans savon
Vêtements en laine ou synthétiques Friction mécanique, sudation Coton ou soie directement sur la peau
Chauffage excessif, air sec Déshydratation cutanée, xérose Humidificateur d’air, température ≤ 19 °C
Stress et anxiété Modulation de la perception prurigineuse, libération de neuropeptides Techniques de relaxation, prise en charge psychologique si besoin
Grattage répété Libère des médiateurs inflammatoires, entretient le cercle vicieux prurit–grattage–prurit Couper les ongles courts, gants de coton la nuit si nécessaire

Comment calmer les démangeaisons ?

En attendant une consultation médicale et en complément du traitement étiologique, plusieurs mesures permettent de soulager le prurit :

Mesure Commentaire
Émollients et crèmes hydratantes Application après chaque douche sur peau encore humide – réduisent la xérose, premier geste systématique. Lipikar AP+, Cold Cream, Cicaplast B5.
Antihistaminiques oraux Efficaces surtout sur le prurit histaminique (urticaire). Effet sédatif utile pour le prurit nocturne (hydroxyzine). Moins efficaces sur les prurits non histaminiques.
Dermocorticoïdes topiques Sur prescription médicale – efficaces sur les prurits inflammatoires (eczéma, lichen). À éviter en cas de gale non traitée (risque de gale profuse).
Photothérapie UVB Indication spécialisée – efficace dans le prurit urémique, le prurit sine materia chronique, certaines dermatoses diffuses
Compresses froides Soulagement immédiat par effet vasoconstricteur et analgésique – substitut efficace au grattage
Inhibiteurs de la calcineurine topiques Tacrolimus, pimécrolimus – sur prescription, pour les zones sensibles (visage, plis) en cas d’eczéma

Voir notre article complet : calmer les démangeaisons et soigner la peau qui gratte.

Pages spécialisées – cluster démangeaisons dermatonet.com

⚠️ Consultez en urgence si :

Ces signes peuvent révéler une cause systémique nécessitant un avis médical rapide.

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Questions fréquentes sur les démangeaisons

Pourquoi les démangeaisons sont-elles souvent plus intenses la nuit ?

La nuit, la température corporelle et cutanée augmente légèrement sous la literie, stimulant l’activité des agents prurigènes et des mastocytes qui libèrent davantage d’histamine. L’absence des distractions de la journée amplifie également la perception du prurit. Des démangeaisons à prédominance nocturne nette, surtout si elles touchent plusieurs membres du foyer, orientent fortement vers une gale.

Peut-on avoir des démangeaisons sans boutons ?

Oui – c’est le prurit sine materia, qui représente environ 30 % des prurits chroniques. Il peut révéler une maladie interne grave : insuffisance rénale, cholestase hépatique, hémopathie maligne (lymphome de Hodgkin, myélome), cancer solide, ou cause endocrinologique. Un bilan médical complet est indispensable devant tout prurit sine materia persistant au-delà de 6 semaines.

Les démangeaisons peuvent-elles être le signe d’un cancer ?

Oui. Un prurit sine materia persistant peut orienter vers un cancer digestif (côlon, estomac, pancréas), pulmonaire, prostatique, ou une hémopathie maligne. Le lymphome de Hodgkin est particulièrement connu pour donner un prurit intense qui peut précéder l’apparition des adénopathies de plusieurs mois. Un bilan médical est indispensable dans ce contexte.

Comment calmer rapidement des démangeaisons en attendant une consultation ?

Appliquer une crème émolliente sur peau humide après une douche tiède courte. Éviter savons irritants, eau chaude et vêtements en laine. Les antihistaminiques disponibles sans ordonnance (cétirizine 10 mg, loratadine 10 mg) peuvent soulager temporairement, surtout le soir. Voir notre article calmer les démangeaisons.

Les démangeaisons sont-elles contagieuses ?

Les démangeaisons elles-mêmes ne sont pas contagieuses. Mais leur cause peut l’être : la gale est très contagieuse par contact cutané prolongé ou partage de textiles ; les poux et les teignes se transmettent également. À l’inverse, l’eczéma, l’urticaire et le prurit sine materia ne sont pas transmissibles.

Que faire si la peau gratte pendant la grossesse ?

Le prurit gravidique peut révéler une cholestase hépatique gravidique (surtout au 3e trimestre, aux paumes et plantes – risque fœtal réel nécessitant une prise en charge urgente) ou des dermatoses spécifiques (pemphigoïde gravidique, PUPP). Consulter sans attendre. Une téléconsultation permet d’orienter rapidement le diagnostic et d’organiser le bilan.

Quelle crème utiliser pour calmer les démangeaisons sans ordonnance ?

Une crème émolliente apaisante (Cold Cream, Cicaplast B5, Lipikar AP+) appliquée sur peau humide après une douche tiède soulage rapidement les démangeaisons liées à la sécheresse cutanée. Les antihistaminiques oraux sans ordonnance (cétirizine, loratadine) réduisent le prurit histaminique. L’hydrocortisone 1 % en crème peut être utilisée 5 à 7 jours sur une zone localisée. Si les démangeaisons persistent au-delà de 2 semaines malgré ces mesures, une consultation médicale est nécessaire.

Le stress peut-il provoquer des démangeaisons ?

Oui. Le stress active la libération de substance P et d’histamine par les mastocytes cutanés, amplifiant la perception du prurit. Il peut déclencher ou aggraver l’eczéma, l’urticaire cholinergique et le prurigo. Inversement, un prurit chronique génère lui-même stress et troubles du sommeil, créant un cercle vicieux. Les thérapies cognitivo-comportementales et la cohérence cardiaque font partie du traitement global du prurit chronique.

Pourquoi la peau gratte-t-elle après la douche ?

Le prurit post-douche peut avoir plusieurs causes : eau trop chaude (vasodilatation + activation des récepteurs TRPV1), peau sèche (xérose), polyglobulie vraie (prurit aquagénique intense 20 à 30 minutes après contact avec l’eau, pathognomonique), urticaire aquagénique (rare) ou contact avec un savon irritant. L’eau tiède, les gels surgras et l’application d’émollient immédiatement après la douche sur peau humide règlent la grande majorité des cas bénins.

La peau qui gratte peut-elle être liée aux reins ?

Oui, le prurit urémique est une complication fréquente de l’insuffisance rénale chronique, touchant 20 à 50 % des patients dialysés. Son mécanisme est multifactoriel : accumulation de toxines, anomalies phosphocalciques et xérose cutanée. Il peut être intense et invalidant. Le bilan sanguin (créatinine, urée, NFS) est le premier examen à réaliser devant un prurit généralisé sans lésion cutanée.

Références scientifiques

  1. Weisshaar E, Szepietowski JC, Dalgard FJ, et al. European S2k Guideline on Chronic Pruritus. Acta Derm Venereol. 2019;99(5):469–506. PMID 30931482
  2. Mettang T, Kremer AE. Uremic pruritus. Kidney Int. 2015;87(4):685–691. PMID 24402092
  3. Kini SP, DeLong LK, Veledar E, et al. The impact of pruritus on quality of life: the skin equivalent of pain. Arch Dermatol. 2011;147(10):1153–1156. PMID 21680760

Source : HAS – Dermatite atopique (cause fréquente de prurit chronique)

Voir aussi :
Gale |
Eczéma |
Urticaire |
Démangeaisons nocturnes |
Calmer les démangeaisons |
Téléconsultation dermatologue

Eczema des aisselles

Eczema des aisselles

L’eczema des aisselles est une des causes de rougeur des aisselles et de boutons qui démangent sous les aisselles

Allergie au déodorant sous les aisselles
Allergie au déodorant sous les aisselles

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En cas d’eczema des aisselles, il faut consulter un médecin et si possible un dermatologue

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Nous n’envisagerons ici qu’une forme d’eczema des aisselles :

Eczema allergique des aisselles

Cet eczema allergique résulte d’un contact avec un allergène provoquant un exema.

Les allergènes les plus fréquemment mis en cause dans l’eczema des aisselles sont :

les cosmétiques appliqués depuis quelques jours sur les aisselles

déodorants, antitranspirants, cremes, crèmes dépilatoires, mousses à raser, parfums…

textiles en contact avec les aissselles

Comment savoir à quoi je suis allergique sur les aisselles

Le médecin le met en evidence soit par l’interrogatoire (déclenchement d’un eczema après manipulation d’un nouveau cosmétique), soit par tests appelés tests allergologiques épicutanés, ou epitests oupatch tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des sparadraps contenant différents allergènes et de les enlever au bout de 48h : on regarde alors si de l’eczema s’est déclenché sur certaines zones et on en déduit l’allergene concerné.

Mais il est possible d’observer une positivation plus tardive des tests (jusqu’à 7 jours apres la pose des tests) : il faut alors re-consulter le médecin.

patch tests
Patch tests en cas d’exema

Voir l’article consacré à l’eczema allergique de contact

Attention, toute aisselle rouge n’est pas eczema

On peut par exemple avoir une mycose : candidose des aisselles

Candidose des aisselles
Candidose des aisselles

Il faut donc consulter devant toute rougeur des aisselles

Soigner l’eczema sous les bras (aisselles)

Tout d’abord il faut consulter un médecin pour déterminer la cause de l’éczema et vérifier qu’il s’agit bien d’un eczema (exemple il peut d’agir d’une mycose de la peau contre indiquant tout corticoide)

Il faut se laver une fois par jour avec un produit doux et bien sécher apres la toilette

En cas d’eczema confirmé par le médecin, il faut éviter l’allergène en cause (déodorant… ) et le médecin prescrit souvent de la cortisone en creme
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Eczema sur le sexe

Eczema du sexe

L’eczema du sexe est une des causes de plaques rouges qui grattent et de boutons du sexe qui démangent
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En cas d’eczema du sexe, il faut consulter un médecin et si possible un dermatologue

Nous n’envisagerons ici qu’une forme d’eczema du sexe :

Eczema allergique du sexe

Cet eczema allergique résulte d’un contact avec un allergène provoquant un exema.

Les allergènes les plus fréquemment mis en cause dans l’eczema du sexe sont :

les cosmétiques appliqués depuis quelques jours sur le sexe

cremes, crèmes dépilatoires, mousses à raser, parfums…

préservatifs et lubrifiants

Comment savoir à quoi je suis allergique sur le sexe

Le médecin le met en evidence soit par l’interrogatoire (déclenchement d’un eczema après manipulation d’un nouveau cosmétique), soit par tests appelés tests allergologiques épicutanés, ou epitests oupatch tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des sparadraps contenant différents allergènes et de les enlever au bout de 48h : on regarde alors si de l’eczema s’est déclenché sur certaines zones et on en déduit l’allergene concerné.

Mais il est possible d’observer une positivation plus tardive des tests (jusqu’à 7 jours apres la pose des tests) : il faut alors re-consulter le médecin.

patch tests
Patch tests en cas d’exema

Voir l’article consacré à l’eczema allergique de contact

Soigner l’eczema sur le sexe

Tout d’abord il faut consulter un médecin pour déterminer la cause de l’éczema et vérifier qu’il s’agit bien d’un eczema (exemple il peut d’agir d’une mycose du sexe contre indiquant tout corticoide)

Il faut se laver une fois par jour avec un produit doux et bien sécher apres la toilette

En cas d’eczema confirmé par le médecin, il faut éviter l’allergène en cause (lubrifiant, preservatif… ) et le médecin prescrit souvent de la cortisone en creme
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Eczema des jambes : soigner l’exema de jambe

En bref : L’eczéma de jambe regroupe quatre formes aux causes et traitements radicalement différents : variqueux (lié à l’insuffisance veineuse), allergique de contact, nummulaire et fissuraire. Plus de 60 % des eczémas de jambe résistants aux dermocorticoïdes sont en réalité des eczémas allergiques de contact surajoutés, identifiables uniquement par patch-tests. Sans traitement de la cause – contention veineuse, éviction de l’allergène, émollients intensifs -, les corticoïdes topiques seuls sont voués à l’échec.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

L’eczéma de jambe est l’une des causes les plus fréquentes de plaques qui grattent sur les jambes. Mais sous cette appellation simple se cachent des pathologies très différentes – eczéma variqueux lié à l’insuffisance veineuse, eczéma allergique de contact, eczéma nummulaire, eczéma fissuraire – dont les causes, les traitements et les prises en charge diffèrent radicalement. Les confondre expose à des mois de traitement inefficace : une crème dermocorticoïde seule sur un eczéma variqueux non pris en charge sur le plan veineux récidivera inexorablement ; un eczéma allergique de contact persistera tant que l’allergène n’est pas identifié et évicté. En cas d’eczéma de jambe, il faut consulter un médecin et si possible un dermatologue.

Mis à jour le 16 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

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Les quatre formes d’eczéma de jambe – tableau comparatif

Forme Aspect clinique Contexte typique Traitement de la cause
Eczéma variqueux Plaques rouges squameuses, pigmentation brune, chevilles et face interne des jambes Insuffisance veineuse chronique, varicosités, œdème vespéral, > 50 ans Contention veineuse classe II-III, bilan vasculaire
Eczéma allergique de contact Plaques suintantes, vésiculeuses, prurigineuses, topographie liée au contact Application d’une crème, pansement, cosmétique ou textile sur la jambe Patch-tests, éviction de l’allergène identifié
Eczéma nummulaire Plaques rondes en « pièces de monnaie », bien délimitées, suintantes Sécheresse cutanée intense, hiver, adulte et personne âgée Émollients quotidiens, recherche d’un foyer infectieux à distance
Eczéma fissuraire / xérotique Peau sèche, craquelée, quadrillage en fines fissures sur fond rouge Hiver, chauffage, personnes âgées, hypothyroïdie possible Émollients riches, douche tiède courte, correction d’une hypothyroïdie

Eczéma variqueux (de stase) – la forme la plus fréquente après 50 ans

L’eczéma variqueux – aussi appelé eczéma de stase, dermite ocre ou dermite veineuse – est la manifestation cutanée de l’insuffisance veineuse chronique. Il résulte d’une hypertension veineuse chronique qui provoque une inflammation locale : extravasation de globules rouges, dépôt d’hémosidérine (responsable de la pigmentation brune caractéristique), activation des cellules inflammatoires cutanées et rupture de la barrière cutanée.

Il représente une cause majeure d’eczéma de jambe après 50 ans, avec une prévalence liée à celle de l’insuffisance veineuse chronique – touchant 20 à 30 % des adultes dans les pays occidentaux. Pour en savoir plus : eczéma variqueux.

Présentation clinique

  • Plaques rouges squameuses et prurigineuses sur la face interne des chevilles et le tiers inférieur des jambes
  • Pigmentation brun-ocre (dermite ocre) par dépôts d’hémosidérine
  • Œdème vespéral associé (jambes qui gonflent en fin de journée)
  • Varicosités visibles ou palpables
  • Évolution possible vers la lipodermatosclérose (induration cutanée) et l’ulcère de jambe veineux

Complication majeure : l’eczéma de contact surajouté

L’eczéma variqueux est une cause fréquente de sensibilisation allergénique : la barrière cutanée altérée favorise la pénétration des allergènes contenus dans les crèmes, pansements et topiques appliqués sur les jambes pour traiter l’eczéma lui-même. Dans une grande étude portant sur 38 723 patients évalués en patch-tests par le North American Contact Dermatitis Group, les eczémas de stase et nummulaires étaient associés à des taux de positivité particulièrement élevés aux allergènes de contact – néomycine, conservateurs et fragances en tête – DeKoven et al., Dermatitis 2021 (PMID 33634511).

Concrètement, le traitement topique de l’eczéma variqueux peut lui-même provoquer une sensibilisation et un eczéma de contact surajouté, aggravant le tableau clinique. En cas de résistance au traitement habituel, des patch-tests sont indispensables.

Traitement – la contention veineuse est indispensable

  • Contention veineuse (bas de compression classe II-III) – traitement de fond indispensable : sans correction de l’insuffisance veineuse, l’eczéma variqueux récidivera quel que soit le traitement local
  • Dermocorticoïdes de faible à moyenne puissance en cure courte pour les poussées inflammatoires
  • Émollients pour restaurer la barrière cutanée entre les poussées
  • Bilan doppler veineux et avis vasculaire ou phlébologue selon la sévérité
  • Éviction des allergènes identifiés aux patch-tests

Une revue systématique de 2023 confirme que la compression veineuse reste le pilier du traitement, associée aux corticoïdes topiques pour les poussées et aux émollients en entretien – Yosipovitch et al., Am J Clin Dermatol 2023 (PMID 36800152).

Eczéma allergique de contact de la jambe – identifier l’allergène

L’eczéma allergique de contact résulte d’une sensibilisation à un allergène appliqué sur la jambe. C’est une réaction d’hypersensibilité retardée de type IV – la réaction cutanée apparaît 12 à 72 heures après le contact avec l’allergène, parfois de façon décalée et trompeuse.

Les allergènes les plus fréquemment en cause sur la jambe

  • Crèmes, parfums, cosmétiques appliqués sur la jambe – conservateurs (parabènes, méthylisothiazolinone), parfums, excipients
  • Crèmes et pansements appliqués sur les plaies de jambe – néomycine (antibiotique topique très allergénique), lanoline, résine époxy des pansements, balsam of Peru
  • Photoallergènes – substances déclenchant un eczéma uniquement en cas d’exposition solaire concomitante (certains filtres solaires, médicaments topiques)
  • Textiles, bottes, protège-tibias – caoutchouc, colorants textiles (paraphénylènediamine), métaux (nickel des agrafes ou fermetures)

Comment identifier l’allergène : les patch-tests

patch tests
Patch tests en cas d’eczéma de jambe

Le médecin met en évidence l’allergène soit par l’interrogatoire (déclenchement d’un eczéma après introduction d’un nouveau cosmétique ou d’un nouveau pansement), soit par des tests allergologiques épicutanés – appelés patch-tests ou épi-tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des patchs contenant différents allergènes standardisés et à les enlever au bout de 48 heures : on examine alors si des réactions eczémateuses se sont déclenchées sur certaines zones, ce qui permet d’identifier l’allergène en cause.

Pour en savoir plus : eczéma allergique de contact et patch-tests cutanés.

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Eczéma nummulaire – les plaques en pièces de monnaie

L’eczéma nummulaire (du latin nummulus, petite pièce de monnaie) est caractérisé par des plaques rondes ou ovalaires bien délimitées, de 1 à 5 cm de diamètre, suintantes en phase aiguë, croûteuses en phase de régression, très prurigineuses. Il débute souvent aux jambes, puis peut s’étendre aux membres supérieurs et au tronc.

Il touche préférentiellement l’adulte et la personne âgée, surtout en hiver lors de la sécheresse cutanée exacerbée par le chauffage. Sa confusion avec une mycose cutanée (dermatophytie) est fréquente – un prélèvement mycologique tranche le diagnostic. Une revue actualisée de 2020 confirme que l’eczéma nummulaire est une entité distincte de l’eczéma atopique, avec des associations fréquentes à la sécheresse cutanée, aux infections bactériennes à distance (staphylocoque, streptocoque) et à l’eczéma de contact surajouté – Bonamonte et al., Dermatol Ther 2020 (PMID 32778043).

Facteurs déclenchants

  • Sécheresse cutanée intense (xérose) – principal facteur
  • Foyer infectieux à distance (staphylocoque, streptocoque) – parfois associé et entretenant les lésions
  • Médicaments (interférons, statines, diurétiques thiazidiques parfois)
  • Terrain atopique sous-jacent

Pour en savoir plus : guide complet sur l’eczéma.

Eczéma fissuraire et sec (xérotique) – les jambes craquelées

L’eczéma fissuraire – aussi appelé eczéma xérotique, eczéma craquelé ou asteatotic eczema – est une forme d’eczéma liée à une sécheresse cutanée extrême. Il se manifeste par un quadrillage caractéristique de la peau en fines fissures sur fond rouge, comparable à de la terre sèche qui se craquelle. Il débute souvent à la face antérieure des tibias chez les personnes âgées, notamment en hiver, et peut devenir très douloureux.

Causes et facteurs favorisants

  • Âge avancé – amincissement physiologique du manteau lipidique cutané
  • Chauffage en hiver – assèchement de l’air intérieur
  • Bains chauds prolongés ou savons détergents agressifs
  • Hypothyroïdie – peau très sèche, prise de poids, fatigue associées
  • Médicaments diurétiques, rétinoïdes oraux
  • Déshydratation générale

Traitement

Le traitement repose avant tout sur l’hydratation cutanée intensive : émollients riches (urée 10-15 %, céramides, glycérine) appliqués quotidiennement sur peau légèrement humide après la douche. La douche doit être courte, tiède (pas chaude) et effectuée avec un nettoyant surgras. En cas d’eczéma fissuraire inflammatoire, un dermocorticoïde peut être associé en cure courte. Pour en savoir plus : peau sèche du corps.

Principes généraux de traitement selon la forme

Forme d’eczéma Traitement de la cause (indispensable) Traitement local
Eczéma variqueux Contention veineuse classe II-III, doppler veineux, patch-tests si résistance Dermocorticoïde faible à moyen en cure courte + émollient en entretien
Eczéma allergique de contact Patch-tests, identification et éviction stricte de l’allergène Dermocorticoïde pendant la poussée – inefficace sans éviction de l’allergène
Eczéma nummulaire Émollients quotidiens, recherche et traitement d’un foyer infectieux à distance Dermocorticoïde de moyenne puissance sur les plaques actives
Eczéma fissuraire / xérotique Émollients riches pluriquotidiens, douche tiède courte, correction d’une hypothyroïdie Dermocorticoïde en cure courte si inflammation marquée

⚠️ Quand consulter rapidement un dermatologue ?

Consultez sans attendre si :
• L’eczéma de jambe ne répond pas aux dermocorticoïdes après 2 à 3 semaines de traitement bien conduit
• L’eczéma déborde nettement de sa zone habituelle ou s’étend rapidement
• La peau devient très suintante, croûteuse ou douloureuse (risque d’eczéma impétiginisé)
• Un ulcère de jambe apparaît au décours d’un eczéma variqueux
• Vous n’avez jamais eu de patch-tests et l’eczéma persiste ou récidive malgré les traitements

Téléchargez un guide complet au format PDF :

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Questions fréquentes sur l’eczéma de jambe

Comment savoir si j’ai un eczéma variqueux ou un autre type d’eczéma de jambe ?

L’eczéma variqueux survient sur les chevilles et la face interne des jambes, dans un contexte d’insuffisance veineuse chronique : jambes qui gonflent en fin de journée, varices visibles, pigmentation brun-ocre autour des chevilles. Les autres formes d’eczéma (nummulaire, allergique) peuvent siéger n’importe où sur les jambes, sans ce contexte veineux. Un doppler veineux confirmera ou infirmera l’insuffisance veineuse sous-jacente – indispensable avant de décider d’une contention.

Pourquoi mon eczéma de jambe revient-il malgré les dermocorticoïdes ?

Les dermocorticoïdes traitent l’inflammation mais pas la cause. Un eczéma variqueux récidivera tant que la contention veineuse classe II-III n’est pas portée régulièrement. Un eczéma allergique de contact persistera tant que l’allergène (crème, pansement, textile) n’est pas identifié par patch-tests et supprimé. Un eczéma nummulaire peut récidiver en hiver si les émollients ne sont pas utilisés quotidiennement. Le traitement de la cause est aussi important que le traitement local.

Les patch-tests sont-ils douloureux et combien de temps durent-ils ?

Les patch-tests sont totalement indolores. Ils consistent à coller dans le dos des patchs standardisés contenant les allergènes à tester, qui restent en place 48 heures. Le médecin lit les résultats à 48h – et parfois à 72h ou 96h pour les réactions tardives. La zone du dos ne doit pas être lavée pendant les 48 premières heures. Les résultats positifs se manifestent par de petites réactions eczémateuses locales au niveau du patch contenant l’allergène incriminé.

L’eczéma de jambe peut-il évoluer vers un ulcère ?

Dans le cas spécifique de l’eczéma variqueux, oui – c’est l’une de ses complications les plus redoutées. La progression de l’insuffisance veineuse non traitée peut aboutir à une lipodermatosclérose (induration et fibrose de la peau), puis à un ulcère de jambe veineux. C’est pourquoi le traitement précoce et régulier par contention veineuse est fondamental pour prévenir cette évolution. Les autres formes d’eczéma de jambe ne comportent pas ce risque d’ulcération.

Quelle crème utiliser sur un eczéma de jambe ?

Cela dépend de la forme. Pour l’eczéma variqueux : un dermocorticoïde de faible puissance en cure courte (7 à 14 jours) lors des poussées, puis un émollient en entretien. Pour l’eczéma nummulaire : un dermocorticoïde de moyenne puissance sur les plaques actives. Pour l’eczéma fissuraire : un émollient riche à l’urée 10-15 % suffit en dehors des phases inflammatoires. Un avis dermatologique est indispensable avant tout traitement prolongé par corticoïdes sur les jambes.

L’eczéma nummulaire est-il contagieux ?

Non, l’eczéma nummulaire n’est pas contagieux. Il peut être confondu avec une mycose (teigne), avec laquelle il partage l’aspect arrondi bien délimité – un prélèvement mycologique permet de trancher formellement. L’eczéma nummulaire est lié à une sécheresse cutanée, parfois à un foyer infectieux à distance (staphylocoque, streptocoque) ou à un terrain atopique sous-jacent.

Peut-on porter des bas de compression avec un eczéma de jambe actif ?

Oui, et c’est même indispensable dans l’eczéma variqueux : la contention veineuse classe II-III doit être maintenue même en poussée, car elle traite la cause profonde. On applique d’abord le dermocorticoïde ou l’émollient sur la peau, on laisse sécher quelques minutes, puis on enfile le bas de compression. En cas d’allergie au textile ou au caoutchouc du bas (identifiable par patch-tests), il faudra changer de marque ou de matière.

Références

Yosipovitch G et al. Stasis Dermatitis: An Overview of Its Clinical Presentation, Pathogenesis, and Management. Am J Clin Dermatol. 2023;24(2):275-286. PMID 36800152.

DeKoven JG et al. North American Contact Dermatitis Group Patch Test Results: 2017-2018. Dermatitis. 2021;32(2):111-123. PMID 33634511.

Bonamonte D et al. Nummular Eczema and Contact Allergy: A Retrospective Study. Dermatol Ther. 2020;33(6):e14361. PMID 32778043.

Haute Autorité de Santé (HAS). Dermatite atopique de l’enfant et recommandations générales sur l’eczéma. has-sante.fr.

Voir aussi : Eczéma – guide completEczéma variqueuxEczéma allergique de contactPatch-testsPlaques qui grattent sur les jambesPlaques derrière les genouxMycose cutanée

Eczema du pied : soigner l’exema des pieds

Eczéma des pieds

Mis à jour le 9 juillet 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

En bref : L’eczéma des pieds touche la plante, le dessus du pied ou les espaces interdigitaux et prend plusieurs formes, la plus fréquente étant la dysidrose avec ses petites cloques qui démangent. Il est le plus souvent d’origine allergique ou associé à une mycose des pieds sous jacente. Le traitement repose en général sur une crème cortisonée après confirmation du diagnostic par un médecin.
Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
Cloques qui démangent sur les pieds et les orteils
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Pourquoi a-t-on un eczéma du pied ?

L’eczéma est une dermatose ayant le plus souvent une origine allergique, qu’il s’agisse d’une allergie de contact aux matériaux de la chaussure (colle, chrome du cuir tanné, caoutchouc) ou d’un terrain atopique préexistant. La peau du pied cumule plusieurs facteurs favorisants : chaleur, transpiration, frottement et confinement dans la chaussure, qui fragilisent la barrière cutanée et facilitent la pénétration des allergènes.

Il existe aussi au niveau des pieds une dermatose fréquemment pourvoyeuse d’eczéma, la mycose des pieds. Le champignon responsable peut en effet déclencher à distance une réaction allergique appelée réaction « id », qui se traduit par des vésicules sur les pieds voire sur les mains, sans que le champignon ne soit présent à cet endroit précis.

Comment reconnaître l’eczéma de pied ?

L’eczéma des pieds peut se présenter sous plusieurs formes, dont la présentation clinique et le mécanisme diffèrent :

Forme clinique Aspect Contexte habituel
Dysidrose Petites cloques (« gouttes de rosée ») sur la plante et les orteils Souvent liée à une mycose associée ou à la transpiration
Pulpite fissuraire Fissures de la pulpe des orteils Forme assez rare, peau sèche et fragilisée
Eczéma profus des pieds Plaques rouges étendues, suintantes ou squameuses Notamment lors d’un eczéma allergique aux chaussures
À savoir : la dysidrose est la forme la plus fréquemment rencontrée en consultation pour un eczéma des pieds. C’est aussi cette forme qui est le plus souvent liée à la mycose des pieds, ce qui explique pourquoi le dermatologue recherche systématiquement une atteinte fongique associée avant de traiter.

À quoi je suis allergique ?

En cas de poussées répétées, le médecin vous proposera alors parfois de réaliser des tests appelés tests allergologiques épicutanés, ou epitests ou patch tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des sparadraps contenant différents allergènes et à les enlever au bout de 48h, on regarde alors si de l’eczéma s’est déclenché sur certaines zones et on en déduit l’allergène concerné.

Les allergènes les plus fréquemment retrouvés dans l’eczéma des pieds sont liés aux composants de la chaussure : chrome utilisé pour le tannage du cuir, colles, caoutchoucs et parfois certains vernis ou teintures. Une allergie de contact aux produits appliqués localement (crème, antifongique) peut également entretenir ou aggraver les lésions.

Mais il est possible d’observer une positivation plus tardive des tests (jusqu’à 7 jours après la pose des tests), il faut alors re-consulter le médecin pour une relecture à distance.

Soigner l’eczéma des pieds

Le traitement de l’eczéma des pieds requiert généralement des crèmes cortisonées voire des antihistaminiques pour soulager les démangeaisons. Ils sont prescrits par le médecin après confirmation du diagnostic, car une mycose ou un psoriasis plantaire peuvent parfois mimer un eczéma et nécessitent une prise en charge différente.

Conseil du dermatologue : il faut éviter l’allergène éventuellement identifié en cas d’allergie confirmée par les patch tests. Si elle existe, la mycose des pieds doit être traitée en parallèle, faute de quoi les poussées d’eczéma ont tendance à récidiver.

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Dans les formes chroniques et résistantes aux traitements locaux habituels, la littérature récente rapporte l’intérêt de traitements systémiques ciblés chez certains patients en échec thérapeutique, à discuter avec le dermatologue selon la sévérité et le retentissement sur la qualité de vie.

Comment distinguer eczéma des pieds et autres dermatoses ?

Le diagnostic différentiel repose sur l’examen clinique et parfois sur des examens complémentaires. La mycose des pieds se reconnaît le plus souvent par une atteinte des espaces interdigitaux avec une peau qui pèle, tandis que le psoriasis plantaire donne des plaques bien limitées, épaisses, sans les vésicules caractéristiques de la dysidrose. En cas de doute persistant, un prélèvement mycologique ou une biopsie cutanée peuvent être proposés.

Consultez en urgence si : les lésions s’accompagnent de fièvre, d’un gonflement important du pied, de traînées rouges remontant vers la jambe ou d’un suintement jaunâtre évoquant une surinfection bactérienne. Ces signes peuvent traduire une complication infectieuse nécessitant un traitement rapide.

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Questions fréquentes sur l’eczéma des pieds

Qu’est-ce que l’eczéma des pieds ?

L’eczéma des pieds est une inflammation de la peau qui se traduit selon les cas par de petites cloques qui démangent, des fissures des orteils ou des plaques rouges étendues. Il touche la plante, le dessus du pied ou les espaces entre les orteils, et son origine est le plus souvent allergique ou associée à une mycose sous jacente.

Quelle est la différence entre eczéma des pieds et mycose des pieds ?

La mycose des pieds est une infection par un champignon, souvent localisée entre les orteils avec une peau qui pèle. Elle peut déclencher à distance une réaction eczémateuse appelée dysidrose. Le dermatologue distingue les deux car le traitement diffère totalement, antifongique pour la mycose, cortisone locale pour l’eczéma.

Comment soigne-t-on l’eczéma des pieds ?

Le traitement repose en général sur une crème cortisonée adaptée à la sévérité des lésions, associée si besoin à un antihistaminique contre les démangeaisons. Une mycose associée doit être traitée en parallèle. L’allergène identifié lors des patch tests doit être évité autant que possible.

Quand consulter en urgence pour un eczéma des pieds ?

Une consultation rapide s’impose en cas de fièvre associée, de gonflement important, de suintement jaunâtre évoquant une surinfection, ou de plaques qui s’étendent rapidement malgré un traitement local bien conduit.

Comment prévenir les poussées d’eczéma des pieds ?

Limiter la macération en portant des chaussures aérées et des chaussettes en fibres naturelles, éviter le contact prolongé avec l’allergène identifié, traiter rapidement toute mycose des pieds et hydrater la peau des pieds au quotidien réduisent le nombre de poussées chez la plupart des patients.

L’eczéma des pieds est-il contagieux ?

Non, l’eczéma des pieds n’est pas contagieux, qu’il soit allergique ou associé à une dysidrose. En revanche, la mycose des pieds qui peut l’accompagner est elle transmissible, notamment dans les piscines et les vestiaires collectifs.

Peut-on avoir un eczéma des pieds pendant la grossesse ?

Oui, des poussées d’eczéma des pieds peuvent survenir ou s’aggraver pendant la grossesse sous l’effet des variations hormonales. Le choix du traitement cortisoné doit alors être validé par le médecin en tenant compte du terme et de l’allaitement éventuel.

Qu’est-ce que la dysidrose et est-ce la même chose que l’eczéma des pieds ?

La dysidrose est une des formes de l’eczéma des pieds et des mains. Elle se manifeste par de petites cloques ressemblant à des gouttes de rosée sur la plante, les orteils ou les paumes, souvent liée à la transpiration ou à une mycose associée.

Références scientifiques

  1. Alavi A, Skotnicki S, Sussman G, Sibbald RG. Diagnosis and treatment of hand dermatitis. Adv Skin Wound Care. 2012;25(8):371-380. PMID 22820963
  2. Nishizawa A. Dyshidrotic Eczema and Its Relationship to Metal Allergy. Curr Probl Dermatol. 2016;51:80-85. PMID 27584966
  3. Li Y, Xiao J, Sun Y, Fang H, Qiao J. Quick Treatment of Very Severe Refractory Hand and Foot Eczema with Dupilumab: A Case Report and Literature Review. J Asthma Allergy. 2023;16:1-8. PMID 36636704

Source : HAS, Dermatite atopique de l’enfant

Eczema des levres : causes, symptômes et conseils dermatologue

Mis à jour le 11 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

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L’eczéma des lèvres – ou chéilite eczémateuse – est une affection fréquente caractérisée par des lèvres sèches, fissurées, squameuses et douloureuses. Souvent confondu avec de l’herpès ou une simple sécheresse labiale, il peut être d’origine atopique, allergique de contact ou irritative. Identifier la cause est indispensable pour un traitement efficace.

ℹ️ À retenir
Une chéilite persistante malgré les soins d’hygiène habituels doit faire consulter un dermatologue. La cause allergique (rouge à lèvres, baume, dentifrice) est souvent méconnue et nécessite des tests épicutanés (patch tests) pour être identifiée. Le traitement dépend entièrement du mécanisme en cause.

Qu’est-ce que l’eczéma des lèvres (chéilite) ?

Le terme chéilite désigne toute inflammation des lèvres. La chéilite eczémateuse en est la forme la plus fréquente et regroupe trois sous-types principaux :

  • Chéilite de contact allergique : réaction immunitaire à un allergène (rouge à lèvres, baume labial, dentifrice, nickel des instruments à vent…).
  • Chéilite de contact irritative : liée au léchage répété des lèvres, à la salive, à certains aliments acides ou épicés, au vent ou au froid.
  • Chéilite atopique : forme de dermatite atopique localisée aux lèvres, souvent associée à d’autres manifestations atopiques (eczéma, asthme, rhinite allergique).

D’autres formes – chéilite angulaire (perlèche), chéilite actinique, chéilite granulomateuse – entrent dans le diagnostic différentiel et nécessitent une prise en charge spécifique.

Symptômes de l’eczéma des lèvres

Les signes cliniques de la chéilite eczémateuse associent, à des degrés variables :

  • Sécheresse et désquamation des lèvres, parfois avec squames épaisses.
  • Fissures douloureuses, notamment aux commissures.
  • Rougeur (érythème) et œdème labial.
  • Prurit (démangeaisons) ou sensation de brûlure.
  • Extension possible au pourtour de la bouche (péribuccal) en cas d’allergie de contact.
  • Évolution chronique avec poussées et rémissions.
⚠️ Ne pas confondre avec…
L’eczéma des lèvres n’est pas de l’herpès labial (qui se présente en vésicules groupées avec brûlure aiguë), ni une simple gerçure (transitoire, améliorée par le baume en quelques jours), ni un carcinome spinocellulaire (toute lésion kératosique unilatérale persistante de la lèvre inférieure chez un sujet exposé au soleil doit être biopsiée).

Causes et allergènes responsables

Chéilite allergique de contact

C’est la cause la plus fréquente de chéilite chronique. Les allergènes les plus impliqués sont :

  • Produits cosmétiques labiaux : baumes à lèvres (lanoline, cire d’abeille, propolis, gallates, huiles essentielles), rouges à lèvres (résines, colorants azoïques, parfums). Les gallates (octyl et dodécyl gallate) sont des conservateurs fréquents dans les baumes et saucisses – la chéilite aux gallates est en augmentation (PMID 39749762).
  • Dentifrices : menthol, fluorure de sodium, propylène glycol, colorants.
  • Aliments et aromates : propolis, cannelle, menthe, baume du Pérou.
  • Médicaments topiques : anesthésiques (benzocaïne), antibiotiques (néomycine).
  • Instruments à vent : nickel des embouchures.

Le diagnostic repose sur les tests épicutanés (patch tests), réalisés par un dermatologue-allergologue, qui permettent d’identifier l’allergène responsable et de guider l’éviction.

Chéilite irritative par léchage

Le lip-licking cheilitis est particulièrement fréquent chez l’enfant et l’adolescent. La salive, en s’évaporant, entraîne une sécheresse progressive, un érythème péribuccal caractéristique en anneau autour des lèvres, et des fissures douloureuses qui entretiennent le réflexe de léchage (PMID 23568570). Le traitement repose sur la suppression du léchage, les émollients et parfois une courte cure de dermocorticoïde faible.

Chéilite atopique

Forme localisée de dermatite atopique touchant exclusivement les lèvres, souvent associée à un terrain atopique personnel ou familial. La chéilite atopique répond bien aux inhibiteurs de la calcineurine topiques (tacrolimus 0,03 % chez l’enfant, 0,1 % chez l’adulte), permettant d’éviter les corticoïdes prolongés sur une zone aussi sensible (PMID 33340078). Les guides de bonne pratique 2024 sur la dermatite atopique recommandent les inhibiteurs de calcineurine comme traitement de deuxième intention pour les zones du visage et les muqueuses (PMID 39707640).

Traitement de l’eczéma des lèvres

Le traitement dépend de la cause identifiée. Les principes généraux sont :

Type de chéilite Traitement de première intention
Allergique de contact Éviction de l’allergène identifié par patch test + émollient
Irritative (léchage) Arrêt du léchage + émollient protecteur + dermocorticoïde faible si besoin
Atopique Émollient + inhibiteur calcineurine topique (tacrolimus) ± dermocorticoïde de classe faible
Angulaire (perlèche) Antifongique ± antibiotique topique selon la cause (Candida, staphylocoque)

Mesures générales :

  • Appliquer un émollient sans conservateur (Cicaplast, Cetaphil, vaseline pure) plusieurs fois par jour.
  • Éviter les baumes parfumés, les rouges à lèvres et les dentifrices au menthol pendant la phase aiguë.
  • Ne jamais lécher les lèvres – cela aggrave systématiquement la sécheresse.
  • Utiliser un soin solaire labial (SPF 30+) en cas d’exposition au soleil (prévention de la chéilite actinique sur terrain préexistant).
💡 Conseil du Dr Rousseau
Si votre eczéma des lèvres résiste malgré plusieurs semaines de soins avec un baume classique, changez de produit labial (choisissez une formule sans parfum, sans propolis, sans gallates) et consultez un dermatologue pour un bilan allergologique. La cause est souvent dans le baume lui-même que vous utilisez pour vous soigner.

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Questions fréquentes

Comment savoir si j’ai une allergie de contact sur les lèvres ?
Si votre chéilite est chronique, récidivante ou s’étend au pourtour de la bouche, une allergie de contact est probable. Le seul moyen de confirmer est le patch test (test épicutané), réalisé en consultation dermatologique spécialisée. Le dermatologue applique des allergènes standardisés sur le dos pendant 48 heures et lit les résultats à 48 h et 96 h.
Peut-on utiliser une cortisone sur les lèvres ?
Oui, mais de façon limitée. Un dermocorticoïde de classe faible (hydrocortisone 1 %) peut être appliqué sur les lèvres pour une courte durée (7 à 10 jours maximum). Les corticoïdes puissants sont déconseillés sur cette zone muqueuse fine. Pour un traitement prolongé de la chéilite atopique, les inhibiteurs de la calcineurine (tacrolimus, pimécrolimus) sont préférables car ils n’entraînent pas d’atrophie cutanée.
Mon rouge à lèvres peut-il être responsable de ma chéilite ?
Oui, c’est l’une des causes les plus fréquentes. Les rouges à lèvres contiennent de nombreux allergènes potentiels : résines, colorants azoïques, parfums, conservateurs (gallates, parabènes), huiles de ricin. La chéilite allergique au rouge à lèvres touche la lèvre supérieure de façon préférentielle. Éviter le rouge à lèvres pendant 3 à 4 semaines est un test diagnostique simple avant le patch test.
L’eczéma des lèvres peut-il toucher les enfants ?
Oui, et la forme la plus fréquente chez l’enfant est la chéilite irritative par léchage des lèvres. Elle se manifeste par un érythème sec et squameux en anneau autour de la bouche. Le traitement repose sur l’arrêt du léchage (souvent difficile à obtenir), l’application régulière d’un émollient et, si besoin, un dermocorticoïde de classe faible pour quelques jours. La chéilite atopique est également fréquente chez l’enfant atopique.
Quelle est la différence entre chéilite et herpès labial ?
L’herpès labial (bouton de fièvre) se manifeste par des vésicules groupées douloureuses avec sensation de brûlure, sur une zone localisée de la lèvre, évoluant vers la croûte en 7 à 10 jours. La chéilite eczémateuse est diffuse, chronique, sans vésicules, avec sécheresse, squames et fissures. En cas de doute, un frottis pour PCR HSV peut être réalisé.

Références scientifiques

  • Chronic Gallate Cheilitis With Drug and Dietary Involvement. Contact Dermatitis. 2025. PMID 39749762
  • Cheilitis, perioral dermatitis and contact allergy. Clin Dermatol. 2013 May-Jun. PMID 23568570
  • Isolated lip dermatitis (atopic cheilitis) treated with topical tacrolimus. Dermatol Ther. 2021 Jan. PMID 33340078
  • Clinical practice guidelines for the management of atopic dermatitis 2024. J Allergy Clin Immunol Pract. 2024 Dec. PMID 39707640
  • HAS – Dermatite atopique : prise en charge. has-sante.fr

Voir aussi


Eczema sur le ventre: soigner l’exema du ventre

Eczema du ventre
L’eczema du ventre est une des causes de plaques rouges qui grattent et de boutons qui démangent sur le ventre

Allergie au nickel du bouton de jean's
Télécharger un guide complet au format PDF :

En cas d’eczema du ventre, il faut consulter un médecin et si possible un dermatologue

Nous n’envisagerons ici qu’une forme d’eczema du ventre :

Eczema allergique du ventre

Cet eczema allergique résulte d’un contact avec un allergène provoquant un exema.

Les allergènes les plus fréquemment mis en cause dans l’eczema du ventre sont :

les cosmétiques appliqués depuis quelques jours sur le ventre

cremes, parfums…

le Nickel : eczema à l’endroit du bouton de jean’s voir allergie au nickel

les photoallergènes,

substances provoquant un eczema avec le soleil en cas d’exposition solaire

textiles en contact avec le ventre

Allergènes d’origine conjugale, par frottement lors des rapports sexuels notamment

Comment savoir à quoi je suis allergique sur le ventre

Le médecin le met en evidence soit par l’interrogatoire (déclenchement d’un eczema après manipulation d’un nouveau cosmétique), soit par tests appelés tests allergologiques épicutanés, ou epitests oupatch tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des sparadraps contenant différents allergènes et de les enlever au bout de 48h : on regarde alors si de l’eczema s’est déclenché sur certaines zones et on en déduit l’allergene concerné.

Mais il est possible d’observer une positivation plus tardive des tests (jusqu’à 7 jours apres la pose des tests) : il faut alors re-consulter le médecin.

patch tests
Patch tests en cas d’exema

Voir l’article consacré à l’eczema allergique de contact

Soigner l’eczema du ventre

Tout d’abord il faut éviter de gratter car ceci intensifie et lichénifie (épaissit) l’eczema, le rendant chronique

On peut se laver le ventre avec un savon sans savon, un savon surgras…

Le traitement de l’eczéma du ventre requiert généralement des cremes cortisonées voire des antihistaminiques (traitement de l’allergie).

Il convient par ailleurs d’éviter le contact avec la substance allergisante en cause ou de s’en protéger (produits cosmétiques, bouton de jean’s… )
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Eczema de l’anus : soigner l’exema entre les fesses

Eczema de l’anus
L’eczema de l’anus est une des causes de plaques rouges qui grattent sur l’anus

Rougeur de l’anus qui gratte

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En cas d’eczema de l’anus, il faut consulter un médecin et si possible un dermatologue

Nous n’envisagerons ici qu’une forme d’eczema de l’anus :

Eczema allergique de l’anus

Cet eczema allergique résulte d’un contact avec un allergène provoquant un exema.

Les allergènes les plus fréquemment mis en cause dans l’eczema de l’anus sont :

les cosmétiques appliqués depuis quelques jours sur le sexe

cremes, crèmes dépilatoires, mousses à raser, parfums, lingettes…

préservatifs et lubrifiants

Comment savoir à quoi je suis allergique sur l’anus

Le médecin le met en evidence soit par l’interrogatoire (déclenchement d’un eczema après manipulation d’un nouveau cosmétique), soit par tests appelés tests allergologiques épicutanés, ou epitests oupatch tests. Ils consistent à appliquer dans le dos des sparadraps contenant différents allergènes et de les enlever au bout de 48h : on regarde alors si de l’eczema s’est déclenché sur certaines zones et on en déduit l’allergene concerné.

Mais il est possible d’observer une positivation plus tardive des tests (jusqu’à 7 jours apres la pose des tests) : il faut alors re-consulter le médecin.

patch tests
Patch tests en cas d’exema

Voir l’article consacré à l’eczema allergique de contact

Soigner l’eczema sur l’anus

Tout d’abord il faut consulter un médecin pour déterminer la cause de l’éczema et vérifier qu’il s’agit bien d’un eczema (exemple il peut d’agir d’une mycose du sexe contre indiquant tout corticoide)

Il faut se laver une fois par jour avec un produit doux et bien sécher apres la toilette

En cas d’eczema confirmé par le médecin, il faut éviter l’allergène en cause (creme, lingette, lubrifiant, preservatif… ) et le médecin prescrit souvent de la cortisone en creme
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