Mélanome malin : comment l’éviter, prévention

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En bref : Le mélanome malin est le cancer de la peau le plus grave, responsable de 80 % des décès par cancer cutané malgré une incidence inférieure à 5 % des cancers de la peau. En France, environ 18 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Détecté tôt (Breslow < 1 mm), le taux de survie à 10 ans dépasse 95 %.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Prévenir le mélanome : facteurs de risque et protection solaire

Le mélanome malin est le cancer dont l’incidence a le plus augmenté en France ces trente dernières années. En 2023, 17 922 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France métropolitaine, un chiffre qui augmente d’environ 2 % par an. Chez l’homme, le nombre de cas a été multiplié par 5 entre 1990 et 2018 ; chez la femme, par 3 sur la même période. Cette progression s’explique en grande partie par des comportements d’exposition solaire qui se sont intensifiés depuis les années 1970 – vacances sous les tropiques, mode du bronzage, cabines UV.

La bonne nouvelle : le mélanome est largement évitable. Plus de 85 % des cancers de la peau sont liés à une exposition excessive au soleil. Et son pronostic est favorable lorsqu’il est détecté tôt : le taux de survie relative à 5 ans atteint 88 % pour les stades localisés, mais chute à 18 % en cas de métastases. Connaître ses facteurs de risque personnels et adopter les bons réflexes de photoprotection sont les deux leviers essentiels de prévention.

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Mélanome en France : les chiffres clés

Le mélanome de la peau est le 4e cancer le plus fréquent en France. L’âge médian au moment du diagnostic est de 68 ans chez les hommes et 62 ans chez les femmes. C’est aussi le cancer le plus fréquent de l’adulte jeune entre 25 et 50 ans dans la zone occidentale. Malgré ces chiffres, le mélanome reste un cancer de bon pronostic à condition d’être diagnostiqué tôt – d’où l’importance capitale du dépistage précoce et de la prévention.

Chiffres 2023 (INCa) :

  • 17 922 nouveaux cas de mélanome en France métropolitaine
  • Soit 9 109 hommes et 8 813 femmes
  • Augmentation d’incidence : +444 % chez l’homme et +240 % chez la femme depuis 1990
  • Taux de survie à 5 ans : 88 % (stade localisé) – 18 % (stades métastatiques)

Quels sont les facteurs de risque du mélanome ?

Les facteurs de risque du mélanome se répartissent en trois grandes catégories : les facteurs environnementaux (modifiables), les facteurs individuels (liés au phototype et à la pigmentation) et les facteurs génétiques (héréditaires). Leur interaction détermine le niveau de risque personnel de chaque individu.

Catégorie Facteurs de risque Niveau de risque
Environnemental Expositions solaires intenses et/ou répétées, coups de soleil dans l’enfance, UV artificiels (cabines) Élevé – modifiable
Individuel Phototype I/II (peau claire, cheveux roux ou blonds, taches de rousseur), nombreux grains de beauté, nævus atypiques Élevé – non modifiable
Génétique/familial Antécédent personnel ou familial de mélanome (au 1er degré), mutations CDKN2A/CDK4 Élevé – surveillance renforcée
Immunitaire Immunodépression (traitement immunosuppresseur, VIH, hémopathies) Modéré à élevé
Maladies rares Xeroderma pigmentosum, albinisme oculocutané Très élevé

Phototype et sensibilité aux UV

Le phototype est la caractéristique cutanée qui détermine la réaction de la peau au soleil. Plus le phototype est clair, plus le risque de mélanome est élevé. Le risque augmente si la personne a une peau blanche ou claire avec des taches de rousseur multiples (phototype I ou II) et des cheveux blonds ou roux : plus la peau, les cheveux et les yeux sont clairs, plus le risque de mélanome est important.

Phototype Caractéristiques Réaction au soleil Risque mélanome
I Peau très claire, cheveux roux, taches de rousseur nombreuses Brûle toujours, ne bronze jamais Très élevé
II Peau claire, cheveux blonds ou châtain clair, yeux clairs Brûle facilement, bronze peu Élevé
III Peau intermédiaire, cheveux châtains Brûle parfois, bronze progressivement Modéré
IV–VI Peau mate à noire, cheveux bruns à noirs Brûle rarement ou jamais, bronze facilement Faible (mais non nul)

Grains de beauté et risque de mélanome

Les grains de beauté (nævus mélanocytaires) constituent l’un des principaux facteurs de risque individuels. Le nombre de grains de beauté est associé au risque de développer un mélanome, d’autant plus s’ils sont atypiques. Plus la personne en possède, plus la surveillance doit être régulière.

Dans 80 % des cas, le mélanome survient de façon spontanée sur une peau saine ; dans 20 % des cas, il se développe à partir d’un grain de beauté préexistant. Ce point est essentiel : l’absence de grain de beauté préexistant ne protège pas d’un mélanome.

IL FAUT CONSULTER devant l’apparition de toute tache marron nouvelle, tout bouton qui grossit, ou tout grain de beauté qui change d’aspect (grain de beauté qui change de couleur notamment). Voir l’article grain de beauté ou mélanome? faire la différence
Changement de grain de beauté : danger de mélanome !

Les personnes ayant de nombreux grains de beauté doivent les faire surveiller régulièrement par un dermatologue, au minimum une fois par an. Entre les consultations, un auto-examen trimestriel permet de détecter toute modification suspecte (voir section auto-examen ci-dessous).

Antécédents familiaux et prédisposition génétique

Un antécédent familial de mélanome au premier degré (père, mère, frère, sœur) multiplie le risque par 2 à 3. Une personne qui a déjà eu un mélanome risque davantage d’en développer un second sur une autre partie du corps ou à proximité du premier.

La prédisposition familiale concerne environ 10 % des patients atteints de mélanome. Les gènes de prédisposition majeurs les mieux connus sont CDKN2A et CDK4 ; des mutations de ces deux gènes sont retrouvées dans 10 à 20 % des formes familiales. Pour les 90 % restants, il s’agit d’une prédisposition multifactorielle impliquant des gènes de pigmentation (MC1R, ASIP) et d’autres gènes de susceptibilité.

Si un parent au premier degré a eu un mélanome, l’ensemble des membres de la famille doit en être informé et se faire surveiller régulièrement par un dermatologue. Une consultation d’oncogénétique peut être proposée dans les familles à forte densité de mélanomes.

UV artificiels : les cabines de bronzage sont cancérogènes certains

Les radiations solaires et les rayonnements UV émis par des installations de bronzage sont tous deux des cancérogènes certains pour l’homme pour le mélanome cutané (groupe 1 du CIRC). Le risque cancérogène des UV naturels et artificiels se cumule : c’est la dose totale d’UV reçue qui détermine le risque cancérogène global.

Le fait d’avoir été exposé au moins une fois dans sa vie à un appareil émettant des UV artificiels entraîne une augmentation de 15 % du risque de développer un mélanome cutané. Les cabines de bronzage sont interdites aux mineurs en France depuis 2012 et fortement déconseillées à toute personne quelle que soit son phototype.

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Comment se protéger efficacement du soleil ?

La photoprotection est la seule mesure de prévention primaire modifiable du mélanome. Elle repose sur trois niveaux complémentaires, par ordre d’efficacité décroissante :

1. Éviction des expositions à risque

  • Ne pas s’exposer entre 11 h et 17 h (pic d’intensité des UV), notamment en été et sous les latitudes ensoleillées
  • Éviter les expositions longues de type « bain de soleil » prolongé
  • Exposition progressive les premiers jours en début de saison ou de vacances
  • Éviter absolument les cabines UV – cancérogènes certains pour le CIRC
  • Ne pas oublier que les UV traversent les nuages : la photoprotection reste nécessaire même par temps couvert

2. Protection vestimentaire

  • T-shirt à manches longues (indice UPF ≥ 50 pour les vêtements anti-UV)
  • Chapeau à bords larges (≥ 7 cm) protégeant le visage, les oreilles et la nuque
  • Pantalon long
  • Lunettes de soleil avec protection UV 400 (protection des paupières et du pourtour oculaire)

3. Crèmes solaires

  • Indice de protection minimum SPF 30, idéalement SPF 50+ pour les phototypes I et II
  • Protection mixte UVB + UVA (vérifier la mention « large spectre » ou le logo UVA encerclé)
  • Appliquer toutes les 2 heures et après chaque bain ou transpiration importante
  • Appliquer en quantité suffisante (2 mg/cm² de peau, soit environ 30 à 35 mL pour un adulte en maillot de bain)
  • Ne pas considérer la crème solaire comme une licence pour s’exposer plus longtemps
Pour les enfants : La protection solaire des enfants est prioritaire. L’enfance et l’adolescence sont une période critique : une forte exposition au soleil tôt dans la vie augmente le risque de mélanome. Les enfants de moins de 3 ans ne doivent pas être exposés au soleil direct. Les enfants plus grands doivent systématiquement porter T-shirt, chapeau et crème SPF 50+.

Auto-examen de la peau : la règle ABCDE

L’auto-examen trimestriel de l’ensemble de la peau permet de détecter précocement toute lésion suspecte. Il doit être réalisé devant un grand miroir, à la lumière du jour ou sous bonne lumière artificielle, en examinant également le cuir chevelu, les oreilles, le dos, les fesses, les plantes des pieds et l’espace entre les orteils.

La règle ABCDE permet d’identifier les grains de beauté qui nécessitent une consultation :

Critère Ce qu’il faut rechercher
A – Asymétrie Le grain de beauté n’est pas rond ou ovale ; les deux moitiés ne se correspondent pas
B – Bords Contours irréguliers, en carte de géographie, mal définis ou encochés
C – Couleur Couleur hétérogène : mélange de brun, noir, rose, rouge, blanc ou bleu-gris
D – Diamètre Diamètre supérieur à 6 mm (taille d’une gomme de crayon)
E – Évolution Tout changement récent de taille, d’épaisseur, de forme, de couleur ou l’apparition de saignement, croûte ou prurit
Important : La présence d’un ou plusieurs de ces critères n’implique pas forcément un mélanome, mais justifie une consultation dermatologique sans délai. Le critère E (évolution) est souvent le plus précoce et le plus fiable : toute modification d’un grain de beauté doit conduire à consulter.

Quand consulter en urgence ?

Consultez un dermatologue rapidement dans les situations suivantes :

  • Apparition d’une tache brune ou noire nouvelle qui grossit rapidement
  • Un grain de beauté qui change de couleur, de taille ou de forme
  • Une lésion qui saigne, suinte ou démange spontanément
  • Une tache rose ou rouge qui ne guérit pas en quelques semaines
  • Tout grain de beauté répondant à un ou plusieurs critères ABCDE


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⚠️ Signes d’alarme ABCDE – consultez sans attendre : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur non homogène, Diamètre > 6 mm, Évolution (changement récent de taille, forme ou couleur). Tout grain de beauté qui change doit être montré à un dermatologue dans les 2 à 4 semaines.

Questions fréquentes sur la prévention du mélanome

Peut-on avoir un mélanome sans avoir été exposé au soleil ?

Oui. Bien que l’exposition aux UV soit le principal facteur de risque évitable, des mélanomes surviennent sur des zones non exposées (plante des pieds, muqueuses, sous les ongles). Les facteurs génétiques, le phototype et les antécédents familiaux jouent également un rôle indépendamment de l’exposition solaire.

Faut-il éviter complètement le soleil pour prévenir le mélanome ?

Non. Il ne s’agit pas de bannir le soleil mais d’en limiter les excès. Une exposition raisonnée, en dehors des heures à risque (11 h–17 h), avec protection vestimentaire et crème solaire SPF 50+, permet de bénéficier des effets positifs du soleil (synthèse de vitamine D, bien-être) sans s’exposer inutilement.

À quelle fréquence faut-il consulter le dermatologue pour surveiller ses grains de beauté ?

Pour une personne sans facteur de risque particulier : une consultation tous les 12 mois est recommandée. En cas de facteurs de risque (phototype I/II, nombreux nævus, nævus atypiques, antécédents familiaux de mélanome) : une surveillance tous les 6 mois avec dermoscopie numérique peut être indiquée, à adapter selon les recommandations du dermatologue.

Les enfants ont-ils besoin de crème solaire SPF 50+ même les jours nuageux ?

Oui. Les UV traversent les nuages et peuvent provoquer des coups de soleil même par temps couvert. Les enfants doivent bénéficier d’une photoprotection systématique dès exposition en extérieur, quelles que soient les conditions météorologiques. Une méta-analyse portant sur 51 études a confirmé que le risque de mélanome augmente avec le nombre de coups de soleil à tout âge de la vie, l’enfance étant une période particulièrement sensible.

Une personne à peau noire (phototype VI) peut-elle avoir un mélanome ?

Oui, bien que le risque soit nettement plus faible. Les mélanomes chez les personnes à peau très foncée surviennent le plus souvent dans des zones non exposées – plante des pieds, paumes, sous les ongles (mélanome acral) – et sont souvent diagnostiqués à un stade plus tardif. Une étude américaine portant sur près de 97 000 patients a montré un risque de décès environ 3 fois plus élevé au stade I chez les patients noirs par rapport aux patients blancs, largement lié à ce retard diagnostique. La surveillance de ces zones reste importante quel que soit le phototype.

Voir aussi : Mélanome malinTraitement du mélanomeGrains de beauté

Références scientifiques

  1. INCa. Épidémiologie des cancers cutanés. Institut national du cancer, 2023. e-cancer.fr
  2. Gandini S, Sera F, Cattaruzza MS, et al. Meta-analysis of risk factors for cutaneous melanoma: II. Sun exposure. Eur J Cancer. 2005;41(1):45-60. PubMed 15617990
  3. Grange F. Épidémiologie du mélanome cutané : données françaises et perspectives. Ann Dermatol Venereol. 2014;141 Suppl 2:S3-S8. PubMed 25539698
  4. Olsen CM, Carroll HJ, Whiteman DC. Estimating the attributable fraction for melanoma: a meta-analysis of pigmentary characteristics and freckling. Int J Cancer. 2010;127(10):2430-2445. PubMed 20162563
  5. Dennis LK, Vanbeek MJ, Beane Freeman LE, et al. Sunburns and risk of cutaneous melanoma: does age matter? A comprehensive meta-analysis. Ann Epidemiol. 2008;18(8):614-27. PubMed 18652979
  6. Dawes SM, Tsai S, Gittleman H, et al. Racial disparities in melanoma survival. J Am Acad Dermatol. 2016;75(5):983-991. PubMed 27476974
  7. HAS. Mélanome cutané – détection précoce et prise en charge. Haute Autorité de Santé. has-sante.fr

Mis à jour le 20 juillet 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS)., Bordeaux.


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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.