Carcinomes cutanés : types, dépistage et traitement

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Dernière mise à jour : 11 mai 2026

Carcinome de la peau : basocellulaire, spinocellulaire — causes, signes et traitement (2026)

En bref : Le carcinome cutané est un cancer développé à partir des kératinocytes — les cellules de surface de la peau — à distinguer du mélanome, issu des mélanocytes. Il en existe deux formes principales : le carcinome basocellulaire (le plus fréquent) et le carcinome spinocellulaire (plus agressif). Les deux sont fortement liés à l’exposition solaire cumulée et se traitent efficacement lorsqu’ils sont pris en charge précocement. Dr Rousseau, dermatologue — mis à jour mai 2026.

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CARCINOMES CUTANÉS
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Carcinome cutané : définition et distinction avec le mélanome

Le terme carcinome désigne un cancer épithélial issu des kératinocytes, cellules qui constituent la couche superficielle de l’épiderme (environ 90 % des cellules cutanées). Il se distingue fondamentalement du mélanome, qui prend naissance dans les mélanocytes — cellules pigmentaires situées à la jonction dermo-épidermique. Cette distinction est cliniquement importante : les carcinomes sont en général moins agressifs que le mélanome, mais leur fréquence est très supérieure et ils ne doivent pas être négligés.

Les carcinomes cutanés représentent les cancers les plus diagnostiqués dans le monde occidental. En France, l’incidence augmente régulièrement depuis plusieurs décennies, en lien avec le vieillissement de la population et les comportements d’exposition solaire des générations précédentes.

Les deux types principaux de carcinomes cutanés

Carcinome basocellulaire

Carcinome basocellulaire térébrant du nez

Le carcinome basocellulaire (CBC) est issu des cellules de la couche basale de l’épiderme — la couche la plus profonde, en contact avec le derme. C’est le cancer le plus fréquent chez l’être humain, tous types de cancers et tous organes confondus. En France, on estime à environ 50 000 le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année, soit environ 80 cas pour 100 000 habitants par an.

Sa particularité majeure : il est localement invasif mais ne donne pratiquement jamais de métastases dans les formes habituelles. Il peut néanmoins, s’il est négligé pendant des années, détruire les tissus de voisinage (os, cartilage) — d’où l’importance d’une prise en charge précoce. Il siège préférentiellement sur le visage (nez, paupières, tempes) et les zones photo-exposées.

ℹ️ Pour aller plus loin

Aspect clinique, formes anatomopathologiques, techniques chirurgicales et suivi : fiche détaillée du carcinome basocellulaire →

Carcinome spinocellulaire

kerato acantome
Kératoacanthome, forme bien différenciée de carcinome spinocellulaire

Le carcinome spinocellulaire (CSC), également appelé carcinome épidermoïde, est issu des couches plus superficielles de l’épiderme — dont les cellules présentent des jonctions intercellulaires en forme d’épines (desmosomes), à l’origine de son nom. Il est moins fréquent que le basocellulaire mais potentiellement plus agressif : contrairement à ce dernier, il peut donner des métastases ganglionnaires ou à distance dans certaines formes avancées ou mal différenciées.

Il se développe souvent sur des lésions précancéreuses préexistantes, notamment les kératoses actiniques — lésions rugueuses et squameuses liées à l’accumulation de dommages solaires. Détecter et traiter les kératoses actiniques est donc une stratégie de prévention du carcinome spinocellulaire.

ℹ️ Pour aller plus loin

Formes cliniques, kératoacanthome, risque métastatique et traitements spécifiques : fiche détaillée du carcinome spinocellulaire →

Tableau comparatif : basocellulaire vs spinocellulaire

Critère Basocellulaire Spinocellulaire
Cellule d’origine Cellules basales (couche profonde) Kératinocytes superficiels (épine)
Fréquence Très fréquent (≈ 50 000 cas/an en France) Moins fréquent (≈ 15 000 cas/an)
Aspect typique Perle translucide, télangiectasies, bordure perlée Lésion kératosique, bourgeonnante, croûteuse
Lésion précurseur Généralement aucune (exposition solaire ancienne) Kératose actinique fréquente
Risque métastatique Exceptionnel dans les formes habituelles Possible (formes mal différenciées, immunodéprimés)
Exposition solaire liée Expositions brutales et répétées (enfance) Exposition cumulée chronique (vie entière)
Traitement principal Chirurgie (exérèse), parfois chirurgie de Mohs Chirurgie, radiothérapie selon la localisation

Facteurs de risque : le rôle central du soleil

L’exposition aux ultraviolets (UV) — solaires ou artificiels (cabines de bronzage) — est le principal facteur de risque des deux types de carcinomes cutanés. Les UV induisent des mutations spécifiques dans l’ADN des kératinocytes, notamment au niveau du gène suppresseur de tumeur TP53, qui s’accumulent au fil des années.

Le mode d’exposition diffère selon le type de carcinome :

  • Le carcinome spinocellulaire est davantage lié à une exposition solaire chronique et cumulée sur l’ensemble de la vie — il touche préférentiellement les personnes travaillant en extérieur, les agriculteurs, les marins, les travailleurs du bâtiment.
  • Le carcinome basocellulaire est plutôt associé à des expositions intenses et intermittentes, notamment dans l’enfance et l’adolescence, avec des coups de soleil répétés.

Au-delà du soleil, plusieurs autres facteurs favorisants ont été identifiés :

  • Phototype clair (Fitzpatrick I et II) : peau claire, yeux clairs, cheveux blonds ou roux, tendance aux coups de soleil sans bronzage — ces personnes présentent un risque sensiblement plus élevé
  • Papillomavirus humains (HPV) : impliqués dans certains carcinomes spinocellulaires, notamment sur les muqueuses et les zones génitales, ou chez les personnes immunodéprimées
  • Immunodépression : transplantés rénaux, patients sous immunosuppresseurs chroniques — le risque de carcinome spinocellulaire est multiplié par un facteur notable dans cette population
  • Cicatrices chroniques et dermatoses inflammatoires : lichen scléreux, ulcères chroniques, brûlures anciennes peuvent se compliquer d’un carcinome spinocellulaire (carcinome de Marjolin)
  • Exposition à l’arsenic et certains carcinogènes chimiques professionnels
  • Radiothérapie ancienne : les zones irradiées sont à surveiller à long terme

⚠️ Cabines de bronzage UV et carcinomes

L’usage des cabines de bronzage UV avant 35 ans augmente le risque de carcinome cutané. En France, leur utilisation est interdite aux mineurs depuis 2012 et déconseillée à tout âge par les autorités de santé.

Phototype clair, antécédents de coups de soleil ou lésion qui évolue ? Un bilan dermato annuel est recommandé.


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Signes d’alerte : quand consulter un dermatologue ?

Contrairement au mélanome, les carcinomes ne suivent pas la règle ABCDE. Ils ont leurs propres signes d’alerte, différents selon le type :

🚨 Consultez un dermatologue si vous observez :

  • Une petite lésion translucide ou nacrée sur le visage, qui ne guérit pas et saigne parfois au contact
  • Une plaie qui ne cicatrise pas depuis plusieurs semaines sur une zone exposée au soleil
  • Une croûte ou kératose rugueuse persistante sur le visage, le dos des mains, le cuir chevelu ou les oreilles
  • Un nodule rosé ou rougeâtre à croissance progressive, avec ou sans ulcération centrale
  • Toute lésion cutanée récidivant au même endroit après traitement superficiel

Le diagnostic est confirmé par biopsie cutanée avec examen anatomopathologique — il n’existe pas d’examen clinique seul suffisant pour certifier le diagnostic histologique. La dermoscopie oriente fortement la suspicion et guide le choix de la biopsie.

Prévention : la protection solaire comme pilier essentiel

La protection solaire est l’un des seuls leviers préventifs à l’efficacité démontrée contre les carcinomes cutanés. Elle repose sur plusieurs mesures complémentaires :

  • Utilisation d’un écran solaire d’indice élevé (SPF 50+) sur les zones exposées, renouvelé toutes les deux heures
  • Éviter l’exposition directe entre 12h et 16h solaires en période estivale
  • Porter des vêtements couvrants, chapeau à larges bords et lunettes filtrant les UV
  • Surveiller annuellement les zones photo-exposées chez les sujets à risque (phototype clair, antécédents de carcinomes, immunodépression)
  • Traiter précocement les kératoses actiniques pour prévenir leur évolution en carcinome spinocellulaire

✅ Surveillance dermatologique annuelle

Chez les sujets à risque élevé (antécédent personnel de carcinome, phototype I-II, immunodépression), un examen cutané complet annuel par un dermatologue permet de détecter précocement les nouvelles lésions et de traiter les kératoses actiniques avant qu’elles n’évoluent.

Principes du traitement des carcinomes cutanés

Le traitement de référence des carcinomes cutanés est chirurgical : l’exérèse avec marges de sécurité histologiquement vérifiées. L’étendue des marges dépend du type histologique, de la localisation et de la taille de la lésion.

Pour les localisations à risque de récidive ou proches de structures nobles (nez, paupières, lèvres, oreilles), la chirurgie de Mohs — technique d’exérèse progressive avec contrôle histologique peropératoire des marges — permet de maximiser l’épargne tissulaire tout en assurant l’exhaustivité de l’exérèse.

D’autres options thérapeutiques existent selon les situations :

  • Radiothérapie : alternative chirurgicale pour les patients non opérables ou les localisations difficiles
  • Imiquimod topique ou 5-fluorouracile : pour certains carcinomes basocellulaires superficiels et kératoses actiniques multiples
  • Photothérapie dynamique (PDT) : pour les formes superficielles sur de grandes surfaces
  • Thérapies ciblées (vismodégib, sonidégib) : réservées aux formes localement avancées ou métastatiques de carcinomes basocellulaires — situations rares

Le choix thérapeutique est discuté au cas par cas, en tenant compte de l’âge du patient, de la localisation, du type histologique et de l’état général. Les détails des traitements spécifiques à chaque type sont développés dans les fiches dédiées : carcinome basocellulaire et carcinome spinocellulaire.

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Questions fréquentes sur le carcinome de la peau

Quelle est la différence entre un carcinome et un mélanome ?

Le carcinome est un cancer développé à partir des kératinocytes (cellules de surface de la peau), tandis que le mélanome provient des mélanocytes (cellules pigmentaires). Les carcinomes sont beaucoup plus fréquents que le mélanome, mais ce dernier est généralement plus agressif et présente un risque métastatique plus élevé à un stade précoce.

Un carcinome basocellulaire peut-il être dangereux ?

Dans la grande majorité des cas, le carcinome basocellulaire ne donne pas de métastases et son pronostic vital est excellent lorsqu’il est pris en charge précocement. En revanche, s’il est négligé pendant plusieurs années, il peut envahir les tissus profonds (cartilage, os) et devenir destructeur localement. C’est pourquoi une exérèse rapide reste l’approche recommandée dès que le diagnostic est posé.

La kératose actinique est-elle un cancer ?

La kératose actinique est une lésion précancéreuse — pas encore un cancer à proprement parler — mais considérée comme un stade initial du carcinome spinocellulaire in situ. Une proportion de ces lésions, difficile à prédire individuellement, peut évoluer vers un carcinome invasif. C’est pourquoi elles sont traitées dès leur diagnostic.

Doit-on surveiller ses grains de beauté quand on a eu un carcinome ?

Oui, une surveillance dermatologique régulière de l’ensemble du tégument est recommandée après un antécédent de carcinome cutané. Le risque de récidive locale ou d’un second carcinome sur une autre zone photo-exposée est réel. Un examen annuel chez le dermatologue — voire semestriel pour les sujets immunodéprimés — est l’approche habituelle. Les grains de beauté sont surveillés dans le même temps pour écarter un mélanome associé.

Le carcinome cutané peut-il toucher les personnes à peau noire ?

Les carcinomes liés à l’exposition solaire sont nettement moins fréquents chez les personnes à peau foncée (phototypes V et VI), qui bénéficient d’une protection naturelle par la mélanine. Cependant, ces personnes ne sont pas à l’abri de carcinomes sur des zones non exposées (plante des pieds, muqueuses, cicatrices chroniques), et une vigilance reste de mise. Le délai au diagnostic est souvent plus long dans ces populations, d’où l’importance de la sensibilisation.

Peut-on consulter par téléconsultation pour une lésion suspecte ?

Une téléconsultation avec photographies de bonne qualité permet souvent d’orienter le diagnostic et de décider si une consultation en présentiel avec biopsie est nécessaire en urgence ou peut être programmée. Elle ne se substitue pas à l’examen clinique direct pour les lésions complexes, mais constitue un premier filtre utile, notamment pour les patients éloignés d’un cabinet dermatologique.

Références médicales

  • PMID 26741250 — Que SK et al. Basal cell carcinoma: an update on pathogenesis and treatment. G Ital Dermatol Venereol. 2017.
  • PMID 30003906 — Waldman A, Schmults C. Cutaneous squamous cell carcinoma. Hematol Oncol Clin North Am. 2019.
  • PMID 22781094 — Traianou A et al. Risk factors for actinic keratosis in eight European centres. Br J Dermatol. 2012.
  • PMID 31309605 — Que SK, Zwald FO, Schmults CD. Cutaneous squamous cell carcinoma: incidence, risk factors, diagnosis and staging. J Am Acad Dermatol. 2018.

Une lésion cutanée qui évolue ou un bilan de surveillance à organiser ?

Dr Ludovic Rousseau, dermatologue à Bordeaux, reçoit en consultation et en téléconsultation.


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Mis à jour mai 2026 par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, fondateur de Dermatonet.com. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale individuelle.


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