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Dernière mise à jour : 5 juin 2026
Nicotinamide et cancer de la peau : prévenir les carcinomes épidermoïdes en 2026
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Le nicotinamide — forme amide de la vitamine B3 — est aujourd’hui l’une des rares molécules à avoir démontré, dans des essais randomisés de phase III, une réduction significative de l’incidence des carcinomes épidermoïdes cutanés chez les patients à risque élevé. Pris à raison de 500 mg deux fois par jour, il réduit de 30 % la survenue de nouveaux carcinomes épidermoïdes et diminue progressivement les kératoses actiniques. Son atout majeur : une tolérance bien meilleure que celle des rétinoïdes, sans surveillance biologique contraignante.

- Qui ? Patients ayant déjà eu ≥1 carcinome épidermoïde ou des kératoses actiniques multiples, phototype clair, transplantés d’organes (avec ≤2 CEC antérieurs)
- Posologie validée : 500 mg × 2/jour per os, en continu
- Efficacité : –30 % de CEC, –23 % de cancers cutanés non mélanomateux (essai ONTRAC, 2015)
- Effet suspensif : la protection disparaît à l’arrêt — traitement continu nécessaire
- Tolérance : très bonne — pas de surveillance biologique, pas de dyslipidémie, pas de xérose
- Remboursement : non (indication hors AMM en France en 2026)
Sommaire : Pourquoi prévenir les CEC ? · Mécanismes d’action · Champ de cancérisation · Preuves cliniques · Patients immunocompétents · Transplantés d’organes · Comparaison aux autres stratégies · En pratique · FAQ
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Pourquoi prévenir les carcinomes épidermoïdes cutanés ?
Le carcinome épidermoïde cutané (CEC) — aussi appelé carcinome spinocellulaire — est le second cancer cutané le plus fréquent après le carcinome basocellulaire. Son incidence augmente régulièrement depuis plusieurs décennies, portée par le vieillissement de la population, l’exposition solaire cumulée et la progression des immunodépressions iatrogènes.
Contrairement au carcinome basocellulaire, le CEC présente un potentiel métastatique réel. Diagnostiqué précocement, son pronostic est globalement favorable — mais les patients ayant déjà développé un CEC ont un risque de décès toutes causes confondues augmenté d’environ 4 % par rapport à la population générale. Ce chiffre, modeste en apparence, prend une tout autre dimension chez les patients à haut risque de CEC multiples et récidivants.
Deux populations concentrent ce risque élevé :
- Les patients immunocompétents avec phototype clair (I–III), exposition solaire chronique intense, antécédents de coups de soleil sévères, traitements photo-sensibilisants (hydrochlorothiazide, inhibiteurs de BRAF, ciclosporine, voriconazole) ou antécédents de kératoses actiniques multiples.
- Les transplantés d’organes solides (TOS), chez qui l’immunosuppression chronique augmente le risque de CEC d’un facteur 65 à 100 par rapport à la population générale. Les tumeurs y sont souvent plus agressives, plus récidivantes et à plus fort potentiel métastatique.
Comment le nicotinamide protège-t-il la peau contre les UV ?
Le nicotinamide (vitamine B3, niacinamide) est la forme amide de la niacine. En dermatologie préventive, ce n’est pas son rôle vitaminique classique qui est exploité, mais ses propriétés de précurseur direct du NAD+ (nicotinamide adénine dinucléotide), un cofacteur cellulaire central dans la réparation de l’ADN et la survie kératinocytaire.
Restauration des réserves de NAD+
Lorsque la peau est exposée aux UV, les rayonnements induisent des lésions de l’ADN — en particulier des dimères de pyrimidine — qui activent les enzymes PARP (poly-ADP-ribose-polymérases). Ces enzymes consomment massivement les réserves intracellulaires de NAD+ pour accomplir la réparation. En cas d’exposition intense ou répétée, ces réserves s’épuisent, compromettant la capacité de réparation et favorisant l’accumulation de mutations oncogéniques.
En apportant du NAD+ en quantité suffisante, le nicotinamide restaure ce capital énergétique cellulaire, permettant aux kératinocytes de réparer efficacement leurs lésions ADN et d’éviter la dérive vers la dysplasie ou le carcinome.
Amélioration de la réparation de l’ADN
Deux voies de réparation post-UV dépendent directement du NAD+ :
- La réparation par excision de nucléotides (NER), qui élimine les dimères cyclobutane-pyrimidine et les photoproduits pyrimidine-pyrimidone (6-4)
- La réparation par excision de base (BER), qui corrige les lésions oxydatives induites par les UV
Des études ont montré que la supplémentation en nicotinamide accélère l’élimination des lésions ADN et réduit l’accumulation des mutations caractéristiques du champ de cancérisation (TP53, NOTCH1/2, CDKN2A, FAT1).
Préservation de l’immunité cutanée
Les UV réduisent le nombre et la fonctionnalité des cellules de Langerhans, pierres angulaires de la surveillance immunitaire cutanée. Des données expérimentales montrent que le nicotinamide préserve la densité et la mobilité de ces cellules, maintenant ainsi une immunosurveillance efficace contre les kératinocytes dysplasiques — un mécanisme particulièrement précieux chez les patients immunodéprimés.
Réduction du stress oxydatif
Au-delà de la réparation ADN, les UV génèrent un stress oxydatif important (peroxydation lipidique, activation de NF-κB, production d’espèces réactives de l’oxygène). Le nicotinamide exerce un effet antioxydant indirect en soutenant les enzymes dépendantes du NAD+ impliquées dans cette régulation (sirtuines, PARP, déshydrogénases), limitant les conditions favorables à la progression tumorale.
Le champ de cancérisation : la cible stratégique du nicotinamide
Le concept de champ de cancérisation (« field cancerization ») est central pour comprendre l’intérêt du nicotinamide. Il désigne une zone étendue de peau photo-exposée au sein de laquelle les kératinocytes ont accumulé des mutations — souvent invisibles cliniquement — qui créent un terrain propice au développement de lésions dysplasiques et de carcinomes invasifs.
La kératose actinique est la manifestation clinique la plus visible de ce champ instable. Elle traduit une prolifération clonale avancée, véritable précurseur du CEC. Sans traitement, 65 à 70 % des CEC émergent sur des kératoses actiniques préexistantes.
L’intérêt stratégique du nicotinamide est d’agir en amont de la tumorigenèse, sur un terrain encore modulable, en stabilisant le génome des kératinocytes exposés avant que l’accumulation de mutations ne rende le processus irréversible. Cette fenêtre thérapeutique — précoce, avant la surcharge tumorale — conditionne largement l’efficacité du traitement.
Preuves cliniques : ce que disent les essais randomisés et les grandes cohortes
Essai ONTRAC (Chen et al., NEJM 2015) : la référence de phase III
C’est l’essai pivot qui a établi le nicotinamide comme agent de chimioprévention. 386 patients immunocompétents ayant présenté au moins deux cancers cutanés non mélanomateux au cours des cinq années précédentes ont reçu 500 mg de nicotinamide deux fois par jour ou un placebo pendant 12 mois. Résultats à l’issue de la période de traitement :
- Réduction de 23 % du nombre total de nouveaux cancers cutanés non mélanomateux (IC95% : 4–38 ; p = 0,02)
- Réduction de 30 % de l’incidence spécifique des carcinomes épidermoïdes (IC95% : 0–51 ; p = 0,05)
- Diminution progressive et significative des kératoses actiniques : –11 % à 3 mois, –14 % à 6 mois, –20 % à 9 mois, –13 % à 12 mois
- Tolérance excellente, sans différence significative d’événements indésirables graves entre les groupes
Point crucial : l’effet disparaît après l’arrêt du traitement. À 6 mois de suivi post-intervention, les taux de nouveaux cancers étaient redevenus comparables dans les deux groupes — confirmant la nécessité d’un traitement continu.
Méta-analyse Mainville et al. (2022) : une réduction de 50 % dans l’analyse poolée
Cette revue systématique incluant 29 études (dont 5 essais randomisés, 552 patients) a retrouvé une réduction significative du nombre total de tumeurs kératinocytaires sous nicotinamide, correspondant à environ 50 % par rapport aux groupes contrôles. La réduction concernait à la fois les carcinomes basocellulaires (RR = 0,46 ; IC95% : 0,22–0,95) et les carcinomes épidermoïdes (RR = 0,48 ; IC95% : 0,26–0,88). Un excès d’effets indésirables digestifs a été signalé (RR = 1,78), incluant quelques cas de diarrhée sévère régressifs à la réduction de dose.
Grande cohorte Breglio et al. (JAMA Dermatology, 2025) : 33 822 patients en vie réelle
Cette vaste étude rétrospective à partir de la base de données du Veterans Affairs est la plus grande cohorte publiée à ce jour. Elle a inclus 33 822 patients, dont 1 334 transplantés d’organes solides, avec appariement par score de propension. Résultats globaux :
- Réduction de 14 % du risque de nouveaux carcinomes kératinocytaires (HR = 0,86 ; IC95% : 0,82–0,89)
- Réduction de 22 % du risque de CEC (HR = 0,78 ; IC95% : 0,75–0,82)
- Aucun effet protecteur significatif sur les carcinomes basocellulaires (HR proche de 1)
L’efficacité dépend du nombre de cancers antérieurs
L’enseignement majeur de la cohorte Breglio est que le bénéfice est inversement proportionnel au fardeau tumoral préalable : plus le traitement est introduit tôt dans l’histoire tumorale du patient, plus la réduction de risque est marquée.
| Nb de cancers cutanés antérieurs | Réduction du risque — tous cancers (HR) | Réduction du risque — CEC (HR) |
|---|---|---|
| 1 cancer antérieur | –56 % (HR = 0,44) | –53 % (HR = 0,47) |
| 2 cancers antérieurs | –43 % (HR = 0,57) | –52 % (HR = 0,48) |
| 3 cancers antérieurs | –30 % (HR = 0,70) | –35 % (HR = 0,65) |
| 5 cancers antérieurs | –9 % (HR = 0,91) | –22 % (HR = 0,78) |
| 7 cancers antérieurs | Pas d’effet significatif | –15 % (HR = 0,85) |
| Global (cohorte entière) | –14 % (HR = 0,86) | –22 % (HR = 0,78) |
Source : Breglio KF et al., JAMA Dermatol. 2025;161:1140-1147. HR : hazard ratio ; CEC : carcinome épidermoïde cutané
Patients immunocompétents à haut risque : qui traiter et quand ?
Chez les patients immunocompétents, le profil cible du nicotinamide est bien identifié :
- Phototype I à III, fortement photo-exposé
- Antécédent d’un ou plusieurs carcinomes épidermoïdes
- Kératoses actiniques multiples témoignant d’un champ de cancérisation actif
- Exposition à des médicaments pro-carcinogènes (hydrochlorothiazide, inhibiteurs de BRAF, voriconazole, ciclosporine)
Dans ce contexte, la nicotinamide 500 mg deux fois par jour constitue une option de chimioprévention systémique simple à mettre en œuvre, bien tolérée, compatible avec les traitements de champ locaux (cryothérapie, 5-fluorouracile topique, imiquimod, photothérapie dynamique) et sans interactions médicamenteuses significatives.
Le traitement est continu. L’absence de rémanence impose de le maintenir aussi longtemps que la situation clinique le justifie, avec des consultations de contrôle régulières tous les 3 à 6 mois pour réévaluer le champ de cancérisation.
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Transplantés d’organes solides : une fenêtre d’efficacité étroite mais réelle
Les transplantés d’organes solides représentent la population à risque le plus élevé de carcinomes kératinocytaires, avec un risque multiplié par 65 à 100 en raison de l’immunosuppression pharmacologique chronique. Dans cette population, les CEC sont souvent plus agressifs, plus récidivants et plus enclins à métastaser.
Les données disponibles sur le nicotinamide chez les transplantés sont plus nuancées que chez les immunocompétents :
- Dans la cohorte de Breglio (2025), aucune réduction significative du risque tumoral global n’a été observée dans la population transplantée dans son ensemble (HR = 1,02 ; IC95% : 0,84–1,25).
- En revanche, chez les transplantés ayant présenté un à deux CEC avant l’instauration du nicotinamide, la réduction du risque était significative et cliniquement importante (HR = 0,47 ; IC95% : 0,23–0,97).
- Au-delà de trois CEC antérieurs, l’effet protecteur disparaissait, suggérant que le champ de cancérisation est alors trop instable pour être modulé par le seul nicotinamide.
Nicotinamide vs autres stratégies de chimioprévention : ce qui change
Avant l’essor du nicotinamide, l’acitrétine (rétinoïde oral) constituait la principale option systémique de chimioprévention. Des alternatives locales — 5-fluorouracile topique, imiquimod, photothérapie dynamique — existent mais restent des traitements de champ curatifs davantage que préventifs.
| Stratégie | Bénéfice démontré | Tolérance | Usage prolongé possible |
|---|---|---|---|
| Nicotinamide oral | –30 % CEC ; –23 % cancers non mélanomateux (RCT phase III) | Très bonne. Troubles digestifs mineurs possibles | Oui (effet suspensif → continu) |
| Acitrétine (rétinoïde) | Réduction KA et CEC démontrée | Limitée : xérose, chéilite, dyslipidémie, hépatotoxicité, tératogénicité | Difficile (surveillance biologique obligatoire) |
| Sirolimus (transplantés) | Réduction CEC en cohortes observationnelles | Limitée : œdèmes, pneumopathies, protéinurie, dyslipidémie | Conditionné à l’indication immunologique |
| PDT (photothérapie dynamique) | Efficacité curative élevée (KA, CEC in situ) | Douleur lors de l’illumination (20 % sévère) | Non (curatif par séances) |
| 5-fluorouracile topique | Clairance lésionnelle élevée | Réactions inflammatoires locales marquées | Non (cures courtes) |
| Imiquimod topique | Efficacité curative sur lésions superficielles | Réactions locales marquées, syndrome pseudo-grippal | Non (traitement de champ) |
Le rapport efficacité/tolérance du nicotinamide est particulièrement favorable : il est le seul agent systémique ne nécessitant ni bilan lipidique de surveillance, ni contrôle hépatique, ni contraception renforcée, ni arrêt en cas de grossesse envisagée. Cette praticité explique que près de 77 % des dermatologues américains interrogés dans une enquête nationale déclarent le recommander à leurs patients à risque.
Nicotinamide en pratique : posologie, spécialité disponible, conseils
Posologie
La dose validée par les essais cliniques est de 500 mg de nicotinamide, deux fois par jour, par voie orale — soit 1 g/jour en deux prises, de préférence au cours des repas pour limiter les effets digestifs. Le traitement est continu, sans pause prévue.
Spécialité disponible en France
Le Nicobion 500 mg (comprimé pelliculé, laboratoire Teofarma) est la spécialité de référence disponible en pharmacie. Son AMM actuelle couvre le traitement de la pellagre (carence en vitamine B3) ; la prescription à visée préventive anticancéreuse constitue une utilisation hors AMM, sur prescription médicale. Il n’est pas remboursé dans cette indication en 2026.
Effets indésirables à connaître
Les effets indésirables sont en règle bénins :
- Troubles digestifs : nausées, gêne gastrique, diarrhées légères — le plus souvent résolutifs à la division de la dose ou à la prise avec le repas
- Rarement : diarrhées sévères nécessitant un arrêt transitoire ou une réduction de dose
- Pas de toxicité hépatique ni lipidique aux doses préventives
- Pas d’interaction médicamenteuse significative, y compris avec les immunosuppresseurs des transplantés
Perspectives : combinaisons et schémas d’entretien
Plusieurs axes de recherche sont en cours :
- Association nicotinamide + acitrétine : les mécanismes sont complémentaires (normalisation de la différenciation kératinocytaire pour l’acitrétine ; réparation ADN et immunité pour le nicotinamide). Une combinaison pourrait permettre de réduire les doses d’acitrétine et d’en améliorer la tolérance.
- Schémas d’entretien : traitement continu ou intermittent ? Des essais évaluant des schémas prolongés ou séquentiels seraient nécessaires pour optimiser le rapport bénéfice/contrainte à long terme.
- Identification des répondeurs : la caractérisation du champ de cancérisation (analyse génétique des mutations TP53, NOTCH1/2) pourrait permettre de cibler les patients les plus susceptibles de bénéficier du traitement.
- Extension aux autres immunodéprimés : patients sous chimiothérapie, thérapies ciblées, ou vivant avec un VIH avancé — populations pour lesquelles le nicotinamide n’a pas encore été évalué spécifiquement.
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Questions fréquentes sur le nicotinamide et la prévention du cancer de la peau
Le nicotinamide peut-il vraiment prévenir le cancer de la peau ?
Oui, chez les patients à risque élevé. L’essai de phase III ONTRAC a démontré une réduction de 23 % du nombre de nouveaux cancers cutanés non mélanomateux et de 30 % des carcinomes épidermoïdes sous 500 mg deux fois par jour pendant 12 mois. Le bénéfice s’observe surtout lorsque le traitement est initié tôt, dès le premier ou le second cancer cutané.
Quelle dose de nicotinamide pour prévenir les carcinomes cutanés ?
La posologie validée par les essais cliniques est de 500 mg de nicotinamide deux fois par jour, par voie orale, en continu. En France, le Nicobion 500 mg est le médicament de référence disponible en pharmacie, sans ordonnance obligatoire mais sur avis médical. Il n’est pas remboursé dans cette indication.
Le nicotinamide est-il sans danger au long cours ?
Son profil de tolérance est très favorable. Contrairement aux rétinoïdes, il ne perturbe ni le bilan lipidique ni le bilan hépatique, n’entraîne pas de xérose cutanée et ne présente pas d’interactions médicamenteuses significatives. Des troubles digestifs mineurs (nausées, diarrhées légères) sont possibles mais rarement sévères et régressent à la réduction de dose.
Qui doit prendre du nicotinamide en prévention du cancer de la peau ?
Le nicotinamide est indiqué en prévention secondaire chez les patients ayant déjà présenté un ou plusieurs carcinomes épidermoïdes ou des kératoses actiniques multiples — en particulier ceux à phototype clair, fortement photo-exposés, ou transplantés d’organes solides ayant eu un ou deux CEC. L’indication doit être posée par un dermatologue.
L’effet protecteur du nicotinamide persiste-t-il après l’arrêt ?
Non. L’effet du nicotinamide est suspensif : la protection disparaît rapidement après l’arrêt du traitement. Six mois après la fin de l’essai ONTRAC, les taux de nouveaux cancers étaient redevenus similaires dans les deux groupes. Le traitement doit donc être maintenu au long cours pour préserver son bénéfice.
Nicotinamide et acitrétine : peut-on les associer ?
Cette association est une piste thérapeutique en cours d’évaluation. Les mécanismes sont complémentaires : l’acitrétine normalise la différenciation kératinocytaire tandis que le nicotinamide soutient la réparation de l’ADN et l’immunité cutanée. Une combinaison pourrait permettre de réduire les doses d’acitrétine et d’en améliorer la tolérance, mais les données cliniques manquent encore pour la recommander en routine.
Le nicotinamide est-il efficace chez les transplantés d’organes ?
Les données sont nuancées. Dans la cohorte rétrospective de Breglio et al. (JAMA Dermatology, 2025), aucune réduction globale significative n’a été démontrée chez les transplantés. Cependant, un signal d’efficacité net apparaissait lorsque le nicotinamide était introduit précocement, après un ou deux carcinomes épidermoïdes seulement (réduction du risque de 53 %). Au-delà de trois CEC, le bénéfice s’estompe.
Nicotinamide ou niacinamide : quelle différence ?
Ce sont deux noms pour la même molécule : la forme amide de la vitamine B3. Le terme niacinamide est surtout utilisé en cosmétologie (crèmes hydratantes, soins anti-taches). En chimioprévention dermatologique, on parle de nicotinamide oral à 500 mg — c’est une utilisation thérapeutique systémique, très différente de l’application topique cosmétique.
Sources scientifiques
- Chen AC, Martin AJ, Choy B et al. A Phase 3 Randomized Trial of Nicotinamide for Skin-Cancer Chemoprevention. N Engl J Med. 2015;373:1618-1626. PMID 26488693
- Mainville L, Smilga AS, Fortin PR. Effect of Nicotinamide in Skin Cancer and Actinic Keratoses Chemoprophylaxis. J Cutan Med Surg. 2022;26:297-308. PMID 35081829
- Breglio KF, Knox KM, Hwang J et al. Nicotinamide for Skin Cancer Chemoprevention. JAMA Dermatol. 2025;161:1140-1147. PMID 40272847
- Allen NC, Martin AJ, Snaidr VA et al. Nicotinamide for skin-cancer chemoprevention in transplant recipients. N Engl J Med. 2023;388:804-812. PMID 36856618
- Surjana D, Halliday GM, Martin AJ et al. Oral nicotinamide reduces actinic keratoses in phase II double-blinded randomized controlled trials. J Invest Dermatol. 2012;132:1497-1500. PMID 22297641
- Damian DL. Nicotinamide for skin cancer chemoprevention. Australas J Dermatol. 2017;58:174-180. PMID 27714765
- Bavinck JN, Tieben LM, Van der Woude FJ et al. Prevention of skin cancer and reduction of keratotic skin lesions during acitretin therapy in renal transplant recipients. J Clin Oncol. 1995;13:1933-1938. PMID 7636531
- Stratigos AJ et al. European consensus-based interdisciplinary guideline for invasive cutaneous squamous cell carcinoma. Part 1: Diagnostics and prevention — Update 2026. Eur J Cancer. 2026. DOI 10.1016/j.ejca.2026.116763
Mis à jour mai 2026 — Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.


