Dernière mise à jour : 10 juin 2026
Mis à jour le 6 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).
La dermatillomanie

Se gratter compulsivement, triturer inlassablement un bouton, arracher une croûte encore et encore malgré la douleur et les cicatrices qui s’accumulent… Ce comportement, que beaucoup vivent dans la honte et le silence, porte un nom : la dermatillomanie. Il ne s’agit pas d’un simple mauvais pli ou d’un manque de volonté, mais d’un trouble psychiatrique reconnu, classé dans les comportements répétitifs centrés sur le corps (CRCC), au même titre que la trichotillomanie (arrachage compulsif de cheveux).
La dermatillomanie se distingue radicalement de la manipulation banale des imperfections cutanées : les épisodes durent souvent plus de trente minutes, se répètent plusieurs fois par jour, et s’accompagnent d’une souffrance psychologique réelle – honte, culpabilité, isolement social. Comprendre ce trouble est la première étape pour s’en libérer.
Qu’est-ce que la dermatillomanie ? Définition et mécanismes
La dermatillomanie – du grec derma (peau) et tillo (arracher) – est caractérisée par le triturage répété de la peau aboutissant à des lésions cutanées (critère A du DSM-5), malgré des tentatives répétées pour diminuer ou arrêter ce comportement (critère B). Ce n’est pas un trouble dermatologique pur, mais un trouble psychiatrique à expression cutanée, qui relève du champ de la psychodermatologie.
Les zones le plus souvent concernées sont le visage (en particulier le nez, le front et les joues), les épaules, les bras et les mains. La personne peut triturer une peau saine, des irrégularités minimes, des lésions comme les boutons d’acné, des callosités ou des croûtes provenant de triturages antérieurs. Certaines utilisent leurs ongles ; d’autres ont recours à des pinces à épiler, des aiguilles ou d’autres instruments.
Ce qui distingue la dermatillomanie d’un comportement banal, c’est le temps qui y est consacré – parfois plusieurs heures par jour – et la perte de contrôle ressentie. La grande majorité des personnes concernées sont conscientes de leur comportement mais se sentent incapables de s’arrêter.
Deux modes d’excoriation : focalisé ou automatique
On distingue en clinique deux modalités de triturage, souvent intriquées chez un même patient :
Signes cliniques et lésions cutanées
Les lésions induites par la dermatillomanie peuvent aller de simples excoriations superficielles à des plaies profondes, parfois surinfectées. Elles se caractérisent souvent par :
| Type de lésion | Aspect clinique | Risque associé |
|---|---|---|
| Excoriations superficielles | Érosions linéaires, croûtes hémorragiques | Hyperpigmentation post-inflammatoire |
| Plaies profondes | Ulcérations, dermabrasions répétées | Surinfection bactérienne, cicatrices atrophiques |
| Cicatrices installées | Dépression, fibrose, dyschromie durable | Retentissement esthétique et psychologique sévère |
| Lésions de grattage nocturne | Non vues par le patient, découvertes le matin | Mode automatique dissocié du sommeil |
Les cicatrices induites sont souvent disproportionnées par rapport aux lésions initiales (acné minime, peau normale). Elles constituent à la fois une conséquence et un facteur aggravant, car elles alimentent la honte et l’isolement.
Prévalence : qui est concerné ?
La dermatillomanie est plus fréquente qu’on ne le croit. Dans la population générale adulte, la prévalence sur la vie est estimée entre 1,4 % et 5,4 %, selon les études et les critères diagnostiques utilisés. Au moins trois quarts des personnes atteintes sont des femmes, ce qui semble refléter en partie de véritables différences liées au genre, mais aussi des différences dans la façon de consulter et dans les représentations sociales liées à l’apparence physique.
Le trouble peut survenir à tout âge, mais il débute le plus souvent à l’adolescence, fréquemment en lien avec l’apparition de l’acné. La manipulation des boutons, initialement banale, peut progressivement évoluer vers un comportement compulsif difficile à contrôler.
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Facteurs déclenchants et états émotionnels associés
La dermatillomanie n’est pas déclenchée par des obsessions au sens strict du terme (ce qui la différencie du TOC classique), mais elle est étroitement liée à certains états émotionnels :
- Stress et anxiété : l’excoriation apporte un soulagement immédiat de la tension – un mécanisme de régulation émotionnelle dysfonctionnel mais puissant.
- Ennui et sous-stimulation : les épisodes surviennent fréquemment lors d’activités passives (télévision, téléphone, travail monotone).
- Perfectionnisme : la recherche d’une peau parfaite, paradoxalement, alimente le comportement de triturage.
- Dysrégulation émotionnelle : des études récentes montrent un déficit dans la gestion des émotions négatives chez les personnes atteintes.
Contrairement à une idée reçue, la plupart des personnes souffrant de dermatillomanie ne ressentent pas de douleur pendant les épisodes – ou la minimisent fortement. La dissociation partielle de la douleur lors du triturage contribue à la persistance du comportement.
Retentissement fonctionnel et social
Le retentissement de la dermatillomanie est souvent sous-estimé par l’entourage et par les soignants. Pourtant, il est fréquemment sévère :
Des études ont montré qu’une proportion significative d’étudiants souffrant de dermatillomanie rapportent avoir manqué des cours ou rencontré des difficultés à travailler en raison du trouble. Les complications médicales – infections cutanées parfois sévères, cicatrices définitives, exceptionnellement synovite du poignet par triturage chronique – peuvent nécessiter des soins dermatologiques ou chirurgicaux.
Comorbidités psychiatriques fréquentes
La dermatillomanie est rarement isolée. Elle s’accompagne dans plus de la moitié des cas d’au moins un autre trouble psychiatrique :
| Comorbidité | Fréquence estimée | Implication thérapeutique |
|---|---|---|
| Trouble anxieux (TAG, phobies) | 40–60 % | TCC ciblant l’anxiété en priorité |
| Trouble dépressif caractérisé | 30–50 % | Antidépresseurs ISRS en association |
| TOC classique | 20–40 % | TCC avec exposition et prévention de la réponse |
| Trichotillomanie | 10–25 % | Comportements répétitifs centrés sur le corps |
| TDAH (déficit d’attention) | 10–20 % | Impulsivité amplificatrice du triturage |
Diagnostic différentiel : ce que la dermatillomanie n’est pas
Plusieurs situations cliniques peuvent mimer la dermatillomanie et doivent être écartées avant de poser le diagnostic :
- Gale ou dermatite atopique : le prurit organique provoque un grattage réflexe, non compulsif, qui cède avec le traitement de la cause (voir notre guide sur les démangeaisons).
- Dysmorphophobie (BDD) : le grattage vise à corriger un défaut perçu de façon obsessionnelle dans le miroir – traitement différent.
- Lésions auto-infligées suicidaires : l’intention blessante consciente est absente dans la dermatillomanie, bien que la frontière mérite une évaluation clinique soigneuse.
- Parasitose délirante : la conviction d’un parasite cutané absent oriente vers un trouble psychotique distinct.
Critères diagnostiques DSM-5
Le diagnostic de dermatillomanie (trouble d’excoriation) repose sur cinq critères, tous devant être réunis :
- Triturage répété de la peau aboutissant à des lésions cutanées.
- Tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage.
- Le triturage entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
- Le triturage n’est pas imputable aux effets d’une substance (cocaïne, par exemple) ni à une affection médicale (gale, eczéma).
- Le triturage n’est pas mieux expliqué par les symptômes d’un autre trouble mental (dysmorphophobie, trouble psychotique, lésions auto-infligées non suicidaires).
Traitements disponibles en 2026 : que peut-on faire concrètement ?
La bonne nouvelle est que la dermatillomanie répond bien au traitement, à condition que celui-ci soit adapté. Il repose sur une combinaison d’approches psychothérapeutiques et, selon les cas, pharmacologiques.
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : traitement de référence
La TCC est le traitement de première intention, avec un niveau de preuve solide. La technique clé est le Habit Reversal Training (HRT) ou inversion des habitudes : il s’agit d’apprendre à identifier les situations déclenchantes, à reconnaître les signes précurseurs du triturage, et à substituer un comportement incompatible (serrer les poings, appliquer une crème, tenir un objet). Des études cliniques randomisées documentent une réduction de 50 à 70 % des comportements d’excoriation après 8 à 12 séances.
Une autre approche TCC, le Comprehensive Behavioral Treatment (ComB), intègre des stratégies sensorielles, cognitives, affectives, motrices et environnementales, offrant un protocole plus individualisé et souvent plus efficace pour les formes sévères.
Traitements médicamenteux
En l’absence d’un médicament spécifiquement approuvé pour la dermatillomanie, les médecins utilisent :
N-acétylcystéine (NAC) : ce modulateur glutamatergique a montré des résultats encourageants dans plusieurs études pilotes, avec une bonne tolérance. Il peut être utilisé en complément de la TCC, à discuter avec un médecin.
Lamotrigine : utilisée dans certains cas résistants, avec des données préliminaires favorables.
Soins dermatologiques des lésions
La prise en charge dermatologique des lésions causées par la dermatillomanie est souvent nécessaire en parallèle : traitement antibiotique d’une surinfection, soins locaux cicatrisants, traitements des cicatrices installées (laser fractionné, peeling, subcision). Cette composante dermatologique améliore l’image corporelle et peut réduire le sentiment de honte – facteur favorable à l’engagement thérapeutique.
Stratégies comportementales d’appoint
En complément de la thérapie, certaines stratégies pratiques peuvent aider à réduire la fréquence des épisodes au quotidien :
- Tenir les mains occupées lors des contextes déclenchants (fidget toy, tricot, balle anti-stress)
- Appliquer une crème épaisse sur les zones habituellement triturées, pour réduire la stimulation tactile
- Protéger les zones avec des pansements ou des gants légers
- Éloigner les miroirs grossissants, qui amplifient la perception des imperfections
- Tenir un journal des épisodes pour identifier les déclencheurs
- Une zone de triturage présente des signes d’infection – rougeur, chaleur, pus, fièvre
- Les épisodes occupent plus de 2 heures par jour et perturbent fortement le travail ou la vie sociale
- Le comportement s’accompagne d’idées de blessures intentionnelles ou de pensées suicidaires
- Les lésions sont profondes, ne cicatrisent pas ou s’aggravent rapidement
- Le trouble apparaît chez un enfant ou un adolescent et interfère avec la scolarité
Dans ces situations, une consultation auprès d’un dermatologue et d’un psychiatre ou psychologue spécialisé en psychodermatologie est nécessaire sans délai.
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Questions fréquentes sur la dermatillomanie
Qu’est-ce que la dermatillomanie exactement ?
La dermatillomanie est un trouble du contrôle des impulsions classifié dans le DSM-5 parmi les troubles obsessionnels compulsifs. Elle se manifeste par le besoin compulsif de se gratter, pincer ou arracher la peau – souvent le visage, les bras ou le cuir chevelu. Elle touche 1,4 à 5,4 % de la population générale, avec une prédominance féminine marquée (environ 3 femmes pour 1 homme).
La dermatillomanie est-elle liée à l’anxiété ou au stress ?
Dans la très grande majorité des cas, les épisodes d’excoriation sont déclenchés ou amplifiés par le stress, l’anxiété ou l’ennui. La personne décrit en général un état de tension croissante avant de gratter, suivi d’un soulagement transitoire, puis d’une honte ou culpabilité. Ce cycle de renforcement négatif explique la nature compulsive du comportement et sa résistance à la simple volonté.
Comment distinguer la dermatillomanie de la manipulation banale des boutons ?
La manipulation occasionnelle de boutons d’acné est fréquente et sans conséquence clinique. La dermatillomanie se caractérise par des épisodes prolongés dépassant souvent 30 minutes, touchant des zones parfois sans lésion préexistante, avec une perte de contrôle ressentie et une détresse psychologique réelle. Les cicatrices sont souvent disproportionnées par rapport aux lésions initiales.
Quels traitements existent pour la dermatillomanie ?
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) avec inversion des habitudes (Habit Reversal Training) est le traitement de première ligne. Des études cliniques documentent une réduction de 50 à 70 % des comportements d’excoriation après 8 à 12 séances. Les ISRS (fluoxétine, sertraline) peuvent être associés en cas d’anxiété ou de trouble dépressif comorbide. Une prise en charge dermatologique des cicatrices est souvent utile en parallèle.
La dermatillomanie guérit-elle spontanément ?
Sans traitement, la dermatillomanie tend à persister et à s’aggraver progressivement. Environ 45 % des personnes atteintes présentent des symptômes persistants depuis plus de 5 ans. Des périodes de rémission spontanée existent cependant. Une prise en charge précoce améliore significativement le pronostic. Il ne faut pas minimiser le trouble ni attendre qu’il se résolve seul.
Que faire pour aider un proche qui se gratte compulsivement ?
Il est préférable de ne pas critiquer ni chercher à faire honte – cela aggrave la culpabilité et le trouble. L’approche la plus utile consiste à encourager doucement à consulter un dermatologue ou un médecin généraliste, qui pourra orienter vers un psychiatre ou psychologue spécialisé en psychodermatologie. L’association AFTOC (Aide aux personnes souffrant de TOC) peut accompagner les patients et leur entourage.
Existe-t-il des techniques simples pour réduire les épisodes d’excoriation ?
Oui, plusieurs stratégies comportementales peuvent aider en complément de la thérapie : tenir ses mains occupées lors des moments à risque (fidget toy, tricot), appliquer une crème épaisse sur les zones cibles pour modifier la stimulation tactile, identifier les contextes déclenchants (miroir grossissant, ennui, téléphone) et les modifier. Ces techniques s’apprennent idéalement avec un thérapeute spécialisé en TCC.
La dermatillomanie peut-elle toucher les enfants et adolescents ?
Oui. Le trouble débute le plus souvent à l’adolescence, fréquemment en lien avec l’apparition de l’acné. Chez les plus jeunes, il peut se manifester par un grattage compulsif de croûtes ou de petites imperfections. Une prise en charge précoce est particulièrement importante, car le trouble installé pendant l’adolescence tend à devenir chronique. Un pédiatre ou un dermatologue peut orienter vers un psychologue spécialisé.
Références scientifiques
- Torales J, Díaz NR, Barrios I, et al. Psychodermatology of skin picking (excoriation disorder): A comprehensive review. Dermatol Ther. 2020;33(4):e13661. PMID 32447793
- Jafferany M, Mkhoyan R, Arora G, et al. Treatment of skin picking disorder: Interdisciplinary role of dermatologist and psychiatrist. Dermatol Ther. 2020;33(6):e13837. PMID 32542859
- Machado MO, Köhler CA, Stubbs B, et al. Skin picking disorder: prevalence, correlates, and associations with quality of life in a large sample. CNS Spectr. 2018;23(5):311–320. PMID 29730999
Source institutionnelle : HAS – Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) résistants : prise en charge
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Bonjour,
quels sont les traitements possibles pour mettre fin à cette manie ?
Il faut consulter un psychologue pour cela. En attendant, vous pouvez mettre des pansements de type « seconde peau » sur les plaies le soir pour la nuit et les enlever le lendemain matin : ils vous empecheront de gratter et accelereront la cicatrisation