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Dernière mise à jour : 5 juin 2026

Verrues autour de l’ongle et sous l’ongle (verrues péri-unguéales) : causes, traitements et signaux d’alarme

Mis à jour le 29 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

En bref : Les verrues péri-unguéales — autour ou sous l’ongle — sont les verrues les plus difficiles à traiter. Dues aux HPV 1, 2 et 4, elles touchent surtout les enfants et les personnes qui se rongent les ongles. Leur taux de récidive après traitement atteint 20 à 30 %. Un traitement agressif trop proche de la matrice risque une dystrophie unguéale permanente. Et toute verrue péri-unguéale résistante doit faire écarter un carcinome épidermoïde lié à HPV 16 ou 18.
— Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue, Bordeaux

Les verrues autour des ongles, appelées verrues péri-unguéales, représentent une forme particulièrement tenace des verrues des mains et des doigts. Situées dans les replis latéraux, sous le bord libre de l’ongle ou dans le repli proximal, elles bénéficient d’un environnement défavorable aux traitements topiques : peau épaisse, mauvaise pénétration, risque de lésion matricielle. Leur prise en charge mérite une approche rigoureuse et progressive, très différente de celle d’une verrue vulgaire du dos de la main.

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Verrues autour de l'ongle — aspect clinique typique
Verrues péri-unguéales : aspect clinique typique autour du repli latéral de l’ongle
Verrue sous l'ongle, forme subunguéale difficile à traiter
Verrue subunguéale (sous l’ongle) — la localisation la plus difficile à traiter

Sommaire :
Causes et facteurs de risque |
Aspect clinique et dermoscopie |
Diagnostic différentiel |
Traitements |
Algorithme thérapeutique |
Signaux d’alarme |
Questions fréquentes

Causes et facteurs de risque des verrues péri-unguéales

Les verrues péri-unguéales sont dues aux papillomavirus humains (HPV) de types 1, 2 et 4, identiques à ceux responsables des verrues vulgaires du dos de la main. Le virus pénètre par des micro-effractions cutanées dans les replis de l’ongle — une zone particulièrement exposée aux petites plaies et à la macération.

Onychophagie : le principal facteur de risque

Se ronger les ongles (onychophagie) est le facteur de risque le plus directement impliqué. Cette habitude crée continuellement des microlésions dans le repli périunguéal qui constituent des portes d’entrée privilégiées pour le HPV. Tirer les petites peaux autour des ongles (envies) produit le même effet. La contamination est ensuite souvent auto-inoculatoire : la verrue d’un doigt se propage aux autres doigts par contact direct lors des gestes de rongeage ou de manipulation.

Autres facteurs favorisants

Facteur Mécanisme
Onychophagie / envies Microlésions chroniques = porte d’entrée HPV — facteur principal chez l’enfant
Macération / travail à l’eau Fragilisation de la barrière cutanée péri-unguéale — coiffeurs, cuisiniers, soignants
Traumatismes répétés Activités manuelles intenses — mécaniciens, jardiniers, musiciens
Immunodépression Verrues multiples, étendues, résistantes aux traitements habituels — 40 % des patients greffés développent des verrues
Âge Pic d’incidence entre 12 et 16 ans — régression plus fréquente chez l’enfant que chez l’adulte

Aspect clinique et dermoscopie

Présentation clinique

Les verrues péri-unguéales se présentent comme des papules hyperkératosiques, végétantes, à surface irrégulière et rugueuse, siégeant dans les replis latéraux, sous le bord libre de l’ongle ou dans le repli proximal. Elles peuvent être uniques ou multiples, discrètes ou confluentes en plaques. Leur couleur va du blanc-grisâtre au brun selon le degré de kératinisation.

Trois localisations méritent d’être distinguées car elles n’ont pas le même pronostic thérapeutique :

Localisation Description Difficulté thérapeutique
Péri-unguéale stricte Replis latéraux et proximal autour de l’ongle Modérée — accessible aux topiques et à la cryothérapie
Subunguéale Sous le bord libre de l’ongle — soulève la tablette Élevée — topiques peu pénétrants, cryothérapie difficile
Proximale / matricielle Très proche de la zone de croissance de l’ongle Très élevée — risque de dystrophie unguéale permanente si traitement agressif

Deux signes cliniques associés doivent toujours être recherchés : une onycholyse (décollement de l’ongle de son lit, signe d’extension subunguéale) et une dystrophie unguéale (déformation de l’ongle, signe d’atteinte matricielle).

Dermoscopie des verrues péri-unguéales

La dermoscopie est un outil diagnostique précieux pour les verrues de l’appareil unguéal. Elle révèle une surface papillomateuse avec des vaisseaux punctiformes rouges ou noirs (capillaires thrombosés) disposés de façon régulière. Ces points noirs ou rouges sont caractéristiques des verrues et permettent de les distinguer de :

  • Un cor ou durillon (hyperkératose sans vaisseaux)
  • Un fibrome péri-unguéal (vaisseaux linéaires, non punctiformes)
  • Un carcinome épidermoïde (vaisseaux irréguliers, atypiques — biopsie indispensable)
Ce que révèle la dermoscopie : les petits points noirs visibles au centre d’une verrue péri-unguéale correspondent à des capillaires thrombosés (vaisseaux sanguins bouchés). Ils signent l’origine HPV de la lésion. S’ils disparaissent après traitement et que la surface reprend un aspect normal avec des dermatoglyphes (lignes cutanées), c’est un signe de guérison.

Diagnostic différentiel : ce qu’il ne faut pas confondre

Diagnostic Arguments cliniques distinctifs Conduite à tenir
Cor / durillon sous-unguéal Lisse, translucide, douloureux à la pression verticale, sans points noirs — pas d’HPV Traitement mécanique (lime, kératolytiques)
Onychomycose (mycose de l’ongle) Onycholyse distale, ongle jaune-brun épaissi, friable — peut ressembler à une verrue subunguéale Prélèvement mycologique — antifongique si positif
Fibrome péri-unguéal (maladie de Koenen) Nodule ferme rose émergeant du repli proximal — peut orienter vers une sclérose tubéreuse Avis dermatologique systématique
Carcinome épidermoïde péri-unguéal Signal d’alarme majeur — lésion chronique, résistante, qui ne régresse pas, saigne, détruit progressivement l’ongle — HPV 16/18 Biopsie obligatoire — ne jamais traiter indéfiniment une verrue récidivante sans biopsie
Kyste mucoïde péri-unguéal Tuméfaction translucide molle dans le repli proximal — contenu gélatineux Avis dermatologique — pas de traitement en automédication
Point crucial sur le carcinome épidermoïde péri-unguéal : c’est la complication la plus grave à ne pas manquer. Ce cancer lié aux HPV à haut risque (16, 18) peut mimer une verrue banale pendant des mois ou des années. Les signaux d’alarme sont : absence de régression malgré des traitements répétés bien conduits, croissance progressive, saignement spontané, déformation ou destruction de l’ongle, ulcération. Tout doute impose une biopsie.

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Traitements des verrues péri-unguéales

Aucun traitement ne garantit la guérison à 100 %. L’objectif est d’obtenir la disparition complète de la lésion avec un minimum de risque pour l’appareil unguéal. Le choix du traitement dépend du nombre de verrues, de leur localisation précise par rapport à la matrice, de l’âge du patient et des traitements déjà essayés.

Traitement de 1re intention : kératolytiques (acide salicylique)

L’acide salicylique concentré (15 à 25 %, parfois jusqu’à 50 % en préparation magistrale) reste le traitement de référence en première intention. Son application quotidienne après abrasion mécanique de la kératine permet une destruction progressive de la verrue sans risque pour la matrice. Les préparations disponibles sans ordonnance (Wartner®, Basiron® ou préparations magistrales à l’acide salicylique) sont efficaces pour les verrues récentes de taille modeste.

Technique d’application optimale : après un bain de mains de 5 minutes (ramollissement), abraser soigneusement la surface de la verrue avec une lime à ongles en carton à usage unique. Appliquer le produit kératolytique sur la verrue en protégeant la peau saine avec du vernis incolore (Verlim3®) ou du sparadrap. Renouveler chaque jour. Poursuivre jusqu’à la réapparition des dermatoglyphes (lignes cutanées normales) — soit en général 4 à 8 semaines.

Cryothérapie à l’azote liquide — précautions autour de l’ongle

La cryothérapie à l’azote liquide (−196 °C) est le traitement de référence réalisé en cabinet. Elle détruit la verrue par congélation. Autour de l’ongle, elle exige une précaution particulière : un temps de contact excessif ou répété proche du repli proximal risque d’endommager la matrice de l’ongle et d’entraîner une dystrophie unguéale permanente (onychodystrophie). Le dermatologue adapte le temps d’application en conséquence.

La cryothérapie se réalise en plusieurs séances espacées de 2 à 3 semaines. Elle est efficace dans 60 à 70 % des cas selon les études sur les verrues vulgaires ; le taux est généralement moins favorable pour les verrues péri-unguéales en raison de leur épaisseur et de leur localisation difficile d’accès.

Bléomycine intralésionnelle — option pour les formes résistantes

La bléomycine intralésionnelle est une option de choix pour les verrues péri-unguéales résistantes aux traitements topiques et à la cryothérapie répétée. Il s’agit d’une injection directement dans la verrue d’un agent cytotoxique (bléomycine à 1 U/mL) réalisée par le dermatologue sous anesthésie locale. Son mode d’action repose sur la destruction spécifique des cellules infectées par le HPV.

Les données publiées sur les verrues palmo-plantaires et péri-unguéales résistantes montrent un taux de réponse complète supérieur à 80 % avec la bléomycine intralésionnelle. C’est l’une des options les mieux documentées pour les formes difficiles. La principale complication est une douleur post-injection intense et la formation transitoire d’une bulle hémorragique — sans risque systémique aux doses utilisées en dermatologie.

5-Fluorouracile (5-FU) topique

Le 5-FU en crème (disponible en préparation magistrale) est une alternative aux kératolytiques pour les verrues récidivantes ou multiples. Son application sous occlusion nocturne améliore la pénétration. Il est parfois associé à la cryothérapie pour une action synergique. Son utilisation est hors AMM dans cette indication.

Autres options disponibles

Traitement Indication / Particularité Statut
Imiquimod 5 % (Aldara®) Immunomodulateur — utile dans les formes récidivantes ou chez l’immunodéprimé Hors AMM dans cette indication
Laser CO₂ Vaporisation précise — efficace pour les verrues multiples — réservé aux formes résistantes Acte dermatologique, séances 1 à 3
Électrocoagulation / curetage Efficace mais risque cicatriciel — utilisé pour les lésions volumineuses isolées Acte dermatologique — anesthésie locale requise
Injection d’antigène (candidine, vaccin MMR) Immunothérapie intralésionnelle — efficace dans les formes multiples et récidivantes Hors AMM — données favorables dans les revues récentes

Algorithme thérapeutique selon la forme clinique

L’approche thérapeutique se structure en fonction du nombre de lésions et des traitements déjà essayés — une logique progressive qui limite le risque de dystrophie unguéale tout en maximisant les chances de guérison :

Situation clinique 1re intention 2e intention (si échec à 8 semaines)
1 à 4 verrues péri-unguéales récentes Acide salicylique 15–25 % quotidien + abrasion Cryothérapie professionnelle (séances toutes les 2–3 semaines)
Plus de 4 verrues ou forme étendue Cryothérapie + acide salicylique en inter-séances Bléomycine intralésionnelle ou laser CO₂
Verrue subunguéale isolée Cryothérapie prudente ± acide salicylique Bléomycine intralésionnelle — consultation dermatologique impérative
Forme résistante (≥ 2 traitements bien conduits) Bléomycine intralésionnelle Laser CO₂, 5-FU, immunothérapie — biopsie si doute diagnostique
Patient immunodéprimé Avis dermatologique d’emblée — formes souvent multiples et récidivantes Imiquimod, bléomycine, laser — prise en charge spécialisée
Règle d’or : toute verrue péri-unguéale en cours de traitement doit être revue à 8 semaines. Si elle n’a pas diminué de taille de façon significative, il faut passer à l’option suivante de l’algorithme — et non multiplier indéfiniment le même traitement inefficace.

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Consultez un dermatologue sans attendre si :

  • La lésion péri-unguéale ne régresse pas malgré 2 traitements bien conduits de 8 semaines chacun — risque de carcinome épidermoïde HPV 16/18 à écarter par biopsie
  • L’ongle se déforme progressivement, se décolle ou présente une destruction partielle
  • La lésion saigne spontanément ou est ulcérée — signe d’alarme majeur
  • Apparition de verrues multiples et extensives sur plusieurs doigts — peut révéler une immunodépression (bilan immunologique indiqué)
  • Douleur au repos, non liée au traitement en cours

Téléchargez un guide complet au format PDF :

Questions fréquentes sur les verrues de l’ongle

Pourquoi les verrues autour des ongles sont-elles si difficiles à traiter ?

Les verrues péri-unguéales sont situées dans une zone mal vascularisée, difficile d’accès pour les traitements topiques, avec un épiderme épais. L’extension sous le bord de l’ongle (forme subunguéale) complique encore le traitement. Le taux de récidive est plus élevé qu’ailleurs : 20 à 30 % après un premier traitement bien conduit, contre environ 15 % pour les verrues vulgaires du dos de la main.

Les verrues de l’ongle peuvent-elles endommager l’ongle définitivement ?

Oui, dans deux situations. Premièrement, si la verrue atteint la matrice (zone de croissance sous le repli proximal), elle peut provoquer une dystrophie unguéale permanente. Deuxièmement, un traitement trop agressif — notamment une cryothérapie prolongée appliquée trop près de la matrice — peut lui-même causer cette dystrophie. C’est une raison importante pour confier les verrues proches de la matrice à un dermatologue.

Comment reconnaître une verrue péri-unguéale en dermoscopie ?

En dermoscopie, les verrues péri-unguéales montrent une surface papillomateuse avec des vaisseaux en points rouges ou noirs (capillaires thrombosés) disposés régulièrement. Ces points noirs, caractéristiques des verrues, permettent de les distinguer d’un cor ou d’une hyperkératose réactionnelle, qui n’en présentent pas. La disparition de ces points après traitement est un signe de guérison en cours.

Quel traitement pour une verrue sous l’ongle ?

La verrue subunguéale est la localisation la plus difficile. Les options sont l’acide salicylique concentré appliqué après abrasion, la cryothérapie prudente, ou la bléomycine intralésionnelle (injection réalisée par le dermatologue). La bléomycine montre un taux de réponse supérieur à 80 % dans les formes résistantes selon les études publiées. Un avis dermatologique est indispensable pour les verrues subunguéales.

Une verrue autour de l’ongle peut-elle devenir un cancer ?

C’est exceptionnel mais documenté et à ne pas manquer. Un carcinome épidermoïde péri-unguéal lié aux HPV 16 ou 18 peut mimer une verrue banale résistante pendant des mois. Il ne régresse pas, grossit, saigne parfois spontanément, et peut détruire progressivement l’ongle. Toute lésion verruqueuse péri-unguéale chronique qui résiste à deux traitements bien conduits doit être biopsiée.

Les verrues autour des ongles sont-elles liées à l’onychophagie ?

Oui, directement. L’onychophagie crée des micro-lésions cutanées autour du repli unguéal qui constituent des portes d’entrée pour le papillomavirus HPV. Les patients qui se rongent les ongles ont un risque significativement plus élevé de développer des verrues péri-unguéales et de les voir récidiver. Arrêter cette habitude est une mesure de prévention essentielle, en parallèle du traitement.

Acide salicylique ou azote liquide pour les verrues péri-unguéales ?

Pour 1 à 4 verrues péri-unguéales récentes, l’acide salicylique concentré (15–25 %) est la première intention, moins risqué pour l’ongle. Au-delà de 4 lésions, ou après échec à 8 semaines, la cryothérapie professionnelle ou la bléomycine intralésionnelle sont préférées. La cryothérapie doit être réalisée avec prudence à proximité de la matrice unguéale pour éviter une dystrophie définitive.

Comment ne pas confondre une verrue sous l’ongle avec une mycose ?

L’onychomycose (mycose de l’ongle) se distingue en général par un ongle jaune-brun, épaissi, friable, avec une onycholyse débutant par le bord libre — et sans excroissance hyperkératosique visible sur les replis. La verrue subunguéale soulève plutôt la tablette unguéale par une masse ferme. En cas de doute, un prélèvement mycologique et une dermoscopie permettent de trancher. Ne jamais traiter indéfiniment sans diagnostic certain.

Voir aussi :
Verrues des mains et des doigts |
Traitements des verrues |
Traitements naturels des verrues |
Verrues et condylomes |
Se ronger les ongles

Références scientifiques

  1. Tosti A, Piraccini BM. Warts of the nail unit: surgical and nonsurgical approaches. Dermatol Surg. 2001;27(3):235-239. PMID 11277888
  2. Marahatta S, Khadka DK, Agrawal S, Rijal A. Intralesional bleomycin for the treatment of resistant palmoplantar and periungual warts. Dermatol Res Pract. 2021;2021:8655004. PMID 34707655
  3. Mullen SA, Myers EL, Brenner RL, et al. Systematic review of intralesional therapies for cutaneous warts. JID Innov. 2024;4(3):100264. PMID 38585192

Source : HAS — Verrues cutanées : recommandations de la Haute Autorité de Santé

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