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Phencyclidine (PCP) et kétamine : addiction, intoxication et répercussions cutanées
- Psycho-dermatologie : PCP, kétamine et peau
- Qu’est-ce que la phencyclidine ? Mécanisme et histoire
- L’addiction : une histoire de dopamine et d’évolution
- Trouble d’utilisation de la phencyclidine (DSM-5)
- Intoxication à la phencyclidine
- Examens complémentaires et signes physiques
- Épidémiologie
- Questions fréquentes
Article rédigé d’après les critères du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).
Les phencyclidines comprennent la phencyclidine (PCP, « Angel Dust ») et des substances proches comme la kétamine (Kétalar®), la cyclohexamine et la dizocilpine. Développées comme anesthésiques dissociatifs dans les années 1950, elles sont devenues des drogues de rue dans les années 1960. Elles peuvent être ingérées, injectées par voie intraveineuse ou fumées.
Mis à jour le 25 août 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.
Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
Psycho-dermatologie : PCP, kétamine et peau
La psycho-dermatologie étudie les interactions entre la psyché et la peau. Les drogues dissociatives comme la phencyclidine et la kétamine génèrent de nombreuses manifestations cutanées directes ou indirectes que le dermatologue est susceptible de rencontrer en consultation.
- Abcès et infections aux points d’injection : les utilisateurs intraveineux développent des abcès cutanés, des thrombophlébites superficielles, des infections nécrosantes et des cordons veineux (stigmates de piqûres). Ces lésions sont fréquemment le motif de consultation dermatologique ou aux urgences.
- Hépatites et infections VIH : la voie IV expose aux hépatites B et C et au VIH, avec leurs manifestations cutanées spécifiques (ictère, prurit cholestatique, toxidermies médicamenteuses liées aux antirétroviraux).
- Traumatismes cutanés : l’analgésie profonde induite par la phencyclidine (insensibilité à la douleur) expose à des blessures graves non ressenties – lacérations, brûlures, fractures – dont les lésions cutanées arrivent sans contexte décrit cohérent en consultation.
- Rhabdomyolyse cutanée : la rhabdomyolyse (2 % des passages aux urgences) peut provoquer des lésions musculaires avec tensions cutanées, nécrose et escarres de pression.
- Hyperthermie et brûlures : les crises hyperthermiques liées à l’intoxication peuvent causer des lésions cutanées par chaleur interne ou comportements à risque (exposition prolongée au soleil, brûlures ignorées).
- Négligence cutanée chronique : l’addiction entretient une négligence de l’hygiène, favorisant infections cutanées récidivantes, parasitoses (gale, poux) et dermatites.
- Kétamine et usage médical en dermatologie : à faible dose, la kétamine est utilisée en sédation procédurale pour des actes dermatologiques douloureux (débridement de plaies, traitement de brûlures). Connaître ses effets dissociatifs permet d’anticiper et de gérer les réactions du patient.
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Qu’est-ce que la phencyclidine ? Mécanisme et histoire
La phencyclidine (PCP) et la kétamine sont des antagonistes des récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate), ce qui explique leurs effets dissociatifs, anesthésiques et hallucinogènes. Elles bloquent la transmission glutamatergique, provoquant une dissociation entre la perception sensorielle et la conscience.
Connue sous des noms de rue variés – PCP, Hog, Angel Dust, Trang, Peace Pill – la phencyclidine peut être fumée, ingérée ou injectée. La kétamine (« Spécial K », « Kit-Kat ») est plus accessible du fait de son usage médical légal comme anesthésique.
L’addiction : une histoire de dopamine et d’évolution
Depuis la nuit des temps, la conservation de l’espèce humaine répond à des règles de survie : se reproduire, se nourrir, fuir le danger. Ces comportements sont régis par le cerveau « reptilien », centre des émotions primaires, qui fonctionne selon la loi de la récompense : il libère de la dopamine (neurotransmetteur du plaisir) dans les noyaux gris centraux après tout comportement conservateur pour l’espèce (repas, sexualité, victoire…) et réclame de le renouveler.
Les drogues détournent ce système en provoquant une libération massive et non méritée de dopamine, bien supérieure à celle générée par les comportements naturels – créant ainsi une dépendance neurobiologique. Voir l’article dédié sur la drogue et l’addiction.
Trouble d’utilisation de la phencyclidine (DSM-5)
Depuis le DSM-5, les anciennes notions d’« abus » et de « dépendance » sont regroupées sous le terme unique de Trouble d’utilisation, gradué en trois niveaux de sévérité.
- Consommation en quantité plus importante ou sur une période plus longue que prévu.
- Désir persistant ou efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation.
- Temps considérable consacré à obtenir, utiliser ou récupérer des effets de la substance.
- Forte envie ou besoin de consommer (craving).
- Manquements récurrents aux obligations (travail, école, famille) du fait de la consommation.
- Poursuite de la consommation malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents.
- Abandon ou réduction d’activités importantes à cause de l’usage.
- Usage dans des situations physiquement dangereuses (conduite, machines).
- Poursuite de l’usage malgré la conscience d’un problème physique ou psychologique causé par la substance.
- Tolérance (besoin de doses plus importantes pour l’effet souhaité, ou effet diminué à dose identique).
- Sevrage (syndrome de sevrage caractéristique ou prise de substance pour éviter les symptômes).
Niveaux de sévérité : Léger (2–3 critères) / Modéré (4–5) / Sévère (≥ 6).
Intoxication à la phencyclidine
- Agitation extrême, comportement violent ou imprévisible envers soi-même ou autrui
- Fièvre élevée (hyperthermie), sueurs profuses, rigidité musculaire
- Confusion sévère, hallucinations, propos délirants
- Urines foncées (signe de rhabdomyolyse), douleurs musculaires intenses
- Plaie, brûlure ou traumatisme visible sans douleur ressentie par la personne
Appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Ne laissez jamais seule une personne intoxiquée : le risque traumatique est majeur du fait de l’analgésie et de la dissociation.
L’intoxication à la phencyclidine associe des changements comportementaux inadaptés (agression, impulsivité, agitation, altération du jugement) à des signes physiques apparaissant dans l’heure suivant la consommation (moins si fumée ou injectée).
| Niveau de dose | Effets principaux | Durée |
|---|---|---|
| Faible | Vertiges, ataxie, nystagmus, HTA légère, euphorie, ralentissement du temps de réaction | 8–20 heures |
| Intermédiaire | Désorganisation de la pensée, modification de l’image du corps, dépersonnalisation, sentiment d’irréalité | Plusieurs heures |
| Élevée | Amnésie, coma, analgésie chirurgicale, convulsions, dépression respiratoire | Plusieurs jours (psychose possible pendant plusieurs semaines) |
A. Utilisation récente de phencyclidine ou substance voisine.
B. Changements comportementaux inadaptés (agressivité, impulsivité, agitation, altération du jugement).
C. Au moins 2 des signes suivants dans l’heure : (1) nystagmus horizontal ou vertical, (2) hypertension ou tachycardie, (3) engourdissement ou diminution de la réponse à la douleur, (4) ataxie, (5) dysarthrie, (6) rigidité musculaire, (7) crises convulsives ou coma, (8) hyperacousie.
D. Non imputable à une affection médicale générale ou un autre trouble mental.
Examens complémentaires et signes physiques
La phencyclidine est détectable dans les urines, parfois plusieurs semaines après la fin d’une consommation prolongée en raison de sa forte liposolubilité. Les urines acidifiées facilitent la détection. La CPK et les transaminases (SGOT) sont souvent élevées, reflétant une atteinte musculaire.
- Nystagmus et HTA : présents chez ~50 % des intoxiqués – signes d’orientation importants.
- Cordons veineux et abcès aux points d’injection (usage IV).
- Stigmates de traumatismes : lacérations, contusions, brûlures sans explication cohérente (analgésie).
- Rhabdomyolyse : lésions musculaires avec tensions cutanées et risque de nécrose (~2 % des urgences).
- Hyperthermie ou hypothermie : lésions cutanées associées.
- Noyades possibles même en faible profondeur (altération de la conscience).
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Épidémiologie
Aux États-Unis, la phencyclidine est impliquée dans environ 3 % des décès associés à l’usage de substances. Plus de 3 % des sujets de 12 ans et plus ont déclaré en avoir déjà consommé. Le trouble touche préférentiellement les 20–40 ans, est environ deux fois plus fréquent chez l’homme, et surreprésenté dans les minorités ethniques. Les trois quarts des passages aux urgences liés au PCP concernent des hommes.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre phencyclidine (PCP) et kétamine ?
Les deux sont des antagonistes NMDA à effets dissociatifs et anesthésiques similaires, mais la kétamine est moins puissante et plus courte d’action. La kétamine dispose d’une AMM médicale légale (anesthésique et antidépresseur sous forme nasale – eskétamine/Spravato®) ; le PCP n’en dispose pas. Les deux peuvent faire l’objet d’un mésusage et d’un usage récréatif.
Pourquoi les usagers de PCP ne ressentent-ils pas leurs blessures ?
La phencyclidine provoque une analgésie dissociative profonde par blocage des récepteurs NMDA et opioïdes. Les utilisateurs peuvent subir des traumatismes graves (fractures, brûlures, lacérations) sans les percevoir, ce qui retarde la consultation et aggrave les lésions. Ce mécanisme explique pourquoi les stigmates traumatiques cutanés sans contexte douloureux décrit doivent alerter le clinicien.
Quelles lésions cutanées spécifiques le dermatologue peut-il voir chez un usager de PCP ?
Les principales lésions sont : abcès et cordons veineux aux points d’injection (voie IV), traumatismes cutanés multiples sans explication cohérente (analgésie), brûlures ignorées, lésions de rhabdomyolyse (tensions cutanées, nécrose musculaire), infections cutanées liées à la négligence d’hygiène, et signes cutanés d’hépatite ou de VIH chez les usagers IV.
La kétamine est-elle utilisée en dermatologie ?
Oui, à faible dose, la kétamine est utilisée en sédation procédurale pour des actes douloureux en dermatologie : débridements de plaies complexes, traitement de brûlures, biopsies chez les patients anxieux ou pédiatriques. Elle est également étudiée comme antidépresseur à action rapide, ce qui présente un intérêt dans les maladies cutanées à fort retentissement dépressif.
Le trouble d’utilisation à la phencyclidine se traite-t-il ?
Il n’existe pas de traitement pharmacologique spécifique du sevrage à la phencyclidine (pas de syndrome de sevrage clairement démontré). La prise en charge repose sur l’accompagnement psychosocial, les thérapies cognitivo-comportementales et le traitement des comorbidités psychiatriques (dépression, anxiété, troubles de la personnalité) fréquemment associées.
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Références
- Baldridge EB, Bessen HA. Phencyclidine. Emerg Med Clin North Am. 1990;8(3):541-550. PMID 2201519
- Smith KM, Larive LL, Romanelli F. Club drugs: methylenedioxymethamphetamine, flunitrazepam, ketamine hydrochloride, and gamma-hydroxybutyrate. Am J Health Syst Pharm. 2002;59(11):1067-1076. PMID 12063892
- Reddi S, Friedman MS. Recreational drug toxicity with severe hyperthermia: Rapid onsite treatment and clinical course. Am J Emerg Med. 2022;62:144.e5-144.e8. PMID 36055870
- Haute Autorité de Santé. Usage des substances psychoactives : prévention en milieu professionnel, argumentaire. has-sante.fr
Dr Ludovic Rousseau est dermatologue-vénérologue, fondateur de Dermatonet.com en 2000, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience, Bordeaux.
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