Dernière mise à jour : 28 juin 2026
Eau thermale en spray : pourquoi elle peut dessécher la peau
C’est devenu un réflexe d’été partagé par des millions de personnes : dès que la chaleur monte, on s’asperge le visage de brume d’eau thermale pour se rafraîchir et « faire le plein d’hydratation ». Sauf que ce geste, mal réalisé, peut produire l’effet inverse de celui recherché.
Mis à jour le 27 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).
— Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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Le paradoxe de la brume d’eau : pourquoi vaporiser de l’eau peut assécher la peau
L’intuition est compréhensible : on associe l’eau à l’hydratation, donc vaporiser de l’eau sur la peau devrait forcément l’hydrater. En réalité, la peau ne fonctionne pas comme une éponge passive. La couche cornée, la partie la plus superficielle de l’épiderme, retient son eau grâce à deux mécanismes : des substances hygroscopiques internes (le « facteur naturel d’hydratation ») et un film de lipides intercellulaires qui freine l’évaporation, appelée perte insensible en eau ou TEWL (transepidermal water loss)(1).
Quand on pulvérise de l’eau pure sur le visage et qu’on la laisse sécher sans rien d’autre, ce film d’eau superficiel finit par s’évaporer dans l’air, surtout par temps chaud, sec ou venteux. Or l’évaporation d’un liquide consomme de l’énergie et crée localement un gradient : l’eau qui s’en va en surface tend à entraîner avec elle une fraction de l’eau retenue plus en profondeur dans la couche cornée, en plus de potentiellement diluer transitoirement le film lipidique et les substances hygroscopiques de surface. Le résultat net, mesuré objectivement par les dermatologues à l’aide d’un évaporimètre, est une peau qui peut finir plus sèche qu’avant la vaporisation si l’eau n’est pas « scellée ».
| Geste après vaporisation | Hydratation cutanée mesurée à 90 minutes | Effet global |
|---|---|---|
| Eau seule, séchage à l’air libre | ≈ 91 % du niveau de départ | Légèrement desséchant |
| Eau suivie d’un émollient juste après | ≈ 142 % du niveau de départ | Hydratant modéré |
| Soin émollient seul (sans eau au préalable) | ≈ 206 % du niveau de départ | Hydratant fort |
Ces chiffres sont issus d’une étude sur les régimes de bain et d’application d’émollient chez des sujets atopiques et à peau saine(3) ; ils illustrent un principe transposable à toute application d’eau sur la peau, y compris la brumisation : l’eau seule, livrée à l’évaporation, n’apporte pas de bénéfice durable et peut même réduire l’hydratation sous son niveau initial.
Dans quelles situations cet effet desséchant est-il le plus marqué ?
Le phénomène est amplifié par certaines conditions environnementales et certains types de peau. Une atmosphère chaude, sèche ou ventée accélère l’évaporation et donc la perte d’eau cutanée associée. Les climatiseurs et ventilateurs, souvent utilisés en même temps que les brumes en été, accentuent encore ce dessèchement par convection.
Les peaux dont la barrière cutanée est déjà fragilisée sont les plus exposées : peaux sèches, peaux matures, et surtout peaux atopiques ou eczémateuses, chez lesquelles la perte insensible en eau est naturellement plus élevée qu’une peau saine(1). Pour en savoir plus sur la prise en charge globale de ces peaux fragiles, notre fiche complète sur l’eczéma détaille les soins adaptés au quotidien.
Ce mécanisme rejoint celui décrit pour les autres routines estivales de soin du visage : retrouvez nos conseils complets dans notre article sur les soins du visage avec la chaleur, ainsi que nos recommandations pour bien choisir sa crème solaire en complément, indispensable dès que la peau est exposée au soleil.
Un mécanisme proche de celui des démangeaisons et du vieillissement cutané
La sécheresse cutanée provoquée par une mauvaise utilisation de l’eau n’est pas un détail cosmétique : une couche cornée mal hydratée perd en souplesse, se fissure plus facilement et devient plus perméable aux irritants, ce qui peut entretenir des démangeaisons chroniques chez les personnes déjà sujettes à la peau sèche. À plus long terme, des cycles répétés de dessèchement cutané favorisent également l’aspect terne et l’accentuation des ridules associés au vieillissement de la peau.
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Questions fréquentes sur l’eau thermale en spray et la sécheresse cutanée
Pourquoi l’eau thermale en spray peut-elle dessécher la peau au lieu de l’hydrater ?
Quand l’eau vaporisée sèche à l’air libre, son évaporation entraîne avec elle une partie de l’eau présente dans les couches superficielles de la peau. Sans rien pour retenir cette humidité, le bilan final peut être une peau plus sèche qu’avant la vaporisation, surtout par temps chaud et venteux.
Faut-il arrêter d’utiliser les brumes d’eau thermale en été ?
Non, l’eau thermale reste un geste apaisant et rafraîchissant utile en cas de chaleur, de rougeurs ou d’irritation. Le problème ne vient pas du produit mais du fait de la laisser sécher seule à l’air libre. Il suffit d’ajouter un geste simple juste après la vaporisation pour éviter l’effet desséchant.
Quelle est la différence entre eau thermale et eau minérale en spray ?
L’eau thermale provient d’une source géologique profonde et contient des oligo-éléments stables (silicium, sélénium, manganèse) réputés apaisants. L’eau minérale en spray est généralement plus riche en minéraux dissous. Sur le plan de la dessiccation par évaporation, les deux se comportent de la même façon si elles ne sont pas scellées.
Quel est le bon geste pour utiliser une brume d’eau thermale sans dessécher la peau ?
Vaporisez à 20 centimètres du visage, laissez agir 10 à 15 secondes, puis tamponnez délicatement avec une serviette propre ou appliquez immédiatement une fine couche de sérum ou de crème hydratante sur la peau encore humide. Ce geste emprisonne l’eau au lieu de la laisser s’évaporer.
Combien de fois par jour peut-on vaporiser de l’eau thermale sur le visage ?
Deux à quatre applications par jour sont généralement bien tolérées, par exemple le matin, en milieu de journée lors de fortes chaleurs et le soir. Chaque vaporisation doit être suivie d’un tamponnement ou d’un soin hydratant pour rester bénéfique plutôt que desséchante.
Les peaux sèches ou atopiques sont-elles plus sensibles à cet effet desséchant ?
Oui. Une peau dont la barrière cutanée est déjà fragilisée, comme dans l’eczéma atopique, perd davantage d’eau par évaporation que la moyenne. Chez ces patients, vaporiser de l’eau sans sceller ensuite avec un émollient peut aggraver transitoirement la sécheresse et les démangeaisons.
Peut-on utiliser une brume d’eau thermale sur la peau d’un bébé ou d’un enfant ?
Oui, c’est même une habitude fréquente pour apaiser une peau irritée ou rafraîchir un enfant par forte chaleur. La règle est identique : tamponner ou appliquer une crème hydratante adaptée aussitôt après, sans jamais laisser sécher à l’air libre une peau de bébé déjà fine et fragile.
Quand une sécheresse cutanée après usage d’eau thermale doit-elle alerter ?
Consultez si la peau devient rouge, craquelée, douloureuse ou si des plaques squameuses apparaissent malgré l’application régulière d’un soin hydratant après chaque vaporisation. Une sécheresse qui s’aggrave en quelques jours, qui s’accompagne de démangeaisons intenses ou de suintement, peut traduire un eczéma surinfecté ou une autre dermatose sous-jacente nécessitant un avis dermatologique sans attendre.
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Références scientifiques
- Verdier-Sévrain S, Bonté F. Skin hydration: a review on its molecular mechanisms. J Cosmet Dermatol. 2007;6(2):75-82. PMID 17524122
- Nishimura N, Inoue S, Yokoyama K, Iwase S. Effect of spraying of fine water particles on facial skin moisture and viscoelasticity in adult women. Skin Res Technol. 2019;25(3):294-298. PMID 30402982
- Chiang C, Eichenfield LF. Quantitative assessment of combination bathing and moisturizing regimens on skin hydration in atopic dermatitis. Pediatr Dermatol. 2009;26(3):273-278. PMID 19706087
Source : HAS — Dermatite atopique : prise en charge et sécheresse cutanée
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