Biotherapie du psoriasis

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Biothérapies du psoriasis : mécanismes, molécules, bilan et contre-indications

Les biothérapies du psoriasis représentent une révolution thérapeutique issue de la compréhension des mécanismes immunologiques de la maladie. En ciblant précisément les cytokines responsables de l’inflammation – TNF-α, IL-17A, IL-23 – ces molécules obtenues par génie génétique permettent de contrôler les formes sévères de psoriasis résistantes aux traitements conventionnels. Mais leur puissance immunosuppressive impose un bilan pré-thérapeutique rigoureux et un suivi au long cours. Elles ne sont pas des traitements anodins et restent réservées aux psoriasis résistants, intolérants ou contre-indiqués aux autres thérapeutiques.

Mis à jour le 07/08/2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.

En bref : Les biothérapies ciblent précisément les cytokines de l’inflammation (TNF-α, IL-17, IL-23) et permettent d’obtenir une peau nette dans les formes sévères de psoriasis résistantes aux traitements classiques. Elles imposent un bilan pré-thérapeutique rigoureux : le dépistage de la tuberculose latente est obligatoire, car près de la moitié des rares cas de tuberculose active sous biothérapie surviennent dans les 6 premiers mois de traitement.
— Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

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Sommaire :
Principe des biothérapies |
Les principales molécules |
Indications |
Bilan pré-thérapeutique |
Contre-indications |
Surveillance au long cours |
Tableau récapitulatif |
Questions fréquentes

Principe des biothérapies – pourquoi elles sont différentes

Le psoriasis est une maladie auto-immune dans laquelle des cytokines pro-inflammatoires – des protéines de signalisation du système immunitaire – sont produites en excès et déclenchent la cascade inflammatoire responsable des plaques. Les biothérapies sont des anticorps monoclonaux ou des protéines de fusion obtenus par génie génétique, qui neutralisent spécifiquement ces cytokines ou leurs récepteurs.

Elles sont dites biomimétiques car elles miment des molécules naturellement présentes dans l’organisme – d’où leur efficacité remarquable et leur relative sélectivité. Mais cette sélectivité a un revers : en bloquant des cytokines impliquées dans la défense immunitaire, elles exposent à des risques infectieux spécifiques, notamment la réactivation de la tuberculose et des infections virales latentes.

Elles sont administrées le plus souvent par injections sous-cutanées (parfois intraveineuses pour certaines molécules), à intervalles réguliers définis selon chaque produit.

Les principales biothérapies du psoriasis

Anti-TNF-α – première génération

Les inhibiteurs du TNF-α (Tumor Necrosis Factor alpha) ont été les premières biothérapies utilisées dans le psoriasis. Ils bloquent cette cytokine pro-inflammatoire majeure impliquée dans de nombreuses maladies auto-immunes :

  • Étanercept (Enbrel®) – protéine de fusion récepteur-Fc
  • Adalimumab (Humira®) – anticorps monoclonal humain
  • Infliximab (Remicade®) – anticorps monoclonal chimérique (IV)

Efficaces sur le psoriasis cutané et articulaire, ils exposent aux risques infectieux les plus documentés de la classe.

Anti-IL-12/23 – deuxième génération

  • Ustekinumab (Stelara®) – cible la sous-unité p40 commune à l’IL-12 et l’IL-23, cytokines centrales de la différenciation Th1/Th17. Injections toutes les 12 semaines après induction.

Anti-IL-17A – troisième génération

Les inhibiteurs de l’IL-17A représentent actuellement les biothérapies les plus efficaces dans le psoriasis en plaques modéré à sévère :

  • Sécukinumab (Cosentyx®)
  • Ixékizumab (Taltz®)
  • Bimékizumab (Bimzelx®) – inhibe également l’IL-17F

Anti-IL-23 – quatrième génération

Ciblent spécifiquement la sous-unité p19 de l’IL-23, avec une sélectivité accrue et des intervalles d’injection très espacés :

  • Guselkumab (Tremfya®)
  • Risankizumab (Skyrizi®)
  • Tildrakizumab (Ilumetri®)

Indications – quand recourir aux biothérapies ?

Les biothérapies sont indiquées dans le psoriasis en plaques modéré à sévère en cas de :

  • Contre-indication aux traitements systémiques conventionnels (méthotrexate, ciclosporine, acitrétine, photothérapie)
  • Inefficacité ou réponse insuffisante après un essai thérapeutique bien conduit
  • Intolérance ou effets secondaires inacceptables aux thérapeutiques conventionnelles
  • Psoriasis articulaire (rhumatisme psoriasique) modéré à sévère
  • Formes avec retentissement majeur sur la qualité de vie malgré un traitement bien conduit

La décision d’instaurer une biothérapie est prise en concertation entre le patient et son dermatologue, après information complète sur les bénéfices, les risques et les contraintes du traitement.

Bilan pré-thérapeutique obligatoire

Avant toute mise sous biothérapie, un bilan complet est indispensable pour éliminer les contre-indications et établir un état de référence :

Examen clinique

  • Examen clinique complet et examen neurologique
  • Recherche de symptômes d’insuffisance cardiaque
  • Inventaire des antécédents de cancer et d’infections chroniques

Bilan biologique

  • NFS (numération formule sanguine)
  • CRP (marqueur inflammatoire)
  • ALAT, ASAT (bilan hépatique)
  • Sérologies hépatites B et C – la réactivation de l’hépatite B sous anti-TNF est une complication grave
  • Sérologie VIH si facteurs de risque

Bilan infectieux – dépistage tuberculose obligatoire

  • Quantiféron (IGRA) – test de détection d’une tuberculose latente. En cas de positivité, un traitement antituberculeux préventif doit être débuté avant la biothérapie.
  • Panoramique dentaire – éliminer un foyer infectieux dentaire
  • Scanner des sinus – éliminer une sinusite chronique
⚠️ Tuberculose latente et biothérapies : la réactivation d’une tuberculose quiescente est l’une des complications les plus graves des anti-TNF. Le Quantiféron doit être réalisé systématiquement – même en l’absence d’antécédent connu. Un résultat positif impose un traitement antituberculeux préventif avant toute biothérapie.

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Contre-indications communes aux biothérapies

  • Hypersensibilité à la molécule ou à l’un de ses excipients
  • Infection évolutive – bactérienne, virale, fongique ou parasitaire
  • Tuberculose latente non traitée
  • Cancer ou hémopathie évolutifs, ou en rémission depuis moins de 5 ans
  • Insuffisance cardiaque évoluée (stades III-IV NYHA) – particulièrement pour les anti-TNF
  • Maladie démyélinisante (sclérose en plaques, névrite optique…) – particulièrement pour les anti-TNF
  • Vaccins vivants atténués administrés depuis moins de 3 semaines
  • Forte exposition aux UV/PUVA – surveillance rapprochée requise (risque de carcinome cutané)

Cas particulier de la grossesse

Par précaution de principe, les biothérapies sont évitées pendant la grossesse. Quelques précisions importantes :

  • Les traitements biologiques ne passent pas dans le lait maternel – l’allaitement est en général possible
  • Une conception survenant sous biothérapie ne justifie pas une interruption de grossesse
  • La poursuite d’une biothérapie pendant la grossesse peut être discutée au cas par cas en fonction de la sévérité du psoriasis et de la molécule utilisée – certains anti-TNF ont un recul plus important
  • Toute décision doit être prise en concertation avec le dermatologue, le gynécologue et si nécessaire un centre de référence

Surveillance au long cours

Les biothérapies nécessitent un suivi régulier et prolongé pour détecter les complications potentielles :

  • Risque infectieux – surveillance clinique à chaque consultation, bilan biologique régulier. Signaler tout épisode infectieux même banal sous biothérapie.
  • Risque de lymphome – une augmentation du risque de lymphomes a été évoquée sous biothérapies prolongées, notamment anti-TNF. La surveillance clinique et biologique régulière au très long cours est obligatoire.
  • Réactivation virale – herpès, zona, hépatite B – surveillance sérologique adaptée
  • Risque cutané – surveillance dermatologique des patients sous PUVA cumulé important
  • Anticorps anti-médicament – peuvent réduire l’efficacité au fil du temps (immunogénicité)

⚠️ Consultez sans attendre si, sous biothérapie, vous présentez :

  • Une fièvre supérieure à 38°C, des frissons ou des sueurs nocturnes inexpliquées
  • Une toux persistante, des crachats sanglants ou un essoufflement (signe possible de tuberculose)
  • Une infection qui s’aggrave rapidement (rougeur, chaleur, pus, douleur)
  • Une éruption cutanée sévère, un gonflement du visage ou des difficultés à respirer (réaction allergique)
  • Un ictère (jaunisse), des urines foncées ou une fatigue intense (atteinte hépatique)

Ne jamais interrompre ni reprendre une biothérapie de votre propre initiative sans avis médical.

Tableau récapitulatif – biothérapies du psoriasis

Classe Cible Molécules principales Particularités
Anti-TNF-α TNF-alpha Étanercept, Adalimumab, Infliximab 1ère génération – risque TB le plus documenté – biosimilaires disponibles
Anti-IL-12/23 Sous-unité p40 Ustekinumab (Stelara®) Injections toutes les 12 semaines à l’entretien
Anti-IL-17A IL-17A (±F) Sécukinumab, Ixékizumab, Bimékizumab Parmi les plus efficaces sur le psoriasis cutané – prudence MICI
Anti-IL-23 (p19) IL-23 sélective Guselkumab, Risankizumab, Tildrakizumab Intervalles très espacés (jusqu’à 16-24 semaines) – sélectivité accrue

Questions fréquentes

Les biothérapies guérissent-elles le psoriasis ?
Non – les biothérapies contrôlent la maladie sans la guérir. Elles permettent d’obtenir une peau nette (PASI 90, voire PASI 100) chez une majorité de patients, mais l’arrêt du traitement est en général suivi d’une rechute. Elles s’inscrivent dans une stratégie de traitement au long cours, avec réévaluation régulière de leur nécessité.

Peut-on se faire vacciner sous biothérapie ?
Les vaccins inactivés (grippe, pneumocoque, COVID, hépatite B…) sont généralement possibles sous biothérapie – et même recommandés car les patients immunodéprimés sont plus vulnérables aux infections. Les vaccins vivants atténués (ROR, fièvre jaune, varicelle, zona vivant…) sont contre-indiqués pendant le traitement. Idéalement, la mise à jour vaccinale doit être faite avant l’instauration de la biothérapie.

Y a-t-il un risque de cancer sous biothérapie ?
Une augmentation du risque de lymphomes a été évoquée sous biothérapies anti-TNF au long cours – elle reste faible en valeur absolue et doit être mise en balance avec le bénéfice thérapeutique. Les anti-IL-17 et anti-IL-23, plus récents, n’ont pas montré de signal lymphomateux à ce jour. Une surveillance clinique et biologique régulière et prolongée est obligatoire pour tous les patients sous biothérapie.

Que faire en cas d’infection sous biothérapie ?
Tout épisode infectieux – même une simple angine ou un zona – doit être signalé rapidement au dermatologue prescripteur. Certaines infections nécessitent une suspension temporaire de la biothérapie le temps du traitement de l’infection. Ne jamais interrompre ni reprendre une biothérapie de sa propre initiative sans avis médical.

Les biothérapies fonctionnent-elles aussi sur le rhumatisme psoriasique ?
Oui – plusieurs biothérapies ont l’AMM à la fois pour le psoriasis cutané et le rhumatisme psoriasique, notamment les anti-TNF, le sécukinumab et l’ixékizumab. Chez les patients présentant les deux atteintes, le choix de la molécule intègre l’efficacité sur les deux composantes de la maladie.

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Références

  • Dapavo P, et al. Efficacy, safety, and drug survival of IL-23, IL-17, and TNF-alpha inhibitors for psoriasis treatment: a retrospective study. J Dermatolog Treat, 2021, PMID 34315331
  • Torres T, et al. Treatment of psoriasis with biologic and non-biologic targeted therapies in patients with latent tuberculosis infection or at risk for tuberculosis disease progression: Recommandations SPIN-FRT. J Eur Acad Dermatol Venereol, 2024, PMID 39149807
  • Snast I, et al. Active Tuberculosis in Patients with Psoriasis Receiving Biologic Therapy: A Systematic Review. Am J Clin Dermatol, 2019, PMID 30919314
  • Haute Autorité de Santé (HAS). Réévaluation des traitements systémiques du psoriasis – Synthèse, 2022. has-sante.fr

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.