Actinomycose

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Dernière mise à jour : 24 avril 2026

Actinomycose : une infection bactérienne confondue avec une mycose

L’actinomycose n’est pas, malgré son nom trompeur, une mycose mais une infection bactérienne chronique rare. On devrait d’ailleurs parler d’actinobactériose. La confusion vient du fait qu’Actinomyces israelii, son agent causal, était autrefois classé parmi les champignons en raison de son aspect filamenteux branchu. Il s’agit en réalité d’un bacille à Gram positif anaérobie, saprophyte habituel de la cavité buccale et du tractus gastro-intestinal, qui devient pathogène dès lors que la barrière muqueuse est rompue.

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Agent causal : Actinomyces israelii

Actinomyces israelii est l’espèce responsable de la grande majorité des actinomycoses humaines (avec A. gerencseriae dans environ 70 % des cas). C’est un bacille filamenteux ramifié, à Gram positif, anaérobie strict à microaérophile, qui ne forme pas de spores. Il était autrefois classé parmi les champignons en raison de son aspect mycélien, d’où le suffixe trompeur « -mycose ».

Cette bactérie vit normalement en commensal des muqueuses humaines, principalement le tartre et les caries dentaires, les cryptes amygdaliennes, ainsi que le tractus digestif et génital. Elle ne devient pathogène qu’en cas d’effraction de la barrière muqueuse, souvent dans un contexte polymicrobien : d’autres bactéries anaérobies (streptocoques, staphylocoques, Aggregatibacter actinomycetemcomitans, Enterobacteriaceae) créent les conditions d’anaérobiose et d’immunosuppression locale nécessaires à l’inoculation profonde des Actinomyces.

Point microbiologique clé : Le laboratoire doit impérativement être informé de la suspicion d’actinomycose avant l’envoi du prélèvement. Des milieux anaérobies spécifiques et une incubation prolongée (jusqu’à 14 jours) sont nécessaires — un ensemencement standard laissera la culture négative dans la plupart des cas.

Facteurs favorisants et porte d’entrée

L’actinomycose est une infection endogène : le germe est déjà présent chez l’hôte, mais il lui faut une porte d’entrée pour franchir les barrières muqueuses. On distingue des facteurs locaux et généraux :

  • Facteurs locaux : mauvaise hygiène bucco-dentaire, caries, avulsion dentaire, traumatisme facial, fractures, corps étrangers (prothèse de hanche, stérilet intra-utérin pour les formes pelviennes), soin dentaire invasif, chirurgie ORL.
  • Facteurs généraux : immunosuppression (VIH, corticothérapie, chimiothérapie), diabète, cancer, alcoolo-tabagisme, malnutrition.

L’infection touche préférentiellement les hommes entre 20 et 60 ans, avec un sex-ratio de 3 pour 1, probablement en lien avec une moins bonne hygiène bucco-dentaire. Elle est présente dans le monde entier mais plus fréquente dans les contextes socio-économiques défavorisés.

Formes cliniques

L’actinomycose peut toucher tous les organes. La répartition anatomique est relativement stable dans les séries publiées :

Forme clinique Fréquence Porte d’entrée principale
Cervicofaciale 50 – 60 % Caries, avulsion dentaire, traumatisme
Abdominale 20 – 25 % Appendicite, chirurgie digestive
Thoracique 15 – 20 % Inhalation de sécrétions buccales
Pelvienne Rare Stérilet intra-utérin (port prolongé)
Cutanée primitive Exceptionnelle Inoculation directe sur peau lésée
SNC < 3 % Dissémination hématogène (thoracique ou cervicofaciale)

Les formes disséminées par voie hématogène sont rares et surviennent quasi exclusivement chez les patients immunodéprimés.

Signes de la maladie : tableau cervicofacial typique

La forme cervicofaciale, la plus fréquente et la plus accessible au dermatologue, évolue classiquement en plusieurs stades :

Stade initial : nodule induré et indolore

La présentation initiale est celle d’une tuméfaction sous-cutanée progressive, indurée, de consistance ligneuse — d’où le terme historique de mâchoire de bois. Cette lésion est le plus souvent située dans la région sous-mandibulaire, à l’angle de la mandibule ou en région cervicale antérieure. Elle est initialement peu ou pas douloureuse, ce qui contraste avec son volume et peut orienter à tort vers une pathologie tumorale ou ganglionnaire. Les adénopathies satellites sont rares.

Cette phase peut durer plusieurs semaines à plusieurs mois. L’évolution est lente et insidieuse, rendant le diagnostic souvent tardif — le délai moyen entre apparition des symptômes et diagnostic dépasse parfois plusieurs mois.

Stade évolutif : placards fistulisés et grains jaunes

Sans traitement, la lésion s’étend aux tissus adjacents sans respecter les plans anatomiques, caractéristique fondamentale de l’actinomycose. Plusieurs nodules peuvent confluer en placards sous-cutanés adhérents au plan profond osseux de la face. La peau sus-jacente prend progressivement une teinte violacée ou brunâtre avec ramollissement central.

L’évolution aboutit à la fistulisation spontanée à la peau, drainant un pus séreux ou purulent contenant les grains jaunes caractéristiques (appelés grains de soufre, bien qu’ils ne contiennent pas de soufre). Ces grains, de 1 à 3 mm de diamètre, correspondent à des micro-colonies d’Actinomyces présentant un aspect en rayon de roue à l’examen microscopique. Leur découverte dans le pus est pathognomonique.

Complications locorégionales

L’infection peut s’étendre au périoste et à la mandibule, entraînant une ostéite. La langue peut être infiltrée. L’extension aux glandes salivaires, à l’orbite ou aux méninges est possible en l’absence de traitement.

⛔ Signe d’alarme : Toute tuméfaction cervicofaciale de consistance ligneuse, peu inflammatoire, évoluant depuis plusieurs semaines, doit faire évoquer l’actinomycose — surtout en contexte de mauvaise hygiène bucco-dentaire. Ne pas attendre la fistulisation pour initier le bilan.

Examens diagnostiques

Le diagnostic de l’actinomycose est souvent difficile et posé en retard. Les examens à réaliser sont les suivants :

Prélèvement microbiologique : le prélèvement du pus (par ponction ou lors d’un geste chirurgical) est le premier temps diagnostique. Il doit être acheminé rapidement en anaérobiose stricte. Le laboratoire doit être averti de la suspicion clinique : les milieux standard sont insuffisants. La culture peut nécessiter jusqu’à 14 jours d’incubation. La recherche des grains jaunes à l’œil nu dans le pus, puis leur examen microscopique (filaments Gram + en rayon de roue) est très utile.

Examen anatomopathologique : une biopsie des lésions indurées permet de retrouver les granules actinomycosiques entourés de leur réaction granulomateuse et suppurative caractéristique. L’examen histologique est souvent plus rentable que la culture.

Imagerie : l’échographie des parties molles peut orienter vers un abcès profond. Le scanner (TDM) est indiqué pour évaluer l’extension osseuse (ostéolyse mandibulaire), médiastinale ou abdominale. L’IRM est utile en cas de suspicion d’atteinte du SNC (aspect d’abcès en anneau).

Diagnostics différentiels

L’actinomycose est une grande simulatrice. Elle peut mimer de nombreuses pathologies selon sa localisation :

  • Au niveau cervicofacial : adénopathie tumorale ou lymphomateuse, adénite tuberculeuse (scrofuloderme), kyste épidermoïde surinfecté, abcès dentaire banal.
  • Au niveau thoracique : cancer broncho-pulmonaire, tuberculose, abcès pulmonaire banal.
  • Au niveau abdominal : cancer du côlon, maladie de Crohn, appendicite compliquée.
  • Au niveau pelvien : cancer gynécologique, endométriose.
  • Pour les lésions cutanées fistulisées : mycétome, nocardiose, botryomycose, streptomycose.
⚠ À retenir : La découverte de grains jaunes dans le pus d’une fistule cutanée est le signe le plus orienteur. En l’absence de grains visibles, l’examen histologique d’une biopsie reste l’examen de référence pour ne pas méconnaître le diagnostic.
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Traitement

Antibiothérapie : pénicilline G en première intention

La pénicilline G est le traitement de référence. Les Actinomyces y sont très sensibles. Le schéma recommandé comporte deux phases :

  1. Phase initiale par voie intraveineuse : pénicilline G à fortes doses, 10 à 20 millions d’unités par 24 heures, pendant 4 à 6 semaines. Cette phase hospitalière est indispensable pour pénétrer efficacement les tissus fibreux et indurés caractéristiques de la maladie.
  2. Relais oral : pénicilline V 2 à 4 g par jour pendant 3 à 12 mois selon l’étendue des lésions. La durée prolongée est indispensable pour éviter les rechutes, fréquentes en cas d’arrêt prématuré.

En cas d’allergie aux pénicillines, les alternatives incluent les tétracyclines (doxycycline 100 mg × 2/jour), les macrolides ou l’ampicilline. Les céphalosporines orales sont généralement peu efficaces sur les Actinomyces.

✓ Durée de traitement selon la localisation :
— Forme cervicofaciale non compliquée : 6 à 12 semaines au total.
— Formes thoraciques ou abdominales : jusqu’à 12 à 18 mois.
— Formes du SNC : traitement maximal, souvent combiné à la chirurgie.

Chirurgie

Le traitement chirurgical est associé à l’antibiothérapie dans les situations suivantes : abcès fluctuant nécessitant un drainage, volumineuses lésions fibreuses où la pénétrance antibiotique est médiocre, excision des trajets fistuleux, et prélèvement biopsique pour confirmation histologique. En cas d’atteinte osseuse mandibulaire, un curetage des zones ostéolytiques peut être nécessaire.

Traitement bucco-dentaire

L’assainissement bucco-dentaire est un volet thérapeutique indissociable : extraction des dents causales, détartrage, et traitement des foyers infectieux résiduels. Sans ce traitement stomatologique, le risque de rechute est élevé, quel que soit le schéma antibiotique employé.

Pronostic et prévention

Diagnostiquée et traitée correctement, la forme cervicofaciale guérit dans plus de 90 % des cas. Le pronostic se dégrade avec les formes thoraciques (guérison dans 70 à 80 % des cas sous traitement) et les formes disséminées ou du SNC. La lenteur de la réponse clinique est attendue compte tenu de l’importance de l’induration tissulaire et du caractère relativement avasculaire des lésions chroniques : la régression des placards fibreux peut prendre plusieurs mois.

La prévention repose entièrement sur l’hygiène bucco-dentaire : brossage régulier, détartrage annuel, traitement précoce des caries et prise en charge des foyers infectieux dentaires. Ces mesures simples constituent le meilleur rempart contre l’actinomycose cervicofaciale.

Questions fréquentes

L’actinomycose est-elle une mycose ?

Non. Malgré son nom trompeur, l’actinomycose est une infection bactérienne causée par Actinomyces israelii, un bacille à Gram positif anaérobie. L’aspect filamenteux ramifié de cette bactérie a longtemps entretenu la confusion avec les champignons.

Quels sont les signes cutanés typiques de l’actinomycose ?

Un nodule sous-cutané induré, indolore, de consistance ligneuse (« mâchoire de bois »), le plus souvent mandibulaire. Sans traitement, la peau sus-jacente se violace et se fistulise, drainant un pus contenant des grains jaunes pathognomoniques.

Comment confirme-t-on le diagnostic d’actinomycose ?

Par la mise en culture du pus en milieu anaérobie (le laboratoire doit être prévenu) ou par l’examen anatomopathologique d’une biopsie, qui révèle les granules actinomycosiques. La découverte de grains jaunes à l’œil nu dans le pus est très évocatrice.

Quel est le traitement de l’actinomycose cervicofaciale ?

La pénicilline G à forte dose par voie intraveineuse pendant 4 à 6 semaines, relayée par la pénicilline V orale pendant 3 à 6 mois. Un assainissement dentaire et parfois un drainage chirurgical sont associés.

L’actinomycose peut-elle toucher d’autres sites que le visage ?

Oui : poumons (15 à 20 % des cas), abdomen (20 à 25 %), pelvis (souvent lié au port prolongé d’un stérilet), et plus rarement le système nerveux central. Les formes disséminées surviennent surtout chez les immunodéprimés.

Peut-on consulter un dermatologue en téléconsultation pour une lésion cervicofaciale suspecte ?

Oui. Une téléconsultation dermatologique permet d’orienter rapidement vers les examens complémentaires adaptés. Le Dr Ludovic Rousseau est disponible sur Consulib pour ce type de consultation.

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Références scientifiques

  1. Valour F, Sénéchal A, Dupieux C, et al. Actinomycosis: etiology, clinical features, diagnosis, treatment, and management. Infect Drug Resist. 2014;7:183-197.
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  2. Könönen E, Wade WG. Actinomyces and related organisms in human infections. Clin Microbiol Rev. 2015;28(2):419-442.
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  3. Moghimi M, Salentijn E, Debets-Ossenkop Y, et al. Treatment of cervicofacial actinomycosis: a report of 19 cases and review of literature. BMC Infect Dis. 2013;13:435.
    [PubMed]
  4. Sharma S, Hashmi MF. Actinomycosis. StatPearls. Updated 2023.
    [PubMed]

Article rédigé par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue à Bordeaux — Dernière mise à jour : avril 2025.

Ce que les dermatologues vous disent rarement (faute de temps). Un dermatologue ayant +25 ans d'expérience vous livre ses secrets

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Auteur/autrice : Dermatologue Téléconsultation

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.

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