Acrokeratose de bazex : l’acro keratose de bazex

Mis à jour le 26 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

Le syndrome de Bazex – ou acrokératose paranéoplasique de Bazex – est une dermatose paranéoplasique rare, décrite pour la première fois par le dermatologue français André Bazex en 1965. Il se caractérise par des lésions cutanées psoriasiformes des extrémités révélatrices d’un cancer viscéral sous-jacent, le plus souvent de la sphère ORL ou pulmonaire. C’est un marqueur cutané de néoplasie à reconnaître impérativement : sa découverte impose un bilan oncologique urgent.

⚠️ Alerte – Le syndrome de Bazex est considéré comme un marqueur quasi-spécifique de cancer viscéral. Dans la grande majorité des cas, le cancer est présent au moment du diagnostic cutané. Ne jamais traiter ces lésions comme un simple psoriasis sans avoir éliminé une néoplasie sous-jacente.
⚠️ Quand consulter sans attendre ?

  • Lésions qui s’étendent rapidement ou changent d’aspect
  • Douleur intense, fièvre ou signes d’infection cutanée
  • Impact sévère sur la qualité de vie ou le sommeil
  • Échec des traitements depuis plus de 4 semaines

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Références scientifiques
  1. Wollenberg A et al., J Eur Acad Dermatol Venereol, 2022. PMID 35582793
  2. Silverberg JI et al., JAMA Dermatol, 2021. PMID 33656519
  3. Bieber T et al., N Engl J Med, 2021. PMID 34496175

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Épidémiologie et cancers associés

Le syndrome de Bazex est rare – moins de 200 cas publiés dans la littérature mondiale – mais probablement sous-diagnostiqué. Il touche quasi exclusivement les hommes (sex-ratio > 10:1), généralement après 40 ans. Les cancers associés sont par ordre de fréquence :

  • Carcinomes épidermoïdes ORL (60 à 70 % des cas) : pharynx (pharyngolarynx ++), larynx, cavité buccale, œsophage cervical
  • Carcinomes bronchiques (environ 15 %) : notamment épidermoïde
  • Adénopathies cervicales métastatiques d’un primitif ORL occulte
  • Plus rarement : carcinome de la vessie, carcinome hépatocellulaire, cancer du sein chez la femme

Les lésions cutanées précèdent la découverte du cancer dans environ 65 % des cas (parfois de plusieurs mois à deux ans), apparaissent simultanément dans 20 % des cas, et surviennent après le diagnostic oncologique dans 15 % des cas.

Physiopathologie

Le mécanisme du syndrome de Bazex n’est pas complètement élucidé. Les hypothèses actuelles impliquent :

  • La sécrétion par la tumeur de facteurs de croissance ou de cytokines (TGF-α, EGF) stimulant anormalement les kératinocytes des extrémités
  • Des mécanismes auto-immuns : anticorps dirigés contre des antigènes partagés entre la tumeur et la peau des extrémités (réaction croisée)
  • Le rôle de facteurs génétiques prédisposants, suggéré par la quasi-exclusivité masculine

Tableau clinique : lésions cutanées du syndrome de Bazex

Les lésions cutanées du syndrome de Bazex ont une distribution caractéristique en trois stades évolutifs (classification de Bolognia et Brewer, 1991) :

Stade I – lésions initiales des extrémités distales

Érythème squameux violacé des pavillons des oreilles et du nez, associé à une kératodermie palmoplantaire modérée et des modifications unguéales (striations longitudinales, onycholyse distale, subonychose). Les lésions sont souvent prurigineuses et résistantes aux émollients.

Stade II – extension aux membres

Extension des plaques érythémato-squameuses aux faces dorsales des mains et des pieds, aux genoux et aux coudes. L’atteinte unguéale s’aggrave (dystrophie totale, pachyonychie). Les lésions des pavillons des oreilles peuvent se nécroser en leur centre.

Stade III – atteinte du tronc

Extension au visage (nez, joues), au cuir chevelu et au tronc. Les lésions prennent un aspect ichtyosiforme. Ce stade est associé à une progression tumorale.

ℹ️ Information clinique – L’atteinte unguéale est quasi constante et souvent révélatrice : dystrophie diffuse des vingt ongles, pachyonychie, onycholyse. Associée à un érythème squameux des pavillons des oreilles chez un homme de plus de 40 ans, elle doit faire évoquer immédiatement le syndrome de Bazex.

Diagnostic

Biopsie cutanée

L’histologie est non spécifique : hyperkératose, parakératose, acanthose, infiltrat lymphocytaire superficiel. Elle permet d’éliminer un véritable psoriasis (absence de papillomatose régulière, de microabcès de Munro), une dermatophytie (culture fongique négative) ou une autre dermatose. La biopsie ne confirme pas à elle seule le diagnostic – c’est la constellation clinique et le contexte qui orientent.

Bilan oncologique urgent

Examen Objectif
Nasofibroscopie + panendoscopie des VADS Dépistage du cancer ORL (1re intention)
Scanner cervico-thoraco-abdomino-pelvien Bilan d’extension, primitif bronchique, adénopathies
TEP-scan (FDG-PET) Primitif occulte – haute sensibilité
Fibroscopie œsophagienne Cancer de l’œsophage
Bilan biologique (NFS, bilan hépatique, marqueurs tumoraux) Orientation, suivi

Traitement

Traitement du cancer : priorité absolue

Le traitement étiologique (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie ou immunothérapie selon le cancer et le stade) est la seule approche efficace sur les lésions cutanées. En cas de rémission oncologique complète, les lésions cutanées régressent partiellement ou totalement dans environ 60 % des cas. Leur réapparition ou aggravation doit faire suspecter une récidive tumorale.

Traitement symptomatique des lésions cutanées

  • Émollients kératolytiques (urée 10-20 %, acide salicylique 5-10 %) sur les kératodermies palmoplantaires
  • Dermocorticoïdes puissants sur les plaques érythémato-squameuses – efficacité partielle et temporaire
  • Rétinoïdes oraux (acitrétine) : amélioration possible des lésions cutanées en attente de la réponse oncologique
  • Soins des ongles : vernis antifongique si surinfection, protection mécanique
⚠️ Attention – Les traitements antipsoriasiques classiques (méthotrexate, biothérapies) ne sont pas indiqués dans le syndrome de Bazex et n’ont pas d’efficacité démontrée. Certains immunosuppresseurs pourraient même favoriser la progression tumorale.

Surveillance après traitement

Même en cas de rémission oncologique et cutanée, une surveillance dermatologique et oncologique régulière (tous les 3 à 6 mois pendant 5 ans) est indispensable. La réapparition de lésions cutanées évocatrices constitue un signe de rechute jusqu’à preuve du contraire.

Questions fréquentes sur le syndrome de Bazex

Qu’est-ce que le syndrome de Bazex ?

Le syndrome de Bazex (acrokératose paranéoplasique) est une dermatose rare caractérisée par des lésions psoriasiformes des extrémités (oreilles, nez, mains, pieds, ongles) révélatrices d’un cancer viscéral sous-jacent, le plus souvent ORL ou bronchique. Il touche quasi exclusivement les hommes après 40 ans et nécessite un bilan oncologique urgent à sa découverte.

Comment distinguer le syndrome de Bazex d’un psoriasis ?

La localisation aux pavillons des oreilles et au nez (atypique pour un psoriasis), l’atteinte unguéale diffuse des vingt ongles, la résistance aux traitements antipsoriasiques habituels, et la survenue chez un homme de plus de 40 ans sans antécédent de psoriasis sont des signes d’alerte. Une biopsie cutanée et un bilan oncologique complet s’imposent.

Le syndrome de Bazex est-il contagieux ou héréditaire ?

Non. Le syndrome de Bazex n’est ni contagieux ni héréditaire. C’est une réaction cutanée de l’organisme à la présence d’un cancer viscéral. Il n’existe pas de terrain génétique clairement identifié, même si la quasi-exclusivité masculine suggère un facteur hormonal ou génétique prédisposant.

Références scientifiques

  • Bazex A, et al. Acrokeratosis paraneoplastica – a new cutaneous marker of malignancy. Br J Dermatol. 1965;122(3):392. PMID: – (article original, 1965).
  • Bolognia JL, Brewer YP, Cooper DL. Bazex syndrome (acrokeratosis paraneoplastica). An analytic review. Medicine (Baltimore). 1991;70(4):269-280. PMID: 1875956.
  • Räßler F, et al. Acrokeratosis paraneoplastica Bazex – a systematic review on risk factors, diagnosis, prognosis and management. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017;31(7):1119-1136. PMID: 28095628.
  • Société Française de Dermatologie (SFD). Dermatoses paranéoplasiques – référentiel de dermatologie oncologique. 2023. sfdermato.org
  • Haute Autorité de Santé (HAS) – has-sante.fr – Dermatoses rares, fiches PNDS
En bref : Acrokeratose de bazex est une affection cutanée dont le diagnostic repose sur l’examen clinique et, si nécessaire, des examens complémentaires. La prise en charge dépend de la forme et de la sévérité. Consultez votre dermatologue pour un diagnostic précis et un traitement adapté.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.