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Dernière mise à jour : 2 septembre 2026
Chloroquine et hydroxychloroquine : effets, contre-indications et effets indésirables en dermatologie (2026)

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📄 Pages associées – dermatoses traitées par antipaludéens
Origine et pharmacologie : de l’écorce de quinquina à la synthèse
La chloroquine et l’hydroxychloroquine appartiennent à la famille des 4-aminoquinoléines, dérivés synthétiques de la quinine – un alcaloïde naturel extrait de l’écorce du quinquina (Cinchona spp.), arbre originaire d’Amérique du Sud et cultivé notamment à Java. Les infusions d’écorce de quinquina sont utilisées pour traiter le paludisme depuis le XVIIe siècle ; la synthèse de la chloroquine date des années 1930 et celle de l’hydroxychloroquine des années 1950.
Les deux molécules partagent un mécanisme d’action proche mais présentent des différences pharmacologiques importantes :
| Caractéristique | Chloroquine (Nivaquine®) | Hydroxychloroquine (Plaquenil®) |
|---|---|---|
| Structure | 4-aminoquinoléine | 4-aminoquinoléine hydroxylée |
| Toxicité relative | Plus élevée | Plus faible – préférée en pratique |
| Demi-vie | Longue (plusieurs semaines) | Longue (40–50 jours) |
| Indications dermato principales | Lupus, lucite (usage limité) | Lupus, connectivites, lucite |
| Risque rétinien | Plus élevé à doses équivalentes | Présent mais moindre – surveillance identique |
Effets biologiques
La chloroquine et l’hydroxychloroquine agissent sur plusieurs processus biologiques simultanément, ce qui explique la diversité de leurs indications :
Action sur les dermatoses photosensibles
Ces molécules inhibent les réactions cutanées induites par les ultraviolets, en partie par absorption des UV et en partie par modulation des voies inflammatoires activées par la lumière. Cet effet est utilisé dans le traitement du lupus cutané et de la lucite estivale bénigne.
Action anti-inflammatoire et immunomodulatrice
Ces médicaments inhibent la présentation antigénique par les cellules dendritiques, réduisent la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1, IL-6) et interfèrent avec l’activation des toll-like receptors (TLR7, TLR9). C’est sur ce mécanisme que repose leur efficacité dans le lupus systémique et la polyarthrite rhumatoïde.
Effet antiviral
La chloroquine et l’hydroxychloroquine modifient le pH intracellulaire des lysosomes, perturbant ainsi la réplication de certains virus. Elles peuvent abaisser modestement la charge virale du VIH dans certaines études. Leur efficacité potentielle contre le SARS-CoV-2 a fait l’objet d’intenses débats pendant la pandémie de Covid-19 ; les essais cliniques randomisés de grande envergure n’ont pas confirmé de bénéfice clinique dans le traitement de la Covid-19.
ℹ️ Chloroquine et Covid-19
Malgré un intérêt médiatique et scientifique intense en 2020, les essais cliniques randomisés – notamment les essais RECOVERY et Solidarity de l’OMS – n’ont pas mis en évidence de bénéfice de l’hydroxychloroquine dans le traitement de la Covid-19, ni en phase précoce ni en phase sévère. Son usage est désormais réservé à ses indications validées (lupus, rhumatologie).
Indications dermatologiques principales
En dermatologie, l’hydroxychloroquine est prescrite dans plusieurs situations cliniques :
- Lupus érythémateux cutané et systémique – indication de référence, avec un effet démontré sur les lésions cutanées, les arthralgies et la prévention des poussées systémiques. Le traitement est souvent prolongé sur plusieurs années.
- Connectivites – syndrome de Sjögren, connectivite mixte, dermatomyosite dans certaines formes
- Lucite estivale bénigne – en prévention saisonnière des éruptions solaires récidivantes
- Porphyrie cutanée tardive – à faibles doses, l’hydroxychloroquine favorise l’excrétion des porphyrines hépatiques
- Sarcoïdose cutanée – notamment pour les formes chroniques résistantes aux dermocorticoïdes
✅ Lupus et hydroxychloroquine : un traitement de fond essentiel
Dans le lupus, l’hydroxychloroquine réduit le risque de poussées, améliore la survie à long terme et diminue le risque de complications thrombotiques et rénales. Elle est recommandée chez la quasi-totalité des patients atteints de lupus, sauf contre-indication formelle.
Contre-indications
🚨 Contre-indications à connaître avant toute prescription
- Hypersensibilité à la chloroquine, l’hydroxychloroquine ou à l’un des excipients
- Rétinopathie préexistante – contre-indication absolue ; un examen ophtalmologique avant instauration du traitement est indispensable
- Grossesse – à peser au cas par cas ; dans le lupus, le bénéfice peut l’emporter sur le risque sous surveillance spécialisée
- Allaitement – passage dans le lait maternel, à évaluer avec le prescripteur
- Troubles neurologiques sévères – épilepsie notamment
- Déficit en G6PD (glucose-6-phosphate déshydrogénase) – risque d’hémolyse aiguë
- Insuffisance rénale ou hépatique sévère – accumulation possible ; adaptation posologique nécessaire
- Psoriasis – risque d’induction ou d’aggravation sévère d’une poussée psoriasique
La grossesse mérite une mention particulière : si la chloroquine est classiquement contre-indiquée, l’hydroxychloroquine est parfois maintenue dans le lupus systémique en cours de grossesse sous surveillance rapprochée, car l’arrêt du traitement expose à un risque de poussée lupique potentiellement délétère pour la mère et le fœtus. Cette décision relève d’une concertation spécialisée.
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Effets indésirables
La chloroquine est considérée comme plus toxique que l’hydroxychloroquine à doses équivalentes, ce qui explique que cette dernière soit préférée dans la pratique dermatologique et rhumatologique actuelle. Les effets indésirables se classent selon leur réversibilité et leur système d’organe concerné.
Effets irréversibles
🚨 Rétinopathie – effet indésirable majeur à surveiller
La rétinopathie aux antipaludéens est l’effet indésirable le plus redouté : elle peut évoluer de façon irréversible et conduire à une atteinte définitive de la vision centrale. Elle survient généralement après plusieurs années d’utilisation et est dose-dépendante. Une surveillance ophtalmologique annuelle – OCT maculaire et champ visuel automatisé – est indispensable dès la cinquième année de traitement, voire dès la première année en cas de facteur de risque (insuffisance rénale, dose cumulée élevée).
Effets réversibles à l’arrêt du traitement
Effets ophtalmologiques (réversibles)
- Dépôts cornéens (keratopathie en vortex) – habituellement asymptomatiques, régressent à l’arrêt
- Trouble de l’accommodation
Effets gastro-intestinaux
Nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales – en particulier en début de traitement. La prise pendant les repas réduit souvent ces effets.
Effets hématologiques
Une diminution des cellules sanguines (leucopénie, thrombopénie, anémie) est rapportée de façon rare. Une hémolyse aiguë peut survenir chez les patients porteurs d’un déficit en G6PD – dépistage recommandé avant instauration.
Effets neuromusculaires
- Irritabilité, nervosité, sautes d’humeur, étourdissements
- Céphalées
- Convulsions (rare)
- Vertiges, acouphènes
- Faiblesse des muscles squelettiques, préférentiellement au niveau des cuisses (myopathie)
Effets dermatologiques
⚠️ Effets cutanés et unguéaux à connaître
- Hyperpigmentation gris-bleu – en particulier au niveau des tibias, du visage et du palais ; peut persister après arrêt du traitement
- Dépigmentation pilaire et chute de cheveux – généralement réversible
- Éruption cutanée, urticaire
- Psoriasis : induction d’une première poussée ou aggravation d’un psoriasis préexistant – raison pour laquelle le psoriasis est une contre-indication
- Ongles : bandes transversales pigmentées (mélanonychie transversale)
- vous constatez une baisse de la vision, une vision floue ou une tache dans le champ visuel
- vous ressentez des palpitations ou un malaise (risque de trouble du rythme cardiaque)
- vous présentez des troubles psychiques inhabituels : anxiété marquée, confusion, hallucinations ou idées noires, un effet indésirable reconnu par l’ANSM
- une éruption cutanée étendue apparait, avec fièvre ou atteinte des muqueuses (bouche, yeux)
- vous découvrez une grossesse pendant le traitement
N’arrêtez jamais le traitement de vous-même sans en parler à votre médecin, une interruption brutale pouvant favoriser une poussée de la maladie sous-jacente.
Surveillance sous traitement : ce que le patient doit savoir
Un traitement par hydroxychloroquine au long cours impose une surveillance structurée, dont le patient doit être informé dès l’instauration :
| Examen | Fréquence recommandée | Objectif |
|---|---|---|
| Bilan ophtalmologique (OCT + champ visuel) | Avant traitement, puis annuellement dès l’an 5 (an 1 si facteur de risque) | Dépistage précoce rétinopathie |
| NFS (numération formule sanguine) | Périodique (selon prescription) | Dépistage cytopénie |
| Bilan rénal et hépatique | Selon l’indication et les comorbidités | Adapter la posologie si nécessaire |
| Dépistage G6PD | Avant instauration | Prévenir le risque d’hémolyse |
Le patient doit signaler rapidement tout trouble visuel (vision floue, scotome, difficulté à lire), toute faiblesse musculaire inhabituelle ou toute modification cutanée survenant sous traitement.
Questions fréquentes
Quelle différence entre chloroquine et hydroxychloroquine ?
Les deux molécules ont des mécanismes d’action proches, mais l’hydroxychloroquine (Plaquenil®) est considérée comme moins toxique que la chloroquine (Nivaquine®) à doses équivalentes, notamment pour la rétine. Elle est devenue la molécule de référence dans les indications dermatologiques et rhumatologiques au long cours.
Peut-on prendre de l’hydroxychloroquine pendant la grossesse ?
La situation dépend de l’indication. Dans le lupus systémique, l’arrêt de l’hydroxychloroquine pendant la grossesse expose à un risque de poussée pouvant être délétère pour la mère et le fœtus. Certaines équipes spécialisées maintiennent le traitement sous surveillance étroite. Cette décision doit être discutée au cas par cas avec le médecin prescripteur, en médecine interne ou en rhumatologie.
Combien de temps dure le traitement dans le lupus ?
Dans le lupus, le traitement par hydroxychloroquine est habituellement prescrit au long cours – parfois pendant de nombreuses années – en raison de ses effets préventifs sur les poussées et les complications systémiques. La durée est évaluée régulièrement en fonction de l’évolution de la maladie et de la tolérance.
L’hyperpigmentation cutanée due à l’hydroxychloroquine est-elle réversible ?
L’hyperpigmentation gris-bleu touchant les tibias, le visage ou le palais peut persister plusieurs mois à quelques années après l’arrêt du traitement. Elle régresse dans la plupart des cas mais peut être très lente à disparaître. Il est important de ne pas confondre cette pigmentation avec une lésion mélanocytaire suspecte – un examen dermatologique permet de trancher.
La surveillance ophtalmologique est-elle obligatoire ?
Elle est fortement recommandée. Les recommandations de l’Académie américaine d’ophtalmologie (mise à jour 2025) et les sociétés françaises préconisent un examen ophtalmologique de référence avant le début du traitement, puis une surveillance annuelle à partir de la 5e année – ou plus précocement en cas de facteur de risque (insuffisance rénale, dose élevée, âge avancé). La détection précoce d’une rétinopathie débutante permet d’arrêter le traitement avant que les lésions ne deviennent irréversibles.
Le psoriasis est-il vraiment aggravé par l’hydroxychloroquine ?
Oui, c’est un effet indésirable documenté : les antipaludéens de synthèse peuvent induire une première poussée de psoriasis chez des patients prédisposés, ou aggraver significativement un psoriasis préexistant – parfois sous forme érythrodermique. C’est pourquoi le psoriasis figure parmi les contre-indications de ces médicaments.
Faut-il arrêter l’hydroxychloroquine en cas de grossesse ?
Pas systématiquement. Selon l’ANSM, une étude a montré un risque de malformation grave multiplié par 1,33 pour une exposition en début de grossesse à une dose quotidienne supérieure ou égale à 400 mg. La décision d’arrêt ou de poursuite doit être prise avec le médecin prescripteur, car interrompre le traitement dans le lupus expose à un risque de poussée pouvant être plus dangereux pour la mère et l’enfant.
🔬 Dermatoses traitées par antipaludéens
💊 Effets cutanés médicamenteux
Références médicales
- PMID 41232611 – American Academy of Ophthalmology. Special AAO Report: Recommendations on Screening for Hydroxychloroquine Retinopathy (2025 revision). Ophthalmology. 2026.
- PMID 30926722 – Fanouriakis A et al. 2019 update of the EULAR recommendations for the management of systemic lupus erythematosus. Ann Rheum Dis. 2019.
- PMID 33031652 – RECOVERY Collaborative Group. Effect of hydroxychloroquine in hospitalized patients with Covid-19. N Engl J Med. 2020.
- PMID 29061479 – Chasset F, Arnaud L, Jachiet M, et al. Changing antimalarial agents after inefficacy or intolerance in patients with cutaneous lupus erythematosus: a multicenter observational study. J Am Acad Dermatol. 2018.
- ANSM – Les enfants exposés à l’hydroxychloroquine pendant la grossesse de leur mère courent un risque plus élevé de malformation grave à la naissance. Actualité de pharmacovigilance, avril 2023.
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Mis à jour septembre 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS)., fondateur de Dermatonet.com. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale individuelle.
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