Morpions et poux : symptômes, traitement

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Dernière mise à jour : 5 juin 2026

Parasites de la peau : poux et gale

Les poux et la gale sont les deux grandes parasitoses cutanées rencontrées en pratique courante. L’un et l’autre sont dus à une infestation de la peau humaine par des parasites microscopiques — des insectes pour les poux, un acarien pour la gale — qui se transmettent principalement par contact direct avec une personne infestée. Ils provoquent tous les deux des démangeaisons intenses, parfois invalidantes, et posent le même défi thérapeutique : la résistance croissante aux traitements habituels, qui explique la fréquence frustrante des récidives.

En bref : Les morpions (poux du pubis, Pthirus pubis) et les poux de tête (Pediculus humanus capitis) sont des ectoparasites qui provoquent des démangeaisons intenses par contact direct. Environ 100 millions de personnes sont touchées par les poux de tête chaque année dans le monde. Le traitement par perméthrine ou diméticone est efficace en 1 à 2 applications. La gale (Sarcoptes scabiei), autre parasitose fréquente, nécessite un traitement par ivermectine orale.
— Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Leur point commun s’arrête là. Les poux infestent les poils et les cheveux, tandis que la gale creuse des sillons dans le stratum corneum cutané. Leurs modes de transmission, leurs symptômes, leur diagnostic et leurs traitements sont distincts — et leur confusion est l’une des causes les plus fréquentes d’échec thérapeutique.

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Sommaire

Les poux (pédiculose)

Les poux sont des insectes parasites obligatoires de l’être humain, appartenant à l’ordre des Phtiraptera. Ils se nourrissent exclusivement de sang humain et ne peuvent survivre plus de 24 à 48 heures hors de leur hôte. Ils sont désignés sous le nom scientifique de Pediculus humanus (pour les poux de tête et de corps) et de Phthirus pubis (pour les poux du pubis, ou morpions).

Les trois formes de pédiculose

Forme Agent Localisation Population principalement concernée
Pédiculose du cuir chevelu Pediculus humanus capitis Cheveux, surtout rétro-auriculaire et nuque Enfants d’âge scolaire (3–11 ans) ; très fréquente
Pédiculose du corps Pediculus humanus corporis Vêtements au contact de la peau (non les cheveux) Personnes en situation de grande précarité, sans accès à l’hygiène
Pédiculose pubienne (morpions) Phthirus pubis Poils pubiens, périnéaux ; parfois cils, sourcils Adultes ; transmission principalement sexuelle

Signes cliniques

Le symptôme principal est le prurit — des démangeaisons du cuir chevelu ou des zones infestées, parfois intenses, qui peuvent perturber le sommeil chez l’enfant. Le grattage répété peut provoquer des excoriations, des croûtes et, secondairement, des surinfections bactériennes (impétigo, folliculite).

Le diagnostic repose sur la mise en évidence des parasites vivants ou des lentes (œufs fixés sur le cheveu à moins de 1 cm du scalp). La simple présence de lentes vides sans poux vivants indique une infestation passée et ne justifie pas de traitement. L’Académie Américaine de Pédiatrie ne recommande plus la politique « no-nit » (exclusion scolaire jusqu’à disparition de toutes les lentes) car les lentes vides ne sont pas infectieuses.

Lentes vides ou lentes viables : comment distinguer ?
Les lentes viables (œufs non éclos) sont adhérentes au cheveu, opaques et situées à moins de 1 cm du scalp. Les lentes vides (écorces d’œufs après éclosion) sont translucides, souvent éloignées du scalp, et témoignent d’une infestation ancienne. Seule la présence de poux vivants ou de lentes viables justifie un traitement.

Traitement et résistances

Le traitement des poux est parfois difficile car de nombreux Pediculus sont devenus résistants aux traitements antipoux. Il est donc fréquent d’observer des récidives après un traitement contre les poux — ce qui n’est pas toujours une vraie résistance mais peut aussi témoigner d’une réinfestation ou d’un traitement mal conduit.

Le premier traitement pharmacologique est la perméthrine à 1 % (lotion ou shampooing). Des résistances à la perméthrine et au malathion sont documentées et en augmentation. Parmi les alternatives validées :

Traitement Mécanisme Remarques
Perméthrine 1 % (lotion/shampooing) Neurotoxique pour l’insecte (canaux sodium) Traitement de référence ; résistances croissantes en France
Diméticone (huile de silicone) Asphyxie physique — pas de résistance possible Efficacité comparable à la perméthrine ; recommandé en cas de résistance ; non remboursé
Malathion 0,5 % Organophosphoré — inhibition de l’acétylcholinestérase Disponible ; résistances décrites ; odeur désagréable
Spinosad (lotion 0,9 %) Neurotoxique naturel d’origine bactérienne Disponible aux États-Unis ; efficacité démontrée en RCT
Ivermectine orale ou topique Antiparasitaire à large spectre En cas de résistance ; hors AMM en France pour les poux de tête
Peignage humide (wet combing) Élimination mécanique des parasites Seule alternative non chimique efficace ; chronophage mais sans résistance

Le traitement doit être répété à 7–10 jours d’intervalle pour éliminer les poux issus des lentes qui auraient résisté à la première application. Le lavage des vêtements et literie à 60°C est suffisant — aucune décontamination environnementale extensive n’est nécessaire car les poux ne survivent pas longtemps hors de leur hôte.

→ Pour en savoir plus : Les poux : diagnostic et traitement complet

La gale (sarcoptes scabiei)

La gale est due à un acarien microscopique — Sarcoptes scabiei var. hominis — qui creuse des sillons dans les couches superficielles de l’épiderme (stratum corneum) pour y pondre ses œufs. Elle touche toutes les catégories sociales, tous les âges, et constitue un problème de santé publique mondial : on estime à 200 millions le nombre de personnes infectées à tout moment dans le monde, et son incidence est en hausse en Europe depuis les années 2010.

La transmission se fait principalement par contact cutané direct et prolongé — souvent dans un contexte de vie commune (famille, couple, collectivité). Contrairement à une idée reçue, la transmission indirecte (literie, vêtements) est possible mais moins fréquente dans la gale commune.

Signes cliniques

Le symptôme cardinal est un prurit intense, diffus, prédominant la nuit et caractéristiquement aggravé au chaud (lit, bain). Le prurit intrafamilial — plusieurs membres de la famille qui se grattent — est un signe d’appel très évocateur.

Les lésions caractéristiques sont les sillons scabieux : petits trajets sinueux, grisâtres, de 0,5 à 1,5 cm, correspondant au tunnel creusé par la femelle dans l’épiderme. À leur extrémité se trouve l’éminence acarienne — une petite vésicule translucide contenant le parasite. Ces sillons siègent préférentiellement sur :

  • Les espaces interdigitaux des mains ;
  • Les poignets, la face antérieure des avant-bras ;
  • Les aisselles, les plis du coude ;
  • Le sillon interfessier, la région génitale chez l’homme ;
  • Les aréoles mammaires chez la femme ;
  • Le dos et la plante des pieds chez le nourrisson (localisation spécifique à cet âge).

Le visage et le cuir chevelu sont habituellement épargnés chez l’adulte immunocompétent — sauf dans la gale norvégienne.

Prurit post-scabieux : ne pas confondre avec une récidive
Après un traitement bien conduit de la gale, le prurit peut persister 2 à 4 semaines — voire plus — sans que cela signifie un échec thérapeutique. Ce prurit post-scabieux est lié à la réaction inflammatoire cutanée contre les antigènes parasitaires résiduels (cadavres d’acariens, œufs), et non à une persistance de l’infestation active. Il répond aux dermocorticoïdes topiques et aux antihistaminiques. La grande erreur est de retraiter précipitamment sur la base du seul prurit résiduel, exposant à une surmédication et à des effets secondaires injustifiés.

Traitement et résistances

Le traitement de la gale est lui aussi fréquemment suivi de récidives dues à une réinfestation ou à un traitement mal conduit — le traitement de l’entourage et des partenaires étant indispensable. La résistance vraie à la perméthrine est en augmentation et documentée dans la littérature (mutations des canaux sodium voltages-dépendants de l’acarien). Une méta-analyse de 147 études (Br J Dermatol, 2024) rapporte un taux d’échec thérapeutique global de 15 % — qui augmente de 0,27 % par an depuis les années 1980.

Traitement Modalités Taux d’échec (méta-analyse 2024)
Perméthrine topique 5 % (crème) Application corps entier (cou inclus) pendant 8–12 h, à renouveler à J8 10,8 % — résistances en hausse progressive
Ivermectine orale 200 µg/kg 2 prises à J1 et J8 (2 doses = meilleur résultat qu’une seule) 7,1 % à 2 doses vs 15,2 % à 1 dose
Ivermectine topique Lotion 0,5 % ; application corps entier 9,3 %
Benzoate de benzyle 25 % (lotion) Application répétée sur 24–48 h Variable selon les séries ; moins étudié récemment
Association perméthrine + ivermectine orale Pour les formes résistantes ou la gale norvégienne Recommandée dans les formes difficiles

Règles impératives pour tout traitement de la gale :

  • Traiter simultanément tous les contacts proches (personnes partageant le lit, partenaires sexuels, famille vivant sous le même toit) — même s’ils sont asymptomatiques ;
  • Laver à 60°C (ou mettre en sac fermé pendant 72 heures) les vêtements portés dans les 3 jours précédant le traitement et la literie ;
  • Ne pas retraiter trop tôt sur la base du seul prurit résiduel (attendre 4 semaines avant d’évaluer l’échec thérapeutique) ;
  • En milieu institutionnel (EHPAD, collectivité), prévenir l’Agence Régionale de Santé et organiser un traitement collectif coordonné.

Gale norvégienne : la forme sévère à connaître

La gale norvégienne (ou gale croûteuse) est une forme hyperinfestante rare, survenant presque exclusivement chez des personnes immunodéprimées (VIH, greffés, corticothérapie prolongée, grand âge avec déclin immunitaire). Au lieu des 10 à 15 acariens habituels, la peau peut abriter des millions de parasites dans des croûtes hyperkératosiques étendues. Elle est extrêmement contagieuse et responsable de nombreux cas d’épidémies nosocomiales. Son traitement nécessite une association d’ivermectine orale répétée et d’application topique de kératolytiques et d’antiscabieux, en milieu hospitalier contrôlé.

Prévention et mesures environnementales

Mesure Poux Gale
Traitement simultané des contacts Enfants du foyer et contacts scolaires directs Tous les contacts proches et partenaires sexuels (obligatoire)
Traitement du linge et literie Lavage à 60°C ou sac fermé 48 h Lavage à 60°C ou sac fermé 72 h
Décontamination de l’environnement Non nécessaire (survie courte hors hôte) Aspiration des tapis, aération ; spray antiparasitaire sur les fauteuils si possible
Éviction scolaire Non recommandée si traitement en cours Jusqu’au lendemain du traitement
Signalement Information de la classe (sans identifier l’enfant) Déclaration à l’ARS si foyer institutionnel

Questions fréquentes sur les poux et la gale

Peut-on attraper des poux ou la gale sans contact direct avec une personne infestée ?

Pour les poux de tête, la transmission indirecte (par un chapeau, une brosse à cheveux) est possible mais nettement moins fréquente que le contact tête-à-tête direct. Les poux ne sautent pas et ne volent pas. Pour la gale, la transmission indirecte par literie ou vêtements existe mais est moins fréquente que le contact cutané prolongé dans la gale commune — elle est en revanche importante dans la gale norvégienne, où les croûtes contiennent des millions d’acariens.

Pourquoi le traitement des poux ou de la gale échoue-t-il parfois ?

Les causes d’échec sont multiples. Pour les poux : résistances aux pyréthrinoïdes (perméthrine, malathion) de plus en plus fréquentes, traitement non renouvelé à J7–10, réinfestation par un contact non traité. Pour la gale : application incorrecte du traitement topique (zones oubliées, rinçage trop rapide), traitement d’un seul membre du foyer sans traiter les contacts, prurit post-scabieux confondu avec une récidive. En cas de vrai doute sur un échec, consulter un dermatologue pour réévaluation et adaptation thérapeutique.

Le prurit post-scabieux signifie-t-il que la gale n’est pas guérie ?

Non. Un prurit persistant 2 à 4 semaines après un traitement bien conduit de la gale est normal et ne traduit pas une persistance de l’infestation. Il est lié à la réaction inflammatoire cutanée contre les débris parasitaires. On le traite par dermocorticoïdes et antihistaminiques — et non par un nouveau traitement antiscabieux prématuré. Il faut attendre au moins 4 semaines avant de conclure à un échec thérapeutique.

La gale est-elle une maladie de la pauvreté ou du manque d’hygiène ?

Non. La gale touche toutes les classes sociales, tous les niveaux d’hygiène et toutes les catégories d’âge. Elle n’est pas liée à la saleté mais au contact cutané prolongé avec une personne infestée. Elle peut toucher un enfant dans une famille soigneuse, un adulte après une nuit en hôtel, ou une personne âgée en maison de retraite. Il est important de déconstruire cette idée reçue qui génère une honte injustifiée et retarde souvent le diagnostic et le traitement.

Faut-il signaler la gale à l’école ou au médecin ?

La gale n’est pas une maladie à déclaration obligatoire individuelle en France. En revanche, tout foyer institutionnel (école, EHPAD, hôpital, caserne) doit faire l’objet d’un signalement à l’Agence Régionale de Santé pour organiser un traitement collectif coordonné. Pour l’entourage scolaire d’un enfant atteint, une information de la classe (sans identifier l’enfant) est recommandée pour que les parents vérifient leurs enfants — de même que pour les poux.

Voir aussi :
Les poux : article complet
La gale : article complet
La peau : structure et fonctions

>>> Suite : Les poux

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📋 Page dédiée : Pour tout savoir sur les morpions (poux du pubis) — symptômes, diagnostic, traitement par perméthrine et prévention — consultez notre guide complet sur les morpions.

Questions fréquentes — morpions et poux

Qu’est-ce qu’un morpion et comment le reconnaître ?

Un morpion est le nom courant du pou du pubis (Pthirus pubis), un ectoparasite de 1 à 2 mm qui se fixe sur les poils pubiens, anaux ou axillaires. Il provoque un prurit intense dans la région génitale, surtout la nuit. On peut parfois observer de petites taches bleutées (macules ceruleae) sur la peau aux sites de piqûres.

Comment attrape-t-on des morpions ?

Les morpions se transmettent quasi exclusivement par contact sexuel direct. La transmission via les toilettes ou la literie est exceptionnelle car le pou du pubis survit moins de 24 heures hors de son hôte. Les morpions ne sautent pas. Un bilan IST complet est recommandé lors du diagnostic, car des infections sexuellement transmissibles peuvent coexister.

Quel est le traitement des morpions ?

Le traitement recommandé est une lotion à base de perméthrine 1 % ou de malathion, à appliquer sur toutes les zones pileuses concernées (pubis, anus, aisselles) pendant 8 à 12 heures. Une deuxième application 7 à 10 jours plus tard est conseillée. Le ou les partenaires sexuels doivent être traités simultanément. Les sous-vêtements portés dans les 48 heures doivent être lavés à 60 °C.

Comment différencier les poux de tête des morpions ?

La localisation est le critère principal : les poux de tête vivent sur le cuir chevelu, les morpions infestent la région pubienne. La forme diffère aussi : les poux de tête sont allongés (2 à 3 mm), les morpions sont trapus et ronds (1 à 2 mm). Les deux provoquent des démangeaisons et laissent des lentes collées aux poils ou aux cheveux.

Peut-on avoir des morpions sans rapport sexuel ?

C’est très rare chez l’adulte. La transmission par literie ou vêtements est théoriquement possible mais extrêmement peu fréquente. Chez l’enfant, une infestation des cils ou des sourcils par des morpions doit faire systématiquement rechercher une maltraitance sexuelle et nécessite un signalement si elle est confirmée.

Références scientifiques

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Mis à jour le 25 avril 2026 par Dr Ludovic Rousseau


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