MALADIES DANS LE SABLE ET L’EAU STAGNANTE : qu’attrape-t-on à la plage?

Maladies dans le sable et la plage

La peau est une barrière qui nous protège vis-à-vis de nombreux micro-organismes de l’environnement. Les micro organismes peuvent y pénétrer lors du contact avec le sable et l’eau, qu’il y ait plaie (blessures, morsures,  piqûres d’insectes ) ou non, notamment des parasites qui sont susceptibles de franchir la peau saine (schistosomoses, ankylostomiase et anguillulose).
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), “Les micro-organismes représentent une partie importante de la composition du sable des plages”, heureusement, la plupart sont “non pathogènes”, c’est-à-dire sans danger.

Mieux vaut donc être prudent, notamment en milieu tropical vis-à-vis du sable et de l’eau stagnante

sable

Sable et eau stagnante, attention

Une étude estime qu’entre 10 000 et 100 000 micro-organismes vivent sur chaque grain de sable. Nous avons vu que la grande majorité est non pathogène, donc inoffensive, mais certains peuvent provoquer des maladies.

De même, l’eau stagnante (lac, retenue d’eau de mer…) est propice au développement de mico organismes :

  1. parasites,
  2. bactéries,
  3. champignons,
  4. virus
  5. Comment éviter d’attraper des maladies dans le sable

1/ Parasites

Les parasites sont les plus redoutables car ils sont capable de traverser la peau non lésée.

1.1/ Larva migrans, attention aux plages avec des chiens

Chien sur la plage, danger de larva migrans

1.1.1/ Larva migrans viscérale ou toxocarose

La toxocarose ou larva migrans viscérale est une zoonose helminthique due au parasitisme de l’homme par la larve d’un ascaride appartenant au genre Toxocara. Les chiens et les chats sont les hôtes définitifs de T. canis et de T. cati, les hommes sont des hôtes accidentels qui se contaminent en ingérant des œufs embryonnés avec de la terre, de l’eau ou des aliments contaminés par des déjections des animaux.
Sur les plages où les chiens sont autorisés, on peut donc retrouver le parasite Toxocara canis. Lorsque ses œufs sont ingérés par accident, ils peuvent provoquer la toxocarose. C’est l’infection par un ver parasite la plus répandue. Ce ver jaune, pouvant atteindre les 18 cm de long, est souvent asymptomatique, se révélant par la présence d’une éosinophilie. Cependant, une dissémination du ver provoque le syndrome de larva migrans viscérale (troubles respiratoires, fièvre, grossissement du foie et de la rate…), et une atteinte oculaire, le syndrome de larva migrans oculaire.

Le diagnostic de la toxocarose repose sur la présence du syndrome, d’une éosinophilie et d’une sérologie positive.

Le traitement est l’albendazole +/- aux corticostéroïdes en cas d’atteinte sévère.

1.1.2/ Impasse parasitaire : Larva migrans cutanée ou ver à chien

La larva migrans cutanée est liée à la pénétration dans la peau d’une larve en impasse parasitaire chez l’homme. Elle provoque des lésions des pieds et/ou des fesses qui démangent

Voir l’article ver à chien

1.2/ Bilharzioses

1.2.1/ Bilharzioses humaines

Les schistosomoses ou bilharzioses sont répandues en milieu tropical et intertropical, y représentant la maladie la plus fréquente, après le paludisme. Elles concernent 200 millions de personnes dans le Monde et sont responsables de  1 million de décès par an.

Les bilharzioses sont dues au développement de vers plats (les schistosomes) qui colonisent différents mollusques, en eau douce, dont les larves sont susceptibles de pénétrer à travers la peau de l’homme, à l’occasion de bains en eau douce stagnante. Ces larves se transforment dans le corps de l’homme en vers adultes qui vivent dans le foie,  la vessie, le rectum, les poumons… Les hommes contaminent l’eau douce en y urinant et déféquant et les vers plats contaminent les mollusques, la boucle est bouclée…

Cinq espèces sont susceptibles de parasiter l’homme :

  • Schistosoma haematobium (bilharziose uro-génitale),
  • Schistosoma mansoni et Schistosoma intercalatum (bilharzioses intestinale et rectale),
  • Schistosoma japonicum et Schistosoma mekongi (bilharzioses artérioveineuses).

Ces parasitoses sont rencontrées enrégions intertropicales : Afrique (S. haematobium, S. mansoni, S. intercalatum), en Amérique du Sud et aux Caraïbes (S. mansoni), au Moyen-Orient (S. haematobium, S. mansoni) ou en Extrême-Orient (S. japonicum, S. mekongi).

La maladie évolue en 3 phases :

Une phase de contamination au moment de la baignade.

La pénétration des larves au bout de 1 à 5 minutes de baignade à travers la peau peut parfois provoquer une urticaire. C’est la dermatite cercarienne, responsable de l’urticaire sur la zone de pénétration. Elle est souvent asymtomatique cependant

Une phase de dissémination larvaire

Après 2 à 10 semaines apparaissent : fièvre, altération de l’état général, urticaire, troubles digestifs, toux…

Biologie : hyperéosinophilie. Sérologie positive

Une phase de dissémination viscérale et cutanée

Deux mois après la contamination les vers adultes pondent dans le système veineux des organes urinaires, digestifs, hépatiques, pulmonaires

Les lésions cutanées sont des granulomes bilharziens localisés dans le derme :

Tronc, souvent péri ombilicales, lombaires…

Papules de petite taille, fermes, parfois pigmentées, qui peuvent démanger, isolées ou confluantes en bouquet : prurigo en éclaboussure

Génitales notamment chez la femme.

Lésions pseudo-tumorales des grandes lèvres ou papillomateuses périnéales. Elles sont souvent confondues avec les condylomes, la syphilis

Biologie : oeufs dans les urines, les selles…

Le traitement fait appel aux anti-parasitaires : praziquantel (Biltricide®)

1.2.2/ Impasse parasitaire, la Bilharziose animale : dermite des nageurs en étang ou en mer stagnante

La « dermatite des nageurs » (swimmer’s itch), est une autre dermatite cercarienne, due à des schistosomes d’animaux qui sont en impasse parasitaire chez l’homme : canards, moutons, bovins, rongeurs. Elle est due à la pénétration de larves d’helminthes d’oiseaux, en particulier de canards

Elle a été décrite sur tous les continents, en particulier dans les régions de lacs, d’eau de mer stagnante et les pays de rizicultures.

Elle donne de gros boutons à type de prurigo sur la zone immergée dans l’eau. Après un intervalle d’une dizaine d’heures apparaît une éruption urticarienne prédominant aux zones découvertes.

Il s’agit d’une impasse parasitaire, donc l’éruption guérit spontanément en une dizaine de jours.

 

1.3/ Ankylostomiase

L’ankylostomiase ou ankylostomose est due à deux genres de nématodes, Ancylostoma duodenale et Necator americanus. Cette helminthose intestinale est endémique dans tous les pays intertropicaux et parfois présente dans les microclimats des pays tempérés (galeries de mines, chantiers souterrains…). Elle est liée au développement dans la partie initiale du tube digestif d’un vers rond de petite taille et touche environ un milliard d’individus dans le monde, principalement dans les régions intertropicales.

La contamination se fait en marchant pieds nus dans le sable ou la boue des zones humides , contaminée par des matières fécales, des galeries de mine et des chantiers souterrains.

L’ankylostomose humaine se déroule en trois phases

La pénétration cutanée des larves

Elle peut provoquer des boutons et du prurigo au site de pénétration, le plus souvent au niveau des pieds (espace interdigito-plantaire, orteils, plante) autrefois appelée en France « gourme des mineurs ».

La phase d’invasion (ou de migration)

Elle est marquée par la triade fièvre, dyspnée asthmatiforme (catarrhe des gourmes, poumon éosinophile fugace, syndrome de Löffler), urticaire

Biologie : hyperéosinophilie sanguine.

Phase d’état

Les vers adultes vivent attachés à la muqueuse digestive et provoquent un saignement chronique à l’origine d’une carence en fer et d’anémie ferriprive. Troubles digestifs, hypo-albuminémie

Biologie : présence d’œufs à l’examen parasitologique des selles

Traitement : à la phase de pénétration ou d’invasion, anti parasitaires bien absorbés sur le plan digestif (albendazole, thiabendazole, mébendazole) en répétant les cures  car les antiparasitaires sont efficaces sur les vers adultes mais moins sur les larves.

À la phase d’état, pamoate de pyrantel (Combantrin®), mébendazole (Vermox®) et flubendazole (Fluvermal®), albendazole (Zentel®, Eskazole®)…

1.4/ Anguillulose ou strongyloïdose

La strongyloïdose ou anguillulose est une parasitose liée au développement dans le duodénum d’un vers rond : Strongyloides stercoralis. Elle concerne 50 millions de personnes, surtout en milieu tropical. La maladie peut être grave chez les immunodéprimés. Elle est acquise par contact avec du sable et des sols boueux infestés par des larves d’anguillules.

La maladie évolue en trois phases :

Une phase de pénétration cutanée

La pénétration cutanée des larves strongyloïdes provoque parfois des boutons au niveau des zones de pénétration, les pieds habituellement.

Une phase de migration larvaire

Classique triade fièvre, dyspnée asthmatique, urticaire

Biologie : hyperéosinophilie élevée.

La phase digestive

Elle se manifeste par des douleurs digestives +/- diarrhée. Il s’y associe parfois de signes cutanés : urticaire, dans deux tiers des cas ou la larva currens, plus rare mais spécifique, constituée de cordons rouges mobiles, de quelques millimètres de long, de localisation centrale (périnée, abdomen, cuisses…), se déplaçant de plusieurs centimètres par heure, fugaces, disparaissant rapidement sous la peau et dus à la migration sous-cutanée des larves, encore appelée dermatite linéaire rampante

Biologie : mise en évidence des oeufs dans les selles.

Le traitement fait appel aux anti-parasitaires, albendazole (Zentel®, Eskazole®) ou ivermectine (Stromectol®)

La prévention passe par le port de chaussures.

2/ Bactéries

Le sable contient de très nombreuses bactéries dont certaines sont pathogènes, notamment pour la peau ou le tube digestif

On peut citer parmi celles-ci Escherichia coli et Enterococcus mais aussi des Salmonella et des Campylobacter, qui sont responsables d’intoxications alimentaires, notamment en cas d’ingestion de sable, ou lorsqu’on s’enterre dans le sable.

Le Staphylocoque doré peut aussi se transmettre dans le sable, que ce soit sur la peau (infections) ou en l’ingérant, provoquant des diarrhées et vomissements

3/ Champignons : mycoses

Le sable peut transmettre des champignons responsables de mycose à type de “dermatophytes”, ou mycose de la peau et mycose des pieds voire mycose des ongles

4/ Virus

4.1/ Papillomavirus : verrues

Le sable peut permettre la transmission du papillomavirus, comme à la piscine, responsable de verrues plantaires notamment.

4.2/ Enterovirus

Des entérovirus sont retrouvés dans le sable des plages et lieux de baignades très fréquentés par les baigneurs

Les entérovirus peuvent provoquer des symptomes de méningite,  respiratoires ou cardiaques, la maladie pieds-mains-bouche ou encore des conjonctivites.

5/ Comment éviter les maladies du sable et de l’eau stagnante

Il convient donc d’etre prudent à la plage ou au bord des zones d’eaux stagnantes (lacs, mer stagnante…) notamment en zone tropicale et/ou si des chiens y trainent :

  • Tout d’abord il faut éviter les baignades en eau douce surtout en milieu tropical, préférer les baignades en mer agitée
  • Eviter d’avaler du sable
  • Ne pas marcher pieds nus sur les plages et à fortiori dans des milieux boueux en région tropicale.
  • Ne pas s’étendre directement sur le sable, mettre une serviette propre et privilégier si possible la zone de sable où l’eau de mer s’est retirée (zone de marnage) car les “vers à chien” passent même à travers le maillot de bain et la serviette. L’eau de mer les tue.
  • Respecter l’interdiction d’amener des chiens à la plage… et s’ils sont autorisés, ramasser leurs excréments…

Posez une question au dermatologue (pas d'avis médical)

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