Dernière mise à jour : 11 juin 2026
Ulcère de jambe veineux : reconnaître, traiter et cicatriser une plaie chronique
Une plaie qui s’ouvre autour de la cheville, qui suinte, qui résiste à tous les soins et ne cicatrise pas depuis des semaines, parfois des mois – c’est souvent un ulcère de jambe veineux. Complication la plus sévère de l’insuffisance veineuse chronique, il touche environ 1 % de la population adulte en France et représente une réelle épreuve pour ceux qui en souffrent : douleurs, immobilité, pansements quotidiens, isolement. Pourtant, avec une prise en charge adaptée – contention veineuse forte et soins locaux rigoureux – la grande majorité des ulcères veineux cicatrisent. Cette page explique comment reconnaître un ulcère veineux, comment le distinguer d’autres types de plaies, et ce qu’il faut faire pour le traiter efficacement.
Mis à jour le 11 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (Pubmed, HAS).
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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Qu’est-ce qu’un ulcère de jambe veineux ?
Un ulcère de jambe est une perte de substance cutanée – une plaie ouverte – qui ne cicatrise pas spontanément. Lorsqu’il est d’origine veineuse, ce qui représente 60 à 80 % de tous les ulcères de jambe, il est la conséquence directe d’une insuffisance veineuse chronique non ou mal traitée. On parle alors d’ulcère variqueux, d’ulcère de stase ou d’ulcère veineux (stade C6 de la classification CEAP).
Le mécanisme est le suivant : la pression veineuse chroniquement élevée dans les jambes entraîne une inflammation locale persistante, une fibrose des tissus sous-cutanés (lipodermatosclérose), et une ischémie capillaire de la peau. Privée d’oxygène et de nutriments, la peau finit par se nécroser au moindre traumatisme – parfois même sans aucun choc – laissant une plaie ouverte qui peine à se refermer faute d’une microcirculation fonctionnelle.
C’est une maladie qui s’installe progressivement, souvent précédée pendant des années par les stades antérieurs de l’insuffisance veineuse : jambes lourdes, varicosités, varices, dermite ocre, eczéma variqueux. L’ulcère est le stade terminal – mais pas inévitable si la maladie est prise en charge à temps.
Reconnaître un ulcère de jambe veineux : les signes caractéristiques
L’aspect d’un ulcère veineux est assez typique quand on sait quoi chercher. Plusieurs critères permettent de l’identifier et de le distinguer d’autres types de plaies.

Localisation
L’ulcère veineux siège presque toujours dans la zone de guêtre – c’est-à-dire autour de la cheville, sur la face interne (malléole interne) ou, plus rarement, la face externe. C’est la zone où la pression veineuse est maximale et où la dermite ocre et la lipodermatosclérose s’installent en amont.
Aspect de la plaie
Les bords sont irréguliers, en pente douce, non décollés. Le fond peut être rouge vif (tissu de granulation actif – bon signe), jaunâtre (fibrine – plaie qui stagne) ou noirâtre (nécrose – urgence). La plaie est souvent suintante, parfois de façon abondante. Elle peut être peu douloureuse ou modérément douloureuse, la douleur s’améliorant quand on surélève la jambe – ce qui est un signe distinctif important.
Peau environnante
La peau autour de la plaie est rarement normale : on observe le plus souvent une pigmentation brun-ocre (hémosidérine), une induration (peau dure, épaissie), des squames, des plaques d’eczéma variqueux, et parfois les cicatrices blanchâtres caractéristiques de l’atrophie blanche de Milian. L’œdème de la cheville est presque toujours présent.
Ulcère veineux vs ulcère artériel : les différences clés
| Critère | Ulcère veineux | Ulcère artériel |
|---|---|---|
| Localisation | Malléole interne, cheville, zone de guêtre | Orteil, talon, dos du pied, points de pression |
| Bords | Irréguliers, en pente douce | Nets, « en emporte-pièce » |
| Fond | Rouge ou fibrineux, suintant | Pâle, sec, peu saignant |
| Douleur | Modérée, s’améliore en surélevant | Intense, surtout la nuit, empire en surélevant |
| Peau autour | Brune, indurée, œdématiée | Pâle, froide, dépilée, pouls absent |
| Contention | Traitement de référence (si IPS > 0,8) | Contre-indiquée (aggrave l’ischémie) |
| IPS (Doppler) | > 0,8 en général | < 0,7 (artériopathie) |
Les causes et facteurs de risque
L’ulcère veineux survient sur un terrain d’insuffisance veineuse chronique évoluée. Les principaux facteurs qui favorisent son apparition sont :
- Antécédents de varices non traitées, évoluant depuis des années
- Antécédents de phlébite profonde : même bien traitée, une thrombose veineuse profonde peut laisser des valvules définitivement endommagées (syndrome post-thrombotique)
- Âge avancé : l’ulcère veineux touche surtout les personnes de plus de 70 ans, avec une prédominance féminine
- Obésité et sédentarité : ils aggravent la stase veineuse
- Immobilité de la cheville : la raideur articulaire réduit l’efficacité de la pompe du mollet
- Antécédents d’ulcère : chaque récidive laisse des cicatrices fibreuses qui fragilisent davantage la peau
- Traumatismes même minimes sur peau fragile (lipodermatosclérose)
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Le traitement de l’ulcère de jambe veineux
La prise en charge d’un ulcère veineux repose sur deux piliers indissociables : le traitement de la cause (l’hypertension veineuse, par la contention) et le traitement de la plaie (les soins locaux). L’un sans l’autre ne suffit pas.
La contention veineuse forte : traitement de référence
C’est le traitement le plus important, validé par la HAS et toutes les sociétés savantes. La contention forte (classe 3 ou bandage multicouche) réduit la pression veineuse dans les capillaires de la cheville, relance la microcirculation et crée les conditions mécaniques indispensables à la cicatrisation. Des études montrent que la contention forte permet de cicatriser deux fois plus vite que la contention légère. Elle doit être portée du matin au coucher, 7 jours sur 7, jusqu’à cicatrisation complète – puis maintenue à vie sous forme de bas médicaux pour prévenir les récidives.
Condition préalable : la mesure de l’IPS (indice de pression systolique) par écho-Doppler est obligatoire avant toute contention forte. Un IPS supérieur à 0,8 autorise la compression forte. Entre 0,6 et 0,8, une compression modérée peut être utilisée avec prudence. En dessous de 0,6, la contention est contre-indiquée.
Les soins locaux : choisir le bon pansement
Le choix du pansement dépend de l’aspect de la plaie et ne relève pas de l’automédication. Les grands principes sont :
- Plaie bourgeonnante, peu suintante : pansement interface (tulles, hydrocolloïdes légers) pour ne pas traumatiser le tissu de granulation au changement
- Plaie très suintante : pansement absorbant (alginate, mousse) pour gérer les exsudats sans macérer la peau péri-ulcéreuse
- Fibrine abondante : détersion mécanique douce par un soignant formé, ou pansements hydrogels pour ramollir la fibrine
- À éviter : antiseptiques colorés (Bétadine, éosine) en application prolongée, qui sont cytotoxiques pour les cellules de cicatrisation ; eau oxygénée ; talc
Les soins sont le plus souvent réalisés par une infirmière à domicile, idéalement formée à la cicatrisation. La fréquence des pansements (quotidienne ou tous les 2-3 jours) dépend du volume d’exsudats.
Le traitement de la cause veineuse
Traiter la plaie sans traiter la cause conduit à la récidive. Une fois l’ulcère cicatrisé, un bilan écho-Doppler veineux complet est indispensable pour évaluer l’anatomie veineuse et discuter d’un traitement des varices responsables : sclérothérapie, laser endoveineux, stripping ou radiofréquence. Ces interventions réduisent significativement le taux de récidive ulcéreuse.
La rééducation et la marche
Marcher est un traitement à part entière : la contraction du muscle du mollet comprime les veines profondes et propulse le sang vers le cœur (pompe musculaire). Même en cas d’ulcère actif, la marche avec contention est recommandée. La kinésithérapie peut aider à améliorer la mobilité de la cheville, souvent réduite chez les patients porteurs d’ulcères chroniques.
Les traitements adjuvants
Certains médicaments peuvent être utilisés en complément : veinotoniques (diosmine), pentoxifylline (améliore la microcirculation). Des techniques plus récentes comme la thérapie par pression négative (VAC), les greffes cutanées ou les substituts biologiques peuvent être discutées pour les ulcères réfractaires. Ces décisions relèvent d’une concertation spécialisée.
Gérer la douleur et l’impact sur la vie quotidienne
L’ulcère de jambe veineux n’est pas seulement une plaie : c’est une maladie chronique qui affecte profondément la qualité de vie. Les patients décrivent des douleurs chroniques, des difficultés à se déplacer, des nuits perturbées, une gêne sociale liée aux odeurs et aux pansements visibles, et souvent un sentiment d’isolement. Une étude systématique publiée dans le Journal of Advanced Nursing a identifié que les thèmes les plus rapportés par les patients sont la douleur, la restriction des activités, l’impact sur l’image de soi et la dépendance aux soignants.
La prise en charge de la douleur est essentielle : paracétamol, anti-inflammatoires topiques, pansements analgésiques. L’accompagnement psychologique peut être bénéfique pour les ulcères de longue durée. Il est important de rappeler aux patients que l’ulcère peut cicatriser – avec les bons soins et de la persévérance.
Prévenir les récidives
La récidive est la grande menace après cicatrisation : plus de 60 % des ulcères veineux récidivent dans les 3 ans si les facteurs causaux ne sont pas traités. La prévention repose sur :
- Le port quotidien de bas de contention médicale à vie
- Le traitement des varices responsables (chirurgie, laser, sclérothérapie) dès que la plaie est cicatrisée
- La protection de la peau péri-cicatricielle par émollients – la peau reste fragile longtemps après la fermeture de l’ulcère
- Le contrôle des facteurs de risque : poids, activité physique, suivi médical régulier
- La surveillance : toute réouverture, même minime, doit être prise en charge immédiatement sans attendre
Consultez en urgence si :
- La rougeur autour de la plaie s’étend rapidement, la jambe devient chaude et douloureuse avec de la fièvre → érysipèle probable, nécessite des antibiotiques urgents
- La plaie saigne abondamment → comprimer fermement et appeler le 15
- La jambe entière gonfle brutalement, le mollet est douloureux → suspicion de phlébite profonde → urgences
- La plaie noircit ou une odeur nauséabonde s’installe brutalement → nécrose ou infection profonde, consultation le jour même
- Une plaie sur le bas de la jambe n’évolue pas favorablement après 3 semaines de soins → réévaluation médicale indispensable
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Questions fréquentes sur l’ulcère de jambe veineux
Comment reconnaître un ulcère de jambe veineux ?
L’ulcère de jambe veineux est une plaie ouverte à bords irréguliers en pente douce, siégeant autour de la cheville et sur la face interne du tiers inférieur de la jambe. Le fond est rouge et suintant, la peau environnante souvent brune et indurée. La douleur est modérée et s’améliore en surélevant la jambe – à la différence de l’ulcère artériel, très douloureux la nuit.
Combien de temps met un ulcère de jambe à cicatriser ?
Avec un traitement bien conduit – contention forte et soins locaux adaptés – environ 60 à 70 % des ulcères veineux cicatrisent en 12 semaines. Sans traitement adapté, certains persistent des mois ou des années. La récidive est fréquente : plus de 60 % des patients rechutent dans les 3 ans si la cause veineuse n’est pas traitée. La contention port vie est indispensable après cicatrisation.
Quelle différence entre ulcère veineux et ulcère artériel ?
L’ulcère veineux siège sur la cheville et la face interne, sa douleur s’améliore en surélevant la jambe, et la peau autour est brune et gonflée. L’ulcère artériel siège sur les extrémités (orteil, talon, dos du pied), est très douloureux surtout la nuit, et s’aggrave en surélevant la jambe. L’IPS mesuré par Doppler guide le diagnostic et le choix de la contention.
Peut-on faire une contention sur un ulcère de jambe ?
Oui, c’est le traitement de référence – à condition d’avoir exclu une artériopathie associée par mesure de l’IPS. Si l’IPS est supérieur à 0,8, une contention forte est recommandée. Entre 0,6 et 0,8, une compression modérée peut être utilisée avec précaution. En dessous de 0,6, la contention est contre-indiquée car elle aggraverait l’ischémie artérielle.
L’ulcère de jambe peut-il se surinfecter ?
Tous les ulcères chroniques sont colonisés par des bactéries – ce qui est différent d’une vraie infection. Une infection se manifeste par une douleur augmentée, un suintement purulent ou malodorant, une rougeur s’étendant autour de la plaie, et parfois de la fièvre. L’érysipèle est la complication infectieuse la plus grave et nécessite des antibiotiques urgents. Les antiseptiques en application prolongée retardent la cicatrisation.
Quand consulter en urgence pour une plaie sur la jambe ?
Consultez en urgence si la plaie s’accompagne de fièvre et d’une rougeur qui s’étend (érysipèle), si la jambe entière gonfle brutalement avec douleur du mollet (suspicion de phlébite), si la plaie saigne abondamment, ou si le fond noircit brutalement. Une plaie sans évolution positive après 3 semaines de soins doit aussi être réévaluée par un médecin.
Que mettre sur un ulcère de jambe veineux ?
Le choix du pansement dépend de l’aspect de la plaie et ne relève pas de l’automédication. Pour une plaie bourgeonnante peu suintante : pansement interface ou hydrocolloïde. Pour une plaie très suintante : pansement absorbant. À éviter : antiseptiques colorés en application prolongée (Bétadine, éosine), eau oxygénée, talc. La contention reste prioritaire sur tout choix de pansement.
L’ulcère de jambe est-il remboursé par la Sécurité Sociale ?
Oui. Les soins infirmiers sur ordonnance, les bas de contention médicale de classe 2 et 3 prescrits par un médecin, et certains pansements spécialisés figurant sur la liste des produits remboursables (LPP) sont pris en charge par l’Assurance Maladie. Un suivi régulier par un médecin et un infirmier formé est recommandé pour optimiser la cicatrisation.
Faut-il traiter les varices après la cicatrisation d’un ulcère ?
Oui, c’est fortement recommandé. Un bilan écho-Doppler veineux complet après cicatrisation permet d’évaluer les reflux veineux responsables. Le traitement des varices (laser endoveineux, sclérothérapie, chirurgie) réduit significativement le risque de récidive ulcéreuse. Sans traitement de la cause, la récidive survient dans plus de 60 % des cas à 3 ans.
Références scientifiques
- Phillips P, Lumley E, Duncan R et al. A systematic review of qualitative research into people’s experiences of living with venous leg ulcers. J Adv Nurs. 2018 Mar;74(3):550-563. PMID 28960514
- Berenguer Pérez M, López-Casanova P, Sarabia Lavín R et al. Epidemiology of venous leg ulcers in primary health care: Incidence and prevalence in a health centre. Int Wound J. 2019 Feb;16(1):256-265. PMID 30393963
- Nelson EA, Jones J. Venous leg ulcers. BMJ Clin Evid. 2016;2016:1902. PMID 26771825
Source : HAS – Prise en charge de l’ulcère de jambe à prédominance veineuse hors pansement
Mis à jour juin 2026 – Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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