Dernière mise à jour : 19 juin 2026
Mis à jour le 11 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (Pubmed, HAS).
Dermite ocre : taches brunes sur les jambes et les chevilles
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénéréologue
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Qu’est-ce que la dermite ocre ?
Vous remarquez des taches brunes, ocre ou brun-rouille sur vos chevilles, la face interne de vos mollets, parfois autour des malléoles ? Ces taches ne démangent pas, ou peu, elles ne s’effacent pas avec le temps et semblent même s’étendre progressivement ? Il s’agit très probablement d’une dermite ocre, aussi appelée angiodermite pigmentaire ou dermatite veineuse pigmentée.
Ce n’est pas une maladie de peau au sens habituel du terme : c’est la trace visible, sur la peau, d’un trouble circulatoire veineux profond. La peau brunit parce que le sang veineux stagne trop longtemps dans les petits vaisseaux des membres inférieurs, fragilise leurs parois et laisse fuiter des globules rouges dans les tissus. Ces globules rouges se dégradent sur place et libèrent de l’hémosidérine, un complexe protéique riche en fer qui colore durablement le derme de cette teinte brune caractéristique.
Comprendre ce mécanisme, c’est comprendre pourquoi aucune crème dépigmentante ne suffit à elle seule : tant que la pression veineuse reste trop élevée, de nouveaux dépôts se forment. Le traitement doit avant tout s’attaquer à la cause.

Pourquoi la peau prend-elle cette teinte ocre ?
Dans un système veineux sain, le sang remonte des jambes vers le cœur grâce à l’action combinée des valvules anti-reflux et de la pompe musculaire du mollet lors de la marche. Lorsque ces valvules sont défaillantes – à la suite de varices, d’une phlébite ancienne, d’un terrain héréditaire ou d’années passées debout -, le sang reflue et s’accumule dans les veines du tiers inférieur de la jambe.
Cette hyperpression veineuse chronique se répercute sur les capillaires cutanés. Leurs parois, soumises à une contrainte permanente, deviennent poreuses : des globules rouges passent dans le tissu sous-cutané (c’est ce qu’on appelle la diapédèse érythrocytaire). Ils se dégradent sur place et le fer qu’ils contiennent se transforme en hémosidérine, qui se dépose durablement dans les macrophages du derme.
Des travaux histologiques récents ont précisé que dans les stades initiaux, c’est la mélanine qui prédomine dans la pigmentation – les processus inflammatoires liés à la stase activant les mélanocytes – tandis qu’aux stades plus avancés (C5-C6), l’hémosidérine devient le pigment dominant. C’est ce double mécanisme qui explique l’inefficacité relative des traitements dépigmentants classiques.
| Mécanisme | Détail | Stade CEAP concerné |
|---|---|---|
| Activation des mélanocytes | Inflammation veineuse → surproduction de mélanine épidermique | C3–C4a (stades précoces) |
| Dépôt d’hémosidérine | Globules rouges extravasés → dégradation → complexe fer-protéine dermique | C4a–C6 (stades avancés) |
| Lipodermatosclérose | Fibrose sous-cutanée secondaire à l’inflammation chronique et aux dépôts | C4b |
| Ulcère veineux | Rupture de la barrière cutanée fragilisée par l’ensemble des processus précédents | C5–C6 |
Qui est concerné ? Facteurs de risque
La dermite ocre survient presque toujours dans le contexte d’une insuffisance veineuse chronique (IVC) significative. Elle est donc d’autant plus fréquente que l’IVC est avancée. Les principaux facteurs favorisants sont :
- Des antécédents de varices importantes ou de thrombose veineuse profonde (phlébite)
- Une profession exercée en position debout prolongée (personnel soignant, coiffeurs, vendeurs, cuisiniers)
- Un surpoids ou une obésité, qui augmentent la pression intra-abdominale et freinent le retour veineux
- Des grossesses multiples
- Un âge avancé avec perte de la fonction de pompe musculaire du mollet
- Une mobilité de cheville réduite (arthrose, séquelles de fracture)
- La prise d’anticoagulants ou d’antiagrégants plaquettaires, qui favorisent les micro-extravasations
- Un hématome ou un purpura important, même en dehors de tout contexte veineux
Comment reconnaître une dermite ocre ? Aspect clinique
La dermite ocre suit en général un scénario évolutif assez prévisible, que je retrouve fréquemment en consultation de télédermatologie :
Phase initiale : de petites taches ponctuelles rouge-violacé apparaissent autour des malléoles, notamment à la face interne de la cheville. À ce stade, elles ressemblent à de petites ecchymoses ou à un purpura en pointillés (on parle de pétéchies de stase).
Phase d’état : les taches brunissent progressivement, coalescent et forment des plaques brun-jaunâtre ou brun-rouille qui s’étendent vers le bas de la jambe, parfois sur le pourtour complet de la cheville – donnant l’aspect évocateur d’une « chaussette brune ». La peau peut devenir sèche, légèrement épaissie, parfois squameuse.
Stades avancés : sans prise en charge, la peau perd de son élasticité, se sclérose (lipodermatosclérose), devient très fragile. Le risque d’ulcère veineux de jambe devient alors réel.
Diagnostic différentiel : ce qu’il ne faut pas confondre
Plusieurs affections cutanées peuvent ressembler à une dermite ocre, notamment lorsqu’on les observe sur une photo ou lors d’une téléconsultation. Un examen clinique attentif – et parfois quelques examens complémentaires – permettent de les distinguer.
| Diagnostic à éliminer | Signes distinctifs |
|---|---|
| Eczéma de stase | Plaques érythémato-squameuses, prurit intense, suintement possible – souvent associé à la dermite ocre |
| Maladie de Schamberg (purpura pigmenté progressif) | Pétéchies en « grains de poivre » sur fond orangé, sans insuffisance veineuse significative, souvent chez le sujet jeune |
| Hémosidérose post-traumatique | Pigmentation localisée, survenant après un traumatisme précis, sans contexte veineux |
| Hémochromatose | Pigmentation diffuse, non limitée aux membres inférieurs, associée à des troubles hépatiques et hormonaux |
| Vascularites | Purpura palpable, nécrose possible, bilan inflammatoire et immunologique souvent perturbé |
| Hyperpigmentation post-inflammatoire | Survient après une dermatose préexistante identifiable, sans rapport nécessaire avec les veines |
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Bilan et examens nécessaires
Le diagnostic de dermite ocre repose avant tout sur l’examen clinique : l’aspect des lésions, leur localisation péri-malléolaire, et la mise en évidence d’une insuffisance veineuse chronique (varices visibles, œdème vespéral, lourdeur des jambes) orientent fortement le diagnostic.
L’écho-Doppler veineux des membres inférieurs est l’examen de référence pour confirmer et quantifier l’insuffisance veineuse, identifier le ou les axes veineux responsables (saphène interne, saphène externe, perforantes insuffisantes) et guider le choix thérapeutique.
Une biopsie cutanée n’est en règle générale pas nécessaire pour le diagnostic de dermite ocre. Elle peut être utile en cas de doute diagnostique, notamment pour éliminer une vascularite ou une hémosidérose d’autre origine : elle montrerait des dépôts d’hémosidérine dans les macrophages dermiques, colorés en bleu par le Bleu de Prusse (technique de Perls).
Traitements : que peut-on faire concrètement ?
La prise en charge de la dermite ocre est à la fois vasculaire et cutanée. Il n’existe pas de traitement qui efface rapidement les taches : l’objectif réaliste est de stabiliser les lésions, prévenir leur extension et surtout éviter les complications.
La compression médicale : pilier incontournable
C’est le traitement le plus important. Le port quotidien de bas ou chaussettes de compression médicale de classe 2 à 4 (soit 20 à 40 mmHg selon la sévérité) réduit l’hyperpression veineuse, freine la fuite de globules rouges dans les tissus et ralentit la progression des dépôts d’hémosidérine. La compression doit être enfilée dès le lever, jambes encore dégonflées, et portée toute la journée.
Attention : avant d’instaurer une compression soutenue, il est indispensable de vérifier l’absence d’artériopathie oblitérante des membres inférieurs, en mesurant l’index de pression systolique (IPS). Une artériopathie significative contre-indique la compression forte.
Traitement de l’insuffisance veineuse sous-jacente
La compression ralentit l’évolution, mais ne traite pas la cause. Selon les résultats de l’écho-Doppler, un traitement veineux actif peut être proposé :
- Sclérothérapie : injection d’un agent sclérosant dans les varices ou les perforantes insuffisantes pour les oblitérer
- Ablation thermique endoveineuse (laser ou radiofréquence) : traitement de référence des reflux saphéniens significatifs, réalisé sous anesthésie locale en ambulatoire
- MOCA ou cyanoacrylate : techniques moins thermiques, sans anesthésie locale, de plus en plus utilisées
- Phlébectomie ambulatoire : exérèse des varices sous-cutanées par petites incisions
- Chirurgie veineuse (stripping) : réservée aux formes complexes ou en cas d’échec des techniques endovasculaires
Des études ont montré que la correction précoce du reflux veineux accélère la cicatrisation en cas d’ulcère veineux associé et réduit sensiblement la pigmentation au fil des mois.
Soins cutanés locaux
Les soins cutanés constituent un complément nécessaire, même s’ils ne traitent pas la cause :
- Émollients quotidiens : l’hydratation régulière de la peau fragilisée répare la barrière cutanée et prévient les fissures et les surinfections
- Dermocorticoïdes : en cas d’eczéma veineux inflammatoire associé (plaques érythémato-squameuses prurigineuses), une corticothérapie topique de classe modérée à forte, en cures courtes, est indiquée
- Antisepsie douce : en cas de lésion exsudative ou de signe de surinfection
Les traitements dépigmentants : une aide limitée
Les crèmes à l’hydroquinone, les peelings chimiques et les lasers (laser Q-switched notamment) peuvent être tentés pour atténuer la pigmentation résiduelle, mais leurs résultats sont modestes car ils agissent sur la mélanine et non sur les dépôts ferriques d’hémosidérine. Ces approches ne se justifient qu’une fois l’insuffisance veineuse correctement traitée, sous peine de voir les taches se reformer rapidement.
Prévention et hygiène de vie
La dermite ocre se prévient en grande partie en prenant soin de sa circulation veineuse au quotidien :
- Marche quotidienne : 30 à 45 minutes par jour activent la pompe musculaire du mollet et favorisent le retour veineux
- Élévation des jambes : surélevez les pieds de votre lit de 10 à 15 cm et élevez les jambes au-dessus du niveau du cœur au moins 3 fois par jour, 30 minutes par session
- Éviter la chaleur : bains chauds prolongés, chauffage par le sol, exposition solaire intense dilatent les veines et aggravent la stase
- Contrôle du poids : chaque kilo en moins réduit la pression intra-abdominale et facilite le retour veineux
- Exercices de cheville : même assis, des mouvements de flexion-extension répétés activent la pompe du mollet
- Port de chaussures adaptées : les talons trop hauts ou trop bas (chaussures plates) réduisent l’efficacité de la pompe musculaire
Consultez en urgence si :
- Une plaie ouverte apparaît sur une zone de dermite ocre ou autour de la cheville (ulcère veineux débutant)
- La peau devient rouge vif, chaude, douloureuse et enflée autour des taches – signe possible de surinfection bactérienne (érysipèle) ou de phlébite
- Les taches brunes s’accompagnent d’un œdème important qui ne régresse pas la nuit, surtout unilatéral
- Un suintement ou des croûtes apparaissent sur les lésions
- Vous ressentez une douleur à la palpation du mollet associée à une chaleur locale (suspicion de thrombose veineuse profonde)
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Questions fréquentes sur la dermite ocre
Qu’est-ce que la dermite ocre et pourquoi apparaît-elle sur les jambes ?
La dermite ocre est une pigmentation brun-rouille de la peau des membres inférieurs causée par des dépôts d’hémosidérine, un composé ferrique issu de la dégradation des globules rouges extravasés sous l’effet d’une hyperpression veineuse chronique. Elle correspond au stade C4a de la classification CEAP et touche entre 5 et 10 % des patients souffrant d’insuffisance veineuse avancée.
La dermite ocre est-elle dangereuse ?
La dermite ocre est une lésion bénigne en elle-même, mais elle est le marqueur d’une insuffisance veineuse chronique significative. Sans traitement adapté, elle peut évoluer vers un eczéma de stase, une lipodermatosclérose, voire un ulcère veineux de jambe. La prise en charge de la cause veineuse est donc indispensable pour éviter ces complications potentiellement graves.
Peut-on faire disparaître les taches brunes de la dermite ocre ?
La pigmentation liée à l’hémosidérine est difficile à effacer car elle résulte d’un dépôt de fer dans le derme et non de mélanine. Les traitements dépigmentants classiques (hydroquinone, peeling, laser) donnent des résultats modestes. La priorité est de corriger l’insuffisance veineuse sous-jacente pour stabiliser les lésions et éviter leur extension. Certains patients notent une atténuation après correction du reflux veineux.
Quels sont les traitements de la dermite ocre ?
Le traitement repose sur la compression médicale (bas ou chaussettes de classe 2 à 4, 20–40 mmHg) portée quotidiennement dès le lever. Le traitement de l’insuffisance veineuse sous-jacente (sclérothérapie, ablation thermique endoveineuse, chirurgie) est essentiel pour stopper la progression. En cas d’eczéma veineux associé, des dermocorticoïdes et des émollients sont prescrits en complément.
Dermite ocre ou eczéma de stase : quelle différence ?
La dermite ocre est une pigmentation ferrique stable, généralement peu ou pas prurigineuse. L’eczéma de stase est une dermatose inflammatoire active, avec plaques érythémato-squameuses, suintement et prurit intense. Les deux peuvent coexister chez le même patient souffrant d’insuffisance veineuse avancée, et leur prise en charge respective diffère : dermocorticoïdes pour l’eczéma, compression pour les deux.
La dermite ocre peut-elle survenir en dehors de l’insuffisance veineuse ?
Oui, bien que l’insuffisance veineuse chronique en soit la cause principale, la dermite ocre peut aussi apparaître après un hématome important, un purpura hémorragique, ou chez des personnes sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires favorisant les micro-extravasations sanguines. Un bilan médical permet d’identifier la cause précise et d’adapter la stratégie thérapeutique.
Faut-il consulter un dermatologue ou un angiologue pour une dermite ocre ?
Les deux spécialistes sont complémentaires. L’angiologue ou médecin vasculaire évalue et traite l’insuffisance veineuse sous-jacente (écho-Doppler veineux, prescription de compression, éventuelle sclérothérapie). Le dermatologue prend en charge les complications cutanées associées : eczéma de stase, dermatite de contact, surinfection ou ulcère débutant. Une consultation de télédermatologie permet souvent une première orientation rapide.
La dermite ocre gratte-t-elle ?
La dermite ocre seule est habituellement peu prurigineuse. En revanche, lorsqu’un eczéma de stase s’y associe, des démangeaisons parfois intenses apparaissent autour des chevilles et des malléoles. Si vous grattez vos taches brunes de jambes, c’est souvent le signe d’un eczéma veineux surajouté qui nécessite un traitement spécifique par dermocorticoïdes sous surveillance médicale.
Références scientifiques
- Zhang L, Ng K, Pham JP, Thoo S, Yang A, Kang M, Connor D, Kossard S, Parsi K. Pigmentation of lower limbs: Contribution of haemosiderin and melanin in chronic venous insufficiency and related disorders. Phlebology. 2023;38(9):600-607. PMID 37642293
- Adderley UJ, Holt IG. Stasis Dermatitis: An Overview of Its Clinical Presentation, Pathogenesis, and Management. Am J Clin Dermatol. 2023;24(2):201-210. PMID 36800152
- Caggiati A, Rosi C, Franceschini M, Innocenzi D. The nature of skin pigmentations in chronic venous insufficiency: a preliminary report. Eur J Vasc Endovasc Surg. 2008;35(1):111-8. PMID 17920308
Source : HAS – La compression médicale dans les affections veineuses chroniques (2010) – Recommandations HAS
Voir aussi
Insuffisance veineuse chronique : symptômes et prise en charge – Eczéma des jambes – Taches sur la peau : guide de diagnostic – Ulcère de jambe veineux : traitement et cicatrisation
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