Dernière mise à jour : 18 juin 2026
Insuffisance veineuse chronique : varices, jambes lourdes et complications cutanées
Jambes qui gonflent en fin de journée, sensation de lourdeur qui s’installe, petits vaisseaux violacés qui apparaissent sur les mollets puis véritables varices – l’insuffisance veineuse chronique (IVC) est l’une des maladies les plus fréquentes en France, souvent banalisée alors qu’elle peut évoluer vers des complications cutanées sérieuses : dermite ocre, eczéma variqueux, fragilité vasculaire avec bleus spontanés, et dans les cas les plus avancés, ulcère de jambe. Cette page fait le point sur ce qu’est réellement cette maladie, comment elle se manifeste sur la peau, et quand il faut consulter.
Mis à jour le 11 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (Pubmed, HAS).
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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Qu’est-ce que l’insuffisance veineuse chronique ?
Les veines ont pour rôle de ramener le sang des jambes vers le cœur. Pour y parvenir contre la gravité, elles sont équipées de valvules – de petits clapets anti-retour qui s’ouvrent pour laisser monter le sang et se ferment pour l’empêcher de redescendre. Quand ces valvules fonctionnent mal ou sont endommagées (par l’âge, des grossesses, un surpoids, une immobilisation prolongée ou des facteurs génétiques), le sang tend à stagner dans les veines des jambes. On parle alors de stase veineuse, et c’est cette accumulation sous pression qui va, progressivement, provoquer l’ensemble des signes de la maladie.
L’insuffisance veineuse chronique (IVC) est une maladie progressive : elle évolue par stades, du simple inconfort fonctionnel jusqu’aux complications cutanées sévères. La classification internationale CEAP (Clinique, Étiologique, Anatomique, Physiopathologique) définit sept stades, du C0 (aucun signe visible) au C6 (ulcère actif). Comprendre à quel stade on se situe est essentiel pour choisir le traitement adapté.
Les stades de la maladie veineuse : de C0 à C6
| Stade CEAP | Signes cliniques | Ce que ça signifie |
|---|---|---|
| C0s | Aucun signe visible, mais symptômes (lourdeur, fourmillements) | IVC fonctionnelle débutante |
| C1 | Varicosités et veines réticulaires | Capillaires superficiels dilatés, visible sur la peau |
| C2 | Varices | Veines dilatées, saillantes, sinueuses |
| C3 | Œdème | Chevilles gonflées, surtout le soir |
| C4a | Dermite ocre, eczéma variqueux | Premières lésions cutanées permanentes |
| C4b | Lipodermatosclérose, atrophie blanche | Peau indurée, fibrose, risque ulcéreux élevé |
| C5 | Ulcère cicatrisé | Plaie ancienne guérie mais terrain fragile |
| C6 | Ulcère actif | Plaie ouverte chronique – stade le plus grave |
Les facteurs de risque : qui est concerné ?
L’insuffisance veineuse n’est pas une maladie de personnes âgées uniquement. Certains facteurs augmentent significativement le risque d’en être atteint :
- L’hérédité : si un parent proche souffre de varices, le risque est multiplié par 2 à 3.
- Le sexe féminin : les femmes sont deux à trois fois plus touchées que les hommes, notamment en raison des effets des hormones (grossesse, contraception œstroprogestative) sur la tonicité veineuse.
- Les grossesses : chaque grossesse augmente la pression abdominale et les taux d’hormones qui relâchent les parois veineuses.
- La station debout ou assise prolongée : les métiers qui impliquent d’être debout toute la journée (coiffeurs, enseignants, cuisiniers, soignants) ou assis sans bouger (travail de bureau) favorisent la stase.
- Le surpoids et l’obésité : ils augmentent la pression abdominale et diminuent l’activité physique.
- La chaleur : elle dilate les veines et aggrave la stase – été, sauna, hammam, bains très chauds.
- Les antécédents de phlébite : une thrombose veineuse profonde peut endommager définitivement les valvules.
Les premiers symptômes : que ressent-on ?
L’insuffisance veineuse s’installe le plus souvent progressivement, sur des années. Les premiers signes sont fonctionnels – c’est-à-dire que la peau et les veines ne montrent encore rien de visible, mais les jambes parlent :
- Sensation de jambes lourdes en fin de journée, qui s’accentue par temps chaud ou après une longue station debout
- Fourmillements et impatiences dans les jambes, notamment le soir au coucher
- Crampes nocturnes dans les mollets
- Douleurs sourdes ou sensations de brûlure le long des trajets variqueux
- Léger gonflement des chevilles qui disparaît après une nuit allongée
Ces symptômes s’améliorent typiquement quand on surélève les jambes, quand on marche (la pompe musculaire du mollet aide le retour veineux) et par temps frais. Ils s’aggravent avec la chaleur, la fatigue et la station debout prolongée.
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Les signes visibles sur les jambes : varicosités, varices et œdème
Au fil du temps, si la stase veineuse persiste, des signes visibles apparaissent. Les varicosités sont les premières : ce sont de petits capillaires dilatés, rouges, roses ou bleutés, fins comme un cheveu ou légèrement plus épais, qui courent sous la surface de la peau. Elles n’ont pas de valeur en termes de gravité mais témoignent d’une fragilité vasculaire. Puis viennent les veines réticulaires – des vaisseaux bleutés, un peu plus larges, formant des réseaux sous la peau – et enfin les vraies varices : des cordons bleuâtres, sinueux, parfois saillants, qui correspondent à des veines profondes dilatées (saphène interne, saphène externe et leurs collatérales).
L’œdème apparaît à un stade plus avancé (C3) : les chevilles et le bas des jambes gonflent, d’abord uniquement le soir, puis de façon plus permanente. Ce gonflement prend le godet – si l’on appuie le pouce sur la cheville, l’empreinte reste quelques secondes. Il correspond à un passage de liquide de la circulation vers les tissus, sous l’effet de la pression veineuse élevée. Les bleus spontanés ou au moindre choc sont aussi fréquents : la fragilisation des parois capillaires facilite les hématomes, parfois impressionnants, surtout sur les jambes et les bras chez les femmes.
Les complications cutanées de l’insuffisance veineuse
C’est là que le dermatologue entre pleinement en jeu. Quand la stase veineuse dure depuis des années, la peau elle-même est altérée de façon souvent irréversible. Ces lésions méritent d’être reconnues tôt, car leur évolution peut être grave.
La dermite ocre
La dermite ocre (ou purpura ocre, ou dermite de stase pigmentée) est l’une des premières complications cutanées visibles. Elle se présente comme une coloration brune ou brun-orangé de la peau autour des chevilles et sur le tiers inférieur des jambes. Ce pigment est de l’hémosidérine – un dérivé de l’hémoglobine des globules rouges qui ont fui les capillaires distendus par la pression veineuse. La peau devient sombre, parfois squameuse. Cette pigmentation est en grande partie permanente, même lorsque la maladie est traitée. Elle est un marqueur cutané de l’IVC évoluée (stade C4a).
L’eczéma variqueux
L’eczéma variqueux (ou eczéma de stase des jambes) accompagne souvent la dermite ocre. Il se manifeste par des plaques rouges, sèches, squameuses et qui grattent, localisées autour des chevilles et sur les trajets variqueux. Contrairement à un eczéma atopique, il ne répond pas durablement aux seuls corticoïdes locaux : il faut traiter la cause, c’est-à-dire l’insuffisance veineuse, en priorité. Une complication fréquente est la survenue d’un eczéma de contact aux produits appliqués sur les plaies (pansements, antiseptiques, crèmes) – d’où l’intérêt des tests allergologiques chez les patients porteurs d’ulcères veineux.
La lipodermatosclérose et l’atrophie blanche
À un stade plus avancé (C4b), la peau et les tissus sous-cutanés du bas de la jambe s’indurent, devenant durs comme du bois au toucher – c’est la lipodermatosclérose. La jambe prend parfois l’aspect caractéristique d’une bouteille de champagne renversée : amincie en bas, renflée au-dessus de la cheville. Des zones de peau blanche nacrée, entourées de capillaires dilatés, peuvent apparaître – c’est l’atrophie blanche de Milian, signe d’une ischémie capillaire locale et d’un risque élevé d’ulcère. Ces stades nécessitent une prise en charge spécialisée urgente.
L’ulcère de jambe veineux
L’ulcère de jambe veineux est la complication terminale et la plus redoutée. C’est une plaie chronique, souvent peu douloureuse, à bords irréguliers, siégeant typiquement en guêtre autour de la cheville. Il est dû à la nécrose de la peau asphyxiée par la stase chronique. Il peut mettre des mois, voire des années, à cicatriser sans traitement approprié. La compression veineuse forte et un bilan Doppler sont indispensables. L’érysipèle est une complication infectieuse fréquente de l’ulcère de jambe – fièvre soudaine, rougeur chaude et douloureuse autour de la plaie – qui nécessite une antibiothérapie urgente.
Pourquoi l’insuffisance veineuse touche-t-elle la peau ?
Le mécanisme central est l’hypertension veineuse chronique. Quand les valvules ne fonctionnent plus correctement, la pression dans les veines des jambes reste élevée, même quand on marche. Cette pression se transmet aux capillaires les plus fins : leurs parois se distendent, des globules rouges et des protéines plasmatiques filtrent dans les tissus, provoquant une inflammation locale chronique. La peau s’asphyxie progressivement, ce qui explique la succession des lésions : rougeur et prurit (eczéma de stase), puis dépôt de pigment ferrique (dermite ocre), puis fibrose (lipodermatosclérose), puis nécrose (ulcère). C’est un continuum, et chaque stade est plus difficile à traiter que le précédent.
Le traitement : ralentir, soulager, prévenir les complications
L’insuffisance veineuse chronique ne se guérit pas – les valvules endommagées ne se régénèrent pas. Mais la maladie peut être contrôlée et sa progression ralentie efficacement. Le traitement repose sur plusieurs piliers.
La contention veineuse médicale
C’est le traitement de référence, validé par la HAS. Les bas, mi-bas et collants de compression médicale exercent une pression graduée (plus forte à la cheville, décroissante vers le genou) qui aide mécaniquement le retour veineux et réduit l’hypertension veineuse. Ils sont prescrits sur ordonnance, en classe 1 (pression légère), 2 (forte) ou 3 (très forte) selon la sévérité. Les modèles actuels sont bien plus confortables et esthétiques qu’il y a vingt ans – certains ressemblent à de simples collants nylon.
Les règles hygiéno-diététiques
- Marche quotidienne d’au moins 30 minutes, natation, vélo : la pompe musculaire du mollet est votre meilleure alliée
- Surélever les pieds du lit de 5 à 6 cm (une cale sous les montants)
- Douches fraîches sur les jambes en rentrant, particulièrement en été
- Éviter la chaleur directe sur les jambes : sauna, hammam, bains très chauds, soleil prolongé
- Contrôler son poids et éviter les positions debout statiques prolongées
Les traitements médicamenteux veinotoniques
Des médicaments phlébotoniques (diosmine, troxérutine, extrait de marron d’Inde) peuvent soulager les symptômes fonctionnels (jambes lourdes, crampes). Leur efficacité sur la progression de la maladie est limitée et ils ne remplacent pas la contention.
Les traitements interventionnels
Le traitement des varices peut faire appel à la sclérothérapie (injection d’un produit sclérosant dans la veine), au laser endoveineux, à la radiofréquence ou à la chirurgie (stripping). Ces techniques sont réalisées par des angiologues ou des chirurgiens vasculaires. Pour les varicosités superficielles à visée esthétique, la sclérothérapie par un dermatologue ou un angiologue est l’option habituelle – cet acte n’est pas remboursé par l’Assurance Maladie sauf exception.
Consultez en urgence si :
- Une jambe devient rouge, chaude, gonflée et douloureuse de façon brutale → risque de phlébite profonde ou d’érysipèle
- Une varice devient rouge, dure et très sensible → phlébite superficielle (périphlébite) à évaluer
- Une plaie sur le bas de la jambe ne montre aucun signe de cicatrisation après 2 à 3 semaines
- Une rougeur s’étend autour d’une plaie, avec fièvre → surinfection (érysipèle), nécessite des antibiotiques
- Une douleur brutale du mollet avec gonflement, surtout après un voyage ou une immobilisation → suspicion de thrombose veineuse profonde → SAMU 15 ou urgences
Les pages du cluster insuffisance veineuse
Chaque manifestation de l’insuffisance veineuse mérite d’être comprise en détail. Retrouvez les articles spécialisés du Dr Rousseau sur les principales complications cutanées et vasculaires :
- Dermite ocre : pourquoi la peau brunit autour des chevilles
- Eczéma variqueux ou eczema des jambes
- Bleus spontanés sur les jambes : fragilité vasculaire
- Atrophie blanche de Milian : vasculopathie de la cheville
- Traitement des varices et des jambes lourdes
- Allergie aux pansements : eczéma de contact chez les porteurs d’ulcères
- Érysipèle : infection bactérienne sur terrain veineux
- Ulcère de jambe veineux
- Œdème des chevilles : pourquoi mes jambes gonflent
- Varicosités et télangiectasies des jambes
- Bas de contention médicale : comment choisir
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Questions fréquentes sur l’insuffisance veineuse
Comment savoir si j’ai une insuffisance veineuse ?
Les signes les plus courants sont des jambes lourdes en fin de journée, des chevilles gonflées, des fourmillements ou des crampes nocturnes. L’apparition de varicosités (petits vaisseaux violacés visibles sous la peau), puis de véritables varices, confirme le diagnostic. Un écho-Doppler veineux permet de mesurer l’importance du reflux et d’orienter le traitement.
Pourquoi la peau devient-elle brune autour des chevilles ?
Cette coloration brun-ocre, appelée dermite ocre, est due à l’accumulation d’hémosidérine – un pigment issu de la dégradation des globules rouges qui ont traversé les parois veineuses fragilisées. Elle apparaît typiquement autour des chevilles et sur le tiers inférieur des jambes. C’est un signe d’insuffisance veineuse évoluée (stade C4a) qui doit conduire à une prise en charge spécialisée.
Quelle différence entre varices et varicosités ?
Les varicosités sont de minuscules capillaires dilatés, rouges ou bleutés, situés juste sous la surface de la peau. Elles sont surtout inesthétiques. Les varices sont des veines plus profondes, dilatées, sinueuses et parfois douloureuses, qui traduisent une insuffisance veineuse plus marquée avec défaillance des valvules. Les deux peuvent coexister et s’aggraver ensemble.
L’insuffisance veineuse peut-elle provoquer des bleus spontanés ?
Oui, la fragilité des parois veineuses liée à l’hypertension veineuse chronique favorise l’apparition de bleus au moindre choc, voire spontanément, surtout sur les jambes chez la femme. Ces hématomes faciles témoignent d’une fragilité capillaire qui peut être aggravée par certains médicaments (anticoagulants, aspirine, corticoïdes au long cours). Un bilan de coagulation est parfois utile.
Une plaie qui ne cicatrise pas sur la jambe, est-ce grave ?
Une plaie chronique sur le bas de la jambe, surtout autour de la cheville, doit toujours être évaluée par un médecin. L’ulcère de jambe veineux est la complication la plus sévère de l’insuffisance veineuse, touchant environ 1 % de la population adulte. Il peut mettre des mois à cicatriser sans traitement adapté incluant contention veineuse forte et bilan Doppler.
Le sport est-il possible quand on a des varices ?
Non seulement c’est possible, mais c’est recommandé. Marche, natation et vélo activent la pompe musculaire du mollet qui aide le retour veineux. En revanche, les sports à impacts violents (course sur sol dur) et la station debout statique aggravent la stase. Il est conseillé de porter la contention veineuse pendant les activités debout prolongées.
La contention veineuse est-elle vraiment efficace ?
Oui, c’est le traitement de référence de l’insuffisance veineuse chronique selon la HAS. Les bas et collants médicaux exercent une pression graduée qui aide mécaniquement le retour veineux. Portés régulièrement, ils réduisent les symptômes (jambes lourdes, œdème) et ralentissent la progression de la maladie. La classe est prescrite par le médecin selon la sévérité : classe 1, 2 ou 3.
Chaleur, sauna et soleil sont-ils déconseillés avec des varices ?
La chaleur dilate les veines et aggrave la stase veineuse. Saunas, hammams, bains très chauds, exposition solaire prolongée des jambes et chauffage par le sol sont à éviter ou à limiter. En été, des douches fraîches sur les jambes en rentrant soulagent efficacement la lourdeur. Porter une contention lors de voyages longs est également recommandé.
Quel médecin consulter pour une insuffisance veineuse ?
Le dermatologue, l’angiologue et le chirurgien vasculaire sont les spécialistes concernés selon le stade. Pour les manifestations cutanées (dermite ocre, eczéma variqueux, ulcère, bleus spontanés), le dermatologue est particulièrement adapté. Le médecin traitant peut orienter vers ces spécialistes et prescrire l’écho-Doppler veineux de première intention.
Peut-on prévenir les varices quand on a des antécédents familiaux ?
On ne peut pas supprimer un terrain génétique, mais on peut retarder significativement l’apparition et la progression des varices. Les mesures efficaces sont : porter une contention préventive (grossesse, voyages, métiers debout), pratiquer une activité physique régulière (marche, natation), contrôler son poids, éviter la chaleur prolongée sur les jambes et surélever légèrement les pieds du lit la nuit.
Références scientifiques
- Rabe E, Guex JJ, Puskas A, Scuderi A, Fernandez Quesada F. Epidemiology of chronic venous disorders in geographically diverse populations: results from the Vein Consult Program. Int Angiol. 2012 Apr;31(2):105-15. PMID 22466974
- Piazza G. Varicose veins. Circulation. 2014 Aug 12;130(7):582-7. PMID 25114187
- Morton LM, Phillips TJ. Venous eczema and lipodermatosclerosis. Semin Cutan Med Surg. 2013 Sep;32(3):169-76. PMID 24175404
Source : HAS – Prise en charge de l’ulcère de jambe à prédominance veineuse
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