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Dr
Jean-Pierre VIDAL-MICHEL :
Les
varicosités résultent de la dilatation du réseau microcirculatoire
dermique. Les causes en sont nombreuses, mais elles traduisent en
priorité une hyperpression veineuse sous jacente.
Les classifications sont nombreuses :
- par l’observation de leur aspect : bouquets, nappes, en
chaussettes rouges …
- leurs diamètres et leurs couleurs :0.1 à 1mm pour les télangiectasies
rouges, 1 à 2 mm pour les veinectasies bleutées voire violettes ,
cyanotiques.
Ces dernières classifications ont un intérêt certain pour le
traitement par le Laser , Yag notamment. Mais c’est la
classification en varicosités secondaires ou primitives qui doit
retenir notre attention car elle conditionne notre démarche thérapeutique.
- Les varicosités secondaires sont donc consécutives à
l’hyperpression due à un reflux sous jacent lié à des varices
systématisées (saphènes et leurs collatérales) ou à des varices réticulaires,
l’exemple le plus classique étant celui des varices en « pin
parasol » de la face externe de la cuisse. Il ne faut pas oublier non
plus les varicosités consécutives à une chirurgie ou à une sclérose
(matting) qui peuvent entraîner une déviation du flux circulatoire
et une hyperpression dans des territoires jusque là indemnes.
- Les varicosités primitives dans lesquelles aucun reflux sous jacent
n’est retrouvé. A l’histologie leur aspect est tortueux,
malformatif. Plusieurs hypothèses sont émises sans éliminer un
possible mécanisme d’insuffisance veineuse superficielle: rôle du
terrain donc ( malformation), rôle des hormones, mauvais
fonctionnement des récepteurs neurosensitifs des parois des
vaisseaux, rôle de la cellulite qui provoquerait stase et dilatation
etc .etc…
2/ Les
varicosités sont elles douloureuses ?
Le
plus souvent le motif de la consultation pour varicosités reste
d’ordre esthétique bien que souvent les patientes parlent d’une
brève douleur localisée au point d’apparition d’une varicosité
. Mais assez souvent les patientes présentant des varicosités
diffuses et souffrant de leurs jambes se disent très soulagées par
la microsclérose. Il faut dire qu’une sclérose bien conduite passe
par l’éradication de tous les reflux ce qui peut expliquer le
soulagement.
3/
Justement qu’appelez vous une sclérose
bien conduite ?
Le
réseau variqueux est indivisible. De la varicosité de quelques dixièmes
de mm à la grosse varice de plus d’un cm de diamètre c’est la même
maladie variqueuse. Il va donc falloir dès la première consultation
,dont le mobile est parfois uniquement esthétique, examiner la
patiente debout sur un escabeau et rechercher les signes d’un reflux
sous-jacent. Interrogatoire, examen clinique visuel,palpation, doppler
de poche vont décider de la réalisation ou non d’un écho-doppler
veineux et de l’établissement d’une cartographie indispensable à
la conduite d’un bon traitement. La transillumination est également
précieuse dans le repérage des varices réticulaires
d’alimentation et de drainage des varicosités.
4/
Quels traitements proposez vous donc à vos patientes ?
Cela
dépend donc du bilan . S’il existe un reflux sous –jacent il faut
le traiter. Les techniques sont nombreuses . Personnellement j’apprécie
le stripping court par endo-éveinage s’il existe un important
reflux on pourra y associer une phlébectomie selon Muller des collatérales
et des varices jambières . D’autres préféreront le stripping long
ou encore l’endolaser ou encore l’écho-sclérose à la mousse .
Toutes les méthodes ont à peu près les mêmes résultats dans des
mains expérimentées mais pas toujours les mêmes coûts ,bien-sûr
!Si le reflux est discret, intermittent je déconseille la chirurgie
surtout si la personne est jeune . La contention de classe 2 me parait
préférable . Souvent elle permet de reculer l’échéance de plus
de 10 ans . Ce qui est appréciable car la récidive est hélas très
fréquente quelle que soit la technique utilisée.
Pour les varices réticulaires alimentant les bouquets de faces
externes par exemple je pratique une phlébectomie de Muller dans un
premier temps puis la microsclérose à la mousse d’Aetoxysclérol.
J’apprécie aussi dans cette indication le Laser Yag 1064, un peu
douloureux,certes, mais très efficace. On peut également avoir
recours pour ces troncs réticulaires à la sclérose directement .
5/
Vous utiliser donc toujours les sclérosants ?
Bien
sûr. La sclérose reste la méthode de choix. Bien conduite, elle est
très efficace et peu onéreuse par rapport au Laser. Elle demande
cependant une technique irréprochable et reste sanglante. Ceci fait
que certains se sont tournés vers le Laser Yag 1064 qui, je le redis
,est également un excellent outil. Les autres lasers KTP, colorant
pulsé ,IPL… sont peu ou pas efficaces dans le traitement des
varicosités.
Il est donc possible en adaptant la concentration du sclérosant au
diamètre de la varice de tout traiter ou presque.. Par exemple il est
possible de diluer l’Aetoxysclérol à 0.5, 0.7 ou 1% etc en partant
du 2% et d’en faire de la mousse ce qui permet un meilleur contact
avec les parois.Attention toutefois aux petites bulles qui peuvent
s’échapper dans la circulation profonde et provoquer des phlébites.
L’iode et le Trombovar ont disparu du marché, c’est dommage pour
ce dernier qui était facile d’emploi et qu’on pouvait également
diluer et faire mousser. La glycérine chromée (Sclérémo) est également
un bon sclérosant pour les télangiectasies , je le dilue quelquefois
pour le rendre moins douloureux et plus fluide. Attention poussé trop
fort il peut lui aussi s’échapper dans une perforante et entraîner
de petites phlébites ; mais ces incidents sont très rares.
6/
Y a-t-il d’autres incidents ?
Les
phlébites avec la sclérose des varicosités sont exceptionnelles ,
je l’ai dit. De même que les nécroses par surdosage en sclérosant
ou lorsque celui-ci s’engage incidemment dans une petite artériole.
L’ulcère qui en résulte , très douloureux, cicatrisera sans problème
mais laissera une petite cicatrice.
Beaucoup plus fréquemment la microsclérose peut entraîner la
formation d’un caillot dans la varicosité qui devient quasiment
noire. Il faut alors la vider des ses caillots lors de la séance
suivante , en général après trois semaines, à l’aide de petites
incisions réalisées à l’aiguille. Ce sont des séances que les
patientes n’apprécient pas et il faudra adopter des concentrations
moins fortes aux séances suivantes pour éviter à nouveau la
formation d’un thrombus . Ceci dit ce thrombus est le signe d’une
sclérose efficace mais le rechercher expose aussi à des
pigmentations séquellaires par dépôt de fer et de pigment.
Pigmentations qui peuvent persister parfois durant de nombreuses des
années surtout s’il existe dans les suites une exposition solaire.
Mais dans l’immense majorité des cas la microsclérose ou la sclérose-laser
ne posent aucun problème .
7/
Vous déconseillez donc à vos patientes le soleil ?
Oui,
tout en sachant que la plupart des pigmentations sont dues à
l’inflammation consécutive à la sclérose lorsque la patiente présente
une peau mate, en dehors de toute exposition solaire ! Il faudra donc
être très prudent avec les phototypes foncés. Il m’arrive
toutefois de poursuivre tard mes scléroses dans la saison sans aucun
incident de pigmentation.
8/
Y a-t-il des précautions à prendre pour éviter la survenue ou
l’aggravation de varicosités ?
Ce
sont les mêmes que pour les varices !
Le tabac, la pilule, les professions debout, l’obésité ,la sédentarité,
l’excès de soleil, la grossesse facilitent l’apparition des
varicosités. Mais on n’échappe pas non plus au facteur héréditaire.
Je conseille donc le port de chaussettes, bas ou collants de
contention chaque fois que cela est possible .L’exercice physique
tel que la marche ou la natation. Les phlébotoniques dont l’utilité
est contestée par certains n’ont pas de rôle préventif selon ma
propre expérience ; en revanche, ils sont efficaces contre la douleur
sur de courtes périodes et à fortes doses.
9/
Pouvez vous donner un ordre d’idée du prix d’une séance de sclérose
?
C’est
impossible car comment comparer le médecin qui va garder son patient
quelques minutes en réalisant peu d’injections et celui qui à
chaque séance va réaliser un repérage échographique, une écho-
sclérose, un passage laser durant 30 minutes ou plus ?
De même les honoraires varient selon les compétences, la notoriété,
la région puisqu’il s’agit d’actes qui ne sont plus pris en
charge par les caisses car reconnus comme esthétiques bien que
personnellement je pense que la varicosité est une maladie au même
titre que la varice.
Enfin certains facturent au forfait car la sclérose demande de très
nombreuses séances.
10/
Vous avez pris des cas extrêmes , je pense à une séance de 15
minutes par exemple par un médecin qualifié , sans parler de forfait
?
La
fourchette de 30 à 50€ pour une séance de microsclérose en
province me parait raisonnable. Les prix en région Parisienne sont
plus élevés en rapport avec les frais. Enfin si le médecin utilise
la technologie Laser ces prix peuvent être logiquement doublés .Mais
ces chiffres ne sont qu’indicatifs, bien-sûr !
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