Dernière mise à jour : 22 juin 2026
Contention veineuse : comment bien choisir et mettre ses bas de compression
Mis à jour le 11 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
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Vous en avez assez de rentrer le soir avec les jambes gonflées, lourdes, qui tirent ? Vous remarquez des varices, une légère enflure au-dessus des chevilles qui disparaît la nuit et revient dès que vous restez debout ? Votre médecin vous a prescrit une contention, mais vous ne savez pas trop quelle marque choisir ni comment l’enfiler sans lutter pendant dix minutes ? Ce guide est fait pour vous.
La contention médicale de compression est l’une des prescriptions les plus fréquentes en dermatologie et en médecine vasculaire – et l’une des moins bien suivies. Des études montrent que 63 % des patients finissent par abandonner leurs bas, souvent parce qu’ils trouvent ça trop difficile à enfiler, trop chaud, ou parce qu’ils n’ont pas compris pourquoi c’est vraiment important. Ce guide répond à toutes ces questions avec rigueur et pragmatisme.
Pourquoi prescrit-on une contention veineuse ?
Dans votre jambe, le sang doit remonter vers le cœur en travaillant contre la gravité. Ce retour veineux dépend en partie des valvules – de petits clapet anti-retour à l’intérieur des veines. Quand ces valvules se fatiguent ou deviennent insuffisantes (c’est ce qu’on appelle l’insuffisance veineuse chronique), le sang stagne dans les veines superficielles. Il s’accumule, dilate les parois veineuses, et provoque une augmentation de la pression dans les petits vaisseaux de la peau et sous la peau.
Cette stase veineuse est responsable de tout un ensemble de symptômes que vous connaissez peut-être : jambes lourdes en fin de journée, chevilles qui gonflent, crampes nocturnes, picotements, varices visibles, et à terme modifications cutanées comme l’eczéma variqueux, la dermite ocre, ou l’atrophie blanche de Milian.
Le rôle d’un bas de contention est mécanique et simple : il exerce une pression graduée de l’extérieur, plus forte à la cheville et décroissante vers le haut du mollet. Cette compression de l’extérieur réduit le diamètre des veines superficielles, améliore le retour veineux et soulage la pression dans les capillaires cutanés. Ce n’est pas une solution miracle – ça ne guérit pas les varices – mais c’est le traitement de fond le plus efficace pour prévenir l’aggravation et les complications, et soulager les symptômes au quotidien.
Les 4 classes de compression : laquelle est faite pour vous ?
En France, les bas de contention médicale sont classés selon la pression exercée à la cheville, exprimée en millimètres de mercure (mmHg). Cette classification a été actualisée par l’ANSM. Votre médecin ou dermatologue choisit la classe adaptée à votre situation clinique.
| Classe | Pression cheville | Principales indications | Remboursement SS |
|---|---|---|---|
| Classe I | 10 à 15 mmHg | Jambes lourdes légères, prévention en voyage (avion, voiture), début de varices, prévention en grossesse | Oui (sur prescription) |
| Classe II | 15 à 20 mmHg | Varices modérées symptomatiques, grossesse à partir du 2e trimestre, post-opératoire veineux, après sclérose ou chirurgie des varices, syndrome post-thrombotique modéré | Oui (sur prescription) |
| Classe III | 20 à 36 mmHg | Varices évoluées avec complications, œdèmes importants, ulcère veineux cicatrisé (prévention de récidive), syndrome post-thrombotique sévère, lymphœdème modéré | Oui (sur prescription) |
| Classe IV | > 36 mmHg | Lymphœdème sévère, ulcères réfractaires – prescription et surveillance spécialisée obligatoires | Oui (sur prescription) |
Mi-bas, bas cuisse ou collant : que choisir ?
Au-delà de la classe, le type de contention dépend de la localisation et de l’étendue de l’atteinte veineuse :
- Le mi-bas (couvre cheville + mollet jusqu’au genou) : c’est la forme la plus utilisée. Il suffit quand l’insuffisance veineuse est localisée au mollet, ce qui représente la majorité des cas. Il est plus facile à enfiler et mieux toléré en été.
- Le bas cuisse (couvre jusqu’en haut de la cuisse) : indiqué si les varices ou l’œdème remontent au-dessus du genou. Il nécessite une bandelette auto-agrippante en haut pour maintenir sans couper la circulation.
- Le collant : recommandé pendant la grossesse (maintien du secteur inguino-abdominal) et en cas de varices bilatérales. Plus contraignant à l’enfilage, mais souvent mieux accepté cosmétiquement.
Toutes les marques vendues en pharmacie sur prescription (Sigvaris®, Juzo®, Venoflex®, Thuasne®, Mediven®…) respectent les normes françaises ASQUAL. La tolérance et le confort cutané peuvent varier d’une personne à l’autre. Si vous développez une rougeur, une démangeaison ou une irritation sous le bas, consultez votre dermatologue : il peut s’agir d’une allergie aux élastiques ou à un apprêt textile – une autre marque ou un modèle sans latex résout souvent le problème.
Comment mettre ses bas de contention correctement
C’est le point qui fait la différence entre un traitement efficace et un traitement abandonné. La grande majorité des patients qui abandonnent leurs bas le font parce qu’ils les enfilaient mal – et donc le trouver trop difficile, trop serré, ou douloureux à l’enfilage.
La règle d’or : enfilez-les le matin, avant de vous lever, avant que la cheville ne gonfle. Si vous attendez d’être debout depuis une heure, la cheville a déjà gonflé et l’enfilage devient réellement difficile.
Technique étape par étape
- Position assise au bord du lit, avant de poser les pieds par terre. Si vous avez du mal à vous pencher, une position couchée sur le dos avec la jambe légèrement relevée fonctionne aussi très bien.
- Retournez le bas sur lui-même jusqu’au talon (pas plus). Vous obtenez une sorte de chaussette retournée avec la poche talon bien visible. Ne roulez pas le bas en anneau – c’est la principale erreur qui rend l’enfilage difficile et crée des zones de compression inégale.
- Placez votre pied dans la partie avant du bas, talon bien positionné dans la poche talon.
- Déroulez progressivement vers le haut, un peu à la fois, en tirant par les côtés et non par le bord supérieur. Lissez au fur et à mesure pour éviter les plis. Un pli même léger exerce une pression locale excessive et peut blesser la peau.
- Vérifiez qu’il n’y a aucun bourrelet, aucune zone plissée ou roulée, et que le talon est bien en place dans sa poche.
💡 Trucs pratiques pour faciliter l’enfilage
- Les gants en caoutchouc (type gants de ménage fins) donnent une prise bien meilleure sur le tissu – c’est le conseil n°1.
- Un enfile-bas (dispositif en plastique vendu en pharmacie) permet d’enfiler le bas sans se pencher, très utile en cas d’arthrose du genou ou de la hanche, ou pendant la grossesse. Il est prescrit et remboursé sur ordonnance.
- Une légère application de talc sur la cheville et le pied (ou une socquette fine glissée puis retirée) facilite l’enfilage sur une peau sèche ou avec des poils.
- Pour les bas cuisse avec bandelette auto-agrippante : appliquer la bandelette sur une peau propre et sèche, sans crème.
Quand et combien de temps porter la contention ?
Les bas de contention doivent être portés du lever jusqu’au coucher, en position debout ou assise. La nuit, en position allongée, le retour veineux se fait naturellement grâce à la position horizontale et la contention n’est plus nécessaire – ni recommandée dans les cas habituels.
- En été comme en hiver : l’insuffisance veineuse ne prend pas de vacances. La chaleur aggrave même la dilatation veineuse, ce qui rend le port estival encore plus utile, même s’il est plus inconfortable.
- En voyage assis long (avion, train, voiture > 4 heures) : une contention classe I ou II est recommandée, même si vous n’avez pas de diagnostic d’insuffisance veineuse – le risque de phlébite est significativement réduit.
- Après une intervention chirurgicale sur les varices (chirurgie, laser endoveineux, mousse sclérosante) : le port est souvent prescrit de façon continue les premiers jours, puis la journée. Respectez scrupuleusement les consignes de votre phlébologue ou chirurgien vasculaire.
Entretien et durée de vie de vos bas
Un bas de contention perd environ 30 à 40 % de sa compression initiale après 150 à 180 lavages, soit environ 6 mois d’utilisation quotidienne. Au-delà, il est devenu moins efficace même s’il paraît intact.
- Lavage à la main ou en machine à 30 °C maximum, programme délicat, avec un détergent doux sans assouplissant (l’assouplissant détériore les fibres élastiques).
- Ne jamais sécher en machine ni essorer : séchage à plat ou suspendu à l’air libre.
- Alterner deux paires (une à laver, une à porter) prolonge leur durée de vie et maintient une compression optimale chaque jour.
- Le renouvellement est pris en charge par l’Assurance maladie tous les 6 mois sur prescription (soit 2 paires par an remboursées pour les classes I, II et III).
Contention veineuse et peau : ce que surveille votre dermatologue
L’insuffisance veineuse chronique non traitée ou mal traitée laisse des traces cutanées progressives. Un suivi dermatologique régulier est important pour détecter et traiter ces complications avant qu’elles ne s’aggravent :
- L’eczéma variqueux : plaques rouges suintantes ou squameuses sur les jambes, souvent autour des chevilles, lié à la stase veineuse. La contention bien portée est le traitement de fond, complétée par des dermocorticoïdes locaux lors des poussées.
- La dermite ocre : dépôts brunâtres autour des chevilles, liés aux dépôts d’hémosidérine (le fer des globules rouges qui ont fui par les capillaires sous pression). Irréversible une fois constituée, mais la contention prévient son extension.
- L’atrophie blanche de Milian : zones blanches cicatricielles douloureuses sur les chevilles, signe d’une maladie veineuse évoluée.
- L’ulcère veineux de jambe (consultation des varices et jambes lourdes) : plaie chronique rebelle au-dessus de la malléole interne. La contention est le pilier du traitement cicatrisant – les études montrent 77 % de cicatrisation supplémentaire avec compression par rapport sans compression.
Par ailleurs, si vous avez des jambes lourdes associées à un purpura (taches rouges ou violacées qui ne s’effacent pas à la pression), consultez rapidement : cela peut signaler une vascularite ou une maladie systémique qui nécessite un bilan.
⚠️ Contre-indications à connaître absolument
Contre-indications absolues (ne jamais porter de contention) :
- Artériopathie oblitérante des membres inférieurs sévère (indice de pression systolique < 0,6) : la compression aggrave l’ischémie
- Insuffisance cardiaque décompensée (risque d’aggravation de la surcharge)
- Phlébite septique (thrombose veineuse infectée) non traitée
Contre-indications relatives (prescription avec surveillance) :
- Artériopathie modérée (IPS entre 0,6 et 0,8) : contention légère possible sous surveillance vasculaire
- Neuropathie périphérique sévère (risque de ne pas ressentir une compression excessive)
- Dermatose infectieuse aiguë étendue au niveau du membre
→ Si vous avez des douleurs à la marche, des orteils froids ou bleutés, consultez avant de commencer une contention.
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Questions fréquentes sur la contention veineuse
Quelle classe de contention veineuse dois-je choisir ?
La classe I (10-15 mmHg) convient aux jambes lourdes légères et à la prévention en voyage. La classe II (15-20 mmHg) est prescrite pour les varices modérées, la grossesse et en post-opératoire. La classe III (20-36 mmHg) est indiquée pour les varices évoluées, les œdèmes importants et les ulcères veineux cicatrisés. La classe IV (> 36 mmHg) est réservée au lymphœdème sévère sur prescription spécialisée. Le choix appartient au médecin – ne sélectionnez pas vous-même votre classe.
Comment mettre ses bas de contention le matin ?
Enfilez-les avant de vous lever, avant que les chevilles ne gonflent. Retournez le bas sur lui-même jusqu’au talon, placez le pied dans la poche, puis déroulez progressivement vers le haut en lissant les plis. Des gants en caoutchouc ou un enfile-bas (remboursé sur ordonnance) facilitent considérablement l’opération. Ne roulez jamais le bas en anneau.
Combien de temps doit-on porter des bas de contention ?
Toute la journée, du lever au coucher. La nuit, allongé, la contention n’est pas nécessaire car le retour veineux se fait naturellement. En été comme en hiver – la chaleur aggrave même la dilatation veineuse. Un port quotidien est indispensable pour une efficacité réelle : les patients qui ne portent leurs bas que quelques jours par semaine ne tirent pas de bénéfice clinique significatif.
Les bas de contention sont-ils remboursés par la Sécurité sociale ?
Oui, sur prescription médicale. Les classes I, II et III sont remboursées à 60 % de la base de remboursement. Le renouvellement est pris en charge tous les 6 mois (2 paires par an). Un enfile-bas est également prescrit et remboursé sur ordonnance. Votre mutuelle peut prendre en charge le reste à charge selon votre contrat.
Quelles sont les contre-indications absolues de la contention veineuse ?
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs sévère (IPS < 0,6), l’insuffisance cardiaque décompensée et la phlébite septique non traitée. Une artériopathie modérée (IPS entre 0,6 et 0,8) impose une contention adaptée sous surveillance médicale. Si vous avez des douleurs à la marche, des jambes froides ou des orteils bleutés, consultez avant de porter une contention.
Puis-je porter des bas de contention la nuit ?
Non, dans la quasi-totalité des cas. En position allongée, le retour veineux se fait naturellement et la compression n’est plus nécessaire. La contention nocturne n’est indiquée que dans de rares situations spécifiques sur prescription spécialisée, notamment certains lymphœdèmes sévères. Retirer vos bas le soir est la règle standard.
Quelle est la différence entre mi-bas, bas cuisse et collant de contention ?
Le mi-bas couvre la cheville et le mollet – suffisant dans la majorité des insuffisances veineuses. Le bas cuisse remonte jusqu’en haut de la cuisse, indiqué si varices ou œdème atteignent la cuisse. Le collant est préféré pendant la grossesse pour soutenir aussi le secteur inguino-abdominal. Le médecin détermine le type adapté à votre situation clinique.
Mes bas de contention me donnent des démangeaisons : que faire ?
Des démangeaisons ou une rougeur sous un bas de contention peuvent signaler une allergie de contact aux élastiques (latex, caoutchouc) ou à un apprêt textile, mais aussi une simple irritation par frottement ou transpiration. Consultez votre dermatologue qui pourra réaliser des tests épicutanés si nécessaire. Des modèles sans latex, en coton ou en microfibres, existent et sont bien tolérés. Ne supprimez pas la contention sans avis médical.
Références scientifiques
- Shi C, Dumville JC, Cullum N et al. Compression bandages or stockings versus no compression for treating venous leg ulcers. Cochrane Database Syst Rev, 2021, PMID 34308565. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34308565/
- O’Meara S, Cullum N, Nelson EA, Dumville JC. Compression for venous leg ulcers. Cochrane Database Syst Rev, 2012, PMID 23152202. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23152202/
- Raju S, Hollis K, Neglen P. Use of compression stockings in chronic venous disease: patient compliance and efficacy. Ann Vasc Surg, 2007, PMID 17980798. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17980798/
- Conde-Montero E, Dissemond J, Protz K. Compression therapy in dermatology. Actas Dermosifiliogr, 2024, PMID 38821356. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38821356/
- Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge de la maladie veineuse chronique. https://www.has-sante.fr/jcms/c_1616396/fr/prise-en-charge-de-la-maladie-veineuse-chronique
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