Impétigo ou eczema surinfecté? Les différences pour faire le diagnostic chez l’enfant

Dernière mise à jour : 10 juin 2026

Mis à jour le 8 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).-vénérologue.

Impétigo vs eczéma surinfecté chez l’enfant : comment les distinguer ?

En bref : L’impétigo est l’infection bactérienne cutanée la plus fréquente chez l’enfant de 2 à 5 ans, avec une charge mondiale estimée à plus de 140 millions de cas. Il est souvent confondu avec un eczéma surinfecté – deux entités qui partagent les mêmes agents bactériens (staphylocoque doré, streptocoque) mais diffèrent par leur terrain d’apparition, leur présentation clinique et leurs implications pour la contagion et le traitement. Connaître la différence change la prise en charge.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Deux maladies voisines, un piège diagnostique fréquent

Chaque rentrée scolaire, chaque été au retour des colonies de vacances, les cabinets de dermatologie et de pédiatrie voient affluer des enfants présentant des croûtes jaunâtres, des boutons qui suintent, des plaques rouges qui s’étendent. La question que les parents posent – et que les médecins se posent eux-mêmes – est souvent la même : s’agit-il d’un impétigo ou d’un eczéma qui s’est surinfecté ?

La distinction est pourtant essentielle. Elle conditionne le traitement antibiotique, les mesures de contagion à prendre vis-à-vis de la crèche ou de l’école, et la surveillance à mettre en place. Elle permet aussi d’éviter une erreur grave : traiter une surinfection herpétique (eczéma herpétique) comme un simple impétigo bactérien, ce qui peut avoir des conséquences sérieuses.

Pour comprendre les bases de l’eczéma atopique et les mécanismes qui rendent la peau de l’enfant atopique vulnérable aux infections, l’article sur la dermatite atopique est un point de départ utile.

L’impétigo : la bactérie en terrain libre

L’impétigo est une infection cutanée superficielle causée par le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) ou le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (Streptococcus pyogenes). Dans 70 % des cas, il s’agit de la forme non bulleuse ; dans 30 % des cas, de la forme bulleuse causée exclusivement par le staphylocoque.

L’impétigo non bulleux (ou impétigo crouteux)

C’est la forme la plus classique. La bactérie pénètre dans la peau par une porte d’entrée : égratignure, piqûre d’insecte, lésion de grattage, eczéma sous-jacent. Elle provoque d’abord une vésicule ou une pustule qui se rompt rapidement, laissant place à la croûte melicérique caractéristique – d’un jaune doré ressemblant à du miel cristallisé – sur fond érythémateux.

Les localisations préférentielles chez l’enfant sont :

  • Pourtour de la bouche et narines (zone de portage nasal du staphylocoque)
  • Joues et menton
  • Membres en cas de lésions de grattage
  • Cuir chevelu (souvent méconnu)

L’impétigo bulleux

Plus rare, il se présente comme de grandes bulles flasques à contenu clair puis purulent, sur fond érythémateux. Il est causé par des souches staphylococciques productrices d’exfoliatines, des toxines qui clivent superficiellement l’épiderme. Il peut toucher des nourrissons et de jeunes enfants, y compris des zones inhabituelles comme le tronc ou les plis.

Un fait clinique important : L’impétigo primaire survient sur une peau préalablement saine. Si des lésions en miel apparaissent sur une peau habituellement normale, sans antécédents de dermatite atopique, la probabilité d’un impétigo primaire est élevée. C’est l’un des meilleurs éléments d’orientation clinique.

L’eczéma surinfecté : quand la barrière cède

La peau de l’enfant atopique est, par nature, une peau dont la barrière cutanée est altérée : moins de filaggrine, moins de céramides, un pH cutané plus alcalin. Cette peau est colonisée par le staphylocoque doré dans plus de 90 % des cas sur les lésions – et même dans 30 à 50 % des cas sur la peau d’apparence saine.

Une surinfection bactérienne survient lorsque cette colonisation permanente franchit un seuil : le grattage crée des micro-érosions, les lésions suintent davantage, la peau se couvre de croûtes jaunâtres qui ressemblent à celles de l’impétigo. Mais le contexte est fondamentalement différent.

Les signes d’une surinfection d’eczéma

  • Aggravation brutale et rapide de plaques d’eczéma connues
  • Suintement jaune, miel ou verdâtre sur les plaques
  • Croûtes jaunâtres sur fond érythémateux préexistant
  • Parfois : fièvre, augmentation du volume des ganglions régionaux
  • Contexte : enfant atopique connu, avec des antécédents de poussées récidivantes
Critère Impétigo primaire Eczéma surinfecté
Terrain Peau antérieurement saine Enfant atopique connu
Début Brutal, foyer localisé Aggravation de plaques préexistantes
Croûtes Melicériques jaunes, sur fond érythémateux Jaunâtres sur plaques d’eczéma suintantes
Localisation Visage (péri-oral), extrémités Zones habituelle de l’eczéma : plis, visage, corps
Contagiosité Élevée (école) Plus faible (pas de contagion de l’eczéma)
Antécédents familiaux Absence de terrain atopique Souvent : asthme, rhinite allergique, DA chez les parents
Traitement initial Antibiotique topique ou oral Antibiotique + reprise de la corticothérapie locale

L’eczéma herpétique : le diagnostic à ne jamais manquer

Avant de conclure à un impétigo ou à un eczéma surinfecté bactérien, il faut éliminer formellement l’eczéma herpétique – aussi appelé syndrome de Kaposi-Juliusberg. C’est une urgence dermatologique et pédiatrique.

Il s’agit d’une infection des plaques d’eczéma par le virus Herpes simplex (HSV-1 le plus souvent), survenant chez un enfant atopique qui n’était pas encore immunisé contre ce virus. Il se manifeste par :

  • Des vésicules ou érosions « en coup de poing » – rondes, régulières, à fond propre, regroupées en nappes
  • Fièvre, altération de l’état général, agitation
  • Adénopathies douloureuses
  • Extension rapide malgré un traitement antibiotique seul
À ne pas confondre : L’eczéma herpétique ne répond pas aux antibiotiques – il nécessite un traitement antiviral urgent (aciclovir oral ou intraveineux selon la sévérité). Un enfant atopique qui s’aggrave brutalement avec de la fièvre et des érosions inhabituelles doit être considéré comme suspect d’eczéma herpétique jusqu’à preuve du contraire.

Le traitement : des principes clairs selon le diagnostic

Impétigo localisé

La prise en charge de première intention repose sur les antibiotiques locaux : acide fusidique (Fucidine) ou mupirocine (Mupiderm), appliqués 2 à 3 fois par jour pendant 5 à 7 jours. Un nettoyage doux des croûtes avant application améliore l’efficacité.

Impétigo étendu ou récidivant

Une antibiothérapie par voie orale est alors nécessaire : amoxicilline-acide clavulanique, céfadroxil ou clindamycine selon l’antibiogramme. La durée habituelle est de 7 jours. En cas de suspicion de SARM (staphylocoque résistant à la méticilline), un prélèvement bactériologique est indispensable.

Eczéma surinfecté

Le traitement combine antibiothérapie locale ou générale et reprise de la corticothérapie locale. L’erreur à éviter est d’appliquer une crème cortisone seule sans traitement de l’infection : cela aggrave la surinfection. Une fois l’infection maîtrisée (habituellement après 48 à 72 heures), la corticothérapie locale peut être reprise à sa posologie habituelle.

Pour comprendre les principes de la corticothérapie locale dans l’eczéma, l’article sur la cortisone locale est très utile pour les parents.

Mesures d’hygiène et éviction scolaire

L’impétigo primaire est contagieux par contact direct ou via des objets partagés (serviettes, vêtements, jouets). L’éviction scolaire est recommandée jusqu’à 48 heures de traitement antibiotique efficace, avec un aspect desséché des lésions. Les règles d’hygiène sont simples mais essentielles :

  • Ne pas partager serviettes, vêtements ou jouets
  • Se laver les mains régulièrement, en particulier après tout contact avec les lésions
  • Couper les ongles courts pour limiter l’inoculation par grattage
  • Changer la literie et les vêtements quotidiennement en phase aiguë

À noter : l’eczéma lui-même n’est pas contagieux. Si l’enfant atopique a un eczéma surinfecté sans impétigo classique, l’éviction scolaire n’est pas systématiquement requise – une décision au cas par cas avec le médecin s’impose. Pour l’article détaillé sur la prise en charge de l’impétigo, consultez la page impétigo de dermatonet.com.

Prévention des récidives chez l’enfant atopique

Chez l’enfant atopique, les récidives d’eczéma surinfecté sont fréquentes tant que la barrière cutanée n’est pas correctement restaurée. La prévention repose sur :

  • L’application quotidienne d’émollient pour restaurer la barrière cutanée
  • La corticothérapie locale proactive (protocole 2 fois par semaine en prévention)
  • L’évitement des facteurs déclenchants des poussées (chaleur, transpiration, certains textiles)
  • La décontamination nasale de l’enfant porteur chronique de staphylocoque (mupirocine nasale sur prescription médicale)
Conseil aux parents : Si votre enfant atopique présente régulièrement des surinfections, parlez-en à votre dermatologue. Des protocoles de traitement proactif permettent souvent de réduire significativement la fréquence des épisodes infectieux, en traitant les zones habituellement touchées avant même l’apparition des lésions.

L’article sur l’eczéma atopique et celui sur les molluscums contagiosum – une autre infection cutanée fréquente chez l’enfant atopique – complètent utilement cette lecture.

Consultez en urgence si votre enfant présente :

  • De la fièvre associée à des lésions cutanées étendues ou rapidement extensives
  • Des vésicules groupées en nappes avec érosions « en coup de poing » sur les plaques d’eczéma (eczéma herpétique)
  • Un décollement étendu de la peau en draps (syndrome SSSS – Staphylococcal Scalded Skin Syndrome)
  • Une altération de l’état général, refus de s’alimenter, somnolence
  • Des ganglions cervicaux ou axillaires rapidement augmentés de volume et douloureux
  • Aucune amélioration après 48 à 72 heures de traitement antibiotique local ou général bien conduit

Téléchargez un guide complet au format PDF :

Téléconsulter le Dr Rousseau, dermatologue

Consulter rapidement un dermatologue en visio

Besoin de l'avis d'un dermatologue en visio ? Délais de RDV trop longs en cabinet?

Questions fréquentes sur l’impétigo et l’eczéma surinfecté chez l’enfant

Comment distinguer un impétigo d’un eczéma surinfecté chez l’enfant ?

L’impétigo primaire apparaît sur une peau antérieurement saine avec des croûtes melicériques caractéristiques, sans antécédents d’eczéma. L’eczéma surinfecté survient sur des plaques d’eczéma préexistantes qui se mettent à suinter et se couvrent de croûtes jaunâtres. Dans les deux cas le staphylocoque doré est souvent en cause, mais le contexte clinique oriente le diagnostic.

L’impétigo est-il contagieux à l’école ?

Oui, l’impétigo est très contagieux par contact direct ou via des objets partagés. L’enfant doit rester à la maison jusqu’à 48 heures de traitement antibiotique efficace et dessèchement des lésions. Il ne doit pas partager ses serviettes, vêtements ou jouets. L’eczéma lui-même n’est pas contagieux – seule l’infection bactérienne surajoutée peut l’être.

Faut-il des antibiotiques pour l’impétigo ?

Pour un impétigo localisé, une antibiothérapie topique (acide fusidique, mupirocine) suffit en première intention pendant 5 à 7 jours. Un antibiotique par voie orale est réservé aux formes étendues, bulleuses, récidivantes ou résistant au traitement local. La durée habituelle par voie générale est de 7 jours.

L’eczéma de l’enfant peut-il se surinfecter facilement ?

Oui, c’est une complication fréquente. La barrière cutanée altérée de l’enfant atopique et le grattage créent des portes d’entrée pour le staphylocoque doré, présent sur plus de 90 % des lésions actives d’eczéma. Une surinfection se traduit par un suintement jaune, une aggravation brutale des plaques, et parfois de la fièvre.

Peut-on utiliser une crème cortisone sur un eczéma surinfecté ?

Pas sans antibiothérapie préalable ou concomitante. Appliquer une cortisone seule sur une surinfection bactérienne tend à aggraver l’infection. Le traitement antibiotique doit être initié en premier. Une fois l’infection contrôlée, la corticothérapie locale peut être reprise – généralement après 48 à 72 heures d’antibiothérapie efficace.

Qu’est-ce que l’eczéma herpétique et est-ce grave ?

L’eczéma herpétique est une surinfection des plaques d’eczéma par le virus Herpes simplex. C’est une urgence pédiatrique : vésicules ou érosions « en coup de poing », fièvre et altération de l’état général. Contrairement à l’impétigo, il nécessite un traitement antiviral urgent (aciclovir). Toute suspicion impose une consultation en urgence sans attendre.

Comment prévenir les récidives de surinfection chez l’enfant atopique ?

La prévention passe par l’application quotidienne d’émollient pour restaurer la barrière cutanée, la corticothérapie proactive deux fois par semaine sur les zones habituellement touchées, et l’évitement des facteurs déclenchants des poussées. En cas de portage nasal de staphylocoque documenté, une décontamination par mupirocine nasale peut être prescrite par le dermatologue.

À quel âge l’impétigo est-il le plus fréquent ?

L’impétigo est surtout fréquent entre 2 et 5 ans, en période préscolaire et scolaire. La transmission y est facilitée par les contacts rapprochés et le partage d’objets. Il peut toucher tous les âges, mais l’incidence diminue progressivement avec l’âge en raison de l’acquisition d’une immunité spécifique contre les souches bactériennes circulantes.

Références scientifiques

  1. Hartman-Adams H, Banvard C, Juckett G. Impetigo: diagnosis and treatment. Am Fam Physician. 2014;90(4):229-235. PMID 25250996
  2. Hartman BC, Hooten WL, Custer PL, Horsley RD, Weston WL, Hess D. Impetigo. StatPearls. 2020. PMID 33105179
  3. Heath C, Desai N, Silverberg NB, Cohen B. Disseminated bullous impetigo and atopic dermatitis: case series and literature review. Pediatr Dermatol. 2019;37(1):71-75. PMID 31755570

Source : HAS – Dermatite atopique de l’enfant : prise en charge et complications infectieuses

Livre "Longévitalité, la peau ne ment pas"

Votre programme de longévité et vitalité sur 90j par un dermatologue

Votre peau révèle votre âge biologique avant tous vos autres organes.

Découvrez le programme d'un dermatologue pour ralentir votre vieillissement après 40 ans :

  • nutrition,
  • sommeil,
  • hormones,
  • mouvement
  • soins anti-âge...

Basé sur la science de la longévité (Sinclair, Attia, Longo).

Soyez informé(e) des dernières publications et nouveautés du site

Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.