Syndrome APEC : causes, symptômes et traitement dermatologique

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Mis à jour le 30 avril 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée au données acquises de la science (Pubmed, HAS).

APEC : exanthème périflexural asymétrique de l’enfant

APEC
APEC

L’APEC (Asymmetric Periflexural Exanthem of Childhood, ou exanthème latérothoracique unilatéral) est un exanthème bénin et auto-limité, d’étiologie virale probable, touchant préférentiellement l’enfant entre 1 et 5 ans. Il débute de façon caractéristique dans la région axillaire ou au flanc d’un seul côté du corps, puis s’étend progressivement de façon centrifuge sur l’hémicorps. Il peut également se voir chez l’adulte, plus rarement. Son diagnostic est clinique, aucune biologie ni biopsie n’est nécessaire dans les formes typiques, et sa guérison est toujours spontanée.

En bref : Syndrome APEC est une affection cutanée dont le diagnostic repose sur l’examen clinique et, si nécessaire, une biopsie cutanée. La prise en charge dépend de la forme clinique et de la sévérité. Consultez votre dermatologue pour bénéficier d’un diagnostic précis et d’un traitement adapté.
– Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

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  • Lésions qui s’étendent rapidement ou changent d’aspect
  • Douleur intense, fièvre ou signes d’infection cutanée
  • Impact sévère sur la qualité de vie ou le sommeil
  • Échec des traitements déjà essayés depuis plus de 4 semaines

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Définition et historique

L’APEC a été décrit pour la première fois en 1962 par Brunner, Rubin et Dunlap sous le terme de « new papular erythema of childhood ». C’est Taïeb et al., à Bordeaux, qui en ont précisé les caractéristiques cliniques et proposé le nom d’Asymmetric Periflexural Exanthem of Childhood (APEC) en 1993, terme désormais universellement adopté. Il est également appelé exanthème latérothoracique unilatéral ou encore superimposed lateralised exanthem of childhood (SLEC), dénomination proposée en 2014 mais moins utilisée.

Il s’agit d’une dermatose bénigne auto-limitée, dont le diagnostic est clinique et dont la résolution est toujours spontanée.

Épidémiologie

L’APEC est une affection rare, probablement sous-diagnostiquée. L’âge moyen de survenue est de 27,5 mois, avec la majorité des cas survenant entre 1 et 5 ans. L’affection touche deux fois plus de filles que de garçons.

Elle survient principalement en hiver et au printemps, comme la plupart des infections virales. Des cas sont rapportés en France (notamment dans la région de Bordeaux, où la série de Taïeb a été réalisée), en Italie et en Europe du Nord. De petites épidémies familiales ont été rapportées. L’APEC peut se voir chez l’adulte, de façon exceptionnelle.

Étiologie : une maladie virale probable

L’étiologie précise de l’APEC reste inconnue, mais l’hypothèse d’une cause virale semble plausible – sans avoir été formellement confirmée. Plusieurs arguments plaident en faveur d’une origine infectieuse ou parainfectieuse :

  • Prédominance hivernale et printanière.
  • Précédée fréquemment d’un épisode fébrile ou de symptômes respiratoires ou digestifs discrets.
  • Associations rapportées avec plusieurs virus : parvovirus B19, influenza A, parainfluenza 2 et 3, adénovirus, herpèsvirus humain 6 et 7, virus Epstein-Barr (EBV), poxvirus, rougeole, et Campylobacter jejuni. Plus récemment, des cas associés au SARS-CoV-2 ont été publiés.
  • Cas post-vaccinaux rapportés (notamment vaccin COVID-19).

Malgré ces associations, la plupart des cas surviennent sans agent étiologique identifiable, et aucun virus n’a pu être mis en cause de façon constante. Une hypothèse alternative évoque une mutation post-zygotique précoce rendant la peau d’un hémicorps plus réactive à un agent infectieux.

Point pratique : Aucun facteur déclenchant n’est formellement identifié, et la transmission interhumaine directe n’est pas documentée. Il n’y a donc pas lieu d’isoler l’enfant de la collectivité sur ce seul motif.

Signes cliniques

Début unilatéral et axillaire

Le tableau clinique est stéréotypé et caractéristique. Les premières lésions cutanées apparaissent sur le tronc ou dans les grands plis des membres. Le début est quasi exclusivement unilatéral, axillaire (aisselle) ou au flanc – plus rarement dans le pli inguinal, le creux poplité ou le creux du coude.

Les lésions sont des macules et micropapules érythémateuses, parfois légèrement squameuses, pouvant être rosées, rouge vif ou violacées selon l’évolution. Elles peuvent prendre un aspect eczématiforme ou morbiliforme.

Extension centrifuge hémicorporelle

Les lésions s’étendent de façon centrifuge depuis le foyer initial axillaire, gagnant progressivement l’hémithorax, l’abdomen latéral, le membre supérieur et inférieur homolatéraux. Le visage, les paumes et les plantes sont généralement épargnés. Dans environ 50 % des cas, une extension controlatérale partielle finit par se produire, mais toujours de façon asymétrique.

Le prurit est variable – absent, modéré ou parfois gênant – et ne signe pas un diagnostic particulier. Des signes généraux discrets peuvent précéder ou accompagner l’éruption : légère fièvre, rhinopharyngite, diarrhée passagère, adénopathies satellites superficielles.

Atteinte d'un adulte
Atteinte d’un adulte

Examens complémentaires diagnostiques

Le diagnostic de l’APEC est purement clinique dans les formes typiques. Aucun bilan complémentaire n’est nécessaire en routine :

  • Biologie : généralement normale. Pas d’hyperleucocytose, pas de syndrome inflammatoire. Une légère éosinophilie peut être présente mais n’est pas spécifique.
  • Bilan viral : les sérologies virales (parvovirus B19, EBV, CMV, HHV-6, parainfluenza) sont optionnelles et réservées aux formes atypiques ou aux contextes cliniques particuliers. Elles ne modifient pas la prise en charge.
  • Biopsie cutanée : non indiquée dans les formes typiques. Si réalisée pour une forme atypique, elle montre un aspect non spécifique : infiltrat périvasculaire lymphocytaire superficiel, spongiose épidermique variable.
✓ À retenir : Les examens biologiques et la biopsie sont généralement inutiles pour cette affection, en raison de son excellent pronostic et de son caractère auto-limité en quelques semaines. Éviter les examens inutiles et rassurer les parents est l’essentiel de la prise en charge.

Diagnostics différentiels

Diagnostic différentiel Critère distinctif
Eczéma de contact Distribution localisée à la zone de contact de l’allergène. Prurit souvent plus intense. Pas d’extension centrifuge hémicorporelle. Récidive au contact de l’allergène.
Gale Sillons scabieux inter-digitaux, prurit nocturne intense, atteinte de l’entourage. Distribution non hémicorporelle.
Pityriasis rosé de Gibert Médaillon initial unique, distribution en sapin sur le tronc, bilatérale et symétrique, lésions ovales à axe long parallèle aux lignes de Blaschko.
Syndrome de Gianotti-Crosti Papules acrales bilatérales symétriques (visage, membres, fesses), d’aspect lenticulaire, durée plus longue (4 à 8 semaines).
Miliaire (sudamina) Contexte de forte chaleur ou de fièvre. Vésicules superficielles diffuses aux zones de friction. Bilatérale.
Teigne ou tinea corporis Plaque arrondie à bord actif squameux. Examen mycologique positif. Pas de début axillaire ni d’extension hémicorporelle.
Scarlatine Érythème bilatéral en papier de verre, angine érythémateuse, langue framboisée. Test streptococcique positif.

Traitement et évolution

Abstention thérapeutique dans la grande majorité des cas

L’APEC est une maladie bénigne et auto-limitée qui ne nécessite aucun traitement spécifique. La résolution est spontanée en 4 à 6 semaines sans séquelles. L’essentiel de la prise en charge est de rassurer les parents et d’expliquer l’évolution naturelle favorable.

Antihistaminiques anti-H1 en cas de prurit

Lorsque le prurit est gênant et perturbe le sommeil de l’enfant, un antihistaminique anti-H1 peut être prescrit à titre symptomatique :

  • Cétirizine (Zyrtec®) ou loratadine (Clarityne®) – molécules non sédatives, en une prise par jour.
  • En cas de prurit nocturne : hydroxyzine (Atarax®) sédative peut être utile.

Dermocorticoïdes de faible puissance appliqués localement pendant quelques jours peuvent également soulager le prurit, sans modifier l’évolution de la maladie.

⚠ Ce qui est inutile : antibiotiques (la cause n’est pas bactérienne), antiviraux, corticoïdes systémiques. Ces traitements ne sont pas indiqués et ne modifient pas l’évolution de l’APEC.

Évolution

L’évolution est toujours favorable. Les lésions régressent spontanément en 4 à 6 semaines sans laisser de séquelles (pas de cicatrice, pas de dyschromie persistante). Les rechutes sont exceptionnelles. Il n’existe pas de complication connue de l’APEC. L’extension bilatérale partielle, quand elle survient, n’aggrave pas le pronostic.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’APEC ?

Un exanthème bénin et auto-limité d’étiologie virale probable, touchant l’enfant entre 1 et 5 ans. Il débute unilatéralement à l’aisselle ou au flanc, puis s’étend sur l’hémicorps. Guérison spontanée en 4 à 6 semaines.

L’APEC est-il contagieux ?

Présumé d’origine virale, mais la contagiosité interhumaine directe n’est pas clairement démontrée. Il n’y a pas lieu d’isoler l’enfant de la collectivité.

Faut-il faire des examens complémentaires ?

Non, dans les formes typiques. La biologie est normale et ne modifie pas la prise en charge. La biopsie est inutile.

Quel est le traitement ?

Abstention dans la plupart des cas. En cas de prurit gênant : antihistaminique anti-H1 (cétirizine, loratadine) et/ou dermocorticoïde local de faible puissance. Les antibiotiques et antiviraux sont inutiles.

Comment distinguer l’APEC d’une gale ou d’un eczéma de contact ?

L’APEC se distingue par son début unilatéral axillaire avec extension centrifuge hémicorporelle, sa survenue chez le jeune enfant et son caractère auto-limité. La gale présente des sillons interdigitaux et un prurit nocturne intense avec atteinte de l’entourage. L’eczéma de contact est localisé à la zone de contact de l’allergène.

Peut-on consulter un dermatologue en téléconsultation pour un APEC ?

Oui. Des photographies des lésions permettent d’orienter le diagnostic et de rassurer les parents. Le Dr Rousseau est disponible via Consulib.

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Références scientifiques

  1. Taïeb A, Mégraud F, Legrain V, et al. Asymmetric periflexural exanthem of childhood. J Am Acad Dermatol. 1993;29(3):391-393.
    [PubMed]
  2. McCuaig C, et al. Unilateral laterothoracic exanthem: a clinicopathologic study of 48 patients. J Am Acad Dermatol. 1996;34(6):979-984.
    [PubMed]
  3. Chuh A, Zawar V, Sciallis GF, et al. Pityriasis rosea, Gianotti-Crosti syndrome, asymmetric periflexural exanthem, papular-purpuric gloves and socks syndrome, eruptive pseudoangiomatosis, and eruptive hypomelanosis. Infect Dis Rep. 2016;8(1):6418.
    [PubMed]
  4. Valencia-Herrera A, et al. Asymmetrical periflexural exanthema associated with SARS-CoV-2 infection in a paediatric patient. Acta Derm Venereol. 2023;103:adv00839.
    [PubMed]

Article rédigé par Dr Ludovic Rousseau, dermatologue à Bordeaux – Dernière mise à jour : avril 2025.

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.