Plis qui sentent mauvais : transpiration, macération et traitements

Les mauvaises odeurs dans les plis cutanés — aisselles, plis inguinaux, sous-mammaires, interfessiers, inter-orteils — sont une plainte fréquente en consultation de dermatologie. Elles résultent d’un mécanisme bien précis : la macération de la sueur dans les zones de contact cutané favorise la prolifération de bactéries et de champignons microscopiques qui transforment les composants de la transpiration en molécules odorantes. Ce phénomène est accentué par la chaleur, l’obésité, le port de vêtements serrés ou synthétiques et certaines maladies de peau.
Au-delà des odeurs, la macération dans les plis peut provoquer des rougeurs, des démangeaisons, des macérations douloureuses et des infections cutanées qu’il convient de traiter spécifiquement. Comprendre les mécanismes en jeu permet de choisir les bons traitements et d’adopter les mesures d’hygiène adaptées.
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- Pourquoi transpire-t-on dans les plis ?
- D’où viennent les mauvaises odeurs ?
- Maladies favorisées par la macération dans les plis
- Mesures d’hygiène essentielles
- Traitements des mauvaises odeurs
- Traitements contre la transpiration excessive
- Traitement des infections dans les plis
- Questions fréquentes
- Références
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— Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue
Mis à jour le 19 mai 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue.
Pourquoi transpire-t-on dans les plis ?
La transpiration est l’excrétion de sueur par les glandes sudoripares. Il en existe deux types, dont la répartition cutanée est inégale :
| Type de glande | Localisation | Sécrétion | Rôle dans les odeurs |
|---|---|---|---|
| Glandes eccrines | Toute la surface corporelle, en particulier les paumes, plantes et front | Sueur aqueuse, inodore à la production — eau, électrolytes, urée | Indirect : la macération de la sueur eccrine dans les plis nourrit les bactéries |
| Glandes apocrines | Aisselles, aine, région péri-anale, aréoles mammaires, conduit auditif | Sécrétion lipidique plus épaisse, riche en protéines et lipides | Direct : les bactéries dégradent les sécrétions apocrines en acides gras et stéroïdes odorants |
Les plis cutanés concentrent ces deux types de glandes dans des zones où la ventilation est nulle et le contact cutané permanent. La sueur y stagne, la chaleur y est élevée et l’humidité favorise la macération de la couche cornée — créant un environnement idéal pour le développement microbien.
D’où viennent les mauvaises odeurs ?
La sueur fraîchement sécrétée est pratiquement inodore. Ce sont les micro-organismes résidents de la peau qui sont responsables des odeurs : en dégradant les composants de la transpiration, ils produisent des molécules volatiles malodorantes.
Dans les aisselles, les principales bactéries impliquées dans la production des odeurs sont les Corynebacterium spp., les Staphylococcus hominis et les Cutibacterium (anciennement Propionibacterium). Ces bactéries transforment les précurseurs inodores de la sueur apocrine en thiols, acides gras à chaîne courte et dérivés stéroïdiens — les molécules responsables de l’odeur corporelle caractéristique. La présence de champignons (mycoses), en particulier Candida albicans et les dermatophytes, aggrave les odeurs en perturbant la flore bactérienne normale.
Maladies favorisées par la macération dans les plis
La macération prolongée dans les plis prédispose à plusieurs affections dermatologiques qui peuvent elles-mêmes aggraver les odeurs et l’inconfort :
| Affection | Germe responsable | Aspect clinique | Localisation fréquente |
|---|---|---|---|
| Intertrigo candidosique | Candida albicans | Rougeur érythémateuse avec enduit blanchâtre, fissures, pustules satellites | Sous-mammaires, inguinaux, inter-orteils (pieds d’athlète) |
| Dermatophytose des plis (tinea cruris) | Dermatophytes (Trichophyton) | Plaque érythémato-squameuse à bordure active, prurit | Inguinaux, interfessiers |
| Érythrasma | Corynebacterium minutissimum | Plaques brunâtres, finement squameuses, fluorescence rose corail en lampe de Wood | Inguinaux, aisselles, inter-orteils |
| Maladie de Verneuil (hidradénite suppurée) | Obstruction folliculaire avec surinfection | Nodules et abcès récidivants, fistules, cicatrices | Aisselles, aines, fesses |
| Eczéma de contact | Allergie (déodorants, parfums, textiles) | Érythème, vésicules, suintement, prurit | Aisselles, cou, zones de contact avec les vêtements |
| Psoriasis inversé | Maladie inflammatoire chronique | Plaques érythémateuses luisantes, lisses, sans squames (car macération), bien limitées | Inguinaux, sous-mammaires, plis interfessiers, ombilic |
Mesures d’hygiène essentielles
La prévention de la macération et des odeurs dans les plis repose avant tout sur des mesures d’hygiène rigoureuses et quotidiennes :
- Lavage quotidien des plis à l’eau tiède avec un savon surgras doux ou un pain dermatologique — un lavage excessif ou trop agressif détruit le film hydrolipidique et fragilise la barrière cutanée
- Séchage soigneux après la toilette : tamponner doucement sans frotter, en insistant sur les plis et les espaces inter-orteils — l’humidité résiduelle est le principal facteur de macération
- Vêtements amples et respirants : privilégier le coton et les fibres naturelles, éviter les matières synthétiques qui piègent la chaleur et l’humidité
- Changer de sous-vêtements quotidiennement ; changer de chaussettes si les pieds transpirent
- Poudres absorbantes (talc, poudre de fécule de maïs) dans les plis profonds chez les personnes en surpoids : absorbent l’excès d’humidité entre les soins
- Éviter les vêtements trop serrés qui accentuent le contact cutané et la friction
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Traitements des mauvaises odeurs dans les plis
Les traitements luttant contre les mauvaises odeurs des plis visent à réduire la prolifération bactérienne et/ou fongique responsable de la dégradation olfactive de la sueur.
Agents antibactériens topiques
Présents dans de nombreux savons spéciaux et produits d’hygiène corporelle contre la transpiration, les principaux agents antibactériens sont :
- Triclosan et triclocarban : agents antiseptiques à large spectre, actifs contre les bactéries responsables des odeurs. Présents dans certains savons antibactériens. Leur usage intensif est limité depuis les recommandations sur la résistance aux antimicrobiens.
- Chlorhexidine : antiseptique cutané à large spectre, disponible sous forme de gels, solutions lavantes et lingettes — efficace sur les bactéries Gram+ et Gram− impliquées dans les odeurs axillaires
- Zinc ricinoleate : agent présent dans certains déodorants naturels — piège les molécules odorantes par adsorption sans effet antibactérien direct
Déodorants et antiperspirants
Les déodorants masquent ou neutralisent les odeurs sans agir sur la quantité de sueur. Les antitranspirants (antisudoraux) contenant des sels d’aluminium bloquent partiellement les canaux excréteurs des glandes eccrines, réduisant le volume de sueur produit. Ils sont plus efficaces que les déodorants simples sur la moiteur des plis.
Antifongiques topiques
Lorsqu’une mycose est identifiée dans les plis (candidose, dermatophytose), le médecin prescrit des antifongiques locaux (éconazole, miconazole, kétoconazole en crème ou poudre). Ces molécules ont souvent une activité antibactérienne complémentaire sur certains germes cutanés, contribuant ainsi à réduire simultanément odeurs et inflammation. Ils ne sont pas indiqués en l’absence d’infection mycosique documentée ou cliniquement évidente.
Traitements contre la transpiration excessive dans les plis
Lorsque la transpiration excessive (hyperhidrose) est à l’origine des problèmes de plis, des traitements spécifiques peuvent être proposés :
- Antitranspirants à base de sels d’aluminium : traitement de première ligne de l’hyperhidrose axillaire légère à modérée. À appliquer le soir sur peau sèche. Les formulations à haute concentration (chlorure d’aluminium hexahydraté 20 %) sont disponibles sur prescription.
- Ionophorèse : technique utilisant un courant électrique de faible intensité pour bloquer temporairement les glandes sudoripares. Particulièrement indiquée pour les mains moites et les pieds, plus difficile à mettre en œuvre dans les autres plis.
- Injections de toxine botulique (Botox®) : la toxine botulique bloque la libération d’acétylcholine au niveau de la jonction neuro-glandulaire, supprimant la stimulation des glandes sudoripares. Efficacité de 80 à 95 % avec une durée d’action de 6 à 9 mois. Partiellement remboursée par l’Assurance Maladie en cas d’hyperhidrose axillaire primaire sévère résistante aux antitranspirants.
Traitement des infections dans les plis
Le traitement des infections avérées dans les plis est toujours étiologique — adapté au germe en cause :
- Candidose des plis : antifongique topique azolé (éconazole, miconazole) ou polyène (nystatine) 2 à 3 semaines. Séchage rigoureux des plis. En cas d’échec ou de formes extensives : fluconazole per os.
- Dermatophytose inguinale (tinea cruris) : antifongique topique azolé 3 à 4 semaines. Traitement des ongles si source mycosique (onychomycose). Éviter les macérations et le contact de linge humide.
- Érythrasma : érythromycine topique ou per os (500 mg 2 fois/j pendant 14 jours). L’éconazole topique est également efficace. Diagnostic facile sous lampe de Wood (fluorescence rose corail caractéristique).
- Intertrigo bactérien simple : antiseptiques locaux (chlorhexidine), antibiotiques topiques (acide fusidique) si surinfection à staphylocoque.
- Maladie de Verneuil (hidradénite suppurée) : prise en charge spécialisée — antibiotiques per os, rétinoïdes, immunosuppresseurs, anti-TNF (adalimumab — seul traitement biologique ayant l’AMM dans cette indication), chirurgie.
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Questions fréquentes
Les mauvaises odeurs corporelles sont-elles toujours liées à une infection ?
Non. Les odeurs dans les plis sont d’abord liées à la dégradation de la sueur par les bactéries commensales normales de la peau, qui font partie de la flore cutanée physiologique. Ce n’est que lorsque cette flore normale se déséquilibre — avec prolifération excessive de certaines bactéries ou développement d’une mycose — qu’apparaît une véritable infection (intertrigo). Les odeurs sans rougeur ni irritation ne nécessitent généralement pas d’antibiotique ou d’antifongique, mais des mesures d’hygiène et des produits cosmétiques adaptés.
Comment savoir si la rougeur dans les plis est une mycose ou autre chose ?
Cliniquement, la mycose candidosique présente un aspect rouge vif avec enduit blanchâtre et pustules satellites ; la dermatophytose montre une bordure active nette et squameuse. L’érythrasma se distingue par sa teinte brunâtre et sa fluorescence rose corail sous lampe de Wood. Mais le psoriasis inversé, un eczéma de contact ou une dermite irritative peuvent mimer exactement ces tableaux. Seul un examen dermatologique — avec éventuellement un prélèvement mycologique — permet de distinguer ces causes et de prescrire le traitement adapté.
Peut-on utiliser du talc dans les plis pour éviter la macération ?
Le talc et les poudres absorbantes peuvent être utilisés ponctuellement pour absorber l’humidité dans les grands plis (sous-mammaires, inguinaux) et limiter la macération. Cependant, en cas d’infection mycosique avérée, le talc favorise parfois la dispersion des spores fongiques. Il ne remplace pas le traitement antifongique et ne doit pas être utilisé en prévention chez les patients ayant des mycoses récidivantes.
Les injections de Botox sont-elles efficaces pour les aisselles qui sentent mauvais ?
Les injections de toxine botulique agissent en bloquant la production de sueur par les glandes sudoripares, réduisant ainsi le substrat disponible pour les bactéries. Elles sont très efficaces sur la transpiration excessive (80 à 95 % de réduction) et améliorent donc indirectement les odeurs liées à l’hyperhidrose. En revanche, elles n’agissent pas sur les odeurs dues aux glandes apocrines, qui produisent peu de volume mais une sécrétion très riche en substrats odorants. L’effet dure 6 à 9 mois.
L’hyperhidrose des plis est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
Le remboursement dépend du traitement. Les antitranspirants en vente libre ne sont pas remboursés. Les injections de toxine botulique pour l’hyperhidrose axillaire primaire sévère résistante aux antitranspirants sont partiellement prises en charge par l’Assurance Maladie sous conditions. L’ionophorèse peut être pratiquée à domicile avec des appareils disponibles en pharmacie, non remboursés. La sympathectomie est prise en charge comme tout acte chirurgical.
Voir aussi : Mycoses cutanées — Antitranspirants — Botox et transpiration
Références scientifiques
- Callewaert C, Ravard Helffer K, Lebaron P. Skin microbiome and its interplay with the environment. Am J Clin Dermatol. 2020;21(Suppl 1):4-11. PubMed 32594395
- Fredrich E, Barzantny H, Brune I, Tauch A. Daily battle against body odour: towards the metabolic basis of axillary malodour. Trends Microbiol. 2013;21(6):305-312. PubMed 23618458
- Naumann M, Lowe NJ. Botulinum toxin type A in treatment of bilateral primary axillary hyperhidrosis. BMJ. 2001;323(7313):596-599. PubMed 11557700
- Jemec GBE, Kimball AB. Hidradenitis suppurativa: epidemiology and scope of the problem. J Am Acad Dermatol. 2015;73(5 Suppl 1):S4-7. PubMed 26470607
- HAS. Hyperhidrose — fiches de bon usage. Haute Autorité de Santé. has-sante.fr
Mis à jour le 24 avril 2025 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, Bordeaux.
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